Latest / Du Rouge au Renouveau — Reconstruction personnelle & Mindset / # Épisode 26 - Lena Vleeschouwers : quitter son pays et assumer son nouveau départ (Partie 2)
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- 0:00Dans le premier épisode,
- 0:01Lena a pris une décision,
- 0:02pas dans sa tête,
- 0:03pas en théorie,
- 0:04une vraie décision.
- 0:05Quitter la Belgique pour s'installer en Suisse.
- 0:08Mais décider ce n'est que le début.
- 0:10Ensuite il faut assumer,
- 0:11quitter un CDI,
- 0:12fermer son activité nutritionniste,
- 0:14dire au revoir à sa famille,
- 0:16laisser un appartement derrière soi.
- 0:17Le changement devient concret,
- 0:19administratif,
- 0:20matériel et surtout humain.
- 0:22Dans cet épisode,
- 0:22on parle de l'impact réel d'un choix de vie,
- 0:25de ce que ça coûte,
- 0:26de ce que ça transforme.
- 0:28Et de ce que ça révèle,
- 0:30voici la suite de l'histoire de Léna.
- 0:33Bienvenue dans cette partie 2,
- 0:35par rapport au premier épisode.
- 0:37Là,
- 0:38il y a vraiment une grosse prise de décision.
- 0:41Mais quel a été l'impact de cette prise de décision à ce moment-là dans ta vie ?
- 0:47Alors l'impact,
- 0:48je dirais qu'il est en deux parties.
- 0:54Le premier impact,
- 0:55c'est au niveau personnel.
- 0:58C'est surtout le fait de quitter le CDI,
- 1:00de devoir dire à son patron que l'on part pas parce qu'on ne se plaît plus chez lui mais parce qu'on part vivre dans un autre pays.
- 1:08Ce qui a été très très mal pris.
- 1:10Ensuite il y a le fait de quitter l'appartement,
- 1:14donc ça veut dire d'envoyer une lettre de renom à la propriétaire.
- 1:19Il y a eu le fait de fermer mon activité professionnelle de nutritionniste.
- 1:26Ce petit bébé que j'avais construit et donc du coup que j'ai dû fermer.
- 1:31Donc du coup à mon niveau personnel c'était vraiment du matériel.
- 1:36Et puis il y a l'impact le plus fort je dirais,
- 1:40c'est celui au niveau des croches.
- 1:45Du côté de mes amis ça a été très bien pris et même certains m'ont dit non mais Léna...
- 1:53Tu te casses enfin,
- 1:54tu nous faisais chier avec ta Suisse là.
- 1:58Et puis beaucoup m'ont dit mais c'est là-bas que tu seras heureuse.
- 2:02Donc ça m'a touchée et ça m'a rendu un petit peu,
- 2:04enfin je peux pas dire triste,
- 2:06mais j'ai eu quand même un petit sentiment bizarre de me dire même mes amis sentaient que j'étais,
- 2:13oui,
- 2:13une amérante ici.
- 2:17Et donc voilà,
- 2:19ce qui m'a touchée c'est qu'il l'ait pas mal pris.
- 2:22Parce qu'ils savaient bien que ce n'est pas contre eux.
- 2:24En même temps,
- 2:24durant tes fameux 11 ans,
- 2:26je pense que tous tes proches ont eu cet impact de dire
- 2:31« Oui, je me sens bien en Suisse. »
- 2:32Je pense que quand tu revenais de tes vacances ou quand tu étais en Suisse,
- 2:36quand tu rentrais,
- 2:36je pense que tu en parlais.
- 2:38Du fait de dire « Tu nous fais chier avec ta Suisse » ,
- 2:41je pense bien qu'à un moment,
- 2:42tu en as parlé pendant aussi ton cheminement.
- 2:44Il y a ceux qui se réjouissent et il y a ceux où on peut provoquer peut-être une certaine peur.
- 2:49au niveau de se dire tu vas peut-être vers l'inconnu.
- 2:53Et là du coup cette peur vers l'inconnu,
- 2:56elle a plus été au niveau familial.
- 2:58Il y a eu vraiment,
- 3:03par exemple mon papa,
- 3:04quand je lui ai annoncé que j'allais partir vivre en Suisse et que je quittais mon CDI,
- 3:10je me suis fait engueuler comme un putois en me disant oui t'as pas regardé pour prendre une pause carrière.
- 3:19Alors que mes parents m'ont éduquée dans la stabilité,
- 3:24le fait d'être quelqu'un de responsable,
- 3:26évidemment que j'avais regardé cette option-là.
