Latest / Flammes des années 80. Le podcast qui allume la femme. / Agression sexuelle : briser le silence, accueillir la parole et réparer le corps avec Christel Petitcollin.
Transcript
- 0:03Flamme des années 80.
- 0:05Le podcast qui allume la femme.
- 0:09Bonjour,
- 0:10je suis très heureuse de vous retrouver aujourd'hui en ce 8 mars pour la journée internationale des droits des femmes.
- 0:16Et du coup,
- 0:17on a fait avec Flamme des années 80,
- 0:19on a une petite idée.
- 0:20Et donc,
- 0:21j'ai invité Christelle Petit-Colin aujourd'hui,
- 0:22on a la chance de la voir avec nous.
- 0:24Et on va parler de son livre Agression sexuelle,
- 0:27trousse,
- 0:28premier secours,
- 0:28qui est quand même,
- 0:29je pense,
- 0:29assez important en cette journée des droits des femmes.
- 0:32Donc bonjour Christelle.
- 0:33Bonjour Sarah,
- 0:35bonjour à tous.
- 0:37En tout cas,
- 0:37je suis très heureuse de te retrouver parce qu'on a fait une émission il n'y a pas si longtemps d'ailleurs sur l'emprise,
- 0:44avec justement la pièce de Frédéric qui s'appelle « Nos histoires » .
- 0:50On va retrouver Frédéric,
- 0:51mais ça on ne va pas trop spoiler.
- 0:52Et en tout cas,
- 0:54ça c'est le dernier bouquin que tu as écrit justement ?
- 0:57Voilà,
- 0:57c'est mon tout dernier pour le moment.
- 1:00Est-ce que tu peux te représenter brièvement pour nos auditeurs ou auditrices qui ne te connaissent pas encore et qui n'ont pas encore eu la chance de mettre leur nez dans tes bouquins ?
- 1:07Oui,
- 1:08alors je m'appelle Christelle Petit-Colin,
- 1:09je suis conseillère et formatrice en communication et développement personnel,
- 1:14conférencière et écrivain,
- 1:16je suis l'auteur de 20 livres de développement personnel,
- 1:19dont celui-ci,
- 1:20mon petit dernier.
- 1:22Je suis aux côtés des gens en coaching depuis plus de 30 ans maintenant.
- 1:30Et j'ai abordé avec eux beaucoup de problématiques qui sont devenues au fil du temps mes spécialités.
- 1:38Effectivement,
- 1:39tout ce qui est manipulation mentale est en prise,
- 1:42tout ce qui est hypersensibilité et pensée complexe arborescente,
- 1:47sur-efficience mentale,
- 1:48etc.
- 1:49Et également,
- 1:51au fil de ces 30 ans,
- 1:52j'ai eu énormément de témoignages d'agressions sexuelles,
- 1:57souvent dans l'enfance,
- 1:58mais pas que.
- 2:00Et avec les outils de la PNL à laquelle je suis formée,
- 2:03la PNL,
- 2:04l'analyse transactionnelle,
- 2:05l'hypnose,
- 2:07on a de quoi soulager la souffrance des gens qui ont vécu ces agressions.
- 2:14En tout cas,
- 2:15je trouve ça génial d'avoir écrit ce livre parce que c'est vrai que quand on se rend compte qu'on a eu des agressions sexuelles ou qu'on n'ose pas trop en parler,
- 2:22je pense que la lecture,
- 2:22c'est déjà un premier pas pour aller se rendre compte un peu de ce qui se passe.
- 2:26Et ce livre,
- 2:26il est hyper bien fait.
- 2:28Parce que je trouve que ton chapitrage,
- 2:29ta progression est vraiment chouette.
- 2:32Donc je pense qu'on va partir de là pour cette interview.
- 2:36Et tu commences le livre en parlant du silence.
- 2:40Chose assez brisée,
- 2:42le silence,
- 2:43en fait.
- 2:43Comprendre le mécanisme,
- 2:44parce que souvent,
- 2:46même des fois pour celles qui écoutent ou ceux,
- 2:48parce que ça n'arrive pas qu'aux femmes.
- 2:51C'est quelque chose qui nous a bassourdis.
- 2:53Donc,
- 2:54on est plongé dans un silence déjà par rapport à nous-mêmes et par rapport aux autres que tu expliques très bien.
- 2:59Donc,
- 2:59comment on fait pour sortir de ce silence qui est comme une chape en béton armé,
- 3:05entre guillemets ?
- 3:06Oui,
- 3:07et c'est une chape sociétale.
- 3:09Ce n'est pas que la victime qui n'arrive pas à parler,
- 3:12c'est que personne ne veut entendre.
- 3:13Alors,
- 3:13c'est effectivement pour ça que j'ai écrit ce livre.
- 3:16C'est pour tous ceux qui se retrouvent isolés dans leur silence.
- 3:20en ne trouvant pas comment à qui parler de ce qui leur est arrivé,
- 3:25mais même quelquefois comment et quels mots mettre sur ce qui est arrivé.
- 3:30C'est-à-dire qu'il y a des gens qui ont subi quelque chose qui est qualifié de viol par la justice et qu'eux-mêmes ne se sont pas réattribués comme étant réellement un viol.
- 3:44Parce que pas de violence apparente,
- 3:47parce que...
- 3:48Un mode,
- 3:48par exemple,
- 3:49par la sidération,
- 3:50par le mode surprise,
- 3:52par le mode culpabilisation,
- 3:54inversion,
- 3:54c'est toi qui l'as demandé,
- 3:55etc.
- 3:56Même juste mettre les mots pour soi-même,
- 3:58ce n'est déjà pas simple.
- 4:00Alors,
- 4:00si moi,
- 4:01je ne sais même pas que j'ai vécu un viol,
- 4:03comment je peux en parler aux autres ?
- 4:04C'est le premier point.
- 4:05Donc,
- 4:05vraiment de bien nommer ce qui est arrivé,
- 4:09de prendre suffisamment de recul pour comprendre par quelle mécanique on est arrivé à ce résultat-là.
- 4:15Et puis,
- 4:16quand je me suis mise à écrire,
- 4:16je me suis effectivement rendue compte.
- 4:18compte que ce n'est pas que les victimes ne parlent pas,
- 4:20c'est que personne n'a envie d'entendre.
- 4:23Et qu'il y a des mécanismes de silenciation qui sont très très puissants et très insidieux,
- 4:30c'est-à-dire qu'effectivement,
- 4:31les agresseurs menacent.
- 4:34Si tu parles,
- 4:34je tue ta mère,
- 4:35ou si tu parles,
- 4:39ton père va aller en prison et on n'aura plus rien à manger.
- 4:43Il y a tout un climat.
- 4:44Si tu parles,
- 4:44je dépose plainte pour...
- 4:47Et des fois aussi,
- 4:47si tu parles,
- 4:48je me tue.
- 4:49Le chantage au suicide,
- 4:49il est hyper important aussi.
- 4:52Absolument,
- 4:52absolument.
- 4:53Il y a énormément de violence autour du dévoilement et on le voit là actuellement dans l'actualité.
- 4:58Si tu parles,
- 4:59je porte plainte pour diffamation.
- 5:02Donc tout ça,
- 5:03ce sont des mécanismes de silenciation que je considère comme assez apparents.
- 5:09Mais il y a aussi les mécanismes de silenciation qui sont beaucoup plus insidieux et que je décris dans mon livre comme les bandes d'arrêt d'urgence,
- 5:18les bandes de freinage d'urgence dans les descentes sur les autoroutes.
- 5:22C'est-à-dire que sur les autoroutes,
- 5:24il est prévu,
- 5:25si jamais les freins des camions lâchent,
- 5:28qu'ils puissent à un moment donné s'engager sur une voie sans issue.
- 5:32qui est faite de gravier et de sable,
- 5:34dans lequel le camion va pouvoir s'enliser en douceur et donc ne pas dévaler la pente comme un camion faux.
