Latest / L'entreprise de demain / IA au travail : les angles morts - Eneric Lopez
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- DELPHINE 00:00 Tout le monde se forme à l'IA, je le disais en introduction, on n'a plus que ce mot à la bouche. Mais quels sont les angles morts, selon vous, que cette course nous empêche de voir? ENERICK 00:09 Le faux mot, le fear of missing out, il ne faut pas qu'on loupe cette vague de l'intelligence artificielle. Le faux mot, le fear of being obsolete. Il y a une différence entre la diffusion, l'adoption et la transformation. C'est nécessaire de se former à l'IA, mais ce n'est pas suffisant. Moi, j'ai tendance à dire, formation sans transformation, c'est illusion de compétence. DELPHINE 00:33 Quelle sera ma valeur ajoutée demain? Qu'est-ce qu'on va me demander de faire? Est-ce que j'en aurais les compétences? Est-ce que j'aurais un métier? Qu'est-ce qu'on fait toute IA? Qu'est-ce qu'on fait en collaboration avec IA? Qu'est-ce qu'on fait sans IA? Et si on arrêtait de manager comme hier, dans un monde qui a radicalement changé? Et si l'entreprise de demain, c'était celle qu'on construit à partir de nos choix d'aujourd'hui? Je suis Delphine Zanelli, conférencière, mentor et autrice de 100 jours pour révéler votre leadership. Depuis plus de 25 ans, j'accompagne dirigeants, managers et équipes dans la transformation de l'entreprise et de leurs pratiques. Bienvenue dans l'entreprise de demain, le podcast pour celles et ceux qui veulent remettre du sens dans l'action, s'épanouir dans leur rôle et bâtir des organisations plus humaines, plus justes et plus performantes. Chaque semaine depuis 2018, je reçois des dirigeants, des DRH, des managers, des experts et des acteurs engagés. Ensemble, nous explorons les défis du travail, partageons des expériences sincères et ouvrons des pistes concrètes pour construire pas à pas l'entreprise de demain. Alors installez-vous, prenez une grande inspiration. L'entreprise de demain, elle se construit ici et maintenant. C'est parti! Un collectif, ça ne se décrète pas dans un séminaire. Ça ne tient pas non plus dans des valeurs affichées sur un slide. Ça se construit dans ce que les personnes vivent ensemble. Et United Heroes, mon partenaire pour cette saison, crée justement ces défis. Des temps forts, des rituels qui donnent envie de participer, qui rapprochent les équipes et qui rendent l'impact visible. Bref, il crée des occasions très concrètes de remettre votre collectif en action. Bonjour, bienvenue dans ce nouvel épisode de l'entreprise de demain. Alors, tout le monde s'est mis à l'IA. On entend parler plus que de ça dans toutes les entreprises, c'est une bonne chose. tout le monde se forme, du comité de direction aux collaborateurs, enfin, de plus en plus. On en mange tous les jours, on en parle tous les jours, on veut aller vite. Et moi, ce qui m'intéresse, c'est qu'est-ce qu'on ne voit pas encore? Quels sont les angles morts? Où est-ce qu'on se trompe? Qu'est-ce qu'on oublie dans cette course à l'adoption de l'IA en quête de productivité, d'outils? Et encore une fois, ce n'est pas une critique. Je suis pro-IA. Je pense que ça peut nous apporter beaucoup de choses. Mais je pense que c'est important aussi de se dire quels sont les angles morts. Et qu'est-ce que ça vient changer dans la valeur du manager? Parce qu'il y a des collaborateurs qui vont se réjouir de ne plus avoir à produire des reportings ou des tableaux de suivi. Mais il y en a d'autres que ça inquiète beaucoup. Quelle sera ma valeur ajoutée demain? Qu'est-ce qu'on va me demander de faire? Est-ce que j'en aurai les compétences? Est-ce que j'aurai un métier? Est-ce que ça va répondre aux besoins? Est-ce que j'aurai un travail, tout simplement? Alors, est-ce que former les personnes à l'IA, ça suffit? Comment est-ce qu'on peut accompagner cette transformation beaucoup plus profonde des métiers, mais aussi des identités professionnelles, qui deviennent parfois des identités personnelles et des trajectoires. Pour essayer de comprendre tout ça, j'ai la joie de recevoir aujourd'hui Enric Lopez, qui est directeur IA et Impact Social chez Microsoft France. Donc, il va nous aider à détricoter et à voir un peu plus clair dans toutes ces questions que je pose. Enric, bonjour et bienvenue. ENERICK 04:06 Bonjour, merci beaucoup, je suis ravi d'être là. DELPHINE 04:08 Henrique, on va rentrer directement dedans. Tout le monde se forme à l'IA, je le disais en introduction, on n'a plus que ce mot à la bouche. Mais quels sont les angles morts, selon vous, que cette course nous empêche de voir? ENERICK 04:21 Alors, tout le monde se forme à l'IA. Déjà, je mets un gros point d'interrogation. On va y venir. Déjà, dans un premier temps, ce qu'il faut qu'on voit, c'est effectivement, un peu comme vous l'avez dit dans l'introduction, les individus et les organisations, on voit deux phénomènes sur l'intelligence artificielle. D'un côté, plutôt pour les organisations, on voit un phénomène que j'appellerais un peu le FOMO, le Fear of Missing Out, il ne faut pas qu'on loupe cette vague de l'intelligence artificielle. En sous-jacent, on peut se poser la question, effectivement, oui, mais quel cas d'usage? Quelle valeur? Comment j'y vais? Quel impact métier? Quel héroïs? Et puis, de l'autre côté, il y a les individus. Alors, celles et ceux qui ont peut-être déjà utilisé, parfois en cachette, on parle de Shadow AI, je l'utilise, mais je ne le dis pas. DELPHINE 05:07 Je crois que c'est un pourcentage important quand même. ENERICK 05:09 Voilà, à ma direction. Mais tous autant que sont ces individus, ils ont tous peut-être dans un coin de leur tête le faux-beau, le fear of being obsolete. Donc d'un côté on a le faux-beau, de l'autre côté le faux-beau, et on doit dans nos organisations gérer cela. Alors, moi l'angle mort que je vois, et je vais le dire tout de suite tout go, il y a une différence entre la diffusion, l'adoption et la transformation. Qu'est-ce que j'entends par là? On a un rapport mondial chez Microsoft qu'on met à jour régulièrement tous les 4 mois pour mesurer la diffusion de l'intelligence artificielle. La diffusion de l'IA, c'est cet index, c'est les personnes en âge de travailler, 15-64 ans, qui passe au moins 90 minutes par mois sur un outil d'IA génératif. DELPHINE 06:08 D'accord. ENERICK 06:09 Quel que soit le terminal, quel que soit l'outil, etc. Donc ça a été construit scientifiquement et on mesure ça, ça permet de mesurer cette diffusion de l'IA dans tous les pays du monde et on a effectivement pas mal d'enseignements. La France se situe deuxième en Europe, quatrième mondiale. DELPHINE 06:27 Ce qui n'est pas si mal. ENERICK 