Latest / Lait'Change : Du lait au fromage et bien plus encore / Lait'Change #13 - Le Fédou, producteur de fromage de brebis en Lozère - avec Florence PRATLONG
Transcript
- 0:04Bienvenue sur Lait'Change,
- 0:05le podcast qui donne la parole aux actrices et aux acteurs de la filière laitière et fromagère.
- 0:08Je suis Romain Le Gal et aujourd'hui on se retrouve au cœur du département le moins peuplé de France.
- 0:15Je parle de la Lozère.
- 0:17Mais quel pays magnifique !
- 0:18Nous faisons halte à la fromagerie du Fédou,
- 0:21notamment connue pour son délicieux fromage de brebis,
- 0:24le Claousou.
- 0:25Nichée dans un petit village appelé Hyelzas,
- 0:29elle perpétue un savoir-faire unique.
- 0:31celui de la fabrication de fromages de brebis issus des vastes paysages du Causse Méjean.
- 0:38Ce plateau calcaire,
- 0:39accessible par de pittoresques routes sinueuses,
- 0:42je ne vous fais pas dire les routes que j'ai prises hier soir,
- 0:46nous dévoile la beauté sauvage de ce paysage.
- 0:49Une vaste pelouse sceptique où se mêlent herbes rases et pierres vives.
- 0:53Dans cet épisode,
- 0:54nous parlerons de l'histoire de la fromagerie,
- 0:58mais aussi...
- 0:59comment ils s'inscrivent dans une démarche à la fois artisanale et innovante.
- 1:03Merci à Florence Pralon de nous accueillir ce matin.
- 1:06Bonjour Florence.
- 1:07Bonjour.
- 1:08Comment ça va ce matin ?
- 1:09Ça va bien.
- 1:11C'est ce qu'on disait juste avant d'enregistrer,
- 1:13j'ai de la chance.
- 1:15Il ne faisait pas très beau cette nuit,
- 1:17il pleuvait.
- 1:18Et là,
- 1:19en arrivant à la fromagerie,
- 1:20ça s'est levé,
- 1:21on a du ciel bleu.
- 1:22Florence,
- 1:23est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- 1:25Je suis Florence Pralon.
- 1:27J'habite à Yelsass,
- 1:29où je vis depuis 82.
- 1:33L'époque où je me suis mariée,
- 1:34je me suis installée ici.
- 1:36Je ne suis pas issue d'un milieu agricole,
- 1:38ni pas issue du Kosméjan.
- 1:40Je viens d'ailleurs,
- 1:41je suis une étrangère au Kos.
- 1:42Le Kos t'a adopté du coup ?
- 1:44Le Kos m'a adopté,
- 1:45j'ai surtout d'abord adopté le Kos,
- 1:46et puis ensuite le Kos m'a adopté.
- 1:49Je me sens d'ici.
- 1:51Et je suis ici à Yelsas avec mon mari.
- 1:58Mes enfants sont nés là.
- 1:59Et puis,
- 1:59il y en a qui sont partis,
- 2:00il y en a qui sont revenus.
- 2:01Et on a un grand attachement,
- 2:02en tout cas,
- 2:03à ce terroir.
- 2:04Et j'y suis particulièrement attachée parce que c'est un vaste plateau calcaire.
- 2:08La Lozère est désertique,
- 2:09mais le Causse Méjean encore plus.
- 2:12Ce que tu me disais,
- 2:13c'est que c'est moins peuplé que le Sahara.
- 2:15Eh oui,
- 2:16c'est une des zones les moins peuplées.
- 2:18Alors,
- 2:18c'est sur un espace circonscrit,
- 2:20mais on est comme dans une île dans le ciel,
- 2:22puisqu'il y a les gorges de la Jonte,
- 2:24les gorges du Tarn et du Tarnon.
- 2:26Et du coup,
- 2:27c'est un vaste plateau calcaire de 33 000 hectares.
- 2:31Et on est à peine plus de 400 habitants dessus.
- 2:33Il y a plus de brebis que d'habitants.
- 2:35Il y a quand même un brebis à peu près ?
- 2:36Il y a un peu plus de 25 000 brebis.
- 2:38Il faudrait qu'on actualise les statistiques,
- 2:40mais on était à peu près à ça.
- 2:42Et donc,
- 2:43c'est un...
- 2:44paysage qui est sculpté par l'agro-pastoralisme,
- 2:47par les brebis qui pâturent les bergers ou les clôtures qui tiennent les brebis.
- 2:54En tout cas,
- 2:54c'est les brebis qui façonnent le paysage.
- 2:56Et c'est cette alchimie entre les hommes et les brebis qui fait que le Causse est comme il est maintenant,
- 3:03plus ou moins boisé à certains endroits.
- 3:06Et qu'il y a une vie qui se maintient un peu contre toute attente,
- 3:10parce qu'on est dans un endroit où il ne pourrait plus y avoir personne.
- 3:13Effectivement.
- 3:14Et du coup,
- 3:16ce plateau,
- 3:17il est à quelle altitude ?
- 3:19On a une altitude moyenne d'à peine 1000 mètres.
- 3:22Là,
- 3:22à Yelsas,
- 3:23on est à 960 mètres.
- 3:24Il y a des parties qui sont un peu plus hautes.
- 3:26Et puis,
- 3:27on subit des influences méditerranéennes,
- 3:29mais aussi très continentales.
- 3:30Ce qui fait qu'on est à la fois très méditerranéen,
- 3:36dans le sens où il y a été-hiver et pas trop de saisons intermédiaires,
- 3:40et à la fois continental,
- 3:41parce qu'on peut avoir des amplitudes de températures entre...
- 3:44Des périodes chaudes et des périodes froides qui sont assez importantes.
- 3:47Après,
- 3:48ça fait longtemps qu'il n'a pas neigé comme il neigeait autrefois.
- 3:50Et là,
- 3:51on subit comme tout le monde les évolutions du climat.
- 3:54Et aujourd'hui,
- 3:54si tu devais nous présenter en quelques mots la fromagerie du Fédou ?
- 3:58Alors le Fédou,
- 3:59la fromagerie s'inscrit dans l'histoire du Kosméjan,
- 4:02puisque mes beaux-parents qui étaient là depuis longtemps,
- 4:06qui vivaient sur le Kos depuis plusieurs générations,
- 4:11avaient eu la géniale idée,
- 4:13et ils étaient assez novateurs,
- 4:16ils voulaient préserver tout le patrimoine à la fois culturel,
- 4:20de savoir-faire et architectural.
- 4:22Donc ils avaient lancé le musée La Ferme Côte-Nard d'autrefois pour montrer comment les gens vivaient et partager cette...