- 5:40Et c'est exactement ce qui arrive aux gens qui parlent,
- 5:42c'est-à-dire qu'ils prennent leur courage de main,
- 5:44ils essayent de dire « tu sais,
- 5:45il m'est arrivé ça,
- 5:47il m'a fait ça,
- 5:48etc. »
- 5:49et la parole se dilue dans une espèce d'inertie qui fait qu'il a parlé et qu'on n'en a rien fait,
- 5:57exactement comme si cette parole…
- 5:59aller s'enliser dans un bac à sable.
- 6:04Et souvent,
- 6:05je le vois dans ma clientèle,
- 6:07les gens disent « Ah,
- 6:08mais j'ai une tante,
- 6:10je crois qu'elle a été abusée par mon grand-père,
- 6:12je crois. »
- 6:13Bon,
- 6:14et donc ça se sait.
- 6:15On ne peut pas dire que le silence n'y est pas,
- 6:18ça se sait.
- 6:19Et donc le grand-père a été poursuivi,
- 6:21la tante,
- 6:22elle a été prise en charge.
- 6:24« Ah,
- 6:24je ne sais pas,
- 6:25je ne sais pas,
- 6:26je crois qu'elle a fait de l'hôpital psychiatrique. »
- 6:29Voilà,
- 6:30c'est on sait sans savoir,
- 6:31on en parle sans en parler,
- 6:33comme si la parole était stérilisée en fait.
- 6:37Donc ce sont des mécanismes de silenciation beaucoup plus insidieux que la simple menace directe et les pressions directes qu'on peut mettre à quelqu'un qui essaye de parler.
- 6:48Et comment tu définirais ça ?
- 6:49Parce que ça évolue au cours du temps un petit peu,
- 6:54pas forcément le silence,
- 6:55mais quand même on en parle,
- 6:56on fait des émissions.
- 6:57Il y a des moyens,
- 6:59entre guillemets,
- 7:00de pouvoir accéder à de l'information.
- 7:03Mais cette chose qui revient souvent,
- 7:05c'est tout le monde savait,
- 7:06en fait,
- 7:07mais personne ne parlait.
- 7:08Et ce truc de tout le monde savait,
- 7:10je pense que pour la victime aussi,
- 7:12il y a quelque chose qui peut être assez...
- 7:16On peut peut-être mettre même du trauma sur du trauma,
- 7:19de se dire que tout le monde savait,
- 7:20mais plus personne ne fait rien,
- 7:22comme si ce château de cartes qui est un peu bancal s'effondre.
- 7:25C'est encore pire que si on gardait la chose bien faite qui fait du mal,
- 7:29en fait.
- 7:29Tu vois ce que je veux dire ?
- 7:31Absolument.
- 7:31C'est-à-dire que tant que la victime croit que c'est son silence qui fait qu'il n'y a pas eu d'action,
- 7:36elle peut se sentir responsable du fait que ça n'ait pas été dénoncé.
- 7:42Mais quand,
- 7:42effectivement,
- 7:43elle découvre que tout le monde savait et que,
- 7:45finalement,
- 7:46tout le monde est complice,
- 7:47il faut utiliser les...
- 7:48Moi,
- 7:48maintenant,
- 7:49j'utilise les vrais mots sur les vraies choses.
- 7:51Quand je sais que je ne dis rien,
- 7:52je suis complice.
- 7:54D'ailleurs,
- 7:54normalement,
- 7:55dans la loi française,
- 7:57toute personne qui a suspicion de maltraitance,
- 8:00même pas preuve,
- 8:01c'est suspicion de maltraitance,
- 8:03est tenue de le dénoncer.
- 8:04Je rappelle la loi,
- 8:05trois ans de prison,
- 8:0645 000 euros d'amende si on ne le fait pas.
- 8:09Or,
- 8:09tout le monde s'adapte,
- 8:10personne n'a rien dit.
- 8:11Effectivement,
- 8:12c'est une trahison générale de la victime.
- 8:17D'autant plus que souvent,
- 8:18en plus,
- 8:18les petites victimes parlent pour essayer de protéger les frères et sœurs plus jeunes.
- 8:22C'est souvent une petite victime subie en silence et avec beaucoup de stoïcisme jusqu'au moment où elle réalise qu'il y a d'autres victimes potentielles et que ses frères et soeurs vont y passer aussi.
- 8:34Et donc,
- 8:34quand les adultes mettent en route les mécanismes de protection,
- 8:38c'est effectivement une trahison générale.
- 8:40Mais il y a autre chose aussi,
- 8:42c'est que,
- 8:43comme je disais,
- 8:44les gens parlent.
- 8:46Alors,
- 8:46on les entend,
- 8:47mais on ne les écoute pas.
- 8:48Mais pire,
- 8:49on ne prend aucune mesure.
- 8:51Si on voit ce qui s'est passé dans l'Église catholique,
- 8:54effectivement,
- 8:55ils ont fait soi-disant l'effort de recenser toutes les agressions sexuelles.
- 9:01Et ça a été atterrant,
- 9:03les chiffres qui sont sortis de ces dernières années,
- 9:07du nombre d'enfants agressés par l'Église catholique.
- 9:11Donc,
- 9:12la parole a été libérée,
- 9:13les enfants ont pu témoigner,
- 9:15on a même recensé,
- 9:17comptabilisé les victimes.
- 9:19À ma connaissance,
- 9:22l'Église catholique n'a pris aucune mesure de prévention depuis.
- 9:28Et c'est souvent ça aussi,
- 9:29il n'y a aucune mesure qui est prise pour que ça ne recommence pas.
- 9:33Ça fait partie de cet espèce d'enlisement du problème dans le sable.
- 9:38C'est que oui,
- 9:38oui,
- 9:38tu as parlé,
- 9:39oui,
- 9:39oui,
- 9:39on a dénombré.
- 9:41Tu imagines pour les victimes des prêtres catholiques ?
- 9:47Ça a été recensé,
- 9:48elles ont parlé,
- 9:49elles ont témoigné.
- 9:50Et puis quoi ?
- 9:51Quoi d'autre ?
- 9:52Rien.
- 9:53Rien.
- 9:53L'Église catholique n'a mis en place aucune mesure.
- 9:57Je crois par contre dans le cinéma,
- 9:58il y a eu des mesures qui ont été prises pour accompagner les acteurs mineurs,
- 10:02pour justement éviter que ça se reproduise.
- 10:05Oui,
- 10:05en plus,
- 10:05moi,
- 10:06je suis bien placée pour le savoir,
- 10:07parce que moi,
- 10:07je fais du casting enfant.
- 10:09Oui.
- 10:09Donc,
- 10:10il y a des mesures qui sont prises,
- 10:12il y a des choses qui sont mises en place.
- 10:14C'est beaucoup plus contrôlé que ce que ça a pu l'être.
- 10:17Voilà.
- 10:18Et on voit,
- 10:19par exemple,
- 10:20dans le péri-scolaire,
- 10:22il y avait encore un défaut de vérification des casiers judiciaires,
- 10:27etc.
- 10:28Donc,
- 10:29la parole,
- 10:30la prise de parole et la pseudo-écoute,
- 10:33écoute,
- 10:33n'ait pas suivi des faits suffisamment pour le moment.
- 10:37Ça,
- 10:37je suis complètement d'accord avec toi.
- 10:38C'est bien de le dire et de le redire,
- 10:39parce que peut-être que ça peut bouger des petites lignes quelque part.
- 10:42En tout cas,
- 10:43c'est un peu l'idée de cette émission.
- 10:46Et j'avais encore une dernière question sur le silence,
- 10:48avant de parler de la parole,
- 10:50justement.