06:27 Ce qui est même assez impressionnant. derrière, Émirats Arabes Unis, Singapour, Norvège. Les Etats-Unis sont au-delà de la 20e place. DELPHINE 06:37 C'est évalué sur les clients de Microsoft ou plus généralement? ENERICK 06:39 Non, c'est évalué sur les individus en âge de travailler, 15-64 ans. Justement, c'est pour ça qu'il y a pas mal de péréquations scientifiques pour essayer d'avoir une représentativité des chiffres qui sont à notre disposition, de les pondérer par rapport aux terminaux mobiles, par rapport à la technologie et pour représenter l'ensemble des outils d'IA génératifs. DELPHINE 07:00 Et ça, ça fait quel pourcentage en étant 4? ENERICK 07:02 49,6% pour la France. Ça veut dire qu'il y a presque un Français sur deux en âge de travailler qui utilise au moins 90 minutes par mois l'intelligence artificielle. Donc ça, c'est la diffusion. Ça ne nous dit rien. Est-ce que cet outil qui est utilisé, ou ces outils qui sont utilisés plus de 90 minutes par mois, c'est dans un environnement perso, c'est dans un environnement pro, et est-ce que c'est dans son quotidien, entre guillemets, « adopté » pour apporter de la valeur. C'est là où je commence à faire une distinction entre la diffusion et l'adoption. Et ce qu'on voit aujourd'hui dans les organisations, c'est des organisations qui essayent de faire en sorte que ce soit adopté. Elles forment, elles montrent des cas d'usage et elles font en sorte que l'IA soit utilisée. Là, cette adoption, regardons vite fait, par exemple, la dernière étude qui vient de sortir de la Banque de France, cette adoption, elle est encore périphérique. Déjà, elle n'est pas la même entre les grandes entreprises et les petites. Là où on prend les chiffres, par exemple, de la BPI, on n'a que 30-40%, au maximum 50% de certaines petites et moyennes entreprises qui utilisent l'IA générative. Mais si on regarde, par exemple, les éléments de la Banque de France, les cas d'usage, seulement 17% des cas d'usage sont dans les processus de production. On a de l'usage, on a une adoption aujourd'hui de l'IA qui est dans les processus, on va dire, un peu périphériques. Je vais le dire très simplement, quasiment tout le monde utilise l'IA pour éventuellement faire des comptes rendus de réunion, générer un email, corriger un texte. Mais l'intelligence artificielle intégrée dans un processus métier et refondre complètement un processus métier, on n'y est pas encore. Et c'est ça la transformation. Donc, à la réponse de manière très simple, il ne faut pas confondre la vitesse de diffusion et la profondeur de transformation de liens. DELPHINE 09:03 Et je pense que quand... Alors ça, vous êtes mieux placé que moi pour le savoir, mais de ce que je comprends, quand il y a formation, c'est souvent formation aux usages périphériques. C'est, pour parler Microsoft, comment j'utilise Copilot? ENERICK 09:16 C'est déjà... Alors, il faut passer par là. Moi, c'est une recommandation que je fais. Déjà, sensibiliser tout le monde. Il faut que tout le monde, tous les citoyens, d'ailleurs c'est pour ça que côté Microsoft, on a pris l'engagement de former un million de citoyens à l'IA agnostique. Pourquoi? Parce que c'est le démarrage de la conduite du changement, on travaille par la sensibilisation pour après aller dans le cas d'usage, le désir dans les méthodologies de conduite du changement. Donc c'est nécessaire de se sensibiliser à l'IA, c'est nécessaire de se former à l'IA, mais ce n'est pas suffisant. Moi j'ai tendance à dire, formation sans transformation, c'est illusion de compétence. On n'a fait qu'un tout petit bout du chemin. Ce n'est pas chat perché, mes collaborateurs ont été formés, maintenant l'IA va transformer nos processus et on va avoir les gains opérationnels qu'on experts. DELPHINE 10:05 Je pense que sur l'initiative citoyenne, elle est fondamentale parce que j'entends beaucoup d'entreprises dire qu'aujourd'hui, quand elles recrutent quelqu'un qui n'a pas touché à l'IA, ça peut poser problème parce que comme elles veulent faire adopter l'IA, ça me paraît effectivement essentiel. Ma question, du coup, c'est comment ça vient? Est-ce qu'il y a des études récentes où est-ce que vous observez un premier impact sur le travail et aussi sur la productivité, parce que c'est quand même le sujet auquel on s'est attelé? Mais au-delà de la productivité, il y a l'impact sur la façon dont on travaille, sur le travail au sens large, sur l'emploi, sur tout ça. ENERICK 10:40 Là, il y a énormément de choses à dire sur l'impact du travail. Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup d'études. Donc, je vais essayer de... DELPHINE 10:47 Pour nous, peut-être les points les plus ailleurs, il faut qu'on ait en tête. ENERICK 10:50 C'est pour ça que je vais essayer. Puis après, je pense qu'on rentrera dans le détail de certains éléments qu'on voit, mais premièrement, la première question autour du travail, celle qui en général est dans la tête de tout le monde, c'est ça détruit ou ça crée du travail? Bon, je pense que ce n'est pas la meilleure question, on va y venir, mais en tout cas, ça, ça a été en grande partie répondu par le World Economic Forum, qui a étudié en analysant les entreprises, etc. Il y aurait donc un delta positif de plus 7% à horizon 2030, donc ça créerait plus d'emplois que ça n'en détruirait. Ça, au moins, on a une source, entre guillemets, fiable, le World Economic Forum, mais qu'est-ce que ça nous apporte dans notre quotidien, dans nos organisations, ou à titre individuel, cette information? Pas grand-chose. J'ai plus envie de me tourner sur les études comme celles de l'Organisation Internationale du Travail, qui, elle, va regarder plutôt comment ça transforme les métiers. Et comment ça transforme les métiers? A la granularité de la tâche et de la compétence. Ce qu'a fait l'OIT, ce qu'a fait l'Organisation Internationale du Travail, c'est découper l'ensemble des métiers en 30 000 tâches et regarder, par rapport à ces tâches, celles qui seraient potentiellement automatisables et quelles compétences sont associées. Et donc c'est vrai qu'on va avoir un index moyen qui est aux alentours de 0,29. Ça ne veut pas dire que 29% des tâches, Mais voilà, si on se fait un schéma mental, c'est à peu près l'index de remplaçabilité ou d'impact que l'IA pourrait avoir sur les métiers. Certains sont plus, entre guillemets, potentiellement concernés que d'autres. On peut imaginer qu'effectivement, un travailleur qui fait 100 pour... enfin, quelqu'un qui a, je ne sais pas, un kinésithérapeute. Je ne saurais pas dire le pourcentage, mais on peut imaginer que 80% de son activité, elle est beaucoup plus dans la relationnelle et dans le manuel