- 4:30C'était des beaux-parents qui avaient...
- 4:31C'était des beaux-parents qui avaient lancé ça dans les années 70-71,
- 4:35à une époque où sur le Côte-Méjant ça bougeait beaucoup,
- 4:37il y avait eu la constitution de l'association Le Méjant,
- 4:39et...
- 4:40qui était à vocation,
- 4:41et qui existe toujours,
- 4:42qui était à vocation culturelle et économique.
- 4:45Et c'était les prémices de « on réfléchit à pourquoi on a envie d'être là » .
- 4:52Et eux,
- 4:52ils étaient bien dans ce mouvement-là.
- 4:54Ayant un peu de visiteurs,
- 4:56les fromages qu'ils faisaient pour eux,
- 4:58ils ont commencé à en vendre.
- 5:00Et à ce moment-là,
- 5:00de se dire que ça pouvait représenter une activité et que leurs enfants pourraient peut-être,
- 5:04au lieu d'être juste un ménage sur la ferme,
- 5:07peut-être que leurs enfants pourraient rester,
- 5:08au lieu d'aller s'installer ailleurs ou de grossir,
- 5:11pouvoir rester là.
- 5:12Et c'est comme ça que mon mari est resté sur la ferme.
- 5:14Et puis après,
- 5:15sa soeur...
- 5:15Le fromage,
- 5:16ils ont démarré le fromage dans les années 70,
- 5:18du coup ?
- 5:18Voilà.
- 5:19Et puis après,
- 5:20en 82,
- 5:21ils ont constitué un gaec.
- 5:22Ça a commencé...
- 5:23qu'un type de fromage à l'époque ?
- 5:25Qui faisait le fédou,
- 5:26puisque fédou,
- 5:28fède en occitan,
- 5:28ça veut dire brebis.
- 5:29Donc mon beau-père,
- 5:30il avait baptisé les premiers fromages fédous.
- 5:32Et ça,
- 5:32c'était quoi comme type de fromage ?
- 5:34C'était un type,
- 5:35c'était un gros peraille.
- 5:36Ma belle-mère faisait du peraille.
- 5:38Mon beau-père,
- 5:38qui avait toujours beaucoup d'idées,
- 5:39trouvait...
- 5:40C'était bien qu'il soit un peu plus généreux,
- 5:41donc un peu plus gros,
- 5:42qu'on le garde un peu plus longtemps.
- 5:43Voilà.
- 5:44Donc,
- 5:45peraille-fédou.
- 5:46On faisait des tomes le dimanche,
- 5:48comme ça,
- 5:48on était tranquille,
- 5:49on finissait plus tôt et on pouvait aller vaquer à d'autres occupations ou à...
- 5:53tranquille,
- 5:53plus le dimanche.
- 5:54Donc,
- 5:55il y avait
- 5:56Pérail,
- 5:57Bergeronnette, qu'on appelait Bergeronnette,
- 6:01Lefédou et Détôme.
- 6:02Ça,
- 6:02c'était ce qui se faisait.
- 6:03Donc,
- 6:03toi,
- 6:03t'es arrivé en 82.
- 6:05Et voilà,
- 6:06c'était ce qu'on faisait,
- 6:08ce qu'on a continué à faire.
- 6:10Et puis,
- 6:10tranquillement,
- 6:11c'est vrai qu'on a,
- 6:12dès le départ,
- 6:13on l'a dit tout à l'heure,
- 6:14en Lausère,
- 6:14il n'y a pas beaucoup de monde.
- 6:16Donc,
- 6:16pour développer l'activité,
- 6:17ce n'était pas les marchés,
- 6:18c'était travailler directement avec des...
- 6:21Des revendeurs,
- 6:22soit des crémiers,
- 6:23soit l'épicier du coin,
- 6:24soit des grossistes.
- 6:26Et ça,
- 6:26on a commencé en 1983 avec la Safaringis.
- 6:29Et ça a été la manière de se rendre compte qu'il y avait vraiment une capacité de développer quelque chose.
- 6:37Et c'était déjà innovant à l'époque parce qu'on est dans la zone de collecte de Roquefort.
- 6:42Et en brebis,
- 6:43contrairement aux chèvres,
- 6:44il y avait très peu d'élevage fermier dans ces années-là,
- 6:46dans les années 80.
- 6:47qui transformaient et qui vendaient leur fromage.
- 6:50Le lait vendu à Roquefort,
- 6:52ça suffisait,
- 6:53entre guillemets.
- 6:54En même temps,
- 6:54Roquefort ne prenait plus de nouveaux producteurs.
- 6:57Donc petit à petit,
- 6:58quand on a voulu évoluer,
- 7:01c'était en 90,
- 7:02on a fondé la SRL Le Fédou pour pouvoir acheter du lait,
- 7:06transformer plus.
- 7:07Et puis,
- 7:08moi,
- 7:08ça m'intéressait de développer l'activité et de faire autre chose.
- 7:13On est dans un pays dans lequel il n'y a pas beaucoup de monde.
- 7:17Pour nous,
- 7:17c'est important qu'il y ait de la vie.
- 7:19Et l'idée,
- 7:19c'est de se dire qu'est-ce qu'on fait pour qu'il y ait de la vie ici.
- 7:23J'avais participé à fonder la COP COS Loser pour les activités,
- 7:26j'allais dire,
- 7:26plus l'hiver.
- 7:27Donc,
- 7:27les transformations de cochons,
- 7:28etc.
- 7:29Mais moi,
- 7:30je sentais bien qu'on pouvait développer quelque chose ici qui ait de l'activité,
- 7:35qui ait des enfants à l'école,
- 7:36qui ait des...
- 7:37Parce que pour nous,
- 7:38je le dis souvent,
- 7:39moi,
- 7:39le nombre d'enfants à l'école et la capacité à vivre ici,
- 7:41c'est aussi important que le nombre de producteurs.
- 7:44Parce que ça...
- 7:45Ça le rend possible ou pas ?
- 7:47Et du coup,
- 7:48on a démarré cette activité,
- 7:51acheté un peu plus de lait.
- 7:53Salariés,
- 7:53on a commencé avec un salarié,
- 7:55puis deux.
- 7:56Et puis petit à petit,
- 7:57voilà,
- 7:57les choses...
- 7:57Tu as fait aussi,
- 7:58donc,
- 7:59entre 82 et 90,
- 8:01il y a eu une période où c'était de la débrouille.
- 8:04Tu me disais même une activité...
- 8:06Fabrication de caisses.
- 8:08Voilà.
