Latest / L'état d'esprit / L'état d'esprit de Jean-Baptiste Grangé, boulanger, patissier et chef d'entreprise
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- 0:00Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de l'état d'esprit.
- 0:04Aujourd'hui on part à la rencontre de Jean-Baptiste Granger,
- 0:07un artisan boulanger qui a trouvé sa voie presque par hasard pour finalement devenir l'un des boulangers les plus talentueux de sa génération.
- 0:16Ancien champion d'Europe,
- 0:17enseignant à 21 ans,
- 0:19puis chef d'entreprise à la tête de plusieurs boutiques.
- 0:22Il incarne à la fois l'exigence,
- 0:24la transmission et l'envie de créer.
- 0:26Bonjour Jean-Baptiste,
- 0:27on se trouve où ici ?
- 0:29Donc ici,
- 0:30on est au laboratoire de production des boulangeries et pâtisseries granger.
- 0:34Donc ça va faire deux ans maintenant qu'on est installé ici à Assat.
- 0:39Et tout ce que vous pouvez retrouver en boutique se fabrique ici.
- 0:42Donc c'est pour ça que ça sent aussi bon.
- 0:45Alors j'ai lu,
- 0:46qu'enfin vous n'aimiez pas trop,
- 0:48on va dire,
- 0:49le pain ni les pâtes.
- 0:51Et pourtant,
- 0:51vous êtes devenu boulanger.
- 0:53Comment s'est opéré ce virage,
- 0:55on va dire ?
- 0:55Alors ce virage très particulier,
- 0:58en fait c'est en fin de troisième,
- 1:00je suis parti en seconde mais sans grandes ambitions.
- 1:03Et au cours de ma seconde,
- 1:05ma scolarité ne se passait pas hyper bien,
- 1:07je n'avais pas trop envie d'étudier.
- 1:09C'est un conseiller d'orientation qui m'a aiguillé,
- 1:12qui m'a fait remplir un QCM tout à fait basique et où en est ressortie la boulangerie.
- 1:18Il m'a dit écoute l'année va être longue,
- 1:20il faut que tu fasses des stages,
- 1:21fais un stage en boulangerie,
- 1:21tu vois si ça te plaît.
- 1:23Et effectivement,
- 1:23je trouvais ça un peu surprenant parce que je ne mangeais pas de pain,
- 1:26pas de pâtes et je n'étais pas adepte à tous ces produits-là.
- 1:29Moi,
- 1:29je me suis dit que j'allais préférer ça que l'école.
- 1:32Donc,
- 1:32c'était aussi ça.
- 1:33Je n'étais pas un mauvais élève,
- 1:35mais je n'arrivais pas à rester en place,
- 1:37un peu comme maintenant.
- 1:38Et du coup,
- 1:39l'idée,
- 1:39c'était d'aller voir,
- 1:40de découvrir.
- 1:41Et c'est là où j'ai rencontré
- 1:44M. Chastel qui aura grandement contribué à ma réussite.
- 1:47Justement,
- 1:48votre apprentissage,
- 1:49vous le faites chez Jean-François Chastel à Pontac.
- 1:51Vous dites avoir été accueilli comme un fils.
- 1:54Comment cette expérience vous a-t-elle façonné ?
- 1:58Déjà quand on arrive,
- 1:58parce que vous étiez jeune,
- 2:00quand on arrive comme ça dans un apprentissage,
- 2:02comment on est ?
- 2:03On est un peu démuni face au métier parce qu'on ne connaît pas grand chose,
- 2:08voire rien.
- 2:09Donc déjà j'ai eu beaucoup de mal à rentrer chez lui parce que je n'arrivais pas à trouver de patron.
- 2:14C'est-à-dire qu'à cette époque-là,
- 2:15c'était aussi ça qui inquiétait mes parents,
- 2:16c'est que,
- 2:17ok,
- 2:18faire un appréciation...