que dans quelque chose qui pourrait être impacté par l'intelligence artificielle et de l'autre côté des tâches extrêmement administratives et bureaucratiques. Mais une fois qu'on a dit ça, c'est ça qu'il faut regarder, c'est comment ces métiers sont impactés potentiellement par l'intelligence artificielle et comment ils vont devoir être transformés. Donc ça c'est une autre étude. L'impact de la transformation, l'IA sur la transformation du travail. Sur la transformation aussi des pratiques. Quelles sont les nouvelles compétences dont on a besoin pour travailler à l'ère de l'IA? Comment ces compétences évoluent? Ce n'est pas la même chose de produire, d'orchestrer, de créer, d'analyser. On a aussi un impact sur la culture autour de l'intelligence artificielle. est-ce qu'on s'autorise à dire qu'on utilise l'intelligence artificielle ou pas? Est-ce que ça augmente ou n'amplifie pas nos biais? Tiens, cette personne... Alors la réponse est oui, je peux rentrer dans le détail des études, mais on s'aperçoit qu'on a des études qui montrent que par exemple ça augmente les biais que l'on peut avoir sur la productivité ou la qualité du travail d'un collaborateur. DELPHINE 13:55 C'est-à-dire? C'est un exemple? Je vous donne un exemple ENERICK 13:59 très clair. Il y a une étude qui a... Alors c'était sur des développeurs, on a demandé à des managers de noter le code qui a été écrit par des développeurs, de mettre une note, sans leur dire quoi que ce soit. Donc ils ont donné des notes. Et dans l'échantillonnage, on a redemandé à des managers de noter des copies, c'était les mêmes, mais eux ne le savaient pas. Et enfin, je dis des copies, vous avez bien compris que c'est du code. Et là, on leur a dit, maintenant vous allez noter ces copies-là de code, sachez qu'elles ont été co-écrites avec de l'IA. Les mêmes managers, les mêmes, entre guillemets, copies, ont eu une note inférieure de 6%. DELPHINE 14:42 Ah oui? ENERICK 14:44 Bon, après le pire, c'est que quand en plus on leur disait que ça c'est des copies rédigées par des codeurs masculins, et là des codeurs ou des codeuses féminines, là, les femmes c'était moins 13%. Donc en plus il y avait un double biais. autre élément qu'on voit c'est potentiellement aussi l'impact sur la cognition on voit effectivement quelques études, alors il y a à boire et à manger dans les études et il y a deux éléments aussi qui ressortent on peut avoir un impact sur une dette cognitive à trop utiliser l'IA et à se reposer dessus on pourrait rapidement perdre ses propres entre guillemets capacités à exercer son jugement sans IA, ça ça a été montré sur certains oncologues, on leur donne, on mesure leur capacité à analyser un certain nombre d'éléments, on leur donne un outil d'IA pour pouvoir le faire pendant trois mois, et puis on enlève l'outil d'IA et on refait des tests, et ils sont moins performants que quand ils n'avaient pas l'IA avant le... trois mois auparavant. Il leur a fallu que trois mois pour perdre un certain nombre de finesse de jugement. Et en même temps, On a, si on regarde le verre d'eau à moitié plein, des études qui montrent qu'on peut amplifier, on peut augmenter, si je puis dire, la performance individuelle à juste titre. Donc, beaucoup d'études qui montrent qu'il y a un enjeu de transformation des métiers, il y a un enjeu de transformation des compétences pour exercer à l'ère de l'IA, mais aussi des transformations, des processus et des savoir-faire à mettre en œuvre pour travailler à l'heure de l'IA, pour enlever les biais, pour être plus productif, pour respecter et amplifier nos valeurs humaines, y compris nos compétences humaines, et trouver le meilleur fonctionnement dans une organisation. DELPHINE 16:41 Et du coup, si je vous écoute, et que je suis dirigeant, manager ou autre, ou même pour moi, quel est le point de vigilance? Qu'est-ce que je dois faire si je veux développer à terme des super-humains? Alors moi j'aime bien parler, on parle d'humains augmentés, moi j'aime bien parler de super-humains, mais dans le sens humain. C'est-à-dire, on parlait de cognition, d'analyse, ça fait quand même partie de notre humanité. Notre capacité de jugement, même si on n'est pas oncologue, je veux dire, la lecture qu'on a de l'autre, la compréhension, l'écoute, le lien, mais aussi la manière dont on travaille, ce qu'on peut produire, le fait de... Pour moi, un super humain, c'est aussi quelqu'un qui ne va pas être épuisé constamment, parce qu'on parlait de cognition, mais c'est aussi épuisant, parce que l'IA va trop vite par rapport à notre cerveau. Donc voilà, quelles seraient les deux, trois choses qu'il faut que je fasse, pour moi, pour mes équipes, pour garantir que, quelque part, on va avoir une bonne adoption, parce qu'on va faire attention à regarder où est-ce qu'on va, en fait, où est-ce qu'on emmène les gens, et comment on va développer ça. ENERICK 17:44 Moi, je n'aime pas du tout le mot augmenter, donc j'utilise aussi le côté plutôt amplifié, dans le sens où je suis intimement persuadé que, et sans mauvais jeu de mots, que IA, ça doit rimer avec ingéniosité amplifiée. L'ingéniosité, c'est ce qui fait de nous, des hommes et des femmes. C'est notre esprit critique, c'est notre créativité. DELPHINE 18:04 Ingéniosité amplifiée, reprenez ça. C'est vous qui nous écoutez. Je pense que c'est un bon terme. ENERICK 18:09 Qu'est-ce qu'on peut faire? Déjà, la base, c'est ce qu'on se disait. C'est que je me forme et j'utilise. Parce que parler de quelque chose ou avancer... C'est vraiment... Juste, j'ai appris à prompter. Je mets en pratique. Je mets en pratique et je me confronte au sujet. Deuxièmement, je repense à mon métier ou je repense au métier de mes collaborateurs et de mes collaboratrices avec un regard en disant qu'est-ce qui fait sens que je confie à l'intelligence artificielle? Qu'est-ce qui est nécessaire d'apprendre à faire à deux? Il y a plus moi qui garde le jugement, etc. Et qu'est-ce qui est obligatoire de sanctuariser? DELPHINE 18:52 Sans IA. ENERICK 18:53 Exactement. Obligatoire, pourquoi? Parce que c'est nécessaire dans la relation à l'autre, parce que c'est là où on veut garder le contrôle, parce que c'est ça que l'on va vouloir amplifier, c'est ça qui est garant d'une qualité humaine, relationnelle, qualité de service, ou de développement pour soi-même. Et ça, c'est important d'en avoir. Et puis, c'est tout le défi des ressources humaines, des managers ou des individus que nous sommes, que de savoir évoluer et revoir notre manière de travailler. Ça nous demande aussi de changer notre manière de faire, parce qu'avant on produisait, maintenant on orchestre des outils de production. Donc trouver