Latest / Habiter poétiquement le monde / EP 15 - Anaïs Gauthier - "Ce ne sont pas nos organismes qui sont défaillants, c'est le système"
Transcript
- 0:06Si vous aussi vous avez l'impression de manquer de souffle dans un quotidien à mille à l'heure,
- 0:11si l'état du monde vous questionne et que vous avez envie d'explorer de nouvelles façons d'être au monde et de faire société,
- 0:18alors vous êtes au bon endroit.
- 0:19Bienvenue dans le podcast Habiter poétiquement le monde.
- 0:23Je suis Claire Barberis-Giletti et dans ce podcast je parle à la des éclaireurs.
- 0:29Ces chercheurs
- 0:30artistes,
- 0:31explorateurs,
- 0:32thérapeutes qui nous relient à la beauté du vivant et proposent des pistes concrètes,
- 0:37sensibles pour créer un monde où il fait bon vivre en plus des interviews vous trouverez sur ce podcast des capsules poétiques sous la forme de courtes lectures et si le podcast vous inspire n'hésitez pas à en parler autour de vous à le suivre sur les réseaux sociaux ou à me laisser un commentaire ou une note sur les plateformes belle écoute !
- 1:05Aujourd'hui,
- 1:05je reçois Anaïs Gauthier,
- 1:06qui a fondé l'École d'écologie personnelle,
- 1:09une école qui cherche à nous relier au vivant,
- 1:12le vivant en nous et aussi à l'extérieur de nous.
- 1:14Anaïs est conférencière,
- 1:16poétesse et créatrice d'expériences de résonance au vivant,
- 1:20mais elle est surtout écrivaine.
- 1:22Je la reçois aujourd'hui pour parler de son livre « La stratégie du repos,
- 1:27se régénérer dans un quotidien surchargé » ,
- 1:29qui est paru en début d'année aux éditions Erol.
- 1:32On parle dans cet épisode de ce qui nous épuise individuellement et collectivement,
- 1:37de l'importance d'apprendre à se reposer,
- 1:39à se régénérer.
- 1:40Bonjour Anaïs.
- 1:42Bonjour Claire.
- 1:43Alors,
- 1:43pourquoi est-ce que tu as écrit ce livre pour commencer cette interview ?
- 1:47On a combien de temps ?
- 1:50J'ai écrit ce livre parce que j'ai vécu plusieurs épuisements,
- 1:54des grands épuisements,
- 1:55et ça a commencé très jeune,
- 1:56ça a commencé dans l'enfance.
- 1:58Je parle d'épuisement aussi bien physique que psychique.
- 2:01et émotionnelle.
- 2:02Et puis,
- 2:03du coup,
- 2:04au fil de mon parcours,
- 2:05parce que mon organisme a été poussé trop tôt,
- 2:08trop vite,
- 2:09trop loin,
- 2:11j'ai fait ce qu'on appelle un premier burn-out à l'âge de 20 ans pendant mes études qui a touché ma santé physique,
- 2:18la sphère digestive plus précisément.
- 2:20Et puis ensuite,
- 2:21dix ans plus tard,
- 2:22j'en ai vécu un second alors que je dirigeais mon agence d'architecture d'intérieur et de design à l'époque.
- 2:27Et là,
- 2:27ça a pris une forme différente.
- 2:29Ça a pris la forme d'une...
- 2:30profonde dépression qui a duré plusieurs années avant que j'arrive à en sortir.
- 2:36Et donc,
- 2:37c'est l'ensemble de ces épuisements qui m'ont poussée à essayer de comprendre déjà ce qui se passait,
- 2:42à essayer de trouver des techniques,
- 2:47on va dire des sparadraps pour aller mieux.
- 2:50Donc,
- 2:50en fait,
- 2:51ça m'a poussée à faire beaucoup de recherches,
- 2:53notamment dans la médecine,
- 2:55dans la biologie.
- 2:57Et puis,
- 2:58de fil en aiguille,
- 2:58je me suis rendue compte que,
- 2:59contrairement à ce que j'ai cru pendant longtemps,
- 3:02ce n'est pas mon organisme qui est défaillant,
- 3:04c'est le système dans lequel on est qui pousse à l'épuisement.
- 3:08Et que s'il y a une explosion exponentielle des burn-out,
- 3:12du surmenage,
- 3:13des dépressions,
- 3:13mais aussi de nombreux troubles civilisationnels,
- 3:18maladies civilisationnelles et troubles de la santé mentale,
- 3:21c'est parce qu'en fait,
- 3:21on les produit par notre vision du monde,
- 3:24notre rythme de vie.
- 3:25Et je pense qu'on va détailler...
- 3:27pour en dire beaucoup plus.
- 3:29Comment est-ce que tu es passée justement d'un constat d'épuisement individuel à faire le lien avec notre société et vraiment élargir ta perspective ?
- 3:41Je crois que ça s'est vraiment fait d'abord par la question du système digestif et de l'alimentation.
- 3:47C'est-à-dire que mon premier burn-out touchant,
- 3:51ébranlant vraiment le système digestif et la médecine allopathique Merci.
- 3:56à l'époque n'ayant pas grand chose à me proposer,
- 4:00si ce n'est de me dire attendez que ce soit plus grave et revenez nous voir,
- 4:03grosso modo.
- 4:04Avec en plus cette option que ça ne puisse pas aller mieux,
- 4:06donc c'était quand même assez angoissant.
- 4:08Du coup,
- 4:09j'ai commencé vraiment à m'intéresser à ce qui se passait dans notre intestin et je me suis rendu compte de fil en aiguille à quel point c'était lié à notre agriculture et comment notre agriculture,
- 4:21notre façon de cultiver,
- 4:22ce qu'on produit,
- 4:23ce qu'on mange,
- 4:24en fait,
- 4:24était lié à notre histoire.
- 4:26comment notre histoire est liée à nos traditions,
- 4:29et comment également la façon dont on produit,
- 4:31mais aussi la façon dont on transforme l'alimentation,
- 4:34dont on le transporte,
- 4:35dont on la stocke,
- 4:36dont on la prépare,
- 4:37etc.,
- 4:38est liée à notre industrialisation.
- 4:40Et donc en fait,
- 4:41c'est vraiment par là que j'ai commencé à me rendre compte qu'en réalité,
- 4:46j'étais pas un individu complètement isolé et hermétique à l'environnement,
- 4:51mais qu'au contraire,
- 4:52en fait,
- 4:53j'étais une espèce de membrane complètement.
- 4:55poreuse et façonnée par mon environnement.
- 4:57Et du coup,
- 4:58de fil en aiguille,
- 4:59ça m'a poussée après à aller questionner cette porosité sur d'autres sujets.
- 5:07Et mon expérience,
- 5:08dix ans plus tard,
- 5:09quand je suis partie seule en Alaska dans la nature,
- 5:12pour essayer de me sortir de cette dépression dans laquelle j'étais,
- 5:17là,
- 5:17si tu veux,
- 5:18j'ai vécu...
- 5:20Ce qu'un auteur,
- 5:22dont j'arrive jamais à retrouver le nom,
- 5:24a appelé le sentiment océanique,
- 5:26c'est-à-dire que j'ai vécu plusieurs fois des expériences qui vont paraître très étranges dites comme ça,
- 5:33mais je précise que je n'avais pris aucune substance,
- 5:36pas de psychotropes,
- 5:36j'avais pas bu,
- 5:38j'avais pas fait d'exercice de respiration,
- 5:40pranayama et compagnie,
- 5:41rien de tout ça.
- 5:42J'étais simplement dans un moment où j'avais un temps libre quasi,
- 5:47enfin pas infini,
- 5:48mais j'avais beaucoup,
- 5:49beaucoup de temps.
- 5:49temps libre et j'étais dans la marche et la contemplation majoritairement toute la journée et j'ai vécu cette espèce de sensation plusieurs fois que mon corps se dissolvait,
- 6:01qu'il disparaissait et ça a duré je sais pas combien de temps,
- 6:04pas très longtemps,
- 6:05au bout d'un moment évidemment tu reviens et en fait ce phénomène là il peut s'apparenter aussi un peu à ce que certains astronautes évoquent
- 6:16quand ils sont dans l'espace et qu'ils découvrent la planète,
- 6:18ce qu'on appelle l'overview effect,
- 6:20cette espèce de sensation tout d'un coup de faire partie intégrante de la toile du vivant,
- 6:26de l'univers,
- 6:27on peut l'appeler un peu comme on veut,
- 6:29de l'environnement dans lequel tu es.
