Latest / Flammes des années 80. Le podcast qui allume la femme. / Ma Flamme - La Résilience : Et si ce n’était pas une force ?
Transcript
- 0:01Alors,
- 0:01la résilience,
- 0:02est-ce que c'est vraiment une force ?
- 0:04Moi,
- 0:05c'est un mot qui m'a toujours interpellée.
- 0:08C'est pour ça aussi que j'ai voulu faire une chronique sur la résilience.
- 0:12Parce que souvent,
- 0:13ce mot,
- 0:13on l'associe avec le fait de se relever,
- 0:17de rebondir,
- 0:19de devenir plus fort.
- 0:21Il y a une forme de pression,
- 0:22j'ai l'impression,
- 0:23par rapport à ça,
- 0:24de force.
- 0:25Alors moi,
- 0:25au contraire,
- 0:26je les vois peut-être plus une forme de sagesse.
- 0:29Et donc,
- 0:29j'ai fait des recherches sur la résilience.
- 0:30Et je suis tombée sur les recherches de Boris Zierkling,
- 0:33qui lui,
- 0:33il a beaucoup travaillé sur ce concept,
- 0:35et il parle,
- 0:36entre guillemets,
- 0:37d'un nouveau développement après le traumatisme.
- 0:41Parce qu'on ne va pas se mentir,
- 0:42cette idée,
- 0:43elle me parle beaucoup,
- 0:43parce qu'on ne peut pas revenir en arrière quand on a un traumatisme.
- 0:47Non,
- 0:47non,
- 0:47on a notre traumatisme et on avance avec ce qui nous est arrivé,
- 0:51donc avec ce traumatisme.
- 0:53Et en réfléchissant à la résilience,
- 0:56je ne sais pas pourquoi ça m'est revenu.
- 0:58Et étrangement,
- 0:59j'ai repensé à une femme que j'avais rencontrée quand j'avais à peu près une quinzaine d'années et qui venait de perdre sa fille.
- 1:04Donc,
- 1:04évidemment,
- 1:04un événement atroce.
- 1:08Et je sentais quelque chose de différent chez cette femme.
- 1:11Ce n'était pas forcément une force,
- 1:13c'était plutôt une intensité,
- 1:16en fait.
- 1:16Une profondeur et même,
- 1:18étrangement,
- 1:18une certaine forme de joie assez unique.
- 1:22Je ne sais pas,
- 1:23comme si elle,
- 1:23elle avait compris quelque chose de la vie.
- 1:25Moi,
- 1:26je n'avais pas encore accès.
- 1:27Évidemment,
- 1:27à l'époque,
- 1:28j'étais jeune et je ne savais pas mettre des mots dessus.
- 1:32Et puis,
- 1:32forcément,
- 1:33la résilience,
- 1:34à mon âge,
- 1:35il y a forcément des choses de la vie qui font en sorte qu'on y arrive.
- 1:39Et moi,
- 1:39mon père a eu Alzheimer et il en est décédé.
- 1:44Et en fait,
- 1:45voir Alzheimer,
- 1:45c'est voir une personne qu'on aime disparaître petit à petit.
- 1:49Et à la fin,
- 1:50mon père ne me reconnaissait plus vraiment.
- 1:51Il ne savait peut-être plus que j'étais sa fille.
- 1:55Pourtant,
- 1:55il se passait quelque chose d'assez incroyable entre nous.
- 1:58Comme si,
- 1:59je ne sais pas,
- 1:59au-delà de la mémoire,
- 2:01au-delà des mots,
- 2:02de la reconnaissance,
- 2:04il savait que j'étais quelqu'un qu'il aimait.
- 2:06Je ne sais pas comment l'expliquer.
- 2:10Ça transpirait l'amour.
- 2:12Et ça a changé ma vision de beaucoup de choses.
- 2:15Parce que quand les souvenirs,
- 2:17les rôles,
- 2:18les mots disparaissent,
- 2:19qu'il reste malgré tout quelque chose,
- 2:24on commence à se demander forcément qu'est-ce qui est vraiment important.
- 2:29Et peut-être que c'est pour ça,
- 2:30je ne sais pas,
- 2:30que j'avais perçu ça chez cette femme qui avait perdu sa fille,
- 2:33mais que je n'arrivais pas à le nommer à l'époque.
- 2:36Alors,
- 2:36est-ce que c'est ça,
- 2:37la résilience ?
- 2:39Je ne sais pas.
- 2:41Mais c'est marrant parce qu'on dirait que je suis devenue Bouddha,
- 2:44mais il y a des choses qu'on accepte dans la vie qui sont inacceptables et d'autres endroits,
- 2:50en parallèle,
- 2:50où on a beaucoup plus de mal à lâcher.
- 2:52Par exemple,
- 2:52moi,
- 2:52c'est un endroit où je ne suis pas choisie ou,
- 2:54je ne sais pas,
- 2:55une relation qui n'aboutit pas comme je voudrais.