cette symbiose là-dedans, c'est important. Quelques éléments concrets. Se mettre des limites. DELPHINE 19:45 Oui, c'est marrant, j'allais y venir. ENERICK 19:46 Se mettre des limites parce qu'on a une espèce de satisfaction, même presque de décharge de dopamine à utiliser l'IA, à prompter et on obtient un résultat, c'est génial, mais bon, là, c'est pas comme on veut, alors on reprompte et puis on a à nouveau le résultat et on attend quelques secondes qui arrivent, ah oui, il est là, ah c'est pas mal, mais non, là, je suis déçu. Et en fait, on fait ces boucles d'itérations, etc. À un moment, il faut arrêter. Il faut limiter son niveau, entre guillemets, d'exigence, ça sert à rien de prompter 18 fois. Au bout de la cinquième, on prend le document et puis avec des 80-20, 80% il est fait et puis on met les 20% d'humains pour fignoler, etc. On essaye de ne pas être confronté à beaucoup d'outils en même temps au-delà de 3-4 tâches en parallèle, agents en même temps, etc. Il faut se méfier parce qu'on rentre dans les risques de ce qu'on voit, un phénomène qu'on appelle le brain fry, le cerveau qui fume, on va dire. Et puis aussi on se préserve des moments où on fait sans IA intéressant, moi quelques conseils pratiques, réfléchissez d'abord par vous-même avant d'aller chercher des nouvelles idées parce que l'IA, souvent on fait de la recherche mais je trouve que c'est un excellent coach donc effectivement on peut utiliser l'IA comme un coach mais ils ont fait le travail individuel d'abord et non pas d'abord je demande à l'IA ils me donnent des idées et sur la base de ce qu'ils me donnent Jitter, parce que là on réfléchit c'est comme si on faisait un brainstorming mais dans un cadre déjà fermé, on sait très bien que quand on brainstorme on balance tout, on met tous les post-it au tableau et puis ensuite on fait le tri et bien là c'est pareil. Et puis de se poser la question de quel est le meilleur mode de fonctionnement et comment on intègre l'IA dans le processus, dans les études notamment, donc tout ce que je vous dis c'est des méta-études qu'on analyse une fois par an chez Microsoft, ça s'appelle le Future of Work Report il sort en général fin décembre, donc il y en a un arriver prochainement. Et là, il y a une méta-analyse qui est assez intéressante, qui montre qu'effectivement, notamment, là, c'était chez les fameux médecins dont je parlais tout à l'heure, qu'est-ce qui est mieux? Est-ce que c'est mieux de mettre d'abord l'intelligence artificielle qui fait un diagnostic, et ensuite on met l'expert à avoir un regard critique? Ou alors non, on inverse, un peu comme ce que je disais avant, là c'est dans une prise de décision, c'est pas dans un brainstorming. Est-ce qu'on met d'abord l'expert et ensuite on met l'IA pour avoir la meilleure performance, c'est ni l'un ni l'autre. C'est les deux en même temps. Il faut faire comme un collège d'experts et considérer l'IA au même titre qu'un autre collègue. Et c'est la somme des réflexions et pas un chemin d'un processus, etc., qui apporte plus de valeur à la performance. DELPHINE 22:38 C'est intéressant, parce que ça, c'est intéressant pour les managers qui se disent comment, à terme, je vais manager des agents et des collaborateurs. Donc, c'est intéressant, qu'on est sur cette orchestration. Je retiens en fait les trois points, le faire qu'est-ce qu'on fait toute IA, qu'est-ce qu'on fait en collaboration avec IA, qu'est-ce qu'on fait sans IA, qu'est-ce qui est fondamental, et je pense qu'il faut se poser la question chacun et pour chacun des jobs de ses collaborateurs, parce que j'imagine que c'est assez différent, et j'imagine que ça va aussi dépendre de l'état de l'adoption de l'IA, des compétences du collaborateur, parce que, en fait, notre rôle aussi, et là on va y venir, c'est de mettre en confiance. Parce que l'IA, ça vient challenger notre valeur professionnelle, notre identité professionnelle, la manière de faire notre travail. On parlait en off juste avant l'épisode et vous me parliez d'un dirigeant et je vous parlais moi d'assistants commerciaux à qui on allait proposer de ne plus faire des tableaux Excel à répétition pour être plus avec le client. Mais chez certains, ça va avoir un appétit fort parce que la relation client, ça leur parle. pour d'autres c'est une profonde angoisse donc comment est-ce qu'on va mettre en confiance pour que petit à petit cette personne va aller vers la relation client mais d'ailleurs d'abord en ayant pris confiance sur sa capacité à y aller et donc finalement peut-être qu'elle aura une vitesse d'adoption un peu moins rapide parce qu'il faut qu'elle construise en même temps sa confiance sur sa capacité à aller sur autre chose donc on en arrive vraiment à ce sujet comment est-ce qu'en tant que manager dirigeant on peut accompagner ça donc effectivement ne peut-être pas aller trop avoir le bon rythme d'adoption pour avoir d'ailleurs le bon usage et du coup la bonne performance globale derrière, et en même temps accompagner nos collaborateurs. ENERICK 24:26 Je vais répondre directement, il y a un élément que je voulais mettre en avant et je pense que c'est intéressant de le voir, notamment dans les rapports que l'on a, un des rapports qu'on a qui s'appelle le Work Trade Index, donc on analyse la manière dont les gens travaillent. Les personnes qui ont adopté massivement, quand je dis massivement, l'IA, c'est-à-dire qu'elles l'ont vraiment intégré dans leur quotidien, sans utiliser les mots un peu frontier, worker, etc. Mais grosso modo, quelqu'un qui a vraiment intégré l'IA dans son quotidien, c'est intéressant de voir, et moi j'en fais partie, et je peux effectivement témoigner, et là les chiffres donnent, à plus de 50% déclarent qu'ils font des choses qui ne leur étaient pas possibles de faire avant. C'est-à-dire que grosso modo, on ne parle même plus de productivité, on ne parle même plus de j'ai amélioré ma manière de faire, je fais des choses je ne pouvais pas les faire avant. Je pourrais rendre ça très concret, moi, dans mon quotidien. Je vous donne juste un exemple. Moi, même si je suis de formation tech, ingénieur, etc., je peux me développer un agent conversationnel qui va automatiquement transformer une présentation PowerPoint en un petit site web que je peux partager pour illustrer mon propos, pour... Je suis intervenu pour sensibiliser des lycéens à l'intelligence artificielle, je me suis dit je ne vais pas sortir avec mes PowerPoint, non je vais faire un truc avec des quiz, on va faire un truc dynamique, visuel etc et voilà, j'ai mis mon PowerPoint j'ai mis mes idées et en une heure de temps j'avais un site web qui est disponible que je peux leur donner et qui