- 8:08Donc,
- 8:08les premières caisses étaient fabriquées localement.
- 8:11Voilà,
- 8:11c'était moi,
- 8:11Marie,
- 8:12qui fabriquais les caisses.
- 8:13pour qu'on puisse emballer les fromages.
- 8:15Et comme
- 8:16Vincent nous le rappelait tout à l'heure,
- 8:17on a eu des ruptures de livraison,
- 8:18non pas à cause des fromages,
- 8:19mais à cause du fait qu'on n'avait pas de caisse.
- 8:21Donc,
- 8:22ça nous a amenés à nous rapprocher de fabricants qui étaient plus loin.
- 8:25Enfin,
- 8:26bon,
- 8:26voilà.
- 8:26Mais c'est vrai qu'il y avait peu de fabricants en brebis dans le coin et en brebis.
- 8:34Et c'était chouette de développer cette activité-là.
- 8:38Et donc,
- 8:38après 90,
- 8:41la fromagerie a continué à grossir.
- 8:44À partir du moment où on a pris un statut d'entreprise,
- 8:49ça,
- 8:49c'était un grand pas qu'il fallait franchir.
- 8:51Ça n'était pas spécialement pour moi,
- 8:53mais dans le milieu dans lequel on était,
- 8:55c'était une évolution.
- 9:00On est créatif.
- 9:02La tradition,
- 9:02ça nous fait vivre.
- 9:03Mais l'idée,
- 9:06c'est de se faire plaisir.
- 9:07Donc,
- 9:07c'est aussi de ne pas rester toujours les deux pieds dans le même sabot et d'avancer.
- 9:10Donc,
- 9:11en 92,
- 9:11on a lancé la brique de brebis.
- 9:14Après,
- 9:14on a travaillé sur des fromages lactiques que mes beaux-parents ne faisaient pas habituellement.
- 9:20La brique de brebis aujourd'hui,
- 9:22c'est la théoulette ?
- 9:23Alors,
- 9:24on l'a fait évoluer,
- 9:25la brique.
- 9:27D'accord.
- 9:27C'est pas le format original.
- 9:30On a toujours des briques et on a de la théoulette.
- 9:33On a fait des briques,
- 9:34on a fait des fromages lactiques,
- 9:35on a lancé la cardabelle.
- 9:37L'idée,
- 9:38c'était que les fédous,
- 9:39c'était 250 grammes.
- 9:40C'était un peu trop gros pour les marchés qu'on abordait.
- 9:43Donc,
- 9:43on l'a fait en plus petit,
- 9:44le titounet.
- 9:44On l'a fait en plus gros,
- 9:45la cardabelle,
- 9:46pour pouvoir la découper.
- 9:46On parlera tout à l'heure un petit peu des fromages et de leurs spécificités.
- 9:49Mais en tout cas,
- 9:51tous les deux,
- 9:51trois ans,
- 9:52on a fait des choses nouvelles,
- 9:53qu'on a gardées ou qu'on n'a pas gardées.
- 9:55Il y avait l'idée à la fois de faire du fromage,
- 9:57parce qu'on aime bien ça,
- 9:59mais à la fois aussi d'essayer des choses,
- 10:02d'innover et de s'amuser,
- 10:04et de se faire plaisir et de partager ce plaisir-là.
- 10:07Parce que je trouve que c'est chouette que quand on a un fromage qui marche bien et que des gens sont contents de le manger,
- 10:11de le faire connaître,
- 10:12de le faire partager,
- 10:14mais ça,
- 10:15ça fait plaisir.
- 10:16C'est ça qui donne du goût à la vie aussi.
- 10:19Et donc la fromagerie a continué de grossir.
- 10:21Aujourd'hui,
- 10:21c'est encore un petit peu en travaux.
- 10:23On a recommencé une phase de travaux pour répondre à,
- 10:27d'abord,
- 10:28le besoin de confort au travail qu'on a pour les salariés.
- 10:31Parce que c'est sûr qu'on ne travaille plus comme il y a 40 ans et c'est normal.
- 10:34Et que c'est normal qu'on fasse attention aux ports de charge et à tous ces éléments-là.
- 10:40Et puis parce qu'on avait envie de pouvoir continuer à mettre d'autres fromages au point et que là,
- 10:46on était trop à l'étroit pour pouvoir le faire.
- 10:48Et puis on veut pouvoir aussi bien accueillir les gens qui viennent nous rendre visite.
- 10:51Donc on a...
- 10:52tout un espace dédié à l'accueil au magasin,
- 10:55mais à l'accueil à la dégustation et à la visite qui est en train de se construire.
- 11:00Vous avez combien de personnes,
- 11:01tu me disais,
- 11:01qui passent vous rendre visite à peu près ?
- 11:03On voit à peu près 12 000 personnes par an.
- 11:05En visite,
- 11:06on en a 2 500 pour l'instant,
- 11:08mais l'objectif,
- 11:09c'est de pouvoir avoir bien plus de monde qui vienne.
- 11:11On est dans une zone touristique et les gens ne demandent que ça.
- 11:14Donc,
- 11:15on adhère à l'association Tourisme Gourmand en Occitanie,
- 11:18qui nous permet de faire des formations pour nos guides gourmands.
- 11:21pour qualifier les gens,
- 11:22parce que moi,
- 11:23je tiens beaucoup à l'aspect formation,
- 11:24aussi bien pour les fromagers que pour les gens qui sont au magasin ou pour les gens qui font des visites.
- 11:28Tu me parlais même que vous avez lancé un CQP,
- 11:31une session de CQP avec vos salariés.
- 11:35Oui,
- 11:35on a fait.
- 11:36Alors,
- 11:36sur dix personnes qui sont en fabrication,
- 11:37il y en a six qui ont été formées l'année dernière dans le cadre d'un certificat de qualification professionnelle,
- 11:44donc un CQP qu'on a fait ici sur place avec l'ENIL d'Auriac et l'Infopail.
- 11:49Donc,
- 11:50Donc,
- 11:51c'était un gros défi parce qu'en même temps,
- 11:53on avait les travaux,
- 11:54on avait cette formation lourde.
- 11:56Et c'était un défi pour eux parce qu'il y avait une partie des salariés qui n'avaient pas très envie de retourner à l'école,
- 12:03qui ont vite compris que ce n'était pas la même chose que d'être sur les bancs de l'école,
- 12:05de se former comme ça.
- 12:07Mais il y a quand même une exigence puisque c'est un référentiel national et que c'est un certificat de qualification qui est délivré et qui est validé au niveau national.
- 12:15Aujourd'hui,
- 12:16vous avez combien de salariés au FEDO ?
