Latest / Du Rouge au Renouveau — Reconstruction personnelle & Mindset / # Épisode 37 - Résilience : Céline Van Till — du coma aux Jeux Paralympiques, le parcours cash d'une femme qui a tout recommencé
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- 0:07Certains ont tout perdu.
- 0:09L'argent,
- 0:10la confiance,
- 0:12l'image qu'ils avaient d'eux-mêmes.
- 0:14Des athlètes qui ont continué quand leur corps disait non.
- 0:18Des entrepreneurs qui ont reconstruit sur des décombres.
- 0:22Des femmes et des hommes qui ont traversé le brouillard et qui sont encore là.
- 0:28Ils ne sont pas venus ici pour te motiver.
- 0:31Ils sont venus car ils ont quelque chose de vrai à dire.
- 0:36Du Rouge Renouveau,
- 0:38le podcast qui donne la parole à ceux qui ont choisi de se révéler.
- 0:43Parce que derrière chaque transformation,
- 0:46il y a un moment où on arrête de se mentir.
- 0:50Ce moment-là,
- 0:51il mérite d'être entendu.
- 0:59Bienvenue sur Du Rouge au Renouveau,
- 1:01heureux de te retrouver ici.
- 1:03Tu connais ces moments où la vie elle t'arrache quelque chose ?
- 1:06Un travail,
- 1:06une relation,
- 1:07une version de toi-même,
- 1:08que tu pensais être pour toujours.
- 1:11Et dans ces moments-là,
- 1:11le réflexe c'est de se renfermer,
- 1:13de rester seul avec ça,
- 1:14de faire comme si ça allait.
- 1:17Mon invitée aujourd'hui,
- 1:18elle a connu ça à 17 ans,
- 1:19d'une façon que la plupart d'entre nous n'imagineront jamais.
- 1:22Elle s'appelle Céline Ventile,
- 1:24elle était cavalière de haut niveau en équipe nationale suisse junior.
- 1:27Et en 2008,
- 1:28son cheval lui retombe dessus lors d'un stage en Allemagne.
- 1:31Résultat,
- 1:31traumatisme crânien sévère,
- 1:33un mois dans le coma,
- 1:34à son réveil,
- 1:34elle ne marche plus,
- 1:35elle ne parle plus et elle doit réapprendre les gestes les plus simples du quotidien.
- 1:39Ce que tu vas entendre dans cet épisode,
- 1:41c'est pas une histoire de résilience propre et bien emballée.
- 1:43C'est l'histoire de quelqu'un qui a recommencé trois fois à zéro,
- 1:46trois sports différents,
- 1:47trois identités perdues reconstruites,
- 1:50championne du monde de paracyclisme,
- 1:52deux médailles d'argent aux Jeux Olympiques de Paris,
- 1:5416 ans après son accident.
- 1:55Céline,
- 1:56c'est aussi une femme qui a choisi de mettre son vécu au service des autres.
- 1:59Elle a écrit deux livres,
- 2:00pas à pas,
- 2:01écrit mot à mot pendant sa rééducation.
- 2:03Et tout est possible.
- 2:05Elle a fondé l'association du même nom pour soutenir des sportifs en situation de handicap à atteindre le plus haut niveau.
- 2:11Et elle siège aujourd'hui au Grand Conseil Jeune Voix.
- 2:13Mais ce qui m'a le plus frappé dans notre conversation,
- 2:15c'est pas les médailles,
- 2:16les livres,
- 2:16ni les titres.
- 2:17C'est ce qu'elle dit sur les moments où tout s'effondre.
- 2:19Elle dit de ne pas rester seule avec ça,
- 2:22de se mettre en mouvement,
- 2:23même petit pas après petit pas.
- 2:26Parce que tout est possible,
- 2:27mais ça commence par bouger.
- 2:28C'est du rouge au renouveau,
- 2:30et cet épisode,
- 2:30il est pour toi.
- 2:31Bonjour et bienvenue dans l'épisode de podcast.
- 2:33Aujourd'hui,
- 2:33j'ai la chance d'être avec Céline Ventil.
- 2:36Bonjour Céline.
- 2:37Bonjour.
- 2:37Comment tu vas ?
- 2:39Je vais très très bien.
- 2:40Je suis à Maconin actuellement,
- 2:42non pas comme sportive d'élite cette fois,
- 2:44mais en tant que cadre de milice.
- 2:46Et c'est vrai que c'est une vraie joie de pouvoir accompagner les recrues,
- 2:50les futurs champions et championnes.
- 2:53C'est clair et heureusement que tu es là pour donner justement ce cadre et amener ces recrues pour le futur.
- 2:59C'est vrai qu'en plus de l'instruction militaire,
- 3:02le côté sanitaire,
- 3:04j'ai la chance de pouvoir partager justement mon expérience avec elle puisque j'ai vécu la même chose.
- 3:10C'est vrai et on va aller directement dans le vif du sujet.
- 3:14Céline,
- 3:15avant qu'on rentre dans ton histoire,
- 3:17si tu devais décrire qui tu es aujourd'hui en une phrase,
- 3:20pas les médailles que tu as eu au JO.
- 3:22Pas les titres,
- 3:24pas les combats que tu mènes,
- 3:25mais juste toi,
- 3:25ça serait quoi ?
- 3:26Je me définirais par mon état d'esprit.
- 3:29Tout est possible.
- 3:31Donc,
- 3:31j'essaierais toujours d'agir de cette manière-là.
- 3:35Toujours en avant ?
- 3:36Toujours en avant.
- 3:37Ça ne sert à rien de reculer,
- 3:40de regarder vers l'arrière.
- 3:42Certes,
- 3:42ça doit être un apprentissage qui est désormais acquis pour avancer,
- 3:48pour continuer à aller de l'avant justement et le faire d'une bonne manière.
- 3:52C'est vrai.
- 3:52Je te rejoins totalement.
- 3:54Et avant 2008,
- 3:55tu avais une identité qui était très claire.
- 3:57Tu étais engagée dans les jeunes au niveau du cheval.
- 4:02Tu étais en équipe junior de dressage.
- 4:04Tu étais cavalière de haut niveau en équipe nationale.
- 4:08Et tu avais un avenir qui était clairement tout tracé.
- 4:11Quand tu repenses à cette fille-là aujourd'hui,
- 4:13tu la reconnais encore ou pas du tout ?
- 4:15C'était une vie facile quand tout était plus ou moins simple.
- 4:19Pour moi,
- 4:20je n'avais pas besoin de réfléchir beaucoup à mon avenir puisque,
- 4:23comme tu l'as dit,
- 4:24il était désormais dessiné.
- 4:27Et puis,
- 4:29c'est vrai qu'aujourd'hui,
- 4:32non,
- 4:32je ne pense plus du tout.
- 4:34Comme la jeune fille que j'étais,
- 4:36c'est sûr que maintenant,
- 4:37je suis bien plus âgée.
- 4:39Mais c'est vrai que la vie,
- 4:42elle était simple avant et maintenant,
- 4:43je connais vraiment la réalité et surtout ce qu'elle signifie concrètement.
- 4:49ce qu'on peut faire avec,
- 4:50là où on peut aller,
- 4:51et aussi comment on peut servir et aider les autres.
- 4:54Oui,
- 4:54et tu en as eu des engagements,
- 4:55on en viendra plus tard,
- 4:56mais tu es bien engagée autant dans le sport,
- 4:58autant dans la politique.
- 5:00Et c'est un honneur de t'avoir partout,
- 5:02parce qu'aujourd'hui,
- 5:03tu redonnes au sport,
- 5:03alors que le sport a failli t'enlever la vie à un moment donné.
- 5:06Et toi,
- 5:07le sport t'a aussi sauvé d'une manière en disant,
- 5:10la vie,
- 5:10elle aurait pu être différente,
- 5:12mais aujourd'hui,
- 5:13je redonne au sport ce que le sport m'a donné.
- 5:15C'est juste,
- 5:16c'est juste,
- 5:17puisque le sport,
- 5:18c'est toute ma vie.
- 5:19Ça a été peut-être la source de mes ennuis,
- 5:22mais c'est...
- 5:23aussi ma meilleure thérapie,
- 5:25mon meilleur médicament,
- 5:27ce qui m'a permis de revenir à la vie.
- 5:29C'est vrai.
- 5:30Et ton cheval,
- 5:30Ziz,
- 5:31il se cabre sur toi dans les années 2008.
- 5:35Est-ce que tu peux nous emmener pas avant la chute,
- 5:38mais à ton réveil ?
- 5:39En fait,
- 5:40ton état,
- 5:41qu'est-ce qui se passe quand on trouve les yeux à ce moment-là ?
- 5:44Je ne me suis pas réveillée d'une seconde à l'autre.
- 5:47Ce n'est pas comme si mon réveil sonnait le matin comme pour tout.
