Latest / Flammes des années 80. Le podcast qui allume la femme. / Stéphane Gaillard : parole, résilience et courage dans le milieu du cinéma
Transcript
- 0:03Flamme des années 80.
- 0:05Le podcast qui allume la femme.
- 0:10Bonjour,
- 0:10donc nous sommes au mois de décembre.
- 0:12Et comme on vous l'a dit,
- 0:13au mois de décembre,
- 0:15on va parler des hommes.
- 0:16Et on a la chance de recevoir aujourd'hui Stéphane Gaillard,
- 0:20qui est un ancien directeur de casting.
- 0:22Enfin,
- 0:22tu as travaillé 29 ans dans le cinéma,
- 0:25c'est ça ?
- 0:26Et tu as été fondateur de Larda.
- 0:29Donc Larda,
- 0:29c'est l'association des responsables de...
- 0:31Distribution artistique.
- 0:32Un des membres fondateurs.
- 0:33Je n'étais pas le seul.
- 0:34Oui,
- 0:34bien sûr.
- 0:36Un des membres fondateurs de l'ARDA.
- 0:38Et ancien membre du comité des révélations au César.
- 0:43Alors qu'aujourd'hui,
- 0:44par contre,
- 0:45tu n'as plus aucun rapport avec le cinéma,
- 0:48entre guillemets,
- 0:49dans tout ce qui est associatif.
- 0:51Si,
- 0:51j'ai toujours un rapport avec le cinéma,
- 0:53mais je ne suis dans qu'une association.
- 0:56Voilà.
- 0:57Ça me permet de garder une indépendance Hum.
- 1:01Et une liberté totale de parole,
- 1:03en fait.
- 1:05Je le revendique,
- 1:05oui.
- 1:06Mais ça,
- 1:06c'est bien.
- 1:07Et donc,
- 1:08du coup,
- 1:08on t'a invitée aujourd'hui parce que ta vie a un peu basculé l'année dernière.
- 1:12Que tu peux nous raconter un peu comment ça s'est passé ?
- 1:15Oui,
- 1:15c'est-à-dire que le 22 février dernier,
- 1:19j'ai créé une adresse qui s'appelle metooacteur.gmail.com pour les comédiens qui ont été agressés.
- 1:27dans le cinéma.
- 1:28Je l'ai créé suite à une dizaine de témoignages que j'avais reçus dans les disques un jour avant.
- 1:35Donc je me suis dit qu'il fallait créer cet endroit pour recueillir ces témoignages.
- 1:41Et le hasard des choses a fait que le 23 février,
- 1:46le comédien Elien Wijk a annoncé sur son story Instagram avoir été agressé sexuellement ou plus précisément violé enfant par son...
- 1:56nageant.
- 1:59Et c'est lui qui a créé ça,
- 2:02je dois dire.
- 2:03Il faut dire les choses.
- 2:04Le hashtag MeTooGarçons,
- 2:05ça n'a pas à moi.
- 2:06C'est Aurélien Vic qui l'a écrit tout simplement dans ses stories.
- 2:10D'ailleurs,
- 2:10je crois qu'Aurélien,
- 2:12sans parler à sa place ou trahir sa parole,
- 2:15ne mesurait pas non plus.
- 2:16Il avait juste envie de témoigner et d'inviter des garçons à aller porter plainte,
- 2:24à parler,
- 2:24etc.
- 2:26Et suite à ça,
- 2:28la presse s'est intéressée à moi,
- 2:34au sujet que je portais,
- 2:36qui était nouveau.
- 2:38Et du coup,
- 2:38ce qui est intéressant,
- 2:39ce qui est assez amusant dans cette histoire,
- 2:42c'est que vous avez tous les deux...
- 2:44Enfin,
- 2:45toi,
- 2:45tu as reçu des témoignages.
- 2:46Lui,
- 2:47il a décidé de parler et c'était quasiment le même jour.
- 2:49Alors que vous ne vous connaissez pas.
- 2:51Et moi,
- 2:51c'était le 22 février à l'adresse mail et lui,
- 2:54il a dévoilé...
- 2:56ce qui lui est arrivé,
- 2:57enfant et adolescent,
- 2:58le 23 février,
- 2:59voilà.
- 3:00C'est une synchronicité.
- 3:01Oui,
- 3:01une synchronicité,
- 3:02le hasard,
- 3:03ou le non-hasard.
- 3:06Quelque chose.
- 3:08Et toi,
- 3:09tu avais déjà reçu des témoignages qui étaient venus comment,
- 3:11en fait ?
- 3:11C'est-à-dire que,
- 3:13par hasard,
- 3:13les gens ont commencé à te parler ?
- 3:15Non,
- 3:15c'est pas par hasard,
- 3:16je pense que j'avais déjà reçu des témoignages en 2017-2018,
- 3:20mais cette fois d'actrice,
- 3:21en fait,
- 3:22qui avait été agressée.
- 3:24sexuellement dans le cinéma,
- 3:27voire violée.
- 3:29Non,
- 3:30je pense que mes réseaux sociaux,
- 3:34notamment Facebook au départ en 2017,
- 3:36puis ensuite Instagram aussi,
- 3:39moi je ne suis pas militant,
- 3:41je respecte totalement le militantisme,
- 3:44c'est un sacerdoce pour moi,
- 3:46c'est un sacrifice d'une vie.
- 3:47Mais moi je ne suis pas militant,
- 3:49mais je suis engagé et concerné,
- 3:51oui ça c'est sûr,
- 3:52et donc j'ai toujours...
- 3:54afficher mes positions aussi notamment sur les violences faites aux femmes depuis très très longtemps,
- 3:58même bien avant MeToo donc finalement il me semble que je suis assez lisible et transparent et c'est ça qui fait que peut-être je dis bien peut-être parce que j'ai pas exactement la réponse mais peut-être que c'est
- 4:15ça qui permet à des actrices et des acteurs de...
- 4:18d'avoir confiance ?
- 4:19oui,
- 4:20c'est-à-dire que je sens bien qu'ils m'accordent leur...
- 4:23qui m'accordent leur confiance,
- 4:24donc je ne peux pas la trahir,
- 4:27mais c'est ça qui fait qu'ils passent à l'acte,
- 4:29c'est-à-dire de me contacter pour me dire,
- 4:32voilà,
- 4:32je voudrais te parler,
- 4:33j'ai quelque chose,
- 4:34quelque chose m'est arrivé.
- 4:36Souvent,
- 4:36ils n'ont jamais dit à personne,
- 4:37c'est la première personne à qui...
- 4:39La majorité,
- 4:40il n'y a pas de règle générale,
- 4:41les histoires se répètent,
- 4:44et souvent,
- 4:45c'est encore une fois...
- 4:48Les mêmes agresseurs,
- 4:50il n'y a pas d'agression,
- 4:52ça je l'ai dit,
- 4:52je le répète,
- 4:53les agressions uniques,
- 4:54isolées n'existent pas.
- 4:56On est là dans un mode opératoire de prédation,
- 4:58c'est-à-dire ces hommes prédatent,
- 5:00d'ailleurs ils multiplient à l'infini les agressions sexuelles ou les viols tant qu'ils ne sont pas arrêtés.
- 5:05Que ce soit pour les femmes ou les hommes,
- 5:06c'est la même chose,
- 5:07il n'y a pas vraiment de différence.
- 5:11mais les témoignages que je reçois,
- 5:14que j'ai reçus...
- 5:16Par mail des garçons,
- 5:18j'avais déjà reçu des témoignages aussi d'actrices,
- 5:21beaucoup d'actrices.
- 5:23Et c'est vrai que si on enlève le prénom,
- 5:26en fait,
- 5:26le témoignage,
- 5:27on peut le dégenrer.
- 5:28Il n'y a pas tellement de différence dans l'expérience des lectures,
- 5:32des récits que je lis,
- 5:33entre un homme et une femme qui se fait agresser.
- 5:37C'est vachement intéressant de le dire,
- 5:38parce que la part des femmes a été libérée,
- 5:40enfin,
- 5:40est en train de se libérer de plus en plus.
- 5:42C'est vrai que les hommes,
- 5:43ça commence un petit peu.
- 5:44et euh
- 5:45Et surtout,
- 5:46les enfants sont extrêmement touchés.
- 5:48Les enfants,
- 5:48quand on dit les enfants,
- 5:49il n'y a pas de sexe,
- 5:49en fait.
- 5:50C'est les enfants,
- 5:50c'est autant les petites filles que les petits.