- 12:18Alors,
- 12:19on a 24 équivalents de temps plein,
- 12:21plus deux apprentis.
- 12:22Toujours dans cette phase d'apprentissage,
- 12:25d'intégration.
- 12:26Très important.
- 12:27Des stagiaires,
- 12:27de partage et de transmission.
- 12:29Oui,
- 12:30la transmission,
- 12:30c'est important.
- 12:31Il faut à la fois transmettre les savoir-faire,
- 12:34transmettre la passion du coin aussi.
- 12:38Et c'est aussi pour ça qu'on a fait le CQP.
- 12:40C'est que l'idée,
- 12:40c'est plus important d'avoir des gens qui ont envie de venir vivre ici et qu'on forme que des gens déjà formés qui viennent et qui repartent.
- 12:48qui n'arrivent pas à s'adapter qui vont trouver leur vie ailleurs alors on sait qu'il n'y aura pas des gens qui vont rester 50 ans dans la fromagerie mais les gens vont et viennent mais n'empêche que c'est bien de mettre les choses en l'ordre accepter d'être dans l'environnement dans lequel nous sommes,
- 13:03de vivre autour du cauchemar d'être dans un environnement qui est différent il faut que ça ait du sens aussi pour eux la transmission on aime bien ça,
- 13:13on aime aussi transmettre et partager parce que le fromage c'est gourmand donc...
- 13:17C'est sympa de partager un plateau de fromage,
- 13:19d'avoir des nouvelles idées pour les associer,
- 13:21d'avoir des idées de recettes,
- 13:22d'avoir des idées d'accompagnement,
- 13:25d'avoir des idées de fromage nouveau.
- 13:27C'est bien de partager là que Bourmandise,
- 13:28moi j'ai plaisir à ça.
- 13:30Aujourd'hui,
- 13:31vous collectez combien de litres de lait ?
- 13:33880 000.
- 13:36On a fait moins que d'autres années,
- 13:38parce qu'en étant en travaux,
- 13:39c'était un peu compliqué.
- 13:41On arrivera à un petit 900 000.
- 13:44Et ?
- 13:45Et aujourd'hui,
- 13:45vous avez combien de producteurs que vous collectez ?
- 13:48Alors aujourd'hui,
- 13:48on a 10 producteurs avec lesquels on est en contrat.
- 13:51Et puis,
- 13:51on a d'autres producteurs,
- 13:525-6 autour,
- 13:53avec lesquels on a des conventions annuelles.
- 13:55Et c'est plus ponctuel,
- 13:58mais on est en relation avec eux.
- 14:00L'idée,
- 14:01c'est d'avoir un petit peu plus de producteurs,
- 14:03qu'on remonte au nombre de producteurs auquel on était il y a quelques années.
- 14:08Et puis,
- 14:09la restructuration de la filière Roquefort nous a...
- 14:11obligé à nous repositionner,
- 14:13certains éleveurs à se repositionner et puis du coup à ne plus travailler pour nous.
- 14:16Donc là,
- 14:16il faut qu'on ait dans cette période où on reprend contact avec du monde.
- 14:20L'objectif,
- 14:21c'est d'avoir une quinzaine de producteurs.
- 14:23Vous ramassez le lait chez vos producteurs tous les jours,
- 14:26tous les deux jours ?
- 14:27Alors,
- 14:28on le ramasse quatre fois par semaine.
- 14:29On n'est plus à une collecte tous les jours parce qu'il faut être réaliste et que le coste est vaste.
- 14:38Ou aller sur le coast d'en face,
- 14:39c'est long et ça fait des kilomètres.
- 14:41Il faut aussi respecter...
- 14:42Vous avez votre propre collecte en plus ?
- 14:44On a notre propre collecte.
- 14:45Par contre,
- 14:46ce qu'on fait,
- 14:47c'est qu'on commence lancement en sement.
- 14:49Et ça,
- 14:49on l'a travaillé depuis de nombreuses années.
- 14:51On commence lancement en sement à la ferme.
- 14:53Donc les éleveurs,
- 14:54ils ont une part d'activité,
- 14:57j'allais dire fromagère.
- 14:59On leur donne des ferments et le lait est ensemencé dès le temps qu'à l'est,
- 15:02de façon à ce qu'il y ait un process qui commence déjà le plus tôt possible.
- 15:06Et dans cette phase d'innovation,
- 15:08aujourd'hui,
- 15:08votre plus grosse vente,
- 15:11votre fromage qui fait qu'aujourd'hui,
- 15:15en tout cas,
- 15:16nombreux de nos crémiers fromagers vous connaissent,
- 15:20c'est le Klausu.
- 15:21C'est le Klausu.
- 15:22Tu peux nous raconter un peu l'histoire de ce fromage ?
- 15:25Alors,
- 15:26j'allais dire,
- 15:26c'est une belle histoire.
- 15:27Moi,
- 15:27quand j'ai commencé,
- 15:29j'avais appris que les produits,
- 15:31ils avaient une durée de vie.
- 15:32Je me disais,
- 15:33le fromage,
- 15:33ce n'est pas possible.
- 15:34Et puis,
- 15:34dans la réalité,
- 15:35oui.
- 15:35Si on regarde,
- 15:36le Fédou nous a lancés.
- 15:37On avait l'impression qu'on ferait avec du Fédou et puis la brique.
- 15:39Et puis après,
- 15:40d'autres choses,
- 15:41la souréliette,
- 15:41etc.
- 15:43Et puis,
- 15:44le Klausou,
- 15:44en fait,
- 15:45ça faisait longtemps qu'il y avait certains clients qui nous demandaient un petit peu ce type de fromage.
- 15:49Et qu'on se disait,
- 15:50voilà,
- 15:51on faisait des essais.
- 15:52On y arrivait plus ou moins.
- 15:54Une fois,
- 15:54on était très contents.
- 15:56On prend le bas de combat,
- 15:57on invite un certain nombre de clients,
- 15:58on leur fait goûter,
- 15:59ils sont contents.
- 16:00Et paf,
- 16:01on n'arrivait plus à le refaire.
- 16:02C'était dans les années...
- 16:03C'était 2010-2011.
- 16:08Et puis en 2012,
- 16:09on avait un fromager qui,
- 16:11depuis,
- 16:11fait de la bière,
- 16:13qui était très créatif.
- 16:14La bière de la Jonte ?
- 16:15La bière de la Jonte.
- 16:16Qui est une bière régionale.
- 16:17Moi,
- 16:17j'étais dispoirante.
- 16:20Thomas,
- 16:20c'est un peu le papa du Klausu.
- 16:22Et il est parti dans un autre type de fermentation.