- 10:51Est-ce que ce silence,
- 10:52parce que des fois,
- 10:52il peut être aussi un peu culpabilisant,
- 10:54c'est parfois aussi une stratégie de survie pour les femmes ou les hommes qui sont dans ce silence,
- 10:58parce qu'ils pensent,
- 10:59comme on disait tout à l'heure,
- 11:00que s'ils parlent,
- 11:01Il va se passer quelque chose,
- 11:02donc c'est aussi une façon pour eux de survivre,
- 11:04ça fait partie quand même d'un processus ?
- 11:07Oui,
- 11:07absolument.
- 11:08Comme tu le disais tout à l'heure,
- 11:10il y a effectivement au moment du dévoilement,
- 11:13il peut y avoir le suicide de l'agresseur.
- 11:15C'est quand même quelque chose,
- 11:16alors ce n'est pas du
- 11:18100%, mais ça arrive.
- 11:20Donc il peut y avoir l'explosion de la famille,
- 11:23on l'a vu dans certains cas médiatisés,
- 11:25où les membres d'une même famille ne se parlent plus ou se disputent entre eux parce que...
- 11:30Il y a le camp de l'agresseur et il y a souvent beaucoup plus restreint le camp de la victime.
- 11:37Donc on sait qu'en fait le silence de la victime est un espèce de ciment qui garde tous les éléments agglomérés et que dès qu'elle parle,
- 11:49tout va voler en éclats,
- 11:51avec beaucoup de violence en plus.
- 11:53Donc ce qui est terrible,
- 11:55c'est que du coup ça donne une responsabilité à la victime Merci.
- 12:00de libérer la parole avec les conséquences qui sont pas mesurables au moment où on parle.
- 12:06Ce que tu dis très justement dans ton livre,
- 12:07en fait,
- 12:08c'est que le trauma de l'acte,
- 12:10de l'agression sexuelle telle qu'elle est,
- 12:12tu le nommes très bien,
- 12:14tu donnes beaucoup de définitions,
- 12:15parce que c'est important de remettre des mots sur des mots pour avoir des bonnes définitions de qu'est-ce qu'un viol,
- 12:19qu'est-ce qu'une agression sexuelle.
- 12:20Tu utilises bien des termes,
- 12:21tu nous fais un petit lexique au début pour qu'on parle le même langage.
- 12:24Et justement,
- 12:25une fois que...
- 12:27Et souvent,
- 12:27quand on a vécu ça,
- 12:28après on met du trauma sur le trauma par rapport à la parole.
- 12:31Parce qu'accueillir la parole d'une victime,
- 12:33c'est quelque chose qui n'est pas rien.
- 12:36Parce que si la personne dit en fait c'est faux,
- 12:39ça veut dire que c'est remettre encore une couche de trauma sur du trauma.
- 12:41Parce que tu expliques très bien dans le livre,
- 12:43ça peut être aussi traumatique que l'acte en lui-même.
- 12:46Puisque ça se passe à plusieurs niveaux.
- 12:48Est-ce que justement tu pourrais nous expliquer un peu comment est-ce qu'on pourrait...
- 12:53Parce que toi tu es bien formée justement à recueillir la parole.
- 12:56Qu'est-ce qu'on pourrait faire en partant d'une situation lambda et après on ira dans…
- 12:59Alors déjà,
- 13:01ce qu'on pourrait faire,
- 13:02c'est ce que fait la Belgique,
- 13:05c'est d'inclure la rétractation de la victime dans le processus de dévoilement.
- 13:14C'est-à-dire que dans le recueil de la parole de l'enfant abusé en Belgique,
- 13:19on sait qu'à un moment donné,
- 13:20les pressions seront tellement fortes sur l'enfant.
- 13:23qu'il va se rétracter et dire non,
- 13:25non,
- 13:25j'ai tout inventé,
- 13:26tellement la pression est insoutenable.
- 13:29Et pour les enquêteurs belges,
- 13:32la rétractation fait partie du processus de dévoilement et l'enfant ne peut pas ne pas se rétracter et quand il se rétracte,
- 13:41c'est considéré comme faisant partie du processus et non pas la preuve que tous les enfants sont des menteurs et que le pauvre homme a été accusé pour rien.
- 13:50Alors,
- 13:51si on pouvait déjà faire ça dans notre...
- 13:53dans le processus de dévoilement,
- 13:56de savoir que les victimes vont subir une telle pression qu'elles ne pourront pas à un moment donné flancher et se rétracter,
- 14:04on avancerait déjà dans les procédures juridiques.
- 14:08Et en Belgique,
- 14:08ils font ça juste pour les enfants ou c'est aussi pour les adultes,
- 14:11la rétractation ?
- 14:13Alors,
- 14:14je ne sais pas parce que moi,
- 14:15j'avais été formée au recueil de la parole de l'enfant en Belgique.
- 14:19Et donc,
- 14:19c'est une association belge qui m'a formée.
- 14:21Et je sais que dans...
- 14:23C'était pour les enfants.
- 14:24Je ne sais pas s'ils ont le même processus pour les adultes.
- 14:29Je pense que les adultes doivent certainement quand même moins se rétracter que les enfants.
- 14:34En tout cas,
- 14:34je trouve ça hyper intéressant et c'est quelque chose que je ne savais pas.
- 14:37Parce que j'imagine que même quand on est adulte,
- 14:39de parler,
- 14:40c'est très compliqué.
- 14:40Mais quand on est enfant,
- 14:41on a l'impression d'avoir fait une bêtise.
- 14:43On se dit,
- 14:43mon Dieu,
- 14:44on se rend bien compte en fait que toute cette chape de plomb est en train de s'effondrer et qu'on est en train de briser une famille.
- 14:49qu'on est en train de...
- 14:51Et donc,
- 14:51c'est...
- 14:51hyper compliquées,
- 14:52j'imagine.
- 14:53Parce qu'on ne parle pas beaucoup d'inceste et dans le livre,
- 14:56on en parle énormément parce que les chiffres sont quand même...
- 14:58Est-ce que tu peux nous rappeler les chiffres de l'inceste qui sont quand même assez...
- 15:01Une famille sur dix.
- 15:03Une famille sur dix,
- 15:04ça veut dire que dans une classe,
- 15:06il y a trois enfants par classe qui vivent l'inceste.
- 15:10Donc c'est énorme ces chiffres.
- 15:12Une famille sur dix,
- 15:13un enfant sur trois,
- 15:15dans une classe de 30 élèves,
- 15:16il y a trois enfants qui sont sexuellement agressés dans leur famille.
- 15:20Et tu vois,
- 15:21quand on parlait de silence,
- 15:23de bac à sable et tout,
- 15:25et d'inertie,
- 15:26cette espèce d'inertie,
- 15:29voilà,
- 15:30on en tient très peu compte.
- 15:31Je sais qu'il y a des programmes dans les écoles maternelles,
- 15:35donc grande section maternelle,
- 15:36parce que les agressions sexuelles sur enfants,
- 15:39la majorité commence entre 3 et 5 ans.
- 15:43Bizarrement,
- 15:43au moment du soi-disant complexe de deep de Freud,
- 15:46n'est-ce pas ?
- 15:47Là,
- 15:47tu en parles très justement dans le livre,
- 15:49je trouve ça assez extraordinaire.
- 15:51Voilà,
- 15:53le complexe de deep pour Freud,
- 15:54c'est entre 3 et 5 ans,
- 15:55et bizarrement,
- 15:57ça couvre bien le début des agressions sexuelles dans les familles.
- 16:01Quand ils font de la prévention dans les écoles en grande section de maternelle,
- 16:07ils en détectent effectivement trois par classe.
- 16:09Est-ce qu'on peut faire une petite parenthèse justement sur ce complexe de DIP pour non-RA ?
- 16:13Parce que je trouvais que ça coulait de source en fait,
- 16:15quand je l'ai lu alors que je ne m'étais jamais vraiment posé la question.
- 16:18Est-ce que tu peux nous le raconter ou est-ce qu'on laisse les auditeurs acheter le livre ?