- 2:19apprentissage en boulangerie mais je ne trouvais pas d'employeur et monsieur Chastel m'avait dit non une première fois et en revenant quelques mois après finalement il m'a dit écoute j'ai quelqu'un qui ne vient pas je vais te prendre donc je suis arrivé dans ce métier dans cette petite entreprise familiale où il était avec sa compagne Laetitia et
- 2:38de suite effectivement accueilli presque comme un fils parce que j'ai toujours été euh
- 2:43Bien constitué et très volontaire.
- 2:46J'ai de suite pris passion pour le métier.
- 2:49Et ça s'est enchaîné comme ça pendant quelques années.
- 2:52Et ça vous plaît de suite ou pas ?
- 2:54Oui,
- 2:54ça me plaît de suite.
- 2:55C'est étonnant parce que je ne connaissais pas trop,
- 2:58voire pas du tout le métier.
- 2:58On avait un ami qui était boulanger sur Coiraz.
- 3:02J'avais dû y aller peut-être quelques fois avec mon père,
- 3:05mais je n'en avais pas un souvenir non plus.
- 3:06Je ne m'étais jamais dit que c'est exactement ça que je veux faire.
- 3:09Et non,
- 3:10non,
- 3:10ça m'a plu.
- 3:11Et ce qui m'a plu,
- 3:11en fait,
- 3:12c'était le côté d'avoir l'impression de servir à quelque chose.
- 3:15Et donc,
- 3:16j'étais hyper content.
- 3:16Tous les matins,
- 3:17il me tardait d'aller au boulot,
- 3:18en fait.
- 3:18Donc,
- 3:19c'était ces choses assez rares.
- 3:21Mais j'étais hyper motivé et vite à la culture de vouloir faire bien le mieux possible tous les jours.
- 3:29Et qu'est-ce qui vous a plu ?
- 3:30Qu'est-ce qui vous plaisait ?
- 3:31La matière ?
- 3:32Ouais,
- 3:32la matière,
- 3:33le fait de transformer quelque chose,
- 3:34vraiment de servir à quelque chose,
- 3:37en fait.
- 3:37Et j'avais vraiment...
- 3:38l'impression de servir à quelque chose plus que sur un banc d'école où j'écoutais à moitié.
- 3:43Et donc,
- 3:43je transformais.
- 3:44Tous les jours,
- 3:44je voyais le père.
- 3:45C'est un métier qui est toujours fabuleux parce qu'on n'a rien quelques heures avant et on sort un produit en quelques heures.
- 3:54On fait quelque chose vraiment de concret.
- 3:56Et donc,
- 3:56j'ai tout de suite été pris de passion par le métier.
- 4:00Après tout,
- 4:01vous êtes lancé dans les concours.
- 4:03Pourquoi ?
- 4:05Alors pourquoi ?
- 4:06Ça vient de mon professeur en chambre des métiers,
- 4:09Didier Lalise,
- 4:10que j'embrasse.
- 4:11Et Didier,
- 4:13ça a été mon enseignant à la chambre des métiers de Pau.
- 4:16Et de suite,
- 4:17il m'a proposé de faire des concours quand j'étais en CAP,
- 4:21quand j'étais tout jeune.
- 4:23Et donc c'est lui qui m'a dit,
- 4:24écoute,
- 4:25il existe tel concours,
- 4:26tel concours.
- 4:26Donc j'ai commencé par faire les Olympiades des métiers en boulangerie,
- 4:30que j'avais remporté au niveau régional,
- 4:32en pâtisserie l'année d'après.
- 4:34Et ensuite,
- 4:35il m'a inscrit au concours de meilleur apprenti de France en 2011.
- 4:40Et donc là,
- 4:40grande aventure.
- 4:41Moi qui n'étais jamais parti de Montbéarn,
- 4:43je suis parti en Alsace,
- 4:45à Eschaux,
- 4:46dans un CFA,
- 4:47faire le concours de meilleur apprenti de France.
- 4:48C'est lui qui m'y avait préparé.
- 4:50Donc j'ai pris l'avion pour la première fois.