- 5:51Alors là,
- 5:52c'est un autre encore...
- 5:53Oui,
- 5:53absolument,
- 5:53c'est encore un autre sujet.
- 5:55Les enfants victimes de violences sexuelles,
- 5:58ça,
- 5:58c'est encore un autre sujet.
- 5:59Là,
- 5:59moi,
- 5:59j'ai que des adultes qui sont venus me parler des hommes et femmes.
- 6:04Donc,
- 6:04ce n'est vraiment pas des violences qu'ils ont vécues enfants.
- 6:07C'est des violences qu'ils ont vécues dans le milieu professionnel du cinéma,
- 6:11dans leur métier d'acteur et d'actrice,
- 6:12en fait.
- 6:13Je le remercie là-dessus parce que comme Aurélien Witt,
- 6:16on parlait de son agent et que c'est quand il était jeune,
- 6:18je me suis peut-être,
- 6:19peut-être j'ai fait une assimilation.
- 6:20Oui,
- 6:20oui,
- 6:21bien sûr.
- 6:21Tu es arrivé aussi à des enfants sur des plateaux de tournage ou des adolescents qui sont un peu vulnérables.
- 6:26Alors,
- 6:26j'ai eu quelques témoignages d'acteurs qui ont été agressés sexuellement ou violés lorsqu'ils étaient des enfants.
- 6:34Mais lorsqu'ils sont venus témoigner,
- 6:36ils étaient des adultes en fait.
- 6:38Donc,
- 6:39je n'ai pas eu un enfant,
- 6:40ça serait un peu difficile,
- 6:41etc.
- 6:42Mais j'ai eu un témoignage dont je me souviens très bien,
- 6:48le témoignage d'une maman.
- 6:51Et son enfant avait subi des choses par un acteur réalisateur un peu connu.
- 7:01Et aujourd'hui,
- 7:02il était acteur.
- 7:04Il a vraisemblablement aujourd'hui 24 ans,
- 7:06mais c'était quand il était un jeune adolescent.
- 7:12Mais elle voulait préserver son fils et elle avait besoin de me raconter ce qui lui est arrivé.
- 7:19Voilà,
- 7:20ça je m'en souviens très très bien.
- 7:22Et après,
- 7:23avec tous ces témoignages,
- 7:24parce que tu n'as pas de préparation spéciale,
- 7:26toi tu as juste offert un territoire.
- 7:32C'est-à-dire,
- 7:33cette adresse mail,
- 7:34j'en suis le propriétaire,
- 7:35mais le propriétaire,
- 7:36c'est-à-dire,
- 7:36j'en suis le garant de la sécurité.
- 7:38Mais à l'intérieur de ce territoire,
- 7:40il ne m'appartient pas.
- 7:41Il appartient aux personnes qui veulent témoigner.
- 7:44Donc,
- 7:45il est d'une liberté absolue.
- 7:47Je n'ai rien à dire.
- 7:48Je n'ai rien à...
- 7:50Souvent,
- 7:50quelquefois,
- 7:52assez régulièrement,
- 7:53avant de venir témoigner sur cette adresse mail,
- 7:57il et elle,
- 7:58et je dois dire elle,
- 7:59parce qu'aujourd'hui,
- 8:00il y a quelque chose de très nouveau.
- 8:02C'est qu'elle vient de me parler pratiquement le jour où ça s'est passé,
- 8:07immédiatement.
- 8:08Ça c'est assez exceptionnel et très nouveau.
- 8:12Notifier quand même le jour où ça s'est passé,
- 8:16elle me laisse un message.
- 8:17En me disant Stéphane,
- 8:18voilà il s'est passé quelque chose,
- 8:20est-ce que je pourrais te parler,
- 8:21etc.
- 8:22Souvent,
- 8:23les témoignages des hommes et des femmes qui sont faits agresser,
- 8:27ils ont un point commun,
- 8:28c'est qu'ils minimisent en fait ce qui leur est arrivé,
- 8:31constamment.
- 8:32c'est à dire il ne nomme pas à la juste au juste endroit ce qui leur est arrivé je me suis fait harceler et en se rendant compte non t'es pas fait harceler,
- 8:41il faut mettre le bon mot c'est une agression sexuelle caractérisée je me suis fait embêter non tu t'es pas fait embêter ça s'appelle un viol donc il y a toujours vous vous êtes justement à mettre des mots sur des choses non je
- 8:57suis très rigoureux sur la manière
- 9:02De pratiquer,
- 9:03ça dépend.
- 9:03Lorsque c'est un témoignage par écrit,
- 9:07généralement les témoignages par écrit sont très très longs,
- 9:10très constanciés.
- 9:11Il faut bien comprendre aussi que généralement,
- 9:16ils parlent assez peu de la personne qui a commis cet acte.
- 9:20Ce dont ils parlent,
- 9:21c'est d'abord qu'ils veulent être reconnus,
- 9:24c'est-à-dire que je les crois,
- 9:26parce que souvent c'est la première fois qu'ils en parlent,
- 9:28qu'ils n'ont pas rêvé ou qu'ils ne sont pas coupables.
- 9:31souvent ils se sentent coupables en disant « j'aurais pas dû aller,
- 9:34j'aurais pas dû faire ça,
- 9:35peut-être que j'ai pas à se dire non,
- 9:36etc. »
- 9:38Et en même temps,
- 9:39ils ne sont pas du tout dans une notion de vengeance.
- 9:43L'agresseur est très accessoire.
- 9:45Ce qui est important,
- 9:46c'est de se raconter à quelqu'un du cinéma.
- 9:49C'est pour ça que la parole,
- 9:51elle vient de manière aussi facilement vers moi,
- 9:54et pas vers une association,
- 9:56etc.
- 9:56Parce qu'ils veulent quelqu'un qui travaille dans le cinéma.
- 9:59Il comprend le milieu en fait.
- 10:01Même au-delà de ça,
- 10:02c'est-à-dire que généralement,
- 10:05enfin c'est pas généralement,
- 10:06c'est 100%
- 10:07des cas,
- 10:07ils me nomment leur agresseur.
- 10:10Je ne demande rien,
- 10:12rien.
- 10:13Je n'ai rien à demander.
- 10:14Je me nomme leur agresseur.
- 10:16Pourquoi ?
- 10:16Parce qu'ils savent qu'il y a 90%
- 10:19de chances que j'identifie tout de suite qui est la personne.
- 10:22Pour eux,
- 10:22c'est une reconnaissance énorme que s'ils vont parler dans notre endroit,
- 10:25on va dire ok,
- 10:26mais ça devient un agresseur parmi d'autres.
- 10:30Donc finalement,
- 10:31ça noie aussi.
- 10:33C'est pour ça que c'est important pour eux de me parler.
- 10:36Et ça,
- 10:37c'est moi,
- 10:38c'est pas mon analyse.
- 10:39C'est eux finalement,
- 10:40si j'écoute et j'entends bien,
- 10:41c'est toujours ça qui est important.
- 10:43De dire,
- 10:44je sais que Stéphane va connaître la personne,
- 10:45il ne va pas me dire mais c'est qui ?
- 10:48Et surtout,
- 10:50comme je l'expliquais,
- 10:52c'est un système de prédation,
- 10:53donc c'est une multiplication d'agressions.
- 10:56Ce témoignage,
- 10:57je l'ai déjà peut-être entendu 5,
- 10:596,
- 10:597,
- 11:0010 fois avant.
- 11:01Donc je peux dire,
- 11:02tu n'es pas tout seul ou tu n'es pas toute seule.
- 11:04Et c'est souvent les mêmes personnes qui reviennent ?
- 11:07Tu parles des agresseurs ?
- 11:09Oui,
- 11:09bien sûr.
- 11:11Oui,
- 11:12évidemment.
- 11:12Et quand toi,
- 11:14d'un seul coup,
- 11:14tu as quelqu'un qui est revenu,
- 11:15le nom revient plusieurs fois,
- 11:16parce que c'est un lourd secret apporté d'avoir ça.
- 11:19Oui,
- 11:23je propose souvent,
- 11:28à la fin de témoignages souvent,
- 11:29c'est un peu comme les témoignages,
- 11:31c'est comme les témoignages des femmes.
- 11:34c'est toujours pour préserver les autres.
- 11:36Je parle pour que ça n'arrive pas à d'autres.
- 11:38Je parle pour que ça n'arrive plus à d'autres.
- 11:41Il y a toujours ça à la fin.
- 11:42Toujours,
- 11:43toujours.