- 3:28Mais en Belgique,
- 3:30si tu ne travailles pas pour l'État,
- 3:31tu ne peux plus prendre une pause carrière,
- 3:34sauf si tu as un enfant malade ou quoi que ce soit.
- 3:36Donc non papa,
- 3:38j'ai quand même fait les choses comme il faut,
- 3:40j'ai regardé et non je n'ai que cette option-là.
- 3:43Lui s'est dit avec une pause carrière,
- 3:45peut-être tu reviendras à la raison de se dire,
- 3:47en fait,
- 3:47ta vie,
- 3:47il faut un CDI avec ta...
- 3:50Non,
- 3:50pas nécessaire.
- 3:51Mon papa,
- 3:51c'était plus dans le sens,
- 3:54t'as un CDI et puis si tu pars et que tu reviens et que tu retrouves peut-être pas ce que tu avais.
- 4:00C'était plutôt dans ce sens-là.
- 4:02Une espèce de peur de se dire,
- 4:03si tu reviens et que t'as rien,
- 4:06ça va être compliqué pour toi aussi à ce niveau-là.
- 4:08Exactement,
- 4:09parce qu'au final,
- 4:10en me discutant avec mon papa...
- 4:13Une année après,
- 4:16lui aussi,
- 4:16je lui faisais chier avec ma Suisse,
- 4:17en fait.
- 4:19En fait,
- 4:20j'ai fait chier tout le monde avec ma Suisse.
- 4:21Enfin,
- 4:22c'est pas ma Suisse,
- 4:23je me l'approprie en plus.
- 4:24Et en fait,
- 4:27c'était plutôt le fait de partir alors qu'on possédait déjà quelque chose et de revenir et de ne plus rien avoir au niveau psychologique.
- 4:34Il avait peur aussi que ça m'impacte.
- 4:36Puis ensuite,
- 4:36il y a eu la réaction de ma grand-mère qui était « Oui,
- 4:39mais tu vas te retrouver seule. »
- 4:41Toi qui es fort attaché à ta maman,
- 4:44à ta sœur.
- 4:45Et puis,
- 4:46une fille quand même.
- 4:47Et là,
- 4:48du coup,
- 4:48ça me fait sortir.
- 4:51De tes gonds à ce moment-là.
- 4:52Exactement.
- 4:53Parce qu'encore une fois,
- 4:55parce que t'es une fille,
- 4:59tu peux pas...
- 5:00oser ta vie.
- 5:02Parce qu'en même temps,
- 5:03quand on voit les grands-parents dans leur éducation,
- 5:06à l'époque,
- 5:06si j'ose,
- 5:07c'est qu'ils étaient plutôt la femme à la maison,
- 5:10le mari travaille et elle,
- 5:11elle était à la maison,
- 5:12elle n'osait pas forcément vivre sa vie en tant qu'indépendante ou entrepreneuse.
- 5:16Donc,
- 5:17il y a aussi ces peurs,
- 5:17là,
- 5:18peut-être qui se sont mis à ce moment-là sur toi.
- 5:20Après,
- 5:20pour le parti entrepreneur,
- 5:22ma grand-mère avait son élevage et sa ferme.
- 5:25Donc,
- 5:26non,
- 5:26c'était plutôt vraiment...
- 5:28Une fille,
- 5:28c'est fragile,
- 5:29c'est sensible,
- 5:30c'est faible.
- 5:31Ça m'énerve,
- 5:31rien que de le dire.
- 5:33Donc,
- 5:34voilà,
- 5:34c'était plutôt dans ce sens-là.
- 5:35Qu'est-ce qu'elle allait faire,
- 5:36la petite Léna,
- 5:37fragile,
- 5:37fébrile,
- 5:38en Suisse,
- 5:39toute seule ?
- 5:41Voilà,
- 5:41et donc,
- 5:41du coup,
- 5:42il y a vraiment eu les peurs qui étaient au-delà du matériel.
- 5:46Bien sûr.
- 5:47Il y avait les peurs de solitude.
- 5:50La peur de dire,
- 5:51est-ce que tu vas pouvoir t'épanouir sans ta famille ?
- 5:54Exactement.
- 5:56Est-ce que tu vas pouvoir te faire seule ?
- 5:58Et t'autosuffire par rapport à nos ancêtres qui étaient très familles,
- 6:02très entourées,
- 6:03de se dire,
- 6:03mais attends,
- 6:04toi tu vas seule dans un pays,
- 6:05mais tu vas faire comment sans nous ?
