Latest / L'état d'esprit / Didier Junqua artisan charcutier :Comment transmettre une entreprise familiale sans cesser de la réinventer ?
Transcript
- 0:01Bonjour et bienvenue dans l'état d'esprit.
- 0:04A travers chaque rencontre avec mon invité,
- 0:07nous explorons le pouvoir de la parole.
- 0:10Une parole qui éclaire,
- 0:11qui engage et qui parfois répare.
- 0:16Comment transmettre un savoir-faire familial sans rester prisonnier de la tradition ?
- 0:21Dans ce nouvel épisode de l'état d'esprit,
- 0:23je reçois Didier Junca,
- 0:25artisan charcutier et dirigeant d'une entreprise familiale,
- 0:29profondément attaché à son territoire,
- 0:31à ses producteurs et à ses méthodes traditionnelles.
- 0:34Bonjour Didier Janca.
- 0:35Bonjour Olivier.
- 0:37Alors vous avez travaillé avec vos parents,
- 0:38votre oncle et aujourd'hui avec vos enfants.
- 0:41Travailler en famille au quotidien,
- 0:43ça change quoi ?
- 0:45Pas grand chose en fait,
- 0:46puisqu'on a toujours été habitué à ce genre de situation.
- 0:50C'est pas simple souvent parce qu'il faut faire la part des choses le soir notamment.
- 0:55Mais bon,
- 0:56quand on est plus jeune,
- 0:57moi je me suis toujours plié à ce que mes parents ou mon oncle voulaient.
- 1:01Donc ça s'est fait sincèrement.
- 1:03Très facilement pour moi.
- 1:05C'est pas comme si je découvrais un univers qui me pesait ou autre.
- 1:10J'ai baigné là-dedans.
- 1:11Alors,
- 1:13à force de rire,
- 1:14c'est que par contre,
- 1:15ils m'ont pas embêté pour les vacances quand j'étais jeune.
- 1:17J'ai jamais été forcé à le faire.
- 1:19Je pense que ça vient de là aussi,
- 1:21le fait que ça se passe naturellement.
- 1:23Parce que j'ai été jusqu'au bac et jusqu'à l'âge de 18 ans,
- 1:27ils m'ont jamais dit il faut faire ci,
- 1:28il faut faire ça.
- 1:29Ils m'ont toujours laissé tranquille.
- 1:32Et ça a peut-être fait l'effet inverse du fait que j'ai eu envie d'y aller.
- 1:38Voilà,
- 1:38je ne sais pas,
- 1:39mais bon,
- 1:39toujours est-il que j'y suis,
- 1:40très bien d'ailleurs maintenant,
- 1:42et ça continue.
- 1:43Et vos enfants,
- 1:44quand ils vous ont dit on aimerait bien travailler avec toi,
- 1:46qu'est-ce qu'ils ont dit ?
- 1:47Alors là,
- 1:47ça s'est passé en deux étapes,
- 1:49si vous voulez,
- 1:50mes enfants,
- 1:50ils ont vu que ce n'était pas facile,
- 1:51parce que bon,
- 1:54c'est beaucoup d'investissement au niveau de temps,
- 1:57donc je sacrifie un petit peu de mon temps pour eux,
- 2:01mais ils ont vu que ce n'était pas facile,
- 2:04ils n'étaient pas...
- 2:05Mon garçon n'était pas prévu pour ça non plus,
- 2:07comme moi à la base.
- 2:08Derrière il m'a dit bon dès que je passe le bac,
- 2:11j'arrête je bosse avec toi.
- 2:13J'ai tout fait pour que ce soit pas le cas,
- 2:15parce que je sais moi les contraintes.
- 2:18Mais dès qu'il a eu le bac il m'a dit j'arrête.
- 2:20Et donc il est passé comme moi dans une structure où on a fait un CAP pour lui.
- 2:24Et il est venu me rejoindre en suivant.
- 2:27Pour ma fille c'est différent.
- 2:29Elle était un petit peu plus brillante que nous à l'école.
- 2:32Donc elle a fait un bachelor de management à l'école de commerce.
- 2:35Donc elle a eu brillamment.
- 2:36Elle a travaillé un petit peu...
- 2:38Enfin,
- 2:39elle a été embauchée chez Apple.
- 2:42Et un jour,
- 2:42je cherchais une vendeuse.
- 2:44Elle m'a dit,
- 2:45j'ai démissionné,
- 2:45je viens.
- 2:46J'ai pas eu le choix.