- 11:44Et aussi,
- 11:45dans ces cas-là,
- 11:47moi,
- 11:47quand j'ai reçu d'autres témoignages,
- 11:48je dis,
- 11:48tu n'es pas seul.
- 11:51Tu n'es pas seul.
- 11:53J'ai reçu plusieurs témoignages.
- 11:55Et je propose,
- 11:56ou alors eux me disent,
- 11:57ah,
- 11:58est-ce que tu crois que je peux le changer ?
- 11:59J'ai dit,
- 12:00je vais poser la question.
- 12:02Je ne révèle jamais aucun nom.
- 12:04Donc,
- 12:05je reviens vers quelqu'un d'autre où je sais qu'il m'a dit,
- 12:07si il y a quelqu'un qui veut parler,
- 12:08je veux bien parler.
- 12:10Donc,
- 12:10voilà.
- 12:11Et ensuite,
- 12:12je reviens vers les personnes,
- 12:14mais aussi,
- 12:15je ne me mêle pas de les mettre en contact directement.
- 12:21Il faut aussi redonner de la dignité.
- 12:23La dignité,
- 12:23c'est aussi la responsabilité.
- 12:27responsabiliser la personne qui a été agressée pour retrouver sa dignité.
- 12:31Il n'y a rien de pire que l'accompagnement compatissant.
- 12:35C'est épouvantable pour tuer quelqu'un.
- 12:38Non,
- 12:38il faut être distancié.
- 12:41Et je leur dis voilà,
- 12:42voilà son Instagram,
- 12:43voilà ton Instagram.
- 12:44Déjà,
- 12:44commencez par échanger parce que peut-être que vous n'avez pas envie d'aller plus loin finalement dans l'échange,
- 12:51ça n'a pas arrivé.
- 12:52Parce qu'on n'est pas tant que tu as un élan.
- 12:54Ah ouais,
- 12:54tant que...
- 12:55On ne se sent pas à l'aise avec la personne.
- 12:56Ce n'est pas parce qu'on a été agressé par la même personne que le point commun,
- 13:00c'est l'agresseur.
- 13:01Mais après,
- 13:01peut-être,
- 13:02on ne se sent pas à l'aise.
- 13:03Donc,
- 13:03je lui dis,
- 13:04je leur dis,
- 13:05vous échangez.
- 13:06Puis après,
- 13:06à vous de décider si vous donnez votre 06.
- 13:08Mais ce n'est pas moi qui vais le donner,
- 13:09en tout cas.
- 13:11Ça devient concret,
- 13:11surtout.
- 13:12Voilà.
- 13:12Ça devient très concret.
- 13:14C'est juste dans notre tête.
- 13:15Voilà.
- 13:15Et en fait,
- 13:16à chaque fois,
- 13:18je sais qu'il s'appelle.
- 13:22Je sais que c'est important.
- 13:23Il s'appelle.
- 13:25Est-ce qu'il y a eu des dénouements où tu as appris qu'en fait,
- 13:29ils se sont mis en relation à plusieurs et que du coup,
- 13:31ils sont allés ensemble porter plainte à plusieurs sur une même personne ?
- 13:35Oui,
- 13:36bien sûr.
- 13:37C'est pour ça que je suis aussi en relation avec un cabinet d'avocates pénalistes,
- 13:43spécialistes dans les violences sexuelles.
- 13:48On a invité justement une avocate spécialiste dans les violences sexuelles,
- 13:51donc si les gens n'ont pas écouté l'émission...
- 13:53C'était il y a deux semaines.
- 13:54Oui.
- 13:55L'oreille galopée.
- 13:55Voilà.
- 13:56Parce qu'après,
- 13:57il y a le moment de la plainte,
- 14:00quand on est en possibilité de porter plainte.
- 14:03Porter plainte,
- 14:03je crois qu'on ne mesure pas encore ce que ça veut dire.
- 14:06Les gens ne se rendent pas compte de pousser la porte d'un commissariat et d'aller plaindre.
- 14:11Votre vie va changer.
- 14:13Votre vie ne sera plus la même.
- 14:15Ce qui est assez incroyable,
- 14:16c'est quand même un lieu d'endroit de justice et de protection.
- 14:20Allez porter plainte finalement si on a une bagnole et puis qu'un type vous a embouteillé dans le truc,
- 14:25vous allez vite porter plainte et réclamer votre dû et votre droit et votre justice.
- 14:30Mais quand il s'agit de votre corps,
- 14:31c'est très très compliqué.
- 14:33C'est très très compliqué.
- 14:34Donc il ne faut pas croire comme ça aussi tout ce qu'on entend,
- 14:39pourquoi elle n'a pas porté plainte ou elle porte trop plainte,
- 14:42etc.
- 14:43Non,
- 14:43non,
- 14:45j'ai envie d'amener des gens par la main et leur dire voilà.
- 14:48Voilà ce que c'est d'aller porter plein teint.
- 14:49Ta vie va changer.
- 14:51D'autant plus qu'on est dans un métier,
- 14:53là je parle des actrices et des acteurs,
- 14:55parce que c'est mon domaine.
- 14:56Mais évidemment,
- 14:58il y a un prix à payer quand on parle.
- 15:00Surtout quand on s'attaque à des gens,
- 15:02des hommes,
- 15:03on va préciser,
- 15:04des hommes de pouvoir.
- 15:06Oui,
- 15:06c'est très médiatisé encore.
- 15:09Voilà,
- 15:09donc je comprends très bien la peur,
- 15:12je comprends très bien.
- 15:13Et je ne pousse jamais.
- 15:15Quelqu'un qui s'est fait agresser a porté plainte.
- 15:16Si ma première réponse est de lui dire « portez plainte » ,
- 15:19je trouve ça épouvantable.
- 15:21D'abord,
- 15:21on écoute.
- 15:22D'abord,
- 15:23on écoute.
- 15:24J'écoute.
- 15:25C'est la chose la plus importante.
- 15:27Et souvent,
- 15:28là,
- 15:28ça se passe dernièrement,
- 15:30je reçois moins de témoignages par mail et plus un désir.
- 15:37Les femmes,
- 15:37ça,
- 15:37par contre,
- 15:38c'est un tout petit peu différent.
- 15:39C'est qu'elles ont besoin de me parler,
- 15:41en fait.
- 15:43Plus que d'écrire,
- 15:44elles ont besoin de me parler.
- 15:45Dans ce cas-là,
- 15:46je donne toujours mon 06.
- 15:49Récemment,
- 15:49il y a eu une femme qui s'est fait agresser sexuellement,
- 15:56une agression sexuelle caractérisée avec violence.
- 16:00Le jour même,
- 16:01elle m'a mis un mot.
- 16:02Et c'est très intéressant dans le petit mot,
- 16:04mais je ne vais pas trop dévoiler parce que je n'aimerais pas qu'elle...
- 16:07Enfin,
- 16:08elle ne m'en voudrait pas,
- 16:09on est très proches,
- 16:09mais...
- 16:12Elle m'a mis que j'ai été harcelée.
- 16:14Non,
- 16:14en fait,
- 16:15voilà.
- 16:18de pouvoir raconter à quelqu'un,
- 16:21la corte la confère,
- 16:22elle sait que je ne répéterai pas,
- 16:24qu'il n'y a absolument aucun nom d'agresseur qui sortira de ma bouche,
- 16:27parce que je ne suis pas dans la délation et la diffamation,
- 16:30et ce n'est pas à moi que c'est arrivé.
- 16:32Je ne suis pas victime de ces hommes.
- 16:34Et ça ne serait pas protéger aussi les victimes.
- 16:37Il faut être extrêmement...
- 16:38Là-dessus,
- 16:39je suis extrêmement...
- 16:41Comment dire ?
- 16:43Prudent ?
- 16:44Oui,
- 16:44c'est-à-dire plus que prudent,
- 16:45j'ai une ligne droite et je ne m'en sors absolument jamais.
- 16:50Donc la presse a pu essayer d'obtenir des noms.
- 16:53Ils ont vite compris qu'avec moi ça ne marcherait pas comme ça.
- 16:56Parce que ça mettrait en danger.
- 16:58Et aussi,
- 16:59je ne peux pas être dans la délation,
- 17:00je me ferai attaquer en diffamation.
- 17:02Enfin,
- 17:02ça n'a aucun sens.
- 17:04Ce n'est pas du tout le but.
- 17:05Ce n'est pas non plus le but.
- 17:07Mais en tout cas,
- 17:09ça se fait par étapes.