- 5:51Toi,
- 5:52quand tu te lèves,
- 5:53tu te lèves peut-être rapidement ou pas.
- 5:56Peut-être que tu prends un moment pour te lever.
- 5:58Je suis très matinal,
- 5:59je me lève très vite,
- 6:00donc ça va.
- 6:01Moi aussi,
- 6:01c'est plus ma tendance.
- 6:02Et bien là-bas,
- 6:04à ce moment-là,
- 6:05c'est vrai que le réveil a duré deux mois.
- 6:08Donc,
- 6:08je fais un mois de coma plus deux mois de semi-coma.
- 6:12Ou comme l'appellent les médecins,
- 6:14un état confusionnel puisque je ne me rappelais de rien,
- 6:18je n'arrivais pas à me réveiller.
- 6:18pas à savoir qui j'étais dans la vie.
- 6:20Je hurlais aussi beaucoup.
- 6:23Et pour toi,
- 6:24en fait,
- 6:24tout était totalement désorienté.
- 6:26Tu ne te souvenais pas de ce qui s'était passé.
- 6:28Tu ne reconnaissais pas les gens,
- 6:30si je me souviens aussi.
- 6:31Et en fait,
- 6:32à ce moment-là,
- 6:33ta vie,
- 6:33tu recommences à zéro.
- 6:35Je recommence tout.
- 6:36Je vois certes me relever et c'est bien grâce à ma maman qui a eu l'idée de me ramener à la maison pour un week-end,
- 6:44entourée de mes proches et de ma famille.
- 6:46que j'ai fait un déclic.
- 6:47Elle a négocié avec les médecins,
- 6:48ce qui n'était pas donné,
- 6:50mais c'était ce qu'il me fallait.
- 6:51Plus qu'après ce week-end,
- 6:53j'ai retrouvé la conscience et surtout la motivation.
- 6:57À ce moment-là,
- 6:58je voyais un long tunnel noir et sombre,
- 7:01mais au bout,
- 7:01il y avait une petite lumière claire et brillante.
- 7:04Et cette lumière,
- 7:05c'était la vie.
- 7:07Donc chaque pas en avant,
- 7:09d'où le titre de mon livre,
- 7:10Pas à Pas,
- 7:12chaque pas était un tremplin pour moi.
- 7:14pour aller encore beaucoup plus loin.
- 7:16Donc chaque projet que je faisais,
- 7:18je devais en prendre conscience,
- 7:21vraiment pour pouvoir me motiver moi-même plus que mon entourage,
- 7:25et surtout les médecins ne le voyaient et ne le considéraient donc pas toujours.
- 7:31Mais pour moi,
- 7:31chaque petite avancée me permettait d'aller beaucoup plus loin et me motivait surtout à travailler sans relâche.
- 7:39Et ta maman,
- 7:39elle a joué un énorme rôle.
- 7:41Je sais que ta maman,
- 7:42tu as une relation qui est très précieuse tout au long des années.
- 7:45Et je sais qu'elle,
- 7:46elle a été beaucoup là pour ta thérapie.
- 7:48Et je sais que ça a été un cocon qui t'a reconstruit aussi sur le long terme.
- 7:52Bien sûr que ça n'a pas été facile pour elle.
- 7:55Surtout que plus tard,
- 7:57elle a eu un accident.
- 7:58Elle aussi,
- 7:59aussi avec le cheval,
- 8:00un coup de sabot au visage,
- 8:02une grande défiguration,
- 8:04une grande chirurgie.
- 8:06donc euh
- 8:07Personnellement,
- 8:08j'ai vécu tout son accident.
- 8:14J'étais auprès d'elle comme elle l'a été pour moi.
- 8:17Et c'est vrai que notre relation aujourd'hui,
- 8:19elle est toujours très,
- 8:20très fusionnelle et on s'entraide beaucoup.
- 8:23En même temps,
- 8:23ce n'est pas des choses qu'on vit dans une vie normale en soi.
- 8:26Donc,
- 8:26toi,
- 8:26tu as eu ton accident,
- 8:27elle a eu son accident.
- 8:28Donc,
- 8:28vous avez été là l'une pour l'autre.
- 8:29Et c'est vrai qu'elle avait un accident assez grave.
- 8:32Elle a reçu un coup de sabot,
- 8:33plus de 50 plaques,
- 8:33je crois,
- 8:34pour refaire tout le visage.
- 8:36Donc oui,
- 8:37c'est des choses que normalement on ne vit pas dans une vie normale,
- 8:40classique,
- 8:40on va dire.
- 8:41Non,
- 8:41non,
- 8:42non.
- 8:42Au-delà du corps,
- 8:43qu'est-ce qui t'avait été pris que tu n'aurais jamais imaginé qu'on pouvait perdre ?
- 8:49La vie.
- 8:49Je ne savais pas avant qu'on pouvait perdre la vie quand on était jeune.
- 8:53Et si les imprévus arrivent.
- 8:56Et c'est vrai que quand j'étais en coma,
- 8:58j'étais plus morte que vivante.
- 9:01On m'a sauvé la vie.
- 9:03Je ne suis plus revenue à la vie.
- 9:05et il faut que j'en fasse bon usage.
- 9:08Aujourd'hui,
- 9:08je pense que tu es impliquée à 2000%
- 9:10dans chaque projet que tu fais,
- 9:11donc tu l'y redonnes bien.
- 9:13C'est vraiment ce qui me plaît et ce que j'apprécie,
- 9:16ce que j'aime,
- 9:16c'est en fait donner aux autres,
- 9:18eux qui m'ont tellement donné.
- 9:20Est-ce qu'il y a un moment où tu t'es dit la personne que j'étais avant,
- 9:23elle n'existe plus ?
- 9:24Je pense que si j'étais une jeune fille rayonnante,
- 9:30pleine de motivation,
- 9:34qui visait grand désormais en sport au niveau professionnel.
- 9:39Je voulais poursuivre aussi des études universitaires.
- 9:44Lors de mon adolescence,
- 9:46j'étais déjà intéressée de rejoindre l'armée tôt ou tard.
- 9:51Et finalement,
- 9:51tout ça,
- 9:52je ne l'ai jamais lâché.
- 9:53Donc en fait,
- 9:54ce que je fais aujourd'hui se retrouve en fait dans mes pensées en tant que jeune fille.
- 10:05Quand j'étais jeune,
- 10:06justement,
- 10:07avant l'accident,
- 10:08je rêvais déjà dans l'optique d'y participer.
- 10:12Et finalement,
- 10:12c'est en tant qu'athlète paralympique que j'ai pu réaliser mon rêve en participant aux Jeux à Rio en 2016,
- 10:21en équitation.
- 10:22Et puis,
- 10:24encore mieux,
- 10:24en remportant deux médailles d'argent en 2024 à Paris,
- 10:28en paracyclisme.
- 10:30Et ça,
- 10:30c'est quelque chose où tu as pu représenter ton pays.
- 10:34Et c'est des choses où je pense que porter le pays comme tu l'as fait,
- 10:39c'est un honneur aussi et ton chemin.
- 10:41que tu as fait pour en arriver là,
- 10:42il est incroyable.
- 10:44Parce qu'on ne parle pas de quatre ans de préparation,
- 10:48on parle de tout ce qu'il y a avant.
- 10:49Chaque petit combat t'a amené à arriver jusqu'à là.
- 10:53Donc,
- 10:54les pas à pas.
- 10:55J'aime bien beaucoup ton livre.
- 10:57Le premier titre de ton livre représente clairement ton chemin.
- 11:01Oui,
- 11:01et puis si je reprends le titre du deuxième,
- 11:04« Tout est possible » ,
- 11:05en fait,
- 11:06c'est mon état d'esprit qui me permet de relever...
- 11:10chaque défi,
- 11:11même petit,
- 11:13vraiment les uns après les autres.
- 11:15Puisque pour pouvoir réapprendre à marcher,
- 11:19pour pouvoir tout simplement prendre une fourchette ou aller aux toilettes,
- 11:23ça paraît simple et bête.
- 11:26Mais tu as dû le réapprendre.
- 11:27Oui,
- 11:28ça paraît évident quand on a tout,
- 11:30mais quand on perd ces capacités-là,
- 11:33on remarque que non,
- 11:35c'est pas normal.
- 11:36Et quand on recommence tout à zéro,
- 11:38Oui,
- 11:39oui,
- 11:39oui,
- 11:39voilà.
- 11:39Et c'est vrai que pour récupérer chaque geste,
- 11:42c'était un long travail.
- 11:44Il fallait bosser d'arrache-pied.
- 11:47J'avais dit un jour et nuit,
- 11:48bien sûr que la nuit,
- 11:50je vais dormir.
- 11:51Mais pour donner un exemple,
- 11:53j'avais des cahiers d'écriture sur lesquels étaient marqués dès 5 ans,
- 11:57de 6 à 8 ans,
- 11:59ce qu'on obtient à l'école primaire pour faire le geste.
