Latest / Flammes des années 80. Le podcast qui allume la femme. / Cheffes engagées, cuisine vivante : Manon Fleury & Lorraine Barjou racontent Datil
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- 0:03Flamme des années 80.
- 0:05Le podcast qui allume la femme.
- 0:10Bonjour,
- 0:10donc on est toujours au mois d'octobre,
- 0:12on parle toujours de nutrition et on a la chance aujourd'hui de recevoir Manon Fleury et Lorraine Barjou qui ont plein de cordes à leur arc,
- 0:19qui ont ouvert un restaurant qui s'appelle le restaurant Dathyl.
- 0:21Est-ce que vous voulez vous présenter quelques mots ?
- 0:23Qui veut commencer Manon ?
- 0:24Je suis Manon Fleury,
- 0:26je suis la chef propriétaire du restaurant Dathyl.
- 0:29Je suis Lorraine Barjou et je suis...
- 0:31La chef de cuisine du restaurant d'Atil.
- 0:35Super.
- 0:36Et comment on a cette idée de créer un restaurant,
- 0:39de l'ouvrir ?
- 0:39Vous êtes quand même assez jeune.
- 0:41Comment,
- 0:41à un moment donné,
- 0:41on se dit qu'on va créer notre propre restaurant ?
- 0:45C'était une envie d'aboutissement,
- 0:49on va dire,
- 0:50d'un parcours de cuisinière.
- 0:52D'avoir envie d'avoir aussi la liberté de faire les choses à notre manière.
- 0:57Moi,
- 0:57à la base,
- 0:57c'était mon projet.
- 0:58Et puis Lorraine,
- 0:59on s'est rencontrées il y a cinq ans.
- 1:01On a travaillé ensemble dans un restaurant où je travaillais,
- 1:03où j'étais chef,
- 1:04qui s'appelait Le Mermoz.
- 1:06Et après,
- 1:06on a un peu consolidé notre duo en travaillant ensemble à Monaco,
- 1:12dans un restaurant qui s'appelait Le Elsa.
- 1:14Et Lorraine était la chef du restaurant.
- 1:16Moi,
- 1:16j'étais chef consultante,
- 1:17donc je n'étais pas toujours présente.
- 1:18Donc à ce moment-là,
- 1:19Lorraine,
- 1:19elle tenait vraiment la cuisine du restaurant à Monaco.
- 1:23Et on a créé notre duo.
- 1:24Et je pense qu'on a commencé à faire une cuisine ensemble à ce moment-là,
- 1:28à définir une certaine cuisine.
- 1:30Et puis ensuite,
- 1:30après,
- 1:31on s'est suivis pendant la construction du projet de Dead Seal.
- 1:36En ayant,
- 1:36enfin moi,
- 1:37j'avais envie d'avoir mon propre restaurant pour pouvoir avoir un projet,
- 1:41effectivement,
- 1:41une indépendance.
- 1:43Et sachant que quand on est cuisinier ou chef,
- 1:46c'est pas toujours facile de faire les choses à notre manière quand on est chef salarié dans un restaurant.
- 1:52Et donc,
- 1:53je me sentais prête pour avoir ce projet entrepreneurial.
- 1:56et Lorraine
- 1:57avait envie de me suivre dans ce projet en tant que chef.
- 2:00Et comme on avait défini aussi une cuisine ensemble,
- 2:05on a eu envie d'avancer ensemble sur le projet culinaire de Nathil.
- 2:08Et Lorraine a eu envie aussi d'être intégrée dans toute la partie entrepreneuriale.
- 2:11Donc Lorraine a des parts aussi dans le restaurant.
- 2:13Et donc a suivi tout le projet du départ sur le financement à la banque au suivi de l'ADA,
- 2:20etc.
- 2:21Avec des choix qu'on a fait ensemble,
- 2:23même sur toute l'esthétique.
- 2:24du restaurant,
- 2:25etc.,
- 2:25sur la vaisselle.
- 2:26Donc Lorraine,
- 2:26elle a suivi vraiment tout le projet jusqu'à l'ouverture.
- 2:29Et c'était aussi une force pour nous de pouvoir ouvrir le restaurant et d'avoir déjà une cuisine qui était très définie,
- 2:35parce qu'on a fait après d'autres résidences,
- 2:37d'autres pop-ups où on a pu exercer cette cuisine.
- 2:39Lorraine avait fait aussi un pop-up de son côté chez Fulgurance,
- 2:42dans un restaurant à Paris.
- 2:44Et donc,
- 2:45je pense qu'on s'est retrouvés pour ce projet d'Atil en ayant une connivence quand même assez forte sur ce qu'on voulait faire.
- 2:53Et comment on définit une cuisine quand on est deux chefs qui se rencontrent ?
- 2:58Par rapport à quels critères ?
- 2:59Par rapport à ce qu'on aime,
- 3:00j'imagine ?
- 3:01Par rapport à la demande aussi ?
- 3:04Ou c'est comme un artiste qui va suivre son idée ?
- 3:07Ou est-ce que vous faites attention à ce que les gens ont envie ?
- 3:10Je pense qu'à la base,
- 3:12on a des sensibilités communes avec Manon.
- 3:15On est très attachés à travailler le produit.
- 3:20À mon avis,
- 3:21c'est ça qui nous a rapprochés dès le début sur le fait d'avoir un gros intérêt pour cette partie-là de la cuisine,
- 3:29c'est-à-dire de savoir d'où viennent les produits,
- 3:31de connaître nos producteurs,
- 3:34d'aller les voir,
- 3:35tout simplement avoir une histoire pour pouvoir créer les plats.
- 3:39Et on a toutes les deux,
- 3:41on a du mal à le faire en regardant une mercuriale de chez Rungis,
- 3:47par exemple.
- 3:47On ne sait pas travailler comme ça.
- 3:49Donc ça a défini notre cuisine,
- 3:55une grande partie de notre cuisine.
- 3:57C'est vraiment ça qui nous a ralliés au début.
- 4:01Après,
- 4:01on a une vision commune sur plein de choses qui fait qu'on travaille ensemble dans la cuisine,
- 4:05je pense.
- 4:06Je pense qu'on a une vision commune sur le management,
- 4:08sur la manière de communiquer,
- 4:10sur certaines valeurs de la vie qui font qu'on arrive à être ensemble dans la cuisine.
- 4:16Vous êtes directe en direct avec les producteurs,
- 4:19toujours les mêmes,
- 4:20vous travaillez avec les mêmes personnes,
- 4:21vous les rencontrez,
- 4:22comment ça se passe en fait la rencontre ?
- 4:26Du fait des différentes expériences qu'on a eues dans des restaurants et dans les résidences,
- 4:32on a créé un carnet d'adresses de producteurs,
- 4:36mais la première chose qu'on fait avec un producteur c'est qu'en général on va le rencontrer.
- 4:40On les connaît tous,
- 4:41c'est des gens qui font,
- 4:43d'ailleurs on les appelle nos collaborateurs.