- 16:24Oui,
- 16:24tout à fait.
- 16:25Oui,
- 16:25oui,
- 16:25mais il aime bien la fromagerie,
- 16:26on se voit encore régulièrement.
- 16:30Et on était toujours dans nos recherches.
- 16:31Et un jour,
- 16:31il m'a dit,
- 16:32écoute,
- 16:32fiche-moi la paix,
- 16:33laisse-moi faire et on va y arriver.
- 16:36Et alors,
- 16:38évidemment,
- 16:38à partir de ce qu'on avait fait et de ce qu'on avait déjà commencé à élaborer.
- 16:43Et puis là,
- 16:43voilà,
- 16:44ça a été,
- 16:45c'était bien de lâcher aussi.
- 16:48Et on a réussi.
- 16:49Alors au début,
- 16:50évidemment,
- 16:50on faisait beaucoup de briques à l'époque.
- 16:52Donc les premiers Klausus,
- 16:53ils étaient rectangles et on les coinçait dans les sangles.
- 16:57Des fois,
- 16:57on coupait un peu les angles,
- 16:58mais on les coinçait dans les angles.
- 17:00Des fois,
- 17:00ça faisait un peu haricot pour qu'ils soient ovales,
- 17:02parce qu'on voulait vraiment faire une forme ovale.
- 17:04Donc voilà,
- 17:05c'était faire des ronds avec des carrés.
- 17:08Exactement.
- 17:08Donc le système débrouille,
- 17:10système dé.
- 17:11Ouais,
- 17:11système débrouille,
- 17:12système dé.
- 17:12Et puis système,
- 17:14voilà,
- 17:14on essaye,
- 17:14on tente.
- 17:15Et puis,
- 17:16et quand on a une idée,
- 17:17on ne la lâche pas.
- 17:18Aujourd'hui,
- 17:18tu sais à peu près combien vous fabriquez de Klaus ou parents ?
- 17:22Je devrais le savoir,
- 17:23mais je n'ai pas toujours bien la mémoire des chiffres.
- 17:25Environ ?
- 17:26On doit être à 200,
- 17:28260 000,
- 17:29250 000 Klaus ou parents à peu près.
- 17:30C'est vraiment aujourd'hui,
- 17:32c'est votre...
- 17:33Ah oui,
- 17:33c'est notre...
- 17:35C'est notre fromage phare et qui fait qu'on reconnaît le fait d'où.
- 17:39Tout à fait.
- 17:39À un moment donné,
- 17:40on envoyait des palettes de perrailles à un gis.
- 17:43Après,
- 17:44c'était des palettes de briques et puis...
- 17:46Ce n'est pas tout à fait des palettes maintenant de Klausu,
- 17:49mais voilà,
- 17:49c'est lui qui a pris le devant et dont on est assez fiers parce qu'il devient un incontournable.
- 17:56Et moi,
- 17:56ça me fait très plaisir quand j'ai des clients,
- 18:00des gens qui sont passés l'été ou des clients qui m'appellent en me disant
- 18:04« On en a vu à tel endroit ! »
- 18:06Ou bien quand moi,
- 18:07je me balade et que je rentre.
- 18:11Dernièrement,
- 18:11j'étais à Aix,
- 18:12je rentre rue d'Italie et dans la crèmerie.
- 18:15Ah,
- 18:16chouette,
- 18:16il y a du Klausus,
- 18:17et puis on parle et on est content de ça.
- 18:19On va voir ces fromages dans des beaux établissements.
- 18:24Exactement.
- 18:25Et donc,
- 18:26pourquoi Klausus ?
- 18:27D'où il vient ce nom ?
- 18:29Alors,
- 18:29d'où il vient ce nom Klausus ?
- 18:30Klausus,
- 18:31c'est les enclos.
- 18:33Tu as vu qu'en venant,
- 18:35tu as vu que le Klausus,
- 18:35ce n'est pas très riche.
- 18:37Donc,
- 18:37les endroits où il y a de la terre,
- 18:38c'est des dolines.
- 18:40Donc là,
- 18:40ça fait des champs.
- 18:42En étant un peu attentif,
- 18:42on se rend compte que les champs,
- 18:43ils ont toutes les formes possibles et imaginables parce qu'on va partout là où il y a de la terre.
- 18:47Mais là où il n'y en a qu'un tout petit peu,
- 18:49les gens faisaient des jardins et ils mettaient des murs en pierre sèche autour pour que les bêtes qui pâturaient autour ne viennent pas tout manger dans le jardin.
- 18:57Donc,
- 18:57ça faisait des petits clos,
- 18:58des clausous.
- 18:59Au niveau des fromages,
- 19:01vous avez le grand frère du clausous qui s'appelle le sunal.
- 19:04Oui.
- 19:05Et pourquoi le sunal ?
- 19:06Et le sunal,
- 19:07parce que c'est le collier en bois qu'il y a autour du cou des brebis.
- 19:11Pour tenir la cloche.
- 19:12En occitan,
- 19:14la cloche,
- 19:14c'est le sunal.
- 19:15Donc,
- 19:15ça nous a fait penser au collier qu'on met autour des brebis.
- 19:19Tu vois,
- 19:19il est là.
- 19:20Je le vois bien.
- 19:20On le rend en photo pour les personnes qui nous écoutent.
- 19:23Et donc,
- 19:24du coup,
- 19:24on s'est dit,
- 19:26cette forme-là,
- 19:28l'épicéa nous fait penser.
- 19:29Et les deux petites piques nous faisaient penser à ça.
- 19:32Donc voilà,
- 19:33d'où le nom de sunal.
- 19:34Produis-vous-les ?
- 19:35Et quoi d'autre comme fromage ?
- 19:37Alors,
- 19:38on a le sunal et le claouzou.
- 19:41La théoulette qu'on avait développée en 2014,
- 19:44c'est une déclinaison de la brique pour qu'elle soit cendrée.
- 19:49Et puis...
- 19:50Vous faites aussi des pâtes molles à croûte fleurie ?
- 19:53On fait des pâtes molles à croûte fleurie.
- 19:54Du fédou qui était originaire,
- 19:57on a fait le titounet qui est plus petit et qu'on plie dans un complexe d'affinage parce qu'on avait essayé de le faire à l'air,
- 20:02puis il séchait trop.
- 20:03Et la cardabelle,
- 20:05qui est comme un gros fédou,
- 20:06mais qu'on peut découper et qui peut s'affiner.
- 20:08La cardabelle aussi a une histoire,
- 20:10le nom cardabelle ?
- 20:11Alors le nom cardabelle,
- 20:12ça vient du chardon.
