Latest / Le Déclic | Podcast par Alec Henry / Comment transformer un savoir-faire local en groupe national : l’ascension de Ninkasi | Christophe Fargier | Déclic 333
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- 0:00Depuis 2017,
- 0:01j'accompagne et côtoie des entrepreneurs à succès.
- 0:03Chaque rencontre est unique et permet d'identifier ce qui crée la réussite.
- 0:07Je suis Alec Henry,
- 0:08l'initiateur du mouvement Entrepreneurs.com et dans ce podcast,
- 0:12j'ai l'opportunité d'échanger avec des personnalités inspirantes qui ont su créer la différence.
- 0:16Avec Le Déclic,
- 0:17je vous offre une perspective unique afin que vous puissiez à votre tour faire la différence.
- 0:23Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Le Déclic.
- 0:25Encore une fois,
- 0:26bien accompagné,
- 0:26je suis avec Christophe Fargier,
- 0:28fondateur du groupe
- 0:29Ninkasi,
- 0:30Christophe,
- 0:31comment tu vas ?
- 0:32Ça va très bien,
- 0:33merci.
- 0:33Eh bien écoute,
- 0:34heureux de t'avoir ici sur le plateau du Pottiast Le Déclic.
- 0:38Rapidement,
- 0:39je te présente,
- 0:40inspiré par les group-up américains,
- 0:42le mouvement craft également,
- 0:43tu ramènes en 1997 en France un concept inédit,
- 0:47les brasseries artisanales alliant bière,
- 0:49burgers et musique.
- 0:50En 25 ans,
- 0:52Ninkasi est passé d'une micro-brasserie à plus de 27 établissements en France.
- 0:56avec une fabrique ultra moderne,
- 0:58des bières distribuées en grande surface et une notoriété nationale.
- 1:01Le pari que vous avez pris,
- 1:03grandir comme un groupe sans perdre l'âme d'artisan avec la conviction que l'entrepreneuriat ne doit pas seulement créer de la valeur économique mais aussi un impact collectif durable et culturel en renforçant le lien social autour de chaque établissement.
- 1:17Dans cet épisode,
- 1:18on va explorer avec toi un sujet extrêmement intéressant,
- 1:20comment transformer un savoir-faire local en un groupe national.
- 1:24Bienvenue sur le Déclic Christophe.
- 1:26Merci.
- 1:27Merci aussi pour cette présentation.
- 1:31Oui,
- 1:31il y a un vrai challenge dans ce que tu as présenté,
- 1:36qui est comment je grandis sans perdre mon âme,
- 1:39sans rentrer en contradiction avec les valeurs qui ont fondé le projet.
- 1:47Nous,
- 1:47on a une phrase qu'on aime bien utiliser,
- 1:51c'est finalement « rester une entreprise enracinée dans son territoire » .
- 1:55et qu'il le vivifie.
- 1:56Je pense que c'est un peu comme la nature.
- 2:00Un arbre peut grandir,
- 2:02mais il ne faut pas qu'il devienne trop grand,
- 2:03sinon il va faire le vide autour de lui.
- 2:06Sous un arbre énorme,
- 2:07la lumière ne passe plus,
- 2:08il n'y a plus rien qui pousse,
- 2:09donc il faut trouver des équilibres.
- 2:12Justement,
- 2:12tu découvres les brewpubs aux Etats-Unis à 20 ans.
- 2:15Qu'est-ce qui t'a frappé au point de vouloir importer ce modèle en France ?
- 2:19Après,
- 2:21je termine mes études,
- 2:22je me suis fait un très bon ami américain,
- 2:24Kurt Hoffman,
- 2:26qui est venu étudier,
- 2:29lui,
- 2:29en France,
- 2:30et on se pose tous les deux la question de ce qu'on va faire à la fin de nos études,
- 2:34et lui me parle de ce phénomène aux Etats-Unis,
- 2:38il est originaire de Portland,
- 2:40Portland c'est une ville qui fait à l'époque un peu plus de 3 millions d'habitants,
- 2:45et qui a une centaine de brasseries.
- 2:48Il me dit Christophe,
- 2:48je suis persuadé que ça,
- 2:49c'est quelque chose qui peut marcher.
- 2:51Je pense que ce qui a également motivé notre envie de se lancer dans cette aventure,
- 2:56c'est l'envie d'apprendre aussi à fabriquer quelque chose de nos mains.
- 3:02Moi,
- 3:02j'ai appris à fabriquer la bière et Kurt a appris à fabriquer le pain,
- 3:07sachant que le pain et la bière,
- 3:08c'est deux produits qui sont très proches.
- 3:11C'est deux produits issus de céréales qui nécessitent une fermentation.
- 3:16Donc je pense que...
- 3:18Ça part de l'observation de succès et aussi d'envie profonde.
- 3:25On avait tous les deux envie de se lancer dans une aventure où on allait produire quelque chose de nomin.
- 3:31Et justement,
- 3:32à ce moment-là,
- 3:32le premier Ninkasi ouvre en 1997 dans une ancienne usine.
- 3:38Comment tu t'as convaincu,
- 3:39tes proches,
- 3:40les partenaires,
- 3:41de croire à un projet aussi atypique ?
- 3:44Parce qu'à cette époque,
- 3:45importer...
- 3:47un projet quel qu'il soit depuis les Etats-Unis ou autre c'est pas forcément quelque chose d'anodin l'information elle circule pas comme aujourd'hui y'a pas les réseaux sociaux,
- 3:54y'a pas internet,
- 3:55y'a pas tout ça en tout cas pas dans les mêmes proportions comment est-ce que tu t'y es pris quelles étaient les premières étapes de façon à ce que celles et ceux qui nous écoutent qui sont peut-être porteurs de projets,
- 4:05qui se lancent ou qui veulent développer ou importer quelque chose d'un pays X ou Y à un autre,
- 4:11pourraient s'en inspirer
- 4:13Moi,
- 4:13je pense que quand on entreprend,
- 4:14il y a une énergie qui est très importante,
- 4:17c'est l'énergie du rêve.
- 4:18Voilà,
- 4:22on est resté un an aux États-Unis,
- 4:24on a visité un maximum de lieux,
- 4:26on a vraiment construit notre projet et quand on est revenu en France,
- 4:30ce rêve,
- 4:31on l'a partagé en fait.
- 4:32Les gens qu'on a rencontrés,
- 4:34nos amis,
- 4:36la famille,
- 4:37les banquiers,
- 4:38mais même le propriétaire du bâtiment.
- 4:42c'était un entrepôt
- 4:461500 m² on allait lui transformer son local si on se casse la figure qu'est-ce que mon local peut devenir derrière donc il y a eu beaucoup de gens à convaincre et je pense que cette énergie qu'on avait tous les deux on a su la communiquer et pour te donner un exemple en
- 5:04fait sur le site on a été en concurrence avec une discothèque à l'époque quelqu'un
- 5:09proposer aux propriétaires d'en faire une discothèque.
- 5:12Et dans le quartier où on s'est installé,
- 5:13il y avait un McDonald's qui avait ouvert et on a Quick qui a proposé aux propriétaires d'ouvrir un Quick.
