Latest / Flammes des années 80. Le podcast qui allume la femme. / Écrire pour les femmes : entre théâtre, roman et émotions – Emmanuel Robert-Espalieu
Transcript
- 0:03Flamme des années 80,
- 0:05le podcast qui allume la femme.
- 0:09Bonjour,
- 0:10alors on est toujours en décembre et on reçoit encore des hommes sous cette tente.
- 0:15Et ce soir,
- 0:15on a la chance de recevoir Emmanuel Robert Espaglieu.
- 0:19Est-ce que tu veux te présenter ?
- 0:21Bonsoir.
- 0:22Bonsoir.
- 0:24Emmanuel Robert Espaglieu,
- 0:25je suis écrivain,
- 0:27théâtre et roman.
- 0:31puis metteur en scène et directeur de compagnie,
- 0:36aujourd'hui.
- 0:37Et tu as eu une ancienne carrière ?
- 0:39De photographe.
- 0:42Pendant plus de 20 ans,
- 0:43j'étais photographe de répétition de pièces de théâtre,
- 0:47uniquement.
- 0:48Et portraitiste aussi,
- 0:49quand même un peu,
- 0:50de comédien et d'écrivain.
- 0:52Et comment tu as décidé de changer,
- 0:54enfin pas de changer,
- 0:55mais d'écrire en fait ?
- 0:58J'ai pas décidé du tout.
- 1:02J'ai agrémenté mes images de texte à une époque.
- 1:06J'étais absolument pas littéraire,
- 1:07je n'ai pas de formation littéraire.
- 1:09Et l'écriture est venue comme un support d'images.
- 1:14Et puis un jour,
- 1:17un ami qui faisait des spectacles pour enfants m'a demandé de venir faire des photos de son spectacle à Avignon,
- 1:23c'était en 92.
- 1:25Et j'y suis allé,
- 1:26j'ai découvert le Festival d'Avignon,
- 1:27j'ai fait des photos de son spectacle et d'autres spectacles qui étaient dans la même salle toute la journée.
- 1:32Et puis un travail sur le spectacle de rue.
- 1:35Et puis je suis reparti avec tout ça,
- 1:36en ne sachant pas trop bien ce que j'avais vécu.
- 1:39Et entre temps,
- 1:40j'étais encore en fac et je rentrais en DESS,
- 1:44un DESS de gestion des affaires culturelles qui était sous la direction de Robert Abirached à l'époque,
- 1:48qui ne vous dira rien,
- 1:49c'est trop jeune.
- 1:50C'était l'ancien directeur du Festival d'Avignon et directeur de théâtre au ministère de la Culture.
- 1:55Et je lui ai montré mes photos en lui disant,
- 1:57voilà ce que j'ai fait,
- 1:57que vous en pensez.
- 1:58Il m'a dit,
- 2:00est-ce que vous voulez que je vous les montre à Ferreux d'Arcier,
- 2:02qui était à l'époque le directeur du Festival d'Avignon.
- 2:06Et je lui ai dit,
- 2:07bon ouais.
- 2:07Tant qu'à faire.
- 2:11Mais sans vraiment avoir de velléité d'en faire quoi que ce soit d'autre.
- 2:14Parce qu'à l'époque,
- 2:15j'étais encore dans l'hésitation entre vivre de la photographie ou continuer à faire des études qui m'auraient permis de gagner beaucoup d'argent et de ne pas avoir les problèmes que j'ai aujourd'hui.
- 2:24et
- 2:25La vie d'artiste ?
- 2:28Et donc voilà.
- 2:28Et puis le févreux d'Arcier m'a donné une carte d'autorisation de circuler dans les coulisses du IN,
- 2:36plutôt.
- 2:37Ça,
- 2:37c'était en 93.
- 2:39J'y suis retourné avec mes petits appareils.
- 2:41J'ai même emmené mon laboratoire photo que j'ai monté là-bas.
- 2:44Un peu comme vous l'attendent.
- 2:45Sauf que je transformais le sud où je louais en laboratoire.
- 2:49Et je shootais la journée,
- 2:50je développais la nuit.
- 2:53Et c'est comme ça que j'ai rencontré Jacques Lassalle à la Comédie Française,
- 2:55Lavelli pour La Colline,
- 2:57Lukasiewski,
- 2:58Philippe Adrien,
- 3:00Stavisky,
- 3:00tous ces gens-là de l'époque.
- 3:03Et tout d'un coup,
- 3:04je me suis retrouvé au Théâtre de La Colline,
- 3:06à la Comédie Française,
- 3:07à faire des photographies pour des expositions,
- 3:10pour des programmes,
- 3:11et c'est devenu ma spécialité.
- 3:12J'ai traîné pendant 20 ans dans les coulisses de théâtre.
- 3:15Et donc,
- 3:15j'ai appris le théâtre par l'oreille.
- 3:17Je dis toujours ça.
- 3:18Pour moi,
- 3:18le théâtre,
- 3:18c'est une musique avant tout.
- 3:20donc je...
- 3:22J'entendais des textes,
- 3:22parce que je restais en gros trois semaines,
- 3:24deux à trois semaines par pièce à traîner.
- 3:26Parce que j'ai resté du travail à table au début jusqu'à la première.
- 3:30Donc,
- 3:31je compartimentais mes interventions.
- 3:33Et finalement,
- 3:34sans le savoir,
- 3:35j'entendais les textes,
- 3:35je les entendais,
- 3:36je les entendais vingt fois.
- 3:36Et j'ai appris le théâtre vraiment à l'oreille.
- 3:38C'est intéressant,
- 3:39tu as eu comme une formation.
- 3:41Inconsciemment,
- 3:43tu as été formé à devenir ce que tu es devenu aujourd'hui,
- 3:45auteur et metteur en scène.
- 3:46C'est incroyable.
- 3:47Oui,
- 3:47j'avais la place privilégiée d'un assistant metteur en scène sans en avoir les tâches.
- 3:52Voilà,
- 3:53c'est-à-dire que j'étais là,
- 3:53partout,
- 3:54je le suivais.
- 3:55Et j'ai assisté des mecs comme...
- 3:57J'ai même assisté
- 3:58Harold Pinter.
- 4:00Ah ouais ?
- 4:00Sur deux pièces.
- 4:01Et donc des gens,
- 4:03Jean-Luc Boutet avant qu'il ne disparaisse.
- 4:06Des gens vraiment extrêmement...
- 4:10Enfin,
- 4:10aujourd'hui,
- 4:10je réalise la chance que j'ai eue,
- 4:12quoi,
- 4:12de côtoyer des gens comme ça.
- 4:13Et puis des comédiens aussi,
- 4:14hein.
- 4:15Voilà,
- 4:15on l'appelle.
- 4:18des gens que j'ai fini par photographier aussi.
- 4:19Mon travail de portraitiste s'est développé dans les coulisses.
- 4:21Je disais aux uns,
- 4:22je peux faire des portraits de vous.
- 4:23J'avais toujours besoin de portraits de toute façon,
- 4:25parce que je vendais un peu mon travail en expo.
- 4:27Et puis,
- 4:29photos de presse.
- 4:30Et donc,
- 4:30il fallait des portraits.
- 4:31Donc,
- 4:32les noirets,
- 4:33les bouquets,
- 4:33tout ça,
- 4:34j'ai travaillé avec eux plusieurs fois.
- 4:35Et donc,
- 4:35j'ai des portraits d'eux en travail et en pose.
- 4:40Tu devrais faire une rétrospective de tout ça.
- 4:42Ça serait génial de les voir,
- 4:43ces photos.
- 4:44Alors,
- 4:44ouais,
- 4:45mais...
- 4:48Oui,
- 4:49on me le ressent sans arrêt sauf que je ne suis pas quelqu'un qui aime ressortir les choses du passé,
- 4:53donc j'ai un gros problème avec ça
- 4:55Pour moi,
- 4:56le passé est consommé,
- 4:57en fait.
- 4:58Donc,
- 4:58c'est en moi.
- 4:59Je pense que ça se traduit par ce que je fais aujourd'hui en écriture.
- 5:03Et puis,
- 5:03même en direction de comédien aujourd'hui que ma compagnie,
- 5:06j'ai tellement vu des metteurs en scène diriger que je me suis...
- 5:09En fait,
- 5:09j'ai bu aussi ça.
- 5:10C'est pour ça que je parlais d'assistant-directeur,
- 5:12metteur en scène.
- 5:12L'assistant,
- 5:12en général,
- 5:13il boit aussi la technique de mise en scène du mec qui l'assiste ou de la nana qui l'assiste.
- 5:18Et moi,
- 5:18en l'occurrence,
- 5:19j'ai eu la chance d'en faire
- 5:20150. et du coup je pense que c'est un peu un mélange de tout ça
- 5:25beaucoup plus que ce qu'un assistant aujourd'hui fait avant de venir.
- 5:27C'est pour ça que je suis bien meilleur que les metteurs en scène qui ont assisté.
- 5:33Évidemment.
- 5:34Vous savez,
- 5:34quand on est assistant,
- 5:35je ne sais pas,
- 5:36peut-être qu'on va faire une dizaine,
- 5:37maximum une vingtaine,
- 5:38mais 150,
- 5:38c'est très rare.
- 5:39Même pas.
- 5:40Même pas,
- 5:40c'est pour ça,
- 5:41je ne voulais pas.
- 5:41Je sens le metteur en scène qui a été l'assistant d'eux.
- 5:44Il y a une école,
- 5:45en fait.
- 5:46Moi,
- 5:46c'est l'école Bourguignonne.
- 5:47C'est l'école,
- 5:48on ne sait pas d'où.
- 5:50Non,
- 5:50enfin voilà,
- 5:51donc c'est un mélange de plein de choses,
- 5:53des gens
- 5:53dont j'ai aimé le travail de direction,
- 5:55d'autres dont je me sentais proche,
- 5:57et d'autres,
- 5:57je trouvais qu'ils dirigeaient,
- 5:58c'était violent,
- 5:59ou c'était pas comme ça que je voyais les choses.
- 6:02Mais ça,
- 6:02c'est facile de le dire avec le recul.
- 6:04Et tous ces portraits-là,
- 6:06ils sont dans une boîte fermée,
- 6:08nostalgique,
- 6:09de côté qu'on n'ouvrira pas ?
- 6:11Pour la légende,
- 6:12non,
- 6:12c'est plutôt dans des classeurs.
- 6:14En plus,
- 6:15le fait est que c'est horrible ce que je vais raconter.
- 6:17Mais il y en a qui ont été détruits par une inondation.
- 6:23Donc,
- 6:23il y en a une partie qui a vraiment disparu.