est DELPHINE 25:59 beaucoup plus sympa pour faire passer les idées C'est ce qu'on appelle le vibe coding ENERICK 26:03 Et ça, ça aurait été impossible j'aurais pu avoir les idées de créer une app mais ça m'aurait pris, et surtout dans le temps dans lequel j'ai fait, en une heure et demie de temps. Pour revenir à la question, déjà, d'une manière générale, comment on embarque tout le monde dans cette transformation? Je vais faire un petit jeu de mots, mais on parlait tout à l'heure de faux mots, faux beau, donc l'entreprise veut y aller à fond, mais en même temps elle cherche le ROI, et de l'autre côté, on a peur d'être obsolète, même si on a un peu touché l'IA. Le premier ROI à aller chercher, pour moi, puisqu'il y a plusieurs entre guillemets, ROI, on parle de retour sur investissement souvent, moi je dis le premier c'est le retour sur inclusion. Le fait d'inclure l'ensemble des collaborateurs et des collaboratrices dans cette sensibilisation, formation, transformation à l'IA, c'est le premier OIA à aller chercher. Faire en sorte que tout le monde ait compris ce que c'est, et puisse en avoir un regard éclairé. Je n'ai pas dit un regard BA, un regard éclairé. Parce qu'après, on peut aller dans l'étape d'après, de se dire, c'est quoi mon caillou dans la chaussure? C'est quoi le caillou que j'ai dans la chaussure? C'est-à-dire, c'est quoi mon quotidien dans mon métier? Ou peut-être, il y a une réponse avec l'intelligence artificielle, et là, je vais aller chercher un deuxième ROI, le retour sur individu, c'est-à-dire un cas d'usage qui apporte quelque chose aux individus. DELPHINE 27:17 Ça veut dire le faire individuellement? Individuellement ou dans une ENERICK 27:23 réunion d'équipe, dans une petite business unit? Tout à fait, mais je veux dire DELPHINE 27:26 le questionner par individu, c'est-à-dire demander à l'individu lui-même quel est son caillou dans la chaussure et qu'est-ce que... ENERICK 27:31 C'est eux qui sont, entre guillemets, les pieds sur terre qui sentent le caillou dans la chaussure. DELPHINE 27:36 Et plutôt que le faire d'en haut avec des consultants qui vont regarder les process ils vont dire c'est ça et ça. ENERICK 27:41 C'est les deux. On peut avoir une approche top-down, mais le bottom-up... DELPHINE 27:44 Je pense que le bottom-up est quand même fondamental dans cette conduite du changement. ENERICK 27:48 Exactement. Donc ça, pour moi, c'est le deuxième ROI à aller chercher, retour sur individu. Et le troisième, c'est celui qui est le plus difficile, et après on reviendra sur le rôle du manager et sa posture là-dedans. Pour moi, le troisième, et c'est peut-être le plus compliqué, et on va faire le lien avec la transformation, c'est le retour sur industrialisation. Oui. Il faut industrialiser. On a plein de cas d'usage, ils sont en train... Donc on a, entre guillemets, piloté cette adoption, parce que si on passe le premier, on a sensibilisé, ce que j'ai appelé le retour sur inclusion. On a des individus qui l'utilisent, donc on a fait un peu d'adoption. Comment on passe à l'industrialisation? Comment on passe à la transformation? Et là, il faut travailler sur le triptyque, People, Process, Tools. Souvent, on n'est que sur le côté tools. On a mis de l'IA. Est-ce qu'on a revu son processus? Est-ce qu'on a repensé, voire même, désolé de l'anglicisme, mais from scratch, de zéro son processus, parce qu'à l'ère de l'IA, peut-être que ce processus, il est complètement bouleversé. Et il faut le repenser, entre guillemets, avec peut-être de l'IA natif, ou alors au lieu d'intégrer ou de faire juste améliorer. Ça pose ces questions-là, et puis après, il y a le... Donc, on a dit tools, on a dit process, people. Et se dire, ah ok, mes individus, mes collaborateurs, mes collaboratrices, maintenant qu'elles vont travailler à l'ère de l'IA avec ces processus, je les forme sur quoi? Je les accompagne comment? Je les accompagne à utiliser l'IA, d'accord? Je les accompagne aux nouvelles compétences à l'ère de l'IA, d'accord? Je les accompagne à ce nouveau processus, d'accord? Parce que ce n'est pas aussi le moment de travailler sur les compétences émotionnelles et transversales, les fameuses soft skills qui, je pense, vont être des power skills demain, justement celles qu'il faut amplifier l'ingéniosité. Si on est un agent, un téléconseiller, et que maintenant, on a la chance d'avoir un agent conversationnel pour mieux répondre au client que l'on a en ligne, parce qu'il va analyser les données du CRM en disant, vu le contexte du client, réponds-lui comme ça, je suis au courant. On est super outillé. Il faut aussi ne pas être dépossédé de son propre jugement. Donc, il faut l'accompagner aussi à ce niveau-là. Et puis, il faut aussi se dire, mais est-ce que ce n'est pas le moment de l'aider et de le faire monter en compétence sur l'écoute active, la résolution de problèmes plus complexes, plus transversales, des éléments qui sont très liés à la relation à l'autre. DELPHINE 30:16 Oui, j'allais dire une forme d'empathie. On sait bien qu'au téléphone, on entend le sourire, on entend l'attention, on entend tout ça et on est capable d'entendre beaucoup plus de choses quand on entend ça. ENERICK 30:24 Et donc, je prends cet exemple de téléconseiller, on peut prendre d'autres exemples. Donc, je pense que le rôle de l'accompagnement, c'est un rôle inclusif, c'est un rôle d'accompagner à la transformation, c'est un rôle où on doit être dans une posture d'orchestration, mais aussi dans une posture d'identifier les compétences et les talents et savoir les mettre en avant. Et là, le manager, son rôle a complètement bouleversé, peut-être on en parlera. DELPHINE 30:52 On va y venir parce que ça me paraît clé. Juste un point par rapport à ce que vous dites qui me paraît important, c'est que sur le retour sur individu, pour passer au retour sur industrialisation, c'est important de ne pas se dire, on a juste travaillé, j'en parlais tout à l'heure, avec des early adopters, avec des gens qui sont sensibles. Il faut aussi avoir dans son panel de gens avec qui on travaille, des gens qui sont réfractaires. En fait, tout simplement pour avoir une vraie idée de l'écosystème. Parce que si on travaille avec des personnes qui sont extrêmement appétantes, on va avoir un gros biais au moment où on va vouloir déployer. Et c'est là qu'on va dire la conduite du changement ne fonctionne pas. Mais en fait, je pense que c'est un premier point, encore une fois, que je vois d'expérience, et en conduite du changement, et spécifique lié à l'IA, qui me paraît important. L'autre chose, quand vous parliez des power skills, pour moi, c'est vraiment la posture, c'est vraiment le leadership, en