- 16:21Alors,
- 16:22moi je recommande même aux auditeurs d'acheter le livre de Bruno Clavier qui s'intitule « Ils ne savaient pas » .
- 16:29Pourquoi les psys sont passés à côté des agressions sexuelles ?
- 16:33Et ils sont passés à côté des agressions sexuelles parce que Freud,
- 16:37donc on va les laisser aller découvrir tout seul ce que Bruno Clavier en dit,
- 16:41si justement dans son livre,
- 16:43il ne savait pas,
- 16:44et dont je me suis inspirée dans mon propre livre pour expliquer tout ça.
- 16:48Mais Bruno Clavier l'explique tellement,
- 16:50tellement mieux que moi,
- 16:51et d'une manière tellement plus détaillée,
- 16:53que pour cette toute petite partie de comprendre pourquoi les psys...
- 16:57sans à ce point passer à côté des agressions sexuelles,
- 17:01je renvoie à s'en vivre.
- 17:02Oui,
- 17:02de toute façon,
- 17:02on a une petite idée maintenant,
- 17:04mais c'est tellement intéressant,
- 17:05je trouve ça.
- 17:05Moi,
- 17:06je vais aller lire parce que je ne l'ai pas lu encore.
- 17:07J'aimerais vraiment creuser ce sujet parce que de toute façon,
- 17:10l'inceste,
- 17:10on en parle très peu.
- 17:11Moi,
- 17:11j'avais fait juste une émission sur ce sujet.
- 17:13C'est un sujet qui fait froid dans le dos,
- 17:16qui fait peur aussi.
- 17:18Et même comme je travaille aussi un petit peu en transgénérationnel,
- 17:21ce qu'il ne faut pas oublier,
- 17:22c'est que je pense qu'on descend tous de familles incestueuses Merci.
- 17:26quand on ne parle pas de première,
- 17:28deuxième,
- 17:28troisième génération,
- 17:29mais à l'époque,
- 17:30c'est des choses qui étaient beaucoup plus...
- 17:33Et donc,
- 17:33pour se « nettoyer »
- 17:35de tout ça,
- 17:35ça prend quand même beaucoup de temps.
- 17:36Je ne sais pas ce que tu penses de cette façon de voir les choses.
- 17:40Oui,
- 17:41en transgénérationnel,
- 17:44c'est vrai qu'on retrouve souvent dans les deux lignées des générations d'abus.
- 17:49Mais après,
- 17:49est-ce que c'est une histoire de transgénérationnel ou est-ce que c'est une histoire sociétale ?
- 17:56Parce qu'il y a une autre auteure que j'ai lue avant d'écrire mon livre qui s'appelle Dorothée Ducy qui écrit
- 18:02« Le berceau des dominations,
- 18:04comment l'inceste structure la société »
- 18:08et comment finalement l'agression sexuelle t'apprend la loi du plus fort,
- 18:13t'apprend à la fermer,
- 18:15t'apprend à ne pas te prendre pour quelqu'un d'important.
- 18:20Est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de réellement structurant dans la société ?
- 18:25avec l'agression sexuelle.
- 18:26Donc,
- 18:30c'est trop puissant pour qu'on puisse s'y attaquer de cette façon-là.
- 18:33C'est expliqué très bien aussi quelqu'un qui témoignait dans le cinéma.
- 18:39On dit que le cinéma est une grande famille,
- 18:42donc une grande famille incestueuse,
- 18:43donc une grande famille qui ne peut pas se réformer elle-même puisqu'un système ne peut pas être sans auto-changeur.
- 18:50On ne change un système que de l'extérieur.
- 18:52Donc,
- 18:52si c'est...
- 18:53toute la société qui est structurée par l'inceste,
- 18:57on ne peut pas prendre le problème dans ce sens-là,
- 18:59on ne pourra pas le réformer de cette façon-là.
- 19:01On ne peut réformer,
- 19:02à mon avis,
- 19:03et c'est pour ça que j'écris ce livre,
- 19:06qu'en réparant une par une les victimes,
- 19:08pour qu'elles puissent relever la tête et ne plus fonctionner dans ce système-là,
- 19:16en tant qu'agresseur elle-même,
- 19:19en tant qu'un nouveau agressé.
- 19:21En tant que parent qui n'est plus capable d'être protecteur,
- 19:24en tant que,
- 19:25comme on disait,
- 19:26spectateur silencieux,
- 19:27j'ose espérer que les victimes qui seront réparées,
- 19:31justement,
- 19:32ne cautionneront plus tout ce système.
- 19:35Consciemment ou inconsciemment,
- 19:36les pauvres,
- 19:36on est d'accord.
- 19:37Oui,
- 19:37parce que tu le dis très justement,
- 19:38tout le monde a sa place dans ce système et c'est vrai que changer les choses,
- 19:41en tout cas,
- 19:42nous,
- 19:42on essaye à notre niveau de bouger des petites lignes.
- 19:46Donc là,
- 19:47par rapport à justement si on revient à la personne.
- 19:51Quand une personne,
- 19:52par exemple,
- 19:52a confié son agression sexuelle,
- 19:54c'est quoi la chose à vraiment ne pas faire ?
- 19:57Alors,
- 19:58il ne faut surtout pas ne pas la croire.
- 20:04Le plus violent,
- 20:05c'est quand on essaye de se confier,
- 20:07de tomber sur quelqu'un qui se montre sceptique et dit « mais tu es sûr ? »
- 20:11parce que moi je le connais bien,
- 20:13c'est quelqu'un d'ignorable,
- 20:16remettre en cause la parole qui se confie.
- 20:18Donc le message qu'on doit faire passer à quelqu'un qui se confie,
- 20:22c'est « je te crois et je te comprends » .
- 20:25Et c'est rare que les victimes aient cette réponse-là,
- 20:30y compris de leurs proches les plus aimés.
- 20:34C'est souvent ça,
- 20:34puisque comme tu le dis très bien dans le livre,
- 20:36les agressions sexuelles,
- 20:37souvent,
- 20:38comme tu le disais très justement,
- 20:39c'est presque risible,
- 20:40on a plus de chances de se faire violer dans notre famille que dans un parking à 4h du matin,
- 20:44statistiquement.
- 20:46Est-ce que je peux me permettre d'en profiter pour rebondir et te reprendre ?
- 20:50On ne se fait pas violer.
- 20:53C'est une formulation partitive qui donne l'impression que c'est la victime qui l'a demandé.
- 21:00couper les cheveux,
- 21:01c'est moi qui l'ai demandé.
- 21:02Je me fais violer,
- 21:03c'est moi qui l'ai demandé.
- 21:05Et c'est toute une rééducation parce que je me fais encore avoir aussi quand une personne a été violée et non pas quand elle s'est fait violée.
- 21:13Merci pour cette...
- 21:14parce que c'est vrai que tu l'expliques très bien dans le livre mais qu'on a du mal à changer entre guillemets nos réflexes de façon de parler.
- 21:21Absolument et je me prends encore la main dans le sac à utiliser cette formulation que j'entends et que je dénonce dès que je l'entends.
- 21:30Je me fais encore avoir.
- 21:31Il y a autre chose sur laquelle je voudrais revenir,
- 21:33c'est le terme « abuser » .
- 21:36Je ne l'utilise absolument pas dans le livre.
- 21:39Il n'y a pas d'abuseur d'enfant,
- 21:41il n'y a pas d'abus sexuel parce que le terme « abus »
- 21:47vient du fait de trop user.
- 21:49Ça voudrait dire qu'on peut user,
- 21:51mais il ne faut pas abuser.
- 21:54Et donc,
- 21:54l'abus sexuel a une connotation qui dit « bon,
- 21:57j'en ai un petit peu usé,
- 21:59alors ça va » .