- 4:45On les connaît,
- 4:46on connaît en général leur famille,
- 4:47on connaît leur projet de vie,
- 4:50ça nous est déjà arrivé d'aller passer du temps,
- 4:52plus qu'une journée chez eux.
- 4:54On les a très régulièrement au téléphone et on essaye de comprendre qu'est-ce qu'ils font,
- 5:00quelle est leur histoire,
- 5:01quelles sont leurs contraintes.
- 5:04finalement de voir si on a des valeurs qui sont communes et puis ils nous envoient leurs produits et c'est là qu'on découvre des produits qui nous plaisent,
- 5:11une qualité,
- 5:12une saisonnalité et ensuite on crée un vrai dialogue ensemble entre l'équipe de cuisine et chaque producteur et c'est une histoire qui continue sans cesse.
- 5:25Et ça peut vous inspirer par exemple selon des produits qu'on va vous proposer ou des choses,
- 5:29ça peut vous donner des nouvelles recettes ou des nouvelles idées ?
- 5:33C'est vraiment la base de notre travail et c'est vraiment comme ça qu'on se pose des contraintes.
- 5:39Après,
- 5:40dans notre manière de créer,
- 5:40on fait attention avec Lorraine,
- 5:41puisqu'il y a des moments où on part de ça et c'est vraiment ces quantités limitées,
- 5:49ce rapport à ce qu'on appelle un peu la micro-saisonalité,
- 5:52c'est-à-dire qu'il y a des grands changements de saison,
- 5:54mais aussi parfois dans une saison,
- 5:55il y a quand même pas mal de changements sur les produits,
- 5:57donc on doit avoir une énorme flexibilité et ça demande aussi beaucoup d'adaptation de nos équipes.
- 6:02beaucoup de communication parce qu'il faut comprendre les produits parce qu'il faut comprendre les changements de saison là par exemple on est au mois d'octobre il y a vraiment un vrai changement maintenant c'est la fin de l'été les courgettes sont terminées on vient de passer un nouveau plat à base de champignons donc il faut vraiment une vraie adaptation et
- 6:21en même temps parfois avec Lorraine on s'empêche de partir d'un produit et plutôt de partir d'une idée pour la créativité pour justement avoir un contre-pied sinon parfois on...
- 6:31On reste un peu genre,
- 6:33si on part que d'un produit,
- 6:35on est un peu dans la répétition,
- 6:36dans ce qu'on fait dans le menu.
- 6:38Parfois,
- 6:38on aime bien partir,
- 6:38par exemple,
- 6:39on va revisiter le chou à la crème et on va faire un dessert autour du chou à la crème,
- 6:44avec une crème infusée aux fleurs de saison,
- 6:47que la saison va nous imposer.
- 6:48On aime bien varier comme ça,
- 6:50quand parfois on est un peu trop sur un seul thème ou un seul langage.
- 6:56et aller vers d'autres moyens de créer.
- 7:01Et puis parfois aussi,
- 7:02on a des constructions qui reviennent dans nos menus et on repart de cette construction.
- 7:07Par exemple,
- 7:07là,
- 7:07justement,
- 7:08ce plat de champignons,
- 7:08il y a un bol avec un bouillon et sur le côté,
- 7:11une brochette qui rappelle ce qu'il y a dans le bol,
- 7:14etc.
- 7:14Et ces deux choses viennent se complémenter.
- 7:17Et là,
- 7:18par exemple,
- 7:18pour recréer ce plat,
- 7:19on est parti de cette construction-là.
- 7:20Et après,
- 7:20on s'est dit,
- 7:21OK,
- 7:21il y a des champignons en ce moment,
- 7:22qu'est-ce qu'on fait avec les champignons ?
- 7:24On l'associe avec du coin parce que c'est aussi ultra saisonnier.
- 7:26Il y en a beaucoup cette année.
- 7:28Donc,
- 7:28il y a des moments où on fait un peu de double contrainte.
- 7:30Et en même temps,
- 7:32ce travail avec les producteurs,
- 7:33avec cet écosystème autour du restaurant,
- 7:35il est indispensable à notre cuisine.
- 7:38On ne pourrait pas faire autrement.
- 7:39C'est vraiment ce qui nous guide.
- 7:41Et c'est aussi comme ça,
- 7:42Lorraine parlait tout à l'heure de la cuisine du vivant,
- 7:44mais c'est cette qualité de produit,
- 7:47c'est le fait qu'on sache d'où ça vient,
- 7:49qu'on fasse confiance en ses producteurs,
- 7:51etc.
- 7:52Et ça aussi nous aide évidemment à raconter des histoires au travers de notre cuisine.
- 7:57Et ça pour nous,
- 7:58c'est aussi une partie importante de notre travail.
- 8:00C'est d'avoir une espèce de fil rouge tout au long du menu et des histoires que racontent les produits qu'on sert dans les assiettes.
- 8:07Je pense que pour toutes les deux,
- 8:08c'est une partie vraiment essentielle de ce qu'on essaie de faire à travers notre cuisine.
- 8:14Donc il y a cette narration qui suit aussi les plats,
- 8:18etc.
- 8:20et sans justement
- 8:22savoir d'où viennent les produits,
- 8:24avoir justement ce rapport à la saisonnalité,
- 8:26que notre cuisine soit ancrée en fait dans le territoire français par rapport à tous ces produits.
- 8:32Je pense que c'est vraiment une partie importante.
- 8:35Et alors en ce moment,
- 8:35qu'est-ce que vous nous proposez à la carte ?
- 8:38Il y avait ce bouillon de champignons.
- 8:39Ensuite là,
- 8:40on a un millefeuille,
- 8:42en entrée,
- 8:42un millefeuille de radis,
- 8:45avec des radis d'Ile-de-France de nos deux maraîchers avec qui on travaille,
- 8:47qui sont juste à côté de Paris.
- 8:49Avec à l'intérieur des palais de poire,
- 8:51donc ça remet les feuilles de poire et de radis,
- 8:54avec une sorte de consommé de poire qu'on fait avec toutes les épluchures de poire.
- 8:58Donc il y a aussi une vision zéro déchet dans notre cuisine.
- 9:02Et on essaie justement de tout valoriser des produits,
- 9:06mais sans que ce soit joli,
- 9:09que ce soit beau,
- 9:09qu'on arrive à valoriser justement le produit jusqu'au bout,
- 9:13mais justement en amenant notre part de créativité.
- 9:16Tu peux continuer,
- 9:17Lorraine,
- 9:17sur le menu.
- 9:19Là,
- 9:19on a des derniers plats.
- 9:21On a un dessert autour de la figue.
- 9:23Et c'est vraiment la fin de la saison.
- 9:25Ce qui est intéressant,
- 9:26c'est qu'on travaille avec des producteurs qui sont de fruits,
- 9:28qui sont plus dans le sud de la France.
- 9:31Donc,
- 9:32on arrive à avoir des temporalités un petit peu plus longues sur les fruits.
- 9:37Et on a un dernier plat,
- 9:39là,
- 9:39je pense que c'est la dernière semaine,
- 9:40autour de l'aubergine.
- 9:43Donc un plat où l'aubergine est vraiment presque entière.
