Latest / Lait'Change : Du lait au fromage et bien plus encore / Lait'Change #08 - Fromage AOP incontournable : le Comté - avec Véronique RIVOIRE
Transcript
- 0:04Bienvenue sur l'échange,
- 0:05le podcast qui donne la parole aux actrices et aux acteurs de la filière laitière et fromagère.
- 0:09Je suis Romain Le Gal et je vous propose aujourd'hui de partir en Franche-Comté à la découverte de la première AOP française.
- 0:16Je vous parle bien sûr du Comté.
- 0:18Pour ce faire,
- 0:19je me trouve à Lons-le-Saunier,
- 0:21pour être plus exact,
- 0:22à Montmoreau,
- 0:23chez le célèbre raffineur Rivoire et Jacquemin.
- 0:26Et nous avons la chance de passer un moment...
- 0:29avec Véronique Rivoire.
- 0:31Bonjour Véronique.
- 0:32Bonjour.
- 0:33Véronique,
- 0:33pour démarrer ce nouvel épisode,
- 0:36ce que je te propose dans un premier temps,
- 0:38c'est de te présenter et présenter Rivoire et Jacquemin.
- 0:42Alors je suis Véronique Rivoire,
- 0:43je dirige l'entreprise Rivoire Jacquemin qui est une entreprise familiale depuis fin 1991,
- 0:50donc déjà plus de 30 ans.
- 0:53Et cette entreprise,
- 0:55j'en suis la cinquième génération,
- 0:58j'ai succédé à mon papa Jean-Louis Rivoire.
- 1:00Et puis,
- 1:02c'est une entreprise familiale qui est installée à Montmorot depuis 164 ans maintenant.
- 1:08Et voilà,
- 1:09c'est une vieille dame qui traverse les années,
- 1:13les épreuves,
- 1:14les moments fastes,
- 1:15avec pas mal de constance et de solidité.
- 1:18J'en suis très fière et très fière d'être un des maillons de son histoire.
- 1:22Dans ton parcours,
- 1:23tu as un profil un petit peu particulier.
- 1:25Est-ce que tu n'as pas fait des études de fromager,
- 1:28fromagère ?
- 1:29Oui,
- 1:29non.
- 1:29Mon papa m'avait dit que quand on aime ses enfants,
- 1:31on ne leur souhaite pas de faire ce métier.
- 1:32Pour vous dire que pourtant,
- 1:33c'était un passionné qui l'a fait pendant plus de 30 ans aussi.
- 1:37Et j'étais donc...
- 1:40Voilà,
- 1:41il m'avait dit,
- 1:42comme il avait dit à ma sœur,
- 1:43puisque nous étions deux sœurs...
- 1:45Ça n'est pas un métier féminin,
- 1:47c'est un métier difficile,
- 1:49c'est beaucoup de soucis et donc je vous offre les études que vous voulez et faites les études que vous voulez mais surtout pas promagères en fait.
- 1:57Et donc ?
- 1:58J'ai fait des études de droit,
- 2:00j'étais juriste,
- 2:00j'étais conseille juridique en entreprise,
- 2:03spécialisée en droit des affaires,
- 2:05j'ai exercé ça pendant 7 ans jusqu'à ce que ma foi,
- 2:09la vie me mette un petit peu devant un choix cornélien.
- 2:13J'ai choisi le fromage.
- 2:16J'ai passé outre l'interdiction paternelle.
- 2:18Pourtant,
- 2:19j'adorais mon papa.
- 2:20Et c'est peut-être parce que j'adorais mon papa que j'ai passé outre son interdiction.
- 2:24Et du coup,
- 2:24quand tu étais jeune et enfant,
- 2:27tu étais quand même toujours bercée ?
- 2:29Quand j'étais jeune et enfant,
- 2:30j'étais dans le métier,
- 2:32dans le bain,
- 2:33d'autant que mes parents ont divorcé.
- 2:34Et que donc,
- 2:35j'ai accompagné mon papa quand c'était son tour de garde.
- 2:38Dans son métier,
- 2:39j'ai rencontré beaucoup de personnes avec lesquelles il travaillait,
- 2:42ce qui m'a facilité la chose pour plus tard,
- 2:45sans que lui le sache et moi non plus d'ailleurs.
- 2:47Mais entre entendre parler d'un métier et le pratiquer soi-même,
- 2:54c'est vraiment deux choses bien différentes,
- 2:55je l'ai appris plus tard.
- 2:57Et du coup,
- 2:58là,
- 2:58à Montmorot,
- 2:59tout à l'heure en préparant un peu l'interview,
- 3:03il y a des choses un peu particulières.
- 3:05Pourquoi
- 3:05Rivoire et Jacquemin s'est positionné ici ?
- 3:09Alors pourquoi on est situé ici ?
- 3:10D'abord parce que c'est un nœud assez stratégique pour tout ce qui est transport,
- 3:16logistique,
- 3:16etc.
- 3:17Mon arrière-arrière-grand-père,
- 3:19donc un des fondateurs,
- 3:20était un colporteur et donc habitué à voyager et à emprunter les routes commerçantes.
- 3:27Qu'est-ce que tu entends par colporteur ?
- 3:29Un colporteur c'était ce qu'on appelle ici un grand valier,
- 3:31c'était à l'origine des gens originaires du...
- 3:34du Grand Vaud,
- 3:35d'une région où il y avait beaucoup de ces spécialistes qui partaient,
- 3:40qui travaillaient l'hiver dans leur ferme et qui partaient avec des charrettes pour vendre ce qu'ils avaient fabriqué pendant l'hiver,
- 3:48à la belle saison en fait.
- 3:50Donc mon arrière-arrière-grand-père n'était pas tout à fait du Grand Vaud,
- 3:55mais il a fait exactement ce métier de colporteur,
- 3:57il avait une charrette,
- 3:58on appelait ça des Grands Vallières.
- 4:00Il les chargeait avec des fûts,
- 4:02des mâts d'épicéa qui servaient de mâts pour les bateaux à voile.
- 4:08Il vendait aussi des objets fabriqués en corne,
- 4:12qui était un artisanat classique dans la région,
- 4:16des objets en bois aussi.
- 4:17Et donc,
- 4:18le long de sa route,
- 4:19il vendait tout ça,
- 4:20plus évidemment les fromages qu'on trouvait ici.
- 4:23Et puis,
- 4:24sur sa route,
- 4:25il a rencontré un commerçant qui s'appelait Rivoire,
- 4:28qui était dans la région de Mâcon.
- 4:30Du coup,
- 4:31c'était la famille Jacquemin ?
- 4:32Oui,
- 4:33Jacquemin du Jura et Rivoire de la région de Mâcon.
- 4:36Ils sont associés et comme ça se faisait classiquement au XIXe siècle,
- 4:40ils ont marié leurs enfants.
- 4:41Et donc,
- 4:42voilà l'histoire de l'association des deux noms,
- 4:45Rivoire et Jacquemin.
- 4:46Au début,
- 4:47c'était Jacquemin et Rivoire.
- 4:49Celui qui était à l'origine de l'histoire,
- 4:50c'était Alix Jacquemin,
- 4:52qui a rencontré François Rivoire.
- 4:53Ils ont marié leurs enfants et la fille était donc mon arrière-grand-mère,
- 4:57Eugénie Jacquemin.
- 4:59Et on a mis le nom du monsieur devant celui de la dame,
- 5:02parce que c'était comme ça que ça se pratiquait aussi à l'époque.
- 5:06L'origine,
- 5:06il n'y a plus de Jacquemin aujourd'hui,
- 5:08c'est un nom qui a disparu.
- 5:11qui a disparu dans notre branche,
- 5:12mais le nom est resté sur la façade de l'entreprise et sur sa dénomination sociale.
- 5:19Et donc sur ce lieu-là aussi,
- 5:22on en parlera tout à l'heure,
- 5:24quelque chose de très important pour l'affinage,
- 5:27il y avait une particularité ?