- 12:03Moi,
- 12:03j'avais exactement la même chose,
- 12:05sauf que je vivais dans un corps de 17 ans.
- 12:08Mais après,
- 12:09quand j'arrivais à accumuler ces petites victoires,
- 12:12en fait,
- 12:13ça me donnait envie d'aller encore plus loin.
- 12:16Et en sport,
- 12:17c'est exactement la même chose.
- 12:19Après avoir réussi une chose à tant d'objectifs,
- 12:23j'ai justement envie de défier encore plus,
- 12:27essayer de réussir quelque chose que je n'ai encore jamais réussi à faire.
- 12:33Et c'est pour ça que je m'étais reconvertie à l'athlétisme.
- 12:37Je ne savais pas courir.
- 12:38Je l'ai réappris.
- 12:39Et puis surtout à courir très vite.
- 12:41Parce qu'on rappelle,
- 12:42tu as une vision au niveau de l'œil gauche.
- 12:44Ou tu as une vue en 2D,
- 12:46si je ne me trompe pas.
- 12:47Oui,
- 12:47alors en fait,
- 12:48j'ai perdu mon champ visuel du côté gauche sur les deux yeux.
- 12:53Et de la partie droite,
- 12:54je vois net.
- 12:55Mais par contre,
- 12:56je vois double.
- 12:57Ça veut dire que mes deux yeux,
- 12:59ils voient une différente image.
- 13:01Je vois double donc en...
- 13:02en permanence et puis donc en deux dimensions.
- 13:05Pour l'athlétisme,
- 13:06quelque chose au niveau de te situer,
- 13:09c'est quelque chose de difficile.
- 13:10Oui,
- 13:11c'est très dur justement.
- 13:12Et puis,
- 13:13il ne faut surtout pas oublier mes difficultés au niveau de l'équilibre et de la coordination.
- 13:18La coordination,
- 13:19je pense que c'est quelque chose,
- 13:20en tout cas,
- 13:21je pense au tout début,
- 13:22c'est quelque chose,
- 13:23réapprendre à marcher.
- 13:24Comme tu dis,
- 13:24c'est de la répétition,
- 13:25c'est des pas.
- 13:26Et c'est qu'en répétant les choses petit à petit que tu te fais confiance,
- 13:30puis tu vas chercher ces gaps.
- 13:32au fur et à mesure du temps et tu te reconstruis.
- 13:34Quelque part,
- 13:35c'est super pénible de faire ça,
- 13:37mais il faut passer par là si on veut revenir à la vie.
- 13:40Il faut arrêter de se plaindre et travailler d'arrache-pied.
- 13:44Et c'est seulement comme ça qu'on se donne la chance d'éventuellement y réussir.
- 13:50Moi non plus,
- 13:51je ne savais pas ce que ça allait donner au final.
- 13:53Je ne savais pas quelles seraient les séquelles définitives et celles que je pourrais améliorer.
- 13:59À travers,
- 14:00justement,
- 14:00quand tu dis qu'il faut tout réapprendre à tenir une cuillère,
- 14:04quel était le moment le plus dur pour toi ?
- 14:06Parce que c'est un côté où tu vois un cahier 5 à 6 ans,
- 14:09c'est un côté où au final,
- 14:10il faut avoir une énorme résilience.
- 14:13Est-ce qu'il y a eu un moment où tu te dis « waouh,
- 14:15c'est difficile » ?
- 14:16Le regard des autres,
- 14:18il y a quelque chose aussi qui a joué là-dedans ?
- 14:20Là,
- 14:20en fait,
- 14:20ce n'est pas un nombre d'années défini,
- 14:24parce qu'aujourd'hui,
- 14:2518 ans après mon accident,
- 14:26je dois toujours travailler au quotidien pour maintenir.
- 14:29Mes capacités physiques et mentales,
- 14:31si je ne fais plus rien,
- 14:34je régresse.
- 14:35Si je ne prends plus simplement un verre de la main droite pour boire,
- 14:40après quelques semaines ou mois,
- 14:43je vais perdre cette capacité et je vais plus trembler.
- 14:46Tu vas perdre la capacité du fait de ne plus refaire ce geste.
- 14:49Donc c'est quelque chose pour toi,
- 14:50tu dois le répéter au quotidien pour garder les gestes qui sont normaux pour quelqu'un.
- 14:56Mais pour toi,
- 14:57ça demande un effort supplémentaire.
- 14:59Oui,
- 15:00ça demande un grand effort pour continuer à faire l'exercice encore et encore.
- 15:06Aussi pour ne pas perdre ces capacités-là.
- 15:09C'est clair.
- 15:10Et moi,
- 15:10ce que je trouve incroyable,
- 15:11c'est que tu as un accident à cheval.
- 15:14Moi,
- 15:14j'ai fait de l'équitation,
- 15:15je suis tombé deux fois.
- 15:17J'ai pas arrêté,
- 15:18mais ça a été dur de retourner à cheval et de refaire confiance à la bête,
- 15:22comme je dis.
- 15:23Et toi,
- 15:24quatre mois après ton coma,
- 15:25tu remontes à cheval,
- 15:26si je ne me trompe pas.
- 15:27Est-ce que c'était vraiment un choix conscient ou ton corps t'a amené là avant que ta tête comprenne pourquoi ?
- 15:33En fait,
- 15:33je n'ai pas du tout compris.
- 15:35Lorsque ma maman est arrivée un vendredi soir à l'hôpital pour me ramener à la maison pour un week-end,
- 15:42elle est arrivée et m'a demandé si je voulais monter sur mon cheval.
- 15:46J'ai...
- 15:46crié,
- 15:47j'étais fâchée,
- 15:48j'ai cru qu'elle me donnait des faux espoirs.
- 15:50Elle m'a regardée dans les yeux et elle m'a dit « Si,
- 15:53tu peux le faire. »
- 15:54Et c'est comme ça que tout s'est passé.
- 15:56Pour moi,
- 15:56en fait,
- 15:57c'était normal de retourner vers le cheval.
- 16:00C'était ma passion.
- 16:02C'était l'animal que j'aimais.
- 16:05Donc pour moi,
- 16:06c'était la plus belle chose et c'était mon plus grand rêve peut-être même à ce moment-là.
- 16:12Mais je te rassure,
- 16:15ou pas.
- 16:16Mais avant mon accident,
- 16:17je suis tombée plus d'une cinquantaine de fois.
- 16:19Donc,
- 16:19ce n'était pas la première fois et je suis toujours remontée tout de suite.
- 16:23Certes,
- 16:23là,
- 16:23il y a une période entre deux,
- 16:25évidemment,
- 16:26comme j'étais inconsciente,
- 16:27mais j'ai remonté.
- 16:29Et puis,
- 16:29c'est aussi ce qui m'a permis de renouer les liens avec le cheval pour après,
- 16:34par la suite,
- 16:35reprendre une carrière sportive.
- 16:36Moi,
- 16:36je suis tombée deux fois à cheval.
- 16:38La personne qui m'a accompagnée m'a dit maintenant,
- 16:40tu remontes tout de suite,
- 16:41sinon tu ne remonteras plus.
- 16:42C'est pour ça que je te pose cette question,
- 16:44parce que là,
- 16:44il y a quand même un gap de quelques mois.
- 16:46Et te dire,
- 16:47bon,
- 16:47ben oui,
- 16:47il me fait peur,
- 16:48mais de l'autre côté,
- 16:49c'est quand même une thérapie de montée à cheval,
- 16:50parce qu'on ne fait qu'un avec l'animal.
- 16:53Et moi,
- 16:53j'ai toujours ressenti une liaison très,
- 16:55très,
- 16:56très spéciale avec le cheval.
- 16:57Donc,
- 16:58je pense que c'est quelque chose qui manque aussi au quotidien quand tu dis stop.
- 17:02En fait,
- 17:02tout cela s'explique ou s'illustre très bien par l'exemple que je vais te donner.
- 17:08La première fois que je suis remontée sur son dos,
- 17:10j'étais encore en chaise roulante.
- 17:12Je ne tenais pas encore debout en équilibre sur mes jambes.
- 17:16Je parlais à peine seulement quelques mots.
- 17:19Quand j'étais sur son dos,
- 17:21il n'osait même pas avancer.
- 17:23Il a ressenti au niveau de son dos.
- 17:24Et quand je m'approchais de lui,
- 17:28depuis la chaise roulante,
- 17:29c'est un cheval de composition,
- 17:31donc quand même assez énergique.
- 17:35Et là,
- 17:37il était très doux,
- 17:38il est venu doucement avec son nez vers moi,
- 17:40il est resté.
- 17:42Donc,
- 17:42il a vraiment senti que je n'avais plus la même capacité qu'avant.
- 17:47La liaison du cheval,
- 17:48on dit tout le temps,
- 17:49c'est quelque chose d'apparentière.
