Latest / Lait'Change : Du lait au fromage et bien plus encore / Lait'Change #04 - La Fromagerie Lincet, une belle histoire longue de 6 générations de fromagers - avec Grégoire Lincet
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- 0:03Bienvenue sur Lait'Change,
- 0:05le podcast qui donne la parole aux actrices et aux acteurs de la filière laitière et fromagère.
- 0:09Je suis Romain Le Gal et aujourd'hui j'ai la chance d'être en Bourgogne.
- 0:13Je suis sorti à Nuit-Saint-Georges pour traverser les vignobles et me suis arrêté au Brochon.
- 0:19Je suis passé par
- 0:21Gevrey-Chambertin, ceux qui aiment bien le vin,
- 0:22je pense qu'ils connaissent un peu le coin.
- 0:25Et je me suis arrêté à la fromagerie Gaugry où je suis actuellement avec
- 0:30Grégoire Lincet.
- 0:32Bonjour Grégoire.
- 0:32Bonjour Romain.
- 0:33Comment vas-tu aujourd'hui ?
- 0:34Ça va pas mal.
- 0:35Ça va pas mal ?
- 0:36Est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots Grégoire ?
- 0:39Oui bien sûr.
- 0:40Donc je suis Grégoire Lincet,
- 0:41je représente la sixième génération au sein de la fromagerie
- 0:46Lincé. J'ai 34 ans et j'ai rejoint l'entreprise familiale en 2018,
- 0:51après un passage en contrôle de gestion dans différentes entreprises.
- 0:55J'ai pris la décision de me former en fromagerie et à...
- 1:01approfondir mes connaissances laitières au travers d'un master à l'ENSAIA à Nancy et ensuite j'ai pris la direction de la fromagerie Gaugry que mes parents avaient racheté en 2012 et j'ai évolué sur différentes responsabilités jusqu'à aujourd'hui pour
- 1:17être désormais à la direction générale de toute l'entreprise aux côtés de mon père.
- 1:22D'accord donc ton papa est encore dans l'entreprise aujourd'hui ?
- 1:26Voilà.
- 1:27Donc,
- 1:27ton père,
- 1:28c'est la cinquième génération.
- 1:29Donc,
- 1:29mon père,
- 1:29c'est la cinquième génération.
- 1:31Et tu dis sixième génération.
- 1:33L'histoire lincet,
- 1:34ça a démarré quand,
- 1:35du coup ?
- 1:36Et donc,
- 1:36l'histoire lincée,
- 1:37elle a démarré à la fin du XIXe siècle,
- 1:40enfin,
- 1:40dans la deuxième moitié du XIXe siècle,
- 1:42dans la Marne.
- 1:42Dans la Marne.
- 1:43Alors,
- 1:43rien à voir avec la Côte d'Or.
- 1:45Rien à voir avec la Côte d'Or.
- 1:47Je ne le dis pas trop fort ici,
- 1:48mais on est champenois à la base.
- 1:49D'accord.
- 1:50Pas trop le dire.
- 1:51Il ne faut pas le dire très fort.
- 1:52Et donc,
- 1:53on était dans la Marne,
- 1:54dans un village qui s'appelle Guay,
- 1:56près de Cézanne.
- 1:57Donc,
- 1:57on a la première trace qu'on ait,
- 2:01c'est à peu près 1895.
- 2:03Ça,
- 2:03c'est le plus vieux document que l'on ait de l'entreprise.
- 2:06Par contre,
- 2:06on sait que l'entreprise existait déjà avant.
- 2:08D'accord.
- 2:09Mais on n'a pas de document qui l'atteste.
- 2:11C'était une laiterie ?
- 2:13C'était une laiterie.
- 2:14En fait,
- 2:14on avait...
- 2:15Donc,
- 2:15à la base,
- 2:16ce n'était pas la famille Lincet,
- 2:17c'était la famille Piscard.
- 2:19D'accord.
- 2:20et qui était,
- 2:22a priori,
- 2:23une famille d'agriculteurs qui avaient une ferme et qui se sont mis à produire du fromage.
- 2:28Ensuite,
- 2:28notre arrière-arrière-grand-père Piscard a eu deux filles,
- 2:34dont une des deux filles a épousé un monsieur qui s'appelait Jules Lincet.
- 2:38Ok,
- 2:38donc le premier Lincet.
- 2:40Voilà,
- 2:40le premier Lincet.
- 2:43Et donc ensuite,
- 2:44ça a été une succession de Lincet.
- 2:46Donc après,
- 2:47ça a été Jules.
- 2:48Donc après,
- 2:48il y a Jules.
- 2:49Après,
- 2:50il y a Lucien,
- 2:51Lucien, Lincet,
- 2:53qui est mon arrière-grand-père.
- 2:58Ensuite,
- 2:59il y a Jean Lincet,
- 2:59mon grand-père.
- 3:00Et ensuite,
- 3:01Didier Lincet,
- 3:01mon père.
- 3:02Donc toi,
- 3:02tu es toujours né dans une famille de fromagers.
- 3:04J'ai été pour le cuve,
- 3:06baigné dans le lait et j'ai grandi dans une fromagerie.
- 3:11Et c'est toujours quelque chose que tu as voulu faire,
- 3:14un jour revenir dans le lait ?
- 3:15Parce qu'après tes études,
- 3:16tu as un peu pris un...
- 3:18Un cursus différent ?
- 3:20Alors,
- 3:20en fait,
- 3:21j'ai toujours été passionné par le lait.
- 3:23Pendant un moment,
- 3:24comme beaucoup de gens,
- 3:25on se pose un peu des questions quand même.
- 3:26Et moi,
- 3:27j'ai été attiré à un moment donné par le travail de la vigne,
- 3:30par le vin,
- 3:30la vigne.
- 3:32Mais rapidement,
- 3:33je n'ai pas hésité longtemps.
- 3:35En soit,
- 3:36c'est de la fermentation des deux côtés.
- 3:37Exactement.
- 3:38On est resté dans le temple de la fermentation.
- 3:39Exactement.
- 3:40Mais j'ai toujours aimé.
- 3:41Je n'ai pas hésité.
- 3:42Il n'y a pas eu de doute dans ma vie où je me suis dit vraiment...
- 3:46Avec de grosses remises en question,
- 3:47je me suis dit,
- 3:47je ne sais pas ce que je vais faire.
- 3:49Quand tu étais jeune,
- 3:51enfant,
- 3:51etc.,
- 3:52tu allais à la fromagerie ?
- 3:53Tout le temps.
- 3:53Tout le temps ?
- 3:55Mon père nous emmenait,
- 3:57aujourd'hui l'entreprise est à Saligny dans Lyonne,
- 3:59le siège de l'entreprise est à Saligny dans Lyonne.
- 4:02Ouais,
- 4:02donc du coup,
- 4:02après Gué,
- 4:04vous êtes parti à Saligny.
- 4:05Et en fait,
- 4:06mon grand-père,
- 4:07la Marne,
- 4:08avant il y avait des éleveurs de lait dans toute la France,
- 4:10partout.
- 4:11Un peu comme la vigne,
- 4:12avant le phylloxéra,
- 4:13il y avait de la vigne.
- 4:14partout dans tous les villages.
- 4:15Le lait,
- 4:16c'est la même chose,
- 4:16il y en avait partout.
- 4:17Et donc dans la Marne,
- 4:18il y avait énormément de producteurs de lait,
- 4:19il y avait beaucoup de fromagerie,
- 4:20et il y a eu les Trente Glorieuses,
- 4:22après-guerre,
- 4:22avec une concentration,
- 4:24une demande assez forte,
- 4:25et là,
- 4:26beaucoup de choses ont été rationalisées,
- 4:28c'est-à-dire qu'on a concentré la fabrication sur des sites de plus en plus importants,
- 4:32et on a concentré la production également du lait,
- 4:35et donc il y a eu de moins en moins d'éleveurs de lait.
- 4:37et de moins en moins de fromagerie.
- 4:38Donc,
- 4:38mon grand-père faisait déjà face à cette époque dans les années
- 4:4360, 70,
- 4:44faisait face à un déclin laitier déjà,
- 4:46ou en tout cas à une diminution du nombre de producteurs de lait.
- 4:49Et donc,
- 4:49mon grand-père s'est mis à racheter beaucoup de fromagerie,
- 4:52comme beaucoup.