- 5:28Alors on avait les salines de Momoro,
- 5:30salines royales de Montmorot,
- 5:31qui étaient de l'autre côté de la route,
- 5:33et donc on se servait évidemment du sel qui était extrait de la terre à l'époque.
- 5:38Et puis de l'autre côté de l'entreprise,
- 5:40il y a la gare qui permettait après d'expédier les fromages lorsqu'ils étaient affinés et vendus.
- 5:46Donc on avait cette particularité d'avoir au niveau approvisionnement et après logistique d'expédition un très bon emplacement.
- 5:56Plus compliqué aujourd'hui,
- 5:58mais qui était l'origine de l'emplacement de cette entreprise.
- 6:01Pour donner aux personnes qui nous écoutent et qui ne se rendent pas forcément compte...
- 6:07de ce que c'est Rivoire et Jacquemin.
- 6:09Est-ce que tu pourrais nous donner quelques chiffres ?
- 6:11Il y a combien de personnes qui travaillent dans l'entreprise ?
- 6:16C'est combien de meules en affinage qu'on se rende compte ?
- 6:20Alors Rivoire Jacquemin c'est aujourd'hui la plus ancienne des entreprises d'affinage de Comté.
- 6:25Il y en a combien sur la filière ?
- 6:26Il y en a 13 à peu près.
- 6:31Donc on est oui effectivement la plus ancienne.
- 6:34C'est une entreprise qui n'est pas la plus importante.
- 6:36Pour autant,
- 6:37on affine à peu près 5 000 à 5 500 tonnes selon les années de Comté.
- 6:42On affine aussi du morbier et puis on commercialise des produits francs-comtois comme de la tomme,
- 6:51comme de la raclette,
- 6:52comme du bleu de Gex évidemment ou du Mont d'or en saison.
- 6:57Mais notre activité,
- 6:59elle a plus de 90% Comté,
- 7:01évidemment,
- 7:01ça c'est notre origine historique.
- 7:05On a à peu près 40 personnes selon les saisons aussi,
- 7:11parce qu'on peut en avoir un peu plus quand on a des travaux un peu spéciaux à faire,
- 7:15quand on démonte les caves,
- 7:16qu'on lave les caves ou qu'on refait une cave,
- 7:19par exemple,
- 7:20ou un petit peu moins quand c'est les périodes de vacances ou les périodes plus creuses.
- 7:25Mais en moyenne,
- 7:2640 personnes en constant ici.
- 7:30Aujourd'hui...
- 7:32Le Comté,
- 7:33c'est un fromage qui a évolué dans le temps,
- 7:37qui est assez vieux.
- 7:38C'est quoi les origines du Comté ?
- 7:41C'est quoi son histoire ?
- 7:42Alors,
- 7:43on trouve les origines du Comté jusque dans la Rome antique.
- 7:47On n'appelait pas ça comme ça,
- 7:48effectivement,
- 7:49c'était des fromages de grande taille,
- 7:51parce que justement,
- 7:52cette grande taille permettait de le transporter facilement,
- 7:56plus facilement que d'autres petits produits,
- 7:57bien sûr.
- 7:58Et ça permettait pour les trajets en bateau notamment,
- 8:03d'avoir un produit laitier pour pouvoir diversifier l'alimentation des marins qui étaient sur ces bateaux et qui faisaient parfois des traversées qui étaient très longues.
- 8:11Donc ce fromage qui se conservait bien déjà à l'époque était très recherché pour cet usage-là.
- 8:21Ensuite,
- 8:21c'est un fromage qui a toujours bien voyagé.
- 8:24Déjà,
- 8:24sa technique de fabrication lui donne une assurance au niveau conservation et des qualités sanitaires très importantes.
- 8:30On en profite encore aujourd'hui,
- 8:32parce que c'est un fromage qui s'exporte très bien et qui peut aller très loin.
- 8:37C'est...
- 8:39je me rappelle la question.
- 8:42C'était quoi la question ?
- 8:44La question,
- 8:45c'est quoi l'histoire du Comté ?
- 8:46L'histoire du Comté,
- 8:47voilà.
- 9:15qui permettait aux familles de pouvoir consommer encore des produits laitiers pendant la période où il n'y avait plus de lait de produit.
- 9:22Aujourd'hui,
- 9:22quand les producteurs de Comté,
- 9:25on appelle ça fruitière,
- 9:27fruitière,
- 9:28c'est mettre le fruit en commun,
- 9:31c'est quelque chose qui est important dans la filière ?
- 9:34Alors oui,
- 9:34il reste à peu près 140 fruitières aujourd'hui,
- 9:37même si elles sont beaucoup plus grandes que ce qu'on a connu il y a encore quelques années.
- 9:42Il reste 140 Fruitières,
- 9:44c'est effectivement l'endroit où on mettait le fruit,
- 9:46le fructus,
- 9:47le fruit du travail en commun.
- 9:49Et donc ces chalets,
- 9:52on les appelle aussi des chalets chez nous,
- 9:54ont conservé ce nom classique.
- 9:59Bien sûr,
- 9:59elles existent toujours,
- 10:00bien sûr,
- 10:01elles fonctionnent toujours sous la forme coopérative,
- 10:04comme c'était le cas au départ.
- 10:06Il y en avait au départ parfois plusieurs dans les villages.
- 10:10Il y avait les rouges,
- 10:11il y avait les blancs,
- 10:12puisque c'était aussi très politique.
- 10:14Et maintenant,
- 10:17évidemment,
- 10:17on est content d'en trouver une dans un village,
- 10:19mais souvent,
- 10:20ce sont des producteurs de plusieurs villages qui se regroupent dans un même chalet.
- 10:24Donc il y en a moins qu'il y en a eu,
- 10:26mais ça reste une fabrication très artisanale,
- 10:32parce que même si les coopératives sont plus importantes qu'elles n'ont été,
- 10:35ça reste encore des petites structures de fabrication,
- 10:38par rapport à ce qu'on peut voir dans d'autres fromages.
- 10:41Et en plus de ça,
- 10:42il y a dans le cahier des charges que le Comté est AOP,
- 10:45depuis quelle année ?
- 10:47Depuis 1958,
- 10:49AOP est relativement...
- 10:51Récent,
- 10:52oui,
- 10:52c'était une AOP en 80...
- 10:57de mémoire,
- 10:57c'est 92,
- 10:58reconnue par l'Europe.
- 11:00Du coup,
- 11:01par rapport aux fruitières,
- 11:03il y a aussi dans le cahier des charges AOP des règles de distance ?
- 11:08Oui,
- 11:08alors ça c'est une règle qui est déjà ancienne,
- 11:10c'est-à-dire qu'une fruitière ne peut travailler le lait que des producteurs dont les deux plus éloignés sont distants de 25 km.
- 11:21Elle n'est pas forcément au milieu,
- 11:23mais entre les deux producteurs les plus éloignés membres de cette fruitière,
- 11:26il doit y avoir un maximum de 25 km à vol d'oiseau.
- 11:29Ça permet de garder le terroir,
- 11:32la nature des sols étant relativement proche entre tous ces producteurs.
- 11:37On a une spécificité qui ressort un peu comme on a dans les terroirs vinicoles.
- 11:44C'est le même raisonnement en fait.
- 11:48C'est particulièrement important et une richesse particulièrement importante pour un affineur de travailler avec un nombre de fruitières très différent pour qu'on puisse avoir des terroirs différents à proposer à nos clients,
- 12:01des fromages totalement distincts et bien reconnaissables les uns des autres.
- 12:06C'est ce qu'on fait découvrir aux personnes qui viennent faire des réservations chez nous pour pouvoir choisir ce qui leur plaît le mieux dans le Comté.
- 12:14Il y a plein de Comté différents.
- 12:16C'est tout ce que les grandes surfaces ne supportaient pas il y a 30 ans,
- 12:20en nous demandant on veut le même fromage du 1er janvier au 31 décembre
- 12:24Et ça,
- 12:24on était incapable de l'assurer et de le fournir.
- 12:28Et tant mieux,
- 12:28parce que ce serait très ennuyeux de faire un fromage standard.