- 2:47Ça se passerait bien.
- 2:49Mais voilà,
- 2:49donc au final,
- 2:50je voulais personne.
- 2:50Je me retrouvais avec tout le monde.
- 2:52Alors,
- 2:53je disais,
- 2:53la maison Juncker existe depuis
- 2:551932. Quand on reprend comme ça...
- 2:57une entreprise familiale,
- 3:00c'est quoi ?
- 3:00C'est un héritage ?
- 3:01C'est compliqué ?
- 3:03Ou on se dit,
- 3:04s'il y a une histoire,
- 3:05on passe à autre chose ?
- 3:06Oui,
- 3:08la plupart des gens dans cette situation,
- 3:10ils te disent,
- 3:11tu as du bol,
- 3:11c'est tout fait.
- 3:12Effectivement,
- 3:14quand je suis arrivé,
- 3:14c'était en place,
- 3:15on était deux.
- 3:17Mais le problème,
- 3:18c'est que si jamais tu ne fais pas plus qu'un employé ailleurs,
- 3:24c'est mort.
- 3:24Donc il faut toujours évoluer,
- 3:26il faut toujours s'agrandir,
- 3:27il faut toujours chercher.
- 3:29Le commerce,
- 3:30on est tous bien placés pour le savoir,
- 3:31c'est très fragile.
- 3:33Si tu n'évolues pas,
- 3:34ça ne marche pas.
- 3:35Donc de fil en aiguille,
- 3:37les gens se sont rendus compte que c'est quand même très compliqué.
- 3:40Mais pour moi,
- 3:42ça a été facile parce que j'ai toujours connu que ça.
- 3:46Donc bon,
- 3:47il n'y a pas de souci.
- 3:48Il n'y a pas de souci.
- 3:49Mes enfants aussi,
- 3:51donc ce n'est pas un problème.
- 3:53Dire les choses quand on est à la fois l'employeur mais le papa,
- 3:58est-ce que c'est plus compliqué ?
- 4:00Je l'entends bien sûr d'un point de vue professionnel.
- 4:04D'un point de vue professionnel,
- 4:06ils vous le diront si jamais un jour vous discutez avec eux,
- 4:08mes enfants,
- 4:09quand je,
- 4:10entre guillemets,
- 4:11mets un coup de gueule,
- 4:11parce que ça arrive,
- 4:12ça arrive,
- 4:13quand je mets un coup de gueule,
- 4:14il est toujours pour eux,
- 4:15même si ce n'est pas leur faute.
- 4:17Alors ça a l'avantage que les autres le prennent,
- 4:19ils savent que ce n'est pas pour eux,
- 4:21ils le prennent.
- 4:22Alors eux ils sont un petit peu vexés sur le moment,
- 4:24ils me disent le soir ou après,
- 4:25ils me disent non mais attends,
- 4:27tu me le dis à moi,
- 4:28c'est pas moi,
- 4:29c'est pas grave,
- 4:29ça va servir pour les autres.
- 4:31Et ça roule comme ça.
- 4:32Donc ils ont compris le système aussi maintenant,
- 4:35donc ça se passe bien.
- 4:36Alors vous étiez passionné de sport,
- 4:37vous avez joué au rugby à un bon niveau,
- 4:43pourquoi ne pas avoir voulu faire carrière dans le sport,
- 4:46c'était pas pro à l'époque ?
- 4:47Exactement,
- 4:48exactement,
- 4:48moi j'ai eu la chance de...
- 4:50Ce que je vous disais tout à l'heure par rapport à mes parents,
- 4:52ils m'ont laissé jouer au rugby.
- 4:53On ne travaillait pas le dimanche avant,
- 4:54donc c'était quand même à l'avantage.
- 4:56Mais j'ai fait le sport études à Bayonne,
- 4:59le rugby.
- 5:00A ce moment-là,
- 5:00effectivement,
- 5:01ce n'était pas professionnel.
- 5:02Donc il fallait être plus réactif.
- 5:04Moi,
- 5:05je savais que je voulais faire ça.
- 5:07Et donc,
- 5:07fatalement,
- 5:08j'allais revenir chez moi pendant la suite.
- 5:11Donc je n'ai pas été ouvert aux autres sollicitations.
- 5:14Parce qu'à ce moment-là,
- 5:15quand j'avais 20 ans,
- 5:16j'avais des clubs comme Ollurnax et ainsi de suite à l'époque.
- 5:20Ou La Rochelle,
- 5:21qui appelaient pour aller jouer chez eux.