- 17:11de porter plainte.
- 17:12C'est un cheminement,
- 17:14quelquefois,
- 17:14qui peut être très rapide,
- 17:15très spontané.
- 17:16Quelquefois,
- 17:16ça peut être très long.
- 17:17Quelquefois,
- 17:17on peut décider d'y aller,
- 17:18finalement,
- 17:19on recule.
- 17:20Je veux dire,
- 17:21à chaque fois,
- 17:22je dis toujours aux hommes et aux femmes qui viennent témoigner que tu ne portes pas plainte ou que tu portes plainte,
- 17:28la considération que j'ai pour toi ne changera pas.
- 17:32Je te suis dans ta décision,
- 17:34en fait.
- 17:37C'est l'idée.
- 17:38Je n'ai pas à juger.
- 17:39Et je n'ai pas non plus
- 17:41à pousser et à convaincre.
- 17:43Parce que ça,
- 17:44je trouve ça épouvantable parce que tu culpabilises la personne agressée.
- 17:48Ils se sentent immédiatement coupables.
- 17:50Non,
- 17:50il y a un temps pour écouter.
- 17:52Souvent,
- 17:52je dis,
- 17:53là aujourd'hui,
- 17:54ce soir,
- 17:55tu m'as raconté ça,
- 17:57il y a la nuit,
- 17:58et puis demain,
- 17:58c'est un autre temps.
- 17:59Et dans cet autre temps,
- 18:00peut-être qu'on pourra parler d'autres choses.
- 18:03Voilà.
- 18:04Et peut-être que je pourrais amener doucement en disant,
- 18:06est-ce que tu as pensé à l'éventualité de porter plainte ?
- 18:10Mais il faut être extrêmement délicat parce que le mot porter plainte,
- 18:14ça peut créer une panique énorme.
- 18:16Donc voilà,
- 18:18il faut expliquer aussi,
- 18:19parce qu'on ne connaît pas très bien le droit,
- 18:22aussi les manières de porter plainte parce que ce que l'on voit dans la presse,
- 18:25c'est des buzz,
- 18:26c'est très médiatisé,
- 18:27etc.
- 18:29On voit aussi beaucoup d'avocats et d'avocates profiter,
- 18:32je dois dire,
- 18:33des victimes pour se faire une nouvelle clientèle et passer à la télévision,
- 18:37etc.
- 18:38Moi,
- 18:38ce n'est pas mon créneau.
- 18:40Le cabinet des avocates et les femmes avocates,
- 18:42les femmes de droit avec lesquelles je suis en lien,
- 18:46on a la même direction.
- 18:47C'est protéger les victimes.
- 18:50Donc voilà,
- 18:50on ne parle pas si on n'a pas porté plainte.
- 18:54Et il y a différentes manières de porter plainte.
- 18:57On peut aussi porter plainte sans que la personne sur qui on porte plainte soit au courant.
- 19:02Ça laisse le temps de l'enquête.
- 19:04Le problème de nommer tout de suite,
- 19:06c'est que l'agresseur...
- 19:08Le sait.
- 19:09Ben oui.
- 19:09Donc il va fermer tous les verrous.
- 19:12Donc il faut laisser le temps de l'enquête faire.
- 19:15On peut porter plainte contre X en fait,
- 19:17c'est ça ?
- 19:17Oui,
- 19:18mais c'est ce moment d'enquête accompagné par un avocat et une avocate.
- 19:23Parce que seul c'est très difficile de porter plainte si on n'a pas d'avocate.
- 19:25Parce que ça tombe un peu comme ça votre plainte.
- 19:28Il y a tellement de plaintes tous les jours,
- 19:29ils sont débordés.
- 19:30Mais au-delà même des violences sexuelles,
- 19:32des plaintes pour tout.
- 19:33Et puis on ne sait pas par qui on est reçu aussi.
- 19:35Parce que je pense qu'on entend souvent des gens qui ont essayé d'aller porter plainte.
- 19:38Et la plainte a été reçue,
- 19:40enfin des fois il y a des indélicatesses de la face du client,
- 19:44quand tu es bien accompagné au moins tu as un avocat.
- 19:46Alors déjà il faut savoir,
- 19:49oui déjà où porter plainte,
- 19:50souvent on ne sait pas,
- 19:51souvent on se dit mais est-ce que c'est à l'endroit où j'ai été agressé,
- 19:54alors qu'on ne peut porter plainte dans n'importe quel commissariat.
- 19:56Même si ce n'est pas la même ville.
- 19:57Oui,
- 19:59absolument,
- 19:59ils ne connaissent pas aussi les délais de prescription pour la plainte,
- 20:04la main courante,
- 20:04etc.
- 20:05Donc j'explique,
- 20:06dans un premier temps,
- 20:07toujours.
- 20:08Mais après,
- 20:09je lui dis ma parole ne peut être validée que par une femme de droit.
- 20:12Donc maintenant,
- 20:13est-ce que tu es d'accord ?
- 20:14Si tu veux,
- 20:15voilà le numéro de cette avocate.
- 20:17Ce n'est pas pour ça qu'elle va devenir ton avocate,
- 20:19mais elle va pouvoir répondre à tes questions.
- 20:21Et elle est totalement légitime parce qu'elle connaît le droit.
- 20:25Donc elle va te reconfirmer ce que je t'ai dit.
- 20:27Mais je trouve que sa parole a plus de valeur que la mienne parce qu'elle,
- 20:31c'est une femme de droit pénaliste.
- 20:33Donc ça permet aussi d'expliquer,
- 20:34de comprendre.
- 20:35Et aussi,
- 20:37je m'intéresse beaucoup,
- 20:38elle connaît aussi les endroits,
- 20:40les commissariats où on est.
- 20:41extrêmement bien reçues,
- 20:42il y en a.
- 20:43Oui,
- 20:43c'est ça qui est important.
- 20:44Et moi,
- 20:44ça me permet aussi de lister la liste des commissariats où si un homme ou une femme agressée me dirait Stéphane,
- 20:51je voudrais porter plainte,
- 20:52mais je ne sais pas où,
- 20:53je pourrais lui dire à tel commissariat,
- 20:55tu seras extrêmement bien reçu et écouté.
- 20:58Donc j'ai une liste.
- 20:59Ça grandit,
- 21:01mais ça,
- 21:01c'est le retour des personnes qui portent plainte.
- 21:03Donc c'est un échange permanent.
- 21:05Parce que je lui dis comment ça s'est passé.
- 21:07Est-ce que tu as été bien reçu,
- 21:08mal reçu ?
- 21:09pourquoi ça s'est bien passé,
- 21:10pourquoi ça s'est bien passé,
- 21:12qu'est-ce qui fait que ça s'est bien passé,
- 21:14etc.
- 21:14Du coup,
- 21:15j'élimine ceux où il y a encore du travail à faire,
- 21:20mais il y a aussi des endroits de la police où vraiment c'est absolument bienveillant,
- 21:30respectueux.
- 21:34formés sans doute,
- 21:35mais il y a aussi de l'intelligence humaine,
- 21:36parce que toutes les formations du monde,
- 21:38s'il n'y a pas d'intelligence humaine,
- 21:43on a beau avoir fait une formation,
- 21:45les questions sont toujours aussi violentes,
- 21:47donc c'est un mélange de formation et d'intelligence humaine,
- 21:49de recevoir ces femmes et ces hommes et de les écouter,
- 21:53de ne pas remettre en question,
- 21:55rester factuel aussi,
- 21:56impartial,
- 21:57mais au moins déjà c'est un point de départ en tout cas.
- 22:03En tout cas,
- 22:04c'est vraiment super important ce que tu fais.
- 22:07Je ne sais pas si tu as conscience,
- 22:08mais tu es certainement en train de changer le courant de l'histoire.
- 22:13Alors ça,
- 22:13c'est un grand mot.
- 22:15Non,
- 22:15mais de l'histoire française,
- 22:17tu vois,
- 22:17la parole des garçons.
- 22:19En fait,
- 22:19tu as acté quelque chose,
- 22:21et sûrement malgré toi,
- 22:22et ça d'ailleurs,
- 22:23on va en parler,
- 22:23mais qui doit te dépasser,
- 22:25mais en même temps qui est tellement important,
- 22:26je pense,
- 22:27dans notre société,
- 22:28dans cet instant T.
- 22:30Ouais ouais
- 22:31Mais ça,
- 22:32c'est très gentil,
- 22:32mais si tu veux,
- 22:33moi je ne me pose pas la question comme ça parce que je n'ai pas le temps et que moi je suis dans le faire en fait.