- 6:27Mais en même temps,
- 6:27je trouve ça assez beau.
- 6:29J'aime bien ce côté...
- 6:31Justement,
- 6:31ça fait partie maintenant des souvenirs du temps passé.
- 6:34Je ne suis pas tellement...
- 6:36Les rétrospectives,
- 6:37ça me saoule.
- 6:37Je ne suis pas...
- 6:39C'est marrant que tu dis ça,
- 6:40parce que moi aussi,
- 6:40j'ai un rapport au temps où les souvenirs ou les photos,
- 6:43les perdre,
- 6:43ça me fait de la peine sur le moment.
- 6:44Mais en même temps,
- 6:45je me dis,
- 6:46je ne veux pas passer des heures à regarder les vieilles photos.
- 6:49Je trouve que c'est...
- 6:50Je suis un peu comme toi.
- 6:51Oui,
- 6:51c'est en soi.
- 6:53Pour regarder devant,
- 6:54il faut savoir que tu les as faites,
- 6:55mais les ressortir...
- 6:58Et puis les photos,
- 7:00c'est une émotion avant tout,
- 7:01pour celui qui les a prises.
- 7:02Ce n'est pas une image,
- 7:03l'image presque...
- 7:05Ouais,
- 7:05c'est joli,
- 7:06c'est beau une image,
- 7:07mais derrière,
- 7:09il y a le moment,
- 7:10et ça,
- 7:10c'est indicible.
- 7:12Et ce n'est pas une exposition qui va retracer ce moment en plus.
- 7:15Donc moi,
- 7:16c'est en moi.
- 7:16J'en parle si on veut que j'en parle.
- 7:18Mais j'aurais plus tendance à faire une rétrospective comme ça,
- 7:21parler,
- 7:21qu'une rétrospective imagée.
- 7:23Ça tombe bien parce qu'on n'a qu'un micro.
- 7:27T'es au bon endroit.
- 7:28On ne t'organisera pas sur une scène.
- 7:29Alors,
- 7:29je vais vous parler de mes photos,
- 7:30mais je ne vais pas vous les montrer.
- 7:32C'est ça.
- 7:32Voici ce qu'on peut faire,
- 7:33si vous voulez.
- 7:35C'est trop intéressant.
- 7:36C'est comme ça,
- 7:37si on te...
- 7:38On n'a pas du tout préparé ça,
- 7:39mais est-ce que si tu as une photo comme ça,
- 7:41que tu as fait,
- 7:41qui t'a vraiment marqué ?
- 7:44Est-ce que tu te rappelles de quelque chose ?
- 7:45Quelque chose qui te vient à l'esprit maintenant ?
- 7:47Une photo...
- 7:54Celle à laquelle tu penses en ce moment,
- 7:55par exemple ?
- 7:56Il y en a une qui me revient tout de suite.
- 7:59Pour plein de raisons.
- 8:00C'est quand je travaillais sur...
- 8:01Je vais donner ça à faire un peu théâtreux ce que je vais dire,
- 8:03on s'en fout.
- 8:05C'était sur un don juan mis en scène par Jacques Lassalle dans la cour du Palais des Papes.
- 8:11Donc là,
- 8:11on est en 93,
- 8:12justement.
- 8:14et c'était à l'époque le commandeur a été joué par François Chaumette je ne sais pas si ça vous parle François Chaumette ça a été un des grands comédiens de la comédie française,
- 8:22il est très connu surtout pour sa voix parce que c'est Dark Vador dans Star Wars donc tout de suite ça pose le poney quand même et c'est un monsieur que moi je c'est un monstre et je passais dans les loges comme ça derrière
- 8:38la cour,
- 8:39les loges sont dans une grande salle voûtée,
- 8:40c'est magnifique
- 8:41Et les loges sont une espèce de panneau qui crée la loge.
- 8:48Et donc,
- 8:49je ne toquais même pas parce qu'il n'y a pas de porte.
- 8:50Donc,
- 8:51tu toques un rideau,
- 8:52ça ne s'entend pas,
- 8:52donc on ne répond pas.
- 8:54Donc,
- 8:54à un moment,
- 8:55tu bouges le rideau.
- 8:57Et je faisais comme ça les communes les uns vers les autres,
- 8:58parce que j'aimais bien les ambiances de loge.
- 8:59Je ne les ai pas posées,
- 9:00ils faisaient ce qu'ils voulaient,
- 9:01mais moi,
- 9:02un peu ce que tu fais.
- 9:04Angélique a fait de la photo,
- 9:05vous pouvez aller voir sur Instagram.
- 9:06Sauf que moi,
- 9:07je l'ai fait 20 ans plus tôt.
- 9:09J'ai tout recopié,
- 9:09j'ai tout piqué à Emmanuel
- 9:11Très gratifiant.
- 9:14Et donc,
- 9:16il y avait ce monsieur habillé déjà en commandeur,
- 9:18mais en train de lire le monde.
- 9:21Et j'ai adoré ce moment où je lui ai dit,
- 9:24voilà,
- 9:24est-ce que je peux faire un portrait de vous ?
- 9:26Et puis il m'a dit,
- 9:26oui,
- 9:27oui,
- 9:27vous en prie.
- 9:27Et hop,
- 9:27il a pris sa lecture.
- 9:29Il y avait cette espèce de chose complètement majestueuse.
- 9:32Et avec ce lien entre le présent et le passé,
- 9:35la fiction et la réalité,
- 9:36le comédien qui va être le commandeur,
- 9:39mais qui n'est pas encore tout à fait,
- 9:40mais la moitié.
- 9:41ou est-ce que c'est le commandeur qui est plus tout à fait le comédien ?
- 9:43Enfin,
- 9:43il y a tout un truc.
- 9:46Ça raconte une histoire.
- 9:47Cette histoire et cette image,
- 9:50c'est ces moments-là que j'aimais beaucoup.
- 9:51Ces moments au point où,
- 9:54au moment où,
- 9:56ce sas...
- 9:56entre ce que vous connaissez,
- 9:58entre l'homme ou la femme et le comédien,
- 10:02la comédiante,
- 10:03et le rôle.
- 10:05J'adore,
- 10:05c'est exactement ce que j'essaye de choper,
- 10:07moi,
- 10:07ce moment où tu ne sais plus qui est qui.
- 10:10Le comédien va vers son rôle et en même temps,
- 10:12le rôle est déjà en train de prendre le comédien.
- 10:14Qu'est-ce qu'il te donne ?
- 10:15Est-ce que c'est le comédien qui te donne quelque chose ou est-ce que c'est encore l'homme ou la femme qui te donne quelque chose encore ?
- 10:21On ne sait pas trop.
- 10:22Et on s'en fout d'ailleurs.
- 10:23c'est ça qui est magique
- 10:24Je pense qu'il ne le sait pas vraiment.
- 10:26Non,
- 10:26mais après,
- 10:27je trouve que sur les photos,
- 10:28tu sens des énergies différentes.
- 10:30Sur les photos,
- 10:30tu sens l'énergie plutôt d'un comédien ou d'une concentration ou de quelqu'un qui sait qu'il est pris en photo ou qui est tellement parti qu'il ne sait plus s'il est pris en photo ou pas.
- 10:41Ça crée justement la photo.
- 10:43Après,
- 10:43il y a la magie qui a plus l'argentif que le digital,
- 10:49qui est au-delà du cadrage,
- 10:51du choix de l'optique,
- 10:51de la lumière.
- 10:52Il y a la matière aussi qui vient créer une dimension qui est liée au salaire d'argent,
- 10:57qui est une dimension de matière qui vient aussi mettre un filtre entre ce que l'œil voit,
- 11:03ce qui traîche comme image dans le résidu mémoriel,
- 11:08ce qui traîche dans ta tête,
- 11:09et la réalité du tirage qui vient amener encore une autre dimension.
- 11:13C'était cette magie-là après laquelle je courais quand j'étais photographe et que j'ai perdue avec le numérique.
- 11:19Ce qui fait que ça ne m'a pas posé de problème de passer à l'écriture.
- 11:22Transition !
- 11:28On est passé au numérique,
- 11:29j'ai décidé d'écrire.
- 11:31Je vous écris avec un CD-WiC,
- 11:32un ordinateur.
- 11:33On ne va pas te poser cette question,
- 11:36mais si tu veux absolument y répondre,
- 11:38monte et écoute.
- 11:39Allez-y,
- 11:40posez-moi des questions,
- 11:41je suis ouvert.
- 11:44Et donc,
- 11:44c'était quoi la première fois que tu as écrit ?
- 11:46C'était une pièce,
- 11:48un roman ?
- 11:48Une pièce.
- 11:49Contre toute attente,
- 11:50c'était une pièce parce que j'avais tourné deux courts-métrages dans les années
- 11:562000, 2002.
- 11:58Que tu avais écrit ?
- 11:58Que j'avais écrit.
- 11:59Et que tu as réalisé ?
- 12:00Et que j'ai réalisé.
- 12:02J'en ai écrit deux et j'ai même tourné une pub que j'ai co-écrit avec Axel Laffont et qu'on a réalisé pour le printemps du cinéma.
- 12:09C'est une époque qui passait du film avec plein de comédiens super connus.
- 12:13On avait gagné le...
- 12:14En fait,
- 12:15c'est un appel à projet,
- 12:16on l'avait gagné,
- 12:16on l'a tourné.
- 12:19Et il y avait eu ces deux courts-métrages aussi.
- 12:20Donc,
- 12:20j'avais réalisé trois films courts.
- 12:24Et puis,
- 12:24j'avais dit,
- 12:25oh,
- 12:25réalisateur,
- 12:25tout ça.
- 12:27Et puis,
- 12:28il a suffi...
- 12:28J'ai un des films qui a bien marché en festival,
- 12:32donc qui a été beaucoup vu.
- 12:34Donc,
- 12:34je l'ai accompagné.
- 12:36Et donc,
- 12:37j'ai été comme ça,
- 12:38comme un con,
- 12:39à côté des autres réalisateurs et réalisatrices,
- 12:41devant des publics.
- 12:42pour expliquer pourquoi c'est super de tourner un film,
- 12:44ou pourquoi je serai le Costa Gravas de demain.
- 12:47Et en fait,
- 12:49non.
- 12:49En fait,
- 12:50plus je parlais,
- 12:51et moins je parlais,
- 12:52et plus je ne me sentais pas du tout à ma place,
- 12:53et j'ai réalisé qu'en fait,
- 12:54tout ce bordel ne me correspondait pas.
- 12:56Et tu sais pourquoi cette...
- 12:57Parce que l'image,
- 12:58l'écriture,
- 12:59tout de suite,
- 12:59on se dit...
- 13:00Trop compliqué,
- 13:02trop de biais techniques pour moi.