- 17:51Comme tu le disais,
- 17:52Rio 2016,
- 17:53tu réalises quelque chose que tu rêvais depuis enfant,
- 17:56faire les JO.
- 17:58Avec tout le chemin parcouru depuis 2008 pour y arriver,
- 18:01qu'est-ce que ça représentait pour toi d'être sur cette piste ?
- 18:05piste là,
- 18:05à ce moment là ?
- 18:07C'était wow,
- 18:08c'était quelque chose d'exceptionnel et en même temps c'était mes premiers jeux donc ça marque beaucoup.
- 18:17Certes je savais aussi après ma performance que Rio ne serait pas de mes derniers jeux mais je ne savais pas comment continuer.
- 18:26Pour toi tu avais déjà la décision de dire je vais peut-être arrêter le cheval et faire autre chose ?
- 18:32Non pas du tout.
- 18:33non pas du tout jamais avant une échéance majeure qu'on prend ce genre de décision parfois ça a peu l'air pour un arrêt de carrière notamment mais pas pour un changement de sport parce que sinon je serais plus dans
- 18:48le moment présent c'est sûr.
- 18:50Qu'est-ce que tu as ressenti exactement quand tu rentres sur la piste avec ton cheval en disant c'est un rêve d'enfant je réalise un rêve qui est extraordinaire parce que pour accéder jusqu'à là on sait le chemin
- 19:02Ces quatre ans où tu as cravaché,
- 19:06tu n'as pas arrêté,
- 19:06tu es arrivé jusqu'à là,
- 19:08quels sont les sentiments que tu reçois en ce moment-là ?
- 19:12C'était quelque chose d'assez magique,
- 19:16pour tout dire.
- 19:16C'est vrai que c'est un rêve qui se réalise.
- 19:21Et je me souviens avoir dit à mon cheval,
- 19:26oui,
- 19:27on est ici,
- 19:28on va le vivre.
- 19:30Donc en gros,
- 19:30ce qui est magnifique,
- 19:31c'est que tu as pu profiter du moment présent.
- 19:33Tu étais vraiment connectée au niveau de ton parcours de dire on l'a fait,
- 19:38on y est arrivé.
- 19:39Malgré tout,
- 19:39on y est.
- 19:40Oui,
- 19:41exactement.
- 19:42À la fois axé sur la performance,
- 19:45mais pas seulement.
- 19:45Aussi vraiment sur le moment présent.
- 19:48Et je dirais que ça,
- 19:48c'était important aussi pour mes premiers Jeux.
- 19:52Maintenant que j'en ai vécu d'autres à Paris,
- 19:57c'est là que j'ai pu vraiment viser le podium.
- 20:00Et vraiment me battre pour le classement.
- 20:03Oui,
- 20:03alors là,
- 20:03on en reparlera après.
- 20:05Mais ça,
- 20:06moi,
- 20:06je t'ai suivi à la télé.
- 20:07C'était un honneur de voir ta course.
- 20:09C'était incroyable.
- 20:11Il faut dire que j'étais aussi moins dans l'émotionnel parce que ce n'était pas mes premiers Jeux.
- 20:15Et que là,
- 20:17vu les titres que j'avais aussi déjà obtenus auparavant,
- 20:20je voulais vraiment défendre la Suisse,
- 20:22défendre les couleurs de la Suisse,
- 20:25les porter haut.
- 20:27Et vraiment,
- 20:28c'est ce que j'ai pu faire avec mes deux titres de vice-championne paralympique.
- 20:33Justement,
- 20:34il y a Rio en 2016,
- 20:35mais il y a un deuxième recommencement,
- 20:37justement,
- 20:37tu en parlais avant,
- 20:38c'était l'athlétisme.
- 20:40C'est tout quitter pour recommencer une nouvelle discipline.
- 20:43Donc pour moi,
- 20:44c'est une deuxième réincarnation.
- 20:46Donc tu as ton premier accident,
- 20:48le cheval pour toi c'est ok,
- 20:49tu te dis bon je vais essayer quelque chose d'autre.
- 20:51L'athlétisme au niveau,
- 20:53comme tu dis,
- 20:53la coordination,
- 20:54la vue,
- 20:55c'est des choses qui sont nouveaux pour toi.
- 20:58Et tu décides de tout quitter,
- 21:00l'équitation,
- 21:00le sport qui t'avait aidé à te reconstruire après l'accident.
- 21:05Pourquoi en fait on quitte ce qui nous a remis debout à ce moment-là ?
- 21:08En fait...
- 21:09J'avais non seulement envie de vivre de nouvelles aventures,
- 21:12mais surtout,
- 21:16envie de démontrer ma philosophie de vie,
- 21:19mon état d'esprit,
- 21:20que tout est possible.
- 21:22Disons que oui,
- 21:24en équitation,
- 21:25tout se passait bien.
- 21:26Je vivais une carrière qui était plutôt stable.
- 21:30Mais en même temps,
- 21:30tu avais connu tout ça depuis enfant,
- 21:32en fait.
- 21:32Voilà.
- 21:33Mais en même temps,
- 21:34j'avais besoin peut-être aussi de vivre.
- 21:37autre chose.
- 21:38Et puis,
- 21:40en parallèle,
- 21:42beaucoup de personnes,
- 21:46après avoir entendu que ma philosophie de vie,
- 21:47c'est tout est possible,
- 21:49disaient que tout est possible pour moi et même pas pour elles.
- 21:52Donc,
- 21:52j'avais juste envie de leur montrer qu'en se donnant des moyens,
- 21:57on peut y arriver ou on peut arriver à autre chose,
- 22:01tout simplement parce qu'on passera obligatoirement de la situation A
- 22:06Jusqu'à la situation B.
- 22:08Donc,
- 22:08sa situation,
- 22:09elle va être différente.
- 22:10Et le parcours,
- 22:11c'est celui-là qui va être important.
- 22:13Et c'est celui-là qui va être beau et qui doit être valorisé.
- 22:19Peu importe,
- 22:20finalement,
- 22:21le résultat final.
- 22:25Et en même temps,
- 22:26je savais aussi qu'en perdant tout de manière imprévue,
- 22:34j'ai réussi à me relever.
- 22:36Bien sûr.
- 22:36Pourquoi est-ce que je n'arriverais pas si je décide moi-même de changer ?
- 22:41C'est beau.
- 22:42Et ce qui est beau,
- 22:43comme tu dis,
- 22:43souvent,
- 22:44on attend le résultat,
- 22:45on attend cette fameuse ligne d'arrivée,
- 22:47on oublie tout le chemin.
- 22:48Et toi,
- 22:49je pense que le chemin,
- 22:50c'est quelque chose où tu as commencé à apprécier,
- 22:53de te dire,
- 22:53ben oui,
- 22:54c'est quatre ans,
- 22:54mais ces quatre ans-là,
- 22:56peu importe le résultat,
- 22:57c'est un parcours qui vaut la peine d'être vécu.
- 22:59Oui,
- 22:59parce que finalement,
- 23:00il faut le dire aussi,
- 23:01je ne serais pas allée aux Jeux Paralympiques de Tokyo en 2021,
- 23:05certes.
- 23:06j'avais atteint les minima pour me qualifier ou en tout cas une partie mais comme j'ai chuté juste avant et que je ne voulais donc plus prendre de risques pour ma santé parce que il y avait quand même un risque de chute important avec mon handicap courir le 100 mètres à 24 à l'heure de moyenne ben
- 23:27ça représentait trop de risques pour moi donc j'avais mis fin à ma carrière Et là,
- 23:31tu as su t'écouter à ce moment-là et te dire stop.
- 23:34Stop.
- 23:35Mais qu'est-ce qui se passe à ce moment-là en fait ?
- 23:38Comme tu dis,
- 23:38il y a une chute en Tunisie,
- 23:40ça se finit.
- 23:41Qu'est-ce qui se passe dans ta tête à ce moment-là ?
- 23:43En fait,
- 23:44je ne réalisais pas tout de suite que ma carrière sportive allait être terminée.
- 23:47Mais finalement,
- 23:47j'ai eu des maux de tête,
- 23:49des vertiges et une grosse fatigue pendant quatre mois.
- 23:53Donc,
- 23:54neurologiquement,
- 23:54j'étais atteinte.
- 23:56Donc,
- 23:56très vite déjà,
- 23:57au bout de quelques semaines,
- 23:58j'ai décidé d'arrêter.
- 24:01Je n'avais plus envie.
- 24:03Oui,
- 24:03j'avais tout simplement plus envie et je n'avais pas envie surtout de mettre...
- 24:08Ta vie en danger aussi ?
- 24:09Ma vie en danger,
- 24:10de risquer ma vie pour un sport parce qu'il faut pouvoir mesurer les choses.
- 24:18Mais la vie,
- 24:18c'est quand même beaucoup plus important que le sport.
- 24:21Donc ça,
- 24:23il faut le dire aussi.