- 9:48On a l'impression qu'elle est très peu travaillée,
- 9:49mais il y a quand même du travail.
- 9:52On essaye de ne pas dénaturer le produit et de le laisser assez pur.
- 9:58Et donc là,
- 9:59la semaine prochaine,
- 10:00il va sûrement s'envoler pour travailler autour d'un plat,
- 10:06autour de la courge qui devra arriver au cours de la semaine prochaine.
- 10:10Je pense qu'avec Lorraine,
- 10:11toutes les deux,
- 10:12on a une manière de s'alimenter où on n'aime pas trop les trucs...
- 10:15Enfin,
- 10:16on aime bien les trucs réconfortants.
- 10:18Je pense qu'on est toutes les deux gourmandes et on aime bien les trucs qui nous font du bien.
- 10:23Mais je pense que souvent,
- 10:27on se détache quand même de la tradition et des choses lourdes.
- 10:30Donc je pense qu'on va quand même naturellement vers des choses qui font du bien au corps.
- 10:34Mais je pense que toutes les deux,
- 10:35on y va assez naturellement parce qu'on est actifs physiquement.
- 10:39que voilà mais
- 10:40Et du coup,
- 10:41je pense qu'on a,
- 10:43et aussi dans notre éducation,
- 10:45on a un rapport à la nutrition assez sain,
- 10:47je crois,
- 10:48parce qu'on aime bien manger sur des trucs qui ne nous plombent pas.
- 10:52Et donc,
- 10:53je pense que quand,
- 10:54c'est un peu le cas aussi,
- 10:55quand on est actif en général,
- 10:57on va plutôt vers une alimentation plus légère,
- 11:01plus saine,
- 11:01avec des sauces plus légères,
- 11:02etc.
- 11:03Et c'est un peu comme ça que je pense qu'on construit notre cuisine.
- 11:06On se dit,
- 11:07les gens,
- 11:07quand ils terminent le repas chez Dathyl,
- 11:09le...
- 11:10Pas qu'ils se sentent trop alourdis ou qu'ils se sentent bien à la fin de leur repas.
- 11:13Et c'est quelque chose qu'on a pris vachement en compte aussi,
- 11:15alors qu'on fait une cuisine gastronomique.
- 11:17Et je pense que dans les bases de la cuisine française,
- 11:20il y a très peu de réflexion sur la nutrition,
- 11:22finalement.
- 11:22Il y a plutôt une réflexion sur la gourmandise,
- 11:24sur le plaisir.
- 11:25Et c'est ce qu'on essaie aussi d'intégrer avec Lorraine.
- 11:27Mais il y a aussi,
- 11:28je pense,
- 11:28dans ce qu'on fait,
- 11:29parfois se dire,
- 11:30OK,
- 11:31c'est gourmand,
- 11:31là,
- 11:32on se régale,
- 11:33on mange un petit truc sucré à la fin du repas et tout.
- 11:36et en même temps on essaie toujours qu'il y ait un rapport quand même à la légèreté
- 11:40au fait que tout ce qu'on mange,
- 11:43c'est quand même plus ou moins équilibré.
- 11:45Tout ce qu'on sert aussi,
- 11:46ça doit être aussi le cas.
- 11:48En fait,
- 11:48je pense qu'on le fait très naturellement,
- 11:50mais c'est quand même une notion hyper intégrée dans ce qu'on fait.
- 11:54Et aussi,
- 11:55chez Datile,
- 11:55on mange des menus,
- 11:57on appelle ça des menus uniques,
- 11:59où il y a quand même pas mal d'étapes.
- 12:02Du coup,
- 12:03pour avoir fait plusieurs fois des restaurants comme ça,
- 12:05souvent,
- 12:05on arrive à la fin et on est saturé.
- 12:07en fait,
- 12:07on n'arrive pas à...
- 12:10Moi,
- 12:10j'ai des souvenirs où je ne peux plus.
- 12:13Il faut que je m'allonge et l'après-midi,
- 12:15elle est foutue.
- 12:17Et du coup,
- 12:19pour nous,
- 12:19c'est important de pouvoir offrir justement une palette de saveurs avec vraiment plein d'émotions,
- 12:27plein de choses qui peuvent se passer,
- 12:29mais qu'à la fin du repas,
- 12:31il y a un sentiment de satiété parce que c'est super important,
- 12:34mais qui n'est pas un trop-plein.
- 12:36En fait,
- 12:36on n'est pas dans ce truc gargantuesque qu'il peut y avoir dans certains restaurants où on en a jusqu'à la langue et on ne peut plus manger.
- 12:48Là,
- 12:49on a vraiment une vision complètement différente de la cuisine.
- 12:52Il y a un respect de l'équilibre du corps.
- 12:55Mais en même temps,
- 12:55il y a aussi cet aspect un peu nourricier.
- 12:58Mais on essaye toujours de trouver,
- 13:00parce que souvent,
- 13:02pour certaines personnes,
- 13:03on peut avoir une cuisine très radicale.
- 13:06On cherche toujours à travailler l'équilibre des saveurs.
- 13:09On travaille beaucoup sur l'amère,
- 13:11l'acidité.
- 13:12Mais aussi,
- 13:13sur ce côté,
- 13:14on parle tout le temps du gras.
- 13:15On cherche le gras.
- 13:16C'est enveloppant.
- 13:17Quand on mange un plat,
- 13:19on a effectivement des équilibres avec des trucs qui vont un peu nous désarçonner quand on goûte des nouvelles choses,
- 13:26etc.
- 13:27Mais il y a un truc derrière,
- 13:29une sauce,
- 13:29un jus,
- 13:31un condiment qui fait que vous vous sentez enveloppé.
- 13:35Et que ce n'est pas trop radical,
- 13:36justement,
- 13:36qu'il y ait un côté rassurant.
- 13:37Et ça,
- 13:38on essaie quand même de le faire avec des liens,
- 13:40avec des choses comme ça qui permettent d'avoir ce côté gourmand,
- 13:44en fait.
- 13:45On a trop faim,
- 13:45là.
- 13:47Les poursons se calent,
- 13:47ça.
- 13:49Et comment vous avez le temps de créer les plats ?
- 13:52Parce que c'est vraiment une grande question.
- 13:53Là,
- 13:53vous vous êtes venus vraiment à votre coupure.
- 13:56Et le restaurant,
- 13:58ça tourne.
- 13:58Donc,
- 13:58à un moment donné,
- 13:59un coupure,
- 14:00c'est là que vous inventez vos plats.
- 14:01Comment vous faites ?
- 14:03on est obligé d'être assez structuré donc disons qu'on rentre dans une deuxième temporalité du restaurant,
- 14:08c'est que l'année dernière on a ouvert un restaurant et donc on a posé un cadre et on a essayé de donner le maximum de directives à nos équipes pour qu'elles comprennent dans quelle direction on avait envie d'aller,
- 14:18donc ça nous a demandé pas mal d'énergie parce que les équipes ont beaucoup eu besoin que nous on soit là pour vraiment euh...
- 14:26bah...