- 6:08Voilà,
- 6:08et je pense aussi qu'il y a la peur,
- 6:11que vas-tu faire sans nous ?
- 6:12Mais nous,
- 6:13que va-t-on faire sans toi ?
- 6:14Bien sûr,
- 6:15mais ça,
- 6:15elle n'osait pas te le dire à ce moment-là aussi.
- 6:18Je pense qu'elle ne me l'a jamais dit,
- 6:19mais j'ai très bien compris.
- 6:21À travers une peur,
- 6:21parfois,
- 6:22il y a aussi des questionnements qu'on n'ose pas dire à travers ça.
- 6:25Oui,
- 6:26puis pour la petite anecdote,
- 6:28ma tante,
- 6:29qui est du coup une des filles de ma grand-mère,
- 6:34justement,
- 6:35en fait,
- 6:36elle s'est expatriée en Suisse il y a une trentaine d'années.
- 6:39Et donc,
- 6:39du coup,
- 6:39ils ont déjà connu le fait de quelqu'un qui parte.
- 6:43Et donc,
- 6:44du coup,
- 6:44le fait de revivre ça à nouveau,
- 6:48je pense que ça a fait un petit quelque chose au cœur.
- 6:51Oui,
- 6:51ça a pu réveiller aussi certaines choses et de se dire...
- 6:54Peut-être ces douleurs ou cette peur,
- 6:56je la retransmets parce que quelques années après,
- 6:59je revis la même chose et peut-être de dire,
- 7:01attends,
- 7:02tu vas nous manquer.
- 7:03À travers son message de peur,
- 7:04il y a peut-être ça aussi derrière.
- 7:10Par rapport à tout ce parcours que tu as entre la prise de décision et le questionnement de famille,
- 7:18est-ce qu'à un moment,
- 7:18toi,
- 7:18tu as douté de dire,
- 7:20attends,
- 7:20avec tous les gens autour qui me disent,
- 7:22mais tu es sûr,
- 7:22tu n'es pas sûr ?
- 7:24T'as un côté des gens qui se réjouissent,
- 7:26puis de l'autre côté,
- 7:27t'as des gens qui se disent
- 7:28« Léna, est-ce que t'es sûre de partir ? »
- 7:31Alors moi,
- 7:32comme je savais que j'avais une autre issue de la morgue,
- 7:35ben en fait,
- 7:36j'étais déter,
- 7:37quoi.
- 7:38Déterminée comme jamais.
- 7:39Ah,
- 7:39mais moi,
- 7:40je me voyais vivre ma vie en Suisse,
- 7:42je me voyais faire mes randos tous les week-ends.
- 7:45Avec des sciences,
- 7:46avec les dents du midi.
- 7:49Ça,
- 7:49c'est un basique.
- 7:50C'est normal.
- 7:51Les Dents du Midi et moi,
- 7:53on a une histoire.
- 7:55Je ne sais pas expliquer.
- 7:57Est-ce qu'il y a eu quelque chose dans des vies antérieures ?
- 8:00Je ne sais pas.
- 8:00Mais en tout cas,
- 8:04c'est viscéral.
- 8:05Est-ce que tu peux expliquer aux auditeurs qu'est-ce que c'est les Dents du Midi ?
- 8:08Les Dents du Midi,
- 8:09c'est la plus belle chaîne de montagne du monde.
- 8:11Elle se trouve en Valais.
- 8:13Et puis,
- 8:15du coup...
- 8:16Je ne pourrais pas expliquer tellement qu'elles sont tellement incroyables.
- 8:19C'est un avis très personnel.
- 8:20Voilà,
- 8:20exactement.
- 8:22Mais c'est les plus belles.
- 8:23Il y a quelque chose qui t'attire par rapport à ces dents du midi,
- 8:27ça c'est sûr.
- 8:30Quelques années après,
- 8:31j'ai eu l'occasion de pouvoir faire le tour des dents du midi que je voulais faire toute seule.
- 8:37Et j'ai vécu quelque chose d'incroyable.
- 8:45Avec les thérapies que j'ai pu étudier,
- 8:47j'ai pu comprendre la signification,
- 8:49mais ça,
- 8:49je pense que ça demanderait encore...
- 8:5210 épisodes de podcast.
- 8:53Exactement.
- 8:55Mais par rapport à cette détermination,
- 8:57justement,
- 8:57tu as réussi à te rapprocher un petit peu de ton rêve,
- 9:00tes racines,
- 9:01toutes ces choses-là.
- 9:03Comme je disais,
- 9:03il n'y avait pas de doute au final.