- 5:20Ils prenaient beaucoup moins de risques à ouvrir un Quick qu'à l'époque un Inkazi.
- 5:24Et finalement,
- 5:28les gens ont aimé.
- 5:30Cette histoire qu'on était en train de commencer à écrire,
- 5:33ces deux jeunes qui reviennent des États-Unis,
- 5:35enthousiastes,
- 5:36et on a eu l'appui du propriétaire,
- 5:40l'appui du maire du 7e arrondissement de Lyon.
- 5:44Effectivement,
- 5:44les banquiers qui nous ont suivis,
- 5:47à l'époque,
- 5:47on a eu besoin d'apporter 20%
- 5:50en fonds propres et on a réussi à emprunter 80%
- 5:54sur un concept qui n'existait pas.
- 5:58Je pense qu'il y a une énergie,
- 6:01un enthousiasme qu'on a réussi à communiquer à toutes ces personnes qu'on a sollicitées.
- 6:06Et ce qui est intéressant de tout ça aussi,
- 6:08c'est que tu n'as pas simplement copié le modèle américain,
- 6:10tu l'as enrichi d'une identité propre.
- 6:13Qu'est-ce que tu voulais transmettre à travers ce triptyque bière,
- 6:16burger,
- 6:17musique ?
- 6:18En fait,
- 6:18on a ramené des choses des États-Unis,
- 6:20mais on a combiné aussi beaucoup de choses qu'on aimait.
- 6:23Moi,
- 6:23je crois que quand on entreprend,
- 6:26il faut partir de...
- 6:27de ce qu'on a dans les tripes,
- 6:28de ce qui nous fait vibrer,
- 6:29du plaisir qu'on peut prendre à faire les choses.
- 6:32Donc,
- 6:33on a fait une fabrique de bières.
- 6:35On était heureux de proposer des bières qui se démarquaient de ce qu'on pouvait trouver en France à l'époque.
- 6:42À l'époque,
- 6:43vous aviez dans les bars
- 6:45Heineken, les verres,
- 6:47Cronenbourg,
- 6:47les rouges.
- 6:49Et nous,
- 6:50on venait là pour faire redécouvrir la richesse du monde de la bière et tous les styles qui existent.
- 6:56Et puis,
- 6:57on s'est dit,
- 6:58puisqu'on s'est rendu compte très rapidement que si on voulait écouler notre production,
- 7:02il fallait qu'on crée notre propre point de distribution,
- 7:04donc un lieu de vie,
- 7:07qu'on allait faire le lieu de nos rêves,
- 7:08celui qu'on aurait aimé avoir en tant qu'étudiant.
- 7:12Alors,
- 7:12Kurt,
- 7:12comme il faisait du pain,
- 7:14on a fait notre pain,
- 7:16les bonnes de nos burgers,
- 7:17on a fait du burger gourmet,
- 7:20où les gens composaient eux-mêmes leurs burgers,
- 7:24on a un peu
- 7:25Kurt,
- 7:26il a amené cette dimension un peu à l'américaine,
- 7:28un gros bol de salade.
- 7:31On faisait au tout début des pizzas américaines,
- 7:34une offre barbecue.
- 7:35Ce n'était pas des cuisses de poulet,
- 7:36c'est des cuisses de dinde.
- 7:37Voilà,
- 7:38un peu en mettre plein les yeux.
- 7:43Et évidemment,
- 7:43on a mis la musique parce qu'on était des gros fans de musique.
- 7:47On était un peu extentrés,
- 7:49donc on avait besoin d'attirer le public.
- 7:51Voilà,
- 7:51on a fait un lieu qui...
- 7:53On a embarqué des gens dans notre aventure,
- 7:55un ami architecte,
- 7:57Cyril Alanik,
- 7:58qui nous a fait la décoration du lieu.
- 8:01Et on a eu un parti pris à l'époque qui était vraiment en rupture.
- 8:05À l'époque,
- 8:05les pubs,
- 8:06on avait l'impression qu'on ouvrait un pub qui était là déjà depuis 100 ans avec de la moquette et des rideaux et des vieilles photos.
- 8:13Nous,
- 8:14on a pris le parti pris de faire quelque chose de très industriel,
- 8:17très froid,
- 8:19matériaux bruts,
- 8:20béton,
- 8:21inox.
- 8:23des moellons et on a fait un lieu blanc en disant qu'il allait se charger de sa propre histoire qu'on ne voulait pas tricher,
- 8:32qu'on voulait être vrai parce qu'on voulait en faire un lieu dans lequel la musique,
- 8:37la culture allaient mettre son empreinte et on a eu un premier article à l'époque dans Le Progrès qui nous a trucidés en disant qu'on était un lieu froid,
- 8:49sans âme
- 8:50Je crois qu'ils avaient appelé ça une cantine Ikea à l'époque.
- 8:55Mais finalement,
- 8:56il ne faut pas craindre de prendre ces risques parce que ces parties-pris fait que vous allez susciter de l'intérêt.
- 9:04Il y a des gens qui vont aimer et des gens qui ne vont pas aimer.
- 9:06Mais si vous êtes tiède,
- 9:08finalement,
- 9:08vous ne plaisez à personne.
- 9:09Donc,
- 9:10c'est vrai que l'article dans le progrès,
- 9:12il nous a beaucoup inquiétés.
- 9:14On s'est dit,
- 9:14oulala,
- 9:15ça va être difficile.
- 9:17On était loin.
- 9:18du centre,
- 9:19il a fallu qu'on construise notre clientèle,
- 9:21ça a pris du temps il ne faut pas se décourager,
- 9:23il ne faut pas baisser les bras,
- 9:25mais petit à petit le fait d'être marqué dans notre positionnement fait qu'on a trouvé nos clients des clients qui ont adoré ce qu'on faisait,
- 9:33qui en ont parlé,
- 9:34donc le bouche à oreille avec des gens qui adhèrent,
- 9:39ils marchent très bien et finalement pour réussir dans un projet comme le nôtre,
- 9:43on n'a pas besoin de plaire à
- 9:44100% des gens,
- 9:45il faut trouver juste
- 9:46suffisamment de clients pour que le modèle y tourne.
- 9:49Complètement.
- 9:49Et justement,
- 9:50Ninkasi est passé de un établissement à quelques établissements,
- 9:54à plus de 25 établissements aujourd'hui.
- 9:57Le but,
- 9:57c'est de continuer à grandir.
- 9:58Vous êtes encore dans ce cycle d'expansion avec la volonté d'en ouvrir un,
- 10:02deux,
- 10:03trois,
- 10:03quatre,
- 10:03cinq par an.
- 10:05Comment on fait pour préserver la qualité et l'authenticité de ses produits,
- 10:10de son âme,
- 10:10sa culture,
- 10:11de son concept,
- 10:12malgré l'expansion ?
- 10:13Alors certes,
- 10:14il y a le côté franchise et standardisation.
- 10:16Mais est-ce qu'il y a d'autres choses que vous avez mis en place pour continuer à grandir sans perdre cette âme dont tu parles ?
- 10:24En fait,
- 10:25je pense que ce qui a d'importance,
- 10:28c'est le rythme.