- 4:54À la base,
- 4:54c'était plus pour récupérer le lait que pour le marché.
- 4:59Donc,
- 4:59la fromagerie de Saligny,
- 5:00mon grand-père l'a rachetée en 1957.
- 5:02C'est une vieille fromagerie également.
- 5:03Et qui...
- 5:05La fromagerie qui produisait quoi du coup ?
- 5:07Il faisait un peu de tout,
- 5:07comme beaucoup de laiterie à l'époque.
- 5:09où on faisait du fromage blanc,
- 5:10de la faisselle,
- 5:11du beurre,
- 5:12de la crème et beaucoup de fromages frais type Saint-Florentin.
- 5:16Le Saint-Florentin,
- 5:16quand mon grand-père a racheté,
- 5:17c'était la plus grosse production du site de Saligny.
- 5:20Donc,
- 5:20ce n'est pas quelque chose que ton grand-père a créé en France à Saligny ?
- 5:24Non,
- 5:24c'est quelque chose qu'il a racheté.
- 5:25C'est le fromage historique de cette province ?
- 5:27C'est le fromage historique.
- 5:27Saint-Florentin,
- 5:28c'est une ville de l'Yonne.
- 5:29C'est un fromage qui est ancien et on n'est plus très nombreux à en faire.
- 5:33Mais c'est un fromage frais,
- 5:34en fait,
- 5:35un lactique.
- 5:35Voilà,
- 5:36c'est une base lactique fraîche.
- 5:37Mon grand-père voulait fermer Saligny au départ.
- 5:39Il avait repris dans cet esprit en disant je vais ramener la production de lait et les volumes à Gué Il y a combien de distance entre les deux ?
- 5:48Il y a à peu près 60 kilomètres.
- 5:49Et en fait,
- 5:50mon grand-père a vu assez rapidement qu'il y avait un savoir-faire un peu particulier sur le site de Saligny,
- 5:55puisque nous,
- 5:55à Gué,
- 5:56dans la Marne,
- 5:56on faisait essentiellement des pâtes présures.
- 5:58On faisait un peu de bris de mots.
- 6:00Et on faisait des produits type carré de l'Est,
- 6:03des carrés,
- 6:04des...
- 6:05Du camembert et du brie,
- 6:06mais générique,
- 6:07sans appellation.
- 6:08Et donc,
- 6:09mon grand-père a identifié un savoir-faire lactique à Saligny et il a vu que les produits étaient intéressants.
- 6:14Donc,
- 6:14mon grand-père a lancé la production du chahours à Saligny.
- 6:17Donc,
- 6:18c'est lui qui a lancé le chahours à Saligny ?
- 6:19À Saligny,
- 6:20oui.
- 6:20C'était pas une production ?
- 6:22Non,
- 6:22et vu qu'il n'y avait pas d'AOP à l'époque,
- 6:24il n'y avait pas de zone,
- 6:26toutes ces choses-là n'étaient pas définies.
- 6:27Donc,
- 6:28mon grand-père s'est lancé...
- 6:30dans la production du chahours,
- 6:31qui était très confidentielle,
- 6:32cette production de chahours.
- 6:33Il y avait quoi ?
- 6:34Il y avait quelques fermiers ?
- 6:35Il devait y avoir quelques fermiers,
- 6:36peut-être plus de laiterie.
- 6:38Il n'y avait pas grand monde quand on faisait,
- 6:39mais il y avait quand même quelques laiteries.
- 6:40Tu avais des laiteries dans l'aube,
- 6:42tu avais quelques laiteries qui en faisaient depuis déjà.
- 6:45Mais mon grand-père s'est lancé là-dedans.
- 6:47Et de par le savoir-faire un peu lactique qu'il y avait à Saligny,
- 6:50très vite,
- 6:50les produits ont eu un succès,
- 6:52en fait,
- 6:52ont été bons.
- 6:53Et donc,
- 6:55mon grand-père a gardé ce site.
- 6:56Et il a investi sur ce site et il l'a un petit peu développé.
- 6:59Donc,
- 6:59ton grand-père...
- 7:00Et finalement,
- 7:01il a été hyper important dans l'AOP Chaours.
- 7:04Il a porté le projet.
- 7:07Il a vu que ce produit avait un peu de succès,
- 7:09qu'il y avait un potentiel.
- 7:11Et avec un groupe d'éleveurs,
- 7:13en fait,
- 7:14il a rassemblé un groupe d'éleveurs.
- 7:15Et ensemble,
- 7:16ils se sont dit,
- 7:17il faut qu'on défende ce produit et qu'on le protège.
- 7:19Et donc,
- 7:20ça a abouti à la création de l'AOP en 1970.
- 7:23Avec un fromage type...
- 7:25de pâte molle à croûte fleurie,
- 7:27avec aussi la particularité,
- 7:29c'est que c'est une technologie lactique,
- 7:31et que pour la région,
- 7:32c'était un peu particulier,
- 7:33un peu particulier,
- 7:34c'était du lait entier.
- 7:35Voilà,
- 7:36c'est un lait entier.
- 7:37C'est pas lait standardisé.
- 7:38C'est vraiment ce qui fait la particularité de ce fromage-là.
- 7:42Pas un gros fromage,
- 7:43un fromage qui est assez haut.
- 7:44C'est pour ça qu'il y a des gens,
- 7:45parfois,
- 7:46qui pensent que le Chahource,
- 7:47c'est un double crème,
- 7:48ou qu'on a remis de la crème,
- 7:50alors que non.
- 7:51C'est du lait entier,
- 7:51et c'est...
- 7:52Sauf que c'est l'inverse,
- 7:53c'est qu'on est habitué aujourd'hui finalement à manger beaucoup de fromages qui sont fabriqués avec des laits standardisés,
- 7:59et quand finalement les fromages au lait entier sont peut-être moins prédominants,
- 8:06moins présents qu'au...
- 8:07que des laits,
- 8:08que des fromages au lait standardisé.
- 8:10Alors la standardisation,
- 8:11ça paraît être un gros mot aujourd'hui comme ça,
- 8:13mais ça ne l'est pas forcément.
- 8:14C'est qu'à l'époque,
- 8:14on écrémait le lait à la louche.
- 8:15On l'écrémait partiellement.
- 8:17On l'écrémait à la louche.
- 8:18On l'écrémait à la louche.
- 8:19Ou dans certaines régions,
- 8:20ils appellent ça à la poche.
- 8:21Voilà.
- 8:22En Tome Des Bauges,
- 8:22ils appellent ça à la poche.
- 8:24À la poche ou à pocher.
- 8:25Et ça,
- 8:26c'est vraiment un truc historique.
- 8:28Ça permettait de récupérer de la crème,
- 8:29de faire du beurre.
- 8:30Et je pense que les anciens avaient identifié aussi que...
- 8:34Surtout que dans la région,
- 8:35on aime quand même manger...
- 8:37Assez riche.
- 8:37Assez riche.
- 8:39Mais c'est aussi parce que je pense que les anciens avaient identifié qu'on stabilisait plus.
- 8:45un fromage,
- 8:46la qualité d'un fromage,
- 8:48lorsqu'on avait un petit peu écrémé le fromage.
- 8:50En gros,
- 8:50plus il y a de matière grasse dans un lait,
- 8:51plus il est difficile de travailler ce lait.
- 8:54Parce que la matière grasse,
- 8:55c'est sensible,
- 8:55c'est fragile,
- 8:57ça s'oxyde,
- 8:57ça peut apporter des mauvais goûts.
- 8:59Et donc,
- 9:00c'est très difficile de faire un bon fromage quand le lait a beaucoup de matière grasse.
- 9:04Et nous,
- 9:04c'est tout l'inverse,
- 9:05puisqu'aujourd'hui,
- 9:06au lieu de prendre le pli des fromages où on standardise un peu,
- 9:11nous,
- 9:11on n'a que des fromages aujourd'hui avec du lait entier,
- 9:14ou même...
- 9:15du double ou triple crème pour le délice de Bourgogne et le brillant Saint-Vara.
- 9:18D'accord.
- 9:19Et donc,
- 9:20ton grand-père,
- 9:21après,
- 9:22se sépare du site historique dans les années...
- 9:2780,
- 9:28début des années 80.
- 9:28D'accord.
- 9:30Il a cédé,
- 9:31s'il me semble...
- 9:32Il a cédé à
- 9:34Lactalis, à la famille Beignet.