- 9:05Toi,
- 9:06tu savais,
- 9:07malgré les bruits externes,
- 9:08tu savais que tu étais déterminé à y aller.
- 9:11Donc,
- 9:12entre l'arrivée...
- 9:14Mais au final,
- 9:15tu as connu la Suisse.
- 9:17Tu as connu la Suisse en tant que...
- 9:19Touriste.
- 9:19Touriste.
- 9:20Tu n'as pas connu la Suisse en tant qu'habitante.
- 9:23Donc,
- 9:24c'était deux visions parfois différentes.
- 9:26Mais en fait,
- 9:27je ne connaissais pas la vision d'habiter en Suisse.
- 9:30Et donc,
- 9:30du coup,
- 9:31entre le moment où j'ai eu la prise de conscience lors de cet examen à l'hôpital,
- 9:36où je me suis dit,
- 9:37Léna,
- 9:37tu ne peux pas finir comme ça,
- 9:38et le jour où j'ai débarqué en Suisse avec ma vie résumée avec une valise et une caisse,
- 9:45du coup il y a eu six mois et du coup c'est à partir de ce moment là où j'ai pris du coup connaissance de ce que c'était la vie en Suisse en tant que personne qui y habite et là j'avoue que mes idéaux
- 10:00se sont déconstruits.
- 10:02Parce qu'au final,
- 10:04ce qu'on voit,
- 10:05c'est qu'aller dans un pays en vacances où y vivre,
- 10:09c'est pas toujours la même chose.
- 10:11Souvent,
- 10:11on pense que l'herbe est plus verte à côté,
- 10:14alors que des fois,
- 10:15pas du tout.
- 10:16Ah,
- 10:16c'est sûr !
- 10:17Puis,
- 10:19il y a plein de choses qui sont différentes entre la
- 10:22Belgique et la Suisse,
- 10:25rien que du point de vue pour pouvoir y habiter.
- 10:29Il faut prouver que t'as un job.
- 10:31Il faut prouver.
- 10:33Après,
- 10:34dans un sens,
- 10:34c'est très bien parce que ça fait un triage.
- 10:38Et c'est ce qui fait que je pense que la Suisse est un pays qui reste qualitatif.
- 10:44Car les gens qui y habitent ou qui viennent y habiter veulent vraiment y habiter.
- 10:50Et donc font le nécessaire.
- 10:52Puis après,
- 10:54on se rend compte,
- 10:55la Suisse...
- 10:56Quand on en parle à l'étranger,
- 10:57c'est le pays des banques et des Rolex.
- 11:00Et de l'argent.
- 11:01Quand on parle de la Suisse,
- 11:02on dit toujours il y a de l'argent là-bas.
- 11:04Les gros salaires.
- 11:05Et puis au final,
- 11:06tu reçois ton premier salaire.
- 11:08Et là,
- 11:08tu te dis,
- 11:09ah ouais,
- 11:10c'est quand même plus que ce que j'avais.
- 11:11Et puis après,
- 11:11tu dois payer la caisse maladie.
- 11:12Tu dois payer plein de choses.
- 11:14Et puis là,
- 11:14tu te rends compte que,
- 11:16ah ouais,
- 11:16en fait,
- 11:17ça touche à la sécurité.
- 11:20On pensait partir pour un pays qui nous apporterait plus de sécurité matérielle.
- 11:25Et qui,
- 11:25au final,
- 11:26tant que ça.
- 11:27Oui,
- 11:27parce qu'au final,
- 11:28tu te dis peut-être qu'en Belgique,
- 11:30j'avais un certain salaire.
- 11:32Mais en Suisse,
- 11:32tu te dis,
- 11:33mais en fait,
- 11:33peut-être j'ai moins pour vivre que ce que j'avais en Belgique.
- 11:36Et là,
- 11:36ça peut te ramener à la raison en disant,
- 11:39mais attends,
- 11:39moi,
- 11:39je pensais que la Suisse était un pays bancaire.
- 11:42Alors qu'au final,
- 11:43un salaire moyen dans la branche où tu es aujourd'hui,
- 11:46des fois,
- 11:46tu paies tout en bas.
- 11:48Oui,
- 11:48et puis ensuite,
- 11:49du coup,
- 11:49il y a eu cette sécurité-là qui a été touchée.
- 11:52Plutôt cette insécurité.
- 11:54Et puis,
- 11:55il y a eu celle au niveau social.