- 14:28diffuser le message,
- 14:29expliquer aussi notre manière de travailler,
- 14:31notre manière de créer les plats.
- 14:32Et là,
- 14:33on rentre dans un peu une deuxième phase de vie du restaurant.
- 14:37C'est la deuxième année où on a structuré une équipe qui est solide,
- 14:41avec des gens qui sont compétents.
- 14:42On essaye d'avoir des personnes qui ont compris notre philosophie.
- 14:48Et donc,
- 14:48de temps en temps avec Manon,
- 14:51on se retire régulièrement,
- 14:52mais pour faire d'autres choses,
- 14:53on n'est pas dans la cuisine.
- 14:54On pense les plats et on essaye ensuite de,
- 14:59soit moi,
- 14:59de venir en cuisine le plus possible pour pouvoir venir préparer tous les éléments et qu'on teste,
- 15:04soit il y a la seconde de cuisine,
- 15:05la sous-chef,
- 15:06qui est vraiment là pour nous aider à venir créer les plats.
- 15:10Mais ça nous demande,
- 15:11c'est sûr que c'est des phases qui nous demandent pas mal d'énergie,
- 15:14mais quand on y arrive,
- 15:16ça devient assez satisfaisant en fait.
- 15:19Ça demande de s'organiser.
- 15:20Et on rentre un petit peu dans cette période-là où justement,
- 15:24on recalcule un peu nos manières de faire pour être le plus efficace possible,
- 15:30je pense.
- 15:31Il y a effectivement cette impulsion quand on crée,
- 15:35quand justement on part de l'idée,
- 15:37on échange sur l'idée,
- 15:39on fait des essais,
- 15:41on goûte,
- 15:42etc.
- 15:42et on cale le plat.
- 15:44Souvent,
- 15:44il y a au moins deux,
- 15:45trois essais avant d'avoir le plat qui soit calé.
- 15:49C'est souvent dans les intervalles du restaurant.
- 15:51Donc c'est le matin,
- 15:54parfois un peu tôt avant que l'équipe arrive,
- 15:55ou dans un coin de la cuisine pendant que l'équipe avance,
- 15:59ou l'après-midi sur justement un temps de pause.
- 16:02Donc tout ça,
- 16:02c'est effectivement beaucoup d'investissement et aussi d'impulsion qu'il faut donner,
- 16:08d'énergie.
- 16:09Et c'est pour ça que Lorraine dit que c'est des périodes où il faut aller puiser en soi cette énergie un peu créative en disant,
- 16:15OK,
- 16:15on va...
- 16:16on va sortir ça,
- 16:17on va aller de l'avant,
- 16:18on va aller chercher dans les idées qu'on a,
- 16:20emmener les équipes avec nous,
- 16:22parce qu'il y a déjà l'idée,
- 16:23le fait de mettre en place l'idée,
- 16:24puis ensuite,
- 16:25il faut que...
- 16:26Et nous,
- 16:26notre idée avec Lorraine,
- 16:27c'est que dans notre management,
- 16:29qui va avec le management qu'on essaie de mettre en place,
- 16:32et qui est un peu la difficulté,
- 16:34qui fait partie des difficultés qu'on rencontre,
- 16:36c'est qu'on veut faire une cuisine vivante,
- 16:40avec des produits,
- 16:41avec pas mal de contraintes,
- 16:43on veut qu'il y ait quand même pas mal de choses où on crée de manière assez...
- 16:47assez réfléchi quand même,
- 16:49mais en même temps un peu spontané.
- 16:51Et en même temps,
- 16:51il faut qu'on transmette à nos équipes.
- 16:52Donc derrière,
- 16:53avec Lorraine,
- 16:54on décide,
- 16:54en général,
- 16:55on cale le plat.
- 16:56Et après,
- 16:56on écrit tout de suite la recette.
- 16:58Parce qu'il y a beaucoup de chefs qui n'écrivent pas les recettes,
- 17:00ou qui les écrivent longtemps après,
- 17:02ou qui les écrivent sur un bout de papier,
- 17:04et puis on ne les retrouve pas.
- 17:06Et avec Lorraine,
- 17:06on a un peu une méthode de travail où on cale le plat,
- 17:09et après on écrit ce qu'on appelle une fiche technique,
- 17:11qui n'est pas très poétique,
- 17:14mais en même temps,
- 17:15Ça donne une espèce de ligne de conduite,
- 17:17ce qui décrit vraiment le plat de manière très précise,
- 17:19avec des pesées,
- 17:20etc.
- 17:21Et qui permet d'avoir une ligne de conduite pour les équipes et qui permet de transmettre assez facilement parce que les choses sont claires et il y a des directives qui sont claires.
- 17:31Et ça,
- 17:31on pense que ça va aussi avec un management avec beaucoup de clarté,
- 17:35avec des informations qui sont claires pour que justement les équipes soient le moins désorientées possible parce qu'à chaque fois qu'on crée des nouveaux plats,
- 17:42ça crée un déséquilibre.
- 17:44Et donc,
- 17:44il faut qu'il y ait un déséquilibre parce que ça fait partie de la créativité.
- 17:49Mais en même temps,
- 17:50ce n'est pas agréable pour l'équipe.
- 17:52Donc,
- 17:52il faut qu'on essaie de minimiser justement ce déséquilibre pour que les choses se fassent assez en douceur quand même.
- 18:02Et après,
- 18:02il y a la présentation.
- 18:04Est-ce que vous vous inspirez,
- 18:05je ne sais pas,
- 18:06de tableaux,
- 18:06de choses ?
- 18:07En fait,
- 18:07parce qu'il y a la recette,
- 18:08il y a le goût.
- 18:09Mais après,
- 18:10je suppose qu'il faut...
- 18:11Enfin,
- 18:11on a vu vos plats,
- 18:12c'est hyper joli et tout.
- 18:13Au niveau de cette inspiration,
- 18:14il y a des choses comme ça que vous allez chercher dans le domaine de l'art ?
- 18:20Manon et moi,
- 18:22on est assez intéressés par la culture en général.
- 18:28Manon est curieuse,
- 18:31elle va voir des expos,
- 18:33elle adore le cinéma.
- 18:35Moi j'adore aller voir des expos,
- 18:38on lit des livres,
- 18:40j'adore aller voir de la danse.
- 18:43On fait tout ça,
- 18:43on pousse nos équipes à le faire et ça nous arrive très souvent de puiser là-dedans.
- 18:49En fait,
- 18:50on a besoin de ça pour se nourrir.
- 18:55Évidemment,
- 18:56on a un modèle qui ressemble à personne et aussi,
- 18:57je pense qu'on a une manière de...
- 19:00Intellectuellement,
- 19:01on va se nourrir d'autres choses,
- 19:02ce qu'il n'y a pas forcément tout le temps dans le monde des chefs de cuisine qui sont souvent très régulièrement dans leur cuisine.
- 19:10Alors que nous,
- 19:11on incite beaucoup la discussion,
- 19:12même avec les équipes,
- 19:13sur...
- 19:15Qu'est-ce que vous êtes allés faire ce week-end ?