- 22:40Oui,
- 22:40bien sûr.
- 22:42Écoutez,
- 22:43ce n'est pas être passif,
- 22:44moi je suis dans le faire.
- 22:45Moi j'aime la réflexion,
- 22:48l'analyse,
- 22:49mais elle doit être traduite par des actes pragmatiques,
- 22:51sinon ça ne sert à rien du tout.
- 22:53Donc je suis vraiment dans le faire.
- 22:54Et puis aussi,
- 22:55il faut être,
- 22:56répondre présent au moment.
- 22:58où la personne,
- 22:59elle va,
- 23:00elle a besoin de vous.
- 23:01Ce n'est pas demain.
- 23:02J'ai senti que c'était là tout de suite,
- 23:04qu'elle avait besoin de me parler.
- 23:06Quand elle m'a mis un mot,
- 23:07elle me dit,
- 23:07je me suis fait harceler.
- 23:08Aujourd'hui.
- 23:10Si j'avais dit,
- 23:11on se parle demain,
- 23:12c'est trop tard.
- 23:12Et ça,
- 23:13justement,
- 23:13comment tu gères ton temps ?
- 23:15Parce qu'il faut être présent quand tu sens,
- 23:16mais je pense que tu as ta vie à côté.
- 23:19Il y a des demandes.
- 23:21Toi,
- 23:21Stéphane,
- 23:22comment est-ce que tu gères tes prises de temps ?
- 23:25Eh bien,
- 23:26je me démerde.
- 23:28Voilà.
- 23:29Je fais comme je peux et j'y arrive.
- 23:31On y arrive toujours quand on veut.
- 23:33Et puis il y a des priorités,
- 23:35donc je hiérarchise.
- 23:36Donc là c'est une priorité.
- 23:38Donc voilà,
- 23:39on s'appelle,
- 23:41on se parle.
- 23:42Et l'avocate,
- 23:43c'est pas trois semaines après,
- 23:44l'avocate c'est le numéro tout de suite,
- 23:45je l'appelle,
- 23:46même si c'était un week-end,
- 23:47je l'ai appelé.
- 23:48Ce sont des pénalistes,
- 23:49ils sont extraordinaires.
- 23:50Une femme en particulier,
- 23:52dont je suis très proche,
- 23:53avocate.
- 23:54Elle me dit,
- 23:54le pénaliste,
- 23:55on n'a pas de vie privée.
- 23:56Donc,
- 23:56c'est tout le temps.
- 23:57Si elle a besoin tout de suite,
- 23:58à 23h dimanche,
- 23:59de parler,
- 24:00je suis là.
- 24:01Donc,
- 24:01moi,
- 24:01c'est la réponse,
- 24:02elle doit être immédiate.
- 24:03Voilà le numéro de l'avocat.
- 24:04Appelle-la tout de suite.
- 24:05Elle est à rendez-vous,
- 24:06téléphonique,
- 24:07à 16h.
- 24:08On est dimanche.
- 24:09Voilà.
- 24:10Et après,
- 24:10ce qui se dit entre l'avocate et la victime,
- 24:13ou la femme,
- 24:14ou l'homme qui s'est fait agresser,
- 24:15ça,
- 24:15ça ne me regarde pas.
- 24:16Bien sûr.
- 24:17Ça doit rester strictement confidentiel.
- 24:19Voilà.
- 24:20Si la personne veut m'en parler,
- 24:21elle m'en parle.
- 24:22Je me demande juste,
- 24:23est-ce que ça s'est bien passé ?
- 24:25Voilà,
- 24:25c'est tout.
- 24:26Mais ta vie a complètement basculé le 22 février 2024.
- 24:31Mais ma vie,
- 24:31oui,
- 24:31je ne retrouverai pas ma vie du 22 février.
- 24:33C'est difficile à raconter,
- 24:34même à expliquer.
- 24:38C'est pas uniquement ça.
- 24:40C'est à partir du moment où j'ai...
- 24:46D'abord,
- 24:46j'ai créé cette adresse mail.
- 24:47Ça a créé une panique dans le milieu du cinéma.
- 24:50parce que c'était nouveau pour les hommes,
- 24:51mais il y a aussi quelque chose de nouveau,
- 24:53c'était que c'était un homme qui recevait la parole.
- 24:55Mais pas n'importe quel homme,
- 24:57je ne parle pas de moi personnellement,
- 24:58ça n'a pas grand intérêt,
- 25:00un directeur de casting.
- 25:01Un homme directeur de casting,
- 25:04donc un métier de pouvoir.
- 25:06Donc là,
- 25:06il y a eu une espèce aussi de panique,
- 25:09en disant à l'intérieur même du cœur du système,
- 25:12il y a quelqu'un qui va parler.
- 25:15Et aussi,
- 25:15il y a un homme qui trahit les autres hommes.
- 25:19C'est ça ce qu'on m'a fait payer.
- 25:20Il y a aussi,
- 25:22tu nous trahis,
- 25:23puisque tu vas nous balancer.
- 25:27C'est dingue.
- 25:27Et puis en plus,
- 25:28c'est vrai qu'on a...
- 25:28Ce qui est incroyable,
- 25:29j'ai ressenti même une trahison des hommes,
- 25:33enfin qui est ressentie comme une trahison même d'hommes qui ne sont pas du tout des agresseurs.
- 25:39Il y a quelque chose qui a...
- 25:44toucher le noyau dur des hommes.
- 25:47Je devenais l'homme qui allait balancer les hommes.
- 25:52Et puis après,
- 25:54à partir du moment où j'ai commencé à être invité à parler dans la presse,
- 25:58chez Brisa Lomerta,
- 26:00là on paye un prix.
- 26:03Je ne suis plus directeur de casting depuis le 22 février.
- 26:06Mais parce que les gens ne veulent plus,
- 26:08ne t'appellent plus.
- 26:09Parce qu'il n'y a pas des femmes qui se sont dit « Ah,
- 26:12justement,
- 26:13moi je veux travailler avec lui parce qu'il a une cause qui nous en cause. »
- 26:15Non,
- 26:15ça serait merveilleux,
- 26:16mais ça ne se passe pas comme ça.
- 26:17La réalité est beaucoup plus simple.
- 26:20C'est un silence absolu.
- 26:22Voilà,
- 26:23on parle,
- 26:24on vous éjecte.
- 26:26Vous n'existez pas.
- 26:27La seule réponse que le cinéma vous donne,
- 26:29c'est le silence.
- 26:30Le silence,
- 26:31c'est la réponse la plus écrasante qu'on puisse donner à un être humain.
- 26:37Comment on se bat pour l'heure avec le silence ?
- 26:38Comment on contre le silence ?
- 26:40Comment on existe face au silence ?
- 26:43Ça vous nie votre existence,
- 26:45vous n'existez plus.
- 26:47Et ensuite,
- 26:48il y a eu évidemment cette audition à l'Assemblée nationale pour la commission que Julie Cotterèche a demandé sur les violences sexuelles commises dans le cinéma.
- 26:57Entre autres,
- 26:58mais en tout cas dans le cinéma,
- 26:59où j'ai été auditionné,
- 27:01et je savais très bien,
- 27:02si à 52 ans,
- 27:04je ne sais pas,
- 27:05le prix à payer,
- 27:07j'aurais été un peu niais.
- 27:09Donc je savais très bien que ça mettrait un point final définitif.
- 27:13Définitif.
- 27:14Mais c'est un choix ça par contre,
- 27:16donc je l'assume.
- 27:19Parce que le fait d'être passé en commission,
- 27:21vraiment,
- 27:21là,
- 27:21ça a acté quelque chose pour tout le monde,
- 27:23tu crois,
- 27:23du cinéma,
- 27:24qui s'est dit...
- 27:25Oui,
- 27:25ça a commencé bien avant.
- 27:27Mais disons que là,
- 27:28c'était le point final.
- 27:29C'était le point final,
- 27:30votre téléphone,
- 27:31mais c'est concret.
- 27:32Vous savez,
- 27:32quand même,
- 27:33je travaille dans le cinéma depuis que j'ai 18 ans,
- 27:34j'ai fait d'autres choses,
- 27:35j'étais assistant de Michel Serrault,
- 27:36quand j'ai commencé,
- 27:38etc.,
- 27:38etc.
- 27:39Assistant aussi de Margot Capelier,
- 27:40de François Scombalière,
- 27:41des femmes très importantes.