- 11:58Quand on débarque à 27 ans dans un pays qu'on ne connaît pas et qu'on doit tout construire,
- 12:05eh bien,
- 12:05je dirais que c'est la chose la plus compliquée.
- 12:07C'est de se faire des amis,
- 12:09de se faire des nouveaux contacts.
- 12:10Et là,
- 12:11la Suisse,
- 12:11c'est un pays différent de la Belgique.
- 12:14En Belgique,
- 12:15il y a tout le monde qui parle avec tout le monde.
- 12:16En Suisse,
- 12:17ce n'est pas la même chose.
- 12:18Tu as senti ce côté un petit peu plus,
- 12:20ce pays beaucoup plus fermé par rapport à la Belgique,
- 12:22au premier abord ?
- 12:23Oui,
- 12:24et puis le Suisse,
- 12:26j'ai le sentiment qu'il faut gratter.
- 12:28En fait,
- 12:28il faut l'apprivoiser.
- 12:30Mais une fois qu'on fait ses preuves,
- 12:33eh bien,
- 12:33en fait,
- 12:34on est accepté et c'est tout bon.
- 12:36En fait,
- 12:36vraiment,
- 12:37la Suisse,
- 12:37je l'ai vraiment ressenti comme un pays où il faut faire ses preuves.
- 12:41Pour baisser un peu les barrières des autres en se disant,
- 12:44voilà,
- 12:45j'ai fait mes preuves,
- 12:46j'ai un CDI,
- 12:47je suis là,
- 12:48je suis habitant là,
- 12:50c'est bon.
- 12:50Je suis accepté avec la Suisse.
- 12:53Je suis acceptée avec la Suisse et je peux y rester.
- 12:56Et du coup,
- 12:57il y a eu un moment où je travaillais à la pharmacie.
- 13:02Je ne m'entendais pas,
- 13:02il semblait,
- 13:03avec mes collègues.
- 13:06Je n'avais pas vraiment de vie sociale.
- 13:09Et donc là,
- 13:09je me suis dit,
- 13:11est-ce que je vais retourner en Belgique ?
- 13:14Donc,
- 13:14tu étais déterminée,
- 13:16mais dans les six derniers mois,
- 13:17enfin les six premiers mois que tu as fait en Suisse,
- 13:19en fait,
- 13:20on voit que la détermination...
- 13:21Tu as eu un moment de doute,
- 13:23un moment de doute de se dire est-ce que moi je vais tenir dans le long terme par rapport à ça ?
- 13:28Et c'est quelque chose,
- 13:29ça a été à mon avis très dur au niveau de la solitude de se dire je suis toute seule,
- 13:33est-ce que je vais tenir encore longtemps ?
- 13:35Oui et puis je me souviens j'avais mis dans mon agenda,
- 13:37c'était début février,
- 13:38fin février que je donnais ma lettre de préavis à ma patronne et que du coup je suis allée faire mes trois mois de préavis et que je serais de retour en Belgique pour l'été.
- 13:47Et en fait en quelques semaines ça a changé.
- 13:52J'ai eu une prise de conscience en me disant « Mais Léna,
- 13:55pendant 11 ans,
- 13:58tu as bataillé avec toi-même pour te donner la force de partir et là,
- 14:02en 6 mois,
- 14:03tu baisserais les bras ? »
- 14:06Non,
- 14:06tu ne fais pas ça en fait.
- 14:07Avec ta Suisse avec qui tu as cravaché avec tes proches.
- 14:10Tu nous fais chier avec ta Suisse.
- 14:12Oui,
- 14:12et puis en fait,
- 14:14surtout le fait d'être une amérante et d'avoir cherché à vouloir partir de la morgue,
- 14:19puis y retourner.
- 14:21Par sécurité au final.
- 14:23Par sécurité.
- 14:24Puis même,
- 14:24j'avais prévu un plan
- 14:26B au cas où si je revenais.
- 14:30Et en fait,
- 14:30au final,
- 14:31il y a eu cette prise de conscience.
- 14:32J'ai mordu sur ma chic.
- 14:34J'ai entrepris du coup une formation.
- 14:37Et pour pouvoir recommencer une activité professionnelle en Suisse d'indépendante.
- 14:44Et là,
- 14:45au final,
- 14:46ça s'est débloqué.
- 14:47car très rapidement,
- 14:49j'ai...
- 14:50J'ai ouvert un cabinet,
- 14:53j'ai emménagé dans mon premier appartement qui correspondait à ma checklist habitant.
- 15:00en face des dents du midi.
- 15:01J'habitais à Valdier,
- 15:02j'avais un balcon en face des dents du midi.