fait. C'est qu'est-ce qui fait, qu'est-ce qui va faire que je vais avoir de l'impact? Moi, je dis toujours que le leadership, c'est la posture qu'on choisit pour avoir de l'impact dans notre rôle. Et donc, en tant que téléconseiller, qu'est-ce qui fait que je vais avoir de l'impact sur le client que j'ai au téléphone, sur l'entreprise, sur mon équipe? Donc, qu'est-ce que je vais pouvoir développer C'est ça qui va... On parle beaucoup de sens d'utilité. C'est ça qui va me nourrir. Et c'est ça qui va faire de moi un super humain ou effectivement un ingénieux augmenté. ENERICK 32:10 Je reste dans mes jeux de mots avec les R et les O et les I. Parce qu'on en a vu trois. Donc, c'est pas la somme des trois. Ils se multiplient tous. C'est l'inclusion fois les individus fois l'indiscrétisation. Et tout ça, il faut le mettre à un facteur que j'ai appelé ROI, je dirais. le retour sur impact. C'est quoi ce retour sur impact? C'est l'impact que l'on veut avoir, mais ça peut être aussi l'impact positif. Est-ce que ce que je mets en œuvre avec l'intelligence artificielle, c'est un impact socialement positif vis-à-vis de ma RSE, vis-à-vis de mon internalité ou de mon externalité? Et donc, effectivement, il y a cette notion-là qui a factorisé dans... Désolé de faire des maths, mais je trouve que le côté formule est assez intéressant. Et justement, de se dire ce cas d'usage, cette intégration de l'IA, elle est au service de? DELPHINE 33:02 Alors si on reprend la formule parce que moi je suis nulle en formule, je suis nulle en maths c'est pas mon domaine mais j'ai en tête un ROI QIC, enfin trois fois ROI ENERICK 33:11 Un ROI global, c'est le retour sur inclusion fois le retour sur individu, fois le retour sur industrialisation et tout ça à la puissance retour sur impact DELPHINE 33:25 mais c'est vrai que moi quand je parle d'impact ça comprend aussi l'impact social bien évidemment mais merci j'adore il faut que je vous dise quand même parce que vous enfin si vous le voyez si vous nous regardez sur Youtube d'ailleurs parce que le podcast existe en vidéo Henrik n'a aucune note donc les chiffres qu'il vous donne, il les connaît tous donc encore une fois c'est peut-être son métier mais moi je suis bluffée par cette capacité cette connaissance et la manière dont elle est simplement articulée donc merci Henrik parce qu'il n'y a rien de plus difficile dans la vie que d'être simple sur des sujets qui sont complexes donc merci de nous offrir ça donc on va en arriver au manager justement, qu'est-ce que ça implique dans sa posture, parce que oui son rôle change moi j'ai envie de dire, il devient enfin manager c'est-à-dire qu'en fait quand même le rôle du manager à la base pour moi c'est quand même de développer les gens c'est pas de faire de l'administrative et de la gestion on est bien d'accord, c'est loin d'être une réalité non que ce soit la faute des managers mais beaucoup ont été promus puisqu'ils étaient experts et ensuite beaucoup sont encore opérationnels avec un gros volet de tâches opérationnelles mais là quelque part moi j'ai tendance à dire parfois, c'est le moment ou jamais de lever la main si vous n'aimez pas le management, parce qu'il faut en sortir vite, parce qu'en fait, on va aller à fond dessus. Et en revanche, si ce qui vous plaît, c'est de faire grandir les gens, c'est allez-y à fond et candidater pour être manager. ENERICK 34:42 C'est exactement ça. Je vais même... Je vais commencer déjà par... Je ne sais pas si c'est une caricature, mais c'est un petit peu ce que l'on voit. On a un management system ou des management systems, un système hiérarchique historique, dans plein de domaines, qui repose sur la maîtrise de l'information. Qui a toujours reposé sur la maîtrise. Être expert, c'est maîtriser l'information, maîtriser un savoir. À l'ère de l'intelligence artificielle, c'est, entre guillemets, encore moins possible. C'était déjà même plus possible auparavant, mais c'est encore moins possible. Si maîtriser l'info, c'est moi qui l'ai, c'est moi qui la partage, c'est moi qui la contrôle, c'est moi qui fais travailler les gens par rapport à cette informations, etc. Mais on est complètement disrupté. Et on voit que c'était déjà le cas auparavant dans d'autres domaines et pas que liés au numérique. Moi, je prends toujours l'exemple des chefs de cuisine. Un grand chef, à une époque, ses recettes, c'était sa propriété intellectuelle. Et il ne la partageait pas. Et son expertise était reconnue au travers de ça. Mais en fait, il y avait déjà un partage, on avait des livres. Et on le voit maintenant encore plus, c'est le partage et les échanges de ce savoir-faire. Et son expertise et sa reconnaissance, elle est plutôt dans le management de sa brigade, le partage des savoirs, l'intégration, le côté extérieur, intérieur, etc. Le rôle du manager, dans sa posture, déjà, et dans le management system, il est clé. Juste, pourquoi c'est important? Avant de dire qu'est-ce qu'il faut faire. Pourquoi c'est important? Dans les études, en l'occurrence, je vais redonner encore quelques chiffres, mais dans les études, par exemple, ce fameux Work Trade Index, on a regardé les entreprises qui utilisent l'IA, et qui les utilisent plutôt bien, et on s'est rendu compte que le facteur organisationnel pesait deux fois plus que le facteur individuel. C'est-à-dire qu'on a un rapport, on est à 60 et quelques pourcents de personnes qui disent ça c'est important, l'organisation, versus du 27% sur les individus. Alors, c'est absconce que je dis, je vous le rends très concret. Si vous sensibilisez, si vous formez des individus à l'intelligence artificielle, c'est comme si vous aviez maintenant, on va dire, des pilotes à bord d'une formule. Mais si l'organisation, le management system, la manière dont ils sont motivés à travailler, à réinventer ou pas, leur job n'est pas présent, vous les mettez sur une route de campagne avec des nids de poules. Et donc, le rôle du manager, c'est justement de faire en sorte de, entre autres, permettre que cette route soit pas une route, alors elle sera certes sinueuse, mais effectivement qu'on embarque les équipes, qu'on trouve les moyens de les accompagner, les motiver et leur permettre de s'équiper et d'aller dans cette transformation. Donc voilà pour le why, pour le pourquoi y aller. Et on sait que si on y va, on a un gain. Après, sur le comment. Déjà, la base du manager, c'est l'exemplarité. Pour tout manager. Donc, comment je suis, moi, manager, exemplaire sur l'IA? Je me forme, je l'utilise, et je suis transparent sur le fait que je l'utilise. Parce que si je veux éviter, effectivement, et au passage, dans ces mêmes études, on s'aperçoit qu'un