- 19:17Sans se mêler de leur vie privée,
- 19:18mais en leur disant,
- 19:20allez vous nourrir d'autres choses que de la cuisine pure et regardez ce qui se passe ailleurs.
- 19:26Surtout parce qu'en plus,
- 19:27on habite à Paris,
- 19:28il y a des gens dans l'équipe qui ne viennent pas forcément de Paris,
- 19:30donc on essaye de les pousser à découvrir et à faire plein de choses.
- 19:34Donc ce qui est chouette,
- 19:35c'est qu'on se rend compte qu'il y en a qui le font ensemble.
- 19:38Et d'ailleurs,
- 19:39au restaurant,
- 19:40il y a un petit livret qu'on donne à chaque client.
- 19:43Il y a deux livrets en ce moment qui ne sont pas les mêmes.
- 19:47Donc si on est à une table de deux,
- 19:49les deux personnes ont des livrets différents.
- 19:51Et dans ces livrets,
- 19:52on vient donner des références culturelles qui nous inspirent et qui ont inspiré l'univers d'Atil.
- 20:01Et justement,
- 20:02là,
- 20:02avec Manon,
- 20:02on est en train de réfléchir aux nouveaux livrets.
- 20:04et ce qui est sympa,
- 20:05c'est que même...
- 20:06On en a parlé aux membres de l'équipe pour qu'ils viennent nous donner des références et qu'on le nourrisse ensemble.
- 20:13C'est super.
- 20:15Et vous ne faites pas qu'une cuisine végétale,
- 20:17c'est en partie végétal,
- 20:18mais comme là,
- 20:19depuis tout à l'heure,
- 20:19on n'a parlé que des légumes,
- 20:20ce n'est pas forcément que végétarien.
- 20:22Non,
- 20:22on a regardé,
- 20:23on fait quand même pas mal de poissons,
- 20:25de produits de la mer,
- 20:26donc des crustacés,
- 20:28des coquillages,
- 20:30des étrailles,
- 20:30des algues aussi,
- 20:31même si c'est du végétal,
- 20:32mais c'est du végétal de la mer.
- 20:34Un peu de l'or.
- 20:35Un petit peu de viande.
- 20:36Mais le viande reste quand même assez condimentaire.
- 20:42Je pense qu'avec le Rennes,
- 20:44on aime encore quand même beaucoup les produits de la mer,
- 20:47mais on a moins de sensibilité pour la viande.
- 20:50On a vraiment décidé,
- 20:51quand on s'est dit qu'est-ce qu'on veut pour la cuisine de Dattil,
- 20:55c'est de se dire qu'on voulait cuisiner ce qu'on avait envie de manger et se faire plaisir en cuisinant.
- 21:00Et du coup,
- 21:02on n'a pas envie de se mettre des contraintes sur des choses qu'on n'a pas envie de cuisiner.
- 21:07Et peut-être que ça évoluera et que ce sont les années.
- 21:11On fera évoluer les choses.
- 21:13Et on le fait d'ailleurs.
- 21:13Parfois,
- 21:13on se dit « Ok,
- 21:14là,
- 21:14on a envie de cuisiner ça et on va aller chercher un produit qu'on n'avait pas forcément intégré jusqu'à maintenant. »
- 21:21Du coup,
- 21:21on ne s'interdit rien.
- 21:23Mais c'est vrai qu'on a certaines sensibilités vers...
- 21:26Lorraine adore les crustacés.
- 21:29J'adore.
- 21:29Les tourteaux,
- 21:30les araignées.
- 21:31On dit toujours que s'ils vont lui faire plaisir,
- 21:32il faut lui offrir un tourteau.
- 21:37Moi,
- 21:37j'aime bien ça aussi.
- 21:38On aime bien les intégrer,
- 21:40on aime bien les travailler,
- 21:40mais ça demande beaucoup de travail et beaucoup de préparation.
- 21:44Mais on aime bien s'atteler à travailler ces produits-là.
- 21:50Après,
- 21:51on aime bien aussi le poisson.
- 21:52On aime bien le travail du poisson.
- 21:54On a envie de garder ça.
- 21:55Et aussi,
- 21:56on sait qu'en travaillant sur certains produits,
- 21:58on soutient aussi certaines filières.
- 22:01On avait fait avant l'ouverture...
- 22:03Je ne sais pas si tu l'as dit tout à l'heure.
- 22:04Avant le marché du restaurant,
- 22:05on a fait un tour de tous les producteurs,
- 22:07tous les gens avec qui on travaille,
- 22:09un peu notre écosystème.
- 22:11Et notre cueilleur d'ailes,
- 22:12nous avons amené aller voir un pêcheur.
- 22:15Et à ce moment-là,
- 22:15c'était un petit pêcheur qui avait ce qu'on appelle la pêche de petits bateaux.
- 22:18Donc vraiment un petit bateau qui n'est pas un chalut,
- 22:23qui fait de la pêche en général quand même respectueuse et responsable.
- 22:28Et on s'était dit,
- 22:29oui,
- 22:29mais en fait,
- 22:30on voyait que ces gens-là ont des difficultés aujourd'hui.
- 22:32et donc sinon on soutient pas
- 22:34Ces gens-là,
- 22:35en fait,
- 22:36ça peut être aussi amené à disparaître.
- 22:38Donc,
- 22:38on s'était quand même posé pas mal de questions sur comment on intègre aussi toutes ces questions de durabilité,
- 22:47de responsabilité,
- 22:48même si c'est des choix qui sont finalement assez subjectifs et personnels.
- 22:52Chacun fait comme il veut et à sa manière.
- 22:54Parfois,
- 22:55est-ce qu'on décide de continuer de cuisiner,
- 22:57de ne plus cuisiner ?
- 22:58Par exemple,
- 22:58avec Lorraine,
- 22:59on s'est dit qu'on ne fait plus de chocolat.
- 23:01On ne sert pas de vanille,
- 23:02donc on utilise des substituts de chocolat.
- 23:04On va chercher du torréfié dans autre chose,
- 23:06dans des céréales,
- 23:07du sarrasin,
- 23:08etc.
- 23:10Le vanille,
- 23:10on le remplace par du mélilot,
- 23:11qui est une plante qui a des molécules en commun avec la vanille et donc qui pousse en France à côté justement des champs de céréales.
- 23:18Donc ça rentre dans une réflexion sur l'écosystème.
- 23:23Mais par exemple,
- 23:24on sert toujours du café au restaurant.
- 23:25donc il y a des choses où
- 23:26Et on sert des agrumes qu'on va chercher dans le sud de la France.
- 23:29On va chercher pas mal de jeux dans le sud de la France.
- 23:31On se ferme pas de porte à l'hyper localité.
- 23:34Et en même temps,
- 23:34on favorise majoritairement des maraîchers qui travaillent en Ile-de-France.
- 23:38Donc,
- 23:38il y a toute une réflexion sur la responsabilité.
- 23:39Mais je pense que c'est vraiment aussi souvent des affinités sur des choix qu'on fait.
- 23:44Et on se dit,
- 23:44OK,
- 23:45on a envie de faire comme ça.