- 6:31Et donc ça,
- 6:32ça m'a poussée à continuer mes recherches sur cette porosité avec un angle plus psychologique et plus aussi psychique.
- 6:40Quand tu fais ce voyage en Alaska,
- 6:43tu es donc très fatiguée ?
- 6:46Tu prends cette décision de voyager suite à,
- 6:48comme tu l'expliques,
- 6:50un sentiment d'épuisement généralisé.
- 6:54Ce voyage commence à ouvrir des portes.
- 6:56Est-ce qu'il est suffisant pour te permettre de te régénérer ?
- 6:59Ou est-ce que c'est que finalement le déclenchement,
- 7:01le premier pas,
- 7:03pour ensuite te lancer dans un chemin de régénération plus complet ?
- 7:12Je partais pas complètement de rien,
- 7:14parce que si tu veux,
- 7:15avec mon expérience précédente,
- 7:16quand j'étais étudiante,
- 7:17j'avais déjà appris à réintégrer la sieste,
- 7:21j'avais déjà appris que le sommeil était important.
- 7:26Donc si tu veux,
- 7:26même si j'ai eu une espèce de rechute,
- 7:29parce que j'étais en train de diriger mon agence,
- 7:31que c'était dur de la lancer,
- 7:34de la faire tourner,
- 7:35j'avais quand même déjà un peu des bases,
- 7:38du coup,
- 7:38qui me sont revenues,
- 7:40que j'ai réappliquées quand j'étais en Alaska.
- 7:42Je dirais que là où l'Alaska a vraiment provoqué une bascule importante,
- 7:47c'est que ça m'a fait renouer avec ce qui était vraiment important pour moi quand j'étais enfant.
- 7:53Tu vois,
- 7:53la petite Anaïs,
- 7:55avant qu'elle évacue tout un tas de choses parce qu'elle se rendait compte que les adultes ne s'y intéressaient pas et que ce n'était pas du tout ce qu'on encourageait autour d'elle.
- 8:06Et je parle de la contemplation,
- 8:08de la poésie,
- 8:09de la lenteur aussi.
- 8:11J'ai aussi redécouvert mon rythme.
- 8:15Il y a plein de choses qui me sont revenues.
- 8:17C'est à ce moment-là que je me suis rappelée que quand j'étais enfant,
- 8:20sur tous mes bulletins scolaires,
- 8:21dès le CP,
- 8:23c'était marqué
- 8:24« a du potentiel,
- 8:25mais beaucoup trop lente » .
- 8:28Et donc,
- 8:28en fait,
- 8:29j'ai compensé.
- 8:31Et à la maison,
- 8:32c'était pareil.
- 8:32Ma mère me disait
- 8:34« il faut aller plus vite,
- 8:35tout le temps plus vite,
- 8:36plus vite » .
- 8:37Et quand tu es lent au travail,
- 8:38si tu veux faire la même quantité de travail que les autres,
- 8:41tu te retrouves à étendre ton temps de travail.
- 8:45Donc,
- 8:45si tu veux,
- 8:46j'ai renoué avec tout ça.
- 8:47Et franchement,
- 8:48ça a vraiment été un catalyseur important.
- 8:51Après,
- 8:52je suis rentrée,
- 8:52j'avais des contrats.
- 8:55J'ai continué encore une année de faire tourner mon agence d'architecture après cette pause de trois mois.
- 8:59Donc,
- 8:59évidemment qu'il y a plein de choses du quotidien qui sont revenues.
- 9:03Mais j'avais quand même déjà changé beaucoup de choses.
- 9:06J'avais libéré mon vendredi après-midi,
- 9:09je ne prenais plus les coups de téléphone,
- 9:11je passais une certaine heure.
- 9:14J'apprenais aussi à prendre de la distance avec les événements,
- 9:21à ne pas réagir à chaud.
- 9:23Il y avait déjà quand même une forme de transformation qui s'opérait.
- 9:29Et puis par contre,
- 9:30après,
- 9:30c'est vraiment quand j'ai décidé un an après d'arrêter.
- 9:34Ah oui,
- 9:34puis si,
- 9:35autre chose.
- 9:36j'ai décidé de me faire accompagner.
- 9:37Je me suis aussi rendue compte que toute seule,
- 9:41ça allait être dur.
- 9:42Et donc,
- 9:42j'ai décidé de me faire accompagner sur une partie plutôt qui n'était pas du tout la partie régénération,
- 9:49etc.
- 9:50Ça,
- 9:50je l'ai fait seule.
- 9:51Mais par contre,
- 9:52je me suis fait accompagner sur identifier mes talents profonds,
- 9:56qu'est-ce qui me nourrit,
- 9:57qu'est-ce qui m'intéresse,
- 9:59parce que je ne savais plus vraiment,
- 10:00en fait.
- 10:02Et donc,
- 10:02j'ai fait un travail d'exploration,
- 10:05puis après...
- 10:05consolidation en étant accompagnée par différentes personnes.
- 10:09Du coup,
- 10:09la même année que j'ai continué mon agence,
- 10:11et puis après,
- 10:12fin 2019,
- 10:13quand j'ai décidé d'arrêter de fermer,
- 10:14là,
- 10:14c'était vraiment le grand saut dans le vide.
- 10:16Je ne sais pas ce que je vais faire.
- 10:18Et puis,
- 10:18le confinement passé par là,
- 10:21ça m'a du coup donné un peu plus de temps que ce que j'avais imaginé pour trouver.
- 10:27Pour rentrer un petit peu plus dans ton livre,
- 10:30tu fais plusieurs constats dans la première partie de ton livre.
- 10:35Et un des constats,
- 10:36c'est que nous sommes dans une société qui épuise.
- 10:40Qu'est-ce qui,
- 10:41selon toi,
- 10:42nous épuise,
- 10:43nous fatigue tant aujourd'hui ?
- 10:44Je pense qu'il y a vraiment ce...
- 10:46Cette expérience généralisée de fatigue,
- 10:48alors avec des spectres différents,
- 10:51on peut être un peu fatigué,
- 10:52on peut être vraiment épuisé,
- 10:54ça peut varier d'un jour à l'autre.
- 10:55Mais voilà,
- 10:56qu'est-ce qui a changé par rapport à il y a 50 ans et qui pourrait expliquer ce degré de fatigue partagé par beaucoup de gens aujourd'hui ?
- 11:03En fait,
- 11:04il y a tellement de choses que je ne sais jamais trop par où commencer.
- 11:10Alors,
- 11:11parce que quand tu dis qu'est-ce qui a changé ?
- 11:13depuis 50 ans,
- 11:14parce qu'il y a des choses qui ont changé depuis plus longtemps que ça.
- 11:17Je dirais que,
- 11:20tu vois,
- 11:20par exemple,
- 11:21l'identification au travail qui est très forte,
- 11:24vraiment,
- 11:25et particulière en France.
- 11:26Ce n'est pas le cas dans d'autres pays.
- 11:29Mais en France,
- 11:30on se présente en disant « je suis mécanicien »
- 11:33ou « je suis manager » .
- 11:35Donc,
- 11:35on s'identifie vraiment à son travail.
- 11:37Ça,
- 11:37c'est extrêmement important.
- 11:40Je pense aussi que Et...
- 11:42Il y a une espèce d'accélération,
- 11:45de la dévalorisation de nos organismes physiques,
- 11:51de leurs ressentis,
- 11:55comme si,
- 11:55si tu veux,
- 11:56la rationalité,
- 11:57l'intellect,
- 11:58la pensée étaient nécessairement supérieures au corps.
- 12:03Et les philosophes des Lumières,
- 12:05si tu veux,
- 12:06en ça,
- 12:06nous ont quand même bien ancré là-dedans.
- 12:09Et puis évidemment,
- 12:10après,
- 12:10avec l'industrialisation,
- 12:12il y a eu une accélération du rapport entre temps écoulé et production,
- 12:19avec les usines,
- 12:19les chaînes de production,
- 12:20etc.
- 12:22Ça,
- 12:22ça a aussi beaucoup contribué à accélérer la cadence.
- 12:26Et puis,
- 12:29il faut dire quand même que,
- 12:31en tout cas,
- 12:32ma génération,
- 12:33moi je suis née à la fin des années 80,
- 12:36on a presque toujours été dans une crise.