- 10:30de la croissance.
- 10:33Finalement,
- 10:34on a ouvert en 1997,
- 10:37on est en 2025,
- 10:39on se rapproche de nos 30 ans.
- 10:41C'est quelque chose qu'on a fait progressivement.
- 10:44Finalement,
- 10:45on s'est développé sur la métropole lyonnaise,
- 10:47on s'est ensuite développé sur la région Auvergne-Rhône-Alpes et on commence à sortir de la région Auvergne-Rhône-Alpes depuis 2-3 ans.
- 10:58Donc on a construit...
- 10:59solide,
- 11:01c'est des paliers.
- 11:03Passer d'un établissement à quelques établissements,
- 11:08c'est un premier palier.
- 11:11Il faut apprendre de nouvelles choses,
- 11:12animer un réseau.
- 11:14Alors,
- 11:14quand c'est un réseau en propre,
- 11:16il faut apprendre à piloter des sites distants.
- 11:20Quand ça devient défranchisé,
- 11:22on n'est plus dans la même posture.
- 11:25Piloter un site qui nous appartient et piloter un site qui a signé un contrat de franchise,
- 11:29ce n'est pas la même chose.
- 11:30On a appris le métier de franchiseur et on a toujours veillé à être très cohérent entre les valeurs,
- 11:42le sens qu'on donnait à notre projet.
- 11:43En fait,
- 11:44je n'en ai pas parlé,
- 11:44mais quand on a démarré l'aventure avec Kurt en 1995,
- 11:52On a mis deux ans entre le moment où on a dit on se lance dans cette aventure et le moment où on a ouvert.
- 11:56On a vraiment pris le temps de discuter du sens du projet.
- 12:01Une entreprise citoyenne qui allait s'enraciner dans son territoire,
- 12:03participer à la vie de la cité,
- 12:06qui allait prendre soin de ses collaborateurs pour ensuite être légitime à leur demander de prendre soin des clients,
- 12:13qui allait travailler sur des circuits courts,
- 12:15qui allait connaître ses fournisseurs.
- 12:18qu'elle ait ce souci de son impact,
- 12:19tout ça,
- 12:20c'est des choses dont on a pris le temps de discuter et qu'on a construit au départ et qu'après,
- 12:24on a cherché à préserver.
- 12:26C'est-à-dire que finalement,
- 12:29le circuit court,
- 12:31c'est connaître ses fournisseurs,
- 12:32être dans une relation directe.
- 12:34Mais une fois que j'ai créé une filière sur,
- 12:39par exemple,
- 12:40la pomme de terre pour les frites,
- 12:42cette filière,
- 12:44elle peut bénéficier à un réseau d'établissements qui est au niveau national.
- 12:48Quand on monte un projet et qu'on a passé du temps aux États-Unis,
- 12:52la France,
- 12:53c'est un petit bout des États-Unis,
- 12:55donc le terrain de jeu est suffisamment petit pour que le développement ne nous fasse pas perdre nos valeurs.
- 13:04On s'est rendu compte aussi qu'il y a un portant,
- 13:06parce que c'est des débats qu'on a eus à un moment.
- 13:08Est-ce qu'on reste une entreprise régionale ?
- 13:12Parce que là,
- 13:12c'est un terrain de jeu qu'on maîtrise.
- 13:15On est vraiment au circuit court aussi en distance.
- 13:18Où est-ce qu'on devient une entreprise nationale ?
- 13:20Et on a fait le choix,
- 13:21ça a été une discussion qui a pris un peu de temps en interne,
- 13:25de devenir nationale parce qu'on s'est dit que finalement,
- 13:29c'était renoncer à un combat qui nous tenait à cœur,
- 13:32c'est de faire bouger les lignes dans nos secteurs d'activité.
- 13:36Finalement,
- 13:36je reste une petite brasserie régionale,
- 13:38je laisse la place aux gros acteurs industriels qui rachètent des petites brasseries.
- 13:44de prendre cette place dans le monde de la bière indépendante.
- 13:50On s'est rendu compte que finalement,
- 13:52le fait de grandir,
- 13:54d'avoir plus d'établissements nous rendait structurants.
- 13:57On a pu travailler sur des sujets,
- 13:59la filière sur la viande.
- 14:03Donc,
- 14:05c'est des histoires d'équilibre qu'il faut garder.
- 14:09Comme je l'ai dit,
- 14:09un arbre,
- 14:10ça ne grimpe pas au ciel.
- 14:12À un moment,
- 14:13il sera assez petit.
- 14:14certainement temps de dire on a aujourd'hui atteint une taille qui est optimum.
- 14:19Si on grandit plus,
- 14:21finalement on va fragiliser un certain nombre de nos valeurs,
- 14:25on va y perdre notre âme.
- 14:27Mais je pense que l'ambition nationale du Ninkasi actuellement ne met pas en péril l'âme et les valeurs d'origine.
- 14:36Complètement.
- 14:36Et quel conseil tu pourrais donner justement à quelqu'un qui nous écoute,
- 14:40qui désire transformer...
- 14:43un concept,
- 14:45un local,
- 14:46une boutique,
- 14:47un restaurant,
- 14:48peu importe finalement une agence,
- 14:50peu importe le type de commerce,
- 14:53d'affaires,
- 14:53qui l'ou qu'elle a,
- 14:55mais un concept qu'on peut franchiser.
- 14:59Parce que finalement,
- 15:00la franchise reste aujourd'hui un des leviers les plus réplicables et efficaces pour développer une expansion et une...
- 15:11une couverture nationale,
- 15:12voire internationale derrière.
- 15:15Pour autant,
- 15:16ce n'est pas forcément quelque chose que beaucoup maîtrisent.
- 15:19Ce n'est pas si simple de lancer un concept de franchise.
- 15:24Souvent,
- 15:24en plus,
- 15:24on fait quelques erreurs lorsqu'on lance...
- 15:28le premier restaurant,
- 15:29la première affaire.
- 15:31Du coup,
- 15:31ensuite,
- 15:31on doit en lancer un second en mode pilote par rapport à tout ce qu'on a pu optimiser pour faire en sorte que ces futurs franchisés soient en capacité de répliquer la chose et d'aller chercher aussi de la rentabilité et de la performance.
- 15:43Quelles ont été pour vous les étapes ?
- 15:45Est-ce que tout de suite,
- 15:45lorsque vous avez créé le premier Linkassi en 1997,
- 15:51il y avait cette volonté de développer en franchise ?
- 15:55Ou est-ce que c'est venu après ?
- 15:57Et si c'est venu après,
- 15:58comment est-ce que vous vous y êtes pris ?
- 15:59Tu vois,
- 16:00il y a des gens qui me disent « Christophe,
- 16:02tu as été visionnaire dans ce que tu as fait » .
- 16:04Moi,
- 16:04je leur dis non,
- 16:04non,
- 16:04pas du tout.
- 16:06En fait,
- 16:06je n'ai pas été visionnaire,
- 16:08je suis un entrepreneur,
- 16:09c'est-à-dire que je suis actif,
- 16:12je passe à l'acte.