- 5:23Mais ils me faisaient rentrer dans une usine avec ma femme.
- 5:26Ce n'était pas mon but.
- 5:27Donc moi,
- 5:28tout ça,
- 5:28ça a été fermé.
- 5:29Et après je suis resté jouer localement,
- 5:32à un niveau correct pour moi,
- 5:34et c'était super bien passé.
- 5:36Et alors justement quand on dirige une entreprise,
- 5:41est-ce qu'il y a des similitudes entre diriger une équipe dans une entreprise ?
- 5:44Oui,
- 5:45complètement,
- 5:45et surtout...
- 5:46Parce qu'en plus vous aviez un poste au rugby qui était assez central.
- 5:49Oui,
- 5:49un peu stratégique.
- 5:51Oui,
- 5:51parce que la similitude du rugby que j'ai connu moi,
- 5:54alors c'est plus le rugby de maintenant,
- 5:56même si c'est superbe maintenant,
- 5:58c'est que c'était amateur.
- 6:00Et que les entraîneurs,
- 6:01les coachs et ainsi de suite faisaient attention quand même aux joueurs parce qu'à l'époque,
- 6:05si tu vexais un mec,
- 6:06il ne venait plus.
- 6:07Au boulot,
- 6:08c'est un peu la même approche,
- 6:10que j'ai toujours fonctionné comme ça,
- 6:11mais ça s'est fait aussi naturellement.
- 6:15La similitude est exactement la même.
- 6:17On a tous des sensibilités différentes au boulot,
- 6:20donc il faut apprendre à voir un peu,
- 6:22comme au rugby.
- 6:23On a tous des postes différents et le jeu,
- 6:25c'est d'articuler.
- 6:27L'équipe du boulot,
- 6:28un peu comme une équipe sportive,
- 6:30pour que ce soit du mieux possible pour tout le monde.
- 6:33Qu'est-ce qui fait qu'il y ait une bonne équipe au niveau du travail ?
- 6:38Alors ça c'est difficile parce qu'on l'entend à droite à gauche,
- 6:42que ça se chipote,
- 6:43bon moi j'entends pas forcément parce que si ça chipote c'est derrière,
- 6:47mais je pense sincèrement qu'on a tellement besoin,
- 6:51moi à mon niveau,
- 6:53des gens qui travaillent avec moi,
- 6:54que j'y fais quand même vraiment très attention.
- 6:57Et je fais comme si c'était mes enfants ou si c'était pour moi.
- 7:03Ils me le rendent et je n'ai pas de problématique à ce niveau-là.
- 7:09Je n'ai pas rencontré de gens qui me disent que ça ne se passe pas bien parce que je ne m'entends pas.
- 7:14Ce qui peut arriver et qui peut être embêtant,
- 7:17c'est l'incompatibilité entre personnels.
- 7:19Parce que quand on s'est un peu agrandi,
- 7:21ce n'est pas évident de trouver les gens qui s'articulent.
- 7:24J'ai eu de la chance jusqu'à présent,
- 7:26ça le fait.
- 7:27Voilà,
- 7:27donc c'est assez facile pour moi.
- 7:29Vous dites souvent,
- 7:30tout seul on n'avance pas.
- 7:32Finalement,
- 7:33le rôle d'un chef d'entreprise,
- 7:37c'est quoi ?
- 7:37C'est de donner envie aux autres de s'investir et d'être toujours là ?
- 7:41Oui,
- 7:42oui.
- 7:42L'avantage que j'ai,
- 7:43c'est que quand on a commencé,
- 7:44on était deux,
- 7:46après on a été trois,
- 7:48après quatre,
- 7:48et ainsi de suite.
- 7:49Mais au fur et à mesure que les gens rentraient,
- 7:51moi je n'ai pas bougé de mon poste,
- 7:54de mon assiduité,
- 7:55de mon implication.
- 7:57Donc finalement,
- 7:58les gens ne peuvent pas me dire,
- 8:00lui il nous dit de faire ça mais il n'est pas là,
- 8:03je ne suis pas plus fort que les autres du tout,
- 8:05mais j'y suis.
- 8:06Je sais,
- 8:07comme je dis à tout le monde,
- 8:08je sais tout faire,
- 8:09pas bien,
- 8:10pas bien,
- 8:11mais je sais tout faire,
- 8:12à mon niveau bien sûr.