- 23:46Et c'est comme ça qu'on perçoit le restaurant d'aujourd'hui.
- 23:50Mais il y a de la viande qui rentre quand même dans le restaurant.
- 23:52Pour le personnel.
- 23:54Déjà,
- 23:54Manon et moi,
- 23:55on n'est pas végétariennes.
- 23:57Et du coup,
- 23:59on fait des repas du personnel.
- 24:02Moi,
- 24:02j'aime bien parler de ce sujet-là parce que c'est lié à la nutrition.
- 24:06C'est lié à la nutrition.
- 24:08Nos équipes mangent tous les jours au restaurant.
- 24:10Ça fait quand même pas mal de repas.
- 24:12L'idée,
- 24:12c'est quand même de prendre du plaisir.
- 24:14Et s'il y a bien quelque chose qui n'est pas valorisé,
- 24:17en tout cas dans le monde de la restauration,
- 24:18c'est que souvent les repas du personnel pour les salariés sont des produits de mauvaise qualité,
- 24:25que ce n'est pas valorisé,
- 24:26que ce n'est pas forcément très agréable.
- 24:30Donc là,
- 24:32chez Datil,
- 24:33on essaye vraiment que ce soit un moment de plaisir avec l'équipe.
- 24:38Donc on a instauré quelques règles qui sont que...
- 24:42Les produits qu'on utilise dans la cuisine pour les clients,
- 24:44c'est les mêmes que pour le personnel.
- 24:47Donc,
- 24:49on mange des produits de nos maraîchers.
- 24:53Si demain,
- 24:53ils veulent faire un poulet pour le staff,
- 24:57c'est poulet.
- 24:58Enfin voilà,
- 25:00il faut que déjà la personne qui fasse ça prenne du plaisir,
- 25:03même si souvent,
- 25:03c'est un peu fait dans la rapidité.
- 25:05Mais on se rend compte que le personnel,
- 25:08il est content de faire à manger pour les autres.
- 25:11Et il y a des jours de roulement,
- 25:13donc ce n'est pas répétitif quand même trop souvent pour une seule personne,
- 25:17par exemple.
- 25:17Et on a mis aussi un système où l'équipe de salle,
- 25:23qui fait en général,
- 25:24les serveurs ne font jamais à manger,
- 25:26pour qu'ils se rendent un petit peu compte de la charge de travail que ça représentait pour toute l'équipe de cuisine,
- 25:31fait une fois par semaine un repas du personnel.
- 25:34Et c'est super sympa parce qu'ils se prennent au jeu.
- 25:38Il y a des challenges,
- 25:39ils se mettent à cuisiner avec des cuisiniers,
- 25:40donc ça crée un petit peu plus de cohésion d'équipe.
- 25:45Et du coup,
- 25:46on dit,
- 25:47c'est cette semaine qu'il fait à manger,
- 25:49c'est super sympa.
- 25:50Et on a aussi mis une autre règle qui marche très,
- 25:52très bien,
- 25:52je trouve.
- 25:53C'est qu'au moment où on mange,
- 25:55on n'a pas le droit de parler de travail.
- 25:57Et on ne veut pas qu'on nous pose la question de combien il y a de couverts ce soir,
- 26:02ou quelque chose lié au service qu'il va y avoir après.
- 26:06Mais justement,
- 26:07qu'on parle de choses sympas,
- 26:09d'expositions,
- 26:11où il y a des blagues,
- 26:13que ce soit vraiment un moment de détente.
- 26:15Non,
- 26:15mais ça,
- 26:15c'est super.
- 26:16Parce que du coup,
- 26:16on remet la cuisine vraiment comme un moment de partage.
- 26:20Ça rejoint cette question aussi de savoir,
- 26:22de partage,
- 26:23et puis de dire,
- 26:25on sert des clients tous les jours de la plus belle manière qu'on puisse faire,
- 26:31avec la cuisine qui nous parle et qui nous enchante.
- 26:34Et on se nourrit entre nous de la manière dont on a envie aussi de partager.
- 26:41Donc,
- 26:42c'est très symbolique aussi pour nous que tout ça soit soigné.
- 26:45Et c'est aussi ce qu'on veut entre les collaborateurs.
- 26:49C'est qu'il y a du soin,
- 26:50du respect,
- 26:51de l'attention.
- 26:52Puis,
- 26:53ça fait du bien.
- 26:53Ça demande de joie et de plaisir.
- 26:56Ou qu'on va chercher une boîte de chocolat pour l'équipe et que tout le monde se régale et mange un chocolat à la fin du repas.
- 27:01Enfin,
- 27:02c'est des petites choses,
- 27:02mais qui font...
- 27:03dans des journées qui sont quand même chargées où justement on travaille aussi beaucoup avec notre corps on a une grosse part d'engagement physique ces repas ils font vraiment du bien ils revigorent tout le monde parfois quand on a justement ce moment où je pense souvent on a notre sous-chef Céline qui est belge qui nous fait des frites au personnel c'est vraiment un moment de joie entre tout le monde,
- 27:25ça fait du bien à tout le monde ça fait du bien au moral,
- 27:27on réattaque le service différemment que si on avait mangé un truc qui était pas bon Donc...
- 27:33Voilà,
- 27:33ça fait partie aussi de notre philosophie,
- 27:35mais c'est souvent un peu caché,
- 27:38ce repas personnel qui est pourtant une manière...
- 27:41Enfin,
- 27:41c'est un truc important,
- 27:42quoi.
- 27:43C'est un truc...
- 27:43Moi,
- 27:43j'ai beaucoup bossé en restauration,
- 27:45du coup,
- 27:45et effectivement,
- 27:46je n'ai pas de moment mangé vraiment des trucs dégueux très vite,
- 27:51comme ça,
- 27:51sur un bout,
- 27:52on a moitié sur son téléphone,
- 27:53et pareil,
- 27:54il y a des couverts,
- 27:55et tu manges,
- 27:55et en même temps,
- 27:56on te demande de faire un truc,
- 27:57enfin,
- 27:57voilà,
- 27:58et c'est vrai qu'après,
- 27:59le service,
- 28:00t'es pas...
- 28:01Je trouve que c'est génial de se dire que les gens que tu sers,
- 28:03tu as mangé la même chose avant.
- 28:05Et en fait,
- 28:05déjà,
- 28:05il y a un truc d'équité,
- 28:07je trouve,
- 28:08qui est assez essentiel et qui remet de l'humain dans tout ça.
- 28:12Oui,
- 28:12tout à fait.
- 28:12Puis,
- 28:13c'est aussi super sympa,
- 28:14moi,
- 28:15je trouve,
- 28:15de voir cette équipe de salles.
- 28:19Souvent,
- 28:19il y a des gens qui ne savent pas forcément cuisiner ou qui n'ont pas confiance parce qu'il faut un peu casser la barrière d'aller en cuisine.
- 28:24Et du coup,
- 28:25qui commencent à se sentir plus à l'aise.
- 28:28Il y en a qui testent des recettes,
- 28:30ils préparent un peu en amont,
- 28:32ils viennent discuter.