- 12:31Et en fait,
- 12:32notre métier,
- 12:32c'est de révéler les différences qu'il y a dans chaque Comté et de pouvoir donner ce choix à nos clients d'avoir un fromage qui porte le même nom tout le temps,
- 12:41toute l'année.
- 12:42mais qui est différent du 1er janvier au 31 décembre,
- 12:45selon l'endroit où se trouve la coopérative où il a été fabriqué,
- 12:48selon la météo qu'il y a eu,
- 12:50selon...
- 12:51L'affineur aussi.
- 12:52L'affineur.
- 12:53La valeur du métier de la fineur.
- 12:56Je veux dire,
- 12:57c'est comme une construction de maison.
- 12:58Vous avez d'abord le lait qui fait les fondations.
- 13:00Si vous n'avez pas un lait de bonne qualité,
- 13:02équilibré et bien foutu,
- 13:04vous n'allez pas construire quelque chose dessus.
- 13:06Si on commence par ce premier bout,
- 13:09ce lait,
- 13:10qu'est-ce qu'il y a dans le cahier des charges pour qu'il soit bien foutu ?
- 13:12Alors c'est énorme tout ce qu'il y a dans le cahier des charges,
- 13:15c'est évidemment une race de vaches,
- 13:16c'est évidemment...
- 13:17Deux races de vaches ?
- 13:18Oui,
- 13:18deux races de vaches,
- 13:19mais 95% de la Montbéliarde,
- 13:22et puis la Simmentale de l'Est,
- 13:245% à peu près.
- 13:26Mais c'est vrai que si on m'entend,
- 13:28les fans de Simmentale vont m'en vouloir,
- 13:29parce que ce sont des passionnés,
- 13:31mais vraiment des passionnés.
- 13:33Voilà,
- 13:33il y a quelques troupeaux de Simmentale,
- 13:35on les reconnaît bien,
- 13:36c'est des vaches roses.
- 13:38J'ai avec ma fille adoré ça quand elle était petite.
- 13:40mais c'était les vaches Barbie.
- 13:43Et puis,
- 13:44voilà,
- 13:44deux races de vaches.
- 13:45Effectivement,
- 13:46vous faites bien de me corriger.
- 13:47Et puis,
- 13:49il y a évidemment une zone limitée qui est assez diverse,
- 13:54puisqu'il y a une partie plus élevée en altitude et une autre plus basse.
- 13:59C'est-à-dire que c'est quatre départements ?
- 14:01Oui,
- 14:02mais pas département entier.
- 14:04C'est des parties de départements.
- 14:05Jura,
- 14:06Doubs, un petit peu Saône-et-Loire.
- 14:09Vraiment un tout petit bout de sonnellois.
- 14:10Et puis au niveau de l'alimentation ?
- 14:12L'alimentation,
- 14:13évidemment de l'herbe du foin,
- 14:16quelques céréales,
- 14:17des compléments comme des céréales,
- 14:18etc.
- 14:19C'est extrêmement,
- 14:20sans OGM bien sûr,
- 14:22c'est extrêmement...
- 14:22Pas d'aliments fermentés ?
- 14:24Pas d'aliments fermentés,
- 14:25c'est interdit.
- 14:27Il y a énormément de choses comme ça.
- 14:30Et dans le prochain cahier des charges,
- 14:31c'est encore plus réglementé,
- 14:33puisqu'il y a des parties qui concernent le bien-être animal.
- 14:36Vous avez aussi un hectare 3 obligatoire de pâturage par vache.
- 14:43Alors on n'a pas un nombre de jours d'herbe,
- 14:47parce que la météo ici ne permet pas de dire on va leur faire passer 6 mois dehors,
- 14:52on aimerait,
- 14:52mais ce n'est pas forcément le cas.
- 14:54Mais par contre,
- 14:56au niveau respect des traditions et de la façon d'alimenter un troupeau,
- 15:01c'est particulièrement drastique.
- 15:03Voilà,
- 15:03donc,
- 15:04je vais dire,
- 15:05là je m'arrête ici,
- 15:06il y a aussi le nombre de vaches détenues par producteur.
- 15:09Puisqu'il est limité.
- 15:13Il y a aussi la surface autour du point de traite qui est réglementée,
- 15:20puisqu'il faut que les vaches soient proches de leur point de traite et qu'on n'ait pas d'affouragement envers,
- 15:28sauf dans une certaine limite vraiment très déterminée.
- 15:33Donc beaucoup de règles pour avoir du bon lait.
- 15:37des pendages,
- 15:39des fumures aussi au printemps.
- 15:41Il y a énormément de choses qui font qu'on est tous très attachés à notre...
- 15:46Un jurassien,
- 15:47enfin,
- 15:47si vous rencontrez un jurassien,
- 15:49si vous ne le savez pas,
- 15:50dans les dix minutes de votre conversation,
- 15:52ce n'est pas un vrai.
- 15:54Donc on est tellement attachés à notre territoire qu'on a pour but de le respecter et de pouvoir le transmettre à ceux qui viendront après nous de façon...
- 16:04À en être très fière en fait,
- 16:06on n'a rien pas à rougir,
- 16:07ni de ce qui s'est fait avant nous,
- 16:08ni de ce qui se fera après.
- 16:10Donc une fois que le lait est produit,
- 16:13après il va être transformé par des fruitières.
- 16:15Voilà.
- 16:15En gros,
- 16:16Véronique,
- 16:16c'est quoi les grandes étapes de la fabrication du Comté,
- 16:19sans forcément rentrer vraiment dans le détail ?
- 16:23Alors c'est deux traites bien sûr,
- 16:24une le matin et une le soir.
- 16:26C'est une fabrication toutes les 24 heures maxi,
- 16:29enfin
- 16:3024 heures après la traite la plus ancienne.
- 16:32Donc...
- 16:32C'est forcément un lait très frais qui est transformé.
- 16:36C'est un emprésurage,
- 16:37c'est une pâte pressée et cuite.
- 16:40On travaille un lait cru,
- 16:42mais dont le cahier est chauffé après,
- 16:45jusqu'à 56 degrés.
- 16:46On a à la fois la richesse du lait cru et en même temps la sécurité du chauffage en cuve,
- 16:55dans des cuves en cuivre bien sûr,
- 16:56et puis après un pressage avec une acidification sous presse.
- 17:01Et puis ensuite,
- 17:02les premiers soins qui vont être donnés dès le démoulage,
- 17:05avec premier salage,
- 17:06salage au sel sec.
- 17:08C'est obligatoirement au sel sec,
- 17:09le salage ?
- 17:10Oui.
- 17:11Alors,
- 17:11il y a aussi du saumurage,
- 17:13bien sûr,
- 17:16qui se fait aussi très,
- 17:17très rapidement.
- 17:21Majoritairement,
- 17:22on voit du sel sec.
- 17:24Je ne sais pas exactement quelle est la proportion.
- 17:26Aujourd'hui,
- 17:26je pense que c'est encore majoritaire.
- 17:28Là,
- 17:28on va parler de...
- 17:30ton métier,
- 17:30l'affinage,
- 17:33les meules arrivent chez Rivoire et Jacquemin quand ?
- 17:37Alors ça dépend de la taille de la fruitière avec laquelle on travaille.
- 17:40Si c'est une petite fruitière,
- 17:41elle n'a pas forcément des grandes caves,
- 17:43donc on va aller le chercher quatre jours après la fabrication par exemple.
- 17:47Pour les salles où on va le plus souvent,
- 17:50autrement les plus grandes c'est un mois après la fabrication.
- 17:53Donc le préaffinage commence en fruitière et se termine chez nous.
- 17:59Ensuite,
- 18:01on a un process d'affinage qui nous est spécifique depuis le départ.
- 18:08On continue à le pratiquer de cette façon-là depuis l'ouverture de cette entreprise.
- 18:14La particularité,
- 18:15c'est qu'il y a quand même un moment avant l'affinage où les meules appartiennent toujours à la fruitière ?
- 18:24Ça dépend des contrats d'achat.