- 4:52Et je suis parti avec lui,
- 4:55pareil,
- 4:56un peu comme un père et son fils.
- 4:58On était hyper proches.
- 5:01Et du coup,
- 5:01j'ai remporté le titre de meilleur apprenti de France en
- 5:052011. Donc,
- 5:06c'était mon troisième concours,
- 5:07mais ça a été vraiment le déclic sur la partie compète et challenge.
- 5:12Qu'est-ce qui vous plaisait là-dedans ?
- 5:14Le côté très rigoureux,
- 5:15le côté de se challenger.
- 5:17En fait,
- 5:18vraiment,
- 5:18je suis un homme de challenge.
- 5:21Je m'ennuie assez vite et j'ai besoin de me donner des objectifs.
- 5:26Et donc,
- 5:26je trouvais ça hyper intéressant.
- 5:28Donc c'était en complémentarité avec mon employeur,
- 5:32M.
- 5:32Chastel.
- 5:34Je m'entraînais tout le temps,
- 5:35j'avais envie de faire toujours mieux,
- 5:37comme dans mon quotidien.
- 5:38Mais le côté concours,
- 5:39c'était des choses qu'on ne faisait pas au quotidien en entreprise.
- 5:41Donc c'est dur à expliquer parce que c'est presque une drogue.
- 5:46Alors quand on est meilleur apprenti de France,
- 5:49qu'est-ce qu'on ressent ?
- 5:50Déjà très fier,
- 5:51très content.
- 5:52C'était super parce que c'est quand même du sacrifice et cette période-là de...
- 5:57de ma vie était un peu entre parenthèses dans ma vie perso parce qu'au final je travaillais beaucoup.
- 6:04Je travaillais tous les dimanches,
- 6:05dès que j'avais du temps libre je m'entraînais ou j'allais en chambre des métiers pour m'entraîner.
- 6:09Donc c'était quand même une vraie réussite et une vraie reconnaissance.
- 6:14Mais donc du coup beaucoup de fierté aussi vis-à-vis de mes parents.
- 6:18Et après une petite sensation d'un peu trop aussi.
- 6:24Après cette période-là,
- 6:25ça devait faire 4 ou 5 ans que j'étais apprenti.
- 6:29J'avais beaucoup travaillé.
- 6:29Donc c'est là où mon parcours pro a basculé un peu après ces concours.
- 6:34Très jeune,
- 6:35vous devenez enseignant.
- 6:37Pourquoi ?
- 6:37C'était une envie de transmettre ?
- 6:39C'était une envie de voir autre chose ?
- 6:40J'ai enseigné l'année quasiment après avoir eu le titre de meilleur apprenti de France ou peut-être un an et demi après.
- 6:47Avec cette sensation d'avoir un peu trop donné et d'avoir un peu tiré sur la corde.
- 6:53Et donc,
- 6:53je me suis dit,
- 6:54prof,
- 6:55finalement,
- 6:56c'est le bon compromis.
- 6:56Je vais rester dans le métier,
- 6:57mais je ne travaillerai plus les vacances,
- 6:59plus les week-ends.
- 6:59Donc,
- 6:59j'avais idéalisé ça.
- 7:01Et du coup,
- 7:02je suis resté.
- 7:03Bon,
- 7:03j'ai enseigné un petit peu à Pau,
- 7:04un peu à Bayonne,
- 7:05avec des hauts,
- 7:06des bas,
- 7:07des déceptions.
- 7:09Parce que je me voyais rester dans l'enseignement.
- 7:11J'ai fait ça quelques années.
- 7:12Après,
- 7:13ça a été le lycée hôtelier de Morlaz pendant 2-3 ans.
- 7:17Et mon côté entrepreneurial.
- 7:21est arrivé et voilà,
- 7:22tout s'est bousculé un petit peu en 2015.
- 7:24Je suis toujours enseignant et l'idée me vient avec un copain boulanger à Nailles pour m'occuper clairement parce que moi faire 20 heures d'enseignement il me manquait quelque chose.