- 28:33Je trouve qu'il y a de l'encouragement de la part de la cuisine et ça crée un dialogue assez sympa avec les deux équipes.
- 28:41Ce qui peut aussi arriver dans des restaurants où ces deux équipes-là se tirent un peu la bourre et il n'y a pas forcément cette cohésion.
- 28:49Là,
- 28:49on arrive à créer quelque chose de différent,
- 28:53en tout cas qui est agréable au quotidien.
- 28:54Je pense que les clients doivent le ressentir.
- 28:58Ça doit être émané dans tous les cas,
- 28:59même si vous,
- 29:00on ne s'en rend peut-être pas compte,
- 29:01mais ça doit forcément se ressentir.
- 29:03C'est comme le management,
- 29:04vous en avez parlé beaucoup et vous êtes aussi toutes les deux engagées dans pas mal de choses.
- 29:08Donc là,
- 29:08on l'entend en fait.
- 29:10Mais je vais quand même vous poser la question parce que vous avez aussi une association qui s'appelle Bondir.
- 29:16On est engagé,
- 29:17c'est pas notre association,
- 29:18mais c'est une association dans laquelle on est engagé.
- 29:25Et donc du coup,
- 29:26c'est important pour nous d'avoir une réflexion sur comment on essaie d'améliorer notre métier.
- 29:34Parce qu'on s'aperçoit déjà qu'il y a une pénurie de personnel.
- 29:40Et notamment quand on est employeur,
- 29:42on se rend compte que ce n'est pas facile de recruter,
- 29:44de trouver des gens qui sont motivés,
- 29:46qui ont aussi toujours le goût de faire ce métier.
- 29:48Pourtant,
- 29:49il y a quand même des jeunes qui s'engagent dans le métier,
- 29:51qui vont dans des écoles,
- 29:52etc.
- 29:53Mais trouver des gens qui sont vraiment pleinement satisfaits par cette passion et qui ont envie de continuer,
- 29:59ce n'est pas si facile.
- 30:01Et puis,
- 30:01il y a une réflexion plus globale sur ce qu'on veut et ce qu'on ne veut pas voir dans notre métier.
- 30:05C'est une association qui fait de la prévention contre les violences dans la restauration,
- 30:10qui a été créée en 2021 et dont le cœur d'activité,
- 30:15c'est de faire des interventions dans les écoles hôtelières pendant deux heures et de sensibiliser les élèves aux mécanismes de la violence.
- 30:25Donc,
- 30:26comment ça se met en place ?
- 30:27Comment c'est justement très...
- 30:29Enfin,
- 30:30on donne des exemples concrets à ceux de la restauration,
- 30:33par exemple l'isolement.
- 30:34Comment on peut se retrouver isolé dans une chambre froide,
- 30:37il fait noir,
- 30:37on ferme la porte.
- 30:39Et donc faire attention à ces endroits où ça peut être compliqué,
- 30:42où il peut y avoir justement de la violence qui peut se mettre en place.
- 30:46Le fait aussi qu'on ait des horaires indécalés,
- 30:48enfin plein de choses qui font que ça peut favoriser la mise en place des violences.
- 30:51Revenir sur des termes précis,
- 30:53qu'est-ce que du harcèlement sexuel,
- 30:54du harcèlement moral,
- 30:55un viol.
- 30:57Comment on fait quand on est victime,
- 30:59comment on fait pour venir en aide à une victime.
- 31:02Et une réflexion plus globale en disant aux élèves,
- 31:05voilà,
- 31:06il peut se passer ça,
- 31:07vous pouvez être confrontés à de la violence,
- 31:09mais il y a une autre manière de faire.
- 31:11Et nous,
- 31:11on essaie de donner aussi une perspective,
- 31:14on va dire lumineuse,
- 31:16en disant,
- 31:16ben voilà,
- 31:17il y a des choses qui ne vont pas,
- 31:19il y a des comportements déviants dans le métier,
- 31:22mais il y a aussi une autre manière de faire et on est là pour vous dire que c'est possible.
- 31:26Et que vous êtes en général des étudiants qui sont aussi amenés après à manager,
- 31:30à être des futurs managers,
- 31:31en disant,
- 31:31ben voilà,
- 31:33il faut déconstruire cette manière de faire.
- 31:34On a souvent associé l'exigence avec de la violence,
- 31:39en disant,
- 31:39ben voilà,
- 31:40pour arriver au meilleur niveau,
- 31:41pour être dans une cuisine et y arriver,
- 31:44il faut qu'il y ait de la violence,
- 31:45il faut que ce soit violent.
- 31:47Et dire,
- 31:47ben non,
- 31:48c'est pas possible,
- 31:49on peut pas faire comme ça,
- 31:50on peut pas continuer de faire comme ça.
- 31:53Cette association,
- 31:53elle fonctionne très bien,
- 31:55parce qu'on a beaucoup de demandes d'école pour qu'on vienne faire ces formations.
- 32:00Il n'y a que des bénévoles,
- 32:01donc c'est difficile aussi de s'organiser.
- 32:03Et surtout,
- 32:04ce n'est que des gens du métier,
- 32:05pratiquement,
- 32:06et qui peuvent parler concrètement des situations auxquelles ils ont eu affaire dans le métier aussi,
- 32:10donner des témoignages.
- 32:13Et du coup,
- 32:13ce n'est pas facile de se développer parce qu'on est encore en petit comité.
- 32:19Ça fait partie du BF1,
- 32:20ça part du Bénévolat.
- 32:21mais en tout cas euh
- 32:22Il y a une vraie nécessité pour nous que de repenser justement notre métier et voir comment on peut faire autrement avec des méthodes de management.
- 32:33D'ailleurs,
- 32:33s'il y a des chefs qui nous écoutent,
- 32:35vous cherchez encore des bénévoles.
- 32:39On cherche tout le temps.
- 32:40D'ailleurs,
- 32:41ce n'est pas forcément que des chefs.
- 32:43Ça peut être des personnes qui travaillent en salle.
- 32:46Ça peut être des métiers de la bouche parce qu'il y a...
- 32:50Je pense que,
- 32:50de toute façon,
- 32:50c'est un sujet sociétal,
- 32:56les violences en général,
- 32:57et au travail notamment.
- 32:58Exactement.
- 32:59En tout cas,
- 33:00sur tous les métiers de bouche,
- 33:03de lotellerie,
- 33:04de restauration,
- 33:05s'il y a des gens qui sont intéressés,
- 33:07la porte est complètement ouverte.
- 33:08De toute façon,
- 33:09on mettra le lien aussi de la société.
- 33:11Oui,
- 33:11bien sûr,
- 33:12c'est important.
- 33:12Et puis surtout,
- 33:13vous êtes des femmes,
- 33:14des chefs-femmes,
- 33:16il n'y en a pas beaucoup ?
- 33:18Non.
- 33:18Donc vous passez un peu les codes,
- 33:20entre guillemets,
- 33:20de ce côté-là.
- 33:21Et comment est-ce qu'on arrive à se dire,
- 33:25en fait,
- 33:25je vais être chef ?