- 16:13C'est-à-dire qu'en plus de l'énergie du rêve qui est présente,
- 16:16il y a une capacité de mise en action.
- 16:20Ce qui fait qu'on tente beaucoup de choses et quand on tente des choses,
- 16:24on se met en difficulté.
- 16:26Je te donne un exemple.
- 16:29On est un gros café-concert au démarrage.
- 16:32Très rapidement,
- 16:33les artistes nous disent qu'on aimerait pouvoir faire de l'entrée payante pour pouvoir améliorer nos rémunérations.
- 16:39Et moi,
- 16:39je dis que c'est hors de question.
- 16:42C'est le principe du Ninkasi,
- 16:44il est ouvert à tous,
- 16:45lieu de brassage.
- 16:47Donc je dis,
- 16:47si vous voulez qu'on fasse du concert,
- 16:49on va créer une salle de spectacle.
- 16:51Donc 97,
- 16:53trois ans plus tard,
- 16:542000,
- 16:54on crée une salle de concert.
- 16:56de 2000 personnes,
- 16:57de
- 16:58700 personnes,
- 16:59700 places.
- 17:02Et ça nous met en grande difficulté,
- 17:04parce qu'évidemment,
- 17:05on a fait les choses sous le coup un peu de l'émotion,
- 17:07de l'envie,
- 17:09et cette salle,
- 17:10elle n'est absolument pas viable.
- 17:13Qu'est-ce que je fais ?
- 17:14Je la ferme ou je la transforme en discothèque,
- 17:16ou finalement,
- 17:17je ne renonce pas à mon rêve.
- 17:19Je ne renonce pas à mon rêve.
- 17:21Et on décide d'élargir la base commerciale du Ninkasi.
- 17:23C'est ça qui va nous amener à ouvrir dans le centre de Lyon trois petits Ninkasi.
- 17:29Parce qu'on se dit,
- 17:29mais cette salle,
- 17:30elle a augmenté notre notoriété,
- 17:31notre image.
- 17:32Elle a même valorisé la notoriété et l'image du Ninkasi.
- 17:36Donc,
- 17:37plutôt que de la fermer,
- 17:39parce qu'elle est devenue un gros foyer de pertes,
- 17:41on va ouvrir trois petits Ninkasi dans le centre de Lyon pour que la base économique,
- 17:45celle qui tourne,
- 17:47soit plus large et nous permette de maintenir le projet.
- 17:50On en a ouvert après deux autres,
- 17:52on est arrivé à cinq.
- 17:53Et puis,
- 17:53j'ai un de mes directeurs qui me dit,
- 17:55« Mais tu sais,
- 17:55moi,
- 17:55Christophe,
- 17:56je suis hyper content.
- 17:57Je suis rentré chez toi comme serveur.
- 17:59Aujourd'hui,
- 18:00je suis directeur d'un établissement,
- 18:01mais mon rêve,
- 18:02c'est de devenir mon propre patron.
- 18:04Est-ce que c'est possible ? »
- 18:06Et ça a été notre premier franchisé.
- 18:08Donc,
- 18:08tu vois,
- 18:09ce n'est pas une vision.
- 18:11C'est-à-dire que moi,
- 18:11je ne savais absolument pas en 97 qu'on allait se développer sous cette forme-là.
- 18:17En fait…
- 18:18on entreprend,
- 18:19on fait des choses.
- 18:19Souvent,
- 18:20c'est une envie profonde qui est à l'origine d'un projet qu'on initie.
- 18:24Et puis,
- 18:25face aux difficultés qu'on rencontre,
- 18:27on trouve des solutions.
- 18:28Et ces solutions,
- 18:29elles ouvrent des chemins.
- 18:32Voilà,
- 18:32donc,
- 18:33moi,
- 18:33j'ai découvert la franchise par ce biais-là.
- 18:36Et la franchise,
- 18:36c'est quelque chose d'extraordinaire parce que finalement,
- 18:40aujourd'hui,
- 18:41on est dans un monde où il faut de l'agilité.
- 18:44Si tu es sur un système où tu te développes
- 18:47avec des directeurs,
- 18:48des succursales qu'il faut que tu contrôles sous des régimes salariés,
- 18:52ça va être très compliqué.
- 18:54L'intérêt de la franchise,
- 18:56c'est que tu vas recruter des commerçants indépendants qui sont des entrepreneurs.
- 19:03Et tu démultiplies,
- 19:04c'est l'intelligence collective.
- 19:05Ils vont entreprendre,
- 19:07ils vont tenter des choses,
- 19:08ils vont te challenger,
- 19:09ils vont faire vivre ton concept,
- 19:11développer ton savoir-faire.
- 19:12Alors évidemment,
- 19:13il faut faire des bons castings,
- 19:16et parfois
- 19:17on fait des hors-casting,
- 19:18mais en fait,
- 19:19on ne peut pas progresser si on ne commet pas des erreurs et chaque erreur doit être une source d'apprentissage.
- 19:25Donc moi,
- 19:26je crois beaucoup au modèle de la franchise qui est finalement un modèle de développement en réseau.
- 19:31C'est une forme de décentralisation synchronisée qui peut permettre de ne pas perdre son âme et même de devenir plus agile et plus robuste.
- 19:46Effectivement,
- 19:46il faut développer une compétence qui est une compétence de franchiseur,
- 19:50formaliser un savoir-faire,
- 19:51animer un réseau.
- 19:53C'est une relation qui est contractuelle,
- 19:55le contrat de franchise.
- 19:56Il faut savoir gérer cette relation contractuelle.
- 19:59On a fait des erreurs de casting,
- 20:00on a fait des erreurs d'emplacement.
- 20:02Très important de pouvoir apprendre de ces erreurs et devenir plus performant.
- 20:08Mais moi,
- 20:10je conseille ce mode de développement qui,
- 20:13à mon avis,
- 20:14est très adapté au monde dans lequel on est rentré,
- 20:17qui est un monde vu-cas,
- 20:20et où il vaut mieux être sur un modèle souple qu'un modèle très rigide,
- 20:26très centralisé.
- 20:27Et c'est hyper intéressant ce point,
- 20:29excuse-moi j'ai failli te couper,
- 20:31je voulais rebondir parce que ça a attisé ma curiosité.
- 20:37Donc là,
- 20:37il y a ton collaborateur qui est passé de,
- 20:43je ne sais plus exactement quel job serveur à directeur du premier Ninkasi,
- 20:49qui te dit,
- 20:50j'ai envie d'être mon propre patron,
- 20:51tu te dis ok,
- 20:52pas de problème,
- 20:52on trouve une solution,
- 20:53franchise.
- 20:54Quelles ont été les étapes ?
- 20:56pour lancer la franchise parce que souvent,
- 20:58l'entrepreneur a tendance à se poser mille et une questions,
- 21:00à se dire,
- 21:01est-ce que j'ai tous les outils ?
- 21:02Est-ce que j'ai les bonnes stratégies ?
- 21:03Est-ce que j'ai les bons éléments ?