- 15:05Et là,
- 15:06je me suis dit,
- 15:06ouais,
- 15:07ok,
- 15:07c'est bon,
- 15:07c'est bon,
- 15:07ça va.
- 15:09Ça se construit,
- 15:10quoi.
- 15:11Ouais,
- 15:11il y a des choses.
- 15:12Entre-temps,
- 15:12ben voilà,
- 15:13t'as aussi,
- 15:14t'as été livré à toi-même au niveau de tes décisions.
- 15:17Donc,
- 15:17t'avais un plan A,
- 15:18un plan B,
- 15:18tu t'es dit,
- 15:19moi,
- 15:19le plan B,
- 15:19je retourne pas à la morgue.
- 15:21J'ai pensé.
- 15:21Je veux vivre,
- 15:22j'ai vécu
- 15:2311 ans avec mon chemin de dire,
- 15:25ben voilà,
- 15:26moi,
- 15:26je vais en Suisse,
- 15:27je suis en Suisse.
- 15:28Le moment de doute,
- 15:30C'est clair que tu arrives en tant que touriste ici,
- 15:34tu poses tes valises,
- 15:35tu es habitante.
- 15:36Donc le chemin,
- 15:37il est un peu trash en se disant,
- 15:38ben oui,
- 15:39j'ai vécu avec une mentalité belge.
- 15:41Et là,
- 15:41je me retrouve avec des employés au tout début aussi.
- 15:44Et comme tu disais,
- 15:45tu ne t'entendais pas.
- 15:46Non.
- 15:46Donc tu ne te sens pas forcément à ta place parce que tu as une nouvelle mentalité.
- 15:49Tu as une façon aussi différente de fonctionner dans ta branche de travail,
- 15:54d'appeler un autre.
- 15:55Donc ici,
- 15:55c'est doute.
- 15:56Que ça,
- 15:57j'ai dû aussi me réadapter.
- 15:59Après,
- 15:59ça,
- 15:59ça n'a pas été un problème au niveau du pro.
- 16:03Je pars du principe que c'était normal que deux pays ne fonctionnent pas de la même façon.
- 16:07Mais il y a vraiment eu cette solitude.
- 16:10Car on a beau être indépendant,
- 16:12individualiste,
- 16:13on reste des êtres sociaux et on a besoin de communiquer.
- 16:16On a besoin des autres.
- 16:18Et là,
- 16:18tu n'avais plus cette interaction sociale à ce moment-là.
- 16:20Et ce qu'on voit aussi,
- 16:21c'est que derrière,
- 16:22tu étais aussi livré à tes propres choix.
- 16:25Il n'y avait personne d'autre par rapport peut-être à avant qui pouvait valider tes choix.
- 16:29Là,
- 16:29tu étais livré à toi-même en te disant,
- 16:31je dois aller me refaire un nouveau cadre,
- 16:33je dois aller voir les gens.
- 16:34Et là,
- 16:35tu te dis,
- 16:35mais attends,
- 16:35ça ne se passe pas comme prévu.
- 16:38Au final,
- 16:38tu refais tes fondations en disant,
- 16:41tiens,
- 16:41je vais recommencer à zéro,
- 16:43je vais ouvrir ma société,
- 16:44je vais faire les choses,
- 16:45je vais me former et je vais recommencer les choses à zéro ailleurs.
- 16:50C'est ça.
- 16:50Et puis du coup,
- 16:53c'est drôle parce qu'au mois de février,
- 16:56ça n'allait pas.
- 16:57et puis
- 17:01En juillet,
- 17:02je vivais l'un des meilleurs étés de toute ma vie.
- 17:06C'était un été inoubliable.
- 17:08C'était un été où,
- 17:10comme j'habitais à Valdier,
- 17:13donc à deux pas de tout ce qui est rando pour les portes du soleil,
- 17:19j'allais faire des randos,
- 17:20faire des tours à vélo.
- 17:21J'avais une vie sociale qui recommençait.
- 17:23Donc,
- 17:24je voyais des amis le soir.
- 17:28Au niveau du boulot,
- 17:29ça commençait à aller,
- 17:32puis ça se débloquait vraiment.
- 17:36Et donc du coup,
- 17:37je me souviens encore de ce jour où j'étais en train de lire un bouquin sur mon balcon.
- 17:45Je me souviens encore du nom,
- 17:46c'était Tout le bleu du ciel.
- 17:49J'étais face au temps du midi.