- 7:37Il fallait que je bouge un peu et du coup chez mes parents j'avais une arrière cuisine et je m'étais dit pourquoi pas faire des gâteaux et les commercialiser.
- 7:45Et donc mon copain boulanger à Nailles m'a dit écoute...
- 7:48si tu veux,
- 7:48moi j'en fais pas,
- 7:50fais-moi des gâteaux et vu que je sais pas faire les choses à moitié j'ai de suite voulu faire les choses bien donc ça marchait plutôt bien donc après je suis resté enseignant mais j'ai développé les points de vente enfin les points relais un peu comme j'appelais à l'époque et j'idéalisais ma
- 8:07vie comme ça,
- 8:07ce modèle comme ça en me disant je vais rester enseignant toute ma vie j'ai mon labo de production,
- 8:13j'avais un associé à l'époque et je me suis dit c'est super ont fait euh
- 8:18On fait un complément,
- 8:19c'est très très bien.
- 8:20Et après,
- 8:21toujours pareil,
- 8:21la vie fait que la vérité n'est plus du tout celle-là,
- 8:26mais aucun regret.
- 8:28Donc là,
- 8:28vous continuez cette activité.
- 8:31Vous vous dites quoi ?
- 8:32Vous vous dites,
- 8:33je vais continuer longtemps ou j'ai encore besoin d'un challenge ?
- 8:39Le fameux,
- 8:40toujours Didier,
- 8:41Didier Laliz me dit,
- 8:42écoute,
- 8:43j'étais à Morlaz enseignant,
- 8:44il me dit,
- 8:45j'ai un jeune.
- 8:47qui cherchent à faire une équipe pour la Coupe de France de boulangerie.
- 8:49Donc ce jeune-là,
- 8:50c'est
- 8:51Nicolas Gruel,
- 8:52mon copain.
- 8:53J'ai fait une année 2018 au taquet en mode entraînement,
- 8:59enseignement,
- 9:00mais aussi l'activité qui prenait de l'ampleur en parallèle.
- 9:03Donc une année encore un peu compliquée.
- 9:05Et début 2019,
- 9:06le concours.
- 9:08Donc on est parti à la Coupe de France sans trop savoir notre niveau.
- 9:12On s'était bien entraîné,
- 9:14mais très dur.
- 9:15c'est à dire que
- 9:16J'étais capable de m'entraîner de minuit à 7h et de faire ma journée d'enseignement classique de 7h à
- 9:2314h-15h et l'après-midi de devoir retourner au labo pour faire une période rude.
- 9:28Mais au final,
- 9:31on a remporté la Coupe de France de boulangerie en 2019 avec Nicolas et Gaëtan qui étaient notre troisième partenaire.
- 9:39Et un peu la bis répétita on va dire,
- 9:43mais au final overdose.
- 9:46Trop,
- 9:47c'est un peu mon défaut,
- 9:48c'est-à-dire que je donne beaucoup,
- 9:50mais après,
- 9:50je suis capable d'exploser,
- 9:52donc là,
- 9:52j'apprends sur ça.
- 9:54Donc,
- 9:54j'ai quitté l'enseignement un peu avec perte et fracas courant 2019,
- 9:59parce que voilà,
- 9:59je...
- 10:00J'étais un peu perdu et je ne savais plus trop quoi faire.
- 10:03Donc on a gagné ce titre et c'est vrai que naturellement,
- 10:06on m'est venu l'envie après de me dire,
- 10:09il faut que je fasse quelque chose,
- 10:10il faut que j'entreprends.
- 10:11Donc j'ai passé une année un peu morose,
- 10:15on va dire.
- 10:16On était du coup qualifiés pour la Coupe d'Europe,
- 10:18la Coupe d'Europe de boulangerie.
- 10:19Donc on était tous les trois encore et on a remporté la Coupe d'Europe,
- 10:24donc fin 2019 et c'est là où vraiment ça a été le déclic.