- 22:00Là,
- 22:00j'ai abusé,
- 22:01on le dit par exemple,
- 22:02j'ai abusé de l'alcool ou j'ai abusé du chocolat.
- 22:05Ça veut dire que je peux manger du chocolat,
- 22:07mais il ne faut pas que j'en abuse,
- 22:09d'accord ?
- 22:09Et donc,
- 22:10dans l'abus sexuel,
- 22:12je trouve qu'il y a une connotation qui dit on peut en user quand même.
- 22:16Mais pas trop.
- 22:17Voilà,
- 22:18pas trop,
- 22:18c'est ça.
- 22:19Donc,
- 22:20je me suis vraiment insurgée dans le livre contre cette appellation abus sexuel.
- 22:25C'est pareil,
- 22:26pédophile,
- 22:26pédocriminel,
- 22:27je préfère le terme.
- 22:28pédocriminel que le pédophile,
- 22:31puisque le terme pédophile est impropre.
- 22:35La personne qui agresse les enfants n'aime pas les enfants.
- 22:39Et avoir du désir sexuel pour un enfant,
- 22:43ça n'est pas l'aimer.
- 22:47Je suis très pointue sur le vocabulaire parce que tout ce vocabulaire,
- 22:53ce qui est mal nommé est mal pensé.
- 22:56C'est vrai pour tout.
- 22:57Le drame passionnel,
- 22:58non,
- 22:59c'est un féminicide.
- 23:01Le conflit parental,
- 23:02en général,
- 23:03non,
- 23:03ce n'est pas un conflit parental qui donne une impression d'équité.
- 23:06C'est un des deux qui pourrit la vie de l'autre.
- 23:09Donc,
- 23:10tout ce qui est mal nommé est mal pensé.
- 23:13Donc,
- 23:14les termes d'abus,
- 23:16effectivement,
- 23:18la formulation s'est faite.
- 23:21S'est faite violée,
- 23:22non plus.
- 23:24C'est ce que j'ai beaucoup...
- 23:25aimé dans la programmation de linguistique c'est la puissance de la linguistique justement et d'utiliser les bons mots pour les bons phénomènes et ça fait exactement partie de ce qu'on dit tout à l'heure de cette société qui fait partie de ça et donc du coup le
- 23:41vocabulaire qu'on utilise et parce qu'on nous l'a dit depuis qu'on est né là dedans donc c'est une espèce de langage en fait c'est comme si on devrait apprendre une nouvelle langue et se former entre guillemets à...
- 23:54Oui,
- 23:55je pense qu'il faudrait vraiment changer tout un lexique,
- 24:01et surtout le lexique des médias.
- 24:05Une autre chose qui me choque,
- 24:06ça je ne l'ai pas mis dans le livre,
- 24:08alors pour nos éditeurs c'est un petit scoop,
- 24:10je suis aussi extrêmement choquée quand on dit la jeune fille de 7 ans.
- 24:19Au lieu de dire l'enfant,
- 24:20les médias auraient tendance à dire la jeune fille.
- 24:24Non,
- 24:24à 7 ans,
- 24:25on n'est pas une jeune fille.
- 24:26Il y a comme ça une mauvaise façon de nommer les choses.
- 24:30Un enfant n'est pas une jeune fille.
- 24:32C'est hyper choquant quand tu le dis.
- 24:34Et quand tu l'as dit au début,
- 24:35je ne l'ai même pas relevé.
- 24:36C'est ça qui est encore pire.
- 24:40Mais de toute façon,
- 24:42les adultes ont un problème.
- 24:44Et les médias aussi.
- 24:45Quand deux enfants se seraient échappés de la crèche,
- 24:50les deux petits fugueurs.
- 24:51Pour moi,
- 24:52il n'y a pas de problème.
- 24:52pas d'enfants de crèche qui soient fugueurs,
- 24:54il y a juste des adultes qui ont mal surveillé,
- 24:56point.
- 24:57On est d'accord quand on le dit comme ça.
- 24:59Et oser dire les petits fugueurs,
- 25:02les petits voyous,
- 25:04les deux petits fugueurs de la crèche,
- 25:05non,
- 25:05c'est deux enfants et ils ne se sont pas échappés de la crèche.
- 25:09Ils n'ont pas échappé à la surveillance des adultes.
- 25:14C'est les adultes qui n'ont pas fait leur boulot,
- 25:16point.
- 25:17Et à chaque fois,
- 25:18il y a cette inversion qu'on retrouve,
- 25:20mais dans plein d'autres contextes aussi,
- 25:21on sort un peu du sujet.
- 25:23Oui,
- 25:23mais ce n'est pas grave parce que ça me donne vachement envie en ce moment.
- 25:25Je suis vachement là-dedans sur la responsabilité et se responsabiliser.
- 25:31Et je trouve que dans notre société,
- 25:32on fait en sorte qu'on ne prend pas ces responsabilités.
- 25:36par rapport à plein de sujets,
- 25:37c'est exactement ce que tu disais sur la fugue,
- 25:38c'est de la faute des enfants.
- 25:40Et c'est très dur pour des gens,
- 25:42par exemple,
- 25:42qui doivent s'occuper des enfants,
- 25:43de dire « en fait,
- 25:44c'est mon erreur,
- 25:45je l'ai mal surveillée » .
- 25:48Prendre sa responsabilité,
- 25:49ça ne va jamais être vraiment de notre faute,
- 25:51ça va toujours être de la faute du plus faible,
- 25:55parce que comme ça,
- 25:55au moins,
- 25:56on ne pourra pas lui dire grand-chose.
- 25:57Tu vois ce que je veux dire ?
- 25:59Alors,
- 25:59est-ce qu'on peut de ce fait enchaîner sur le délicat statut de victime ?
- 26:05où on est dans une société qui n'aime pas les victimes.
- 26:10Parce que reconnaître le statut de victime de quelqu'un,
- 26:13c'est reconnaître sa propre vulnérabilité.
- 26:17Donc dès que quelqu'un me dit qu'il est victime,
- 26:19je vais moi dans mon petit cerveau effrayé par l'incertitude,
- 26:26chercher en quoi la victime est coupable d'être victime,
- 26:30pour me rassurer sur le fait que ça ne peut pas m'arriver.
- 26:33Et c'est vrai pour tout.
- 26:34pour tous les statuts de victime.
- 26:36Il y a eu un incendie chez moi,
- 26:39les autres vont chercher en quoi j'ai mal branché tel truc sur mauvaise prise ou autre.
- 26:44J'ai eu un accident de voiture,
- 26:46à quelle vitesse tu roulais ?
- 26:48Est-ce que tu regardais ton portable ?
- 26:49On ne va pas admettre qu'il y a des aléas dans la vie qui font que ça peut arriver à n'importe qui.
- 26:57Donc,
- 26:57une femme qui a subi un viol,
- 26:59elle est forcément...
- 27:02coupable de son propre viol.
- 27:03En plus,
- 27:04dans l'asexualité des femmes,
- 27:05puisqu'elles sont des tentations ambulantes,
- 27:08puisqu'il faut qu'elles cachent leurs cheveux,
- 27:10leurs chevilles.
- 27:11Autrefois,
- 27:12une femme ne pouvait même pas montrer ses chevilles quand elle portait des robes à crinoline.
- 27:17Une femme est une tentation ambulante si elle est déjà présupposée être aguicheuse et provocatrice de désirs.
- 27:29Sauf que le problème,
- 27:30c'est que les agressions sexuelles commençant dans l'enfance,
- 27:34je ne vois pas en quoi un bébé ou un enfant de 3 ans est aguicheur et provocateur.
- 27:41Là aussi,
- 27:42il y a une espèce de cliché qui fait qu'on considère que c'est la victime qui est responsable de son malheur.
- 27:50Je ne vois pas en quoi un enfant pourrait aguicher un pédocriminel.
- 27:57il y a une
- 27:58terrible inversion comme toujours.