- 18:26Une façon de travailler qui est un peu propre à chaque entreprise.
- 18:31Il y a un contrat interprofessionnel qui fait que le transfert de propriété entre la fineur et la coopérative se fait à 30 jours.
- 18:39Et puis le règlement est un peu étalé dans le temps.
- 18:42Il y a des contrats spécifiques où le transfert de propriété se fait en une seule fois,
- 18:47mais un peu plus tard.
- 18:49Enfin bon,
- 18:49je ne vais pas rentrer dans les détails puisque c'est un peu compliqué.
- 18:52Et puis,
- 18:53mais...
- 18:55Oui,
- 18:56ça se fait en plusieurs étapes.
- 19:00Simplement,
- 19:02ce qu'il faut savoir,
- 19:03c'est qu'on commence tous par une cave qui s'appelle la cave de préaffinage,
- 19:09qui est à entre 12 et 13 degrés en température,
- 19:12et qui permet de préparer le fromage à son évolution et à le transformer en Comté.
- 19:17Quand les fromages arrivent ici,
- 19:18on les appelle des fromages en blanc,
- 19:20on les appelle aussi des caillebottes.
- 19:22Ce ne sont pas encore des Comté,
- 19:23ils n'ont pas l'appellation d'origine.
- 19:25Ils ont été fabriqués,
- 19:26bien sûr,
- 19:26selon les règles de l'appellation d'origine,
- 19:28mais ils ne l'ont pas encore.
- 19:29Et c'est au cours de l'affinage,
- 19:31après quatre mois,
- 19:32mais vraiment minimum,
- 19:34que ce fromage va devenir un Comté ou un peu plus tard.
- 19:37On ne voit plus beaucoup,
- 19:38en tout cas,
- 19:39à la coupe de fromage de quatre mois.
- 19:42Alors,
- 19:42il y a toujours des amateurs.
- 19:43Ça dépend un petit peu,
- 19:44mais on en vend très peu aujourd'hui.
- 19:45Oui,
- 19:46c'est vrai,
- 19:46c'est arrivé.
- 19:48C'est...
- 19:52ce goût pour des fromages avec une typicité plus prononcée et donc un affinage nécessairement plus long.
- 20:00Tout à l'heure,
- 20:00en préparant l'interview,
- 20:01on parlait justement des évolutions dans le temps de l'affinage.
- 20:06Et notamment lors de la préparation du concours des meilleurs ouvriers de France,
- 20:10j'avais vu dans des ouvrages qu'il y avait plusieurs types d'affinage,
- 20:14avec des affinages avec des ouvertures qu'on ne trouve plus aujourd'hui.
- 20:17Est-ce que tu peux nous expliquer un peu l'histoire de pourquoi on trouvait parfois,
- 20:22ou s'était même recherché,
- 20:24des Comté avec des ouvertures il y a même encore une trentaine d'années ?
- 20:28Oui.
- 20:30C'était classique,
- 20:31un Comté devait avoir ce qu'on appelait des yeux,
- 20:33ou donc de l'ouverture.
- 20:36Il fallait que cette ouverture soit relativement fine et discrète.
- 20:42On parlait maximum de la taille d'une cerise,
- 20:45mais tout dépend de la race de la cerise.
- 20:47En fait,
- 20:47on nous disait un ou deux yeux à la sonde,
- 20:50c'était la sonde parfaite.
- 20:51Et il fallait donc quelques trous dans une tranche.
- 20:55Et moi je me souviens d'un acheteur,
- 20:58alors c'était vraiment un acheteur,
- 20:59pas un crémier évidemment,
- 21:01qui avait fait une photocopie d'une tranche de Comté,
- 21:03et qui l'avait envoyée à mon père en disant maintenant je veux que chaque fois que j'ouvre une meule,
- 21:07je puisse couper une tranche comme celle-ci.
- 21:09Et donc il avait fallu lui expliquer qu'un produit vivant,
- 21:12c'était pas quelque chose de reproductible,
- 21:14et donc c'était pas forcément une demande qui était pertinente,
- 21:18et c'était compliqué,
- 21:19puisque évidemment c'est une monsieur qui savait quoi.
- 21:22Et donc...
- 21:23Voilà,
- 21:24mais oui,
- 21:25c'était un art assez compliqué.
- 21:27C'était la maîtrise de la fermentation propionique.
- 21:29À l'époque,
- 21:30on avait des caves qui montaient jusqu'à 18 degrés pour permettre cette...
- 21:33Finalement,
- 21:33des caves alimentales.
- 21:34Voilà,
- 21:35presque.
- 21:37Et donc,
- 21:38par contre,
- 21:38c'est vrai qu'un Comté était un Comté à trois mois.
- 21:41C'est 90 jours minimum,
- 21:42bien sûr.
- 21:44Et on en vendait très,
- 21:45très peu au-delà de 18 mois.
- 21:47Parce qu'effectivement,
- 21:48après,
- 21:48ça devenait...
- 21:48Et ça venait d'où ce fait d'avoir des yeux...
- 21:51Parce qu'on n'avait pas la maîtrise de la température des caves aussi fine qu'aujourd'hui,
- 21:59parce que la façon dont les fromages étaient conservés avant de reposer sur des planches,
- 22:04par exemple dans une cave,
- 22:05ils étaient mis dans des tonneaux.
- 22:06Les fromages,
- 22:07quand on les transportait sur ces charrettes,
- 22:09les fameuses charrettes dont on parlait,
- 22:12c'était dans des tonneaux.
- 22:14Il y avait une tonnerie ici.
- 22:16On a encore quelques spécimens de ces tonneaux qui étaient faits à l'époque,
- 22:21mais honnêtement,
- 22:21ce n'était pas la meilleure ambiance pour pouvoir faire des fromages de qualité,
- 22:26ce qui fait qu'on a très vite mis,
- 22:29quand les Suisses ont fait ça,
- 22:31il y avait énormément d'échanges avec la Suisse à côté,
- 22:34et quand les Suisses ont mis des tablards,
- 22:37comme on dit,
- 22:38on a mis des tablards,
- 22:39et puis les caves qui sont juste devant moi,
- 22:42là,
- 22:42sont les plus anciennes.
- 22:44Dans ces caves avait été adapté un chauffage qui était une copie du chauffage des serres de la ville de Lyon avec une machine qui permettait de fabriquer de la vapeur que l'on mettait dans les caves quand elles étaient froides et qu'on enlevait des caves quand elles étaient à bonne ambiance.
- 23:02C'était vraiment une façon artisanale de faire une ambiance dans une cave d'affinage de Comté.
- 23:08Aujourd'hui c'est totalement différent bien sûr.
- 23:13Mais c'est toujours,
- 23:14quel que soit le type de construction dans lequel on met un Comté,
- 23:18quelque chose de très surveillé,
- 23:19de très contrôlé,
- 23:20de minutieusement mis au point.
- 23:23Et donc cette filière Comté,
- 23:26aujourd'hui,
- 23:28elle est entre guillemets encadrée par un syndicat ?
- 23:31Alors,
- 23:31ce n'est pas un syndicat,
- 23:32c'est une interprofession.
- 23:33C'est une interprofession.
- 23:33C'est spécifique,
- 23:34oui.
- 23:35Et donc cette interprofession,
- 23:36comme son nom l'indique,
- 23:37elle regroupe tous les corps de métier qui font...
- 23:42qui sont acteurs du Comté.
- 23:44Et donc,
- 23:45on a plusieurs collèges dans cette interprofession,
- 23:48des producteurs,
- 23:49bien sûr,
- 23:49des représentants des coopératives,
- 23:52des représentants des industries,
- 23:55qui sont des grands groupes pour beaucoup,
- 23:58et puis des industries pré-emballeurs et les affineurs.
- 24:04Et donc,
- 24:05quand on se réunit,
- 24:07très très souvent,
- 24:08c'est quelque chose de très chronophage,
- 24:10On ne peut décider de quelque chose qu'à l'unanimité,
- 24:13c'est-à-dire qu'on vient tous avec des intérêts totalement différents,
- 24:16des idées totalement différentes et vraiment des projets bien arrêtés.