- 24:24Et ton entourage,
- 24:26tu mises tout sur Tokyo pendant quatre ans.
- 24:28Donc quatre ans,
- 24:28ce n'est pas une petite année.
- 24:30Donc c'est quatre ans,
- 24:30tu prends des priorités,
- 24:32tu t'entraînes.
- 24:33Ton corps,
- 24:33ton temps,
- 24:34ton énergie y passe comme tu disais ?
- 24:36Est-ce que quelqu'un autour de toi,
- 24:37en fait,
- 24:37t'a dit que c'était trop à un moment tout ce que tu faisais ou pas ?
- 24:40Oui,
- 24:41bien sûr,
- 24:41bien sûr.
- 24:42Puis je l'entends très souvent encore aujourd'hui.
- 24:45C'est vrai que je fais beaucoup de choses,
- 24:46je suis très engagée.
- 24:49Tu es à 200 à l'heure toujours.
- 24:50J'ai vécu aussi des périodes de surentraînement,
- 24:53de surcharge,
- 24:55voire de burn-out.
- 24:57En tout cas,
- 24:58je m'en suis parfois approchée.
- 25:01J'ai toujours su réagir pour prévenir la chose,
- 25:04bien m'entourer également.
- 25:08C'est...
- 25:09D'être bien entouré,
- 25:09c'est quelque chose qui est important.
- 25:12C'est essentiel,
- 25:12c'est absolument crucial,
- 25:14non seulement au niveau de la famille,
- 25:16des amis,
- 25:18mais aussi mon entourage et mon équipe médico-sportive,
- 25:24que ce soit médecin,
- 25:25physio,
- 25:26nutritionniste,
- 25:27psychologue du sport.
- 25:31Et après,
- 25:32surtout aussi mon coach qui joue quand même un rôle clé.
- 25:35Bien sûr.
- 25:36Et il sait,
- 25:37il te connaît par cœur,
- 25:38il sait comment tu...
- 25:38Enfin,
- 25:39il sait comment te suivre au quotidien.
- 25:41Il sait tes capacités,
- 25:42où est-ce qu'il peut t'amener.
- 25:43Ça,
- 25:43c'est important.
- 25:44Et tu as un handicap qui est visible.
- 25:46Tu as des troubles de l'équilibre,
- 25:47la malvoyance.
- 25:49C'est quelque chose que tu dois encore expliquer aux gens quand tu as ces disciplines-là ou tu as arrêté de te justifier à un moment ?
- 25:56Alors,
- 25:57je n'aimerais pas dire que je me justifie,
- 25:59mais de temps en temps,
- 25:59il est nécessaire d'apporter une explication.
- 26:03Et toutes les personnes...
- 26:04ont le droit d'être informés si elles ne le sont pas nécessairement.
- 26:09Parce que souvent,
- 26:09les personnes ne savent pas comment elles doivent réagir avec des personnes en situation de handicap.
- 26:16Donc,
- 26:17j'estime que tout le monde a le droit d'apprendre.
- 26:19Oui,
- 26:20je trouve ça beau.
- 26:20Je trouve ta réponse très bien.
- 26:23Six mois après l'arrêt,
- 26:24en fait,
- 26:25là,
- 26:25on part dans le troisième recommencement.
- 26:27Parce que moi,
- 26:27je dis toujours que tu as eu trois vies.
- 26:30C'est comme les Ausha,
- 26:31mais toi,
- 26:31tu en auras encore plein d'autres.
- 26:33Mais six mois après l'arrêt,
- 26:35tu découvres le cyclisme,
- 26:36presque par hasard en fait,
- 26:39si je me souviens.
- 26:40Et est-ce que la flamme du recommencement était encore là à ce moment-là ?
- 26:44Parce que tu as une chute,
- 26:45tu as un doute,
- 26:46tu te dis bon,
- 26:47j'arrête pour ma santé.
- 26:49Mais à ce moment-là,
- 26:49est-ce que tu doutes ou c'est une flamme qui s'est rallumée progressivement en disant,
- 26:54ah c'est ça que je cherche ?
- 26:55En fait,
- 26:57j'ai arrêté et je pensais que c'était terminé.
- 27:00Les personnes qui me connaissaient bien...
- 27:04pensait déjà ou se demandait même plutôt quand est-ce que j'avais recommencé le sport de compétition.
- 27:11Ah,
- 27:11toi tu doutais et eux se posaient la question.
- 27:13Voilà.
- 27:13C'est drôle.
- 27:14Voilà.
- 27:16Et puis voilà,
- 27:17c'est quelques mois plus tard,
- 27:19en m'inscrivant à un triathlon,
- 27:22que j'ai également fait,
- 27:23donc la partie cyclisme.
- 27:27Et là,
- 27:28j'avais un vélo couché où j'étais dans la caisse de...
- 27:31dans lequel j'étais assise et qui se pédalait,
- 27:34certes,
- 27:35avec les pieds.
- 27:37Mais je voulais en fait trouver un vélo pour faire peut-être un peu de triathlon ou pour le plaisir.
- 27:42Mais un vélo comme il existe en parasitisme,
- 27:47justement,
- 27:48pour les personnes qui ont des handicaps comme...
- 27:50Des problèmes de l'équilibre,
- 27:51oui.
- 27:51Oui,
- 27:52au niveau neurologique.
- 27:54Et puis là,
- 27:56j'ai appelé,
- 27:56j'ai téléphoné à la Fédération.
- 27:58La fédération m'a donné les coordonnées de l'entraîneur national de paracyclisme,
- 28:02que je connaissais d'ailleurs parce qu'on s'était vu lors de différents événements.
- 28:08Donc,
- 28:08je l'ai appelé et puis il m'a trouvé un vélo.
- 28:11Et il me l'a fait essayer.
- 28:12Je me suis hyper bien débrouillée avec.
- 28:14Donc,
- 28:15finalement,
- 28:15après cet essai-là,
- 28:17lui m'a dit,
- 28:18« Rentre chez toi et réfléchis parce que toi,
- 28:20tu as des bonnes capacités d'endurance,
- 28:22tu as beaucoup de force.
- 28:24Donc,
- 28:24je pense que dans ta catégorie de handicap. »
- 28:27ça pourrait le faire.
- 28:28Incroyable.
- 28:29C'est une rencontre comme ça,
- 28:31presque inattendue,
- 28:32où tu te dis,
- 28:33bon,
- 28:33je te prête un vélo,
- 28:34essaye.
- 28:34Puis au final,
- 28:35c'est un coup de cœur parce que tu te dis,
- 28:36ah,
- 28:37j'ai toutes les capacités physiques pour aller plus loin.
- 28:41Oui,
- 28:41certainement.
- 28:42Puis après,
- 28:42c'est le sport,
- 28:43c'est quelque chose que j'aime.
- 28:44Donc forcément,
- 28:46je me prends au jeu.
- 28:47Bien sûr.
- 28:48Et à chaque fois que tu recommences une étape,
- 28:51tu repars dans la pointe de départ parce que là,
- 28:53tu réapprends tout.
- 28:55Et c'est ça qui est...
- 28:56Tu as une force de caractère qui est incroyable parce que tu te dis bon j'ai fait du cheval,
- 29:02ben là je pars dans le cyclisme.
- 29:04Donc tu repars de zéro dans une discipline que tu ne connais pas.
- 29:07Mais comment on vit ?
- 29:08Ça,
- 29:09quand on a déjà été au sommet dans une autre discipline,
- 29:11par exemple.
- 29:12En fait,
- 29:12je n'ai jamais atteint le sommet avant.
- 29:15Les Jeux Olympiques,
- 29:16c'est quand même...
- 29:17Oui,
- 29:18oui,
- 29:18mais je n'ai pas fait de podiums internationaux.
- 29:21Ça,
- 29:22je me suis toujours bien débrouillée.
- 29:23J'étais en équipe suisse dans deux disciplines,
- 29:26en équitation et en athlétisme.
- 29:29Je me lance dans une troisième discipline.
- 29:31Mais en fait,
- 29:31ce n'est pas du tout repartir de zéro.
- 29:34Puisqu'en fait,
- 29:35sans le savoir à l'époque...
- 29:38L'athlétisme m'a préparée pour ma future carrière de cycliste.
- 29:42En fait,
- 29:43c'est exactement ça.
- 29:45L'athlétisme m'a permis de développer mes capacités physiques jusqu'à un tel point que je puisse les utiliser comme des forces en cyclisme,
- 29:57notamment pour le sprint final et pour la montagne.
- 30:00Waouh,
- 30:01ça t'a appris une énorme endurance aussi,
- 30:03comme tu disais,
- 30:03parce que dans le cyclisme,
- 30:04on en a besoin quand on va chercher cette ligne rouge.
- 30:08De se dire,
- 30:08non,
- 30:08non,
- 30:09je suis capable encore,
- 30:10je peux y aller.