- 20:14Cardabelle.
- 20:15Le chardon qui est protégé,
- 20:17qui pousse par ici,
- 20:19qui est de la famille des artichauts,
- 20:21et avec lequel on peut faire de la présure.
- 20:23On pouvait se servir du chardon pour faire coaguler le lait.
- 20:28Il y en a qui l'ont fait.
- 20:31Alors,
- 20:31ça a duré un temps.
- 20:33J'allais dire autrefois,
- 20:34ça s'est fait parce que c'était commode.
- 20:36Quand les laiteries se sont implantées sur le coast,
- 20:38il y en avait une à Yelsas,
- 20:39parce que c'était plus facile de transporter des fromages que du lait.
- 20:43Qu'est-ce qui se passait quand les laitiers partaient ?
- 20:48Ils avaient encore de la présure.
- 20:49Ils en cédaient aux uns ou aux autres.
- 20:51Et du coup,
- 20:51chacun se faisait un peu ses fromages.
- 20:52Et du coup,
- 20:53l'usage du chardon s'est perdu.
- 20:56Mais voilà,
- 20:58c'était...
- 20:58C'était un petit clin d'œil,
- 20:59finalement,
- 21:00à la vie de Penfoy.
- 21:02Un clin d'œil à ces histoires-là.
- 21:03Et puis le Fédou,
- 21:04c'est emblématique.
- 21:05Le Pérail,
- 21:06notre bergeronnette.
- 21:07Le Pérail qui,
- 21:08en plus...
- 21:09Qui a obtenu l'IGP,
- 21:10donc qui va être,
- 21:11j'allais dire,
- 21:12reboosté.
- 21:12Reboosté.
- 21:13C'est bien.
- 21:14Et c'est quoi les particularités de votre perraille ?
- 21:16Parce qu'il y a des parrailles qui sont plus présures,
- 21:18il y a des perrailles qui sont plus lactiques.
- 21:21Il est présure parce que,
- 21:22comment il se faisait autrefois le perraille ?
- 21:24Il y avait,
- 21:24je disais,
- 21:25des laiteries partout.
- 21:26Donc,
- 21:26on récupérait de la présure et le Roquefort s'est fait avec de la présure qui est quand même pas mal dosée.
- 21:31Et puis,
- 21:32c'était fait sans moule.
- 21:33Donc,
- 21:33on prenait du cahier qui était doux et on le mettait sur de la paille.
- 21:38Et avec la louche,
- 21:38ça prenait la forme que ça avait.
- 21:39Donc,
- 21:40c'était un peu plat.
- 21:41Et ça marchait.
- 21:43Mais bon,
- 21:43voilà.
- 21:44On le retournait,
- 21:44on le mangeait soit frais,
- 21:46soit un petit peu affiné à 7-8 jours.
- 21:49Donc,
- 21:49l'histoire,
- 21:50c'était ce que ma belle-mère et sa mère avaient toujours fait.
- 21:53On est partis,
- 21:54sauf qu'on les a mis dans les moules,
- 21:55nous.
- 21:55Parce que sur la paille,
- 21:56c'était pas très commode.
- 21:58Voilà.
- 21:58C'était autrefois.
- 22:00C'était autrefois.
- 22:02Et voilà,
- 22:02c'est bien de savoir d'où on vient,
- 22:03mais c'est bien aussi d'évoluer parce qu'on en a besoin.
- 22:06Et après,
- 22:06vous faites des pâtes pressées non cuites également ?
- 22:08Alors,
- 22:09on fait des pâtes pressées non cuites.
- 22:10Alors historiquement,
- 22:12mes beaux-parents et ma belle-sœur faisaient de la tomme comme ça,
- 22:16souvent le dimanche.
- 22:18Nous,
- 22:19on en faisait un petit peu et puis on a eu à un moment donné,
- 22:25et ça c'était lié à l'eau,
- 22:28on a eu des problèmes de moisissures sur les croûtes des pâtes molles parce qu'on faisait principalement des pâtes molles qui nous allaient pas.
- 22:38Et là,
- 22:40je ne rendrai jamais assez hommage au préfet qui a fait installer un traitement de l'eau en amont de la fromagerie,
- 22:45qui a permis de régler ces problèmes de moisissure.
- 22:48Mais jusque-là,
- 22:49on faisait surtout des pâtes molles et puis les tomes,
- 22:51c'était anecdotique.
- 22:53Et là,
- 22:53nous,
- 22:54pour que ça marche,
- 22:55on a fait plus de tomes et on a surtout fait la soreliette.
- 22:58Et c'est aussi pour ça qu'on l'a appelée soreliette,
- 23:00parce que sorel en occitan,
- 23:01ça veut dire soleil.
- 23:01Et la soreliette,
- 23:02ça a été notre petit soleil,
- 23:03parce qu'on commençait à...
- 23:04Avoir que du noir partout,
- 23:05du moisissure,
- 23:06toutes les couleurs.
- 23:07Ça tombe bien sur la souréliette.
- 23:11Il y a du muco.
- 23:12Il y a du muco.
- 23:12Donc,
- 23:12on voit du noir.
- 23:13Voilà.
- 23:15Et puis,
- 23:17on avait réglé les problèmes de pseudomonas.
- 23:19Donc,
- 23:19ça,
- 23:19c'était bien parce que l'eau ne nous avait pas arrangé.
- 23:22Et là,
- 23:22du coup,
- 23:24ça a été en 2008 qu'on a lancé la souréliette.
- 23:27Et que du coup,
- 23:28voilà,
- 23:29on a décliné les tomes.
- 23:31Et on avait commencé à faire,
- 23:32depuis quelques années,
- 23:33les meules.
- 23:34pour pouvoir garder des fromages plus longtemps.
- 23:37Et surtout parce que la brebis,
- 23:39elle a du lait pas mal à un moment,
- 23:41et puis très peu à la fin de la lactation.
- 23:43Il y a des éleveurs chez qui on se déplace pour 80 litres à la fin de la lactation.
- 23:47Donc ça ne vaut pas vraiment le coup économiquement.
- 23:49Elle a moins d'un quart de litre par jour à la fin de sa lactation,
- 23:53la brebis.
- 23:54Donc voilà,
- 23:56c'est compliqué.
- 23:57Donc on sait qu'il y a des périodes où on a beaucoup de lait,
- 23:59et où en pâte molle,
- 24:02on n'avait pas de solution.
- 24:03On ne peut pas les garder trop longtemps.
- 24:05Donc,
- 24:05le fait de faire des meules qui font
- 24:076-7 kilos,
- 24:08ça nous permet d'avoir un fromage de garde qu'on peut ensuite distribuer sur un temps plus long.