- 8:14Et donc ce qui fait que ça se passe bien,
- 8:16et puis je m'enrichis des gens que je fais rentrer chez moi,
- 8:19parce qu'ils savent des choses que moi je ne sais pas,
- 8:22et on discute,
- 8:23et je leur laisse aussi leur part de...
- 8:26Ils apportent quand même leur part,
- 8:28puisque j'essaie de faire rentrer des gens.
- 8:30À un moment donné,
- 8:31je cherchais un cuisinier pour nous renforcer dans les plats préparés.
- 8:35Donc le jour où il rentre,
- 8:35le gars,
- 8:36il n'a pas carte blanche,
- 8:37mais moi je valide,
- 8:38mais je le laisse faire un petit peu les idées.
- 8:41On avance comme ça,
- 8:42ça permet d'évoluer.
- 8:43Moi,
- 8:44sans eux,
- 8:45si demain ils me disent qu'on est cinq,
- 8:46on arrête,
- 8:47on est cuit.
- 8:48Voilà,
- 8:48ça j'en ai vraiment conscience.
- 8:50Et donc on essaie de fonctionner comme une famille.
- 8:53Alors,
- 8:54bien sûr,
- 8:55ce n'est pas une famille.
- 8:56Malheureusement notre entreprise dit qu'il faut gagner de l'argent,
- 8:59mais cet argent il est aussi pour eux.
- 9:01Et voilà,
- 9:01donc on essaie de fonctionner comme ça,
- 9:03ça se passe quand même relativement bien.
- 9:05Est-ce qu'avec les années vous avez appris à plutôt écouter ou parler ?
- 9:12Non,
- 9:12non,
- 9:12non,
- 9:14j'étais plutôt timide au démarrage.
- 9:16Alors là aussi le rugby m'a aidé parce que le poste fait que,
- 9:19à l'endroit où j'étais,
- 9:20je devais dire ce qu'on devait faire ou ce qu'on pourrait faire,
- 9:24un poste où il fallait prendre des décisions.
- 9:26qui m'a permis de prendre des décisions aussi au boulot,
- 9:28qui n'ont pas toujours été bonnes,
- 9:30ça j'en conviens,
- 9:31mais ça permet aussi de tomber,
- 9:33ça permet de se relever,
- 9:34et c'est pareil pour le boulot,
- 9:38non,
- 9:38non,
- 9:38non,
- 9:39j'essaie de partager beaucoup,
- 9:40quand j'ai un souci sur telle ou telle chose,
- 9:43l'après-midi je dis bon voilà ce matin il y a eu ça,
- 9:45qu'est-ce que vous en pensez ?
- 9:47Moi j'ai un peu mon idée,
- 9:49mais j'essaie d'avoir la confirmation du groupe,
- 9:52si la confirmation ça roule,
- 9:53sinon je...
- 9:55Je ressasse et on en reparle et on essaie d'avancer ensemble.
- 10:00et aussi engagés dans tout ce que vous faites,
- 10:03comment on arrive à transmettre cela à peut-être des jeunes générations où l'on dit que leur investissement n'est pas forcément le même que des générations précédentes ?
- 10:14Oui,
- 10:14oui,
- 10:15oui.
- 10:15Alors maintenant,
- 10:16le problème,
- 10:17c'est sociétal.
- 10:18On vit dans un moment où les gens pensent beaucoup aux loisirs.
- 10:24Je l'entends.
- 10:24Il n'y a aucun souci.
- 10:26Nous,
- 10:26le problème,
- 10:26c'est qu'on a...
- 10:27Peu de place au loisir parce que pour faire avancer notre entreprise,
- 10:30il faut qu'on y soit quasiment tout le temps.
- 10:32Ici,
- 10:32il y avait les nouvelles halles,
- 10:33en plus il y a le dimanche,
- 10:34donc c'est du 7 sur 7.
- 10:36Les gens ne le comprenaient pas.
- 10:38Moi,
- 10:38quand je discute avec les gens avec qui j'ai joué,
- 10:40ils me disaient « mais t'es fou » .
- 10:42Oui,
- 10:43je suis fou,
- 10:43mais je n'ai pas de pénibilité au travail.
- 10:46Ça me plaît de venir au boulot,
- 10:47je ne me lève pas le matin en disant
- 10:49« il faut y aller ce matin » .
- 10:51Mais par contre,
- 10:51les jeunes générations,
- 10:53mes enfants,
- 10:53je fais tout pour essayer de leur laisser un petit peu plus.
- 10:55Ils en font beaucoup.