- 27:59Et donc,
- 28:00on a,
- 28:01en tant que société,
- 28:02à s'interroger sur notre façon d'envisager le statut de victime,
- 28:07avec plus de compassion.
- 28:09Complètement,
- 28:09et justement,
- 28:10de prendre la responsabilité de l'agresseur et pas de remettre la responsabilité toujours sur les victimes,
- 28:17parce que c'est ce qui se passe,
- 28:18en fait.
- 28:22Et du coup,
- 28:23cette notion,
- 28:24justement...
- 28:25De consentement,
- 28:26pourquoi elle est si mal comprise encore ?
- 28:27Parce que je pense qu'il y a des fois où ça peut avoir des débats.
- 28:31Ce truc de consentement,
- 28:32à un moment donné,
- 28:34on en parle beaucoup,
- 28:35mais c'est toujours assez...
- 28:37Assez vaste,
- 28:38j'ai envie de dire.
- 28:39Alors oui,
- 28:40justement,
- 28:41comme c'est vaste,
- 28:42c'est difficile d'y répondre de façon précise.
- 28:45Le consentement est une notion tellement nouvelle,
- 28:48tellement nouvelle.
- 28:49La culture du viol,
- 28:52on la connaît depuis des centaines d'années.
- 28:55Le droit de cuissage,
- 28:58de pouvoir violer à volonté ses propres servantes,
- 29:01etc.
- 29:04Le devoir conjugal.
- 29:06Donc...
- 29:07Et toute cette culture du viol qui fait croire qu'une femme qui dit non le dit pour préserver sa réputation et ne pas passer pour une chaudasse,
- 29:19mais que derrière ce non,
- 29:20si on insiste un peu,
- 29:22il y a un oui qui sommeille.
- 29:24Je crois qu'aujourd'hui,
- 29:24si on interviewe les hommes,
- 29:26ils sont encore persuadés qu'une femme qui dit non a très envie de dire oui,
- 29:31mais ne dit pas oui tout de suite pour ne pas passer pour une salope,
- 29:34en gros.
- 29:35Donc les hommes sont encore persuadés de ça,
- 29:37mais c'est effectivement ce qu'on nous a inculqué.
- 29:41Et imaginez le désarroi des hommes aujourd'hui si les femmes se montraient brûlantes de désir en disant « mais moi je veux,
- 29:49mais moi j'ai envie de toi » .
- 29:52Ils auraient peur de ne pas fournir,
- 29:53de ne pas assumer,
- 29:54d'être devant une dévoreuse qui va les épuiser sexuellement.
- 29:58Donc il y a encore une espèce d'hypocrisie que les hommes ne sont pas capables.
- 30:02de faire face au désir d'une femme brûlante de leur sauter dessus.
- 30:09Donc les femmes sont encore obligées d'être extrêmement pudiques.
- 30:13Donc le consentement,
- 30:15déjà qui demande la permission,
- 30:17c'est une chose,
- 30:20mais les codes qui font qu'il ne faut pas qu'une femme se montre brûlante de désir sont encore très en vigueur.
- 30:27Exactement.
- 30:30donc du coup c'est complètement vrai et je pense que c'est pour ça aussi qu'il y a certains hommes qui ne trouvent plus leur masculinité aujourd'hui et c'est hyper intéressant parce que du coup ce sujet là fait en sorte qu'après quand une femme justement est victime d'agressions
- 30:45sexuelles il y a toujours une honte qui s'installe,
- 30:48une culpabilité parce que forcément ça va être de sa faute alors peut-être qu'elle a été trop,
- 30:52pas assez,
- 30:53qu'elle voulait,
- 30:53enfin parce qu'il y a toujours ce truc aussi en tant que femme
- 30:56Si on est joli ou même si on s'apprête,
- 30:59c'est pas une question de beauté et qu'on se met en valeur et qu'on est à guicheuse,
- 31:03entre guillemets,
- 31:04selon la vue de la société,
- 31:05on doit aller au bout de tout,
- 31:07en fait.
- 31:07C'est-à-dire qu'on ne peut plus jamais dire non et on est entraîné comme ça dans quelque chose où...
- 31:13Et donc,
- 31:13du coup,
- 31:13notre culpabilité va revenir sur nous parce que c'est de notre faute,
- 31:16comme on dit tout à l'heure.
- 31:18On n'est pas victime parce que c'est de notre faute.
- 31:20On culpabilise et donc,
- 31:22du coup,
- 31:23pourquoi il y a autant de...
- 31:24honte après une agression ?
- 31:26À la fois parce qu'on se remet en question,
- 31:28pourquoi on a autant honte ?
- 31:33Oui,
- 31:33alors moi je fais une distinction entre la culpabilité et la honte.
- 31:36La culpabilité,
- 31:37c'est le fait de porter la responsabilité.
- 31:39Et là,
- 31:40c'est ce qu'on venait de dire.
- 31:42Comme je n'admets pas qu'on puisse être victime de manière aléatoire,
- 31:46si tu es victime,
- 31:47c'est que tu as forcément fait quelque chose qui t'a attiré ça.
- 31:50Donc ça,
- 31:50c'est la culpabilité.
- 31:52infligé par la société,
- 31:53et puis il y a la culpabilité de l'agresseur,
- 31:56qui effectivement essaye de nous faire croire qu'on l'a chauffé,
- 31:58qu'on l'a bien cherché,
- 32:01et nous faire croire que tout est de notre faute,
- 32:03que lui,
- 32:03il est pur et innocent.
- 32:04L'inversion accusatoire,
- 32:05c'est typique des manipulateurs,
- 32:07et les agresseurs sexuels,
- 32:09c'est les pires manipulateurs.
- 32:12Et pour la honte,
- 32:14moi je l'explique de la façon suivante,
- 32:15parce que je trouve que c'est vraiment ce qui est le plus douloureux dans l'agression sexuelle,
- 32:19c'est la honte.
- 32:21Je me représente la honte comme les correcteurs de trajectoire de nos voitures.
- 32:26C'est-à-dire que la voiture a un correcteur de trajectoire qui nous prévient quand on va sortir de la route,
- 32:33et qui nous ramène dans le droit chemin.
- 32:34Et la honte,
- 32:35normalement,
- 32:35ça sert à ça.
- 32:36La honte,
- 32:37ça sert à nous maintenir sur le chemin de l'humanité.
- 32:42Et quand je sors du chemin de l'humanité,
- 32:44j'ai honte,
- 32:45et la honte est censée me ramener sur mon chemin d'humanité.
- 32:48Le problème,
- 32:49c'est que...
- 32:51quand j'ai subi des agressions,
- 32:54j'ai été déshumanisée par quelqu'un d'autre.
- 32:56C'est lui qui m'a fait sortir de l'humanité.
- 32:59J'ai été traitée comme un objet quand je suis agressée sexuellement,
- 33:05quand je suis battue,
- 33:06quand je suis harcelée,
- 33:10traitée de plein de choses.
- 33:12C'est l'agresseur qui me fait sortir de mon chemin d'humanité et c'est moi qui ressens la honte d'être
- 33:19hors du champ de l'humanité,
- 33:21alors que l'agresseur étant de toute façon lui complètement inhumain,
- 33:23ne la ressentira pas.
- 33:25Et donc,
- 33:26je propose dans mon livre tout un chemin pour se réapproprier son humanité et sortir de la honte.
- 33:35Et donc,
- 33:35ce qui réhumaniserait le mieux les victimes,
- 33:39c'est la chaleur humaine.
- 33:42C'est que dans leur malheur,
- 33:43elles soient accueillies avec chaleur,
- 33:45bienveillance,
- 33:46compassion.
- 33:48Et je pense que c'est ça qui aggrave le stress post-traumatique,
- 33:52c'est que la plupart des victimes n'ont pas eu ça.