- 13:04J'aime bien la spontanéité,
- 13:06l'instantanéité.
- 13:07Alors,
- 13:07pas non plus la nouvelle vague qui me saoule,
- 13:10mais...
- 13:11Je sais bien qu'il est préparatif,
- 13:12je sais bien.
- 13:13Et c'est ce qui est devenu d'ailleurs le cinéma aujourd'hui,
- 13:15c'est qu'on abordait un cinéma très technologique,
- 13:19basé beaucoup sur l'image et de moins en moins sur l'histoire.
- 13:23Donc,
- 13:23ça a commencé à me déplaire un peu.
- 13:24Et puis tout...
- 13:26Alors,
- 13:26j'ai fait des films compliqués,
- 13:27cela dit.
- 13:27J'ai fait un film historique en huit minutes,
- 13:29dans des tranchées.
- 13:30Donc,
- 13:31c'était tout un bordel à éclairer,
- 13:33décorateur,
- 13:33costume,
- 13:34explosion.
- 13:36Le mec a commencé simple.
- 13:38Ouais.
- 13:38Et bon,
- 13:39c'est simple,
- 13:39c'est de la boue en même temps.
- 13:42Et tout ça m'a paru fastidieux.
- 13:46Et même sur le tournage,
- 13:47j'avais envie de plus de spontanéité,
- 13:50d'y aller maintenant,
- 13:51comme on fait au théâtre ou quand on joue,
- 13:53on est,
- 13:53c'est bon,
- 13:54on y va maintenant,
- 13:54on s'en fout que t'aies pas mis tes chaussures,
- 13:55c'est là,
- 13:56c'est maintenant.
- 13:57Ou comme la vie,
- 13:58en fait.
- 14:00Et là,
- 14:00c'était un peu trop,
- 14:01je sais pas.
- 14:01Il y avait un truc,
- 14:02je me sentais pas légitime,
- 14:03en plus,
- 14:04je pense.
- 14:05C'était très,
- 14:06très bien ce que je faisais,
- 14:07mais je ne me sentais pas légitime.
- 14:08Et donc,
- 14:09en revanche,
- 14:09l'écriture est restée de ça.
- 14:10Donc,
- 14:11j'avais déjà cette patte-là.
- 14:12Et puis,
- 14:13à l'époque,
- 14:14je faisais des portraits.
- 14:15J'étais photographe portraitiste pour,
- 14:16ce qui est drôle,
- 14:17pour des maisons d'édition,
- 14:18pour des écrivains.
- 14:20T'avais tout,
- 14:21t'étais tracé,
- 14:22en fait.
- 14:23Et notamment pour les éditions d'Ile-Jacob,
- 14:27Robert Laffont et Albin Michel.
- 14:29Et à un moment donné,
- 14:30je photographie une femme pour son bouquin.
- 14:34Et elle me raconte l'histoire de son livre.
- 14:36Ah !
- 14:37Je fais l'histoire magnifique.
- 14:39Et là,
- 14:39elle m'a dit,
- 14:40c'est ça mon premier film ?
- 14:41Et là,
- 14:43je lui pose la question,
- 14:44ça vous enleve mieux si je vous propose un projet de film ?
- 14:46La fille complètement me dit,
- 14:48si vous voulez.
- 14:48Enfin,
- 14:49ça tombait un peu des nues comme proposition.
- 14:51Et je m'y suis collé.
- 14:53Sauf que c'est une pièce qui est sortie et pas...
- 14:56et pas le film.
- 14:58C'est-à-dire que les 20 années passées en coulisses m'ont complètement formaté le cerveau et j'ai une écriture naturelle qui est théâtrale.
- 15:06Je vois que ça.
- 15:08Et ça,
- 15:08c'est venu à toi.
- 15:08C'est-à-dire que tu as dit,
- 15:09je commence à écrire un film.
- 15:10Ah ouais,
- 15:10et puis vraiment,
- 15:12ma main,
- 15:12tout d'un coup,
- 15:13s'est emportée.
- 15:15Et j'ai écrit,
- 15:15j'ai écrit,
- 15:16j'ai écrit.
- 15:16Et à la fin,
- 15:17mais en très peu de temps,
- 15:17en 15 jours,
- 15:18boum,
- 15:19une pièce.
- 15:20Et j'étais vraiment comme un con devant le texte.
- 15:24C'est comme une poule qui regarde son oeuf.
- 15:28C'est une très jolie comparaison.
- 15:28Je vais être contente.
- 15:31Je ne vais pas couper tout ce que vous dites.
- 15:32Merci pour l'attention.
- 15:38Et à l'époque,
- 15:39je travaillais sur les répétitions d'une pièce à l'atelier,
- 15:42mise en scène par Didier Long.
- 15:44Et donc,
- 15:45je vais voir Didier et je lui dis
- 15:46« Est-ce que tu veux bien dire ça,
- 15:47s'il te plaît ? »
- 15:49Comme ça,
- 15:49un peu une patate chaude,
- 15:50quoi.
- 15:51Et je ne sais pas si c'était gentil ou pas,
- 15:52mais il me dit,
- 15:53elle est parfaite cette pièce.
- 15:57Qui l'a écrite ?
- 15:58Non,
- 15:58non,
- 15:58c'est moi qui l'ai écrite,
- 15:59mais elle est parfaite cette pièce.
- 16:02Et dans la même année,
- 16:03je ne sais pas ce qui...
- 16:03ça a ouvert des vannes et j'ai écrit quatre pièces derrière,
- 16:08dont Les poissons de Merpadape-Nez qui ont été jouées,
- 16:10Riviera qui avait été jouée,
- 16:11Moparnasse,
- 16:13des choses qui ont été jouées plus tard et après,
- 16:15je n'ai plus cessé d'écrire du théâtre.
- 16:17Est-ce que ça t'a aidé aussi tous les contacts que tu avais du coup parce que tu baignais là-dedans ou pas tant ?
- 16:20Pas tant que ça,
- 16:21parce qu'en France,
- 16:22on est au contraire.
- 16:23C'était même un gros problème,
- 16:25parce qu'en France,
- 16:26on n'arrive pas à accepter l'idée qu'on puisse être multicarte.
- 16:29Tout est très compartimenté.
- 16:31De plus en plus,
- 16:31quand même.
- 16:32Dans une société anglo-saxonne,
- 16:33ça marche.
- 16:35On est en France de plus en plus,
- 16:36quand même.
- 16:38Oui,
- 16:39ça commence un peu,
- 16:39mais c'est quand même assez...
- 16:40Je ne suis pas persuadé.
- 16:42Assez compartimenté.
- 16:43C'est un peu...
- 16:46Moi,
- 16:46je pars du principe de ce qu'on se raconte.
- 16:48Moi,
- 16:48je fais mille trucs.
- 16:49Oui,
- 16:49je suis d'accord.
- 16:50Et si je me raconte que,
- 16:51parce que moi j'ai habité longtemps en Angleterre,
- 16:52et du coup je suis revenue avec ce modèle-là,
- 16:53et je me suis pas mise de barrière,
- 16:55et en fait ça s'est toujours très bien passé.
- 16:57Et je pense que ça évolue aussi,
- 16:59les gens maintenant savent qu'aujourd'hui...
- 17:01Je t'avouerai qu'au début,
- 17:03ça m'a vraiment...
- 17:04Quand on m'a dit une fois,
- 17:05ah c'est le photographe qui s'est mis à écrire...
- 17:08Ouais c'est ça.
- 17:09Et un jour il y avait même,
- 17:11je ne citerai pas son nom,
- 17:12parce qu'elle est décédée et je respecte les gens qui sont morts ou pas.
- 17:17et une grande directrice de théâtre donc vous savez tout le monde sait qui c'est et chez qui j'avais fait beaucoup de reportages de travaux sur les répétitions de ses pièces qui
- 17:32m'ont laissé de très bons souvenirs d'ailleurs parce que j'ai eu la chance de travailler avec des comédiens immenses chez elle et un jour on revient avec Riviera,
- 17:41la pièce que Myriam Boyer a jouée
- 17:43On revient chez elle pour faire une lecture.
- 17:47Et elle m'a...
- 17:48Je ne sais pas,
- 17:48j'ai fait...
- 17:50Allez,
- 17:50peut-être pas...
- 17:51Cinq,
- 17:52six pièges.
- 17:52Je suis donc resté quatre,
- 17:53cinq mois dans ces murs.
- 17:55Mais il y avait quelques années.
- 17:58Et j'arrive et elle dit...
- 18:00Je me présente à elle.
- 18:01Donc déjà,
- 18:02elle ne m'imprime pas du tout.
- 18:02Tu ne te reconnais pas ?
- 18:05Elle est en train de faire un fou.
- 18:06Mais elle me dit,
- 18:07ça prouve que je suis un très bon photographe.
- 18:08Parce qu'on ne me voit pas.
- 18:09Et elle me dit...
- 18:13Vous n'avez pas un f-scrère ?
- 18:16Oui,
- 18:16le photographe.
- 18:18Et je lui ai dit,
- 18:18si,
- 18:18si,
- 18:18si,
- 18:19on a le même prénom.
- 18:20Ah bon ?
- 18:21Voilà,
- 18:21terminé.
- 18:26Voilà,
- 18:26donc,
- 18:26ce qui trouve bien,
- 18:27qu'il y a des trucs...
- 18:28Alors déjà,
- 18:28en plus,
- 18:29ce qui est pratique dans le théâtre,
- 18:30c'est que les gens ont une mémoire de poisson,
- 18:31ils ne se souviennent jamais de toi,
- 18:32donc ça,
- 18:32c'est bien.
- 18:33Mais ce n'était pas forcément évident.
- 18:36Après,
- 18:39même moi,
- 18:40j'ai toujours gardé...
- 18:45cette légitimité en tant qu'auteur auprès des gens qui m'ont connu en tant que photographe.
- 18:50C'est-à-dire de justifier que maintenant j'écris,
- 18:52alors qu'ils m'ont connu photographe.
- 18:54Même moi,
- 18:55j'ai ça.
- 18:56C'est fini là,
- 18:57quand même.
- 18:58Non,
- 18:59pas vraiment.
- 19:00Enfin,
- 19:00maintenant,
- 19:00avec qui j'ai bossé,
- 19:01ils sont tous morts.
- 19:05Non,
- 19:06non,
- 19:06non,
- 19:06pas vraiment.
- 19:06Non,
- 19:07puis aujourd'hui,
- 19:08même les gens me présentent comme un illustre photographe d'une certaine époque.
- 19:12C'est bien,
- 19:12ça me donne un peu de...
- 19:15Ça me fout un peu sur un piédestal,
- 19:17genre musée.