- 17:51Et pour la première fois de ma vie,
- 17:53à l'âge de 28 ans,
- 17:55j'ai senti un courant électrique agréable circuler à travers toutes les parties de mon corps jusqu'au fin fond de mes plus petites cellules.
- 18:06Et là je me suis dit,
- 18:07c'est ça le sentiment de se sentir vivant,
- 18:11d'être à sa place.
- 18:14Comme si j'étais...
- 18:16au bon endroit pour que mes racines puissent être alimentées comme il faut.
- 18:22Et c'est pour ça que je te parlais d'ancrage au tout début.
- 18:26C'est parce qu'en fait,
- 18:27à partir de ce moment-là,
- 18:28j'ai compris que c'était quelque chose d'essentiel et en fait d'indiscutable aussi.
- 18:34Et en fait,
- 18:34c'est là que j'ai regardé mon parcours et je me suis dit,
- 18:39en fait,
- 18:39ça valait la peine.
- 18:41Et je ne voudrais rien changer.
- 18:45Parce qu'au final,
- 18:45même si ça a été fait dans la lenteur,
- 18:48les choses se sont faites à mon rythme.
- 18:52Dans l'ordre des choses selon ma vie,
- 18:58je ne regrette rien du tout.
- 19:00Et on voit que justement,
- 19:02tu as laissé du temps au temps.
- 19:03Il y en a des qui feraient ça dans la précipitation.
- 19:05Mais toi,
- 19:06tu as dû passer ces caps.
- 19:07Comme tu dis,
- 19:08il y a un moment,
- 19:08un courant électrique qui t'habite.
- 19:11Mais peut-être si tu avais fait les choses de manière précipitée à l'époque,
- 19:15les six premiers mois que tu aurais passé ici,
- 19:17tu serais vite rentré au plan B.
- 19:18Mais comme tu as eu ce parcours où tu as accepté ces démarches de développement envers toi-même en disant,
- 19:25j'ai dû passer ces caps pour arriver.
- 19:27Au fait de dire,
- 19:28moi je ne veux plus jamais me retrouver à la morgue,
- 19:30entre la morgue et ce courant électrique.
- 19:32Le chemin a été long,
- 19:33mais parce que tu as laissé du temps au temps.
- 19:35Et aussi,
- 19:36au final,
- 19:39ces six mois challengeants d'inconfort,
- 19:42sans avoir suivi une thérapie,
- 19:46je n'aurais jamais pu apprendre à me connaître et à savoir comment je fonctionnais.
- 19:52Et du coup,
- 19:55c'est là toute l'importance.
- 19:58d'acquérir des outils,
- 20:00Peu importe ce que c'est,
- 20:03mais en fait de pouvoir avoir suffisamment de ressources que pour pouvoir avancer et évoluer dans sa vie en fait.
- 20:13Oui,
- 20:13puis on voit que dans cet inconfort,
- 20:14c'est là où tu t'es vraiment fait.
- 20:15Parfois,
- 20:16il ne faut pas avoir peur de cet inconnu.
- 20:18Parce qu'au final,
- 20:19parfois,
- 20:19c'est dans cet inconfort-là que les choses se produisent.
- 20:23Souvent,
- 20:24on a peur d'aller dans cette insécurité.
- 20:26Et ce qu'on voit entre...
- 20:27Le premier parcours et le deuxième,
- 20:29entre le premier épisode et la partie 2,
- 20:32on voit clairement la peur de quitter ce CDI.
- 20:37Et là,
- 20:37tu es clairement dans cet inconfort-là.
- 20:39Et qu'est-ce qui se passe ?
- 20:41Tu te découvres.
- 20:42Tu vois clairement qui tu es et comment tu arrives à t'adapter dans une situation que tu ne connaissais pas.
- 20:48Et aussi,
- 20:49j'ai entendu beaucoup de gens dire que c'est en partant en voyage,
- 20:54loin de chez eux,
- 20:55qu'ils ont appris à se connaître.
- 20:58Et je pense que l'expatriation chez moi a aussi joué ce rôle.
- 21:04Comme un voyage intérieur au final.
- 21:06Oui,
- 21:06puis tu es loin de ta famille.
- 21:10En tout cas,
- 21:10tu ne les fréquentes plus autant.
- 21:13Donc en fait,
- 21:13il y a des choses que tu apprends à avoir ta propre vision.
- 21:16Bien sûr.
- 21:17Là,
- 21:17tu as pu voir les choses de tes propres yeux du fait d'être seul et d'avoir ta propre validation avec toi-même.
- 21:22Tu étais livré à toi.