- 33:54n'ont pas eu des bras humains et chaleureux pour leur dire,
- 33:58mon pauvre,
- 33:59ma pauvre,
- 33:59qu'est-ce qui t'est arrivé ?
- 34:00Viens là,
- 34:01je te fais un gros câlin,
- 34:02ce n'est pas de ta faute.
- 34:03Justement,
- 34:05l'inhumanité,
- 34:06elle n'est pas à toi.
- 34:07Et donc,
- 34:08si j'ai un message à faire passer à tous,
- 34:10face aux victimes,
- 34:11réhumanisez-vous pour la réhumaniser,
- 34:14elle.
- 34:15Bon.
- 34:17Oui,
- 34:17mais carrément,
- 34:17parce qu'en fait,
- 34:18ça arrive,
- 34:18et moi,
- 34:19j'ai des témoignages même autour de moi de...
- 34:21Même d'adolescentes,
- 34:22en fait,
- 34:22qui ont parlé et qui se sont retrouvées chez des thérapeutes,
- 34:25psychologues,
- 34:26formés,
- 34:26psychiatres,
- 34:27qui ont dit « je ne vous crois pas » .
- 34:29Et en fait,
- 34:30je trouve ça aberrant parce que d'une violence inouïe,
- 34:34surtout quand c'est un professionnel.
- 34:35J'ai eu le cas d'une jeune fille qui avait subi un viol collectif.
- 34:43Probablement,
- 34:43à l'époque,
- 34:44on n'en parlait pas encore,
- 34:45mais sous sédation.
- 34:48Et elle en avait parlé au psychiatre qui lui avait dit « c'est des bouffées délirantes » .
- 34:54Et elle pleurait dans mon bureau en me disant « je te jure Christelle,
- 34:57c'est pas des bouffées délirantes,
- 34:58je l'ai vraiment vécu mais je ne me souviens pas de tout » .
- 35:01Oui parce que c'est atroce.
- 35:03Mais tu en parles dans le livre aussi justement de l'amnésie post-traumatique.
- 35:07Il y a beaucoup de…
- 35:08justement quand on est enfant,
- 35:09on ne peut pas forcément se rappeler de tout.
- 35:10Ou même quand notre cerveau est extrêmement bien fait,
- 35:13coupe des informations qui reviennent souvent des fois à la quarantaine,
- 35:16ce que tu disais dans le livre.
- 35:18justement,
- 35:19bizarrement,
- 35:20après la période de prescription.
- 35:23Heureusement qu'on a changé la loi,
- 35:24parce qu'à une époque,
- 35:26les pauvres victimes avaient la mémoire traumatique qui revenait juste au moment où elles ne pouvaient plus porter plainte.
- 35:32Comme si ça avait l'air d'être super bien fait,
- 35:35le système.
- 35:37Et puis,
- 35:37il y a autre chose aussi,
- 35:38c'est Peter Levin qui en parle,
- 35:40il semblerait que 40%
- 35:42des victimes soient en amnésie traumatique,
- 35:44c'est-à-dire que le nombre de gens qui sont répertoriés
- 35:48ou capable de dire qu'ils ont vécu une agression sexuelle,
- 35:51on pourrait le doubler si 40%
- 35:54des gens sont en amnésie traumatique.
- 35:56Et maintenant,
- 35:58comme ces imbéciles d'agresseurs se filment,
- 36:02on peut avoir la preuve qu'il y a des enfants qui ne se rappellent pas du tout,
- 36:06alors que sur le film,
- 36:07on voit bien qu'ils ont été agressés.
- 36:09Donc ça,
- 36:10parce qu'il y avait eu,
- 36:11tu sais,
- 36:12toute une période,
- 36:13la mode des faux souvenirs,
- 36:15soi-disant.
- 36:16On pouvait greffer des faux souvenirs à nos clients en étant lourdement insistants sur le fait que sûrement ils avaient été violés.
- 36:25Dans l'idée de Knock qui avait réussi à convaincre une fermière qu'elle était tombée d'une échelle,
- 36:30on pouvait fabriquer des faux souvenirs.
- 36:32Donc maintenant,
- 36:33avec le fait qu'ils filment leurs exactions et qu'on peut tomber sur des victimes qui n'en ont aucun souvenir alors qu'il y a l'épreuve,
- 36:42On commence à réhabiliter l'amnésie traumatique.
- 36:45Donc,
- 36:45il y a quand même des choses qui bougent dans le bon sens,
- 36:47mais c'est lent.
- 36:49Donc,
- 36:49c'est très frustrant que ce soit si lent.
- 36:51Et surtout,
- 36:52on va faire une petite parenthèse sur les chiffres de la justice.
- 36:54On n'en a pas encore parlé,
- 36:55mais c'est quand même assez intéressant.
- 36:58Justement,
- 36:59le chiffre,
- 36:59je l'ai en tête,
- 36:59mais je n'ose pas le dire,
- 37:00parce qu'il me semble tellement énorme.
- 37:01Est-ce que tu peux le donner,
- 37:02toi,
- 37:03par rapport aux incestes,
- 37:04le chiffre,
- 37:05justement,
- 37:05une fois qu'on a porté plainte,
- 37:07il y a combien de pourcentages de gens qui vont aller en prison ?
- 37:10C'est très,
- 37:11très peu.
- 37:13Alors,
- 37:14j'ai plus les chiffres en tête.
- 37:15Il me semblait que c'était 98%
- 37:16de ce que j'ai lu,
- 37:17mais ça me faisait très peur.
- 37:18Alors,
- 37:20le chiffre exact,
- 37:21effectivement,
- 37:22c'est 99%
- 37:24des agresseurs ont de grandes chances de ne pas être attrapés.
- 37:30Mais dans les familles,
- 37:31il y a des chiffres aussi où je crois que seulement
- 37:336% des enfants qui ont parlé sont protégés.
- 37:37C'est un autre chiffre.
- 37:38C'est-à-dire que le pauvre enfant a fait l'effort,
- 37:41lui...
- 37:42a pris son courage à deux mains à parler,
- 37:44et parce que les enfants sont des menteurs,
- 37:47parce qu'il faut,
- 37:48alors ça c'est aussi une grande tarte à la crème,
- 37:51il faut maintenir coûte que coûte le lien parental entre l'enfant et son parent.
- 37:56On en voit des petites filles qui ont été violées par leur père,
- 37:59le visiter en prison,
- 38:00se refaire violer en prison.
- 38:02C'est arrivé.
- 38:04Donc cette espèce de mythe qu'il faut coûte que coûte restaurer et maintenir le lien parental,
- 38:11est assez suspect aussi.
- 38:14Quand un agresseur est un agresseur,
- 38:16il n'a plus rien d'un parent.
- 38:17Moi,
- 38:17je suis pour les préconisations de la CILIS de retirer l'autorité parentale aux parents agresseurs.
- 38:25Oui,
- 38:25ça fait froid dans le dos.
- 38:28C'est dur d'en gêner là.
- 38:30Oui,
- 38:30ce sont des sujets extrêmement lourds.
- 38:34Et c'est peut-être aussi pour ça que peu de gens ont le courage d'y faire face.
- 38:39Parce que c'est tellement lourd,
- 38:40c'est tellement dégoûtant,
- 38:42c'est tellement révoltant que notre pauvre cerveau,
- 38:45justement,
- 38:46ça le sort de son champ d'humanité.
- 38:49Il n'a pas envie d'aller sur des chemins aussi d'arc.
- 38:52C'est horrible de...
- 38:56d'envisager que ça puisse exister.
- 38:57Donc,
- 38:57je pense que ça explique aussi l'inertie des populations.
- 39:01Ça sort du champ de ce qu'on peut entendre.
- 39:05Mais si on veut sauver nos enfants,
- 39:07si on veut protéger nos enfants,
- 39:09on est obligé d'aller regarder.
- 39:12Oui,
- 39:12et puis ça fait froid dans le dos pour de vrai.