- 9:36Il y avait encore une collecte dans ce coin-là.
- 9:38Oui,
- 9:39et puis c'était une époque où il y a eu l'émergence de structures,
- 9:43de groupes un petit peu plus importants,
- 9:45comme
- 9:45Beignet qui est devenu Lactalis,
- 9:47Bongrain,
- 9:48La Famille Bel,
- 9:49il y a eu des familles qui ont émergé avec leurs entreprises.
- 9:54On a vendu à Lactalis,
- 9:55qui a fait tourner le site jusqu'à la fin des années 90.
- 9:57Mais mon grand-père avait une relation cordiale.
- 10:01avec
- 10:02Michel Beignet.
- 10:03Du coup,
- 10:03mon grand-père a pu garder le site de Saligny tout en travaillant un petit peu pour Lactalis au début pour que la reprise se fasse correctement.
- 10:11En douceur.
- 10:12En douceur.
- 10:13Et ça s'est fait intelligemment tout ça.
- 10:17Et ça s'est fait intelligemment parce que du coup,
- 10:19le site de Saligny s'est retrouvé orphelin puisqu'il n'avait aucune structure,
- 10:23pas de commerciaux,
- 10:23pas de services administratifs,
- 10:25rien.
- 10:25Il a fallu tout reconstruire.
- 10:27Et l'entreprise aurait pu disparaître à ce moment-là.
- 10:28Donc il s'est concentré sur le site de Saligny.
- 10:30Exactement.
- 10:31Et puis après,
- 10:33il a continué de grossir.
- 10:35Alors,
- 10:36mon grand-père,
- 10:36le site de Saligny était petit.
- 10:37Il y avait une soixantaine de personnes à peu près.
- 10:39Enfin,
- 10:40petit sans être petit pour l'époque,
- 10:41ce n'était pas si petit que ça.
- 10:42Mais il y avait une soixantaine de personnes.
- 10:44Et je ne sais pas combien en litrage ça représentait à l'époque,
- 10:48mais je pense que ça devait représenter un équivalent de peut-être
- 10:5320 000,
- 10:5430 000 litres de lait jour.
- 10:55Quelque chose comme ça,
- 10:55à mon avis.
- 10:57Alors que le site aujourd'hui...
- 10:59A peine,
- 10:59je pense qu'on était peut-être même plus sur 10-15 000 litres de lait jour.
- 11:03Et aujourd'hui,
- 11:04le site traite plus de 60 000 litres de lait jour.
- 11:07Avec le produit principal reste le Chaource ?
- 11:10Non,
- 11:10alors ça a changé.
- 11:12Du coup,
- 11:12on s'est retrouvés...
- 11:14Et mon père a repris l'entreprise en 89.
- 11:17Mon grand-père a géré pendant
- 11:185-6 ans à peu près.
- 11:20Il y a 34 ans à peu près.
- 11:21Voilà.
- 11:22Ton année de naissance à peu près.
- 11:23Exactement,
- 11:23après il est arrivé juste avant ma naissance.
- 11:28à Saligny dans Lyonne.
- 11:30Mon père a fait l'ENIL de Poligny et un IUT de gestion,
- 11:34donc c'est un pur fromager.
- 11:36Il a repris le site et là,
- 11:38papa l'a vraiment développé.
- 11:41Mon grand-père s'est assez rapidement mis en retrait et a laissé la place à mon père.
- 11:48Papa est reparti vraiment...
- 11:51D'une feuille blanche,
- 11:52presque,
- 11:52parce qu'en fait,
- 11:53le site était un peu vieillissant.
- 11:55Il avait besoin d'investissement.
- 11:56Les années 90,
- 11:57ça a été le virage de tous les systèmes qualité tels qu'on le connaît aujourd'hui.
- 12:01Donc,
- 12:01il a fallu prendre tous ces virages là.
- 12:04Il a fallu sécuriser l'approvisionnement en lait parce qu'on est sur des appellations avec des zones d'appellation.
- 12:09Donc,
- 12:09le lait doit provenir de la zone et la production doit être faite dans la zone.
- 12:12Et sur ce site là,
- 12:14aujourd'hui,
- 12:14vous faites du Chaource.
- 12:16Et on fait...
- 12:17Historiquement,
- 12:17on faisait du chahours et mon grand-père a créé le délice de Bourgogne de 2 kilos,
- 12:20le triple crème de 2 kilos en 1975 et a lancé la production du Brillat-Savarin après sur le site.
- 12:27Donc on avait,
- 12:27pendant longtemps,
- 12:28on a eu le chahours et le triple crème sur le même site.
- 12:30Et après,
- 12:31en 2006,
- 12:31on a eu l'opportunité de reprendre un site à Lactalis,
- 12:35dans l'Aube,
- 12:36à Vaud,
- 12:37où Lactalis faisait de la découpe de fromage et du Chahource sur le même site.
- 12:40Et
- 12:40Lactalis a pris la décision de re-régionaliser la découpe de...
- 12:44fromage.
- 12:45Et donc,
- 12:46il n'y a plus de découpe sur ce site.
- 12:48Et la production de Chahource était petite pour Lactalis sur le site.
- 12:52Et donc,
- 12:52du coup,
- 12:53ils ont décidé de se séparer.
- 12:54Donc,
- 12:55en gros,
- 12:55ça a permis de spécialiser un site à faire du Chahource et un site à faire les spécialités du reste de la gamme.
- 13:02C'est ça.
- 13:03Et en fait,
- 13:04petit à petit,
- 13:05on a basculé tous les Chahource sur le site de Vaud et nous avons pu développer notre production de Chahource et notre production de triple crème.
- 13:12Donc sans Jean Lincet,
- 13:13il n'y aurait peut-être pas eu d'AOC puis AOP Chahours.
- 13:18C'est sûr,
- 13:19c'est ce que je disais à des éleveurs l'autre jour,
- 13:20on en parlait.
- 13:22C'est très difficile parce que sur les AOP et le savoir-faire,
- 13:25on est sur un temps long.
- 13:26Et quand on est dans la tradition,
- 13:27quand on est sur ces choses-là...
- 13:29C'est un des piliers de l'AOP,
- 13:31la tradition,
- 13:32le terroir.
- 13:33C'est ça.
- 13:33Et on est sur le temps long.
- 13:34C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
- 13:36on est dans une société ou dans un monde où les choses vont très vite.
- 13:39On est habitué à ce que les choses évoluent très vite et à switcher d'un jour à un jour.
- 13:44Comme on scrolle sur Facebook,
- 13:45sur nos téléphones ou sur TikTok.
- 13:47quoi.
- 13:47Et sauf que sur les AOP,
- 13:49c'est tout l'inverse.
- 13:50C'est-à-dire qu'on est gardien et garant de pratique.
- 13:54Ça veut pas dire qu'on peut pas les faire évoluer,
- 13:56mais il faut nous laisser du temps.
- 13:57Et ce que je trouve génial,
- 13:58c'est que quand mon grand-père a créé l'AOP
- 14:00Chaource en 1970,
- 14:02le cahier des charges,
- 14:02il était minuscule.
- 14:04Il y avait rien dedans.
- 14:05C'était juste pour protéger le nom,
- 14:07protéger la zone,
- 14:08faire en sorte que ce produit soit pas fabriqué à l'autre bout de la France ou à l'autre bout du monde et que on définisse un petit peu quelques règles.
- 14:14Mais quand on voit le cahier des charges du Chahours aujourd'hui à ce qu'il était dans les années 70,
- 14:18ce n'est pas le même monde.
- 14:19Clairement,
- 14:19on a étoffé,
- 14:21amélioré,
- 14:22renforcé.
- 14:23Je suis d'accord un peu avec toi sur le système de temps long,
- 14:26puisque de toute façon,
- 14:27la recette du fromage,
- 14:28c'est tout le temps la même depuis des millénaires.
- 14:29Oui,
- 14:29c'est ça.
- 14:30Et quand on arrive dans le temps du fromage,
- 14:31il faut être patient.
- 14:32Il faut être patient.
- 14:34Il faut être patient,
- 14:34mais rien que déjà dans la production et dans l'affinage,
- 14:38il faut laisser le temps au temps.
- 14:40La fromagerie,
- 14:41c'est de la patience.