- 30:11Oui,
- 30:12exactement.
- 30:12Et puis en plus,
- 30:13par rapport à mes difficultés d'équilibre,
- 30:16le cyclisme était vraiment un bon compromis puisque je roule avec un tricycle,
- 30:21donc j'ai deux roues à l'arrière,
- 30:23donc c'est un vrai vélo de course.
- 30:28Certes,
- 30:28ce n'est pas évident parce qu'il faut apprendre à faire du tricycle comme on apprend à faire du deux roues.
- 30:33Pour moi,
- 30:34certes,
- 30:36je ne peux pas faire du deux roues.
- 30:37Mais du tricycle,
- 30:39ça se passe très bien.
- 30:40Mais par exemple,
- 30:41si je te demande d'en faire...
- 30:45Les virages et tout,
- 30:46ce n'est pas la même chose.
- 30:47C'est hyper compliqué.
- 30:48C'est clair.
- 30:48Ce n'est pas du tout la même chose.
- 30:50C'est sûr.
- 30:50Et l'équilibre,
- 30:51il est totalement différent.
- 30:52Et puis,
- 30:53notamment,
- 30:54si je ne freine pas assez dans les courbes...
- 30:56Tu peux te retourner,
- 30:57oui,
- 30:58c'est vrai.
- 30:59Et Paris 2024,
- 31:00avec toute cette expérience,
- 31:03tu te mets au tricycle.
- 31:05Deux médailles d'argent.
- 31:0716 ans après l'accident quand même,
- 31:09c'est un long parcours.
- 31:11Sur la ligne d'arrivée,
- 31:12tu passes et qu'est-ce qui te traverse la tête à ce moment-là ?
- 31:16Le vrai truc où tu te dis
- 31:18« Ah, voilà ! »
- 31:20J'étais naturellement hyper contente d'être à Paris,
- 31:24de pouvoir concourir.
- 31:26Mais je suis certes très compétitive aussi,
- 31:28puisque j'ai au moins gagné toutes les courses une fois auparavant.
- 31:34Donc,
- 31:35évidemment,
- 31:35j'attendais un petit peu plus.
- 31:37Peut-être à Paris,
- 31:38certes,
- 31:39les catégories étaient différentes.
- 31:41Je le savais aussi.
- 31:44J'avais eu quelques soucis pendant ma course,
- 31:47notamment avec mon camelback qui n'a pas marché.
- 31:51Donc,
- 31:52je ne pouvais plus m'hydrater,
- 31:53etc.
- 31:53Donc j'étais aussi dans le dur.
- 31:58C'était une course compliquée,
- 31:59difficile,
- 32:01mais j'étais très contente avec ma médaille d'argent.
- 32:04Pour ce que j'ai vu faire,
- 32:06mais certes,
- 32:07c'était vraiment très compétitif.
- 32:08Donc,
- 32:09je visais bien entendu la première marche du podium.
- 32:13Et puis là,
- 32:13on continue.
- 32:14Puis,
- 32:14on verra bien ce qui va se passer ces prochaines années.
- 32:17Déjà,
- 32:17je suis vraiment ravie,
- 32:19l'année passée,
- 32:21en 2025,
- 32:22d'avoir fait les deux titres de championne du monde en contre-la-montre.
- 32:26Félicitations encore.
- 32:27Oui,
- 32:27merci.
- 32:28Merci beaucoup.
- 32:29Donc ça,
- 32:29c'était vraiment,
- 32:30on va dire,
- 32:32le top.
- 32:33de ma carrière cycliste.
- 32:35Et puis,
- 32:35on va continuer et voir où la suite me mènera.
- 32:39Mais en tout cas,
- 32:40je vise les Jeux de 2028.
- 32:45Je te souhaite d'y arriver en pleine forme et de représenter notre pays comme tu sais le faire.
- 32:50Mais quatre ans,
- 32:51on arrive à deux médailles d'argent.
- 32:53C'est clair que toi,
- 32:54la première place,
- 32:56tu ne l'as pas eue.
- 32:57Est-ce qu'aujourd'hui,
- 32:58avec les mois qui ont passé,
- 33:00est-ce qu'aujourd'hui tu te satisfais de ces deux médailles d'argent ?
- 33:03Tu dis,
- 33:03ah,
- 33:03je peux faire mieux.
- 33:05Oui,
- 33:05bien sûr,
- 33:05j'aurais pu faire mieux peut-être sur le moment.
- 33:08Si tout avait fonctionné correctement,
- 33:12je donnerais toujours mon maximum.
- 33:15Et tant que je suis capable de donner le meilleur de moi-même,
- 33:20de performer au mieux le moment présent,
- 33:23là,
- 33:23j'aurais effectué le bon boulot.
- 33:26C'est beau.
- 33:27Et tu as recommencé trois fois à zéro dans trois sports différents.
- 33:31À chaque fois que tu as perdu quelque chose,
- 33:33on perd des fois une identité,
- 33:35à travers un accident parfois,
- 33:36un objectif des années.
- 33:38Est-ce que tu penses que c'est toi qui as choisi ces épreuves ou c'est les épreuves qui t'ont choisi ?
- 33:43Alors,
- 33:43en fait,
- 33:44j'ai toujours réagi un petit peu selon les opportunités qui se sont présentées à moi aussi.
- 33:53J'ai vécu des grandes difficultés,
- 33:54je dirais même celle qui est la plus difficile et qui m'a touchée à plusieurs moments de ma vie,
- 34:00c'est celle de la dépression surtout.
- 34:02Après mon accident,
- 34:03il y avait tout de suite après la période où je ne voulais plus vivre,
- 34:06où je n'étais pas encore consciente.
- 34:08Mais il y a eu aussi deux,
- 34:10trois ans après,
- 34:12quand j'étais retournée chez moi après mes six mois d'hôpital et que je devais reprendre la vie courante.
- 34:22Ça,
- 34:22c'était une période très,
- 34:23très difficile parce que je devais aussi digérer une agression que j'avais vécue avant mon accident,
- 34:29donc abus sexuels.
- 34:31dont je n'avais encore jamais parlé.
- 34:32Donc,
- 34:33ça,
- 34:33c'est une difficulté supplémentaire.
- 34:36Et puis,
- 34:36finalement,
- 34:39je peux presque faire le rapprochement un peu avec la dépression,
- 34:41ce que j'ai vécu l'année passée après mes deux médailles d'or au championnat du monde.
- 34:48Ça a été vraiment ma meilleure ou mes meilleures performances.
- 34:54Là,
- 34:54j'ai eu une grande période où,
- 34:57justement,
- 34:57je devais retrouver une sorte d'identité.
- 35:00justement et une période dont j'ai beaucoup souffert pour retrouver vraiment la motivation et l'énergie nécessaire pour avancer,
- 35:10pour retourner à l'entraînement justement pour préparer la suite.
- 35:16Parce que tu touches le sommet,
- 35:18tu décroches des médailles d'or et là,
- 35:20tu as le gap,
- 35:21après tu as la chute.
- 35:22Souvent,
- 35:23il y a beaucoup d'athlètes qui disent j'ai une médaille d'or et après,
- 35:25qu'est-ce qu'on fait ?
- 35:27Et tu as souvent cette...
- 35:28dépression après post-Olympique ou tout ça.
- 35:32Oui,
- 35:32tu as eu des moments qui étaient très durs.
- 35:34Mais ça,
- 35:34c'est des choses où toi,
- 35:36ça a été lourd sur ta vie.
- 35:39C'est des choses que tu as utilisées comme essence pour avancer pas à pas.
- 35:44Bien sûr que c'est une période utile aussi.
- 35:47Et ça,
- 35:48il faut le dire,
- 35:49puisque ça nous permet de nous remettre en question et de mieux repartir,
- 35:55justement.
- 35:56Et pour toi ?
- 35:58Comment tu as fait pour t'en sortir à ce moment-là,
- 36:01quand on est dans le dark,
- 36:03dans ce côté vraiment rouge,
- 36:05noir,
- 36:06on n'est vraiment pas bien ?
- 36:07Qu'est-ce qu'on fait pour sortir de là ?
- 36:09Est-ce que tu as des conseils ?
- 36:11Alors j'ai la chance d'être très bien dans le souhait.
- 36:14Donc déjà,
- 36:14comme j'ai eu par exemple des difficultés avec l'alimentation,
- 36:20j'ai toujours mangé avec...
- 36:22je me suis organisée une manière à manger avec d'autres personnes.
- 36:27En même temps que moi,
- 36:27en tout cas pour les trois repas les plus importants.
- 36:30Tu as été t'entourer,
- 36:32tu as été chercher une vie sociale qui t'a fait du bien.
- 36:35Déjà avant les championnats du monde,
- 36:36puisque je craignais effectivement que c'était une période plus compliquée après,
- 36:40j'avais déjà établi des rendez-vous avec ma psychologue du sport,
- 36:45etc.