- 10:27Avec un peu de chance,
- 10:28les planètes sont bien alignées,
- 10:29on m'a proposé de racheter la boulangerie Marsan,
- 10:32qui était un de nos clients en pâtisserie,
- 10:35qu'on servait depuis le petit laboratoire.
- 10:38Et donc tout s'est bien goupillé.
- 10:39Donc 2020 s'était acté et début 2021,
- 10:43on a ouvert notre première boutique en nom propre à Pau.
- 10:46Et là,
- 10:47qu'est-ce qu'on se dit ?
- 10:48On se dit,
- 10:49on réfléchit,
- 10:50c'est le moment,
- 10:53c'est normal.
- 10:54C'est le moment,
- 10:54en fait c'était le moment,
- 10:56j'en avais envie finalement,
- 10:57l'activité sur laquelle on servait les professionnels marchait bien,
- 11:03on devait être deux ou trois à travailler à cette époque-là,
- 11:07et on s'est dit allez c'est le moment,
- 11:09l'emplacement était super,
- 11:11Pau pour nous ça fait toujours,
- 11:12moi étant de Bénéjac,
- 11:13Pau c'était un peu notre capitale à nous,
- 11:15et d'être réinstallé à Pau c'est un peu le graal,
- 11:19donc je me suis dit plein centre-ville,
- 11:21l'occasion est trop belle de la laisser passer.
- 11:24Et donc,
- 11:26ma compagne m'a suivi dans le projet,
- 11:27elle m'a dit,
- 11:27écoute,
- 11:28allez,
- 11:28on y va.
- 11:29Si vraiment tu veux faire ça,
- 11:30je t'accompagne au moins une année.
- 11:32Et bon,
- 11:33là,
- 11:34elle est toujours avec moi et elle est toujours dans l'entreprise,
- 11:36mais c'était le bon moment.
- 11:38Il y a une peur,
- 11:39il y a des craintes ?
- 11:40La peur,
- 11:40c'était le Covid,
- 11:41parce que 2021,
- 11:42on a ouvert février 2021,
- 11:44on était en plein Covid.
- 11:45Donc effectivement,
- 11:46ce n'était pas l'idéal.
- 11:47On était,
- 11:47je crois,
- 11:47entre la deuxième ou troisième vague et on était un peu inquiets de ça.
- 11:53Et puis,
- 11:53on était habitués,
- 11:54nous,
- 11:54à gérer que de la livraison,
- 11:55à faire nos gâteaux,
- 11:56les livrer,
- 11:56être entre guillemets peinards et se dire on n'a pas la partie vente.
- 12:01Souvent,
- 12:01je fanfaronnais,
- 12:02je me disais moi,
- 12:03je n'ai pas de vente à gérer.
- 12:04Moi,
- 12:05je fais mes gâteaux,
- 12:05je les vends,
- 12:06ils sont livrés,
- 12:06ils sont facturés.
- 12:08Donc,
- 12:08on s'est retrouvé avec un nouveau métier.
- 12:10on a embauché 7 personnes qui étaient présentes sur place donc on s'est retrouvé d'être de 3 à 10 donc bon déjà nouvelle chose mais
- 12:20Mais déjà avec de l'ambition de vouloir faire les choses très bien.
- 12:24Et donc après,
- 12:25par la suite,
- 12:26on a constamment fait évoluer ce fonds de commerce.
- 12:29Et comment on arrive à concilier ce parcours finalement ?
- 12:34Enseignant,
- 12:35ensuite petit atelier dans le garage.
- 12:38Ça fait penser à d'autres histoires.
- 12:41Et puis après,
- 12:42on devient chef d'entreprise,
- 12:44presque manager.
- 12:45On va parler même de ce que vous faites actuellement.
- 12:48à ce moment là qu'est-ce que vous dites vous dites j'ai les épaules assez solides ou je n'y pense pas en fait je n'y pensais pas et même encore des fois j'ai du mal à regarder un peu dans le rétro parce que non je ne pensais pas à tout ça ce
- 13:06que je savais et que je sais toujours c'est que je voulais faire du mieux que possible donc en étant hyper exigeant et hyper rigoureux sur ce qu'on allait proposer donc on avait nos idées mais Merci.