- 19:18Très bien.
- 19:21Mais non,
- 19:22non.
- 19:23Après,
- 19:23ça dépend des gens,
- 19:24oui.
- 19:25Mais j'en parle plus trop maintenant.
- 19:27Est-ce que tu as ça de l'écriture de pièces à l'écriture de romans ?
- 19:34Ou est-ce que du coup,
- 19:35ça,
- 19:35c'est quelque chose comme tu restes auteur,
- 19:37c'est OK ?
- 19:38Ou alors d'un seul coup,
- 19:38quand tu fais du roman,
- 19:39il y a ce truc aussi,
- 19:40c'est l'écrivain de théâtre qui veut faire du roman ou pas du tout ?
- 19:46Moins parce que d'abord,
- 19:47je suis moins confronté aux gens de théâtre.
- 19:49Dans l'écriture de romans,
- 19:50je ne m'adresse pas à eux.
- 19:52Là,
- 19:52c'est le public large.
- 19:53Donc,
- 19:55quand on en parle,
- 19:56c'est qu'on pose la question.
- 19:57Sinon,
- 19:57je n'ai pas à l'amener sur le tapis.
- 20:00Après,
- 20:01moi,
- 20:01j'ai un problème qui est lié à moi.
- 20:03C'est que j'ai un vrai problème de légitimité,
- 20:06ce qu'on appelle le syndrome d'imposteur.
- 20:08Bon,
- 20:08ces conneries-là que tout le monde a,
- 20:10plus ou moins.
- 20:10Et qui fait qu'effectivement,
- 20:13à chaque fois...
- 20:15On se remet en question,
- 20:16mais en même temps,
- 20:16c'est une bonne chose.
- 20:17Ça te permet un peu de remettre le compteur à zéro quand tu commences un roman,
- 20:20ou même quand tu commences une pièce,
- 20:22comme si c'était la première.
- 20:23Et c'est ça qui est un gage d'honnêteté,
- 20:30de travail,
- 20:30d'honnêteté.
- 20:31Et que ce que tu proposes aux gens,
- 20:34c'est entier.
- 20:34C'est pas,
- 20:35je vais te ressortir un truc que je sais faire.
- 20:38Mais non,
- 20:38après la photographie,
- 20:39c'est bon,
- 20:40c'est loin.
- 20:41Et puis ça va,
- 20:42j'ai plus l'âge d'avoir ce genre de considération.
- 20:46On ne l'a pas vu ce que je viens de faire.
- 20:48Non,
- 20:48mais t'as valé le détour.
- 20:51Et quand t'as écrit tes romans,
- 20:52t'es parti d'une idée et ça s'est avéré être un roman comme pour la pièce de théâtre ?
- 20:57Non,
- 20:57pas du tout.
- 20:57Alors là,
- 20:58c'est encore une espèce de vague supplémentaire qui vient faire son travail sans vraiment que je le décide.
- 21:05C'est une amie,
- 21:08Margot,
- 21:10qui est devenue mon éditrice d'ailleurs depuis,
- 21:12qui euh...
- 21:14qui a eu écho d'un projet de film que j'avais écrit,
- 21:17parce que j'ai eu quand même un projet de film,
- 21:19un long métrage,
- 21:20pendant très longtemps.
- 21:22Et elle m'a demandé à lire les développements.
- 21:25Elle connaissait mon travail de théâtre.
- 21:27Elle a demandé à lire les développements.
- 21:29Alors,
- 21:29j'avais des développements parce qu'en fait,
- 21:30comme c'est une histoire...
- 21:31C'est mon premier roman,
- 21:32en fait.
- 21:33Le Fleur de Sang.
- 21:34Que vous trouverez chez Pocket.
- 21:37On mettra tous les liens.
- 21:41Et en fait,
- 21:41c'est un roman dont le déclencheur,
- 21:43comme on dit de manière très moche,
- 21:46est tiré d'un fait réel,
- 21:50mais vraiment juste le déclencheur.
- 21:51Et après,
- 21:52c'est une fiction.
- 21:53Mais avant d'arriver à la fiction,
- 21:54j'avais écrit plusieurs développements qui se détachaient de plus en plus de la fiction pour arriver à une version complètement fictive,
- 21:59finalement.
- 22:00Et elle a lu tous ces documents-là et elle connaît mon travail d'auteur de théâtre.
- 22:03Elle me dit,
- 22:03mais tu as déjà pensé au roman ?
- 22:06Et je lui dis non.
- 22:07Parce que c'est vrai que,
- 22:08autant,
- 22:09c'est drôle parce que les dramaturges ou toutes les autres formes d'écriture,
- 22:14on met les romanciers sur des trucs inaccessibles,
- 22:17genre c'est la forme la plus majestueuse de l'écriture.
- 22:20Et inversement,
- 22:21maintenant je connais des romanciers,
- 22:22quand je leur dis que j'écris du théâtre,
- 22:23ils font
- 22:24« Oh ! Comment tu fais pour écrire du théâtre ? »
- 22:27C'est le Graal,
- 22:28quoi.
- 22:28Donc c'est drôle parce qu'on est con.
- 22:31Donc...
- 22:32Je fais les deux.
- 22:32Je fais,
- 22:33oh là là,
- 22:34comment je fais pour écrire du théâtre ?
- 22:35Oh là là,
- 22:36comment je suis un romancier maintenant ?
- 22:37Comment je fais ?
- 22:38Voilà.
- 22:39Tu tout kiffes un peu ?
- 22:40Carrément.
- 22:44Elle me connaît bien.
- 22:46Je vais pas le dire.
- 22:48Non,
- 22:48et donc,
- 22:48voilà.
- 22:48Donc,
- 22:49je lui dis,
- 22:49bah...
- 22:51Non,
- 22:51j'avais jamais pensé...
- 22:52Non.
- 22:53Alors,
- 22:53si.
- 22:54C'est pas vrai.
- 22:56Tu mens.
- 22:57Aïe.
- 22:57Je me...
- 22:59C'est pour la semaine projet ?
- 23:02Non,
- 23:02non,
- 23:02c'est pas vrai,
- 23:03parce que j'avais déjà écrit un roman qui n'a jamais été édité.
- 23:09Donc,
- 23:09j'avais quand même eu des velléités de roman à une époque.
- 23:11C'est pas vrai.
- 23:11Je pense qu'il y a toujours cette frustration.
- 23:13Il y a toujours ce truc où on se dit,
- 23:15j'aimerais bien écrire un roman.
- 23:16Peut-être que les romanciers ont essayé d'écrire du théâtre,
- 23:18je ne sais pas.
- 23:19Mais bref,
- 23:20elle me l'a proposé et je lui dis,
- 23:21écoute,
- 23:21je vais essayer de pondre un projet de roman.
- 23:27Et j'ai repris toutes mes notes que j'avais accumulées pour l'écriture du scénario.
- 23:30C'était dix ans plus tôt en plus,
- 23:31donc c'était très très loin.
- 23:34Et j'ai envoyé une proposition.
- 23:36Alors c'était quoi ?
- 23:36Une trentaine de pages.
- 23:40Et c'est passé en commission.
- 23:41Et puis là-bas,
- 23:42ils m'ont tous dit,
- 23:43on fonce.
- 23:45Trop bien.
- 23:45Oh merde !
- 23:47Et donc j'ai signé mon premier roman en fait.
- 23:49Et c'est tombé quinze jours avant la pandémie,
- 23:54avant qu'on soit refermés.
- 23:56C'était donc idéal.
- 23:58Tu n'avais rien d'autre à faire.
- 23:59Rien d'autre à faire.
- 24:00Et donc,
- 24:00je me suis retrouvé moi tout seul avec mes Ausha et un roman à écrire.
- 24:07Ils ont mangé les Ausha.
- 24:08J'étais mauvais.
- 24:11Et donc,
- 24:11voilà.
- 24:11Donc,
- 24:11j'ai écrit pendant la panne.
- 24:12Et donc,
- 24:13le roman est venu parce qu'on m'a fait une proposition.
- 24:16Et puis,
- 24:16moi,
- 24:16je suis un peu du genre à y aller sans parachute.
- 24:20En général,
- 24:20c'est que je sens qu'il y a un truc potentiel.
- 24:22Je ne fais pas n'importe quoi non plus.
- 24:24Mais je trouve que ça fait partie du...
- 24:26jeu,
- 24:27de nos vies,
- 24:27c'est de faire confiance à soi.
- 24:30On te fait confiance,
- 24:31donc si on te fait confiance,
- 24:32c'est qu'a priori,
- 24:32il y a quelque chose.
- 24:34J'en avais écrit des trucs,
- 24:35donc je me suis dit,
- 24:35vas-y,
- 24:36tu verras bien.
- 24:37Et en fait,
- 24:37j'ai pris un pied dingue.
- 24:39J'ai pris un super pied à écrire ce roman.
- 24:42Et puis les retours ont été à la hauteur du pied que j'ai pris.
- 24:50Et puis voilà,
- 24:50puis après,
- 24:51suite au premier roman,
- 24:52j'ai écrit le deuxième,
- 24:53qui est la suite du premier.
- 24:55Et puis depuis,
- 24:56je m'éclate.
- 24:57C'est quoi le deuxième titre,
- 24:57du coup,
- 24:58pour le...
- 24:58Monsieur de Paris,
- 25:00qui est vraiment le deuxième tome après Fleur de Sang,
- 25:03qui peuvent se lire indépendamment l'un de l'autre,
- 25:05quand même,
- 25:06parce qu'il est malin,
- 25:06pépère.
- 25:08Mais,
- 25:09comme je dis en signature,
- 25:10c'est quand même bien de faire le premier.
- 25:12C'est quoi,
- 25:13les deux ?
- 25:14Et là,
- 25:15je suis en train de travailler sur le troisième.
- 25:18La suite ?
- 25:19Enfin,
- 25:19ouais,
- 25:19sur le...
- 25:20Troisième tome.
- 25:21Quatrième roman,
- 25:21mais sur le troisième tome.
- 25:24Qui s'appellera Le Seigneur du Pays d'en-haut.
- 25:27C'est beau,
- 25:28hein ?
- 25:28Ouais.
- 25:29Je suis très bon pour les titres.
- 25:30Je sais pas s'il reste Philippe,
- 25:31mais les titres,
- 25:31c'est pas très bon.
- 25:33Quand il y a une phrase,
- 25:34je suis bon.
- 25:34Ouais,
- 25:34c'est ça.
- 25:35Mais alors,
- 25:36après...
- 25:38Et là,
- 25:39on va dire la même chose.
- 25:40Bah oui.