- 12:40et que du coup on vit dans un environnement qui est mouvant.
- 12:44Moi je me souviens que déjà quand j'étais petite,
- 12:46avec la télévision on avait accès à tout ce qui se passait de l'autre côté de la planète,
- 12:51mais c'était au journal de 20 heures,
- 12:52tu vois,
- 12:52moi quand j'étais petite.
- 12:54Bon aujourd'hui tu regardes n'importe quel écran,
- 12:56n'importe quel smartphone,
- 12:58tu as toutes les horreurs qui se passent partout dans le monde.
- 13:02Ça c'est extrêmement anxiogène,
- 13:04on n'a pas un système nerveux qui est fait pour pouvoir,
- 13:07si tu veux.
- 13:09agréger toute cette masse à la fois d'informations et aussi de mauvaises nouvelles.
- 13:14Il faut dire que les médias majoritairement mettent en avant ce qui est le plus catastrophique.
- 13:21Notre système nerveux est tout le temps en état d'alerte.
- 13:25Plus l'insécurité financière,
- 13:28la paupérisation,
- 13:31la peur de perdre son travail.
- 13:33Le fait que le monde soit de plus en plus mouvant,
- 13:36ça accentue
- 13:38le fait que nous soyons de plus en plus souvent en système nerveux qui est branché en mode survie,
- 13:45comme s'il y avait vraiment un danger qui pourrait être un danger mortel et qui effectivement dans certains cas peut l'être.
- 13:54Et puis c'est encore pire là depuis que l'IA a infiltré nos vies parce qu'aujourd'hui se rajoute l'angoisse.
- 14:02Il y avait déjà les fake news,
- 14:03mais alors là maintenant se rajoute l'angoisse dès qu'on lit quelque chose.
- 14:07qu'on voit une image,
- 14:07mais alors est-ce que c'est vrai ?
- 14:09Est-ce que c'est une
- 14:10IA ? On est un peu perdu dans un espèce de bain qui nous paraît complètement flou.
- 14:17Et puis,
- 14:17je crois aussi que l'isolement social,
- 14:19et ça,
- 14:20c'est quelque chose effectivement qui est arrivé après la Seconde Guerre mondiale,
- 14:28vraiment avec les familles qui se sont isolées dans des petits pavillons,
- 14:33familles nucléaires,
- 14:34enfin cellules nucléaires.
- 14:36Il y a une perte totale des liens et qui,
- 14:40du coup,
- 14:40accentue l'identification au travail.
- 14:42Alors,
- 14:42si tu sens que tu risques de perdre ton travail ou de ne plus être compétent ou de ne pas être assez rapide,
- 14:46etc.,
- 14:47c'est une catastrophe.
- 14:49Mais je crois que ça,
- 14:49c'est aussi un élément extrêmement important.
- 14:52Il y a beaucoup d'études qui montrent à quel point la solitude pèse et fragilise terriblement notre santé mentale.
- 15:01Oui,
- 15:01c'est un paradoxe dont on parle beaucoup,
- 15:04mais qui quand même persiste,
- 15:05c'est-à-dire qu'on a beau être extrêmement connectés,
- 15:07on est en fait de plus en plus isolés.
- 15:10Et ce que j'ai trouvé aussi super intéressant dans ton livre,
- 15:13à un moment donné,
- 15:13tu parles d'un scientifique ou philosophe qui soulignait qu'effectivement,
- 15:18cette promesse des technologies de nous faire gagner du temps parce que nous faire gagner en efficacité est fausse,
- 15:25parce qu'en fait,
- 15:26plus on va gagner sur quelque chose,
- 15:27plus on va devoir répondre à d'autres impératifs.
- 15:29Plus on est lancé dans cette roue du hamster qui ne s'arrête pas.
- 15:33Complètement.
- 15:34Et tu vois,
- 15:34je parlais il n'y a pas plus de deux jours avec des personnes qui sont encore dans le métier de l'architecture et qui me disaient que là,
- 15:43avec l'arrivée de l'IA,
- 15:45ils ne savaient pas vraiment à quelle sauce ils allaient être mangés parce que du coup,
- 15:48tout d'un coup,
- 15:49si tu veux,
- 15:49ils sont en concurrence avec des cabinets qui sont capables de te sortir des projets avec des 3D de malade en peut-être
- 15:5610 fois,
- 15:56100 fois moins de temps que ce que tu peux.
- 15:59peux faire en tant qu'humain,
- 16:01il y a cette espèce de croyance ou de volonté de vouloir suivre le rythme de nos technologies.
- 16:12Pour moi,
- 16:13c'est la technologie qui nous impose notre rythme de vie et notre rythme de production dans le sens de création de valeur.
- 16:20Et à mon sens,
- 16:21ça devrait être l'inverse.
- 16:23Et c'est ce que je propose avec la stratégie du repos,
- 16:26c'est de partir de nous en tant
- 16:27qu'être humain,
- 16:28être vivant avec nos propres rythmes et comment on peut utiliser nos technologies pour que ça nous allège.
- 16:34Mais si on se bat sur la vitesse de ces technologies pour créer notre mode de vie,
- 16:41notre quotidien,
- 16:42évidemment qu'on va à l'épuisement très,
- 16:45très vite.
- 16:46Oui,
- 16:46parce qu'on adopte un rythme de machine qui,
- 16:49tu le mentionnes à plusieurs reprises,
- 16:51n'est pas du tout notre rythme de vivant.
- 16:53Et d'ailleurs,
- 16:54tu insistes beaucoup sur cette dimension de vivant on...
- 16:57de vitalité.
- 17:09Et une autre question que je voulais te poser,
- 17:11même si j'ai des éléments de réponse.
- 17:13Pourquoi est-ce que,
- 17:14selon toi,
- 17:14c'est si difficile de ralentir ?
- 17:16Parce qu'on le sait,
- 17:17on l'entend.
- 17:18Parfois,
- 17:19on voit bien qu'on arrive quand même à un niveau de fatigue qui peut être important.
- 17:24Et pourtant,
- 17:25ça...
- 17:26coin.
- 17:27Alors là,
- 17:28c'est encore multifactoriel,
- 17:29mais de toute façon,
- 17:30comme tout ce qu'on va aborder aujourd'hui,
- 17:33et je n'ai pas la prétention d'être exhaustive dans mes réponses,
- 17:36parce que je sais que c'est vraiment systémique,
- 17:39mais effectivement,
- 17:40il y a un point important,
- 17:42c'est que ralentir,
- 17:44s'offrir la pause,
- 17:46ça donne ce sentiment de se désynchroniser.
- 17:49C'est un peu ce qu'on disait,
- 17:50si tout le monde court dans sa roue de hamster et que toi,
- 17:53tout d'un coup,
- 17:53tu dis « je sors » ,
- 17:55Que ce soit pour dix minutes,
- 17:57une heure,
- 17:57une semaine ou un mois,
- 17:59tu vas avoir l'impression potentiellement de manquer quelque chose et surtout de te mettre en danger.
- 18:04C'est-à-dire qu'eux,
- 18:05ils continuent de produire,
- 18:06ils continuent de courir et toi,
- 18:09tu te dis mise en danger et l'individualisme sur lequel est bâti notre société capitaliste pousse à ça.
- 18:16C'est-à-dire que comme on a perdu en plus tout le maillage relationnel,
- 18:20l'entraide,
- 18:20la solidarité,
- 18:22bah oui.
- 18:22En gros,
- 18:23si tu décides de faire un pas de côté,
- 18:26c'est ton problème.
- 18:27Assumes-en les conséquences,
- 18:29même si ça peut être pour des raisons aussi physiques,
- 18:33biologiques,
- 18:34de maladies.
- 18:35La deuxième raison,
- 18:36c'est que cette désynchronisation,
- 18:38comme on est des animaux sociaux qui sont donc faits pour vivre ensemble,
- 18:42elle active dans notre cerveau les mêmes zones qu'une douleur physique.
- 18:48c'est-à-dire que le rejet…
- 18:51En fait,
- 18:51en te mettant un peu à l'écart,
- 18:53en faisant un pas de côté,
- 18:55tu peux avoir ce sentiment de ne plus faire partie du groupe,
- 18:57de personne qui va courir après le temps,
- 18:59par exemple.
- 19:00Et du coup,
- 19:01ça,
- 19:01ce sentiment-là,
- 19:02il va activer dans le cerveau les mêmes zones qu'une douleur physique.