manager qui est exemplaire, il augmente de 30 points la confiance en l'IA et de 22 points l'esprit critique des individus. Ça veut dire que je suis transparent en disant, ça, je l'ai fait avec de l'IA, et d'ailleurs, je l'ai challengé là-dessus, d'ailleurs, je ne suis pas très content du résultat, et voilà. Et donc, on enlève ce sentiment de, ah, tu as utilisé l'IA, donc tu es moins bien qu'un autre, ou, je ne sais pas, moi, tu es fainéant puisque tu utilises... DELPHINE 38:36 Et ça veut dire que le manager accepte qu'il ne sait pas tout faire. Enfin, c'est important aussi, ça montre au manager qu'il accepte d'être aidé. Et je pense qu'exemplaire n'est pas parfait, bien au contraire. Exemplaire, c'est en quoi je suis conscient de mes forces et de mes difficultés, là où j'ai besoin d'aide et que je demande de l'aide à l'IA? ENERICK 38:50 Je suis dans une posture de j'apprends et non pas de je sais tout. J'apprends, j'ai aussi moi-même des faiblesses, je suis aussi moi-même rattrapé par le fait de peut-être passer rapidement à l'utilisation de l'IA puis en fait, mince, j'ai pas été critique, ça m'a fait un truc un petit peu DELPHINE 39:13 le bibouliès. ENERICK 39:15 Voilà, exactement. D'ailleurs, il faut lutter contre ce phénomène qu'on appelle entre guillemets « work slope ». Je gagne une heure de rédaction d'un rapport grâce à l'IA parce qu'elle me le génère rapidement ou je fais mon compte-rendu de réunion en trois minutes, mais je ne le relis pas, je l'envoie tel quel et en face de moi, j'ai des personnes qui vont perdre deux heures parce que c'est du globi-boulga ou ça n'a pas de profondeur ou n'importe qui aurait pu l'écrire ou alors le compte-rendu, il n'a pas été bien noté, ce n'est pas des bonnes actions aux bonnes personnes, etc. Comment on lutte contre ça? Ce côté exemplaire dans son usage, dans ses critiques, avec on va dire une espèce de petite formule, avec les trois R, en gros, je challenge un peu les réponses que j'ai eues, je regarde un peu les résultats que j'ai eus, je l'intègre ou pas dans mes réponses et je repois mes réponses, et puis aussi je réfléchis à la responsabilité de qu'est-ce que je confie à l'IA et qu'est-ce que je confie pas à l'IA dans mes propres décisions, etc. Et après, dans la posture du manager, là, c'est dans l'article que j'avais écrit sur LinkedIn, je me suis amusé à reprendre un cadre de travail qu'on a chez Microsoft, chez les managers, qui s'appelle Model Coach Care. Donc, modèle, en quoi je suis un modèle dans l'utilisation de l'IA, on vient d'en parler, ce côté exemplarité. Ce côté coach, ça c'est important, le manager en tant que coach et non pas en tant que superviseur ou, désolé de l'expression, mais gardier-churme, ou qui est dans le micro-détail, etc., à l'ère de l'intelligence et qui permet de tester, d'apprendre, qui accepte que des profils senior ou junior se trompent, même s'il y a pour aller plus vite, ou aurait eu raison, etc., mais oui, mais c'est comme ça qu'on fait son apprentissage. DELPHINE 41:10 Clairement. ENERICK 41:11 Et au passage, il y a un véritable enjeu de favoriser encore l'apprentissage, notamment sur les jeunes entrants, et ne pas avoir des métiers qui soient vidés de leur sens, parce qu'on a mis de l'IA et qu'on n'a plus pris de stagiaires, d'alternants ou autres. Et puis, cette troisième dimension, qui est le care, c'est-à-dire, je fais attention à ce qu'il n'y ait pas dans mon équipe, justement, des personnes qui sont laissées de côté, ou des personnes qui explosent parce qu'elles sont surchargées de tâches ou pour reprendre la notion de cognitif exactement et aussi où je m'intéresse au développement de mes collaborateurs et collaboratrices sur leurs valeurs humaines leurs compétences aussi hard skills, je ne dis pas qu'il ne faut pas travailler les compétences métiers donc redéfinir les basiques et où on attend et puis cette transformation où est-ce qu'on les accompagne sur ces éléments Et être celui qui fait la courroie de transmission dans cette conduite du changement. Parce qu'effectivement, chacun a un rapport au changement, mais ça, ce n'est pas nouveau, qui lui est propre. Mais il faut remarquer tout le monde. DELPHINE 42:26 Exactement. Et chacun aussi a un rapport. Ce n'est pas ce que parfois on dit, c'est bon, nous pouvons être volontiers, c'est plutôt une question aussi d'histoire, parfois, qui est très personnelle. Mais merci, Henrique. Je pourrais avoir encore mille questions, mais on va passer aux questions signatures du podcast. En tout cas, j'encourage les auditeurs, éditrice, à vous suivre sur LinkedIn. J'espère que vous allez nous faire plein d'articles encore, parce qu'il y a tellement de sujets à creuser. Si vous voulez, je vous donne plein d'idées. J'ai plein d'autres questions. ENERICK 42:49 Je prends la liste de courses et j'y travaillerai. Parce que pour moi, c'est un moment d'apprentissage aussi. Quand j'écris un article, c'est que j'ai essayé de lire des études, m'inspirer d'autres, et puis j'essaie de faire ma propre patte. DELPHINE 43:02 C'est une manière de catalyser sa pensée aussi. Et ça, typiquement, c'est un truc à ne pas donner à l'IA. En tout cas, on peut faire challenger après, mais je pense qu'au départ, organiseraient. Il faut se faire confiance. Alors, Henrik, quel leader êtes-vous? Quel leader êtes-vous devenu? Ce que je disais tout à l'heure, je posais la question de savoir quel leader on est et quel impact on veut avoir. Quel est le chemin qui a fait de vous ce leader? ENERICK 43:31 Déjà, moi, aujourd'hui, dans la position dans laquelle je suis, je ne manage plus d'équipes. J'ai managé beaucoup, enfin, des grandes équipes. Là, je n'ai plus d'équipes en direct. je suis dans une organisation très matricielle. Donc j'ai un rôle de leader, on va dire, par influence. C'est-à-dire, comme je n'ai pas de management hiérarchique, mais que je dois embarquer d'autres équipes, d'autres collaborateurs sur des initiatives, sur des projets en commun, et dans une organisation qui est éminemment matricielle, c'est à la fois par de l'énergie, par du positivisme, mais aussi par une certaine forme d'influence positive. ce qui m'a amené aussi c'est je suis un manager qui est foncièrement tourné vers l'impact, alors pas que l'impact social parce que c'est dans mon titre mais micro digression quand notre CEO Satyana Della est arrivé, il a changé la culture de l'entreprise il est allé nous insuffler plus de c'est issu d'un bouquin de Growth Mindset et là il a fait quelque chose il a changé la manière dans l'ensemble des collaborateurs été rémunérée non plus sur la performance mais sur l'impact. Et l'impact, on l'a défini et j'essaye d'être un manager ou