- 36:45pour prévoir déjà aussi la suite.
- 36:50Et puis effectivement,
- 36:53il faut bien s'entourer et il faut être aidé.
- 36:56Et ça,
- 36:57c'est quelque chose de tout à fait normal pour tout le monde.
- 37:01C'est vrai.
- 37:01Et il n'y a aucune honte à ça.
- 37:03S'entourer,
- 37:04c'est important.
- 37:05Et qu'est-ce que tu sais sur toi aujourd'hui que la Céline de 17 ans ne savait pas,
- 37:10que personne n'aurait pu te dire à l'époque ?
- 37:14Pas seulement qu'elle aurait fait tout ce qu'elle a fait,
- 37:19tous les défis qu'elle a pu relever,
- 37:22mais surtout la personne qu'elle est devenue.
- 37:26C'est beau.
- 37:27Dans Tout est possible,
- 37:28tu parles de la confiance à la vie,
- 37:31aux autres et à soi.
- 37:32C'est que pour toi aujourd'hui,
- 37:34faire confiance,
- 37:35après tout ce que tu as traversé,
- 37:37tu arrives à faire confiance.
- 37:38À la vie aussi et croire que tout est possible.
- 37:41Je crois à la vie.
- 37:43Je crois que les choses plus difficiles n'arrivent pas pour rien.
- 37:49C'est pour nous remettre sur le droit chemin et pour...
- 37:54continuer à bien avancer ou pour créer une nouvelle vie,
- 38:01un nouveau chapitre de sa vie,
- 38:03justement.
- 38:04Il y a parfois des opportunités qui arrivent.
- 38:08On ne peut pas tout laisser se dire.
- 38:09Il ne serait pas bon de tout les laisser passer également,
- 38:13mais on fait un choix le mieux possible et puis on avance.
- 38:18J'aime bien on avance.
- 38:20C'est vraiment quelque chose qu'on voit où on va toujours de l'avant.
- 38:23Tu ne parles jamais d'avant,
- 38:25mais toi tu parles toujours d'après.
- 38:27Tu vas toujours chercher ton gap,
- 38:29tu vas toujours chercher les objectifs.
- 38:30Et ça te permet toujours d'avoir un objectif long terme,
- 38:33de te mettre un cap.
- 38:34Et te dire,
- 38:35ben oui,
- 38:36ça,
- 38:36ça me pousse et ça me fait aller de l'avant et je ne reste pas dans l'histoire du passé.
- 38:39Beaucoup de personnes ont utilisé leur histoire comme excuse.
- 38:43Et toi,
- 38:43tu en as utilisé comme une force.
- 38:45Oui,
- 38:45on peut l'utiliser comme l'excuse,
- 38:48mais ça va servir à rien ou à...
- 38:52pas grand chose en tout cas,
- 38:55donc vraiment ce que j'aimerais dire c'est que tout est possible mais dans un sens comme dans l'autre et c'est soi-même par l'action qu'on entreprend au quotidien qu'on peut
- 39:06orienter sa vie dans la bonne direction.
- 39:08J'aime bien.
- 39:09Et c'est quoi un truc que les gens pensent de toi qui est complètement faux ?
- 39:12Ouh là !
- 39:16Alors,
- 39:16je dirais qu'il faut le demander aux autres personnes.
- 39:20Ok.
- 39:20On ne saura pas.
- 39:22Puisque personne n'est là.
- 39:25C'est quoi une journée où tu te sens vraiment toi ?
- 39:29Pas les titres,
- 39:30pas les objectifs,
- 39:30mais juste Céline.
- 39:32Une journée...
- 39:34où je vis ma passion,
- 39:36donc le sport,
- 39:37une journée où je peux voir les personnes que j'aime,
- 39:43une journée où je vis dans le moment présent,
- 39:48où je prends conscience de l'environnement,
- 39:52où je peux aller dans la nature,
- 39:55écouter les différents bruits,
- 39:58voir le paysage,
- 40:00ça c'est quelque chose qui me ressource beaucoup.
- 40:02Pour toi,
- 40:03c'est important ce moment présent,
- 40:05d'être toujours connecté,
- 40:06que ce soit à la personne ou à l'activité que tu fais.
- 40:10C'est vraiment quelque chose qui est presque une thérapie pour toi ?
- 40:13Je dirais que ça ne sert à rien de vivre dans le futur et de prévoir tout ce qui va arriver puisqu'on ne peut pas le faire.
- 40:22On peut prévoir des choses,
- 40:23mais ça ne sert à rien de tirer trop de plans sur la comète parce qu'il y aura toujours des choses imprévisibles qui vont survenir.
- 40:31Ça ne sert à rien.
- 40:33de trouver des excuses et de vivre dans le passé tout le temps.
- 40:38Par contre,
- 40:40j'aimerais vraiment revenir là-dessus.
- 40:42Il faut apprendre du passé.
- 40:44Et il faut pouvoir se remettre en question.
- 40:46Et ça,
- 40:47c'est hyper important pour la suite et pour l'avenir.
- 40:49Pas utiliser ça en excuse,
- 40:51mais de se dire,
- 40:51si ça m'arrive,
- 40:52c'est peut-être pas pour rien.
- 40:54C'est que je dois peut-être aller chercher plus en profondeur sur ce qui m'arrive.
- 40:58Voilà.
- 40:58Et puis en tirer une leçon.
- 41:00Oui.
- 41:01important,
- 41:02et c'est à savoir se remettre en question.
- 41:03Ce n'est pas toujours facile.
- 41:05Si quelqu'un t'écoute aujourd'hui,
- 41:07et qu'il est à son point zéro,
- 41:09comme toi,
- 41:09tu l'as vécu à plusieurs reprises dans ta vie,
- 41:13pas forcément un sportif,
- 41:14mais juste quelqu'un dont la vie s'est effondrée,
- 41:17qu'est-ce que toi,
- 41:17tu lui dirais ?
- 41:19Ce que je viens de te dire.
- 41:20Tu n'aurais pas un conseil vraiment clé en disant
- 41:24« Moi, ça,
- 41:24c'est ma clé qui m'a sauvé à ce moment-là » .
- 41:27Vis tout d'abord,
- 41:28et conscience de la chance.
- 41:30que tu as d'être là.
- 41:33Considère tout ce que tu as ou tout ce qui est autour de toi ou ce que tu peux aller chercher,
- 41:42comment tu peux t'entourer,
- 41:44les ressources que tu as.
- 41:47Utiliser les ressources qu'on a aujourd'hui,
- 41:49on a toutes ces technologies qui peuvent nous aider.
- 41:53Et parfois on se dit...
- 41:55La technologie ne fait pas tout.
- 41:56C'est clair.
- 41:57Mais elle peut nous accompagner.
- 41:59Elle peut nous accompagner,
- 42:01mais finalement,
- 42:01ce qui va déterminer comment on se sent,
- 42:05nos émotions,
- 42:06nos pensées et notre forme,
- 42:08finalement,
- 42:09ce ne sont pas les machines.
- 42:10C'est clair,
- 42:10c'est une introspection avec soi-même et souvent à travers la technologie,
- 42:14on va plutôt se perdre à poser des questions au lieu de faire une introspection en se disant
- 42:18« mais est-ce que moi j'ai un problème aujourd'hui ? »
- 42:20Ce n'est pas ChatGPT qui va répondre à ton état de comment tu te sens à l'intérieur,
- 42:25mais c'est toi seul qui peux répondre à ça.
- 42:27Je ne l'ai jamais fait encore,
- 42:29mais je pourrais essayer de lui poser la question.
- 42:31Tu me rediras.
- 42:33Et pour moi,
- 42:35si tu devais parler à la Céline du 30 juin 2008,
- 42:40celle qui vient de tomber,
- 42:42qui est plus morte que vivante,
- 42:43tu lui dirais quoi ?
- 42:45Crois en la vie.
- 42:47Crois en la vie.
- 42:48Et bats-toi.
- 42:49Parce que c'était un moment difficile,
- 42:51qu'aujourd'hui c'est encore quelque chose où tu y penses,
- 42:54où tu as réussi à vraiment...
- 42:56C'est derrière et tu avances.
- 43:00Quelque part,
- 43:01c'est derrière,
- 43:02mais quelque part,
- 43:02c'est toujours présent parce que c'est ce qui me fait avancer,
- 43:07en fait,
- 43:08aujourd'hui.
- 43:10C'est ce qui t'anime,
- 43:11au final.
- 43:11C'est mon plus grand moteur.
- 43:13Ça a été ton premier point zéro où tu t'es dit,
- 43:17si je n'avais pas eu ça,
- 43:18peut-être que je n'aurais pas eu cette carrière-là.
- 43:20Ah,
- 43:20mais bien sûr,
- 43:21j'en suis plus que convaincue.
- 43:23Si je n'avais pas eu cet accident,
- 43:26j'aurais...