- 21:04Ou est-ce que là,
- 21:06tu t'es juste dit,
- 21:07j'ai un super élément,
- 21:08il a envie de se lancer,
- 21:09j'ai un super concept,
- 21:11on va répliquer le concept,
- 21:12on va voir ce qui se fait un peu ailleurs mais grosso modo,
- 21:15rendre la chose viable et puis ensuite,
- 21:19on verra.
- 21:20En d'autres termes,
- 21:21tu sautes de l'avion et tu construis le parachute dans la descente.
- 21:26Je saute dans la piscine et j'apprends à nager.
- 21:30Non,
- 21:30c'est une démarche heuristique,
- 21:31c'est-à-dire qu'on apprend en faisant.
- 21:33Je pense qu'aujourd'hui,
- 21:34chercher à tout maîtriser avant de se lancer,
- 21:36ce n'est plus possible.
- 21:38Il y a énormément de gens qui auront eu le temps de faire plein de choses et tout va trop vite aujourd'hui pour perdre du temps à être sûr d'être en maîtrise pour pouvoir se lancer.
- 21:50Bien sûr,
- 21:50on va faire des erreurs.
- 21:52Mais si on est agile,
- 21:54si on apprend très rapidement de ses erreurs,
- 21:55donc il faut être dans une capacité de remise en cause introspective très forte.
- 22:00Ça demande de l'humilité.
- 22:02Moi,
- 22:03je le dis en permanence,
- 22:04les gens pétris de certitude sont des terroristes.
- 22:07Aujourd'hui,
- 22:09tout est immanent.
- 22:09C'est-à-dire que la vérité d'un jour,
- 22:12c'est la vérité d'un jour.
- 22:13Tout peut être remis en cause le lendemain.
- 22:14Ce n'est pas parce qu'on avait dit ça aujourd'hui que demain,
- 22:16ça restera vrai.
- 22:18Il faut que finalement,
- 22:19c'est une culture qu'on a construit au Ninkasi.
- 22:22c'est l'instabilité en fait.
- 22:25Tout peut être mis en cause,
- 22:27tout peut changer,
- 22:28et faire de la conduite du changement quelque chose d'agréable,
- 22:31pas une source de stress.
- 22:32Finalement,
- 22:34on est en mouvement et c'est passionnant.
- 22:39Chaque journée qui démarre est une nouvelle journée qui peut nous surprendre ou il peut y avoir des choses qui se passent qu'on n'avait pas prévues.
- 22:47On n'est pas dans la monotonie.
- 22:49Et finalement,
- 22:49nous le métier de franchiseur,
- 22:51on l'a appris.
- 22:51en marchant.
- 22:52Bien sûr qu'on a commis des erreurs,
- 22:55mais aujourd'hui,
- 22:57on a suffisamment marché pour avoir un savoir-faire de franchiseur qui est solide et qui nous permet d'être plus ambitieux.
- 23:07On a commencé à se développer dans la métropole lyonnaise,
- 23:10après dans la région auvergne-en-Alpes,
- 23:11et puis maintenant,
- 23:12on a une ambition nationale et les choses se sont faites progressivement.
- 23:17Je rebondis sur ces éléments parce qu'aujourd'hui,
- 23:19Il y a effectivement une envergure nationale.
- 23:21Beaucoup d'artisans ont peur que la croissance dénature leur projet.
- 23:25Quels choix concrets t'ont permis de garder une âme artisanale dans un réseau national ?
- 23:33La notion d'artisanat dans la bière,
- 23:35elle a créé beaucoup de polémiques.
- 23:41On a participé à la création du syndicat national des brasseurs indépendants.
- 23:46Et un des sujets,
- 23:47c'est comment...
- 23:48on défend l'appellation artisanale dans le monde de la bière.
- 23:51On n'y est pas arrivé.
- 23:54Pourquoi ?
- 23:55Si on voulait défendre la notion d'artisanat,
- 23:58il fallait obligatoirement que quelqu'un qui fabrique de la bière passe un diplôme,
- 24:04qu'il s'enregistre à la chambre des métiers et que son entreprise ne dépasse pas 10 personnes.
- 24:10Donc,
- 24:11il y a tellement de brasseurs qui se sont...
- 24:13Et j'en fais partie.
- 24:14Alors si,
- 24:15j'ai fait une école aux États-Unis,
- 24:16mais...
- 24:17Le diplôme,
- 24:17il n'est pas reconnu en France.
- 24:19Il y a tellement de brasseurs qui se sont lancés en apprenant dans les livres ou en en prenant tout seul qu'il était hors de question qu'à un moment,
- 24:26on crée une barrière à la création d'une brasserie.
- 24:30Donc,
- 24:31finalement,
- 24:31il n'a pas été possible d'encadrer l'utilisation du mot artisan.
- 24:35Et aujourd'hui,
- 24:36Heineken utilise sur certaines de ses bières le mot artisan.
- 24:42Donc,
- 24:42le mot ne peut pas être défendu.
- 24:44Le mot artisan aussi,
- 24:45il veut dire fait avec les mains.
- 24:48Et finalement,
- 24:48la fabrication de la bière,
- 24:50quand on grandit,
- 24:51il s'industrialise.
- 24:53Nous,
- 24:54on a démarré avec une brasserie où je faisais avec les mains.
- 24:58Puis,
- 24:58on est à notre troisième brasserie où les brasseurs,
- 25:01aujourd'hui,
- 25:02sont derrière des écrans.
- 25:04Alors,
- 25:05ils continuent de faire de la bière de manière artisanale.
- 25:10Parce que finalement,
- 25:11le fait de produire nos bières standards de manière très processée leur a redonné du temps.
- 25:17pour travailler sur un petit système de brassage et faire ce qu'on appelle des pilotes.
- 25:21C'est-à-dire qu'on fait de la création,
- 25:23on innove.
- 25:25Et finalement,
- 25:26c'est la logique du
- 25:28« en même temps » .
- 25:29Ce n'est pas du macronisme,
- 25:30c'est du taoïsme.
- 25:33L'industrialisation du process nous a permis de faire de meilleures bières,
- 25:36plus qualitatives,
- 25:38plus constantes,
- 25:40et à libérer du temps pour continuer d'être innovants.
- 25:43et créer des bières,
- 25:46des recettes de bières originales.
- 25:49Et je pense que ce qu'il faut garder pour ne pas perdre son âme,
- 25:52c'est l'amour du produit.
- 25:55Tu vois,
- 25:55dans l'histoire du business,
- 25:58ça a été la production qui,
- 26:00pendant un temps,
- 26:00détenait le pouvoir dans les entreprises.
- 26:02Puis après,
- 26:03ça a été le marketing.
- 26:04Aujourd'hui,
- 26:05on vit à une époque où c'est la finance.
- 26:07Au Ninkasi,
- 26:09c'est la production qui a le pouvoir.
- 26:12Il n'y a pas un service marketing qui dit il faut que tu me fasses une bière comme ci,
- 26:15comme ça.
- 26:16C'est les brasseurs qui aujourd'hui ont un rôle essentiel et qui décident si une bière va sortir ou pas.
- 26:26Et le produit reste le cœur,
- 26:29le cœur du modèle.
- 26:31Et je pense que c'est une façon de préserver l'authenticité,
- 26:36ce qui a été à l'origine en fait.