- 24:14Et aujourd'hui,
- 24:15vous faites également du fromage de lactosérum,
- 24:18un petit peu.
- 24:19Oui.
- 24:20Que vous appelez la brousse.
- 24:21Qu'on appelle la brousse.
- 24:23Et brousse ou recuite,
- 24:24selon qu'on l'avance.
- 24:25Est-ce que tu peux nous expliquer en quelques mots comment on fait ce fromage ?
- 24:29Alors,
- 24:29c'est magique et c'est beau à voir.
- 24:31Parce que la brousse,
- 24:32on prend le petit lait.
- 24:33Donc,
- 24:34si on fait de la brousse,
- 24:34on le fait forcément avec du lait,
- 24:36du petit lait de pâte molle ou de thôme.
- 24:39Parce qu'en lactique,
- 24:40le petit lait de lactique,
- 24:41il n'y a plus rien pour rien récupérer.
- 24:44Donc,
- 24:44on prend le petit lait,
- 24:45on le réchauffe.
- 24:47en le remuant,
- 24:48et en fait les protéines vont floculer,
- 24:51et quand on fabrique la recuite,
- 24:54on tourne,
- 24:55on tourne,
- 24:55on tourne,
- 24:55et à un moment ça flocule,
- 24:56on a l'impression qu'il neige à l'envers,
- 24:59ça remonte à la surface,
- 24:59et puis ça forme une espèce de croûte,
- 25:01là il faut arrêter de remuer parce que sinon on casse tout,
- 25:04donc il faut être précautionneux,
- 25:06on a une forme de croûte,
- 25:07et là on laisse poser,
- 25:09et puis délicatement on prend,
- 25:11et on met dans des petits paniers,
- 25:12on laisse égoutter.
- 25:13C'est bon pour les sportifs,
- 25:15c'est bon pour tout un tas de recettes,
- 25:16c'est bon comme ça.
- 25:17Et on peut faire plein,
- 25:18plein de choses avec la brousse.
- 25:20Des lasagnes,
- 25:20moi j'aime bien parce que c'est léger.
- 25:23Lasagne,
- 25:24épinards,
- 25:24brousse,
- 25:25c'est super.
- 25:26Noix dessus,
- 25:27on fait...
- 25:28Ça ouvre l'appétit.
- 25:30On peut faire plein de choses avec ça.
- 25:32Aujourd'hui,
- 25:33on a parlé de plein de beaux succès,
- 25:35mais il y a eu des périodes un petit peu plus difficiles pour la fromagerie.
- 25:39Est-ce qu'on...
- 25:40peut partager un peu ces moments,
- 25:42puisque dans l'histoire d'une entreprise,
- 25:43il y a des périodes de haut,
- 25:45il y a des périodes de bas,
- 25:47des périodes de bas où on est parfois,
- 25:49qui sont parfois un peu contre notre volonté.
- 25:55Oui,
- 25:57moi j'étais et je suis toujours très attachée aux laits crus,
- 25:59en travaillant les crues jusqu'en 2018,
- 26:03mais on a passé des épisodes qui ont été assez terribles,
- 26:06puisqu'on a eu des contaminations de lait et
- 26:10en listeria,
- 26:12qui nous ont amenés à détruire beaucoup de fromages,
- 26:15qui font que c'est démobilisant pour tout le monde.
- 26:17Pour les éleveurs,
- 26:18parce qu'on a du mal à payer le lait quand il n'est pas bon.
- 26:21Pour les salariés,
- 26:22parce que voir jeter des fromages,
- 26:24ça ne va pas.
- 26:25Et puis,
- 26:26moi j'avoue,
- 26:26je me suis beaucoup entêtée là-dedans,
- 26:28dans le fait de garder le lait cru,
- 26:30jusqu'au jour où c'était soit on arrête tout,
- 26:34parce qu'on ne peut pas continuer à jeter autant.
- 26:39soit on trouve une alternative pour rester quand même dans ce qu'on a envie de faire.
- 26:45Et c'est là qu'on est passé au léthermisé.
- 26:46Vous vous êtes battu à un moment ?
- 26:48On s'est battu longtemps.
- 26:50Certains me disent trop longtemps,
- 26:52parce que j'ai perdu des forces et puis on y a perdu pas mal d'argent,
- 26:55on y a perdu de la motivation.
- 26:58Ce qu'on y a gagné,
- 26:59c'est qu'on a recréé,
- 27:00on a mobilisé pas mal de gens autour du FEDOU qui nous ont dit non,
- 27:03non,
- 27:04continuez,
- 27:04et qui ont mis des sous dans la bataille pour qu'on...
- 27:07pour qu'on investisse et qu'on travaille autrement.
- 27:13Et puis,
- 27:15on était assez...
- 27:18C'est difficile parce qu'on y croit,
- 27:19on l'est cru,
- 27:20que c'est important d'avoir cette diversité,
- 27:22cette biodiversité-là,
- 27:23et qu'en même temps,
- 27:25on n'ait pas de taille à lutter contre les vents contraires.
- 27:30Et puis,
- 27:30vous vous retrouviez face à l'administration,
- 27:33où parfois c'est plus compliqué.
- 27:35Oui,
- 27:35parce qu'on prend ceinture bretelle et barnum.
- 27:38On dit qu'on a un lot qui ne va pas.
- 27:41On a un lait qui est à moins de 1 en listeria.
- 27:47Ça veut dire qu'on n'est même pas capable de le trouver.
- 27:49On sait qu'il y en a,
- 27:50mais on n'est même pas capable de le compter.
- 27:52On arrive à des choses qui sont excessives.
- 27:54Il nous est arrivé une fois d'avoir des contaminations importantes.
- 27:57Là,
- 27:58je comprends qu'on jette des fromages quand on a une contamination importante.
- 28:01Mais quand on a du lait qui est...
- 28:03inférieur à 1 en listeria et qu'on a des fromages qui sont...
- 28:05On en a fait 10,
- 28:06on en a fait 20,
- 28:07on en a fait 30 sur le lot.
- 28:09Après,
- 28:09bientôt,
- 28:10on aura fait tout le lot.
- 28:11Mais bon,
- 28:12c'est comme ça.
- 28:12Et à force de se battre,
- 28:15un jour,
- 28:15il faut se dire on veut rester vivant,
- 28:19c'est plus important.
- 28:20Donc,
- 28:21on a fait le choix de thermiser et de continuer,
- 28:23par contre,
- 28:23à ensemencer nos laits avec des flores qui ont été prélevées sur du lait sur trois troupeaux,
- 28:30dont le lait
- 28:31dans le troupeau familial,
- 28:33sur les mamelles,
- 28:33dans le lait et puis dans l'environnement.