- 43:26jamais considéré la vie telle qu'aujourd'hui.
- 43:32Et puis,
- 43:34j'aurais peut-être fait plein de belles autres choses.
- 43:37Qui sait ?
- 43:38Mais j'aurais en tout cas pas la vie que j'ai aujourd'hui.
- 43:42À l'époque,
- 43:42tu avais une idée d'une vie tracée si tu n'avais pas eu cet accident ?
- 43:46Écoute,
- 43:46à l'époque,
- 43:47j'avais beaucoup de facilités,
- 43:48des bonnes notes à l'école,
- 43:49je n'avais pas besoin d'apprendre,
- 43:51j'avais des bons résultats en sport.
- 43:55Oui,
- 43:55j'aurais voulu m'améliorer,
- 43:58progresser au niveau de l'équitation.
- 44:01Après,
- 44:02au niveau professionnel,
- 44:04j'aurais voulu soit faire des études de médecine,
- 44:07devenir chirurgienne du cœur,
- 44:09ou bien aller en droit.
- 44:11Donc finalement,
- 44:12j'avais une vie plus ou moins tracée,
- 44:16mais qui sait si j'allais réussir ou non ?
- 44:20Comment j'allais réagir face à l'échec ?
- 44:24Ça,
- 44:24c'est quelque chose que j'ai appris grâce à l'accident.
- 44:27Grâce à l'accident,
- 44:28tu sais à chaque échec,
- 44:29comment te dire je vais trouver la solution,
- 44:32j'avance.
- 44:32En fait,
- 44:33un échec n'est pas une fin,
- 44:34c'est seulement un passage obligatoire pour devenir plus fort.
- 44:38Bien sûr.
- 44:39Et s'il n'y a pas d'échec,
- 44:40on n'évolue pas.
- 44:42Non,
- 44:42s'il n'y a pas d'échec et si on ne fait pas face aux échecs,
- 44:46il n'y a pas de victoire.
- 44:47J'aime beaucoup cette phrase.
- 44:48Les échecs nous amènent à devenir meilleurs et nous amènent sur la bonne route.
- 44:52Et souvent,
- 44:53on se dit,
- 44:53oui,
- 44:54qu'est-ce que la vie a contre moi ?
- 44:56Souvent,
- 44:56il y a cette phrase de dire,
- 44:58pourquoi tu t'acharnes sur moi ?
- 44:59Tu serais la première à pouvoir le dire,
- 45:01mais pourtant,
- 45:02tu as appris,
- 45:03tu as avancé et tu n'as rien lâché.
- 45:05Oui,
- 45:05mais tu sais,
- 45:06ça ne vaut pas toujours la peine de se poser cette question et de s'acharner sur son sort.
- 45:11mieux travailler et continuer à se battre pour retrouver la vie.
- 45:14Et puis justement,
- 45:15j'irais à l'accident qui m'a donné cette force de combativité et cette volonté de me battre pour pouvoir évoluer,
- 45:28progresser,
- 45:29non seulement moi,
- 45:30mais aussi pour les autres et toutes les personnes que je représente,
- 45:34d'où mon engagement politique en tant que députée au Grand Conseil de la République et du canton de Genève.
- 45:41Dans l'association aussi ?
- 45:42Oui,
- 45:43exactement.
- 45:44L'association Tout est possible,
- 45:46que j'ai fondée et que je co-préside aujourd'hui,
- 45:49qui soutient le sport handicap,
- 45:52des bénéficiaires en situation de handicap,
- 45:54qu'ils aient qu'une jambe,
- 45:55qu'un bras,
- 45:56qu'ils soient aveugles ou en chaise.
- 45:57Finalement,
- 45:58c'est ensemble qu'on montre vraiment le meilleur exemple et qu'on montre que nos plus grandes difficultés peuvent devenir une source d'opportunité pour nous,
- 46:07mais aussi pour toutes les autres personnes.
- 46:09pour qui on peut être une source d'inspiration.
- 46:14J'aime beaucoup l'écosystème que tu as construit autour de toi,
- 46:16à travers tout le temps que tu donnes à la vie,
- 46:20parce que la vie,
- 46:21elle aurait pu basculer à un moment T,
- 46:23puis toi tu t'es dit,
- 46:24non,
- 46:25mais en fait,
- 46:25j'ai du temps,
- 46:26ce temps,
- 46:27il est précieux,
- 46:28et j'ai envie de le redonner à plein de choses.
- 46:31Et je trouve ça incroyable d'avoir fait ton association,
- 46:34redonner à des personnes la chance de pouvoir vivre.
- 46:38une carrière et forcément,
- 46:40ils n'ont pas forcément tous les moyens.
- 46:42Et toi,
- 46:42tu leur donnes les moyens d'avancer et de devenir meilleur en disant tout est possible,
- 46:47voilà,
- 46:48je suis là,
- 46:48je vais t'aider,
- 46:49je vais t'accompagner et tu peux suivre le même parcours que moi.
- 46:52Oui,
- 46:52exactement,
- 46:53puisque c'est un peu le sens que je donne à la vie.
- 46:58Et puis,
- 46:58pour parler de mon engagement militaire aussi,
- 47:01vu que je suis quand même en uniforme lors de l'enregistrement de ce podcast.
- 47:08C'est vrai que ça m'emmène à parler de l'inclusion.
- 47:11Je me bats pour une meilleure inclusion et une meilleure égalité des droits des personnes en situation de handicap depuis fort longtemps aujourd'hui.
- 47:22D'abord c'est un engagement militant,
- 47:24après en tant qu'élu,
- 47:26mais c'est aussi au quotidien,
- 47:28dans la vie de tous les jours.
- 47:31Et c'est vrai que j'ai fait l'objet d'un projet pilote au niveau de l'inclusion pour l'armée.
- 47:35j'ai fait une école de sous-officier
- 47:38En 2025,
- 47:39c'était un vrai défi pour moi,
- 47:43mais je suis très heureuse de l'avoir fait,
- 47:45de l'avoir réussi.
- 47:49Et puis aujourd'hui,
- 47:50de pouvoir poursuivre l'aventure militaire et j'ai envie de rejoindre une formation de combat prochainement.
- 48:01Et ça,
- 48:02ça va être mon prochain défi.
- 48:05au niveau de l'armée,
- 48:06et aussi toujours et encore pour pousser l'inclusion.
- 48:10J'aime beaucoup le message que tu donnes aujourd'hui.
- 48:13Merci beaucoup pour l'interview.
- 48:15Moi,
- 48:15j'ai juste une dernière question.
- 48:17On en a déjà parlé à plusieurs reprises,
- 48:19mais pour moi,
- 48:20aujourd'hui,
- 48:21si tu as un conseil d'une personne isolée ou une personne qui a parfois des idées noires,
- 48:25des idées compliquées,
- 48:28il y a le fait d'être suivi,
- 48:30mais des fois,
- 48:30on se sent seul au monde,
- 48:31on se sent seul par rapport à tous ces problèmes.
- 48:34Quel serait ton dernier conseil pour l'auditeur qui nous écoute,
- 48:38qui se dit
- 48:38« la vie j'en ai marre,
- 48:40c'est compliqué » ,
- 48:41est-ce que tu aurais un mot pour lui ?
- 48:43Quand on vit une sorte de dépression,
- 48:45ce qui est dur en fait,
- 48:48c'est qu'on n'a plus le contrôle de ses émotions et personne ne peut nous aider et ne peut les contrôler.
- 48:55Donc c'est nous quelque part qui devons trouver le déclic pour s'en sortir.
- 49:01Donc là,
- 49:01je dirais...
- 49:03Je dirais qu'il faut trouver le moyen de s'en sortir,
- 49:08trouver le sens de sa vie.
- 49:10Pourquoi on est là,
- 49:11ce qu'on a envie d'accomplir et pourquoi surtout.
- 49:15Notre fameux why,
- 49:16c'est ça.
- 49:18Je te remercie infiniment de ton temps.
- 49:20C'était un plaisir aujourd'hui de revenir à ma collère après plus de dix ans où je n'avais pas vu cet endroit.
- 49:25Mais vraiment,
- 49:26merci infiniment pour m'avoir reçu.
- 49:28Et je te dis à bientôt.
- 49:30Merci beaucoup à toi,
- 49:31c'était un plaisir.
- 49:32Merci.
- 49:38Derrière chaque invité que tu entends ici,
- 49:40il y a un moment rouge.
- 49:43Un moment où tout pouvait s'arrêter.
- 49:45et qui a tout changé.
- 49:47Parfois,
- 49:47une histoire vraie devient taboussole.
- 49:50Si cet épisode t'a bousculé,
- 49:53ne l'ignore pas,
- 49:54abonne-toi et partage-le avec quelqu'un qui traverse son moment rouge.
- 50:00Du rouge au renouveau,
- 50:02le cap se décide.