- 25:40et là donc t'as sorti ton roman il y a
- 25:44Un mois et demi,
- 25:44le 25 septembre.
- 25:45J'ai un qui s'appelle La Lettre Bleue,
- 25:47qui est sorti chez Fayard.
- 25:50Qui a un peu une respiration...
- 25:51Enfin,
- 25:52je pense que ça le devient finalement parce que,
- 25:55comme je rencontre pas mal de gens pour les signatures en ce moment,
- 25:58je réalise que dans mon discours,
- 26:00il est ma respiration par rapport aux deux précédents qui se passent dans l'univers.
- 26:08On est sous du 14,
- 26:09c'est très sombre.
- 26:11C'est quand même dans l'univers des bourreaux,
- 26:13donc je te coupe des têtes,
- 26:14je t'écartèle.
- 26:17Mon quotidien.
- 26:18Comment ça t'est venu d'écrire quelque chose aussi ?
- 26:21Mais parce que j'avais trouvé,
- 26:24j'ai beaucoup de choses qui ont attiré à l'histoire.
- 26:26Et un jour,
- 26:26dans Historia,
- 26:27je lis quelque chose sur cette fameuse famille de bourreaux qui s'appelait les Samson.
- 26:32Que le premier Samson,
- 26:33en 1688,
- 26:35j'ai fait un peu moins l'un de co,
- 26:35vous ne connaissez pas l'un de co,
- 26:36mais ce n'est pas grave.
- 26:38Tu peux faire ton Stéphane Berne,
- 26:40lui on le connaît.
- 26:41Stéphane.
- 26:44Donc,
- 26:44en 1688,
- 26:46on apprend qu'un jeune type qui était lieutenant à Dieppe tombe amoureux d'une femme éperdument.
- 26:53Il est dingue d'elle.
- 26:55Et elle se cache un peu dans la vie.
- 26:56Elle le voit.
- 26:58Il lui fait des avances.
- 26:59Elle lui échappe,
- 26:59machin,
- 27:00etc.
- 27:00Il apprend qu'elle s'appelle Marguerite.
- 27:02Ça,
- 27:02je l'ai gardé.
- 27:05Et puis,
- 27:05ils ont une liaison d'amant.
- 27:06Mais elle ne lui dit jamais son nom de famille.
- 27:09Et à chaque fois,
- 27:10il ne peut pas la raccompagner chez elle,
- 27:11elle s'échappe.
- 27:12Enfin,
- 27:13vraiment,
- 27:14femme idéale,
- 27:14quoi.
- 27:15Je te dérange.
- 27:15Attention,
- 27:18c'est bien parce que le dernier roman,
- 27:19c'est sur le patriarcat.
- 27:21Vous n'en faites pas.
- 27:22Vous pouvez continuer de nous écouter.
- 27:23Et donc,
- 27:26la bonne raison pour laquelle vraiment André n'en peut plus,
- 27:28il l'aime,
- 27:29il est fou d'amour,
- 27:29il veut l'épouser.
- 27:32Tout ce qu'il ne faut pas faire.
- 27:33Donc,
- 27:33il...
- 27:35J'y vais.
- 27:36Ne t'inquiète pas,
- 27:37moi,
- 27:37c'était la semaine dernière.
- 27:40Chacun son tour.
- 27:41Et donc,
- 27:43en fait,
- 27:43il apprend que par l'entremise d'un cousin qui est jaloux parce qu'il l'aime aussi,
- 27:47il va donc l'amener un jour sur la place publique où il y a une exécution.
- 27:51Il va voir donc l'échafaud monter,
- 27:53le bourreau.
- 27:53Et au pied de l'échafaud,
- 27:56il y a une jeune fille,
- 27:57c'est elle.
- 27:58Et pourquoi ?
- 27:58Parce que c'est la fille du bourreau.
- 28:00Et une fille de bourreau,
- 28:01en fait,
- 28:01elle ne donne pas son nom de famille parce que sinon,
- 28:05aucun homme ne voudrait d'elle parce qu'on ne fréquente pas une fille de bourreau,
- 28:08ça ne se fait pas.
- 28:10Et encore moins,
- 28:10on l'épouse.
- 28:12Ils n'avaient pas le droit en plus à l'époque d'épouser les...
- 28:15Alors,
- 28:16des filles de bourreau ne pouvaient épouser que des bourreaux.
- 28:18C'est ça,
- 28:18ils se mariaient entre eux.
- 28:19Pour des questions de charge et d'alliance.
- 28:23Et donc,
- 28:23cette jeune fille lui explique que ce n'est pas possible,
- 28:25c'est la fille du bourreau et lui dit,
- 28:27rien à foutre,
- 28:28je vais devenir bourreau.
- 28:29Remarque,
- 28:30c'est beau.
- 28:31C'est l'histoire d'un homme qui va devenir bourreau par amour.
- 28:34À l'époque,
- 28:34ils faisaient des efforts,
- 28:35les mecs,
- 28:35quand même.
- 28:35Non,
- 28:36mais maintenant,
- 28:37ils sont bourreaux gratos,
- 28:38même sans...
- 28:39C'est ça.
- 28:40Maintenant,
- 28:40rien à foutre,
- 28:41on est bourreaux.
- 28:45Et donc,
- 28:45voilà.
- 28:46On va en faire un de ce soir.
- 28:48Et donc,
- 28:48moi,
- 28:48j'ai pris cette action de départ.
- 28:51Et après,
- 28:51j'en ai fait autre chose.
- 28:52Mais c'est le truc de départ.
- 28:54C'est un homme qui devient bourreau par amour.
- 28:55C'est le pit du bouquin.
- 28:57Trop envie de savoir la suite.
- 28:58Donc tout le monde va aller acheter ce petit bouquin.
- 28:59Parce qu'on en a en poche.
- 29:01Chez Pocket,
- 29:01tout à fait.
- 29:02Fleur de sang.
- 29:04Et puis après,
- 29:06le deuxième tome s'appelle Monsieur de Paris.
- 29:10Sans spoiler le truc,
- 29:11Marguerite devient l'héroïne de Fleur de sang.
- 29:14Parce que je nique tous les mecs dans le bouquin.
- 29:18Ça décapite,
- 29:20ça meurt.
- 29:22C'est génial.
- 29:24Un vrai truc de garçon ça par contre pour le coup.
- 29:27Même si tu prends des héroïnes,
- 29:28tu as mis beaucoup de...
- 29:30Pas forcément,
- 29:30non non non,
- 29:31c'est pas un truc de garçon du tout,
- 29:32c'est que je suis...
- 29:35Je crois pas,
- 29:36parce que dans le dernier il n'y a pas ça.
- 29:37Non non,
- 29:38je pense que c'est par...
- 29:40J'aime bien l'idée de m'auto-surprendre quand j'écris,
- 29:46parce que je m'emmerde très vite quand j'écris.
- 29:48Donc si je me fais chier,
- 29:49pardon,
- 29:50mais c'est que le lecteur va se faire chier,
- 29:52a priori,
- 29:53trois fois plus.
- 29:54Donc tu te trouves bien.
- 29:55Voilà.
- 29:57Ce que je fais,
- 29:58c'est que je m'auto-surprends.
- 29:59Donc j'ai toujours ce souci d'avoir cette idée qui va me dire,
- 30:07c'est génial,
- 30:07et hop,
- 30:07j'y vais.
- 30:08tac,
- 30:08tac,
- 30:08tac,
- 30:08tac,
- 30:08et puis ça marche ou ça marche pas,
- 30:09parce que parfois on jette.
- 30:11Mais...
- 30:12J'y vais,
- 30:12j'y vais,
- 30:13j'y vais,
- 30:14parce que c'est haletant et que si je suis surpris,
- 30:18ça veut dire que...
- 30:19Mais après,
- 30:19comme j'ai une structure dans l'écriture,
- 30:21j'ai une structure extrêmement précise avant de commencer à écrire,
- 30:24je peux me permettre de partir dans tous les sens,
- 30:26que je sais,
- 30:26je reviens à ma structure,
- 30:27donc je n'hésite pas de me perdre.
- 30:28Ça,
- 30:29c'est le grand danger.
- 30:29Le roman historique demande d'être axé exigeant par rapport à toutes les notions d'histoire qu'il faut amener sans être...
- 30:37être trop rébarbatif,
- 30:38mais il faut être très précis,
- 30:39respecter l'histoire,
- 30:41avec un grand H.
- 30:42Celle-là,
- 30:42en tout cas,
- 30:42il faut la respecter.
- 30:44En gros,
- 30:44le principe,
- 30:46c'est ça aurait pu se passer.
- 30:47C'est ma phrase,
- 30:47en fait.
- 30:48Ça aurait pu se passer.
- 30:49Si ça aurait pu se passer,
- 30:50c'est que c'est bon.
- 30:51Après,
- 30:51que ce soit pas passé,
- 30:52on s'en fout,
- 30:52c'est une fiction historique.
- 30:53Et t'es passionné d'histoire à la base pour écrire ?
- 30:56Oui,
- 30:57j'adore l'histoire.
- 30:57Aujourd'hui,
- 30:59je me dis souvent,
- 31:00si j'avais 18 ans aujourd'hui,
- 31:01je ferais un doctorat d'histoire,
- 31:03ça c'est
- 31:04Je trouve ça dommage de ne pas avoir eu cette présence.
- 31:08cette conscience de ça,
- 31:09je le regrette beaucoup.
- 31:10Tu ne le fais pas ?
- 31:12Je le fais dans l'écriture.
- 31:13Si tu veux un doctorat d'histoire,
- 31:14tu peux le faire.
- 31:15Non,
- 31:15mais l'histoire,
- 31:15je m'en souviens.
- 31:18En tant qu'étudiant,
- 31:18je veux dire.
- 31:19Ce qui est marrant,
- 31:21c'est que tu refuses le passé.
- 31:23Tu dis,
- 31:23une fois que le passé est passé,
- 31:25mais à la fois,
- 31:25tu dis,
- 31:25si jamais tu es 18 ans,
- 31:26je ferai un doctorat d'histoire avec un roche,
- 31:28ce qui est genre le grand passé.
- 31:29Mais non,
- 31:30ça n'a pas d'accord.
- 31:31C'est pas le mien.
- 31:33T'as fait un CAP de psychologie cette nuit toi ?
- 31:35Au comptoir,
- 31:38option de comptoir.
- 31:40Mais tu voulais dire un truc par rapport à ça,
- 31:41t'as dit ah ah ah.
- 31:42Je dirais que je vis,
- 31:44j'ai la chance,
- 31:46enfin la chance c'est du boulot,
- 31:47mais c'est un choix,
- 31:49moi la chance j'y crois pas trop,
- 31:50c'est plutôt des choix qu'on fait dans la vie,
- 31:51la chance on se la crée beaucoup,
- 31:54de pouvoir étudier,
- 31:58m'enrichir.