- 24:23Et on doit discuter jusqu'à ce qu'on trouve quelque chose qui soit,
- 24:26on enlève notre casquette,
- 24:28qui soit vraiment à l'intérêt du Comté à long terme en fait.
- 24:31Donc c'est très long,
- 24:33très compliqué,
- 24:34très...
- 24:35comment dire,
- 24:36ce sont des grandes leçons de vie en fait.
- 24:38que de choisir,
- 24:43vraiment de prendre une décision pour ce fromage parce qu'il faut penser à son intérêt,
- 24:47enfin à l'intérêt du fromage,
- 24:49à l'intérêt du Comté,
- 24:51mais pas forcément au nôtre propre.
- 24:54Ça c'est une discipline à acquérir qui n'est pas toujours simple.
- 24:57Et du coup,
- 24:59il y a aussi un organisme qui vous accompagne sur la partie technique ?
- 25:07Alors on a ce qu'on appelle le CTFC,
- 25:09le Comité Technique des Fromages Comtois,
- 25:12qui effectivement embauche et emploie des techniciens fromagers qui vont assister les coopératives et les fromagers pendant la fabrication.
- 25:25les producteurs de lait aussi,
- 25:27et puis alors sur le plan technique bien sûr,
- 25:30c'est-à-dire purement fromager,
- 25:31sur le plan sanitaire aussi puisque c'est quelque chose qui est de plus en plus sensible,
- 25:35et puis les affineurs ensuite.
- 25:38C'est-à-dire que quand on achète un lot de fromage à une coopérative,
- 25:43on va le mesurer,
- 25:45le regarder quand il a à peu près 120 jours,
- 25:48c'est-à-dire quatre mois,
- 25:50et les producteurs viennent,
- 25:52le fromager vient.
- 25:53Le technicien qui suit la coopérative vient,
- 25:56on regarde ce lot complet,
- 25:58on l'évalue,
- 25:59on regarde s'il y a des défauts,
- 26:00s'il y a des problèmes,
- 26:01au contraire si tout va bien.
- 26:03Le fromager note de toute façon ses caractéristiques de fabrication tous les jours.
- 26:07Et si on voit un problème,
- 26:09on essaie d'en trouver la cause le plus rapidement possible parce qu'effectivement il faut pouvoir la corriger très vite.
- 26:14Donc on a énormément de contacts avec nos fromagers et avec les producteurs.
- 26:21pour détecter un problème éventuel ou au contraire quelque chose qui va bien en lui disant écoute change rien,
- 26:27tout va bien pour l'instant.
- 26:28C'est un cycle vertueux en fait.
- 26:31C'est un cycle,
- 26:32on est tous dans un même bateau,
- 26:34on doit tous ramer dans le même sens pour faire la qualité la meilleure possible.
- 26:40Ce qu'il faut savoir c'est que quand on vend un fromage de qualité,
- 26:44forcément il atteint une valorisation plus importante qu'un autre.
- 26:48Et cette valorisation,
- 26:49on se la partage.
- 26:50C'est-à-dire que le producteur,
- 26:52la coopérative,
- 26:53va récupérer 80% du prix de vente du fromage.
- 26:58Et donc,
- 26:58plus le prix est élevé et construit,
- 27:02plus la coopérative peut continuer à travailler et à investir sur la qualité.
- 27:06Donc,
- 27:07il faut que ce soit un cercle vertueux comme ça.
- 27:10Et donc,
- 27:10nous,
- 27:11on garde le reste,
- 27:13ce qui couvre nos frais,
- 27:14plus une petite marge.
- 27:15Ce n'est pas le rêve non plus d'être affineur de coûts.
- 27:18Comté.
- 27:19Mais ceci dit,
- 27:21c'est un cycle qui permet à tout le monde d'avoir évolué positivement ces dernières années.
- 27:28Personne n'a fait fortune,
- 27:29on n'a pas de grands groupes qui ont émergé par le Comté en tout cas.
- 27:35Mais tout le monde a progressé et vit correctement et ça on en est assez fiers,
- 27:39il vit bien de son travail.
- 27:41Et aujourd'hui quand on voit une meule de Comté,
- 27:43il y a une bande autour.
- 27:45qui peut être de deux couleurs.
- 27:46Est-ce que tu peux nous expliquer un peu la signification de ces bandes ?
- 27:50Alors,
- 27:52quand on estime qu'un fromage est prêt pour partir,
- 27:54c'est-à-dire qu'il est à son optimum,
- 27:57on sait qu'il y a des fromages qui seront à leur optimum assez vite,
- 28:018 mois,
- 28:0210 mois,
- 28:0212 mois,
- 28:03puis d'autres qui peuvent progresser encore un peu plus longtemps.
- 28:06C'est un fromage,
- 28:07c'est un produit vivant,
- 28:08c'est comme les gens,
- 28:09il y en a qui vont vieillir plus vite.
- 28:11que d'autres ou moins vite que d'autres,
- 28:13bonifié plus vite que d'autres ou pas.
- 28:15Et donc quand on estime qu'il n'a pas grand chose à attendre de vieillir plus,
- 28:22on va dire celui-là,
- 28:23maintenant on va le vendre.
- 28:25Et donc on l'évalue,
- 28:26nos chefs de cave vont faire un jugement sur lui.
- 28:31Donc on le note sur 20 points.
- 28:34De
- 28:3420 à 14,
- 28:36il est revêtu d'une bande verte.
- 28:39Et de 14 à 12,
- 28:40il est revêtu d'une bande brune.
- 28:43En dessous,
- 28:43il n'a pas de bande,
- 28:44il est sorti de l'appellation d'origine.
- 28:46Donc,
- 28:48c'est fait sous notre responsabilité,
- 28:50mais on est contrôlé par des organismes internes et externes,
- 28:53c'est-à-dire internes à la filière,
- 28:56le CIGC,
- 28:57l'INAO,
- 28:58et puis externes,
- 28:59c'est Bureau Veritas qui vient voir si on fait une bonne cotation des meules que l'on vend ou pas.
- 29:04Avec des sanctions,
- 29:04si jamais on abusait,
- 29:05et des sanctions qui peuvent aller jusqu'à la suspension de l'appellation d'origine.
- 29:09D'accord,
- 29:10oui,
- 29:10des sanctions qui vont quand même très loin.
- 29:12Puis,
- 29:13pour rassurer les gens qui nous écoutent ou pas,
- 29:15entre 12 et 14,
- 29:16il y a quand même une notation minimum sur la partie organoleptique ?
- 29:19Alors là,
- 29:20c'est la notation,
- 29:21là c'est la plus grosse part de la note.
- 29:25Et après,
- 29:25oui,
- 29:26il y a la présentation,
- 29:27il y a le croutage,
- 29:30il y a beaucoup de...
- 29:30point,
- 29:31il y a toute une grille d'évaluation qui est très importante,
- 29:33mais évidemment,
- 29:34le goût c'est la partie essentielle.
- 29:37Il faut qu'on ait un vrai bon goût de Comté.
- 29:39Alors,
- 29:40il faut bien se dire que cette évaluation n'a rien à voir avec la durée d'affinage.
- 29:45C'est pas l'âge du fromage qui va faire un bon fromage.
- 29:49On peut avoir de très bons fromages jeunes et de très mauvais vieux.
- 29:52Donc,
- 29:53quand on évalue ces fromages...
- 29:56Dans mon métier d'avant,
- 29:57il disait toujours Romain,
- 29:58il ne faut pas confondre
- 29:59Vieux fromage et fromage vieux,
- 30:02ça revient un petit peu à ça ?
- 30:03Ça,
- 30:03oui,
- 30:03oui.
- 30:04Oui,
- 30:04oui,
- 30:04ben oui,
- 30:05on ne bonifie pas tous en vieillissant.
- 30:08Il arrive un moment où,
- 30:09non,
- 30:09on dégrade,
- 30:10forcément.