- 19:06Et on est fait biologiquement pour éviter au maximum d'avoir mal.
- 19:11Donc,
- 19:11naturellement,
- 19:12si tu veux,
- 19:12on ne va pas aller se mettre dans une situation qui va provoquer cette douleur.
- 19:18Ensuite,
- 19:18notre cerveau et notre système nerveux sont...
- 19:20conditionnés par notre environnement et notre environnement et notre éducation dès la petite enfance nous apprend à avoir ce rythme-là.
- 19:29C'est-à-dire que ça nous apprend à être des bons petits soldats qui vont mettre de côté les besoins de nos organismes au profit du contrat social,
- 19:37c'est-à-dire de la production pour le collectif.
- 19:40Et donc ça,
- 19:42ça parle de la malléabilité de notre cerveau et de notre système nerveux.
- 19:47Donc la bonne nouvelle c'est que si on peut le faire dans un sens,
- 19:49on peut le faire dans l'autre,
- 19:51mais ça demande une rééducation.
- 19:53Et donc ça demande du temps,
- 19:55ça demande de l'entraînement,
- 19:57ça demande de s'entourer de personnes qui vont aller dans ce même sens,
- 20:01de se dire « moi j'ai envie de retrouver un rythme qui soit plus à la hauteur de mon organisme humain plutôt que de continuer de courir après je ne sais quoi » .
- 20:09Et quand je dis « ça demande de s'entourer de gens » ,
- 20:11ce n'est pas un hasard,
- 20:13c'est aussi parce que nous nous co-régulons nerveusement.
- 20:17Si tu veux,
- 20:17nos systèmes nerveux se répondent en effet miroir.
- 20:21Donc ça veut dire que si je suis toute seule dans un groupe de gens qui n'arrêtent pas de courir après le temps,
- 20:26qui sont complètement débordés,
- 20:27qui estiment qu'un agenda surchargé,
- 20:31c'est signe de réussite,
- 20:32etc.
- 20:33Eh bien du coup,
- 20:34toute seule,
- 20:35je ne vais pas pouvoir lutter,
- 20:36si tu veux.
- 20:36Si je suis entourée de ces gens-là,
- 20:38à un moment donné,
- 20:39je vais forcément,
- 20:40mon système nerveux va forcément se mettre à niveau avec le leur.
- 20:43C'est d'ailleurs en partie ce qui m'a fait quitter une association d'entrepreneurs dans laquelle...
- 20:48Par ailleurs,
- 20:49je trouvais plein de choses super,
- 20:50mais au bout d'un moment,
- 20:51j'étais tellement désynchronisée que j'ai fini par partir parce que c'était trop inconfortable pour moi de rester dans cet environnement.
- 20:59Là encore une fois,
- 21:00c'est pareil aussi dans l'autre sens.
- 21:02Donc plus je vais être entourée de gens qui vont faire cette démarche d'être attentif à la façon dont ils se régénèrent,
- 21:09d'essayer de diminuer ce qui au contraire les épuise,
- 21:14voire même les parasite complètement.
- 21:17Plus du coup,
- 21:18ça va être facile parce qu'on va se co-réguler,
- 21:20on va s'entraîner,
- 21:21ça va être plus confortable en fait.
- 21:24Donc tu vois,
- 21:24toutes ces raisons font que c'est vraiment un aller-retour entre ton intériorité,
- 21:29ce que tu vis,
- 21:29ce que tu sens en tant qu'individu,
- 21:31mais aussi le collectif.
- 21:35Et oui,
- 21:36tu expliques justement dans ce livre à quel point notre santé,
- 21:42elle ne peut pas être détachée.
- 21:44de celles des autres vivants ou du vivant en général plus largement que nous.
- 21:49En quoi est-ce que justement nos santé respectives,
- 21:52elles sont liées ?
- 21:55Tout à l'heure,
- 21:55je t'ai parlé de l'alimentation,
- 21:56qui est une bonne porte d'entrée pour comprendre ça.
- 22:00Si tu veux,
- 22:01en fait,
- 22:01nous sommes des organismes qui vivent en grande partie grâce à des communautés qui nous habitent,
- 22:08qui sont les microbiotes,
- 22:09qui sont des communautés constituées de bactéries,
- 22:12de virus.
- 22:15et la plus importante siège dans notre système digestif,
- 22:17mais on en a aussi dans la bouche,
- 22:19dans le nez,
- 22:20dans les yeux,
- 22:20sur la peau,
- 22:22toutes les muqueuses et dans certains organes.
- 22:26Et ces microbiotes,
- 22:28ils sont en relation constante avec les microbiotes qui habitent nos environnements.
- 22:33Donc sur les surfaces,
- 22:35dans l'air,
- 22:36les microbiotes des plantes.
- 22:38Tu vois,
- 22:38si je mange une carotte,
- 22:39par exemple,
- 22:40eh bien je vais profiter du microbiote.
- 22:43de cette carotte.
- 22:44Alors,
- 22:44pas tout,
- 22:45parce que je vais la laver,
- 22:46etc.
- 22:47Mais quand même,
- 22:48alors que si je mange un aliment complètement transformé,
- 22:52il n'y aura pas vraiment de microbiote.
- 22:55Et il y a une chercheuse allemande qui dit qu'on serait en bien meilleure santé si on mettait les crèches de nos enfants dans des fermes.
- 23:02Justement,
- 23:03parce qu'aujourd'hui,
- 23:04si tu veux,
- 23:05il y a eu tellement cette volonté d'aseptisation de l'environnement qu'en fait,
- 23:12on s'est amputé sans se rendre compte d'une partie de la biodiversité invisible qui en réalité habite nos environnements et nous habite aussi et c'est intéressant parce que on dit beaucoup dans les communautés que pour qu'une communauté soit une
- 23:28communauté ou même une entreprise ou une société que pour que ce soit équilibré vivant,
- 23:35que ça fonctionne il faut de la diversité on parle de la biodiversité des sols
- 23:40pour qu'une forêt puisse pousser,
- 23:42etc.
- 23:43Mais c'est exactement pareil pour notre organisme.
- 23:46On a besoin de cette biodiversité.
- 23:48Et donc,
- 23:49si la biodiversité à l'extérieur de nous est en train de s'effondrer,
- 23:53naturellement,
- 23:54la nôtre s'effondre aussi.
- 23:56Et il y a de plus en plus d'études qui montrent des liens entre un manque de diversité,
- 24:01notamment au niveau du microbiote digestif,
- 24:04avec des maladies comme Alzheimer,
- 24:07comme la dépression.
- 24:08comme le TDAH,
- 24:12les troubles du spectre autistique.
- 24:14Et donc,
- 24:15c'est un domaine,
- 24:15si tu veux,
- 24:16qu'on ne connaît pas encore parfaitement,
- 24:18mais sur lesquels,
- 24:19quand même,
- 24:20ces dernières années,
- 24:20il y a eu beaucoup d'avancées et qui montrent à quel point,
- 24:23en fait,
- 24:24on a besoin de cette richesse,
- 24:27de cette diversité pour vivre autant que des plantes pour pousser,
- 24:33que des animaux pour être en bonne santé,
- 24:35etc.
- 24:36On s'épuise,
- 24:37nous.
- 24:38Individuellement,
- 24:38collectivement,
- 24:39on épuise aussi le vivant.
- 24:40Tu parles pas mal de cette dimension d'extraction qui se retrouve beaucoup dans les logiques de production actuelles,
- 24:47à tous les niveaux,
- 24:48et qui contribue vraiment à affaiblir tous les écosystèmes,
- 24:53y compris le nôtre,
- 24:54y compris les nôtres.
- 24:55Complètement,
- 24:56et moi je trouve ça intéressant parce qu'on parle beaucoup des ressources planétaires et des limites planétaires,
- 25:01et je trouve ça vraiment intéressant,
- 25:03en tout cas moi c'est mon approche si tu veux,
- 25:05de faire le parallèle avec nos organismes,
- 25:07et c'est pour ça que je parle de ressources immatérielles invisibles,
- 25:10en parlant de notre temps,
- 25:12de notre énergie ou vitalité,
- 25:14selon le mot que tu préfères,
- 25:16et de notre présence,
- 25:18et je trouve ça intéressant si tu veux,
- 25:20de mettre de la conscience sur le fait que...