- 39:14Moi,
- 39:15physiquement,
- 39:15je sens qu'il se passe quelque chose dans mon corps.
- 39:17J'ai des frissons.
- 39:18Je vois toute une espèce de froid qui arrive.
- 39:21C'est pour ça que je parle du corps,
- 39:22parce que justement,
- 39:23le corps...
- 39:24Dans le livre aussi,
- 39:25tu parles de corps comme clé de réparation.
- 39:28Et ça,
- 39:29pour moi,
- 39:29c'est un sujet hyper important.
- 39:30Et je trouve qu'on n'en parle pas assez.
- 39:33Que ces victimes vont pouvoir se réparer par rapport au corps.
- 39:36Tu donnes des choses très faciles.
- 39:39Parce que souvent,
- 39:40on n'a pas forcément ni les moyens,
- 39:41quand on est agressé,
- 39:42d'aller voir un thérapeute,
- 39:43de travailler sur le corps.
- 39:45Tout ça,
- 39:45ça coûte extrêmement cher de se reconstruire.
- 39:48C'est un coût,
- 39:49en fait.
- 39:50Ce n'est pas juste...
- 39:51Mais là,
- 39:52ce n'est pas juste...
- 39:54Comment dire ?
- 39:54Ça me touche parce que comme je suis passée par là,
- 39:56je sais que ça en coupe.
- 39:56Est-ce qu'il va vraiment falloir ?
- 39:58Des fois,
- 39:58je me dis que ça coûte de l'argent.
- 40:01Et tant qu'on n'a pas réparation,
- 40:03c'est la victime qui doit payer pour se réparer.
- 40:07Voilà.
- 40:07Et comme en plus,
- 40:08d'après Bruno Clavier,
- 40:09les psys ne savaient pas,
- 40:11ils sont passés à côté des agressions sexuelles,
- 40:13on paye des gens qui ne sont pas en capacité de nous aider.
- 40:16C'est ça qui est aussi effrayant.
- 40:19Donc,
- 40:19c'est vraiment dans cette optique-là que j'ai écrit le livre.
- 40:21Le livre ne coûte pas cher.
- 40:24et quand on n'a pas trouvé le bon thérapeute pour nous accompagner,
- 40:28quand on n'a pas les moyens d'aller voir un thérapeute,
- 40:31quand c'est tellement tabou dans ma famille ou dans ma communauté que je ne pourrais même pas en parler,
- 40:37le livre permet de faire une bonne partie du chemin tout seul.
- 40:41Et donc,
- 40:42effectivement,
- 40:42tout est rapport au corps.
- 40:44Je l'explique dans mon livre.
- 40:48Quand il y a le feu chez moi,
- 40:50je sors en courant de ma maison.
- 40:52On est d'accord.
- 40:54Quand il y a le feu à mon corps,
- 40:57mon esprit sort en courant de mon corps de la même façon.
- 41:00C'est ça les phénomènes de dissociation corporelle.
- 41:03La personne,
- 41:04elle n'est plus dans son corps,
- 41:06elle est réfugiée dans sa tête,
- 41:08elle ne sent plus rien de ce qui se passe dans son corps et ça fait partie des symptômes de stress post-traumatique de ne plus habiter son corps et d'être restée dans cet état d'alerte,
- 41:20d'il y a du danger,
- 41:21je ne sais pas où aller quelque part.
- 41:23Donc,
- 41:24Dans mon livre,
- 41:24effectivement,
- 41:25je donne des tas de conseils pour comment retourner dans son corps,
- 41:30parce que le corps,
- 41:32c'est la maison de mon esprit.
- 41:34Moi,
- 41:34je dis même,
- 41:35le corps,
- 41:36c'est la chapelle de l'âme.
- 41:37Après,
- 41:37on se le transpose comme on veut en fonction de sa spiritualité,
- 41:42mais pour moi,
- 41:43c'est vraiment ça,
- 41:43le corps est la chapelle de l'âme.
- 41:46Si l'âme n'est plus dans le corps,
- 41:49ça devient une âme errante.
- 41:52Et le corps devient une chapelle abandonnée qui,
- 41:55et c'est dramatique,
- 41:56va à nouveau attirer les prédateurs.
- 41:58Parce que c'est comme s'ils avaient un instinct très sûr pour voir les chapelles qui ne sont pas protégées par la présence de l'âme.
- 42:06Et que du coup,
- 42:07il y a un moment donné,
- 42:08on va dire à la personne,
- 42:09mais ce n'est pas possible,
- 42:10tu les collectionnes,
- 42:11mais ce n'est pas possible,
- 42:12tu le cherches,
- 42:12etc.
- 42:13Et en fait,
- 42:14une victime va subir de nouvelles agressions à cause de ces phénomènes de dissociation qui fait qu'elle ne s'habite plus.
- 42:22plu.
- 42:23J'adore,
- 42:23je pourrais en parler pendant des heures.
- 42:24Et je vais juste dire,
- 42:25le petit exercice que tu fais faire,
- 42:26c'est aussi du shaking.
- 42:28Moi,
- 42:28je le fais faire aussi pas mal à mes coachés et je trouve ça génial.
- 42:31Donc si des fois,
- 42:32bon après,
- 42:32ça marche pas forcément que pour les agressions sexuelles,
- 42:34ça peut marcher pour beaucoup de choses,
- 42:35mais de pouvoir justement bouger son corps,
- 42:37se réapproprier en mettant une musique le matin et bouger en fait.
- 42:41Le corps sait aussi,
- 42:43comme les animaux.
- 42:44Bon,
- 42:44alors moi,
- 42:44je pourrais faire une émission de 3 heures sur ce sujet qui me passionne.
- 42:47Mais tu vois,
- 42:48ce truc de checking,
- 42:49je pense que c'est quand même un petit tip.
- 42:51De body checking.
- 42:52Le terme exact,
- 42:53c'est body checking.
- 42:55C'est effectivement secouer son corps,
- 42:57trembler,
- 42:58vibrer,
- 42:59etc.
- 43:00Ça nettoie les scories de stress du corps quand on s'ébroue comme un petit chien qui retient les gouttelettes.
- 43:07Les animaux le font tout le temps,
- 43:09en fait.
- 43:09Très naturellement,
- 43:11très naturellement.
- 43:13Christelle,
- 43:13on arrive déjà à la fin de l'émission.
- 43:15Je suis vraiment très heureuse.
- 43:18Je te remercie de m'avoir donné cet espace de parole.
- 43:21Parce que comme tu as pu le voir dans le livre,
- 43:23c'est un sujet qui est très important pour moi.
- 43:28Réparer les victimes d'agressions sexuelles,
- 43:30c'est réparer l'humanité.
- 43:32Et donc,
- 43:32merci pour cet espace de parole.
- 43:34Et j'espère que ce qu'on se sera dit aujourd'hui pourra aider un maximum de victimes.
- 43:40Je voudrais aussi dire que ces victimes,
- 43:41je les prends dans mes bras et je les serre très fort.
- 43:44J'ai énormément de compassion et d'admiration pour elles.
- 43:48Ça me touche,
- 43:48merci.
- 43:49Moi aussi,
- 43:50on se fait un gros câlin collectif et je pense qu'on est sur le chemin de la réparation.
- 43:57Même si ça prend un peu de temps,
- 43:59c'est possible.
- 44:01Voilà.
- 44:01Je te remercie beaucoup.
- 44:02Moi,
- 44:02je vous dis à la semaine prochaine.
- 44:04Et puis,
- 44:05Christelle,
- 44:06j'espère au prochain livre.
- 44:07Tu viens quand tu veux.
- 44:08En tout cas,
- 44:08la porte est ouverte.
- 44:11Certes.
- 44:11Avec plaisir.
- 44:12Merci beaucoup,
- 44:13Sarah.
- 44:17Flamme des années 80.
- 44:19Le podcast qui allume la femme.