- 26:39Et aujourd'hui,
- 26:39on s'est lancé par une belle rencontre dans l'univers des spiritueux qui nous a permis de découvrir des univers extraordinaires,
- 26:47l'univers de la tonnerie,
- 26:49la civil culture.
- 26:50On a des forêts de chênes extraordinaires dans nos pays,
- 26:53les savoir-faire des vignerons dans l'élevage de leurs vins.
- 26:57Et c'est l'amour du produit et la passion du produit qui doit rester le moteur principal.
- 27:03Et c'est hyper intéressant ce point justement où c'est le produit qui est au centre également du...
- 27:07du marketing,
- 27:08de la vente et ça touche beaucoup de domaines aujourd'hui,
- 27:11on a des marchés qui sont très sophistiqués où effectivement le produit compte pour beaucoup alors que pendant longtemps,
- 27:18d'autres éléments pouvaient faire la différence.
- 27:22Comment vous vous êtes également développé sur la partie distribution en grande surface ?
- 27:26C'est un terrain qui a priori est également à l'opposé de l'artisanat,
- 27:30pour autant vous avez réussi à concilier l'élargissement de la surface où vous pouvez...
- 27:37offrir et distribuer vos produits à ceux qui les désirent,
- 27:41tout en gardant l'identité craft ?
- 27:44En fait,
- 27:45il faut toujours rester très lucide sur les enjeux.
- 27:5080%
- 27:51de la bière en France se vend en GMS.
- 27:56Le reste,
- 27:5710%
- 27:58dans les bars,
- 27:59et puis après dans des réseaux spécialisés,
- 28:01sur des sites d'e-commerce et encore e-commerce,
- 28:04c'est extrêmement faible.
- 28:06Si on veut...
- 28:07être une brasserie qui défend la bière.
- 28:11Soit on décide d'aller jouer sur le terrain de jeu où tout se passe,
- 28:15soit on décide de ne pas y aller.
- 28:16Mais moi,
- 28:17à un moment,
- 28:17j'ai été confronté à des brassières artisanales qui me disaient « Les petites brasseries,
- 28:20Christophe,
- 28:21t'as perdu ton âme,
- 28:22t'es allé en GMS. »
- 28:23Ben non.
- 28:25Aujourd'hui,
- 28:25quand on regarde ce qui s'est passé,
- 28:27la GMS,
- 28:28elle a créé des rayons bière.
- 28:31C'est elle qui a fait une bière artisanale à la Bière Craft.
- 28:35Chez les cavistes,
- 28:38Il n'y a jamais eu ce phénomène.
- 28:40Donc,
- 28:41on a réussi à faire bouger les lignes.
- 28:43Nous,
- 28:43à Lyon,
- 28:43je me souviens,
- 28:45en fait,
- 28:46quand on a commencé à devenir un petit peu connu à Lyon,
- 28:49au début des années 2000,
- 28:50on est allé voir les petits casinos en leur disant,
- 28:52prenez la bière Ninkasi.
- 28:55Parce que la marque commençait à être inconnue.
- 28:57Si les gens viennent dans nos établissements pour boire la bière,
- 28:59je suis persuadé qu'ils seront contents de la retrouver,
- 29:02qu'ils l'achèteront.
- 29:02Ça s'est passé.
- 29:04Et on a réussi à créer ce rayon bière artisanal.
- 29:11C'est quelque chose qui s'est développé lentement,
- 29:13au point que finalement,
- 29:16la bière en GMS,
- 29:18en grande distribution,
- 29:19est devenue un facteur de croissance qui a attiré des clients et qui s'est fortement développé.
- 29:25Donc aujourd'hui,
- 29:27il faut être très clairvoyant sur ce qui se passe.
- 29:31et aller se battre là où ça vaut la peine de se battre.
- 29:35Et on a fait bouger le marché de la bière.
- 29:38Il y a 2500 brasseries qui se sont créées,
- 29:40des rayons bière qui se sont développés et les gros acteurs de la bière qui se sont intéressés.
- 29:47Aujourd'hui,
- 29:47les gros acteurs de la bière,
- 29:49ils sont très contents de ce phénomène-là.
- 29:51Ça a revalorisé la bière.
- 29:52La bière était devenue un produit qui avait une image assez pauvre puisque finalement,
- 29:57le style dominant,
- 29:58c'était la bière blonde légère industrielle.
- 30:01Et la bière a retrouvé ses lettres de noblesse et a été un produit qui s'est...
- 30:05à nouveau valorisé.
- 30:07Voilà.
- 30:09Moi,
- 30:09en 97,
- 30:11on achetait des packs de Crow ou de Heineken et on se battait sur le prix.
- 30:15En 2025,
- 30:18aujourd'hui,
- 30:19vous avez le choix de plein de styles et la bière a retrouvé de la valeur.
- 30:26Complètement.
- 30:27Tu as une vision assez claire aujourd'hui de la chose et c'est une vision vraiment d'entrepreneur,
- 30:32de chef d'entreprise,
- 30:33tout en gardant cette
- 30:34passion que tu as pour le concept,
- 30:39la bière,
- 30:39le partage et ce qui t'a lancé également.
- 30:42Quand tu démarres
- 30:43Ninkasi, tu es avant tout un passionné qui veut brasser de la bière et créer un lien convivial et un lieu convivial pour les gens.
- 30:52À quel moment tu as compris que tu devais devenir un chef d'entreprise et pas seulement un artisan ?
- 30:57Je te pose cette question parce qu'il y a beaucoup de gens qui nous écoutent et qui s'en rendent compte même parfois trop tard et qui pendant des années en fait
- 31:06pensaient que c'est en restant dans ce schéma qu'ils auraient le plus d'impact et qu'ils pourraient faire véhiculer le plus possible leur message,
- 31:12mettre leurs produits dans la main de plus de gens,
- 31:15alors qu'en réalité,
- 31:16les leviers ne se situent pas ici uniquement.
- 31:19Oui,
- 31:19en fait,
- 31:19le développement d'une entreprise,
- 31:21c'est qu'on franchit des paliers et à un moment,
- 31:27il faut arriver à se rendre compte qu'on est le frein au développement de l'entreprise.
- 31:33en fait
- 31:34C'est des questions de taille.
- 31:36Moi,
- 31:36c'est arrivé à un moment où je me rendais compte qu'en fait,
- 31:41tout passait par moi et que j'étais devenu un nœud d'étranglement.
- 31:46Et que si je n'apprenais pas à déléguer et à faire de la place aux autres et à descendre de la scène et à pouvoir confier à d'autres des choses que j'estimais être le mieux à même de faire,
- 31:58eh bien,
- 31:59je n'aurais pas de développement.
- 32:01Voilà.
- 32:01Et en fait...
- 32:03À un moment,
- 32:03comprendre qu'il faut descendre de la scène et devenir un chef d'orchestre et laisser de la place à d'autres et donc d'apprendre un métier qui est un métier de chef d'orchestre ou de metteur en scène,
- 32:16c'est quelque chose de pas naturel parce que quand au début,
- 32:20on a fabriqué la bière,
- 32:21on a été derrière le bar,
- 32:23on a programmé des artistes,
- 32:24on faisait tout,
- 32:25on faisait la cuisine,
- 32:27on faisait la compta,
- 32:28on faisait les RH.