- 31:59Avoir une culture générale dans certains domaines de ouf.
- 32:03Parfois,
- 32:04je me trouve en train de parler à des gens sur des trucs.
- 32:06Je ne sais plus ce que je raconte.
- 32:07Personne ne me comprend.
- 32:09En plus,
- 32:09c'est des niches,
- 32:10mes sujets.
- 32:11C'est vraiment des niches.
- 32:12Les bourreaux,
- 32:12par exemple.
- 32:13C'est une niche.
- 32:14J'ai tout étudié sur les bourreaux.
- 32:15Je pourrais devenir bourreau.
- 32:17Si jamais ils remettent la peine de mort,
- 32:19je suis là.
- 32:21Oh,
- 32:21ça va !
- 32:21Je pense que tu serais pas capable.
- 32:24De ?
- 32:24Couper des têtes ?
- 32:26Il y en a quelques-uns.
- 32:34Et puis voilà,
- 32:35et puis si en plus,
- 32:35là ce que je faisais cet après-midi avant de venir,
- 32:37c'est que je me mets quelque part et je ouvre mes bouquins et j'étudie,
- 32:40je prends des notes et je suis dans une espèce de monde,
- 32:44certes qui est lié au passé,
- 32:45mais qui en même temps est source d'une histoire à venir.
- 32:49Donc c'est utiliser le passé pour en faire quelque chose,
- 32:51certes qui va parler d'une histoire qui se passe dans le passé,
- 32:55mais qui reste une fiction.
- 32:56Pour moi,
- 32:56la fiction,
- 32:57c'est un produit d'avenir puisque c'est fait pour être produit sous forme d'un bouquin qui va venir ou un film,
- 33:02peu importe.
- 33:03Tout ça,
- 33:05ce n'est pas forcément un axe temporel qui est très défini.
- 33:09Tu es dans le présent,
- 33:09tu es un peu dans le passé,
- 33:10mais c'est aussi pour un projet à l'avenir.
- 33:11Il y a tout ça que tu mélanges et qui est assez jouissif,
- 33:15finalement.
- 33:17Tu lis,
- 33:18entre guillemets,
- 33:19l'utile et l'agréable.
- 33:20Dans ton arène,
- 33:21qui est des choses qui sont passionnantes,
- 33:22tu vas pouvoir créer des histoires.
- 33:24C'est vrai que c'est chouette de faire ça.
- 33:27Et je suis content d'avoir finalement décidé d'attaquer,
- 33:32parce que le quatrième bouquin,
- 33:33ça ne devait pas être ça.
- 33:35Et c'est en fait,
- 33:36en écoutant les gens pendant les signatures,
- 33:39ces deux derniers mois,
- 33:42qui venaient en pensant que la lettre bleue,
- 33:46c'était le troisième tome de l'histoire.
- 33:49Et je leur disais,
- 33:50ah bah non,
- 33:51c'est...
- 33:52Ah bon,
- 33:52tant pis,
- 33:53on va le prendre quand même.
- 33:55Non,
- 33:56non,
- 33:56je n'exagère.
- 33:57Les chansons,
- 33:57je pense que...
- 33:58En même temps,
- 33:59ils devaient être déchus,
- 33:59parce que s'ils attendaient une troisième tome,
- 34:00forcément,
- 34:01c'est comme une série,
- 34:02on a envie d'avoir l'autre.
- 34:03Et du coup,
- 34:04comme moi,
- 34:05j'avais quand même en tête,
- 34:07un jour peut-être,
- 34:07de faire une suite.
- 34:10En fait,
- 34:10ça m'a vraiment...
- 34:13Ça m'a redonné envie de me replonger.
- 34:16La lettre bleue m'a vraiment servi de respiration.
- 34:18C'est ça que je disais tout à l'heure.
- 34:20C'est que ça m'a permis un petit peu de sortir de ça.
- 34:22En revanche,
- 34:23c'est quand même historique.
- 34:24Tu as dû te renseigner et tout.
- 34:26Parce que c'est 1916.
- 34:28Oui,
- 34:28c'est 1916,
- 34:28mais ce n'est pas un roman historique.
- 34:30Je ne sais pas comment le qualifier.
- 34:33c'est de la littérature
- 34:35au sens plus général du terme,
- 34:36c'est littéraire,
- 34:37sauf que ça se passe à un moment donné.
- 34:38Basta cosi,
- 34:39il n'y a pas de...
- 34:40Je ne passe pas trois plombes à décrire une boîte aux lettres,
- 34:44ce que je peux faire dans d'autres mots.
- 34:45Ça donne vache,
- 34:45j'ai envie de les lire.
- 34:48Et le pitch du coup du dernier ?
- 34:50Alors,
- 34:50La lettre bleue,
- 34:53c'est l'histoire d'une jeune femme,
- 34:55donc en 1916,
- 34:56on est vraiment en plein dans la première guerre mondiale,
- 34:58elle vit dans un petit village en Bourgogne,
- 35:01évidemment.
- 35:02J'ai planté ça dans le village de mes parents parce que j'aime bien utiliser des décors qui sont...
- 35:06Ça s'appelle comment le village ?
- 35:07On l'est,
- 35:08O-N-L-A-Y.
- 35:10Personne ne connaît.
- 35:11En plus,
- 35:11même dans le Morvan,
- 35:13c'est dans le trou du cul du Morvan en plus.
- 35:15C'est-à-dire que le Morvan,
- 35:16déjà,
- 35:16personne ne sait le situer sur une carte.
- 35:17Mais alors là,
- 35:18même quand tu connais le Morvan,
- 35:19tu ne sais même pas le situer sur une carte non plus.
- 35:20Donc c'est bien,
- 35:21on est peinard.
- 35:24mais c'est beau en même temps c'est pas abîmé
- 35:28Et donc c'est l'histoire de cette jeune femme qui est veuve de guerre
- 35:31Son mari est décédé
- 35:32En deux ans plus tôt,
- 35:33le premier jour de la guerre Et donc elle a la vie très contraignante
- 35:36D'une veuve de l'époque,
- 35:37elle habille en noir
- 35:39Elle a la vie très astreinte
- 35:41Des champs Elle doit s'occuper de ses propres champs Elle a chez elle son beau-père
- 35:46Qui en plus n'est pas bien,
- 35:47pas en bonne santé Dont elle s'occupe
- 35:49Et elle a un boulot,
- 35:51parce que les veuves à l'époque On leur allouait un travail pour avoir une euh...
- 35:55Un complémentaire à la pension de veuve,
- 35:58c'était soit travailler au PTT,
- 36:00soit dans les usines d'allumettes.
- 36:01Ne me demandez pas pourquoi les allumettes,
- 36:02je ne sais pas.
- 36:03Mais apparemment,
- 36:03les usines d'allumettes donnaient du travail aux veuves de guerre.
- 36:08Et donc,
- 36:10cette fille répond à tous les critères de la femme parfaite qui montre par son état de viduité,
- 36:20on dit,
- 36:21pour les veuves.
- 36:22Elle montre,
- 36:23elle montre,
- 36:24elle relate la présence de celui qui n'est plus là.
- 36:27Et donc,
- 36:27elle rappelle l'effort que fait la nation pour sauver ses oies,
- 36:33etc.
- 36:34Et donc,
- 36:35sauf qu'un jour,
- 36:35elle entend parler d'un bal clandestin un soir.
- 36:38Or,
- 36:38à l'époque,
- 36:39les bals étaient interdits.
- 36:40C'est le pitch le plus long de la terre,
- 36:41je suis en train de vous...
- 36:43Non,
- 36:43mais on adore.
- 36:45Raconte pas tout le livre quand même.
- 36:47Non,
- 36:48non,
- 36:48je sais m'arrêter au bon moment.
- 36:50Voilà.
- 36:54Et là,
- 36:54elle...
- 36:56Et donc,
- 36:56elle entend parler d'un mal clandestin et tout d'un coup,
- 36:59il y a cette envie d'aller danser qui lui prend,
- 37:03non pas pour aller être la veuve joyeuse,
- 37:05comme on appelait ça à l'époque,
- 37:06mais juste pour être une femme le temps d'une danse,
- 37:10mettre une robe à fleurs et peut-être retrouver un peu celui qui n'est plus à travers le corps d'un autre,
- 37:14mais dans le cadre d'une java ou une polka,
- 37:17mais pas plus.
- 37:19Bien évidemment,
- 37:20ses copines au village lui disent « Mais t'es folle,
- 37:22faut pas y aller,
- 37:23tu peux pas,
- 37:23machin. »
- 37:23Et elle,
- 37:24elle y va quand même.
- 37:24Et elle se trouve aussi à une confrontation avec son beau-père,
- 37:26qui lui aussi,
- 37:27on pense que c'est parce que il estime que c'est trahir la mémoire de celui qui n'est plus là.
- 37:33Elle y va.
- 37:35Et bien évidemment,
- 37:36dès le lendemain matin,
- 37:37ça va se savoir dans le village.
- 37:38Et là,
- 37:38il y a tout le village qui va se retourner contre elle.
- 37:40Le politique,
- 37:41le religieux,
- 37:41même ses copines.
- 37:43Et le bouquin,
- 37:43ça va être sans combat.
- 37:45pour s'affirmer comme la femme qu'elle est toujours à une vingtaine d'années et non pas simplement comme la veuve qu'on veut qu'elle soit.
- 37:54Et c'est ce combat-là qu'elle va mener pour continuer de vivre et ne plus vivre dans l'ombre de quelqu'un qui n'est plus là.
- 38:01Comme je dis dans le roman,
- 38:02j'aime bien m'autociter parce que c'est tellement bien écrit.
- 38:06Quand le soldat meurt,
- 38:07c'est sa femme qui meurt un peu.
- 38:09On est un peu obligé de mourir avec celui qui est parti parce que c'est comme ça,
- 38:13tu es supposé représenter celui qui n'est plus là.
- 38:15Et il y avait aussi une autre mission qui était que sur le front,
- 38:19en général,
- 38:20les veuves étaient marraines de guerre,
- 38:21comme d'autres femmes,
- 38:22mais souvent,
- 38:23on les collait à la marraine de guerre.
- 38:25Et c'est par ce comportement très catho,
- 38:29très comme il faut,
- 38:30très moral,
- 38:31que le soldat se sentait motivé pour aller au combat.
- 38:35Pour peu qu'il apprenait que les femmes s'envoyaient en l'air derrière,
- 38:38on ne respecte...
- 38:38Voilà,
- 38:39le mec,
- 38:39il n'avait plus aucune raison d'y aller.