- 27:43Voilà,
- 27:44il n'y a personne qui ne vous appelle.
- 27:47personne ne vous appelle.
- 27:49Hommes et femmes,
- 27:51c'est le même comportement.
- 27:53C'est-à-dire que vraiment,
- 27:54tout le monde participe.
- 27:56Tout le monde participe.
- 27:59C'est de l'auditrice.
- 28:01Oui,
- 28:01on devient l'élément qui pourrait contaminer tout un corps.
- 28:07Donc,
- 28:08il faut absolument l'éjecter.
- 28:10Et tu as eu des messages de félicitations ou de merci de certaines personnes du milieu ?
- 28:14Je vais les prendre sur les doigts d'une main.
- 28:17En 30 ans,
- 28:18sur les doigts d'une main.
- 28:20Et les acteurs,
- 28:20par contre ?
- 28:21Les acteurs ?
- 28:22Les hommes acteurs ?
- 28:23Ou les actrices,
- 28:24les deux ?
- 28:26Non,
- 28:26je ne peux pas dire que les hommes ou les acteurs même.
- 28:29Non,
- 28:29non.
- 28:30Les acteurs à qui ce n'est pas arrivé,
- 28:33c'est tellement épouvantable,
- 28:34ce n'est pas possible que ça m'arrive à moi,
- 28:36ça ne me concerne pas.
- 28:38Donc non,
- 28:38non,
- 28:38non,
- 28:39non.
- 28:39Il n'y avait aucune solidarité.
- 28:42Les seuls soutiens que j'ai eus sont venus de femmes.
- 28:47Les femmes.
- 28:50Mais pas des femmes du métier.
- 28:53Des femmes qui ont été violées,
- 28:56agressées sexuellement,
- 28:57de la vie civile.
- 28:58Des femmes qui ne font pas partie du cinéma.
- 29:00C'est elles qui m'ont porté et soutenu depuis le 22 février.
- 29:05Qui m'ont mis des mots.
- 29:08Ce sont elles,
- 29:09mais pas les gens du cinéma.
- 29:12Non,
- 29:14Il n'y a aucun réalisateur avec qui j'ai travaillé que je vois régulièrement.
- 29:20Un seul,
- 29:21en 30 ans de métier.
- 29:24Les sauts ont disparu,
- 29:25totalement.
- 29:28Mais vous recevez de la violence aussi.
- 29:30Quelquefois vous recevez un élève sous prétexte de bienveillance.
- 29:32Je vais donner un exemple très concret.
- 29:35Mais,
- 29:35alors,
- 29:36pardon,
- 29:36je vais peut-être aller à un sujet,
- 29:38puisque...
- 29:40J'ai révélé moi-même avoir vécu des choses enfant,
- 29:42quand j'étais un petit garçon de 9 ans,
- 29:44etc.
- 29:46Et tout à coup,
- 29:46finalement là,
- 29:47je me retrouve à subir une double peine.
- 29:49C'est-à-dire,
- 29:50je suis celui qui a balancé dans le cinéma,
- 29:52dont je suis devenu infréquentable,
- 29:54dangereux,
- 29:55celui qui a dédossié sur tout le monde,
- 29:58et en même temps je révèle...
- 30:00que l'enfant que j'ai été,
- 30:01le petit garçon de 9 ans,
- 30:03a été violé par un membre de ma famille.
- 30:05Je ne rentrerai pas dans les détails de qui,
- 30:07je n'ai pas envie d'en parler,
- 30:07mais par un membre de ma famille.
- 30:09Et là,
- 30:09je remarque une chose,
- 30:10j'ai la double peine.
- 30:12Parce que je fais fuir.
- 30:15Parce que beaucoup de gens,
- 30:15pour eux,
- 30:16c'est,
- 30:17pour la majorité de la population,
- 30:19c'est très,
- 30:21ça reste inaudible,
- 30:22l'inceste.
- 30:23Ça reste inaudible,
- 30:24quelqu'un qui a vécu ça,
- 30:25enfant,
- 30:25etc.
- 30:26Donc ça fait tellement peur.
- 30:28Ils ne savent pas comment se comporter avec moi,
- 30:30donc ils fuient.
- 30:31Ils fuient,
- 30:32parce que tout d'un coup,
- 30:34pour eux,
- 30:34c'est une horreur absolue.
- 30:36Mais c'est là où la victime,
- 30:37elle devient malheureuse.
- 30:40Elle en paie le prix toute sa vie,
- 30:42c'est que je deviens porteur de l'horreur.
- 30:45Donc on me fuit.
- 30:47Voilà.
- 30:48Donc j'ai eu,
- 30:48par exemple,
- 30:49je vais vous donner un exemple,
- 30:51très concret,
- 30:52une productrice.
- 30:54avec qui j'ai travaillé peut-être pendant 12 ans,
- 30:56j'ai fait presque tout son catalogue de films,
- 31:01sa réponse bienveillante a été de m'envoyer le numéro d'une psychiatre.
- 31:05Il faut bien comprendre la violence de ce que ça raconte,
- 31:08en disant « elle pourra t'aider,
- 31:09elle pourra te soigner,
- 31:10te faire du bien » ,
- 31:11de quoi je me mêle.
- 31:12Il faut se rendre compte de la violence que ça fait.
- 31:16Je reçois,
- 31:17voilà.
- 31:18Mais c'est un exemple parmi d'autres.
- 31:20Je ne veux pas venir chouiner chez vous,
- 31:22etc.
- 31:23Ce n'est pas l'idée.
- 31:24Non,
- 31:24mais c'est important.
- 31:25Mais il y a tellement de violences reçues où,
- 31:30évidemment,
- 31:32mon audition a été reprise par Brut.
- 31:34Je ne me suis pas bien rendu compte de l'audience que Brut...
- 31:37Moi,
- 31:37je regarde moi-même
- 31:39Brut.
- 31:40Mais ce sont mes amis qui m'ont dit,
- 31:42Stéphane,
- 31:43attention,
- 31:43enfin,
- 31:44me préparer en me disant,
- 31:45c'est beaucoup de vues brutes,
- 31:47moi je ne me rends pas rien compte.
- 31:49Et puis un ami m'envoie
- 31:512 700 000 vues sur mon audition.
- 31:55Et là,
- 31:55dans la rue,
- 31:56pendant
- 31:5810-15 jours,
- 31:59j'ai des gens qui sont venus vers moi,
- 32:01me parler,
- 32:02spontanément,
- 32:03dans le métro,
- 32:05dans ma boulangerie,
- 32:06etc.
- 32:07Mais c'était des gens très gentils.
- 32:09de la vie civile qui avaient été très touchés,
- 32:11où ils étaient concernés eux-mêmes.
- 32:13Ils me disaient,
- 32:13mais moi aussi,
- 32:15des hommes et des femmes de tous les âges,
- 32:16là,
- 32:16il y avait des hommes.
- 32:17Mais il faut aussi le recevoir,
- 32:19ça,
- 32:19parce que moi,
- 32:20pour ma propre histoire,
- 32:21j'ai vu des gens aussi très émus en venant me parler,
- 32:24en disant,
- 32:25ça m'a permis ceci-dit,
- 32:27ça m'a réjoui de dire,
- 32:29ben en fait,
- 32:29j'ai été regardé.
- 32:30la commission et j'ai écouté pendant 1h11 et c'est la première fois que j'écoute une audition du commission d'enquête,
- 32:35je me dis ça ça me réjouit ça c'est bien d'aller découvrir des choses qu'on connait pas mais je me souviens d'un homme
- 32:46Ça devient une anecdote,
- 32:48il faut en rire,
- 32:48mais sur le moment,
- 32:49je vous assure,
- 32:49je n'en ai pas beaucoup ri,
- 32:50mais je suis vraiment dans un état difficile.
- 32:53On est dimanche matin et je vais à mon supermarché acheter deux,
- 32:59trois courses.
- 32:59On n'est pas lavé,
- 33:00on prend le premier sweatshirt,
- 33:01etc.
- 33:02On n'est pas bien.
- 33:03Je suis à la caisse et il y a un homme qui me tape sur l'épaule et qui me dit « Vous êtes Stéphane Gaillard ? »
- 33:08Je lui dis oui et ça commence très gentiment.
- 33:11et me dire
- 33:13Voilà,
- 33:13je suis très touché,
- 33:14je voulais vous dire que c'était très courageux,
- 33:16je le remercie très poliment.