- 14:42il y a plein d'autres métiers qui sont comme ça mais la fromagerie c'est vraiment de la patience et ce que je trouve génial c'est que à l'époque de mon grand-père quand il a créé l'AOP donc les discussions ont dû commencer dans les années 60 pour aboutir à une création en 1970 mais ça m'amuse moi parce que je me dis mais qu'est-ce qu'ils pensaient à l'époque ces gars-là quand ils ont décidé de faire ça et qu'ils se sont dit en fait il n'y avait pas grand-chose et est-ce qu'ils auraient pu
- 15:03imaginer à l'époque qu'aujourd'hui,
- 15:05on ferait 2500 tonnes de chahours au niveau de l'AOP,
- 15:09qu'on aurait un cahier des charges quand même exigeant et avec des belles valeurs et des belles choses dedans.
- 15:16Je ne sais pas s'ils auraient pu imaginer tout ça.
- 15:18Et en fait,
- 15:19c'est ça que je trouve génial,
- 15:20c'est qu'on est vraiment dans l'image de on plante une graine en fait.
- 15:24On plante une graine et après,
- 15:26si on fait le nécessaire,
- 15:28cette graine,
- 15:28elle pousse.
- 15:29Ils ont été vraiment précurseurs avec une vision pour protéger le produit qui leur était cher.
- 15:35Et ça,
- 15:35c'est quelque chose d'hyper intéressant et hyper important.
- 15:38C'est ça.
- 15:39Et il faut s'en inspirer.
- 15:40Parce qu'aujourd'hui,
- 15:40on a plein de défis autour de nos AOP,
- 15:43avec le changement climatique,
- 15:44avec les attentes des consommateurs,
- 15:46sur les engagements sociétaux qu'on peut prendre,
- 15:48sur toutes ces choses-là.
- 15:49Et en fait,
- 15:50parfois,
- 15:51en interne,
- 15:52dans nos filières,
- 15:52il y a des gens qui se braquent un peu,
- 15:54ou alors il y a des consommateurs,
- 15:55à l'inverse,
- 15:56qui peuvent être très exigeants.
- 15:58Tout de suite,
- 15:58on veut l'immédiateté.
- 16:01On est dans une société de consommation où on veut qu'il y ait de l'immédiateté.
- 16:06On le voit aujourd'hui si on regarde dans d'autres univers de création et de recherche et développement sur des produits.
- 16:11Un produit,
- 16:12s'il ne fonctionne pas au bout de six mois,
- 16:13on ne laisse plus le temps au produit de s'installer.
- 16:17Finalement,
- 16:18ça rejoint un petit peu ce que tu racontes.
- 16:21On en parlait l'autre jour.
- 16:22C'est vrai qu'aujourd'hui,
- 16:23pour une PME comme nous,
- 16:24d'installer un nouveau produit avec une marque qui nous est propre.
- 16:29C'est hyper difficile parce que justement,
- 16:31il faut que ça marche tout de suite.
- 16:32Il faut que ça performe.
- 16:33Il faut que ça performe.
- 16:34On est dans de la performance.
- 16:34Alors qu'on sait très bien que pour installer un produit,
- 16:37pour installer une marque,
- 16:39les grandes choses se font dans la durée.
- 16:41On peut tourner les choses dans tous les sens.
- 16:43Les grandes choses se font dans la durée.
- 16:44Et en plus de ça,
- 16:45aujourd'hui,
- 16:45vous souhaitez garder le savoir-faire et le fromage de tradition.
- 16:53du coup aujourd'hui vous produisez du Chahours,
- 16:56du Bria Savarin qui a eu son IGP il n'y a pas non plus très très longtemps du Soumintrain le Soumintrain il est arrivé après ça me permet de faire la bascule et de parler de la suite de l'histoire en 2012 ton papa a eu l'opportunité
- 17:13Oui,
- 17:13de reprendre la fromagerie Gauguerie.
- 17:15Au départ,
- 17:16donc la fromagerie Gauguerie...
- 17:17Donc là,
- 17:17il y a deux Lyon,
- 17:18il y a deux l'Aube,
- 17:19et maintenant on atterrit en Côte d'Or.
- 17:21C'est ça.
- 17:21Voilà,
- 17:21un triangle infernal.
- 17:22Triangle infernal du lactique.
- 17:25Du lactique.
- 17:26Et en fait,
- 17:27effectivement,
- 17:28nous,
- 17:30notre volonté et notre envie,
- 17:34qui était celle de papa à l'époque et qui est la nôtre encore aujourd'hui,
- 17:37c'est d'être spécialiste du lactique sur ce triangle-là
- 17:41Bourgogne-Champagne.
- 17:43Et donc,
- 17:43à cette époque,
- 17:45il nous manquait quand même l'Époisses.
- 17:47On avait envie de se développer sur ce produit-là.
- 17:51Papa a tenté plusieurs choses.
- 17:52Il a tenté de lancer une fabrication d'Époisses à Saint-Marc-sur-Seine,
- 17:57en Côte d'Or,
- 17:58en s'appuyant avec un producteur de lait,
- 18:01etc.
- 18:01Ils ont tenté des choses.
- 18:03Ça n'a pas abouti,
- 18:03parce que c'est un produit qui est quand même assez difficile à maîtriser.
- 18:07Et donc,
- 18:07il y a eu cette opportunité en 2012.
- 18:08Les gogueries ont eu un...
- 18:10Pourquoi tu dis que c'est un produit assez difficile à maîtriser,
- 18:13l'Époisses ?
- 18:13L'Époisses,
- 18:13c'est vraiment le fromage,
- 18:15je pense,
- 18:15le plus difficile à maîtriser.
- 18:17Un des plus difficiles à maîtriser,
- 18:18parce qu'ils cumulent tout ce qu'il ne faut pas faire en fromagerie.
- 18:21C'est une hérésie,
- 18:22ce fromage.
- 18:23Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire,
- 18:24du coup ?
- 18:25Alors,
- 18:26on est sur un lactique.
- 18:28Donc déjà,
- 18:28on est sur un lait entier.
- 18:29non standardisés.
- 18:30Donc déjà,
- 18:30ça veut dire que tous les jours,
- 18:31on va travailler un lait différent.
- 18:33Ensuite,
- 18:34on a le caractère lactique qui n'est pas simple à maîtriser parce qu'une acidification sur un lait entier et qui plus est,
- 18:40si on rajoute un peu de lait,
- 18:41si on est encore au lait cru,
- 18:43ça complique encore un peu la tâche parce qu'on a des acidifications qui sont tout le temps différentes.
- 18:47L'acidification,
- 18:47dans notre technologie,
- 18:48c'est quand même ce qui fait la texture et les arômes.
- 18:50Donc ça veut dire un petit peu important en fromagerie.
- 18:53Et derrière,
- 18:54on va...
- 18:56sécher ce produit.
- 18:58Jusque-là,
- 18:58après,
- 18:59sur cette étape-là,
- 18:59ce n'est pas le plus compliqué.
- 19:01Et après,
- 19:01on va le frotter avec de l'eau.
- 19:02Il y a des régulations qui sont super longues,
- 19:05parce que dans le cahier des charges,
- 19:06c'est minimum 16 heures.
- 19:0716 heures pour l'Époisses,
- 19:08on est sur 12-13 heures pour le Chahource.
- 19:14Donc,
- 19:14on a des temps longs sur nos produits.
- 19:16Et puis après,
- 19:17l'Époisses
- 19:17on va le laver.
- 19:18Et on va le laver,
- 19:19ce qui est complètement stupide.
- 19:20Ce n'est pas stupide.
- 19:21Gustativement,
- 19:23c'est brillant.
- 19:23Gustativement,
- 19:24c'est brillant.
- 19:25Mais techniquement,
- 19:26c'est un peu compliqué.
- 19:28Oui,
- 19:28un peu compliqué.
- 19:29Un peu compliqué.
- 19:30J'avais une personne pour qui j'ai travaillé au début de ma carrière professionnelle qui utilisait une phrase que j'aime beaucoup,
- 19:37c'est le filet de l'artiste.
- 19:39C'est un peu ça.
- 19:40Aujourd'hui,
- 19:40c'est un travail d'équilibriste.
- 19:41C'est un travail de...
- 19:43Oui,
- 19:43complètement.
- 19:43Finalement...
- 19:44On bascule vite d'un côté ou de l'autre.
- 19:45C'est-à-dire qu'on bascule vite dans l'exceptionnel,
- 19:47comme on peut basculer dans quelque chose de très décevant.