même un individu qui garde cette notion d'impact en tête. Je vous la donne parce que je l'aime beaucoup. L'impact, c'est la conjonction, c'est la superposition de trois cercles. Le cercle de mon rôle et est-ce que je le fais bien? Donc c'est quoi ma mission et ma performance au sein de la mission? Mais après, c'est les deux autres bulles et une bulle qui est le from other et le to other. comment j'apprends des autres pour mon propre succès et comment dans ce que je fais je contribue au succès des autres et avoir de l'impact c'est la conjonction de ces trois choses ma mission, ce que j'apprends des autres ce que je fais rentrer pour mon propre succès et la manière dans ce que je fais j'intègre aussi le fait que ça doit contribuer aux autres et pas uniquement aux autres que je touche dans ma mission mais dans ce que je fais que ce soit éventuellement réplicable et les autres ça peut être celui d'à côté comme celui qui est à l'autre bout de la planète. DELPHINE 45:40 Excellent. Et est-ce que vous avez l'impression d'avoir changé des trajectoires de personnes autour de vous? Alors, de manière très humble, c'est des petites choses, mais... ENERICK 45:48 Oui, j'ai la chance d'avoir des initiatives qui sont tournées vers les autres dans la reconversion ou dans la sensibilisation autour de l'intelligence artificielle avec un volet sur la diversité. On a fait énormément de choses, par exemple, avec Saint-Plon, à créer des écoles IA Microsoft. Donc, en France, 70% des personnes qui sont formées à l'intelligence artificielle, c'est niveau Bac plus 5 et plus. Donc, si je reprends mes cuisiniers, au pays de la gastronomie, on forme des chefs trois étoiles en IA et les autres. Donc, on a créé ce diplôme développeur en intelligence artificielle. Moi, j'ai en tête une femme qui avait... Bon, on n'était pas obligé d'avoir des diplômes pour aller dans ces écoles. On n'est toujours pas. on a formé 1500 personnes qui ont trouvé ensuite des CDI. Cette personne, elle avait un parcours qui était le sien. Elle s'est trouvée une vocation à devenir développeur en IA à tel point que maintenant, elle a des bourses à Cambridge, etc. Et elle veut devenir chercheur en IA. Et à mon avis, dans pas très longtemps, après sa thèse, on va l'avoir dans les plus gros labos de recherche en intelligence artificielle. DELPHINE 46:53 C'est fou. ENERICK 46:53 Et à l'autre bout du spectre, l'année dernière, avec un partenaire EY, on a créé depuis trois ans un hackathon qui s'appelle Women in Gen AI, on sensibilise les jeunes étudiantes à l'intelligence artificielle, pas juste en leur montrant ce qu'ils font, mais en leur faisant travailler sous forme de on appelle ça un hackathon, mais elles ne sont pas obligées de développer, ça va revenir du monde des ressources humaines, du marketing, etc. Mais on travaille sur des vrais cas d'usage client. On a la chance d'avoir des Danone, des Sanofi, des ministères des armées qui nous proposent des Blapostes, qui nous proposent des vraies problématiques. Et on a une jeune femme qui a travaillé sur ce sujet-là et on l'a fait sur des lycéennes. Et moi, le témoignage d'une lycéenne qui a même fait un post LinkedIn qui m'a touché, qui a dit, voilà, je n'étais pas trop tourné vers le monde des sciences. Je le touchais du bout du doigt. J'espère que je ne dévoie pas la manière dont elle l'a écrit, mais moi, ce que j'ai ressenti, c'est que je ne m'autorisais presque pas à aller dans le monde de la tech ou le monde de l'IA. Et avec ce dispositif et ce petit challenge, maintenant, je suis convaincu changé quelque chose profondément en moi. Ça fait quelque chose de se dire... Enfin, de voir des personnes qui... DELPHINE 48:04 Bien sûr, c'est fondamental. ENERICK 48:05 ...qui s'épanouissent, voilà. DELPHINE 48:06 Bravo. Et qui est-ce qui a changé votre trajectoire à vous? ENERICK 48:11 Les individus que j'ai rencontrés, mais un manager. Enfin, deux managers. Je pense que dernièrement, les managers dans l'organisation Microsoft ou Satya par la culture, etc. Et puis, au cours de ma carrière, un manager dans deux directions. Moi, je suis ingénieur de formation. Je suis mal tourné, entre guillemets, en sortant d'école d'ingénieur, parce que je fais ingénieur commercial, donc j'étais plus dans la partie business. Et un jour, j'ai eu un manager qui m'a dit, dis non, toi, t'es commercial, tu viens de gagner un grand contrat, là. Est-ce que tu veux pas... On va devoir créer un centre de profit sur le contrat que t'as gagné. Tu veux pas prendre la tête de centre de profit. Donc, il m'a emmené pour faire du management, devenir manager, et faire du delivery. Et il m'a donné les clés, donc il m'a appris. il m'a fait former sur ce que c'est que le management et le management motivationnel. Et en même temps, il m'a emmené dans une zone qui était une zone complètement d'inconfort. Et donc, ça a changé ma carrière. Après, il m'a aussi appris, et il ne le savait pas, mais que je n'étais pas dans ma zone de plaisir. Donc, au bout de trois ans, j'ai aussi compris que c'était important de sortir quand on n'était pas dans sa zone de plaisir. J'ai énormément appris, mais ça ne sert à rien de ne pas rester dans sa zone de plaisir. Je ne dis pas d'inconfort. Donc, il m'a aussi indirectement appris ça, et de se dire, il faut avancer et trouver son chemin où on apprend, on va dans des zones d'inconfort, mais on essaye d'être dans ces zones de plaisir. DELPHINE 49:37 Même dans l'inconfort, effectivement. ENERICK 49:38 Et c'est pour ça que maintenant, je suis entre les deux, entre les choses qui ne sont ni business, ni delivery, ni stratégiques, ni opérationnelles, mais les deux en même temps. DELPHINE 49:49 Enric, c'était absolument passionnant. Merci infiniment. Merci pour tout ce que vous avez partagé. à bientôt. ENERICK 49:55 A bientôt, au revoir. DELPHINE 49:59 Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout Si cet échange vous a fait réfléchir Vous a donné des clés Il y a de fortes chances qu'il puisse aider quelqu'un d'autre Le plus beau moyen de soutenir le podcast C'est tout simplement de le partager à une ou deux personnes autour de vous A qui il pourrait être utile aujourd'hui Pensez aussi à vous abonner Sur votre plateforme d'écoute préférée Et à laisser 5 étoiles sur un podcast Ou Spotify ainsi qu'un commentaire C'est ce qui m'aide le plus à faire grandir l'émission Enfin pour continuer la réflexion recevoir des outils concrets toutes les deux semaines, rejoignez ma newsletter 50:31 gratuite pour vous inscrire le lien dans les notes de l'épisode. Prenez soin de vous 50:33 et je vous dis à très vite pour une nouvelle conversation. 51:04 Sous-titrage Société Radio-Canada