- 13:18Entre les idées,
- 13:20les choses qu'on a idéalisées et la réalité,
- 13:23on s'est rendu compte que ça allait être difficile.
- 13:25Parce que moi,
- 13:26j'avais un savoir,
- 13:27mais de transmettre mon savoir à des collaborateurs qui allaient représenter mon image,
- 13:32ça a été quelque chose d'assez difficile au début.
- 13:35Mais pour autant,
- 13:35on était de suite quand même dans une mentalité d'être détaché de la production.
- 13:40Moi,
- 13:41finalement,
- 13:42j'ai peut-être été en production un mois maximum sur ma boutique.
- 13:47Parce qu'on avait quand même l'ambition et l'envie de se détacher pour gérer au mieux notre entreprise.
- 13:56Maintenant,
- 13:56c'est quelque chose qu'on fait au quotidien.
- 13:58Mais c'était quand même déjà être entrepreneur à demi-mot.
- 14:04On l'est beaucoup plus maintenant.
- 14:06Et pourquoi ce choix justement de ne pas être la main dans le cambouis ou dans le pétrin ?
- 14:15C'est une bonne question.
- 14:16Après,
- 14:17je ne sais pas comment l'expliquer parce que c'est vrai que j'adorais ça.
- 14:20Je sortais des concours,
- 14:22j'aimais beaucoup ça.
- 14:23Mais le fait d'avoir beaucoup donné en production,
- 14:28que ce soit pour m'entraîner pour les concours,
- 14:30pour mon apprentissage,
- 14:33je ne me voyais pas.
- 14:34Et puis,
- 14:35j'ai eu de la chance.
- 14:35En fait,
- 14:36je me suis nourri quand même beaucoup de mon expérience de prof parce que je rencontrais beaucoup de chefs d'entreprise chez qui on allait faire des visites.
- 14:43En fait,
- 14:43je ne me voyais pas toute ma vie me dire que ma boîte va être dépendante de moi,
- 14:50d'être tous les jours à faire le pétrin,
- 14:51moi,
- 14:52parce que ça sera bien fait.
- 14:53Donc j'ai de suite eu cette vision un peu de déléguer,
- 14:58mais comment on délègue pour que ce soit...
- 15:00soit représentatif de ce que je veux faire.
- 15:03Donc ça,
- 15:03je l'ai eu de suite.
- 15:04Et bon,
- 15:05maintenant,
- 15:05ça porte ses fruits,
- 15:06entre guillemets.
- 15:06Mais voilà,
- 15:07c'était vraiment notre façon de voir les choses qui a fait que je n'ai pas voulu être trop présent parce que sinon,
- 15:13je pense que la vie ne serait pas la même à l'heure actuelle.
- 15:17Et comment on délègue ?
- 15:19C'est une très bonne question.
- 15:20On délègue au début comme on peut.
- 15:23On pense toujours bien faire.
- 15:25On se trompe.
- 15:26On s'est souvent trompé.
- 15:28en étant un peu trop gentil.
- 15:32C'est vraiment quelque chose qui a été le plus dur pour nous et on est loin d'être les meilleurs là-dessus,
- 15:38mais on progresse tous les jours.
- 15:40On délègue surtout en faisant confiance,
- 15:42en ayant la chance de s'entourer des bonnes personnes aussi,
- 15:45mais la chance se provoque parce que le côté concours a fait qu'on arrivait à recruter assez facilement.
- 15:53On avait une image plutôt...
- 15:55plutôt positive auprès des jeunes et donc on s'est de suite entouré de très bons collaborateurs sur la partie production.
- 16:04Donc c'était quand même plus facile de transmettre à des gens qui étaient motivés et qui venaient travailler entre guillemets pour moi plus que pour une entreprise.
- 16:11Donc c'était assez fluide et ça s'est fait naturellement.
- 16:16Actuellement,
- 16:16vous avez combien de salariés ?