- 19:50donc c'est assez compliqué mais c'est génial en même temps donc du coup reprise en 2012 de l'atelier à la famille Gaugry Passation Passation en 2018 c'est une société qui était un petit peu en difficulté qui avait un peu de difficulté il y a eu une perte de savoir-faire il y a eu une...
- 20:04puis c'est rigolo parce que là du coup on est sur le site le site Gaugry et c'est un site qui est un peu particulier parce que c'était un site où il y avait un autre type de production avant c'est un ancien site de la famille Ricard oui et...
- 20:20C'était un site.
- 20:20On faisait du Ricard sur ce site.
- 20:22Ricard a fait du Ricard sur le site ici de 1960 jusqu'à 1999.
- 20:28C'est pour la petite aparté.
- 20:30Aujourd'hui,
- 20:30on est dans le site à Brochon.
- 20:34Où les Gaugris sont installés.
- 20:36L'inauguration a été en 2004.
- 20:38Le passage entre leur site historique et ce site-là a été compliqué.
- 20:42Il y a eu un peu une perte de maîtrise du savoir-faire.
- 20:46Et puis après,
- 20:46l'entreprise
- 20:47Après,
- 20:47ils étaient gérés par deux frères,
- 20:48Olivier et Sylvain.
- 20:49Sylvain est décédé en 2011.
- 20:50Et Sylvain a emporté une partie du savoir-faire dans sa tombe.
- 20:53Donc,
- 20:53c'est vrai que c'est toujours des moments douloureux et compliqués pour des familles,
- 20:58et pour des familles,
- 21:00n'importe quelle famille.
- 21:00Et puis,
- 21:01lorsqu'il y a un savoir-faire qui est très empirique.
- 21:03et qui repose sur des personnes,
- 21:05ce n'est pas évident.
- 21:06Et donc,
- 21:06ça a été un moment difficile pour la famille Gaugry.
- 21:09Et donc,
- 21:10nous,
- 21:10on est arrivé dans ce contexte-là et il a fallu reconstruire ce savoir-faire.
- 21:16Et donc,
- 21:16ça a été long.
- 21:17Ça a été long et difficile.
- 21:18Donc,
- 21:192012 reprise.
- 21:21Ton papa relance un petit peu la machine.
- 21:26En fait,
- 21:27on avait un peu plus de...
- 21:28On avait un réseau commercial un petit peu plus évolué que les Gaugry.
- 21:32La logistique,
- 21:33c'est une des clés de nos produits aujourd'hui.
- 21:35Voilà,
- 21:36exactement.
- 21:36Le nerf de la guerre.
- 21:37Comment livrer jusqu'à la plus petite crèmerie ou le plus petit restaurant au fin fond de la Bretagne,
- 21:45nos produits.
- 21:47Le maillon logistique dans nos produits est finalement hyper important.
- 21:51Donc,
- 21:52le réseau logistique a un petit peu aidé.
- 21:54On a aidé,
- 21:54on a apporté notre réseau commercial,
- 21:56notre logistique.
- 21:57Et donc,
- 21:57ça nous a permis de développer l'activité.
- 21:59Puis après,
- 22:00on a été un peu victime de notre succès.
- 22:02C'est-à-dire que...
- 22:02Trop de production sur le site a fait dérailler un petit peu les équilibres qu'on pouvait avoir sur le site.
- 22:08Ça a engendré tout un tas de problèmes.
- 22:11Donc moi,
- 22:11je suis arrivé en 2018.
- 22:12Où il y avait plein de problèmes.
- 22:14Où il y avait beaucoup de problèmes.
- 22:14Parce que moi,
- 22:152018,
- 22:16c'est la période où dans ma vie,
- 22:19entre guillemets,
- 22:20produit laitier,
- 22:21j'étais aux achats pour un grossiste dans le Nord de la France.
- 22:24Effectivement,
- 22:25j'ai vécu avec vous ces problèmes,
- 22:28entre guillemets,
- 22:28qualité.
- 22:29Et donc toi t'es arrivé dans cette période pas évidente.
- 22:32Non,
- 22:32pas évidente.
- 22:33Toi t'arrives et finalement...
- 22:35Il a fallu que je me forme,
- 22:36que je me reforme,
- 22:37que je règle ces problèmes-là.
- 22:39Il a fallu reconstruire des équipes.
- 22:42reconstruire le savoir-faire,
- 22:44tout ça.
- 22:44Et ça a été long mais ça a été passionnant,
- 22:46ça a été un accélérateur d'expérience.
- 22:48C'est-à-dire qu'on a l'impression d'avoir travaillé dix ans.
- 22:51Une fois on a fait ça pendant trois ans et voilà,
- 22:54j'ai pas sorti la tête de l'eau.
- 22:56Mais ça a été une expérience qui m'a permis de comprendre comment fonctionnait le fromage déjà,
- 23:00le produit,
- 23:01comment il était,
- 23:01de l'apprivoiser un petit peu.
- 23:03Et puis de comprendre comment fonctionnait une entreprise aussi,
- 23:05parce qu'il a fallu que j'apprenne tout ça en même temps.
- 23:08Mais par contre,
- 23:09si c'était à refaire,
- 23:10je pense que je le referais,
- 23:11même si c'était difficile sur le moment,
- 23:12parce que c'était passionnant aussi.
- 23:14Il y avait un énorme challenge à ce moment-là.
- 23:16Et donc aujourd'hui,
- 23:17sur la fromagerie de Gaugry,
- 23:19vous avez encore d'autres défis ?
- 23:21Oui,
- 23:21donc là aujourd'hui,
- 23:22on a stabilisé la qualité des produits.
- 23:24Il reste pas mal de choses à faire encore,
- 23:26parce que c'est un peu sans fin,
- 23:28il y a toujours quelque chose à faire.
- 23:29On en parlait tout à l'heure,
- 23:31il y a des choses intéressantes à faire aujourd'hui au niveau de la gestion de nos ambiances,
- 23:37avec la gestion de l'humidité,
- 23:39l'hygrométrie dans la fromagerie.
- 23:41Et puis avec le changement climatique,
- 23:43on s'aperçoit qu'il y a des...
- 23:45Changement majeur qui est en train de s'opérer,
- 23:46c'est-à-dire qu'avant on avait des hivers froids et secs,
- 23:49puisque l'air froid est plus sec,
- 23:51puisqu'il a moins de capacité à contenir,
- 23:53à absorber de l'eau.
- 23:55Et donc là,
- 23:55des hivers plus doux,
- 23:57avec des températures entre 10 et 15 degrés,
- 24:00on n'était pas habitués et en fait nos fromageries ne sont pas adaptées à ça aujourd'hui.
- 24:04Et donc ça,
- 24:04c'est des défis qui nous restent encore pour la qualité des produits,
- 24:06mais on l'a quand même énormément stabilisé cette qualité.
- 24:09Il y a une phase hyper importante dans la production d'Epoisses,
- 24:12en tout cas sur la partie affinage,
- 24:13c'est le lavage.
- 24:15avec la particularité de laver un produit local.
- 24:19Oui,
- 24:20on frotte au mar de Bourgogne.
- 24:21Donc là aussi,
- 24:22il y a des enjeux sur le mar.
- 24:24Il faut trouver les bons dosages de mar.
- 24:26Il faut stabiliser.
- 24:27C'est combien de lavage par semaine ?
- 24:30Alors,
- 24:30on va laver le minimum dans le cahier des charges de l'AOP,
- 24:32c'est six fois.
- 24:33C'est deux à trois fois par semaine.
- 24:35Et l'affinage,
- 24:36c'est ?
- 24:36Et c'est 28 jours à partir de la mise en œuvre du lait.
- 24:39Donc du coup,
- 24:40ça fait à peu près trois semaines de frotte.
- 24:42Mais aujourd'hui,
- 24:42vous...
- 24:42Tu me disais tout à l'heure qu'on a été finalement dans les caves,
- 24:46que vous sortiez rarement à 28 jours.
- 24:49Tu ne peux pas laisser autant le temps aux produits de s'exprimer ?
- 24:53Je pense que
- 24:5435 jours,
- 24:55c'est la perfection.
- 24:58C'est là où on est le mieux.
- 24:59C'est là où,
- 25:00pour toi,
- 25:01les produits peuvent commencer à passer à la dernière phase d'emballage et de pouvoir retrouver les étals de nos crémiers fromagers.
- 25:10C'est ça.
- 25:11Ok.