- 28:36Et du coup,
- 28:36ces flores sont cultivées et on ré-ensemence tous nos fromages avec ces flores-là.
- 28:41Tu nous parles du troupeau familial,
- 28:42mais c'est vrai qu'on n'en a pas parlé en introduction de ça.
- 28:45Oui,
- 28:45parce qu'historiquement,
- 28:46s'il y avait un troupeau...
- 28:48Une sperme,
- 28:48il y a le monde ferme.
- 28:49Il y a toujours.
- 28:50Il y a toujours.
- 28:51Si avec mon mari,
- 28:52on a quitté la ferme,
- 28:54il y a mon beau-frère qui a gardé...
- 28:56Deux de mes beaux-frères qui ont pris le relais.
- 28:57Et puis maintenant,
- 28:58ce sont...
- 29:01un de mes neveux et le dernier de mes fils,
- 29:02avec leurs compagnes qui sont sur la ferme et qui continuent à faire valoir la ferme.
- 29:08Donc,
- 29:09ils font du lait pour le fait d'où ?
- 29:10Eux aussi,
- 29:11ils innovent puisqu'ils font des glaces.
- 29:13Et c'est chouette d'avoir de la jeunesse qui a du peps aussi et qui a des idées.
- 29:16Donc,
- 29:17demain,
- 29:18l'avenir du FEDOU,
- 29:19c'est quoi ?
- 29:19Parce qu'aujourd'hui...
- 29:21J'ai des cheveux blancs !
- 29:24Je ne savais pas comment apporter le sujet,
- 29:28mais aujourd'hui,
- 29:30il y a quand même...
- 29:30Donc,
- 29:30on a parlé de périodes difficiles,
- 29:33de super succès avec le Klaus Witz,
- 29:36etc.
- 29:36Mais dans la fromagerie,
- 29:38tu as la chance de travailler avec un de tes fils.
- 29:40Et du coup,
- 29:41pour toi,
- 29:42c'est quoi l'avenir du FEDOU ?
- 29:44L'avenir du FEDOU,
- 29:45c'est que ça continue.
- 29:46L'avenir du FEDOU,
- 29:47c'est que ce soit ancré sur le territoire aussi,
- 29:50parce que les éleveurs sont très mobilisés.
- 29:52L'avenir du FEDOU,
- 29:53c'est qu'il y ait des parties prenantes,
- 29:55des actionnaires qui soient très impliqués et qui soient garants que,
- 29:59comme c'est dans le préobule de notre statut,
- 30:01que le FEDOU soit là pour être une activité économique sur le cosmégeant.
- 30:06Et que jusqu'à ce qu'on change les statuts,
- 30:08ce n'est pas prévu.
- 30:09Enfin,
- 30:09c'est important d'être ancré dans ce territoire-là.
- 30:11Donc l'avenir du FEDOU,
- 30:12il est là.
- 30:13Il est avec
- 30:14Vincent qui est là depuis quelques années et qui a envie de continuer.
- 30:18Il est avec des salariés qui se forment et qui ont envie que les choses évoluent bien.
- 30:24Il est avec des clients qui suivent.
- 30:26Il est avec des clients qui suivent,
- 30:27qui sont très motivés,
- 30:29qui sont très aidants pour avoir des idées,
- 30:32pour transmettre aussi ce qu'on est,
- 30:35nous,
- 30:35ici.
- 30:36Donc l'avenir du FEDOU,
- 30:37il est à travers toute cette palette-là.
- 30:40Et en même temps,
- 30:41l'avenir du feed-woo,
- 30:42il va y avoir forcément une étape de transmission.
- 30:45Ça,
- 30:45ça prendra quelques temps.
- 30:47Et Vincent aura besoin aussi d'avoir des vis-à-vis.
- 30:50Tout ça,
- 30:50c'est en train de se construire.
- 30:52Et c'est à inventer,
- 30:53trouver des solutions pour que chacun soit bien dans son activité,
- 30:57que ça continue et qu'il y ait toujours à la fois cette vigilance à rester là,
- 31:03à développer l'activité ici sur le Méjean,
- 31:06et en même temps,
- 31:07accompagner les éleveurs à ce que...
- 31:10les évolutions,
- 31:11on a le climat qui change,
- 31:12donc on n'a plus de neige l'hiver,
- 31:13ou très peu.
- 31:15Il faut qu'on ait des autonomies fourragères qui soient garanties.
- 31:18On a des gros,
- 31:19gros chantiers.
- 31:20On a plein d'idées sur des fromages nouveaux.
- 31:22Donc voilà,
- 31:23il y a plein de choses qui vont continuer à être faites.
- 31:26Pour terminer,
- 31:26Florent,
- 31:27je voudrais une question.
- 31:28Quelle est ta pizza préférée ?
- 31:31Alors,
- 31:31ma pizza préférée,
- 31:32c'est la Cosnard.
- 31:33Et elle est faite dans le...
- 31:35Ça aussi,
- 31:36c'est une super belle réussite.
- 31:37C'est une jeune femme qui s'est réinstallée,
- 31:41qui s'est installée en le réaménageant dans le garage,
- 31:43dans l'ancien garage auto de son papa,
- 31:45qui avait déménagé ailleurs.
- 31:47Et elle,
- 31:47elle est revenue pour s'installer et faire une pizzeria au départ.
- 31:52Et puis maintenant,
- 31:52ils font pas mal d'autres choses.
- 31:54Et sur la Cosnard,
- 31:55il y a quoi ?
- 31:55Il y a du Klausu,
- 31:56de la merguez.
- 31:58et de la salade.
- 31:58Donc,
- 31:59elle est excellente et je vous la conseille.
- 32:01Il faut venir jusqu'ici.
- 32:02Il faut venir jusqu'ici.
- 32:03C'est très confidentiel.
- 32:05Mais avec grand plaisir d'aller goûter une cosnarde.
- 32:08Voilà.
- 32:08Merci beaucoup,
- 32:09Florence,
- 32:09de ton accueil aujourd'hui.
- 32:11Merci à toi.
- 32:11Merci à vous de nous avoir écoutés jusqu'au bout.
- 32:14Je vous donne rendez-vous bientôt pour un nouvel épisode.
- 32:17En attendant,
- 32:18n'hésitez pas à nous envoyer des commentaires et à nous mettre 5 étoiles sur les réseaux.
- 32:24Merci beaucoup.
- 32:25À très bientôt pour un nouvel épisode.
- 32:27de l'échange.