- 32:30Voilà,
- 32:30mais en fait...
- 32:32Comment on y arrive quand on crée des relations très saines avec ses collaborateurs et qu'on n'a pas construit une cour qui est toujours là pour nous dire t'es génial,
- 32:43t'es le plus fort,
- 32:44mais des gens qui vous parlent sincèrement et qui disent là Christophe tu me fais chier ou là Christophe si ça continue comme ça je me barre,
- 32:51et bien ça vous fait bouger,
- 32:52c'est-à-dire que feedback is a gift,
- 32:55il faut créer les conditions pour que son entourage,
- 32:59mais même son écosystème,
- 33:00ses fournisseurs.
- 33:02soit dans une relation authentique et vous renvoie parfois tous les mauvais gestes et toutes les mauvaises postures que vous pouvez avoir pour que vous compreniez qu'il faut changer,
- 33:14qu'il faut se remettre en cause ou peut-être que vous compreniez que là-dessus,
- 33:17vous n'êtes pas bon et que ce n'est peut-être pas vous de le faire.
- 33:19Et pour te donner aussi un exemple très illustrant de ça,
- 33:24moi,
- 33:25au moment de la crise Covid,
- 33:27moi,
- 33:27je n'ai pas eu peur du...
- 33:30du Covid,
- 33:31moi j'ai eu peur que mon entreprise disparaisse.
- 33:33Donc mon travail,
- 33:35ça a été de trouver des moyens pour qu'on continue d'être en activité.
- 33:39Et moi,
- 33:39les équipes,
- 33:40ils n'en étaient pas là.
- 33:41Les équipes,
- 33:42ils étaient inquiets pour leurs proches,
- 33:43pour leur famille.
- 33:45Donc j'étais en avance de phase.
- 33:47Et à l'époque,
- 33:47j'ai des gens qui m'ont dit « Christophe,
- 33:49là tu déconnes,
- 33:50parce que tu n'as pas actuellement le bon discours.
- 33:53Donc laisse-nous faire,
- 33:54prépare demain.
- 33:56Mais là,
- 33:56dans l'instant présent... »
- 33:58tu n'es pas la bonne personne pour gérer la situation.
- 34:00Et j'ai eu cette capacité à m'effacer,
- 34:04à leur laisser prendre la main pour gérer cette période où il a fallu cette phase de sidération et de digestion où moi,
- 34:10j'étais en avance de phase.
- 34:12Et en fait,
- 34:13le fait d'avoir des équipes où on est dans des relations très vraies,
- 34:17c'est extrêmement utile parce qu'on est systématiquement un problème.
- 34:22Ça n'existe pas une situation de crise dysfonctionnelle où le chef d'entreprise...
- 34:27ou la chaîne d'entreprise n'est pas une partie du problème.
- 34:30Il faut que tout ça puisse être perçu,
- 34:34être dit.
- 34:36On s'enferme dans des boucles et on ne franchit pas le palier.
- 34:40Totalement.
- 34:43Je ne peux que confirmer tout ce que tu évoques.
- 34:45Et justement,
- 34:46grandir implique de changer de rôle à plusieurs reprises.
- 34:49Tu l'as évoqué indirectement,
- 34:51mais quand tu as le goulot d'étranglement de ta boîte,
- 34:53c'est très complexe.
- 34:55Donc,
- 34:55tu dois déléguer,
- 34:55tu dois structurer,
- 34:56tu dois gérer les fonds,
- 34:58tu dois lever des fonds,
- 34:59tu dois projeter ta trésorerie,
- 35:01tu dois recruter,
- 35:01tu dois faire face au challenge que tu as évoqué.
- 35:04le Covid ou autre et garder,
- 35:07ne pas perdre pied.
- 35:09Quelles ont été pour toi les transitions les plus difficiles dans ce passage d'artisan à entrepreneur ?
- 35:16Parce que tu l'as évoqué aussi,
- 35:17c'est plein d'étapes.
- 35:19Quand tu passes de 1 à 3,
- 35:21de 3 à 5,
- 35:22à 10,
- 35:23à 20,
- 35:23à 25,
- 35:24à ce que vous voulez mettre en place ou même à la grande distribution et tous ces sujets.
- 35:30Quelles ont été les différentes étapes ?
- 35:32À quel moment ça a été le plus dur ?
- 35:33Est-ce que c'est le moment où tu délègues ?
- 35:35Est-ce que c'est le moment où tu as l'impression de perdre le contrôle sur certains sujets ?
- 35:38Est-ce que c'est le moment où ça devient trop gros pour le gérer ?
- 35:46Est-ce qu'il y a eu des points où ça a été vraiment un challenge pour toi ?
- 35:51Écoute,
- 35:51je crois que...
- 35:52Tu vois,
- 35:52là,
- 35:52je suis en train de m'en vivre un.
- 35:56Un challenge...
- 35:57En fait,
- 35:58on a décidé de basculer sur un modèle industriel.
- 36:00On a investi dans un...
- 36:02dans un outil qui nous a coûté 32 millions d'euros,
- 36:07alors qu'on faisait,
- 36:08au moment où on a investi,
- 36:0925 millions d'euros de chiffre d'affaires.
- 36:13Et finalement,
- 36:14passer d'un modèle où l'activité de franchise,
- 36:17de restaurant,
- 36:17de pub,
- 36:19était dominante à un modèle où c'est la dimension industrielle qui vient de dominante,
- 36:25c'est radicalement différent.
- 36:26Et en fait,
- 36:27ces transitions,
- 36:28ces basculements,
- 36:30il nécessite de...
- 36:32modifier en profondeur tes croyances,
- 36:34tes référentiels,
- 36:35tes convictions.
- 36:39Et c'est ça qui a de compliqué,
- 36:40en fait,
- 36:41parce qu'on est des êtres paresseux,
- 36:44et la remise en cause de manière profonde,
- 36:49c'est un effort qui est immense à faire.
- 36:53Voilà,
- 36:54et puis,
- 36:54à chaque fois,
- 36:55la question que je me pose aujourd'hui,
- 36:57j'ai 55 ans.
- 37:00de dire mais est-ce que t'es pas dépassé ?
- 37:02Est-ce que t'es toujours suffisamment lucide ?
- 37:04Est-ce qu'il n'y a pas finalement des choses,
- 37:05aujourd'hui le monde va tellement vite,
- 37:07s'accélère,
- 37:08des choses que tu ne comprends plus,
- 37:11que tu ne vois plus,
- 37:12que tu ne perçois plus.
- 37:14Donc voilà,
- 37:15c'est des moments qui sont difficiles parce que le doute s'installe et on n'est sûr de rien.
- 37:23Donc ce qui est très important,
- 37:24c'est d'être bien entouré.
- 37:27de s'entourer de gens qui ne nous ressemblent pas,
- 37:29qui nous complètent.
- 37:32J'ai la chance d'avoir une moyenne d'âge au Ninkasi qui est très basse.