- 25:23Eh bien,
- 25:23effectivement,
- 25:24quand on exploite,
- 25:25par exemple,
- 25:26dans une carrière à Flandre-Falaise,
- 25:27tu vois,
- 25:28moi,
- 25:28je suis dans les Alpes,
- 25:29il y a des carrières où on extrait de la matière.
- 25:33En fait,
- 25:33on extrait tout un tas de matériaux,
- 25:36enfin,
- 25:37plutôt de matière vivante,
- 25:39pour en défaire ce qui nous intéresse.
- 25:43Et tout le reste va être jeté,
- 25:44et puis tout ça,
- 25:45ça laisse une plaie béante dans le paysage,
- 25:47dans le tissu des écosystèmes qui habitaient là avant qu'on arrive,
- 25:51tu vois.
- 25:52et
- 25:52Moi,
- 25:52je trouve ça intéressant de se demander,
- 25:54du coup,
- 25:55nous,
- 25:55notre vie,
- 25:56notre mode de vie,
- 25:57nos carrières,
- 25:58tu vois,
- 25:59au sens carrière professionnelle,
- 26:01comment est-ce qu'elles emploient nos ressources qui ne sont pas stockables,
- 26:05qui ne sont pas réutilisables une fois qu'on les a dépensées,
- 26:08etc.
- 26:09Donc,
- 26:10de temps,
- 26:10d'énergie et de présence.
- 26:12Et puis aussi,
- 26:12quelles traces ça laisse,
- 26:13en fait ?
- 26:14Quelles traces ça laisse dans nos vies ?
- 26:16Quelles traces ça laisse dans nos corps ?
- 26:18Quelles traces ça laisse dans nos psychés ?
- 26:20Quelles traces ça laisse peut-être dans nos relations ?
- 26:22Tu vois,
- 26:22je pense à,
- 26:24dans le milieu entrepreneurial,
- 26:25il y a beaucoup de gens qui sont arrivés presque à l'âge de la retraite et qui parlent de leurs entreprises avec énormément d'affection,
- 26:33etc.
- 26:34Mais qui aussi racontent qu'ils n'ont pas vu grandir leurs enfants,
- 26:38qu'ils ont perdu leurs amis de vue,
- 26:39etc.
- 26:40Donc voilà,
- 26:41tout est une question de conscience,
- 26:43en fait.
- 26:44Et donc,
- 26:45moi,
- 26:46j'ai envie d'inviter à...
- 26:48mettre de la conscience sur ce que j'appelle ces ressources immatérielles invisibles,
- 26:53et aussi sur nos propres limites.
- 26:56Au même titre que la planète a ses propres limites,
- 27:01en tant qu'être vivant,
- 27:02nous sommes mortels,
- 27:03c'est hyper dur.
- 27:03Moi aussi,
- 27:04des fois,
- 27:04j'ai vachement de mal quand je pense à ça.
- 27:08C'est hyper dur d'accepter qu'on a un temps de vie qui va être limité,
- 27:12qu'on ne sait pas pour combien de temps,
- 27:13etc.
- 27:15C'est vraiment l'angoisse existentielle de l'être humain,
- 27:17d'être conscient de ça.
- 27:19Et néanmoins,
- 27:21je pense que c'est hyper important d'être attentif à quelle est la limite à ne pas dépasser pour ne pas tomber malade,
- 27:31ne pas abîmer mon organisme,
- 27:33ne pas faire des choses que je n'ai pas envie de faire.
- 27:36Par exemple,
- 27:37je sais que j'ai une limite sociale.
- 27:41j'ai trop de relations sociales,
- 27:42au bout d'un moment,
- 27:43je vais devenir,
- 27:44en fait,
- 27:45hyper désagréable.
- 27:46Je vais devenir désagréable,
- 27:47je vais être enfermée,
- 27:48etc.
- 27:49Est-ce que j'ai envie d'offrir ça,
- 27:51tu vois,
- 27:51aux autres et de m'imposer ça ?
- 27:53Ce n'est pas intéressant,
- 27:54en fait.
- 27:55Ni pour le monde,
- 27:56ni pour moi.
- 27:57Et donc,
- 27:57il vaut mieux que je respecte ma limite et puis que,
- 28:00du coup,
- 28:00j'aille au contact des relations sociales dans la dose qui est la bonne dose pour moi.
- 28:06Bon,
- 28:06ton livre s'appelle quand même « La stratégie du repos »
- 28:08et je me suis dit,
- 28:08bon...
- 28:09finalement,
- 28:09c'est quoi le repos ?
- 28:10Parce que c'est quand même la base et tu l'abordes et tu soulignes que parfois,
- 28:14ce qu'on appelle le repos,
- 28:15ce n'est pas du repos.
- 28:17Donc,
- 28:17pour toi,
- 28:17qu'est-ce que c'est le repos ?
- 28:19Alors,
- 28:19je vais commencer par te donner une définition assez courte.
- 28:22Je dirais que c'est tout acte qui te régénère.
- 28:25Et j'entends par là qui,
- 28:26du coup,
- 28:27fait sortir ton système nerveux du mode survie,
- 28:29du surengagement ou du mode survie danger imminent.
- 28:34Mais quand j'ai dit ça,
- 28:35ça ne dit pas grand-chose.
- 28:36Du coup,
- 28:37si tu veux,
- 28:38pour moi,
- 28:38il y a plusieurs dimensions.
- 28:39Donc,
- 28:39il y a honorer nos limites dont je viens de parler.
- 28:42Je ne vais pas revenir dessus.
- 28:43Mais par contre,
- 28:44honorer nos limites qui sont individuelles,
- 28:48qui sont mouvantes,
- 28:50à la fois avec les journées,
- 28:51avec la vie,
- 28:52avec les saisons,
- 28:53avec les événements,
- 28:54etc.
- 28:55En fait,
- 28:55pour pouvoir les honorer,
- 28:56il faut les entendre.
- 28:57Donc,
- 28:57en fait,
- 28:58pour les entendre,
- 28:58il faut les sentir.
- 28:59C'est par le corps que ça passe.
- 29:01Donc,
- 29:01la stratégie du repos,
- 29:02c'est hyper charnel,
- 29:04en fait,
- 29:05comme proposition.
- 29:06C'est vraiment prendre son corps comme boussole.
- 29:09Et donc,
- 29:09c'est réapprendre à entrer en relation avec son corps,
- 29:13à enrichir,
- 29:16si tu veux,
- 29:16notre appréhension qui est très mentale de nous-mêmes.
- 29:19Je ne sais plus qui disait qu'on est comme des cerveaux qui se déplacent tout seuls,
- 29:25du travail à la maison,
- 29:26machin,
- 29:27et qu'en fait,
- 29:27on n'a pas vraiment besoin de corps.
- 29:29Moi,
- 29:29justement,
- 29:30ma proposition,
- 29:31c'est de revenir dans ce corps,
- 29:32de sentir ce que c'est que d'être.
- 29:35un être vivant incarné,
- 29:37ce qui du coup n'est pas nécessairement confortable,
- 29:40parce que autant ça peut être très agréable,
- 29:44tu vois,
- 29:45tu es sur un transat ou à la plage,
- 29:47tu sens le soleil sur la peau,
- 29:49voilà,
- 29:50ça peut...
- 29:50ou tu es dans un,
- 29:51je ne sais pas,
- 29:52dans un bain bouillonnant et tu vois...
- 29:54Ça effleure tes sens.
- 29:56Ça peut être super agréable.
- 29:58Mais il y a aussi plein de fois où ce n'est pas du tout confortable d'être dans son corps.
- 30:02On ressent plein de trucs qui ne sont pas agréables.
- 30:04Des personnes comme moi,
- 30:05par exemple,
- 30:05peuvent avoir des douleurs chroniques,
- 30:06etc.
- 30:08Donc,
- 30:08c'est aussi faire face à ça.
- 30:09C'est d'ailleurs aussi pour ça que souvent,
- 30:12c'est la volonté qui prend le dessus.
- 30:13Donc,
- 30:13c'est vraiment se relier à sa sensorialité,
- 30:16à ses ressentis,
- 30:18se réconcilier avec cette dimension charnelle.
- 30:22Et ça va avec donner du crédit à ce que nous dit notre corps.
- 30:27Et ça,
- 30:27c'est assez disruptif dans une société qui est entièrement construite sur ce qui a de la valeur,
- 30:34c'est ce qui peut être prouvé scientifiquement,
- 30:37mesuré,
- 30:38qualifié,
- 30:39étiqueté dans une catégorie et où le charnel est complètement évacué.