- 38:40Et du coup,
- 38:41ça cassait l'entrain du soldat.
- 38:42Donc,
- 38:42il y avait cette responsabilité.
- 38:44de mémoire et en plus quasiment de guerre.
- 38:49Donc c'était hyper lourd pour les femmes.
- 38:51Et elle,
- 38:52elle a juste voulu danser.
- 38:54Et elle se retrouve confrontée à cette société patriarcale et religieuse qui va tout d'un coup lui imposer des choses dont je ne vais pas parler.
- 39:01Parce que sinon...
- 39:02On dévoile le livre.
- 39:04Sinon ça s'appelle un audio-livre.
- 39:10Et donc ça va être un combat qu'elle va mener.
- 39:13Et si je dis quand même un combat qui finit bien,
- 39:16je ne dis pas comment,
- 39:17parce que je tiens quand même à être très optimiste.
- 39:20J'avais envie d'être optimiste.
- 39:22Ça fait du bien,
- 39:23surtout de nos jours.
- 39:24Oui,
- 39:24parce que j'ai quand même une vision pas forcément optimiste de la société,
- 39:29comment la voir,
- 39:29mais j'ai quand même une vision un peu factuelle et fataliste de la société.
- 39:33Et puis même quand j'ai lu des témoignages,
- 39:38quand j'ai lu un peu sur les veuves de guerre de l'époque,
- 39:39franchement,
- 39:40il n'y avait pas de quoi être optimiste au moment où elles vivaient ça.
- 39:42En 1916,
- 39:43il n'y avait vraiment pas de quoi être optimiste,
- 39:44c'était juste l'horreur.
- 39:46Mais moi,
- 39:46j'avais envie que cette femme,
- 39:47elle mène son combat jusqu'au bout et que justement,
- 39:49elle arrive à aller au-delà de cette fonction qu'on lui imposait et de ramener tous ces gens-là,
- 39:57les politiques,
- 39:58les religieux,
- 39:59les bécaces,
- 40:00les grandes gueules,
- 40:02les ramener à leur médiocrité.
- 40:05Et tu sais pourquoi tu as eu cette idée-là ?
- 40:08Une grand-mère t'a pu t'inspirer ?
- 40:09Non,
- 40:10j'ai pas de petits trucs.
- 40:12Très honnêtement,
- 40:13c'est une question à laquelle j'ai du mal à répondre.
- 40:18Initialement,
- 40:19cette pièce,
- 40:21cette histoire est une pièce de théâtre que j'ai écrite en 2003,
- 40:24qui avait été jouée au Festival de Grignan,
- 40:27et qui avait été vachement bien reçue,
- 40:29mais qui n'a pas eu de suite.
- 40:31Et c'est une chose que j'ai toujours regrettée.
- 40:34Pourquoi je l'ai écrite à l'époque ?
- 40:35Ça remonte à tellement loin,
- 40:36je ne sais plus trop.
- 40:37Il y a beaucoup de choses.
- 40:38Je pense qu'il y a le fait que la Première Guerre mondiale est un conflit qui m'a toujours...
- 40:43Quand je dis passionné,
- 40:43je n'aime pas dire ça.
- 40:44Ce n'est pas la guerre en soi qui me passionne.
- 40:46C'est comment les gens l'ont vécu.
- 40:47C'est une période qui me passionne.
- 40:48Les années 10,
- 40:4920,
- 40:4930,
- 40:4940 me passionnent.
- 40:52J'adore cette société de l'époque.
- 40:54Quand je dis j'adore,
- 40:56c'était une société qui était quand même un petit peu belliqueuse,
- 40:58on va dire.
- 40:59Mais d'un point de vue privé,
- 41:01c'est une société à laquelle je me...
- 41:08de laquelle je me sens proche.
- 41:11Et puis,
- 41:13il y a ça,
- 41:14il y a le côté campagne,
- 41:15dont je suis très proche,
- 41:16plutôt quelqu'un de la campagne.
- 41:17Et après,
- 41:20je pense que j'ai été toujours,
- 41:23après,
- 41:23je pense que j'ai été toujours,
- 41:26sans vraiment le savoir,
- 41:27proche de rôle,
- 41:28enfin,
- 41:29décrit pour les femmes.
- 41:30Dans toutes les pièces,
- 41:31il y a toujours...
- 41:34enfin
- 41:34quasiment toujours un rôle de femme prédominant.
- 41:37Donc que ce soit un rôle féminin,
- 41:38ça me paraissait une évidence.
- 41:39Et j'ai toujours été plus proche,
- 41:42j'ai eu toujours plus de facilité à parler du combat de femmes que du combat des hommes.
- 41:51Pourquoi ?
- 41:51Je n'en sais pas trop.
- 41:52Je ne sais pas trop comment.
- 41:53Pourquoi ?
- 41:54Je ne sais pas.
- 41:54Peut-être parce que,
- 41:56de par la position qu'a la femme depuis la nuit des temps dans la société,
- 42:03L'homme a fait en sorte que...
- 42:06L'homme,
- 42:06au sens sexuel du terme,
- 42:08a fait en sorte qu'elle soit en dessous,
- 42:12à son service,
- 42:15procréatrice.
- 42:17Et l'homme au boulot,
- 42:17il me fait la guerre,
- 42:18etc.
- 42:18C'est un peu le rapport primaire qu'on peut avoir.
- 42:22Et je me dis que finalement,
- 42:23le combat qu'elle mène et que vous menez encore aujourd'hui est forcément...
- 42:29plus difficile que le nôtre,
- 42:30parce que nous,
- 42:31c'est comme si la pente,
- 42:32on avait creusé la montagne,
- 42:33mais on était resté en haut de la montagne et puis il fallait que vous gravissiez la montagne pour arriver à notre niveau,
- 42:37quoi.
- 42:37Quand je dis notre niveau,
- 42:38on se comprend,
- 42:38hein.
- 42:39Social.
- 42:40Pas...
- 42:45Je me dis peut-être que effectivement,
- 42:48le combat des femmes est donc plus difficile,
- 42:51donc plus riche,
- 42:52donc dramatiquement plus fort,
- 42:56et puis peut-être parce que j'ai...
- 42:57pas une très haute opinion de l'homme en général.
- 43:01Là aussi,
- 43:01je parle au sens sexuel du terme.
- 43:05Que je trouve pas forcément hyper intéressant.
- 43:09Voilà.
- 43:12Tu nous laisses sans voix.
- 43:15Et quand tu écris,
- 43:16du coup,
- 43:17pour des femmes,
- 43:17est-ce que tu t'inspires de femmes qui t'entourent ?
- 43:21Est-ce que tu t'inspires d'héroïnes de films ?
- 43:23Est-ce qu'il y a des figures comme ça qui vont te...
- 43:26te nourrir sur le côté féminin de la chose ?
- 43:30Je ne leur mets pas de nom,
- 43:32je ne vais pas avoir d'image particulière en tête,
- 43:34je pense que c'est une somme d'expériences,
- 43:38de femmes que j'ai connues,
- 43:40ça va être la mère,
- 43:40la grand-mère,
- 43:42la mère des uns des autres,
- 43:43toutes les femmes que j'ai pu croiser,
- 43:45avec lesquelles j'ai pu échanger d'une manière ou d'une autre,
- 43:50m'ont nourri.
- 43:51C'est un peu aussi bête que ça,
- 43:52c'est très animal comme truc,
- 43:54c'est pour ça que je suis...
- 43:54Je ne suis pas quelqu'un qui intellectualise vraiment son écriture.
- 43:58Les idées me montrent,
- 43:59c'est comme des envies.
- 44:01Et puis à un moment donné,
- 44:01il y a un trop-plein.
- 44:02Et ça veut dire qu'il faut que je ressorte ce trop-plein.
- 44:06Et ça se passe sous forme d'écriture.
- 44:09Et il y a des...
- 44:09J'écoute.
- 44:10Je suis plus une éponge qu'autre chose.
- 44:12J'écoute,
- 44:13je prends.
- 44:15Et il peut s'avérer que j'en fais quelque chose à un moment donné.
- 44:19Mais c'est vrai que je suis beaucoup plus sensible aux personnages féminins.
- 44:22Même...
- 44:26Je ne sais pas,
- 44:26il y a un truc au niveau de l'émotionnel,
- 44:28au niveau du combat,
- 44:29que je trouve...
- 44:30Mais je n'aime pas trop dire combat,
- 44:31parce qu'on n'est pas en guerre non plus,
- 44:32mais quand même,
- 44:33il y a...
- 44:35Ce n'est pas un combat,
- 44:36mais c'est le fait de toujours devoir se battre.
- 44:39Oui,
- 44:39pour s'affirmer,
- 44:40pour vivre.
- 44:41Et puis pour exister au même niveau,
- 44:43oui.
- 44:44Je pense que le souci d'existence est beaucoup plus ardu pour les femmes qu'une société qui reste quand même encore une société,
- 44:49encore d'hommes.
- 44:51malgré les efforts.
- 44:52C'est ce que je dis quand je défends le bouquin.
- 44:56En ce moment,
- 44:57auprès de lecteurs,
- 45:01si peut-être il y a 20 ans,
- 45:02la pièce n'a pas eu de suite,
- 45:04c'est qu'à l'époque,
- 45:05le combat des femmes aujourd'hui n'avait pas encore le même aura.
- 45:14Il existait,
- 45:14le féminisme,
- 45:15ça ne se passe pas d'il y a 20 ans.
- 45:16médiatiquement parlant,
- 45:17ça a vraiment commencé à monter il y a à peu près 20 ans,
- 45:2015 ans.
- 45:21Ça a commencé à monter et puis maintenant...
- 45:26Et peut-être que justement,
- 45:27pourquoi cette histoire m'est revenue quand Fahia m'a demandé quel projet je leur proposais.
- 45:33La lettre bleue est montée toute seule.
- 45:35Donc si elle est montée toute seule,
- 45:37c'est qu'elle a des résonances qui sont actuelles.
- 45:41C'est pas un hasard,
- 45:41c'est pas parce que j'avais ça sous le pied.
- 45:43C'est parce qu'il y a une résonance.
- 45:45C'était le moment,
- 45:46quoi.
- 45:46C'était le moment qu'elle ressort.
- 45:47Et effectivement,
- 45:48ils ont lu le truc et ils m'ont dit,
- 45:49mais il faut y aller,
- 45:50il faut y aller,
- 45:50il faut y aller,
- 45:51quoi.
- 45:51Donc,
- 45:52voilà.
- 45:52Et la lettre bleue,
- 45:53tu penses que...
- 45:54Je pense que les gens ne savent pas pourquoi le titre,
- 45:56mais est-ce que tu peux l'expliquer ?