- 37:37Il y a du sang neuf,
- 37:40il y a des gens qui viennent d'horizons très différents et c'est quelque chose qui me rassure parce que finalement,
- 37:48j'ai une vraie qualité de dialogue au Ninkasi,
- 37:50quelque chose que j'entretiens.
- 37:52Les gens se sentent libres d'exprimer ce qu'ils pensent,
- 37:55de dire ce qu'ils pensent.
- 37:56La notion d'intelligence collective,
- 37:57ce n'est pas un slogan,
- 37:59c'est quelque chose qui se vit concrètement et je trouve que c'est une sorte de filet de sécurité pour finalement aider à la bonne prise de décision.
- 38:10C'est hyper intéressant cette conscience d'hyperlucidité sur son niveau de compétence,
- 38:21mais d'éveil par rapport à l'évolution d'un marché.
- 38:23par exemple par rapport à la technologie,
- 38:25par exemple par rapport aux réseaux sociaux,
- 38:26par exemple par rapport à l'intelligence artificielle.
- 38:28Et ça,
- 38:28je pense que c'est une des choses qu'on doit retenir de ce super échange.
- 38:32J'ai deux dernières questions pour toi.
- 38:36La première,
- 38:37c'est pour les artisans qui nous écoutent et qui hésitent à viser plus grand,
- 38:41quel changement de mentalité est indispensable pour oser se projeter en entrepreneur avec un grand E et avec une vision comme tu as,
- 38:49où tu as osé finalement prendre...
- 38:52un produit artisanal et le déployer à grande échelle pour faire en sorte que ça devienne ce que c'est aujourd'hui ?
- 39:01En fait,
- 39:02on prend des décisions parce qu'on pense que ça sert le projet.
- 39:08Si je parle de la bière,
- 39:10on a la chance,
- 39:12sur les enjeux de limites planétaires,
- 39:15d'être dans l'industrie agroalimentaire,
- 39:16qui est responsable de 70%
- 39:18des dépassements des limites planétaires.
- 39:21Mais si je reste petit,
- 39:22je ne vais rien changer.
- 39:24Si je deviens plus gros,
- 39:25je peux structurer la filière.
- 39:28Qu'est-ce qui se passe actuellement ?
- 39:29On travaille avec le groupe Soufflé,
- 39:30qui est le premier producteur de malt en France,
- 39:34et je me demande s'il ne l'est pas également au monde.
- 39:37Pendant des années,
- 39:38on n'a rien fait bouger chez le groupe Soufflé.
- 39:42On commence à acheter des volumes plus importants,
- 39:44il commence à voir que le Ninkasi a une audience de plus en plus large et en 2025,
- 39:51on travaille avec le groupe Soufflé sur la création d'une filière malte régénératrice.
- 39:57Quelque part,
- 39:59le fait de grossir va nous permettre d'atteindre un des objectifs qui est le plus important pour nous.
- 40:06c'est de faire en sorte que le projet serve la transformation de nos modèles,
- 40:12notamment le modèle agroalimentaire.
- 40:14Et donc,
- 40:15ça nous motive,
- 40:16ça nous donne de l'énergie,
- 40:17ça donne du sens.
- 40:18Moi,
- 40:18je crois que ce qu'il y a d'important,
- 40:20c'est de conserver cet alignement.
- 40:22C'est-à-dire que finalement,
- 40:24peut-être que derrière le mot artisan,
- 40:27il y a cette notion de sens,
- 40:28de fierté,
- 40:29et ça,
- 40:30il ne faut pas le perdre.
- 40:31Il ne faut pas qu'une décision qu'on prend
- 40:34à un moment nous écarte du chemin et qu'on y perde notre âme moi je crois,
- 40:38et attention c'est très difficile et parfois on peut prendre de mauvaises décisions mais c'est peut-être ça qui doit être notre ligne de conduite et nous aujourd'hui on devient entreprise à mission on évalue ce qu'on fait,
- 40:53on le diffuse auprès de nos communautés et on prend des retours de bâton voilà parce que aujourd'hui il faut amener de la transparence dans tout ça
- 41:04et sur ce qu'on fait bien et sur ce qu'on fait moins bien pour que cette confiance qu'on construit avec sa chaîne de valeur elle soit solide.
- 41:13Merci Christophe pour ces éléments,
- 41:15pour cet épisode,
- 41:15j'ai adoré partager ce moment avec toi et avoir cet échange je pourrais rester des heures et j'aurais plein de questions encore à creuser à te poser,
- 41:23aller plus en profondeur sur certains sujets,
- 41:25d'ailleurs si vous avez eu autant de plaisir à écouter cet épisode que je n'en ai eu à l'anime,
- 41:29faites-le nous savoir comme à chaque fois
- 41:31en mettant 5 étoiles sur votre plateforme de streaming préférée,
- 41:34en partageant également cet épisode.
- 41:36On va faire un article LinkedIn sur celui-ci,
- 41:38comme à chaque fois,
- 41:38n'hésitez pas à interagir dessus.
- 41:40Et Christophe,
- 41:41j'ai une dernière question pour toi que je pose à chacun de nos invités sur le déclic.
- 41:44Est-ce que tu peux nous partager le déclic qui a fait toute la différence pour toi dans ta vie,
- 41:49que ce soit professionnel comme personnel,
- 41:52que tu n'as pas encore partagé dans cet épisode,
- 41:54que peut-être tu n'as jamais partagé ailleurs ?
- 41:57Ça peut être une simple phrase,
- 41:59ça peut être un peu
- 42:00Une décision,
- 42:01ça peut être une frustration,
- 42:02ça peut être quelque chose de positif,
- 42:03ça peut être quelque chose de moins positif,
- 42:05peu importe.
- 42:06Tu as carte blanche pour le mot de la fin.
- 42:09Écoute,
- 42:10le déclic dans ma vie,
- 42:13c'est des rencontres.
- 42:16La rencontre avec Kurt,
- 42:17la rencontre avec Henri Saval,
- 42:20qui m'a initié au management socio-économique,
- 42:23la rencontre avec Alban,
- 42:24qui m'a ouvert l'univers du whisky,
- 42:27la rencontre avec...
- 42:28Christophe et Thierry qui m'ont ouvert l'univers de la musique,
- 42:33du live.
- 42:35Et je crois que moi,
- 42:37je cultive cette culture de la rencontre.
- 42:41Je suis beaucoup sollicité,
- 42:43mais je laisse toujours de la bande passante pour rencontrer des gens que logiquement,
- 42:50rien ne m'invite à rencontrer.
- 42:52Et je dirais même,
- 42:54parfois...
- 42:56Les gens sont surpris que je réponde à leurs sollicitations.
- 42:59Et j'essaye de dire à mes équipes,
- 43:00faites de même.
- 43:02Finalement,
- 43:03dans la vie,
- 43:04restez et soyez ouverts à la rencontre.
- 43:05Parce que les choses dans la vie,
- 43:07on les fait avec d'autres êtres humains.
- 43:10Et souvent,
- 43:11on construit de très,
- 43:12très belles choses suite à une belle rencontre.
- 43:15Merci Christophe.
- 43:16Merci à toi,
- 43:17Alec.