- 33:18Il me regarde droit dans les yeux et il me dit
- 33:21« mais ça va ? »
- 33:23Et j'ai dit « oui,
- 33:24merci » .
- 33:25Il me fait « non mais,
- 33:26ça va ? »
- 33:28Deuxième fois,
- 33:29je lui dis « oui,
- 33:29merci » .
- 33:31« Non mais,
- 33:31ça va ? »
- 33:32C'est-à-dire que là,
- 33:33tout d'un coup,
- 33:34ça ne correspondait pas à l'idée,
- 33:35à l'attente qu'il avait de moi.
- 33:36Il aurait fallu que je lui dise « non,
- 33:37ça va pas,
- 33:38je vais me prendre en train chez moi » .
- 33:40Mais c'est une violence inouïe.
- 33:42C'est-à-dire que la troisième fois,
- 33:43je lui ai dit « Monsieur,
- 33:44vous m'avez posé la question trois fois.
- 33:46Trois fois,
- 33:46je vous ai dit oui et même que ça serait non,
- 33:49qu'on ne se connaît pas et vous n'avez pas à rentrer dans mon intimité.
- 33:52Je suis désolé de ne pas correspondre à la réponse que vous voulez attendre de moi encore une fois. »
- 33:58Et voilà,
- 34:00ça peut paraître anecdotique ou tout petit,
- 34:02mais quand c'est multiplié par
- 34:04100 dans une journée,
- 34:06il faut être sacrément fort.
- 34:07C'est rajouter de la violence sur la violence.
- 34:09Oui,
- 34:10et surtout,
- 34:10on fait aussi comme si la violence n'était pas violente.
- 34:14La violence,
- 34:15elle est violente.
- 34:17Elle me violente.
- 34:18Mon corps est violenté tout le temps.
- 34:21Violenté,
- 34:21violenté,
- 34:22violenté,
- 34:22violenté.
- 34:24Du coup,
- 34:24de toute cette violence dans cette année,
- 34:28il y a quelque chose qui en est sorti quand même ?
- 34:30Quelque chose de positif qui est en train de se créer avec le film que vous êtes en train de faire ?
- 34:35Alors,
- 34:35oui,
- 34:35il y a...
- 34:39En fait,
- 34:39j'ai reçu tellement de violence,
- 34:41double peine,
- 34:42je dis bien.
- 34:43J'ai brisé l'omerta et en même temps,
- 34:45j'ai révélé le pire,
- 34:46j'ai été à neuf ans violée.
- 34:48C'est une double peine.
- 34:51J'ai reçu tellement de violence et que j'ai été tellement à genoux,
- 34:56à quatre pattes sur mon parquet.
- 34:58En me disant,
- 34:59je ne me relèverai jamais.
- 35:02Et je ne me suis toujours relevé.
- 35:05Et à chaque fois que je tombe,
- 35:06je dis,
- 35:07je ne me relèverai jamais cette fois.
- 35:10Et je me relève toujours.
- 35:12Et cette force que j'ai en moi,
- 35:14et que j'ai depuis longtemps en moi,
- 35:16parce que je survis avec l'histoire du petit garçon qui s'est passé à 9 ans,
- 35:22survit.
- 35:23Je l'ai longtemps refusé.
- 35:25Je ne comprenais pas d'où elle venait.
- 35:27Je me dis que ce n'est pas possible.
- 35:29Le travail que j'ai fait sur moi me prouvait que j'avais une force en moi.
- 35:34Mais c'est dans cette période-là,
- 35:37finalement,
- 35:38depuis le 22 février,
- 35:40que j'ai commencé à être en acceptation de cette force.
- 35:44Parce que pour moi,
- 35:44elle m'était très étrangère.
- 35:46Très étrangère.
- 35:48Mais j'ai découvert,
- 35:50parce que j'ai cherché pendant longtemps où est-ce qu'elle pouvait se situer,
- 35:54avec toute mon histoire aussi personnelle,
- 35:55etc.
- 35:57Et finalement,
- 35:57elle se trouve dans le même puits aussi profond que l'horreur que l'enfant a vécu et que toutes les violences que j'ai reçues.
- 36:05Et finalement,
- 36:06cette force,
- 36:07c'est de la violence transformée.
- 36:10Aujourd'hui,
- 36:11je le sais.
- 36:12Alors,
- 36:12plus je tombe,
- 36:14plus je suis fort.
- 36:16Mais plus je suis fort,
- 36:17plus je deviens fragile.
- 36:19C'est la complexité de...
- 36:21Ça,
- 36:22ça vient de très très loin.
- 36:25Lorsqu'on touche le corps d'un enfant...
- 36:27On le met dans une posture impossible toute sa vie.
- 36:31Alors je suis dans l'ambivalence tout le temps.
- 36:33Je suis aussi fort que je suis la personne la plus fragile du monde.
- 36:38Je suis les deux et je passe de l'un à l'autre.
- 36:41C'est épuisant,
- 36:42je passe de l'un à l'autre.
- 36:44Mais je suis toujours debout.
- 36:46C'est pas mal.
- 36:49Mais surtout tu es en train de le transformer en faisant...
- 36:52Le film,
- 36:53il y a des choses en création.
- 36:55Alors,
- 36:56en fait,
- 36:56s'il s'est passé quelque chose,
- 36:57c'est que oui,
- 37:00c'est-à-dire que là,
- 37:01pour moi,
- 37:01c'était trop,
- 37:02en ce qui concerne ma personne,
- 37:04en tout cas ce que j'ai révélé sur le petit garçon de 9 ans,
- 37:10tout ça était trop brut pour moi,
- 37:12trop direct,
- 37:13trop impactant.
- 37:14J'avais besoin de le transformer.
- 37:16Et cette transformation,
- 37:17elle est d'abord passée par l'écriture.
- 37:21Je suis en train,
- 37:22je vais reprendre l'écriture de ma première pièce de théâtre qui s'appelle « Me Too Garçon » ,
- 37:27qui est une pièce à un personnage ennemi,
- 37:29c'est l'enfant devenu adulte et l'enfant,
- 37:31mais c'est la même personne,
- 37:32qu'un personnage.
- 37:34Et en fait,
- 37:35Grégory Cyr,
- 37:36le réalisateur du film,
- 37:37à perpétuité,
- 37:38dont on a fait 90%
- 37:41du tournage,
- 37:41il nous reste quelques séquences à tourner quand on aura en décembre,
- 37:46m'a appelé,
- 37:47il avait écrit quelque chose,
- 37:48et il me dit,
- 37:49voilà,
- 37:49j'aimerais...
- 37:50vous proposez le rôle principal.
- 37:53Et en fait,
- 37:54il m'a dévoyé de mon écriture,
- 37:56que je vais devoir reprendre,
- 37:58parce que c'est très important.
- 38:00Et quand on s'est rencontré,
- 38:02que j'ai lu,
- 38:03tout d'un coup,
- 38:04l'endroit où il me mettait,
- 38:05sans déflorer l'histoire,
- 38:07dévoiler l'histoire,
- 38:09mais l'endroit où il me mettait,
- 38:10tout d'un coup,
- 38:11ça m'intéressait.
- 38:12Non pas que j'ai très envie de faire l'acteur,
- 38:14ça c'est pas tellement la question,
- 38:16mais c'est plutôt ce que j'incarne et représente,
- 38:19c'était un bon endroit.
- 38:20C'est un endroit très juste.
- 38:22Et après,
- 38:25je lui ai dit,
- 38:26ok,
- 38:26à une condition,
- 38:28c'est si on fait tout à deux,
- 38:29la main dans la main.
- 38:30On réécrit tout,
- 38:32on a quatre mois d'écriture ensemble,
- 38:34on travaille la structure de scénario,
- 38:36on travaille la dramaturgie,
- 38:38on travaille le décor,
- 38:39on travaille les couleurs,
- 38:40etc.
- 38:40Je lui ai dit,
- 38:42ok,
- 38:42surtout,
- 38:43mais c'est notre film.
- 38:47Il a accepté.
- 38:49Et on a tourné ce film.
- 38:52On a commencé à tourner ce film.
- 38:53Alors c'est très curieux d'être à la fois devant,
- 38:55je suis de tous les plans,
- 38:56et aussi derrière.
- 38:58Mais je dois dire une chose aussi assez extraordinaire,
- 39:01puisque le tournage,
- 39:03je pourrais poser des adjectifs qualificatifs extrêmement contradictoires.
- 39:07Je pourrais dire que c'était merveilleux et d'une violence inouïe.
- 39:12C'est très complexe en fait.