- 30:46Et puis j'ajouterais que la stratégie du repos,
- 30:49ça implique aussi...
- 30:50d'apprendre à s'aimer en dehors de la productivité.
- 30:53Donc quand je te dis c'est redonner du crédit à ce que donne notre corps,
- 30:58en fait si tu pousses un peu plus loin,
- 30:59ça veut dire finalement retrouver la valeur intrinsèque de la vie.
- 31:04Et donc retrouver la valeur intrinsèque de la vie,
- 31:07c'est estimer que ma vie a de la valeur,
- 31:10que tout comme la tienne,
- 31:11tout comme n'importe quelle vie.
- 31:14Alors on pourrait commencer par les vies humaines,
- 31:16tu vois,
- 31:16pour les personnes qui sont dans cette optique-là.
- 31:20Mais en fait,
- 31:21moi,
- 31:21ma volonté,
- 31:22c'est de se dire,
- 31:23en fait,
- 31:24ma vie humaine n'a pas plus de valeur qu'une vie d'un autre être,
- 31:27tu vois,
- 31:28d'une autre forme de vie terrestre.
- 31:30Donc,
- 31:31c'est redonner de la valeur,
- 31:33retrouver cette valeur intrinsèque à la vie.
- 31:35Et ça offre,
- 31:36du coup,
- 31:37ça offre et en même temps,
- 31:38ça nécessite que cette valeur de la vie ne soit pas corrélée à une performance,
- 31:47à une image qu'il faudrait remplir.
- 31:50à des critères qu'il faudrait remplir.
- 31:53Et je pense notamment aux minorités,
- 31:56aux personnes qui sont porteuses d'un handicap,
- 31:59etc.,
- 31:59qui souffrent beaucoup de cette conformité qui donne de la valeur comme si une vie avait plus de valeur qu'une autre.
- 32:09Donc c'est vraiment se reconstituer une identité à part entière qui soit détachée de ce que je produis,
- 32:17de ce que je performe.
- 32:21de l'image qu'on a de moi.
- 32:23Et ça,
- 32:24je pense que c'est le travail de toute une vie.
- 32:27Dans le livre,
- 32:27je donne des exercices,
- 32:29des choses qui m'ont beaucoup aidée.
- 32:32Mais je pense que c'est quelque chose qu'on part de tellement loin.
- 32:36Je pense que c'est quelque chose qui s'entretient.
- 32:40Et puis,
- 32:40on pourrait terminer par deux choses qui sont importantes quand même à dire.
- 32:47Pour moi,
- 32:48la stratégie du repos,
- 32:49c'est vraiment sculpter un quotidien qui soit soutenant pour nos organismes.
- 32:56Et donc,
- 32:59comme je suis à l'écoute de ce que mon corps me dit,
- 33:01de ce qu'il m'envoie comme informations,
- 33:03c'est surfer sur ses rythmes,
- 33:06sur ses envies,
- 33:07sur ses aspirations,
- 33:08et accepter les moments où il y a moins d'énergie,
- 33:12ou au contraire,
- 33:13j'ai besoin de ralentir.
- 33:16Peut-être qu'il y a même moins d'envie de faire des projets,
- 33:19etc.
- 33:20Donc,
- 33:21c'est aussi accueillir les périodes de doute,
- 33:23autant que les périodes d'enthousiasme,
- 33:26d'abondance,
- 33:27de projets qui peuvent du coup s'apparenter à l'été,
- 33:30les périodes plutôt de doute plutôt à l'hiver.
- 33:34Donc,
- 33:34c'est accueillir toutes nos saisons,
- 33:35en fait.
- 33:36Tout comme les quatre saisons ont leur importance dans le cycle du renouveau végétal,
- 33:44animal,
- 33:45etc.
- 33:46Et puis,
- 33:47je crois que c'est stratégique parce que vraiment,
- 33:52en étant dans un environnement qui n'aide pas,
- 33:55qui n'a pas envie qu'on se repose parce que concrètement,
- 33:59ça veut dire moins produire,
- 34:01ça veut dire moins consommer.
- 34:03En réalité,
- 34:04si tu veux,
- 34:04le système capitaliste,
- 34:05ça ne lui rend pas tellement service qu'on aille vers une société qui réintègre pleinement la régénération qui découle du repos.
- 34:13Et donc,
- 34:13pour moi,
- 34:14c'est stratégique parce que ça demande à un moment donné de faire le pas,
- 34:18en fait,
- 34:19et de se dire j'ai envie de choyer le repos,
- 34:22j'ai envie de le défendre aussi bien pour moi que pour mon entourage,
- 34:27que pour,
- 34:28tu vois,
- 34:29les personnes même qui peuvent être plus larges.
- 34:31Et puis,
- 34:32comme je te disais tout à l'heure,
- 34:33plus on est nombreux à vivre ça,
- 34:36plus ça va être confortable,
- 34:37plus ça va être facile.
- 34:49Une question que je me suis posée...
- 34:52À la fin de ton livre et en préparant cette interview aussi,
- 34:56qui est plutôt liée au travail,
- 34:57quand on est salarié,
- 34:58on doit se soumettre,
- 35:00ou en tout cas coller à un rythme de travail qui est toujours le même,
- 35:03avec des horaires qui sont précis,
- 35:05pas forcément toujours la possibilité de faire des pauses,
- 35:08de faire des siestes.
- 35:09Et puis,
- 35:10voilà,
- 35:10en fonction des entreprises dans lesquelles on travaille,
- 35:12un rythme qui est plus ou moins rapide.
- 35:15Et puis,
- 35:16quand on est en freelance ou en indépendant,
- 35:18on peut aussi se retrouver avec...
- 35:21une pression quand même,
- 35:22une pression financière de devoir générer du chiffre d'affaires et donc se retrouver pareil dans un rythme de travail qui est très rapide.
- 35:30Je me suis demandé comment on fait pour sortir de ça.
- 35:33Évidemment,
- 35:34je sais que tu n'as pas de baguette magique,
- 35:35personne n'a de baguette magique,
- 35:37mais je sais que toi,
- 35:37tu as réussi quand même à créer un cadre de vie et notamment un cadre professionnel qui est beaucoup plus respectueux de tes besoins.
- 35:45Tu dis d'ailleurs dans le livre que tu travailles entre 2 et 4 heures par jour,
- 35:48donc je suppose que ça dépend des périodes.
- 35:50Mais voilà,
- 35:50du coup,
- 35:51selon toi,
- 35:51comment est-ce qu'on peut allier le repos,
- 35:56ou en tout cas un rythme qui est plus lent,
- 35:58avec quand même le fait de répondre à certains besoins matériels et qu'on ne peut pas vraiment faire disparaître ?
- 36:05En fait,
- 36:06je dirais que,
- 36:07comme tu l'as dit,
- 36:08il n'y a pas de baguette magique.
- 36:09C'est-à-dire que je pense qu'il n'y a pas de méthode applicable à tout le monde.
- 36:14Si tu veux,
- 36:15moi,
- 36:15ce que j'observe,
- 36:16c'est que dans les personnes que j'accompagne en individuel,
- 36:19De façon assez surprenante,
- 36:21je ne sais pas si c'est surprenant,
- 36:23parce que du coup,
- 36:23tu me dis,
- 36:24en fait,
- 36:24ils en ont vraiment besoin,
- 36:25mais j'ai pas mal de salariés qui viennent à titre individuel,
- 36:28tu vois,
- 36:29me voir.
- 36:31Et j'ai aussi,
- 36:31effectivement,
- 36:32des indépendants et des dirigeants.
- 36:34En fait,
- 36:35le travail n'est pas le même.
- 36:36Si tu veux,
- 36:37si tu es indépendant ou dirigeant,
- 36:39tu vas peut-être au début avoir une marge d'action qui paraît plus importante.
- 36:44Mais en réalité,
- 36:45quand tu es salarié,
- 36:46il y a aussi tout un tas de possibilités.
- 36:48Ce qui est dur au départ,
- 36:50c'est d'être tout seul en fait.
- 36:52Ce qui est vraiment dur,
- 36:53c'est d'être tout seul à faire ce chemin,
- 36:55de commencer à aller identifier les choses qui sont trop en fait pour ton organisme,
- 37:01là où il faut du coup peut-être faire moins,
- 37:04ou faire différemment,
- 37:06ou faire sur un autre rythme.