- 21:24Oui,
- 21:25non,
- 21:25mais c'est sûr.
- 21:26Malgré que j'avais quand même ma famille.
- 21:28en Suisse,
- 21:29parce que ça,
- 21:29je ne peux pas nier.
- 21:32J'ai encore énormément de gratitude pour tout ce qu'ils ont fait pour moi,
- 21:36le fait de m'accueillir chez eux,
- 21:39de me prendre sous leurs ailes.
- 21:43Mais c'est vrai que j'ai fait beaucoup de chemin avec moi-même.
- 21:50C'est beau.
- 21:50En fait,
- 21:51ce qu'on voit,
- 21:51c'est que les racines,
- 21:52elles ne sont pas que géographiques.
- 21:55C'est ça qu'on voit clairement.
- 21:56C'est un lieu où toi...
- 21:58tu étais parti en vacances où tu t'es dit mais il y a quelque chose qui me nourrit.
- 22:02Oui.
- 22:03Et en fait,
- 22:04tu étais vide d'un côté et là,
- 22:06c'est comme si tu te remplissais par rapport à l'endroit où tu t'es dit mais il y a quelque chose au niveau des cellules,
- 22:13comme tu dis,
- 22:14quelque chose qui t'a nourri très profondément.
- 22:17En fait,
- 22:17on voit que les racines,
- 22:18elles sont clairement internes.
- 22:20C'est aussi quelque chose de corporel.
- 22:22C'est vraiment un ressenti où tu t'es vraiment senti à ta place à ce moment-là.
- 22:29en possédant moins de choses qu'en Belgique.
- 22:33Comme quoi,
- 22:33d'un côté,
- 22:34tu avais tout au niveau matérialiste pour être heureuse.
- 22:36Oui.
- 22:37Et là,
- 22:37en ayant beaucoup moins,
- 22:38tu avais ce sentiment de se dire
- 22:41« Je suis à ma place,
- 22:41je me sens bien,
- 22:43je suis heureuse. »
- 22:44C'est ça.
- 22:45Et j'aimerais dire à toute personne qui veut s'expatrier qu'elle ne doit pas s'arrêter aux peurs liées au matériel.
- 22:55Et que du coup,
- 22:56il faut vraiment...
- 22:57oser.
- 22:59Oser aller vers l'inconnu et surtout au final,
- 23:04c'est dans ce côté du renouveau où on voit clairement que dans cette insécurité,
- 23:09c'est là où des fois,
- 23:10on voit les plus belles choses à notre niveau de se dire on peut se faire,
- 23:14on peut se connaître malgré qu'on n'a rien.
- 23:17Tout à fait.
- 23:20Merci beaucoup pour cet épisode,
- 23:22Léna.
- 23:23Merci à toi de m'avoir invitée.
- 23:24C'était un plaisir d'enregistrer avec un cadre magnifique à Verbier.
- 23:27En plus,
- 23:28autour de nous,
- 23:29pour le cadre,
- 23:29il neige.
- 23:30Il neige tout ce qu'il peut.
- 23:31C'est tout blanc.
- 23:32Et on a un cadre idyllique parce qu'on a une vision juste magnifique.
- 23:37Et franchement,
- 23:38merci beaucoup pour cet échange.
- 23:40Merci à toi.
- 23:41Je vous dis à bientôt dans un autre épisode.
- 23:43Et puis,
- 23:44à la prochaine.
- 23:45À la prochaine.
- 23:48S'expatrier,
- 23:49ce n'est pas seulement changer de pays,
- 23:51c'est accepter de se retrouver face à soi-même.
- 23:53Quitter un CDI,
- 23:54fermer une activité,
- 23:55dire au revoir à ses proches.
- 23:57Oui,
- 23:57il y a du matériel,
- 23:58mais ce n'est jamais ça le plus lourd.
- 24:00Le plus dur,
- 24:00c'est d'oser.
- 24:02Oser ne plus laisser la peur décider.
- 24:05Oser de ne pas s'arrêter aux sécurités apparentes.
- 24:08Oser de croire que l'inconnu peut être aussi un terrain de construction.
- 24:11Pour Lena,
- 24:12l'expatriation n'a pas été une fuite.
- 24:14C'est un retour à elle-même,
- 24:15à ses racines.
- 24:17Et si elle devait dire une chose à celles et ceux qui hésitent aujourd'hui,
- 24:20ça serait simple.
- 24:21N'ayez pas peur du matériel,
- 24:23ayez le courage d'oser.
- 24:25A très bientôt dans un autre épisode de podcast.