- 45:57Parce que c'est assez...
- 45:58La lettre bleue,
- 45:59c'était la couleur du courrier qu'on recevait quand on apprenait la mort de quelqu'un sur le front.
- 46:05Donc,
- 46:05tu n'avais même pas besoin de lire la lettre,
- 46:07quoi.
- 46:07Tu arrivais avec sa lettre bleue et tu savais que c'était...
- 46:10A priori,
- 46:10quand tu voyais déjà le gendarme arriver près de ta maison...
- 46:14Le facteur,
- 46:15mais si ça pouvait être un gendarme,
- 46:17tu serrais les fesses,
- 46:18si je puis dire.
- 46:19C'était vraiment...
- 46:20Il y a un très joli court-métrage avec Myriam Boyer.
- 46:24Je ne sais plus comment il s'appelle.
- 46:25On voit un facteur qui arpente la rue principale d'un village.
- 46:30Il y a toutes les femmes à la fenêtre qui ne respirent plus.
- 46:33Et quand ils passent,
- 46:36et qu'ils ne s'arrêtent pas,
- 46:37elles respirent.
- 46:38D'imaginer la transition.
- 46:39Avant,
- 46:40maintenant,
- 46:40on n'a pas un texto pendant deux heures,
- 46:42on est hyper affolés.
- 46:43Alors qu'avant,
- 46:44il fallait attendre,
- 46:45il partait à la guerre,
- 46:45pas de nouvelles.
- 46:46Et on attendait que le facteur nous amène.
- 46:48Et souvent,
- 46:49ce qui est arrivé fréquemment,
- 46:50ce qui est le cas dans le roman,
- 46:52c'est que tu apprenais la mort du type six mois après qu'il soit mort.
- 46:57Oui,
- 46:57oui,
- 46:58oui.
- 46:58Il fallait déjà que le corps soit reconnu.
- 47:00Parce qu'en général,
- 47:01quand il est mort,
- 47:01il n'était pas forcément entier.
- 47:03Et puis,
- 47:04des fois,
- 47:05il ne le savait pas,
- 47:05il ne revenait pas de la guerre.
- 47:08Il n'y avait pas de nouvelles.
- 47:09Il y avait des déductions.
- 47:10Ce qui est aussi un autre sous-sujet dans le sujet,
- 47:13c'est la difficulté de faire le deuil quand tu n'as pas le corps.
- 47:16Ah ben oui,
- 47:16ça c'est un vrai...
- 47:17Parce que les corps n'ont été rapatriés qu'à partir de 19,
- 47:20jusqu'à,
- 47:21je ne sais plus quand,
- 47:22mais en 21,
- 47:2322,
- 47:23les gens n'avaient toujours pas retrouvé le corps entre ceux qui étaient dans des ossuaires,
- 47:29qu'on appelle les ossuaires aujourd'hui,
- 47:30où finalement on ne sait pas qui c'est,
- 47:32donc tout le monde va être là.
- 47:33Et puis on va estimer qu'il est là parce qu'il était supposé être dans ce coin.
- 47:37Et puis ceux qui mettent des plombes à revenir,
- 47:39qu'il faut déterrer parce qu'ils ont été enterrés entre temps.
- 47:43Ça devait être un truc...
- 47:44Et puis l'espoir,
- 47:46toujours,
- 47:46que peut-être ils se sont trompés.
- 47:49L'espoir que ça ressonne.
- 47:51Bien sûr.
- 47:52Donc c'est tout ce truc-là dont je parle.
- 47:57Mais voilà.
- 48:00Je crois que c'est un livre qui est...
- 48:04C'est pas du tout le coup de masse,
- 48:05je crois que c'est un joli roman sur...
- 48:08Il y a Éric Foisier qui est un ami écrivain qui est très très connu.
- 48:14C'est lui qui écrit le Bureau des efforts occultes,
- 48:16je pense que vous avez entendu parler.
- 48:17C'est quelqu'un qui a gentiment lu le bouquin et avant qu'il sorte,
- 48:22pour me faire un...
- 48:23dans l'espoir qu'il me fasse un petit mot pour la quatrième de couvre,
- 48:26et qui a dit que c'était le grand roman de la perte.
- 48:28Ah c'est beau !
- 48:29Et...
- 48:30ouais,
- 48:32ouais.
- 48:33Surtout que moi,
- 48:33je ne mets pas dans la perte quelque chose de...
- 48:36C'est dramatique,
- 48:38mais c'est humain la perte aussi.
- 48:40C'est humain de perdre.
- 48:42Donc,
- 48:42il n'y a rien de grave au sens où la vie continue quand même.
- 48:47Mais la perte,
- 48:47il faut que ça s'accepte.
- 48:49Et pour l'accepter,
- 48:50il faut...
- 48:50Il y a ce fameux deuil.
- 48:52Après,
- 48:52le deuil,
- 48:52c'est une notion très subjective.
- 48:54Moi,
- 48:54je pense que le deuil,
- 48:55on ne le fait jamais.
- 48:55On vit avec.
- 48:57Mais voilà,
- 49:00j'aime bien cette définition-là.
- 49:03En tout cas,
- 49:04ça s'appelle la lettre bleue aux éditions Fayard.
- 49:09On arrive presque à la fin de l'émission.
- 49:12C'est quoi les projets futurs là ?
- 49:15La suite des deux premiers pour lesquels je suis en études en ce moment.
- 49:21J'espère être prêt dans un an.
- 49:22J'espère qu'il sortira dans un an.
- 49:24Mais avant ça,
- 49:25il y a tout un travail d'études,
- 49:27de mise au point de l'histoire.
- 49:30et puis après l'écrire,
- 49:32et puis après toutes les différentes étapes qui sont très longues en édition.
- 49:38Et ensuite,
- 49:39ça va être revenir au théâtre,
- 49:42avec l'épiphone du Japon,
- 49:44qui avait été jouée à Avignon,
- 49:45qui revient à l'Ascala,
- 49:47à Paris,
- 49:49fin janvier.
- 49:50On vous dira,
- 49:51d'ailleurs,
- 49:51on mettra quand ça sort,
- 49:53Liliane.
- 49:53Avec une super comédienne à l'intérieur.
- 49:55Une super comédienne qui s'appelle Marion Chrisman.
- 49:58Petite case dédie.
- 50:02Et Gaël Cotta,
- 50:03quand même,
- 50:03ne pas l'oublier.
- 50:04Évidemment.
- 50:05Et mise en scène par Fabio Mara.
- 50:06Mais évidemment.
- 50:07Merci bien.
- 50:08Et Marie-Emmanuelle Robert-Espagneux.
- 50:10Oui,
- 50:10évidemment.
- 50:15Et Avignon.
- 50:16Et Avignon qui se profile avec...
- 50:18Plusieurs projets,
- 50:19dont une pièce que j'ai écrite il y a longtemps,
- 50:22que j'ai produite avec ma compagnie,
- 50:23la belle équipe,
- 50:24qui s'appelle « Les poissons ne meurent pas d'apnée » ,
- 50:26qui sera au Bélier.
- 50:28Et puis,
- 50:30une autre pièce,
- 50:31et trois autres pièces normalement.
- 50:33Voilà,
- 50:34ça va être une belle année pour Avignon.
- 50:36C'est « El Patroné d'Avignon » ,
- 50:38Emmanuel.
- 50:38Si vous voulez aller à Avignon,
- 50:40vous allez voir Emmanuel à tous les quandres.
- 50:42Tous les créneaux.
- 50:44Vous pouvez faire la blague quand vous traînez dans les rues.
- 50:47Vous pouvez dire,
- 50:47tu vas voir quoi ?
- 50:48Une pièce d'Emmanuel.
- 50:49Tout le monde va dire,
- 50:49ah oui,
- 50:50bah oui.
- 50:50Mais laquelle ?
- 50:52Ça,
- 50:52toutes.
- 50:53Ça serait bien,
- 50:54ça serait Avignon.
- 50:54Ça voudrait dire qu'on sera au mois de juillet et qu'il fera chaud.
- 50:57Ouais,
- 50:58ça serait bien.
- 50:59Non,
- 50:59il ne fait jamais trop chaud.
- 51:00Avignon,
- 51:00il fait trop chaud.
- 51:01Non,
- 51:02moi,
- 51:02je ne suis pas d'accord.
- 51:03D'accord.
- 51:04Moi,
- 51:04je suis du sud.
- 51:04Je ne veux pas faire voir trop chaud que trop froid.
- 51:06Il fait tout,
- 51:07par contre,
- 51:07il ne fait pas très chaud.
- 51:08Mais on arrive à la fin.
- 51:09Est-ce que tu as un petit mot pour la fin que tu veux partager avec nous ?
- 51:11Ou tu nous as déjà tout dit ?
- 51:14Qu'est-ce que je pourrais partager ?
- 51:16Un petit truc,
- 51:17un petit tip.
- 51:18Merci déjà de m'avoir fait travailler pendant une heure sur ma...
- 51:24Non,
- 51:24non,
- 51:24sur ma...
- 51:26Rétrospectif.
- 51:28Sur ma haine de la tente.
- 51:32Parce que finalement,
- 51:33je ne supporte pas d'être dans une tente.
- 51:34Et là,
- 51:34ça fait une heure que je suis dans une tente.
- 51:35Et je trouve que je me suis vachement bien tenu.
- 51:38Et ça va ?
- 51:38Et t'es heureux ou t'es mal ?
- 51:40Non,
- 51:40ça va.
- 51:40Ça fait un petit peu...
- 51:43On est entre le Touareg et
- 51:45Madame Irma.
- 51:45Il y a un truc un peu...
- 51:48Oui,
- 51:48mais après,
- 51:49on fait le tirage de cartes.
- 51:50C'est ça.
- 51:51Non,
- 51:51non,
- 51:52c'est très agréable et en très bonne compagnie.
- 51:54Ah ben,
- 51:54évidemment.
- 51:55Évidemment.
- 51:55Non,
- 51:55non,
- 51:55c'est très agréable et puis c'est toujours...
- 51:58Et puis,
- 51:58ça a un biais un petit peu particulier d'aborder le thème de l'écriture en parlant de plein de choses.
- 52:06Donc,
- 52:07j'ai passé un très joli moment.
- 52:08Ah ben,
- 52:09nous aussi.
- 52:10Merci beaucoup.
- 52:11Merci,
- 52:11Emmanuel.
- 52:12Merci à vous.
- 52:13Et on se retrouve la semaine prochaine avec un nouvel homme.
- 52:17À la semaine prochaine.
- 52:21Flamme des années 80.
- 52:23Le podcast qui allume la femme.