- 25:12Et donc les défis pour toi demain,
- 25:14vous avez aussi cherché à continuer de faire du lait cru.
- 25:17Tout à fait.
- 25:19Ça,
- 25:19c'est un défi aussi.
- 25:20Oui,
- 25:20ce que c'est dans l'ADN de la fromagerie Gaugry,
- 25:22c'est le lait cru.
- 25:23Et donc aujourd'hui,
- 25:24on est la dernière laiterie à faire du lait cru dans nos filières.
- 25:27En époisse,
- 25:27il y a aussi un...
- 25:29une production fermière.
- 25:30Il y a une production fermière,
- 25:31il y a un producteur fermier qui est tout en lait cru.
- 25:33C'est une petite filière,
- 25:34les poissons.
- 25:35Voilà,
- 25:35c'est une petite filière.
- 25:36Et malheureusement,
- 25:37ce producteur fermier est tout seul.
- 25:39Et nous,
- 25:40en laiterie,
- 25:40c'est-à-dire en collecteur de lait,
- 25:42avec du lait,
- 25:43nous,
- 25:43on n'a pas de vache,
- 25:44on collecte du lait auprès de cette producteur de lait.
- 25:47On est la seule laiterie.
- 25:49Il y a aujourd'hui des productions fermières au lait cru,
- 25:51mais on oublie souvent,
- 25:52les gens mélangent le fermier,
- 25:55lait cru,
- 25:56les laiteries,
- 25:56tout ça.
- 25:57Et les productions fermières sont en général des productions plus modestes en quantité,
- 26:02en volume,
- 26:03que ce que peuvent faire des laiteries.
- 26:04Et c'est dommage aujourd'hui que dans nos laiteries,
- 26:08on ait de plus en plus de mal à faire des fromages au lait cru.
- 26:11Ça,
- 26:12c'est un peu dommage.
- 26:13Et nous,
- 26:13on a envie de continuer.
- 26:15Mais il n'y a plus grand monde qui veut s'embêter à faire ça,
- 26:17c'est sûr.
- 26:18Donc le lait cru,
- 26:20pourquoi un défi ?
- 26:23Je me rappelle d'un échange il y a quelques temps,
- 26:25je suis passé il y a quelques temps à la fromagerie avec un groupe et on a eu un échange qui était assez intéressant sur les analyses que tu avais retrouvées de ton grand-père sur la vie du lait.
- 26:37Et ça,
- 26:37c'est un exemple que plusieurs fois j'ai repris avec finalement la vie du lait.
- 26:44Ce qui est sûr,
- 26:45c'est qu'en fait,
- 26:45on a vécu des grands changements.
- 26:46C'est-à-dire qu'on a globalement...
- 26:49Il faut savoir qu'avant,
- 26:50il y avait entre 14 000 et 15 000 morts par an d'intoxication alimentaire au lendemain de la guerre.
- 26:55Et aujourd'hui,
- 26:55il y en a 300.
- 26:56Donc,
- 26:57comment tout ça s'est fait ?
- 26:58Eh bien,
- 26:59ça s'est fait par essentiellement l'hygiène de nos outils de production,
- 27:04que ce soit sur l'amont,
- 27:05en production laitière,
- 27:06ou dans nos fromageries,
- 27:07dans tous nos ateliers de production dans l'industrie agroalimentaire de manière générale.
- 27:11Et en fromagerie,
- 27:14avant,
- 27:14un lait...
- 27:15avait,
- 27:16on a un indicateur qui est suivi depuis très longtemps dans le lait,
- 27:18c'est le nombre de germes qu'il y a dans un millilitre de lait.
- 27:21L'avantage,
- 27:22c'est qu'au bout de sixième génération,
- 27:23vous avez quelques archives.
- 27:24On a un petit peu d'historique.
- 27:25Vous avez quelques archives.
- 27:26Et en fait,
- 27:27on sait qu'à l'époque,
- 27:29dans les années 50-60,
- 27:31les laits avaient à peu près 300 000 germes en moyenne par millilitre de lait.
- 27:34Donc 300 000 micro-organismes.
- 27:36Donc la vie du lait.
- 27:37La vie du lait.
- 27:38Il y avait de la vie,
- 27:39il n'y avait pas de place,
- 27:41il y avait de la vie.
- 27:41Il y avait de la vie.
- 27:42Donc après,
- 27:42il y avait des bonnes et des mauvaises bactéries.
- 27:45mais il y avait de la vie.
- 27:46On a hygiénisé et en fait,
- 27:47on ne savait pas à l'époque comment faire le tri entre des bonnes bactéries et des mauvaises.
- 27:54Donc,
- 27:54comme en médecine,
- 27:55comme dans plein de sujets,
- 27:56qu'est-ce qu'on a fait ?
- 27:56On a tout éliminé.
- 27:58On a sanité,
- 27:59on a hygiénisé.
- 27:59Donc,
- 28:00on a désinfecté les salles de traite,
- 28:01on a désinfecté le pi des vaches,
- 28:03on a désinfecté tout ça,
- 28:04et aujourd'hui,
- 28:04on se retrouve avec des laits qui sont entre 2 et 10 000 germes.
- 28:07Et donc,
- 28:08quand on pasteurisait un lait dans les années 60,
- 28:10qui avait 300 000 germes,
- 28:11la pasteurisation,
- 28:12c'est un facteur de réduction de 10.
- 28:13Ça veut dire qu'un lait pasteurisé préservait 30 000 germes encore.
- 28:17Donc,
- 28:18on avait des laits pasteurisés à l'époque qui étaient plus riches que de lait cru qu'aujourd'hui.
- 28:23Plus d'aujourd'hui.
- 28:23Un lait cru aujourd'hui,
- 28:26c'est quasiment un lait stérilisé.
- 28:27Il n'y a quasiment plus rien dedans.
- 28:29Alors,
- 28:29il ne faut pas tout le temps voir les choses négativement.
- 28:32Il y avait un besoin,
- 28:33il y avait un problème.
- 28:34Et il ne faut pas faire l'autruche à dire qu'il n'y avait pas de soucis,
- 28:37que c'était mieux avant,
- 28:38que non,
- 28:38ce n'est pas vrai,
- 28:39ça.
- 28:39Ça,
- 28:39c'est vraiment des trucs.
- 28:40Ce n'était pas mieux avant et les fromages n'étaient pas meilleurs avant.
- 28:44Ça,
- 28:44c'est complètement faux.
- 28:45C'est comme le vin.
- 28:45Le vin n'était pas meilleur avant.
- 28:47C'est faux de dire ça.
- 28:48Toi et moi,
- 28:49de toute façon,
- 28:49dans les années 50,
- 28:50on n'était pas là.
- 28:51Non,
- 28:52on n'est pas là pour dire c'est meilleur.
- 28:53Non,
- 28:53on n'était pas là.
- 28:54Mais si tu veux,
- 28:54moi,
- 28:54j'ai l'historique.
- 28:56Mon père me...
- 28:57à des souvenirs de fromage,
- 29:00d'aléas de qualité sur les fromages à l'époque.
- 29:02Mais qui se sou...
- 29:03Moi,
- 29:03j'en ai le souvenir,
- 29:04gamin,
- 29:04quand même,
- 29:05de manger des comtés qui piquaient,
- 29:07qui donnaient des aftes,
- 29:08qui avaient...
- 29:09Non,
- 29:09mais c'est vrai,
- 29:10qui avaient des butyriques,
- 29:11qui avaient plein de...
- 29:11C'est pas très agréable.
- 29:13C'est pas très agréable,
- 29:13mais ça,
- 29:14ça a presque disparu aujourd'hui.
- 29:16On a maîtrisé.
- 29:17On a maîtrisé.
- 29:18Et les savoir-faire se sont améliorés grâce aux AOP,
- 29:21grâce au cahier des charges.
- 29:22Grâce à la technique.
- 29:23Grâce à la science.
- 29:23À la science.
- 29:24Il y a des écoles comme les Éniles de Poligny,
- 29:27il y a des gens comme Bernard Mietton,
- 29:29qui ont écrit des choses,
- 29:29qui ont documenté des choses et qui ont permis de faire évoluer les techniques.
- 29:32Et heureusement qu'on a eu ça et ça nous permet aujourd'hui d'avoir des bien meilleurs produits.
- 29:35Mais c'est vrai qu'aujourd'hui,
- 29:36on a des produits qui sont,
- 29:37on a des fromages,
- 29:39des laits très pauvres.