- 30:12Et il faut savoir ça,
- 30:15enfin on se dit que pour faire un excellent fromage,
- 30:18il faut déjà un très bon lot.
- 30:20Et dans ce très bon lot,
- 30:21on va avoir 4 à 5% des fromages qui vont devenir exceptionnels.
- 30:25Chez un de tes confrères,
- 30:26on voit même dans une pièce où il y a les chefs de cave,
- 30:31une phrase où il y a marqué il faut cueillir le fruit quand il est mûr mais c'est exactement ça.
- 30:36Oui,
- 30:37je ne sais pas ce qu'a fait mon confrère.
- 30:40Cette citation.
- 30:42C'est ça.
- 30:43Et je pense qu'il ne faut pas trop insister,
- 30:46même si c'est quelque chose que tout le monde aime bien entendre,
- 30:49il ne faut pas trop insister sur l'âge.
- 30:52Moi,
- 30:52j'aime bien faire goûter aux gens des Comté,
- 30:55je vais leur demander lequel ils préfèrent,
- 30:57sans leur donner tous ces éléments-là,
- 30:59même si on se rend compte un peu à la vue.
- 31:02En fait,
- 31:03les francs,
- 31:04on a l'impression que là,
- 31:05j'ai devenu plus un argument marketing que réel.
- 31:09Moi,
- 31:09je suis un peu désolée quand je vois des gens qui vont acheter très cher un fromage de 24 mois à Noël parce que je me dis,
- 31:15il faut leur expliquer comment est fait le Comté,
- 31:17que c'est un produit naturel.
- 31:18Alors,
- 31:19ce n'est pas un mauvais fromage,
- 31:20évidemment.
- 31:21On fait très bon fromage l'hiver,
- 31:23mais l'alimentation des troupeaux à Noël n'est pas la même que celle qu'ils auront,
- 31:27par exemple,
- 31:27au mois de septembre ou octobre.
- 31:29Là,
- 31:29on est en ce moment dans les meilleurs mois pour la nourriture des vaches,
- 31:34parce que c'est le moment où les herbes aromatiques sont les plus puissantes dans les prairies.
- 31:39C'est là qu'on va avoir des goûts exceptionnels.
- 31:42Mais il faut savoir compter à rebours.
- 31:44Et ce n'est pas à Noël,
- 31:46même si on a un chiffre rond,
- 31:47qu'on va avoir les meilleurs fromages,
- 31:50les meilleurs Comté en tout cas,
- 31:52à mon goût.
- 31:53Mais je reconnais qu'on a fait énormément de progrès dans la qualité des fromages d'hiver,
- 31:58qui sont beaucoup plus fins et beaucoup plus subtils quand ils vieillissent aujourd'hui qu'ils ne l'étaient il y a 10 ans ou il y a 15 ans.
- 32:07Et des pâtes blanches qui sont très très bonnes.
- 32:08Exact.
- 32:10Donc il ne faut pas non plus sortir les pâtes blanches en disant que ça fera du fromage pré-emballé.
- 32:17Pour certains,
- 32:17oui.
- 32:18Pour d'autres,
- 32:18non.
- 32:20Il y a d'excellentes pâtes blanches,
- 32:22mais...
- 32:22C'est pas forcément général,
- 32:24quoi.
- 32:24Il faut vraiment goûter,
- 32:26il faut...
- 32:27Voilà,
- 32:27puis après,
- 32:28chacun ses goûts,
- 32:29c'est toujours la même chose.
- 32:31Et ça,
- 32:32le Comté l'a bien fait,
- 32:34justement,
- 32:34sur un outil qu'ils ont développé un peu spécifique,
- 32:37avec la roue des arômes.
- 32:38Ah oui,
- 32:39elle a déjà quelques années,
- 32:40mais ça a ouvert un petit peu à la fois le vocabulaire,
- 32:44parce que quand on décrivait avant,
- 32:46il était fruité,
- 32:46il était salé,
- 32:47il était...
- 32:48Enfin bref,
- 32:48c'était vraiment...
- 32:49limité dans la qualification des goûts qu'on pouvait trouver.
- 32:54Aujourd'hui,
- 32:54oui,
- 32:55on sait qu'on aura un goût plus végétal sur un jeune fromage et puis un goût plus cuir animal sur un fromage plus affiné.
- 33:02Et ça,
- 33:03c'est une ouverture un peu d'esprit.
- 33:07C'est chercher dans ses souvenirs à quoi vous fait penser ce Comté ?
- 33:11Est-ce qu'il vous ramène à quelque chose de votre enfance ?
- 33:15Ou à un aliment que vous aimez beaucoup,
- 33:17avec lequel vous aimeriez l'associer ?
- 33:18Merci.
- 33:19vraiment s'ouvrir à...
- 33:21c'est pas se nourrir,
- 33:22c'est vraiment se faire plaisir et déguster en fait.
- 33:26Et du coup aujourd'hui pour toi c'est quoi un bon Comté ?
- 33:29Alors ça je le dis jamais parce que je ne vais pas gâcher la vie des autres.
- 33:32Parce que ça dépend des gens.
- 33:33Voilà exactement.
- 33:34Moi j'ai été élevée avec des fromages carrément,
- 33:38je me rappelle par exemple le premier fromage massif que mon père a amené à la maison,
- 33:42massif sans trou.
- 33:42D'accord.
- 33:44Je me dis mais tu l'as loupé ton fromage,
- 33:46il est qu'est-ce qu'il a,
- 33:47il a un problème ?
- 33:49Et il m'a dit non,
- 33:50c'est comme ça que les parisiens le veulent maintenant.
- 33:51Bon,
- 33:52donc il était...
- 33:53Un peu remonté.
- 33:54Voilà,
- 33:55on avait un peu perdu tout le discours qu'on pouvait avoir sur la présentation d'une tranche de Comté.
- 34:02Mais après on a enrichi ce discours sur la description de ce qu'on y trouvait,
- 34:08sur la texture de la pâte,
- 34:09sur...
- 34:10sur ce goût,
- 34:11justement,
- 34:11son niveau de développement,
- 34:13sur qu'est-ce qu'il avait développé en bougeant et en vivant dans sa fermentation.
- 34:18Est-ce que c'était des goûts de fruits secs,
- 34:20de noix,
- 34:20de noisettes,
- 34:21qui sont vraiment extraordinaires,
- 34:23ou autre chose ?
- 34:24Ça peut être du bouillon de viande,
- 34:25ça peut être des oignons,
- 34:27ça peut être vraiment quelque chose de bien différent.
- 34:30Et on a regardé les Comté de façon...
- 34:32avec un autre œil,
- 34:33en fait.
- 34:34Voilà,
- 34:34c'était...
- 34:37Aussi intéressant,
- 34:38différent mais aussi intéressant et ça c'est super parce qu'avec ce fromage on découvre tout le temps des nouvelles choses.
- 34:44Et qu'est-ce que tu penses de cette mode de certains consommateurs ou même professionnels de demander justement des affinages de plus en plus longs ?
- 34:53Est-ce qu'il y a un intérêt ?
- 34:54Alors moi j'ai mon avis sur la question.
- 34:58Ça me fait un peu rire parce que même quand j'invite des amis à la maison,
- 35:02j'amène le fromage sur le plateau,
- 35:03le Comté,
- 35:04et puis il est beau ton Comté,
- 35:07quel âge il a ?
- 35:08J'écoute,
- 35:08moi quand je t'ai connue,
- 35:09je ne t'ai pas demandé quel âge tu avais,
- 35:11je m'en fous en fait,
- 35:12ce qui m'intéresse c'est...
- 35:13Des fois on aurait pu demander.
- 35:15Non mais bon,
- 35:17c'est pas...
- 35:18ce n'est pas la chose qui m'intéresse le plus quand je rencontre quelqu'un et quand je vais manger un morceau de Comté.
- 35:26C'est goûte-le,
- 35:27tu me dis s'il te plaît,
- 35:28si tu l'aimes comme ça ou si tu l'aimerais différemment et puis après on en parle.