- 10:57Mais j'essaie quand même de leur laisser un petit peu plus et moi de le faire.
- 11:01Oui,
- 11:01parce qu'une journée type,
- 11:03voire une semaine type de Didier Jean-Claire,
- 11:04c'est quoi exactement ?
- 11:07Il y en a beaucoup,
- 11:07je ne suis pas le seul.
- 11:08Moi,
- 11:09ma journée type,
- 11:09c'est je me lève à 4h du matin.
- 11:12En gros,
- 11:12je mets en route le labo,
- 11:14je fais les cuissons,
- 11:16tout ça,
- 11:16à mettre en route.
- 11:17À
- 11:185h, je prends la voiture,
- 11:19je viens à Pau,
- 11:21j'installe à Pau.
- 11:21Je fais ma matinée avec les vendeuses ici,
- 11:23avec les filles.
- 11:26Je rentre à 2h,
- 11:28on décharge la voiture,
- 11:29je fais une liste pour faire ce qu'il faut faire pour le lendemain,
- 11:32je mets les bottes et je reste avec eux jusqu'à 6h.
- 11:35Ma journée est terminée,
- 11:37si tout se passe bien,
- 11:39je me fais une heure de sport et ma journée est terminée.
- 11:42Donc vous faites
- 11:4335h en deux jours ?
- 11:4435h on va dire en deux jours,
- 11:46parce que là-dedans je ne vous compte pas toute la compta,
- 11:48les papiers,
- 11:49les soucis de telle ou telle chose avec la comptabilité,
- 11:54c'est comme ça.
- 11:55Je le disais,
- 11:55votre entreprise a été créée en 1932,
- 11:58donc vous êtes la quatrième génération.
- 11:59Oui,
- 11:59c'est ma grand-mère.
- 12:02Qu'est-ce qui a changé dans la façon de faire,
- 12:06des relations entre la façon dont travaillait votre grand-mère et vous et vos enfants ?
- 12:12Ce n'était pas du tout pareil,
- 12:14effectivement.
- 12:14Je n'ai pas connu ma grand-mère parce qu'elle est décédée le mois où je suis né,
- 12:18mais le fonctionnement avec mon oncle qui a pris la suite,
- 12:23c'était...
- 12:24Pour vous donner une idée,
- 12:26on faisait un cochon par semaine à l'époque,
- 12:30plus un peu de noir comme ils faisaient à l'époque,
- 12:32à aller chercher ça et ça.
- 12:34Et maintenant on en est à 10 ou 15 cochons par semaine.
- 12:37Et surtout,
- 12:39là où le travail a changé,
- 12:40c'est beaucoup de plats préparés,
- 12:41beaucoup de nouvelles choses,
- 12:44des salades,
- 12:46beaucoup de snacking.
- 12:48Donc notre métier a évolué et c'est à travers ça que je me suis renforcé.
- 12:53Avec des gens qui savaient faire ça.
- 12:55Donc moi,
- 12:56je ne savais pas faire à la base,
- 12:57j'ai su sur le tas,
- 12:59avec ces gens-là.
- 13:00Mon fils,
- 13:01je lui ai fait une formation de traiteur,
- 13:03et les gens avec qui je me suis entouré avaient cette approche,
- 13:08ce qui fait qu'on a un panel un peu plus...
- 13:11Moi,
- 13:11j'étais plus fort dans le basique,
- 13:14et eux,
- 13:14un peu plus fort dans le reste.
- 13:15Ça fait un compromis,
- 13:16une alchimie,
- 13:17qui fait que notre charcuterie est ce qu'elle est aujourd'hui.
- 13:19Quand vous regardez tout le travail...
- 13:22accompli.
- 13:23De quoi vous êtes le plus fier ?
- 13:25A la fois des produits ou finalement de tout ce que vous avez construit ?
- 13:28Le plus fier,
- 13:29c'est le regard des gens,
- 13:30de mes clients.
- 13:32On se nourrit de faire plaisir aux gens.
- 13:36On est investi par le fait de leur proposer quelque chose de nouveau.
- 13:40Il y a des gens comme moi,
- 13:41toutes les semaines,
- 13:42tous les jours.
- 13:44C'est un plaisir.
- 13:45Il y a des gens,
- 13:47j'ai servi moi quand j'avais 20 ans les papys,
- 13:50j'ai vu leur fils.
- 13:51Je sers maintenant à leur petit-fils,
- 13:53ça c'est quand même une fierté.