- 29:40Et c'est un peu un problème.
- 29:40Alors nous,
- 29:41on y travaille.
- 29:41On réfléchit aujourd'hui à...
- 29:45C'est pareil,
- 29:45là.
- 29:45Encore une fois,
- 29:46c'est un travail qui est lent et qui est fait sur le long terme.
- 29:48Mais on cherche à...
- 29:49à renforcer l'environnement microbien des fermes.
- 29:52Et donc,
- 29:52avec certains éleveurs,
- 29:53on travaille là-dessus,
- 29:54où en fait,
- 29:54on va ensemencer avec des fermes enlactiques,
- 29:56les litières,
- 29:57par exemple.
- 29:59Et on va chercher à ensemencer les étables en fermes enlactiques.
- 30:01Et certains...
- 30:02Faire travailler les flores endogènes.
- 30:04Les flores qui se présentent de manière naturelle,
- 30:08qui ne sont pas les mêmes si on prend deux fermes,
- 30:10l'une à côté de l'autre.
- 30:11La richesse du lait,
- 30:13la richesse de notre vie,
- 30:15n'est pas la même d'une ferme à côté.
- 30:17Donc aujourd'hui,
- 30:17on est...
- 30:18obligés,
- 30:18bien évidemment,
- 30:19pour garantir une sécurité sanitaire de nos produits,
- 30:21on est obligés de continuer de désinfecter,
- 30:23de nettoyer.
- 30:24Mais on se pose plus de questions qu'avant.
- 30:26Et ça,
- 30:27c'est très positif parce que ça nous amène à avoir des réflexions hyper intéressantes et qui aboutiront certainement dans les années à venir.
- 30:34Mais c'est dans 5 ans,
- 30:3510 ans,
- 30:3515 ans.
- 30:36On en parlait tout à l'heure.
- 30:37C'est comme quand mon grand-père a créé...
- 30:38C'est un cycle long.
- 30:40C'est des cycles longs.
- 30:42Et je suis persuadé que des choses arriveront.
- 30:44Et une accélération de la réflexion.
- 30:46Exactement.
- 30:47Donc aujourd'hui,
- 30:47vous battez pour continuer de faire du lait cru sur ce site.
- 30:51Oui.
- 30:51Et c'est quelque chose que vous souhaitez continuer.
- 30:55On se bat au quotidien pour ça.
- 30:56Tous les matins,
- 30:58quand on se lève,
- 30:58on se bat pour ça.
- 30:59C'est un risque.
- 31:00C'est un peu une épée.
- 31:01Il faut dire les choses.
- 31:03C'est un peu une épée de Damoclès.
- 31:04Toi,
- 31:04quand tu es responsable d'une fromagerie qui fait des fromages au lait cru,
- 31:08c'est la passion qui fait vivre.
- 31:09C'est un peu une épée de Damoclès.
- 31:11C'est complexe parce que tout passe,
- 31:13nous,
- 31:14sur nos métiers.
- 31:14Nous,
- 31:14les fromagers,
- 31:16on...
- 31:17Il faut avoir beaucoup d'humilité sur un fromage.
- 31:19Déjà,
- 31:20il y a la moitié,
- 31:21c'est le lait.
- 31:21On travaille avec du vivant.
- 31:22On travaille avec du vivant et la moitié,
- 31:23c'est le lait.
- 31:24C'est-à-dire que quand vous avez un lait de bonne qualité,
- 31:27vous avez déjà la moitié du travail qui est fait.
- 31:29Et donc,
- 31:29il faut travailler en amont avec les éleveurs.
- 31:31Et là,
- 31:33nous,
- 31:33on a la chance de travailler avec des éleveurs qui sont hyper engagés,
- 31:36hyper motivés.
- 31:38Et vraiment,
- 31:40moi,
- 31:40je prends beaucoup de plaisir à travailler avec tous nos producteurs de lait.
- 31:42Mais leur travail est également difficile.
- 31:44Ils ont beaucoup d'enjeux.
- 31:45Et donc,
- 31:47on essaye,
- 31:47si vous voulez,
- 31:48de trouver le bon équilibre quand on fait du lait cru entre l'exigence qu'on va avoir.
- 31:51avoir envers eux.
- 31:52Et d'un autre côté,
- 31:54on leur laisse aussi la possibilité de travailler dans de bonnes conditions.
- 31:57C'est-à-dire qu'il faut trouver le bon équilibre entre la sécurité sanitaire qu'on veut garantir et le modèle économique,
- 32:08les contraintes qu'on va leur mettre.
- 32:10Voilà,
- 32:10parce que à un moment donné,
- 32:11si on va trop loin,
- 32:13il n'y aura plus personne qui va faire...
- 32:14Et vous êtes dans une démarche que vous avez inscrite,
- 32:17qui s'appelle Les Demains.
- 32:18C'est ça.
- 32:19Tu peux nous en parler en quelques mots.
- 32:20En fait,
- 32:21on a décidé de formaliser un petit peu nos démarches et tout le travail qu'on fait avec nos producteurs de lait parce qu'on fait pas mal de choses.
- 32:26Alors,
- 32:26il y a pas mal de choses qui sont faites au travers des AOP,
- 32:28mais on a voulu aller un petit peu plus loin et avoir un peu plus de valeur ajoutée encore sur nos pratiques.
- 32:34Et donc,
- 32:34on a décidé de faire une charte de bien-être animal,
- 32:38en fait,
- 32:38une charte d'élevage qui regroupe des éléments de bien-être animal et également qui porte sur différents cliquets.
- 32:45On a également du coup...
- 32:46Du coup,
- 32:46au travers de cette démarche,
- 32:47la volonté de basculer en alimentation française,
- 32:50100% de l'alimentation des animaux.
- 32:52On a aujourd'hui une grosse partie de l'alimentation qui provient des zones d'appellation et des fermes.
- 32:57Oui,
- 32:57ça c'est dans le cas des Gétards.
- 32:59C'est 85% pour le chahours et les pois,
- 33:01c'est 85% d'autonomie de zone et le chahours également 75% d'autonomie de ferme.
- 33:05Donc c'est quelque chose qui est très important parce que c'est vraiment le...
- 33:09C'est pareil,
- 33:09ça fait partie des piliers de nos appellations.
- 33:11C'est le pilier d'à peu près toutes les appellations.
- 33:14Voilà,
- 33:14oui.
- 33:14de terroir et par...
- 33:15Mais nous,
- 33:16l'avantage qu'on a,
- 33:16c'est qu'on repose sur des systèmes de polyculture élevage,
- 33:19de vraie polyculture élevage,
- 33:21et du coup,
- 33:22ce qui permet à nos éleveurs d'avoir quasiment les autonomies de fermes les plus importantes.
- 33:28Parce que beaucoup d'appellations ou de filières parlent d'autonomie de fourrage.
- 33:32Nous,
- 33:32on parle d'autonomie totale,
- 33:34c'est-à-dire sur les fourrages et les concentrés également,
- 33:37et les céréales qu'on peut donner à manger aux animaux.
- 33:40Un peu faire une FAF,
- 33:41une fabrique d'aliments à la ferme.
- 33:43Parce que des producteurs,
- 33:46c'est quelque chose où il y a pas mal de producteurs.
- 33:48Quand ils ont la possibilité,
- 33:50finalement,
- 33:50de faire les rotations de culture qui vont bien pour nourrir les animaux,
- 33:56ça,
- 33:56c'est une belle démarche.
- 33:57Et du coup,
- 33:58on a,
- 33:58comme beaucoup d'éleveurs,
- 33:59on a une partie des concentrés qui,
- 34:01la base de la ration des vaches,
- 34:04il y a une partie de concentré.
- 34:06Donc ça,
- 34:06c'est la protéine qu'on va apporter dans la ration,
- 34:09qui est assez importante pour la production du lait.
- 34:11Et cette protéine aujourd'hui,
- 34:13elle vient essentiellement de l'étranger.
- 34:15Ça,
- 34:15c'est un sujet,
- 34:16il ne faut pas l'occulter.
- 34:17Et nous,
- 34:19on a décidé de prendre ce sujet à bras-le-corps.
- 34:21Et on a sondé,
- 34:23on a discuté avec les éleveurs.
- 34:25Et on est en phase de...