- 39:14Mais il s'est passé quelque chose quand même d'extraordinaire pour moi.
- 39:18C'est que pour la première fois de ma vie,
- 39:19c'était le premier jour de tournage,
- 39:21je suis arrivé sur le décor.
- 39:24Et tout d'un coup,
- 39:25j'ai senti qu'il y avait quelque chose de très différent en moi.
- 39:28J'ai eu du mal à l'analyser,
- 39:29il m'a fallu quelques minutes.
- 39:31Je me suis rendu compte que je ne souffrais plus.
- 39:34C'était assez extraordinaire.
- 39:35C'est-à-dire,
- 39:36je ne souffrais plus dans mon corps.
- 39:37Pour la première fois de ma vie,
- 39:38je ne souffrais plus.
- 39:40Et ça s'est vérifié tous les jours de tournage.
- 39:43La première fois,
- 39:43j'arrivais sur le plateau.
- 39:45J'arrivais en même temps que les techniciens.
- 39:48Et je me mettais à l'endroit où je devais,
- 39:50voilà,
- 39:50j'incarnais ce personnage,
- 39:52entre guillemets.
- 39:54Et là,
- 39:54je voyais que je ne souffrais pas.
- 39:56Et en fait,
- 39:57ça m'a reposé.
- 39:59C'est ça qui part.
- 40:00À la fois,
- 40:00le film m'a épuisé,
- 40:02parce que le sujet est très lourd,
- 40:04et en même temps,
- 40:05ça m'a totalement reposé.
- 40:07C'est-à-dire que c'est la première fois que je trouve un endroit où je ne souffre pas.
- 40:11C'est assez merveilleux,
- 40:12parce que c'est la souffrance qu'on inflige,
- 40:15enfin,
- 40:17la souffrance que l'enfant va subir toute sa vie,
- 40:22elle n'est pas psychologique,
- 40:23ce n'est pas intellectuel,
- 40:25c'est dans le corps.
- 40:27J'ai mal dans mon corps tout le temps.
- 40:28temps tout le temps tout le temps tout le temps tout le temps tout j'ai peur tout le temps tout le temps tout le temps tout mais là j'ai découvert un endroit où j'étais bien surtout avec les techniciens et les techniciennes j'adore la technique et j'aime la caméra j'adore
- 40:44cette cet objet me fascine donc il n'est pas du tout intrusive très près de moi je n'ai aucune peur je ne connais pas le trac je suis tellement en repos en fait à ce moment là
- 40:57Ça,
- 40:57c'était assez extraordinaire à vivre.
- 41:01Je crois que le réalisateur,
- 41:02il ne le sait pas,
- 41:02ça.
- 41:03Je ne lui ai pas dit,
- 41:04je crois.
- 41:05Il va essayer de l'entendre.
- 41:07Ouais,
- 41:07je crois que je ne lui ai pas dit que je n'ai pas souffert.
- 41:10Mais je pense que c'est...
- 41:12Tout d'un coup,
- 41:12j'ai trouvé un endroit où je ne souffre pas.
- 41:15Alors,
- 41:15je suis seul parce que...
- 41:17Autant de devant et derrière la caméra,
- 41:19autant en tant qu'acteur et à la co-réalisation.
- 41:23Oui,
- 41:23alors...
- 41:24Je dirais plutôt,
- 41:25la réalisation,
- 41:25je l'ai vraiment laissée à Grégory Cyr,
- 41:29même si toutes les décisions sont communes,
- 41:32toutes,
- 41:33mais malgré tout,
- 41:33pour que les choses soient bien claires aussi pour tout le monde.
- 41:36Donc,
- 41:37ça serait plutôt,
- 41:37j'avais une position de directeur artistique,
- 41:41on avait une direction artistique commune.
- 41:44Voilà,
- 41:45donc on validait tout,
- 41:46mais pour que ça soit bien clair,
- 41:48je restais aussi à ma place,
- 41:50ce qui ne m'empêchait pas d'intervenir.
- 41:52ou de...
- 41:53voilà.
- 41:53mais comme j'étais au centre de toute façon du décor la manière dont le décor était fait j'étais assise sur un fauteuil j'étais au centre donc je voyais à 360° tous ces gens extraordinaires qui sont des techniciennes et des techniciens travailler mais
- 42:13c'était assez c'est encore tellement nouveau,
- 42:17enfin récent
- 42:19que j'ai du mal un peu à poser des mots,
- 42:20parce que ça m'a beaucoup remué quand même.
- 42:22C'est pas rien.
- 42:26J'ai émis beaucoup de moi.
- 42:28Il y a beaucoup de choses secrètes dans le film de moi,
- 42:33mais que j'ai voulu émettre.
- 42:37Donc voilà,
- 42:38et puis on n'a pas fini le tournage aussi.
- 42:40Mais en tout cas...
- 42:42Je me suis sentie à ma place pour la première fois à 52 ans,
- 42:47après avoir travaillé 29 ans dans le cinéma,
- 42:48je me rends compte que ma place,
- 42:49elle était là et que je n'avais pas de sentiment d'illégitimité.
- 42:57Voilà,
- 42:57et surtout,
- 42:57vraiment,
- 42:58je ne souffrais plus.
- 42:59Voilà,
- 42:59c'est ça qui était le plus incroyable.
- 43:02Je ne souffrais plus.
- 43:04Merci Stéphane.
- 43:06Et du coup,
- 43:06le titre,
- 43:06donc,
- 43:07c'est A Perpétuité.
- 43:08Ça raconte,
- 43:09est-ce que tu peux nous faire un pitch de l'histoire ?
- 43:12Oui,
- 43:13c'est A Perpétuité.
- 43:14Le titre,
- 43:14c'est A Perpétuité avec un point d'interrogation.
- 43:17Ça,
- 43:17j'y tiens.
- 43:18Ça traite des violences sexuelles sur les enfants.
- 43:22Alors...
- 43:24Ça sera les enfants devenus adultes qui parlent et qui se racontent.
- 43:28Et c'est l'une semaine dans la vie de
- 43:30Jérémy, qui est un psychologue spécialiste des violences sexuelles,
- 43:34qui reçoit sept patients et patientes qui ont chacun leur histoire.
- 43:39Peut-être que lui aussi,
- 43:40il a une histoire aussi.
- 43:42Mais ça,
- 43:43il faudra voir le film.
- 43:46Ah,
- 43:47je ne sais pas.
- 43:47Là,
- 43:47on n'en est pas du tout là.
- 43:49Non,
- 43:49après,
- 43:49il y a le montage,
- 43:50l'éthanolage,
- 43:51le mixage,
- 43:51etc.
- 43:52Voilà.
- 43:53En tout cas,
- 43:53tiens-nous au courant.
- 43:54Oui,
- 43:54bien sûr.
- 43:55On pourra vous partager aussi la date,
- 43:57s'il y a des projections,
- 43:58on viendra avec plaisir et on le partagera justement sur...
- 44:02Et aussi,
- 44:02on a lancé une campagne participative.
- 44:05C'est super important parce qu'on peut retrouver sur mon Instagram,
- 44:08pardon,
- 44:09ça fait un peu de pub,
- 44:10mais pour moi,
- 44:10c'était très important d'écrire aussi que ça soit absolument bénévole.
- 44:15Absolument bénévole,
- 44:16c'est-à-dire tous les professionnels qui se sont engagés,
- 44:19qui nous ont rejoints sur le projet,
- 44:21ils ont aussi un engagement.
- 44:23personnel.
- 44:24Il y a aussi...
- 44:25Mais le hasard a fait que ça réunit aussi des gens qui ont vécu des choses.
- 44:30Alors ça n'a pas été voulu,
- 44:31on n'a pas été cherché,
- 44:33mais forcément,
- 44:35dans l'équipe technique et artistique,
- 44:36il y a aussi des hommes et des femmes qui ont vécu des choses.
- 44:39Et c'était très très important pour nous que ça soit bénévole.
- 44:42L'argent,
- 44:43il viendra après.
- 44:45Dans une production,
- 44:46etc.
- 44:46On rentrera dans les clous après.
- 44:49En tout cas,
- 44:49on souhaite une longue fielle.
- 44:51une longue vie on lui souhaite de vivre à perte oui exactement oui c'est joli ça oui en tout cas merci merci à vous pour cette invitée merci
- 45:01d'être venu et puis on se retrouve la semaine prochaine pour une nouvelle émission.
- 45:08Flamme des années 80.
- 45:10Le podcast qui allume la femme.