- 33:26Parce que je pense que quand on est à l'école,
- 33:27vous vous en rencontrez beaucoup.
- 33:28Vous êtes un peu des modèles pour des femmes qui,
- 33:30peut-être il y a dix ans,
- 33:31elles se disaient que ce n'était peut-être pas possible de devenir chef.
- 33:33Aujourd'hui,
- 33:34elles vous voient donner des conseils,
- 33:36certes sur les violences,
- 33:37mais c'est aussi des exemples quand vous allez dans les écoles.
- 33:41On s'en rend compte.
- 33:42Après,
- 33:43on a des parcours différents,
- 33:46mais moi,
- 33:46je ne me suis jamais dit...
- 33:47Je pense que...
- 33:48Pour le coup,
- 33:48c'est peut-être plus la place qu'on donne aux femmes dans les écoles de cuisine ou dans la société.
- 33:54Mais je ne me suis jamais dit,
- 33:56je vais être chef.
- 33:57Je me suis dit,
- 33:57j'ai envie de faire de la cuisine.
- 33:59Et de par mon parcours,
- 34:00après,
- 34:01je suis arrivée à un poste où je dirigeais,
- 34:04on va dire.
- 34:05Mais je pense que c'est plus masculin.
- 34:09En tout cas,
- 34:09on laisse plus cette place-là aux hommes pour se dire,
- 34:12je vais vraiment,
- 34:14j'ai envie d'être chef.
- 34:15En tout cas,
- 34:15quand on fait des interventions...
- 34:18Dans les écoles,
- 34:18on se rend compte que les femmes,
- 34:21mais même les hommes,
- 34:22sont ravis de voir des femmes chefs qui viennent témoigner et qui viennent expliquer comment on fonctionne.
- 34:30C'est très important de...
- 34:31on se rend compte d'être aussi active,
- 34:34c'est-à-dire d'avoir un restaurant,
- 34:35de parler d'exemples concrets,
- 34:37de dire comment,
- 34:39en tout cas nous on fait,
- 34:39et on semble que c'est pas la meilleure manière,
- 34:43mais c'est une des manières qui est plutôt bienveillante de travailler.
- 34:47Et on a beaucoup de témoignages de jeunes qui viennent nous voir en disant « mais c'est super,
- 34:51ça me donne envie de continuer » .
- 34:53J'avais pas forcément envie de continuer la restauration parce que...
- 34:56Je ne trouve pas de modèle qui me convienne,
- 34:59mais c'est des jeunes qui ont souvent 19 ou 20 ans.
- 35:02Ils ont déjà souvent 2-3 années d'études et ils veulent déjà abandonner parce qu'ils ont fait de mauvaises rencontres.
- 35:08Et donc du coup,
- 35:09le fait de montrer cet exemple,
- 35:12je pense qu'avec Manon,
- 35:13on en est fiers et c'est quelque chose sur lequel on a envie de s'appuyer et de continuer.
- 35:18Et on le fait aussi avec nos équipes.
- 35:19Pour nous...
- 35:21Le travail qu'on fait tous les jours,
- 35:23on a un restaurant à faire tourner,
- 35:25mais c'est aussi de montrer à nos équipes,
- 35:27où il y a quand même pas mal de femmes,
- 35:30qu'elles arrêtent de trouver leur légitimité dans le métier et qu'elles soient fières d'elles et qu'elles se disent,
- 35:36plus tard,
- 35:36moi,
- 35:36si j'ai envie,
- 35:37parce que ce n'est pas forcément un but final,
- 35:41mais si j'ai envie d'être chef de cuisine,
- 35:44chef de restaurant ou d'avoir mon entreprise,
- 35:47j'en suis complètement capable.
- 35:48Et nous,
- 35:49on veut les pousser au maximum,
- 35:51en tout cas,
- 35:52à juste pas chercher sa place,
- 35:55mais à la prendre,
- 35:55en fait,
- 35:55beaucoup plus facilement.
- 35:57Est-ce que vous auriez un conseil à donner à une femme ou un homme qui veut devenir chef aujourd'hui ou qui veut monter son restaurant ?
- 36:07Être tenace.
- 36:11La persévérance.
- 36:12Je pense que la persévérance pour faire ce métier,
- 36:16c'est vraiment primordial.
- 36:18Et puis avoir des moments aussi de...
- 36:20C'est un métier qui peut paraître,
- 36:23quand on y rentre,
- 36:25comme une sorte de tourbillon qui donne un peu parfois le tournis parce qu'on travaille tellement,
- 36:29on est tellement pris dans un truc un peu machine à laver quand on travaille dans un restaurant que souvent,
- 36:35avec Lorraine,
- 36:35on conseille aux gens de prendre des pauses.
- 36:37Enfin,
- 36:38c'est marrant de dire ça alors qu'on a un restaurant qui tourne,
- 36:42etc.
- 36:42Mais je pense que dans les moments où j'ai eu du recul,
- 36:46Lorraine,
- 36:46je pense aussi,
- 36:47il y a des moments où...
- 36:48On a des moments où on peut réfléchir.
- 36:51Je pense que c'est important d'alterner parfois et d'avoir des moments où on arrive à prendre du recul vis-à-vis des choses,
- 36:59parce que sinon,
- 36:59on peut parfois faire des mauvais choix ou mal s'orienter,
- 37:02ou justement manquer de recul vis-à-vis de ce qui nous arrive.
- 37:05Et parfois,
- 37:06il nous suffit de quatre nuits où on récupère et on va avoir les idées plus claires pour avoir justement une vision peut-être parfois plus...
- 37:17plus claires de notre métier au quotidien.
- 37:20Et je pense que ce dont on manque le plus dans notre métier,
- 37:22c'est justement ce recul et parfois ce cerveau reposé.
- 37:27Et c'est le plus dur à supporter quand on rentre dans le métier ou quand on a envie d'ouvrir un restaurant,
- 37:32etc.
- 37:32C'est qu'il y a tellement de facteurs,
- 37:34tellement de choses à maîtriser,
- 37:35tellement de temps aussi qui est raccourci parce qu'on court tout le temps après le temps.
- 37:41Il faut avoir des moments précieux où on a le temps d'avoir du recul et de réfléchir à ce qu'on veut faire.
- 37:47Je pense que c'est hyper important de s'octroyer ces moments-là.
- 37:51Merci beaucoup.
- 37:52Merci à vous toutes les deux d'être venues nous voir.
- 37:55Merci.
- 37:55Et puis,
- 37:56on vous invite tous à aller...
- 37:57Enfin,
- 37:57on ne va pas vous inviter vraiment,
- 37:58mais allez au restaurant d'Atil qui a l'air extraordinaire.
- 38:02Donc,
- 38:03on peut vous donner l'adresse ?
- 38:04Oui,
- 38:06aux 13 rues des Gravilliers dans le 3e arrondissement à Paris.
- 38:09Juste à côté de la tente.
- 38:10C'est parfait.
- 38:13À la semaine prochaine.
- 38:18Flamme des années 80.
- 38:20Le podcast qui allume la femme.