- 34:27Donc là,
- 34:28on termine cette année les discussions avec les éleveurs pour mettre en place une alimentation 100% française avec une ration 100% française.
- 34:37Et qu'on va valoriser.
- 34:38C'est-à-dire que nous...
- 34:39Tout ce qu'on fait,
- 34:40toute notre démarche,
- 34:40aujourd'hui,
- 34:41on la valorise.
- 34:42Par exemple,
- 34:43notre démarche de bien-être animal,
- 34:45on a tout un tas de critères avec des prérequis qu'ils sont obligés d'avoir pour accéder à la prime.
- 34:50Et une fois qu'ils ont ces prérequis,
- 34:51il y a un barème à points sur 100 points.
- 34:53Et en fait,
- 34:53si vous avez 100 points,
- 34:54vous avez 15 euros du 1000 litres sur une année complète.
- 34:57Vous avez 15 euros du 1000 litres qui viennent s'ajouter au prix du lait.
- 34:59Et si vous avez
- 35:0050 points,
- 35:01vous avez 7,50 euros.
- 35:02Et c'est au pro-rata du nombre de points que vous avez.
- 35:05Et la démarche d'alimentation française,
- 35:07on va la valoriser également avec une surprime par rapport à ça.
- 35:09Donc ça,
- 35:09c'est des discussions qu'on a actuellement avec les producteurs de lait.
- 35:12Vous avez combien de producteurs de lait ?
- 35:13Alors si on prend Gogri tout à l'heure,
- 35:15tu nous as dit 7.
- 35:17Oui,
- 35:17une cinquantaine chez l'INSEE.
- 35:19Oui,
- 35:19donc ça fait déjà...
- 35:20Ils sont essentiellement dans l'Aube et dans la Marne et un petit peu dans Lyon aussi.
- 35:23Et donc cette démarche,
- 35:24elle est formalisée et ça nous permet en fait de l'organiser.
- 35:30Si vous voulez,
- 35:31encore une fois,
- 35:32c'est vraiment un esprit filiaire.
- 35:33C'est-à-dire qu'il y a nos AOP,
- 35:34mais nous,
- 35:34on raisonne,
- 35:35même l'INSEE,
- 35:36notre filière à nous aussi,
- 35:37notre bassin laitier à nous.
- 35:39Et en fait,
- 35:40l'idée de se décrire et de faire une charge...
- 35:43développement durable dans nos zones.
- 35:44Dans nos zones,
- 35:45et ça permet d'être plus efficace,
- 35:47en fait.
- 35:48On est plus fort,
- 35:48on est plus efficace.
- 35:49Et derrière,
- 35:50on fait des produits qui sont quand même aujourd'hui valorisés.
- 35:52On fait des produits qui ont un certain coût,
- 35:54c'est vrai.
- 35:55Mais moi,
- 35:56je pars du principe que je pense que le consommateur est prêt à payer un certain prix pour la qualité de ce qu'il mange,
- 36:02à la condition qu'il l'ait compris et qu'il sache ce qu'il achète et pourquoi il paye.
- 36:08Alors,
- 36:08bien évidemment,
- 36:09il y a des limites.
- 36:10Il ne faut pas abuser ni exagérer sur la valorisation qu'on peut avoir de nos produits.
- 36:15Mais je pense qu'il est important de formaliser toutes nos démarches,
- 36:18quelles qu'elles soient,
- 36:19que ce soit en amont laitier,
- 36:20que ce soit sur nos pratiques,
- 36:22la fabrication,
- 36:23il faut de la transparence et expliquer ce qu'on fait,
- 36:26et pas occulter ce qui ne va pas.
- 36:28Parce que le consommateur,
- 36:30il n'est absolument pas stupide,
- 36:32il se renseigne,
- 36:33il réfléchit.
- 36:34Ils ne consomment pas bêtement,
- 36:35comme parfois certaines personnes peuvent le dire.
- 36:37Ce n'est pas vrai,
- 36:38moi,
- 36:38pour discuter régulièrement avec des consommateurs,
- 36:41des gens qui viennent nous voir dans nos fromageries,
- 36:42dans nos magasins.
- 36:43Vous êtes sur une route assez passante.
- 36:46Les gens posent beaucoup de questions,
- 36:47sont très curieux.
- 36:48Ils veulent savoir d'où vient le lait,
- 36:49comment il a été produit.
- 36:51Et ça,
- 36:51il faut répondre à ces attentes-là.
- 36:53Et là,
- 36:54encore une fois,
- 36:54c'est un travail de long terme,
- 36:55bien évidemment.
- 36:56Mais je pense qu'il est primordial et vraiment important de formaliser,
- 37:00mais de formaliser aussi et de communiquer sur des choses concrètes.
- 37:03des choses qui sont faites,
- 37:04et non pas sur des choses qui seront faites demain,
- 37:06mais sur des choses qui sont faites maintenant,
- 37:08parce que je pense que les consommateurs aussi en ont un peu marre,
- 37:11qu'on leur dise,
- 37:12ah bah voilà on a pris des engagements à 2030,
- 37:14à 2050,
- 37:16c'est un peu le concours de celui qui a pris le plus d'engagement,
- 37:18et voilà.
- 37:18Mais prendre des engagements,
- 37:19c'est quand même le truc le plus facile du monde.
- 37:21Moi je peux en prendre plein,
- 37:22je peux en prendre 15 là si je veux des engagements.
- 37:24Ce qui est important c'est le résultat,
- 37:26c'est le concret.
- 37:26Qu'est-ce que concrètement tu as eu comme résultat par rapport aux actions que tu as pu mener ?
- 37:30Avant de conclure cet entretien,
- 37:32Grégoire,
- 37:32j'ai
- 37:32une question.
- 37:33C'est la petite question mystère que je pose à tous mes entretiens.
- 37:38C'est quoi ta pizza préférée ?
- 37:39Parce que c'est quand même un plat que tout le monde mange,
- 37:43finalement.
- 37:44Et toi,
- 37:44c'est quoi ta pizza préférée ?
- 37:46Alors moi,
- 37:47j'ai une pizzeria à côté de chez moi qui s'appelle Casa Roma,
- 37:49la pizza,
- 37:51à Dijon,
- 37:52et qui fait une pizza qui s'appelle la Normano.
- 37:54D'accord.
- 37:54Et il y a quoi sur cette pizza ?
- 37:57Et il y a du brie dessus,
- 37:58il y a beaucoup de fromage avec du jambon,
- 38:00du brie et de...
- 38:01Et c'est une pizzeria qui fait des pizzas assez originales,
- 38:03mais avec que des bons ingrédients.
- 38:04Et elle est excellente.
- 38:05Bon,
- 38:06une bonne adresse quand je passerai sur Dijon à aller tester.
- 38:11Merci beaucoup Grégoire.
- 38:12De rien.
- 38:12Merci d'avoir pris le temps de nous recevoir.
- 38:15Et puis on a échangé comme d'habitude sur une petite planche de fromage.
- 38:19J'avais voulu faire découvrir à Grégoire trois fromages dont un qu'il connaissait déjà bien.
- 38:24Quitte à venir sur un secteur où on fait des croûtes lavées,
- 38:27je lui ai ramené la croûte lavée emblématique du Nord,
- 38:31un maroilles de nos amis de la ferme du Pont des Loups,
- 38:34un petit chèvre également du Nord de la fromagerie du Val d'Otis et puis un fromage un peu plus dans les cieux.
- 38:41C'est l'immersus du Mont-des-Cas,
- 38:43qui est immergé 48 heures à la bière.
- 38:45Qu'est-ce que tu as pensé de ces fromages,
- 38:46Grégoire ?
- 38:46Je voyais que les trois étaient excellents.
- 38:48Et vraiment,
- 38:50pour l'immersus,
- 38:50je ne connaissais pas celui-là.
- 38:52On a vraiment ce côté houblonné qui vient.
- 38:55Très intéressant et très bon.
- 38:56Les trois étaient excellents.
- 38:57Merci beaucoup de nous avoir écoutés.
- 38:59Je vous retrouve bientôt sur l'échange.
- 39:01Si vous avez aimé ce contenu,
- 39:03n'hésitez pas à le partager et à nous mettre 5 étoiles sur les plateformes.
- 39:07Je vous dis à bientôt pour un nouvel épisode.
- 39:09Merci Grégoire,
- 39:10à bientôt,
- 39:10au revoir.
- 39:10Merci Romain,
- 39:11au revoir.