- 37:08Du coup quand tu as identifié ça en tant qu'indépendant,
- 37:11c'est plus facile de le faire,
- 37:14parce que tu maîtrises mieux ton organisation et que...
- 37:18Tu peux faire de la pédagogie auprès des clients.
- 37:20Moi,
- 37:20tu vois,
- 37:20à l'époque où j'avais encore mon agence d'architecture,
- 37:23j'avais déjà mis en place des choses pour éviter certains travers qui étaient très spécifiques à mon métier,
- 37:30à mon secteur.
- 37:31Et c'est un secteur dans lequel il est normal de mettre sous pression les gens,
- 37:37dans lequel il est normal d'avoir des délais intenables,
- 37:40et dans lequel il est normal,
- 37:42du coup,
- 37:43pour un client,
- 37:44d'appeler son architecte et puis de lui dire
- 37:46J'ai changé d'avis,
- 37:48ça,
- 37:48ça doit être fait demain et machin et tout.
- 37:50Donc en fait,
- 37:51moi,
- 37:51j'avais construit un cadre contractuel avec l'aide d'une avocate.
- 37:55Je n'ai pas fait ça toute seule,
- 37:56mais si tu veux,
- 37:57j'ai expliqué à mon avocate les limites que je ne voulais pas dépasser.
- 38:01Et on a créé un cadre qui partageait la responsabilité avec le client.
- 38:06Donc très concrètement,
- 38:07ça voulait dire quoi ?
- 38:08Ça voulait dire que contrairement à beaucoup d'agences qui absorbaient le fait que leurs clients...
- 38:14leur donnent les informations au dernier moment,
- 38:16voire même dépassent les délais.
- 38:19Et donc,
- 38:19en fait,
- 38:19si tu veux,
- 38:20eux,
- 38:20ils se retrouvent à travailler la nuit pour réussir à respecter leur calendrier contractuel.
- 38:25En fait,
- 38:26moi,
- 38:27le délai du client,
- 38:28si tu veux,
- 38:30déplaçait mon calendrier.
- 38:33C'était contractuel dès le départ.
- 38:34Si tu voulais travailler avec moi,
- 38:36et d'ailleurs,
- 38:37tu vois,
- 38:38si j'avais une mission aujourd'hui avec un calendrier sur plusieurs mois,
- 38:41etc.,
- 38:41je continuerais de faire ça.
- 38:43C'est-à-dire que...
- 38:44Tu as besoin de plus de temps pour me donner les informations dont j'ai besoin ?
- 38:48Pas de problème.
- 38:49Tu prends le temps dont tu as besoin.
- 38:51Mais par contre,
- 38:51ça ne va pas réduire mon temps à moi de travail.
- 38:55Ça va déplacer les échéances.
- 38:58En général,
- 38:58quand tu fais ça,
- 39:00soit ils respectent leur calendrier,
- 39:02soit ils ne le respectent pas et toi,
- 39:04ça ne change rien pour toi.
- 39:05Donc en fait,
- 39:06tout dépend.
- 39:07Ça,
- 39:07c'est un exemple hyper concret.
- 39:10Mais c'était pour te montrer comment est-ce que du coup,
- 39:12en fonction de là où on est,
- 39:13Il y a des choses qui sont possibles.
- 39:15J'ai rencontré il n'y a pas très longtemps un monsieur d'une cinquantaine d'années qui travaille dans un très gros groupe et qui disait
- 39:23« Moi, à un moment donné,
- 39:25je ne pouvais plus manger devant mon ordinateur et cravacher tout le temps. »
- 39:29Il a décidé qu'il allait faire la sieste.
- 39:31Et il a commencé à faire la sieste dans son bureau.
- 39:34Et de fil en aiguille,
- 39:35avec les années,
- 39:36il y a de plus en plus de gens qui sont venus lui dire
- 39:38« Ah là là,
- 39:39mais t'as tellement raison,
- 39:40mais moi aussi. »
- 39:41Et il a fini par obtenir une salle de sieste.
- 39:43Et du coup,
- 39:44c'est intégré spatialement,
- 39:49il y a un espace pour ça,
- 39:50mais c'est aussi intégré dans la culture de l'entreprise.
- 39:53Ça,
- 39:53c'est hyper important,
- 39:55qu'il est possible d'aller faire la sieste à n'importe quel moment de la journée.
- 40:00Donc,
- 40:00si tu veux,
- 40:02tout dépend là où on est.
- 40:03Il y a plein de choses qui sont possibles.
- 40:06Moi,
- 40:06il y a aussi une chose qui est importante et qui est assez taboue quand même en France,
- 40:11et on revient sur cette question de limite,
- 40:14c'est aussi d'accepter de se limiter.
- 40:17Et il y a des entreprises qui l'ont fait.
- 40:19Tu vois,
- 40:19je pense à l'entreprise Loom,
- 40:21qui est dirigée par Julia Ford,
- 40:22qui est une entreprise de vêtements,
- 40:24qui prend souvent la parole publiquement pour dire qu'ils ont plafonné leur chiffre d'affaires,
- 40:28qu'ils ont plafonné leur production,
- 40:30qu'ils ont restreint la zone géographique de vente de leurs vêtements.
- 40:36Ça,
- 40:36c'est aussi quelque chose...
- 40:38Si tu veux,
- 40:38moi,
- 40:38la première chose que j'ai faite quand je me suis dit,
- 40:42en fait,
- 40:43j'ai besoin de travailler moins,
- 40:45le truc le plus rapide...
- 40:46c'était de réduire mes dépenses.
- 40:49Et donc,
- 40:50j'ai réduit,
- 40:50si tu veux,
- 40:51mes dépenses.
- 40:53Je ne vis pas dans une maison de 300 mètres carrés avec un crédit de 600 000 euros sur le dos,
- 40:58tu vois.
- 40:58Et ça,
- 40:58c'est quand même important de le dire.
- 41:01Je n'ai pas trois enfants.
- 41:03Enfin,
- 41:03tu vois,
- 41:04il y a aussi des charges qui peuvent être annexes.
- 41:09Et moi,
- 41:09je suis très inspirée par les gens qui font ça de façon assez radicale.
- 41:13Donc ça,
- 41:13c'est très personnel.
- 41:16Moi,
- 41:16je trouve que ça me donne une latitude.
- 41:18Je me dis « waouh,
- 41:19le chemin que j'ai à parcourir pour aller… »
- 41:21Et je donne des exemples,
- 41:22d'ailleurs,
- 41:22dans le livre de personnes très radicales,
- 41:25notamment un homme qui a carrément vécu sans argent pendant un certain temps.
- 41:31Parce que pour moi,
- 41:33c'est aussi en ça que c'est cet aller-retour perpétuel entre l'individu et le collectif,
- 41:38c'est-à-dire qu'il y a certaines choses qui peuvent être faites à l'échelle individuelle et moi j'accompagne à ça.
- 41:45Mais il ne faut pas perdre de vue qu'il y a aussi,
- 41:49bien sûr,
- 41:50une transformation collective qui doit se faire.
- 41:52Moi,
- 41:52si tu veux,
- 41:53mon rêve,
- 41:54c'est que plus on va être nombreux à mettre en place des choses à échelle individuelle,
- 41:57plus on va faire masse et plus,
- 41:59du coup,
- 42:00il y a des bascules qui vont se faire à échelle collective.
- 42:05Oui,
- 42:05c'est important,
- 42:06effectivement,
- 42:07de le mentionner.
- 42:07Et tu le rappelles à plusieurs reprises dans ton livre.
- 42:10Tu soulignes que ce n'est pas...
- 42:14Il n'y a pas de volonté,
- 42:16au contraire,
- 42:17de mettre tout le poids sur l'individu,
- 42:19de culpabiliser les gens en leur disant « Vous faites ci,
- 42:21donc du coup vous fatiguez,
- 42:22donc vous épuisez » ,
- 42:23mais bien de comprendre toutes les ramifications,
- 42:25tout le système qui contribue à un moment donné à un état de fatigue.
- 42:28Peut-être une dernière question.
- 42:31Qu'est-ce que tu conseillerais comme ça à un auditeur ou une auditrice qui serait très fatiguée ?
- 42:38Ce serait quoi une ou deux pistes que tu pourrais conseiller ?
- 42:43Alors,
- 42:43je dirais que vraiment le truc le plus rapide,
- 42:46le plus facile,
- 42:47c'est les petits exercices que j'ai mis dans le livre de régulation du système nerveux.