- 35:35Je ne veux pas dire qu'il ne faut pas juger les gens du moment qu'ils se font plaisir.
- 35:40Moi,
- 35:40tout me va bien,
- 35:41il n'y a pas de problème.
- 35:42Ce qui m'intéresse,
- 35:43c'est d'avoir un consommateur heureux.
- 35:45un gourmet qui soit vraiment fait plaisir en achetant un morceau de Comté.
- 35:49Tout en respectant le fromage.
- 35:51Tout en respectant le fromage.
- 35:52Mais il y a des moments où on peut aimer une catégorie,
- 35:56mais aussi en changer.
- 35:57Moi,
- 35:57je sais que quand il fait très chaud,
- 35:58je trouve qu'un jeune Comté,
- 36:00qu'on va manger avec un peu de charcuterie ou un peu de crudité,
- 36:06c'est extraordinaire.
- 36:07Le côté un peu lacté,
- 36:08rasspéchissant,
- 36:10le côté subtil,
- 36:11végétal,
- 36:13la petite acidité.
- 36:14C'est misif.
- 36:15C'est très fin,
- 36:16c'est très souple,
- 36:16on a une pâte très souple.
- 36:18Puis quand il fait un froid de canard l'hiver,
- 36:20vous rentrez du ski,
- 36:21ou d'ailleurs vous avez une journée de réunion un peu casse-pieds,
- 36:25vous en avez ras le bol,
- 36:26vous rentrez chez vous,
- 36:27et bien un vieux Comté avec un verre de vin jaune,
- 36:30et puis un feu de bois et un bon bouquin,
- 36:32là vous êtes la personne la plus heureuse.
- 36:35Oui,
- 36:35vous êtes la plus heureuse du monde,
- 36:37il n'y a pas mieux.
- 36:38Et on peut aimer les deux de la même façon,
- 36:40et de façon aussi importante je trouve.
- 36:43Il faut juste...
- 36:44Moi,
- 36:44je trouve qu'avec un Comté,
- 36:46on peut s'adapter à tous les éléments,
- 36:48toutes les situations.
- 36:49C'est d'ailleurs ce qui fait son succès partout en France et dans le monde.
- 36:52On peut le consommer de façon différente sur un plateau,
- 36:58dans un ingrédient,
- 36:59sur un plat ou mélangé avec d'autres choses et qu'on va picorer.
- 37:04C'est vraiment...
- 37:06On a une chance folle d'avoir ce fromage comme il est.
- 37:08Aujourd'hui,
- 37:11c'est quoi les orientations ?
- 37:15que le Comté prend en termes d'évolution de cahier des charges ?
- 37:18Il y a quoi dans les modifications importantes ou les projets ?
- 37:25Alors,
- 37:25dans les modifications importantes concernant l'affinage,
- 37:27moi je suis très très très contente de voir qu'enfin,
- 37:31la définition du métier d'affineur qui s'ébauche.
- 37:33Alors c'est qu'une ébauche pour l'instant,
- 37:35parce que c'était très compliqué de la mettre au point.
- 37:41On a vu des gens affiner du Comté un peu partout.
- 37:45Maintenant,
- 37:46oui,
- 37:46le métier d'affineur va être bien fixé dans sa zone d'appellation d'origine,
- 37:50ce qui paraît une évidence,
- 37:52mais ce qui n'en était pas une.
- 37:54On a les trois phases d'affinage qui sont ébauchées dans le cahier des charges,
- 38:01c'est-à-dire le pré-affinage,
- 38:03l'affinage avec sa fermentation,
- 38:05et la maturation ensuite au moment où on apaise.
- 38:09L'évolution du fromage,
- 38:10on va faire jouer le temps et ce que le temps peut amener à un Comté.
- 38:17Ça,
- 38:17ça n'était pas du tout déterminé.
- 38:20Donc on a l'ambiance des caves,
- 38:22ça s'était fait depuis déjà longtemps.
- 38:26Vraiment,
- 38:26on a,
- 38:27comment dire,
- 38:28défini le métier d'affineur de Comté.
- 38:31Je ne parle pas des autres fromages,
- 38:32bien sûr,
- 38:33mais ça,
- 38:33c'est vraiment une grande satisfaction.
- 38:35C'est un travail qui a été commencé du temps de mon père.
- 38:37Et donc,
- 38:38ça fait un certain temps.
- 38:40C'est toujours un peu long.
- 38:42Oui,
- 38:42c'est un affinage long.
- 38:45On a eu beaucoup,
- 38:46beaucoup de gens qui se sont opposés à ça.
- 38:49Forcément,
- 38:50ils avaient aussi des intérêts à défendre.
- 38:51Mais cette fois,
- 38:53je pense qu'on tient le bon goût et on a fait un grand pas là-dessus.
- 38:58Et puis,
- 38:59on a évidemment précisé énormément de choses dans les conditions de production du lait pour limiter la taille des fruitières.
- 39:07pour limiter le nombre de vaches par exploitant,
- 39:10pour garder à notre produit son caractère artisanal.
- 39:15C'est vrai que la fabrication du Comté,
- 39:18c'est un gros tonnage chaque année.
- 39:20C'est environ 65 000 tonnes ?
- 39:22C'est plus que ça,
- 39:23c'est maintenant plus de 70 000 tonnes,
- 39:25mais on a limité cette production.
- 39:31C'est-à-dire que chaque...
- 39:32chaque ferme a une limite de productivité qui est pratiquement atteinte.
- 39:36Il n'y aura pas plus de Comté fabriqués dans l'avenir.
- 39:38Du coup,
- 39:40la gestion,
- 39:40on n'en a pas forcément parlé tout à l'heure avec les plaques de caséine.
- 39:43Oui,
- 39:44donc le CIGC et l'interprofession commercialisent,
- 39:48enfin commercialisent,
- 39:49fournit les plaques de caséine aux fabricants,
- 39:52les fruitières et puis les autres.
- 39:53Sur cette plaque de caséine,
- 39:55qu'est-ce qu'on peut y retrouver ?
- 39:56Alors on retrouve le mot France,
- 39:59le mot Comté bien sûr.
- 40:01On retrouve le mois de fabrication,
- 40:03on retrouve...
- 40:06Sur une autre à côté,
- 40:08le jour.
- 40:08Sur une autre à côté,
- 40:09la cuve dans laquelle le fromage a été fait.
- 40:12On retrouve le nouveau numéro de code de la fruitière et un numéro d'ordre.
- 40:19C'est la carte de visite,
- 40:23sa carte d'identité même.
- 40:26Puisque c'est le début de la traçabilité d'une meule de Comté,
- 40:28on peut,
- 40:29quand on va gratter la meule...
- 40:32Une fois affinée,
- 40:33c'est vrai que c'est difficile de lire,
- 40:34mais on peut en lavant la croûte,
- 40:37arriver à retrouver tout ce qui est noté sur la plaque verte.
- 40:41On sait où elle a été faite,
- 40:42quel jour,
- 40:43et quel quantième de meule a été faite dans cette coopérative cette année-là.
- 40:50Donc on remonte de façon très très précise à son origine et le jour où elle est née en fait.
- 40:59Et donc après,
- 40:59en retournant dans la fritière et en voyant le fromager,
- 41:02on peut savoir qu'est-ce qui...
- 41:03Aujourd'hui,
- 41:04avec les 70 000 tonnes,
- 41:05c'est à peu près le max que sera produit du Comté.
- 41:10Donc la productivité est limitée.
- 41:14Alors,
- 41:15on a un droit à un maximum de lait fabriqué dans leur ferme,
- 41:19qui n'est pas tout transformé en Comté forcément,
- 41:21mais il y a une limite.
- 41:23Il y a des producteurs qui sont aussi sur plusieurs appellations.
- 41:26Oui.
- 41:27Mais on voulait surtout limiter l'impact sur l'environnement.
- 41:32On sait que si on laissait développer énormément,
- 41:36beaucoup plus en tout cas,
- 41:39on pourrait avoir un impact négatif sur l'environnement.