- 13:55Des gens que je vois en ville qui s'arrêtent,
- 13:57on boit un café,
- 14:00c'est une vie entière.
- 14:01C'est pas que du commerce où on gagne notre argent,
- 14:05c'est un partage.
- 14:06Sans ces gens-là,
- 14:07nous on n'existerait pas.
- 14:08Et moi je suis très reconnaissant et très attaché à ça.
- 14:11Je suis très content quand je vous vois,
- 14:13vous,
- 14:13parce qu'on se connaissait un peu,
- 14:15de boire un café.
- 14:16Si on se voit en ville,
- 14:17de se dire bonjour.
- 14:19Un client c'est pas un pion.
- 14:21Chez nous,
- 14:21on essaie de faire attention.
- 14:23On fait des erreurs,
- 14:24ça arrive.
- 14:25Et moi,
- 14:25je fais tout pour les rattraper parce que je suis très attaché à la personne.
- 14:31Justement,
- 14:31cette relation avec le client,
- 14:34comment on la cultive et comment on la crée ?
- 14:38Est-ce que ça s'apprend ?
- 14:41Je ne sais pas si ça s'apprend,
- 14:42mais ça,
- 14:43c'est un héritage que je vais dédier à ma mère.
- 14:48Elle était foncièrement gentille.
- 14:50Elle ne le vivait que pour ses clients.
- 14:52Donc moi j'ai baigné là-dedans,
- 14:54je me suis fait engueuler pendant des années parce qu'à peine elle parlait un peu trop.
- 15:00Je lui disais,
- 15:01mais c'est pas la peine de me raconter ça,
- 15:02c'est pas la peine de dire ça.
- 15:05Son travail était de me faire savoir qu'il fallait faire comme ça.
- 15:09Je faisais un peu le caïd et je lui disais,
- 15:12mais non,
- 15:12arrête.
- 15:13Elle a continué comme ça et maintenant,
- 15:15elle serait contente de me revoir,
- 15:16je fais comme elle,
- 15:17voire peut-être plus.
- 15:18Je pense que ça s'est rentré petit à petit.
- 15:21Et mes enfants aussi,
- 15:22parce qu'elle nous a aidés quand j'ai divorcé.
- 15:25Et donc,
- 15:26elle a baigné dans ce système.
- 15:28C'était franchement une belle personne et je pense que ça vient beaucoup de là.
- 15:33Ce podcast s'appelle L'État d'Esprit.
- 15:36Quel est l'état d'esprit qui vous anime au quotidien ?
- 15:39Moi c'est le plaisir.
- 15:40Franchement c'est le plaisir,
- 15:42la joie de vivre.
- 15:43Je suis le plus malheureux quand j'ai des amis à moi ou un copain ou des clients.
- 15:48J'apprends qu'ils sont malades parce qu'on entend ça tous les jours.
- 15:51Donc j'essaie de leur donner un petit mot,
- 15:54une petite blague.
- 15:56Alors ça paraît...
- 15:58Le mec à côté qui n'est pas au courant,
- 15:59il dit que c'est n'importe quoi.
- 16:01Mais je crois que je fais très attention à ça,
- 16:05à la personne.
- 16:06Et moi aussi,
- 16:07quand je vais à quelque part,
- 16:09le petit bonjour,
- 16:10le petit mot,
- 16:11je sais que ça touche.
- 16:12Donc je fonctionne comme ça,
- 16:14mais c'est naturel.
- 16:15Franchement,
- 16:16c'est naturel.
- 16:16Je vois quelqu'un dans la rue,
- 16:17je ne le connais pas,
- 16:18on se croise,
- 16:18je dis bonjour.
- 16:19Des fois,
- 16:20je dis,
- 16:21pourquoi tu l'as dit bonjour ?
- 16:23Des fois,
- 16:24ça passe bien aussi.
- 16:26Merci beaucoup Didier d'avoir pris un peu de temps dans votre planning bien chargé.
- 16:31On entend beaucoup de bruit autour,
- 16:33il y a une forte activité dans les rangs,
- 16:34on est le matin.
- 16:35Merci beaucoup en tout cas.
- 16:36Avec plaisir,
- 16:37merci à toi.
- 16:40Merci d'avoir écouté l'État d'Esprit.
- 16:42Retrouvez prochainement une nouvelle rencontre autour d'une parole qui éclaire,
- 16:46qui engage ou qui répare.
- 16:48En attendant,
- 16:50réécoutez sur les bonnes plateformes de podcast d'autres épisodes de l'État d'Esprit.