- 42:52Tu en as expérimenté ou pas ?
- 42:54Oui,
- 42:54moi,
- 42:54j'avais déjà commencé à travailler avec le système nerveux.
- 42:56Donc,
- 42:57je trouve que c'est utile.
- 42:59Après,
- 42:59ça dépend du degré de fatigue.
- 43:00Je trouve que si je suis très fatiguée,
- 43:02ça ne va pas suffire.
- 43:04Moi,
- 43:04je dirais que ça,
- 43:04c'est une première piste parce que ça prend juste quelques minutes.
- 43:08C'est pour ça que je dis ça.
- 43:09Ça ne te rajoute pas,
- 43:10si tu veux,
- 43:11une contrainte.
- 43:13supplémentaires.
- 43:14Et sinon,
- 43:15en fait,
- 43:16parfois,
- 43:19se régénérer,
- 43:21c'est pas forcément...
- 43:22Ah,
- 43:22évidemment,
- 43:23quelqu'un qui est complètement épuisé va avoir besoin de temps.
- 43:26Et d'ailleurs,
- 43:27moi,
- 43:27je vois beaucoup de gens,
- 43:28et notamment dans le salariat,
- 43:30qui n'osent pas prendre des arrêts de travail.
- 43:34Et là,
- 43:34je vais pas me faire des amis en disant ça,
- 43:36mais en fait,
- 43:38la réalité,
- 43:39c'est que...
- 43:41Si votre organisme ne peut plus,
- 43:42il ne peut plus,
- 43:43quoi,
- 43:43en fait.
- 43:44Et ça ne rend pas service de rester au bureau.
- 43:48Il vaut mieux prendre le temps dont on a besoin.
- 43:51Et ça demande parfois de traverser la culpabilité,
- 43:54même la honte,
- 43:55tu vois.
- 43:56Moi,
- 43:56j'ai déjà ressenti,
- 43:57tu vois,
- 43:59pas dans la situation d'un arrêt de travail,
- 44:00mais ça m'est arrivé de ressentir de la honte liée à mon besoin de régénération.
- 44:04Je sais très bien ce que c'est.
- 44:05Ce n'est pas confortable,
- 44:07mais à un moment donné,
- 44:08c'est vraiment...
- 44:10Faire un choix d'amour,
- 44:11en fait.
- 44:12Tu vois ?
- 44:12Faire un choix d'amour pour soi.
- 44:14Et je sais que c'est hyper dur parce qu'on n'apprend pas du tout à s'aimer.
- 44:18Moi,
- 44:18je dirais que peut-être,
- 44:19à ce moment-là,
- 44:20tu vois,
- 44:21une première chose à faire,
- 44:22ça pourrait être de se dire,
- 44:24dans la journée,
- 44:26prendre trois minutes,
- 44:26tu vois,
- 44:27pour se dire,
- 44:27je suis la personne la plus importante de ma vie.
- 44:29Parce qu'en fait,
- 44:29concrètement,
- 44:30même vos enfants,
- 44:31votre conjoint,
- 44:32en fait,
- 44:33ne va pas vous accompagner.
- 44:35toute votre vie.
- 44:36Vous êtes vraiment la seule personne avec qui il va falloir dealer toute votre vie jusqu'au bout.
- 44:42Et du coup,
- 44:44de quoi j'ai besoin en fait aujourd'hui ?
- 44:46Tu vois ?
- 44:47Et ça peut être juste de prendre le temps de savourer une tasse de thé.
- 44:52de prendre le temps de vous asseoir devant une fenêtre et de regarder le vent dans les arbres.
- 45:00Ou peut-être de ne pas prendre ce coup de téléphone et de se dire « je vais le rappeler demain parce que là,
- 45:06je n'ai pas besoin de ça » .
- 45:09Des petites actions qui font la différence,
- 45:11qui sont aussi un peu symboliques.
- 45:14Complètement,
- 45:15bien sûr.
- 45:16Et puis en plus,
- 45:16plus on le fait,
- 45:18comme notre cerveau et notre système nerveux sont malléables,
- 45:20plus on le fait.
- 45:21plus ça va devenir confortable.
- 45:23C'est normal au début que ce ne soit pas confortable.
- 45:25Et il ne s'agit pas du tout de s'auto-flageller.
- 45:28Tout ce qui commence à être des petites voix qui nous flagellent,
- 45:35qui nous disent « non,
- 45:35ce n'est pas bien,
- 45:36tu ne devrais pas être en train de faire ça »
- 45:37en fait,
- 45:38là déjà,
- 45:38on n'est plus dans la régénération.
- 45:40Donc il vaut mieux faire tout petit au début.
- 45:43Pour terminer,
- 45:44est-ce que tu pourrais nous dire quelques mots sur tes différentes casquettes,
- 45:46nous parler justement des accompagnements que tu proposes et puis aussi de la tournée que tu es en train de déployer autour de ton livre ?
- 45:53Oui,
- 45:53merci beaucoup Claire pour cette question.
- 45:55Écoute,
- 45:57donc là,
- 45:57je viens de faire un mois de tournée,
- 45:59j'ai une dizaine de dates autour de la stratégie du repos.
- 46:02Je fais une petite pause,
- 46:05je vais faire des dates autour de chez moi sur le mois qui arrive et beaucoup moins.
- 46:10partir ensuite sur d'autres dates et il y a d'autres dates qui sont en préparation et donc ça,
- 46:18j'encourage à venir parce qu'il ne s'agit pas juste d'un talk sur le livre.
- 46:24Il y a une petite partie introductive où je prends la parole,
- 46:27mais c'est très expérientiel.
- 46:30Il y a un atelier vraiment où je fais vivre des expériences de régénération du système nerveux qui ne sont pas dans le livre et puis je suis accompagnée d'un musicien qui est euh...
- 46:39qu'on porte le même nom,
- 46:40mais on ne se connaissait pas encore il y a deux ans.
- 46:42Ce n'est pas mon mari qui s'appelle Étienne Gauthier et qui m'accompagne et on fait vivre une expérience de régénération profonde pendant 20 minutes accompagnée par sa musique en live.
- 46:53Donc voilà,
- 46:54vraiment j'encourage à aller voir les dates et c'est mis à jour régulièrement sur mon site vive-du6essentiel.com
- 47:02Sur la page d'accueil,
- 47:03il y a une page agenda avec toutes les infos qui sont mises à jour régulièrement.
- 47:07Et puis,
- 47:07que te dire d'autre ?
- 47:08Je suis en train de commencer à préparer un stage.
- 47:11Alors,
- 47:12je n'ai pas encore les dates.
- 47:13Peut-être au mois de juin ou sinon cet automne.
- 47:16Je suis en train de voir avec des lieux.
- 47:17Donc,
- 47:18j'aimerais et j'ai eu la demande de lecteurs pouvoir offrir une expérience plus approfondie,
- 47:24pouvoir aussi peut-être accompagner dans du cas par cas,
- 47:27tu vois,
- 47:28tout en ayant la puissance du collectif.
- 47:31Donc,
- 47:31ça,
- 47:31c'est en train de se préparer.
- 47:32Donc,
- 47:33à suivre.
- 47:34Ce sera mis sur le site et puis sur mon LinkedIn.
- 47:37Et puis sinon,
- 47:38bien sûr,
- 47:39je continue les accompagnements.
- 47:40Et là,
- 47:40tu vois,
- 47:41au mois de mai,
- 47:41comme je vais moins bouger,
- 47:42je vais du coup me recentrer sur des accompagnements en individuel,
- 47:46des personnes avec qui c'est déjà prévu.
- 47:49Donc,
- 47:49accompagnement en individuel.
- 47:51Et puis,
- 47:52il y a également des accompagnements collectifs.
- 47:55Tout est sur mon site de l'École d'écologie personnelle.
- 47:59Ok,
- 47:59super.
- 48:00Merci beaucoup,
- 48:01Anaïs.
- 48:01Et j'invite du coup tous les auditeurs et auditrices à se procurer ton livre que je trouve vraiment très,
- 48:07très,
- 48:07très intéressant.
- 48:08La stratégie du robot apprendre à se régénérer dans un monde surchargé.
- 48:12Je mettrai tous les liens vers ton site,
- 48:14ton compte Insta,
- 48:15LinkedIn et aussi vers le livre dans la description de l'épisode.
- 48:18Merci beaucoup,
- 48:19Anaïs.
- 48:20Merci beaucoup,
- 48:20Kier.