- 41:41Là,
- 41:41on est dans ce que la zone peut accepter comme population de vaches,
- 41:52comme nombre d'hectares de fauches,
- 41:55etc.
- 41:56On a juste aujourd'hui sur la zone de production des terrains qui ne sont pas encore utilisés en Comté.
- 42:06On a encore des producteurs de lait standard en franche Comté.
- 42:09Ils peuvent rentrer dans la filière.
- 42:11Donc on pourra encore progresser un petit peu par ce phénomène-là,
- 42:15en sachant qu'il n'y aura pas plus de lait produit,
- 42:17mais que ce sera du lait à Comté qui sera produit à la place du lait standard,
- 42:20par exemple.
- 42:22Mais autrement,
- 42:23on n'aura pas...
- 42:24plus d'explosions,
- 42:26de tonnages.
- 42:28C'est un fromage qui a trouvé son équilibre et qui va le garder un certain temps.
- 42:35Aujourd'hui,
- 42:36tu nous as dit tout à l'heure que ton papa t'avait déconseillé de venir dans ce métier-là.
- 42:42Est-ce que tu fais pareil avec tes enfants ?
- 42:43Parce qu'on a une entreprise comme ça,
- 42:45familiale,
- 42:46est-ce que c'est quelque chose,
- 42:47demain,
- 42:47que tu souhaiterais transmettre à des enfants s'ils sont intéressés ?
- 42:52Parce que ça...
- 42:53Ça reste quand même des grosses sociétés,
- 42:55des gros...
- 42:57C'est une question piège,
- 42:58c'est une société familiale avec tout ce qui implique de travailler en famille,
- 43:02de bon et de mauvais.
- 43:04Ça on le voit notamment sur des exploitations agricoles,
- 43:07souvent.
- 43:07Moi ce que j'ai surtout pas voulu,
- 43:09j'ai qu'une fille,
- 43:10donc je ne voulais pas qu'elle ait sur les épaules le poids du devoir de reprendre.
- 43:15Et là-dessus,
- 43:16depuis toute petite,
- 43:18tout le monde...
- 43:18Alors autant à moi,
- 43:19on m'a foutu la pep,
- 43:20c'était...
- 43:20tellement pas envisageable qu'une femme fasse ce métier.
- 43:23Je crois qu'il y avait déjà un privage homme-femme.
- 43:29Tu te rends compte,
- 43:30tu vas être obligé d'aller boire la goutte à 7h du matin avec les fromagers.
- 43:35A priori,
- 43:36ça devait se faire de son temps.
- 43:37Et donc ça ne t'est jamais arrivé ?
- 43:38Ça m'est arrivé.
- 43:39On m'a proposé une fois de l'agent sien à 7h du matin.
- 43:41Je pense que c'était mon examen de passage.
- 43:44À l'époque,
- 43:44j'étais jeune quand j'ai démarré.
- 43:46Ça s'est bien passé.
- 43:47Il faisait un froid de chien.
- 43:48Du coup,
- 43:48ça ne m'a pas fait l'effet.
- 43:50Moi qui ne bois pas d'alcool et qui ne le supporte pas,
- 43:53ça ne m'a pas fait l'effet que qu'est-ce qu'on tait le fromager j'imagine.
- 43:56Donc j'ai eu cette chance,
- 43:58du coup j'ai été adoptée assez facilement.
- 44:00Mais je n'ai pas recommencé parce que c'était quand même un risque.
- 44:04Mais honnêtement,
- 44:06j'ai jamais vu que c'était pratiqué.
- 44:07Enfin on vous offre le café comme partout et puis tout se passe bien.
- 44:11Donc voilà,
- 44:12non honnêtement,
- 44:13il y a beaucoup de choses qui ont changé.
- 44:15De la même façon qu'à l'époque quand ils allaient vendre aux halles.
- 44:19terminé autour du champagne,
- 44:20il fallait quand même être solide.
- 44:22Donc,
- 44:23aujourd'hui,
- 44:24on travaille un petit peu différemment.
- 44:25Et heureusement pour moi,
- 44:27ça se passe mieux.
- 44:28Mais voilà,
- 44:31ça n'a pas du tout été un obstacle.
- 44:33Honnêtement,
- 44:33il y a des moments très difficiles.
- 44:35C'est une grosse responsabilité financière,
- 44:37notamment les stocks ici.
- 44:40On n'a personne qui porte nos stocks.
- 44:42Il y a beaucoup d'entreprises qui ont leurs stocks,
- 44:44qui sont financés soit par des unions de coopératives de producteurs.
- 44:49soit par des groupes auxquels ils sont adossés.
- 44:51Chez nous,
- 44:51on est totalement indépendant,
- 44:53donc effectivement,
- 44:54il faut avoir de bons rapports avec son banquier,
- 44:56parce qu'on achète nos fromages les autres quatre mois,
- 45:00et on les vend jusqu'à trois ans.
- 45:02En attendant,
- 45:02c'est de la trésorerie qui est immobilisée.
- 45:04C'est moins romantique que de parler de l'affinage,
- 45:06mais c'est quand même très,
- 45:07très réel.
- 45:08Donc c'est un vrai souci,
- 45:10ça.
- 45:12On a traversé là une période plutôt...
- 45:16plus sereine avec des taux d'intérêt qui étaient plus bas.
- 45:18Aujourd'hui les taux d'intérêt sont remontés et ils ont pris en un an ce qu'ils avaient mis dix ans à perdre.
- 45:23Donc ça a été violent.
- 45:25La SCU c'est vraiment important.
- 45:27Donc oui c'est quand même...
- 45:30Il faut avoir la tête froide et ce n'est pas la partie la plus sereine de notre métier honnêtement.
- 45:36Donc il y a des grands moments et il y en a qui sont plus durs.
- 45:39Ma fille,
- 45:40je n'ai jamais voulu lui mettre la pression.
- 45:42Elle a pris un autre chemin aujourd'hui,
- 45:45mais elle a toujours envie évidemment.
- 45:48Je préfère qu'elle fasse d'autres expériences avant de venir ici.
- 45:53Il faut vraiment qu'elle...
- 45:56se frottent à d'autres choses,
- 45:58qu'elles voyagent,
- 45:58qu'elles découvrent d'autres choses.
- 46:01Avant de terminer,
- 46:01j'ai une dernière question Véronique.
- 46:04C'est quoi ta pizza préférée ?
- 46:06Je ne suis pas fan de pizza honnêtement.
- 46:08C'est vrai ?
- 46:09Oui.
- 46:09Si,
- 46:10j'en mange de temps en temps,
- 46:11mais ce n'est pas un régal pour moi.
- 46:12D'accord.
- 46:12Je préfère nettement une fondue.
- 46:15Et la fondue chez nous,
- 46:16c'est fondue Comté.
- 46:17Ce n'est pas moitié-moitié,
- 46:19machin,
- 46:20on y met je ne sais pas trop quoi,
- 46:21et puis du kirsch et des cochonneries.
- 46:23Non,
- 46:23non,
- 46:23c'est du Comté,
- 46:25du vin jaune.
- 46:26un petit peu de poivre,
- 46:26deux gousses d'ail.
- 46:28C'est pas plus simple,
- 46:29c'est pas meilleur.
- 46:29Donc avec Véronique,
- 46:30c'est pas une pizza,
- 46:31c'est une fondue.
- 46:33Ah bah alors là,
- 46:33vraiment,
- 46:34sans une onze d'hésitation du tout.
- 46:38Non ?
- 46:38Pourquoi ?
- 46:38Il y avait un piège ?
- 46:39Ah non,
- 46:40il n'y a pas de piège.
- 46:42Merci beaucoup Véronique.
- 46:44Merci de ton accueil.
- 46:45Merci à vous de nous avoir écoutés.
- 46:47J'espère que cet épisode vous a plu.
- 46:50Et n'hésitez pas à le partager,
- 46:51à nous remonter vos commentaires.
- 46:53je vous dis à bientôt pour un nouvel épisode de l'échange à bientôt au revoir véronique au revoir