- 2:58ou inattente,
- 2:59j'ai beaucoup plus de mal à lâcher.
- 3:01Parce qu'en fait,
- 3:02ça vient toucher nos blessures.
- 3:05Et je pense que c'est surtout des endroits où on imagine qu'on peut encore avoir un pouvoir,
- 3:09qu'on peut peut-être encore changer l'issue.
- 3:12Je ne sais pas,
- 3:12faire autrement,
- 3:13ou changer son comportement.
- 3:16Alors on s'accroche à cette idée,
- 3:18alors que face à des épreuves immenses où on n'a pas d'autre choix que le réel s'impose à nous d'accepter,
- 3:23on n'a pas d'autre choix que de le traverser.
- 3:25Alors que dans les autres situations...
- 3:27on pense qu'on pourrait peut-être changer quelque chose.
- 3:30Et moi,
- 3:30je trouve que ce n'est pas si mal,
- 3:30en fait.
- 3:32Parce qu'accepter,
- 3:34ça ne veut pas forcément dire renoncer.
- 3:37Et peut-être qu'avant d'accepter une situation,
- 3:41il faut aussi avoir eu le courage d'essayer d'oser la changer,
- 3:44oser dire ce qu'on veut,
- 3:46ce qu'on ressent,
- 3:48dire sa vérité.
- 3:49Enfin,
- 3:49pas la vérité,
- 3:50mais dire sa vérité.
- 3:52Celle qui dit,
- 3:54voilà,
- 3:55voilà ce que je ressens,
- 3:56voilà ce que je veux.
- 3:58Voilà où j'en suis.
- 4:00Alors,
- 4:01parce que l'autre,
- 4:02en fait,
- 4:02il ne peut pas toujours deviner ce qu'on attend de lui.
- 4:04Même si on imagine qu'il devine,
- 4:05il ne devine pas.
- 4:07Et puis,
- 4:08quand on dit de notre vérité et que notre vérité,
- 4:09elle vient vraiment du cœur plutôt que de la peur,
- 4:12alors on ne maîtrise pas,
- 4:13évidemment,
- 4:13ce qui va se passer ensuite.
- 4:15Mais au moins,
- 4:15nous,
- 4:15on ne s'est pas abandonnés soi-même.
- 4:17Non,
- 4:17on a fait notre part.
- 4:19On a parlé,
- 4:20on a osé.
- 4:22Et ensuite,
- 4:22ce qui appartient à l'autre ou à la vie,
- 4:26en fait,
- 4:26ça ne nous appartient plus.
- 4:29Je pense que c'est là la difficulté en fait.
- 4:32C'est de réussir à avoir le courage de changer ce qui peut l'être et la sagesse d'accepter ce qui ne dépend plus de nous.
- 4:41Pour ça,
- 4:41j'ai une phrase qui m'accompagne en ce moment,
- 4:43qui veut dire « plus je consens à ce qui est,
- 4:47plus je me libère » .
- 4:49Plus je consens à ce qui est,
- 4:51plus je me libère.
- 4:53Parce que consentir,
- 4:55ce n'est pas se résigner.
- 4:56Ce n'est pas dire que ce qui arrive,
- 4:58ça nous convient.
- 4:59Non.
- 4:59C'est reconnaître ce qui est.
- 5:03Et cette semaine,
- 5:05d'où la résilience,
- 5:06parce que j'ai beaucoup échangé avec mon ami Cécilia,
- 5:09avec qui on a fait l'épisode qui est sorti mardi,
- 5:11autour de la joie de vivre,
- 5:12et je vous conseille vraiment d'aller l'écouter,
- 5:14parce que Cécilia,
- 5:15elle fait partie des personnes qui,
- 5:17malgré ce que la vie leur a imposé,
- 5:19elle a gardé une capacité incroyable à l'aimer.
- 5:23Et en faisant des recherches aussi,
- 5:24je suis tombée sur une image de Marc Aurel,
- 5:27qui m'a beaucoup parlé,
- 5:27parce qu'il parle du feu.
- 5:29Et il dit qu'un petit feu peut s'éteindre selon ce qu'on jette sur lui.
- 5:34Mais un feu puissant,
- 5:36lui,
- 5:36il se nourrit de ce qu'on lui donne.
- 5:38Il l'absorbe,
- 5:39il le transforme et il n'en brûle que plus fort.
- 5:44Alors je me suis demandé,
- 5:46et si la résilience,
- 5:47finalement,
- 5:48ce n'était pas de vaincre ce qui nous arrive,
- 5:52ni même de devenir plus fort,
- 5:54mais d'apprendre à l'intégrer à notre histoire ?
- 5:58à en faire quelque chose.
- 6:00Et peut-être qu'un jour,
- 6:01réussir à se nourrir de ce qui aurait pu nous éteindre.
- 6:06Voilà,
- 6:06c'était ma flamme de la semaine et je vous dis à la semaine prochaine.