- 16:18Alors actuellement,
- 16:19les choses ont bien changé.
- 16:19On est 50 à l'heure actuelle.
- 16:23On a un nouveau projet.
- 16:25on en parlera peut-être tout à l'heure,
- 16:26mais logiquement,
- 16:28d'ici quelques mois,
- 16:29on sera 65.
- 16:31Et voilà,
- 16:32après,
- 16:33c'est un tout autre métier que j'aime autant que la boulangerie.
- 16:37Et c'est ce qui fait aussi que notre ambition devra s'arrêter vite parce qu'on veut rester dans la maîtrise et dans l'humain.
- 16:46Donc voilà,
- 16:48c'est des problèmes,
- 16:49mais ça en est quand même.
- 16:50Justement,
- 16:50est-ce que ce n'est pas un risque,
- 16:51finalement,
- 16:53de grandir ?
- 16:54Et finalement,
- 16:55de perdre peut-être un peu son âme,
- 16:58alors c'est peut-être un grand mot,
- 16:59mais en tout cas,
- 17:01l'idée que vous aviez peut-être au départ ?
- 17:04Effectivement,
- 17:06c'est un très bon sujet,
- 17:07parce que quand on voit les infrastructures et le nombre qu'on est,
- 17:12on peut avoir tendance à se dire que ça y est,
- 17:15c'est industriel,
- 17:16on a beaucoup de machines.
- 17:19L'idée,
- 17:19c'est que pas du tout.
- 17:20Au contraire,
- 17:21on est artisan,
- 17:22on transforme.
- 17:23Tous nos produits,
- 17:2499,9%,
- 17:26on transforme,
- 17:27on fait tout maison.
- 17:28C'est aussi pour ça qu'on est très nombreux.
- 17:30On forme une dizaine d'apprentis par an entre les boulangers,
- 17:33les pâtissiers.
- 17:34Donc ça,
- 17:35c'est un souhait et ça,
- 17:36je veux le garder.
- 17:36C'est pour ça qu'on transforme beaucoup,
- 17:38mais on a d'un côté une réalité économique qui fait qu'on a des boutiques qui tournent très bien,
- 17:46où on passe beaucoup de quantités,
- 17:48donc on a automatisé certaines tâches qui n'avaient plus de valeur ajoutée.
- 17:52Donc maintenant,
- 17:52c'est un jeu de chaise musicale.
- 17:54Il faut arriver à trouver le bon équilibre entre faire maison,
- 17:58et ça,
- 17:59c'est notre ADN,
- 18:00c'est-à-dire que ça ne changera jamais.
- 18:02C'est pour ça que je te disais que finalement,
- 18:05notre ambition devra se canaliser un petit peu,
- 18:09avec un peu de frustration,
- 18:10bien sûr,
- 18:11mais parce que je tiens trop à mes collaborateurs et je veux qu'on reste,
- 18:15entre guillemets,
- 18:15familial,
- 18:16artisanal.
- 18:17C'est de 10 à 48,
- 18:18enfin à 50 maintenant.
- 18:20Il s'est passé plein de choses et notamment en 2023 où l'envie et la magie des concours est revenue avec la meilleure boulangerie de France qui nous a contactés.
- 18:32Ça faisait deux,
- 18:33trois ans que je n'avais pas fait de concours et c'était vraiment la bonne occasion d'y aller.
- 18:38Donc on a remporté la dixième saison de la meilleure boulangerie de France en binôme avec Antoine qui est mon chef pâtissier et qui est toujours là avec moi.
- 18:47Donc ça a été un gros tremplin,
- 18:49la boutique travaillait bien,
- 18:50mais là ça a vraiment été un gros tremplin,
- 18:52on est quasiment passé du simple au double en chiffres.
- 18:55Donc ça a été une période assez difficile à gérer,
- 18:57parce qu'on n'avait toujours pas l'outil de production ici,
- 18:59il est arrivé un tout petit peu après la diffusion de la finale.
- 19:04Donc on a grandi,
- 19:05on était vite 30,
- 19:06et en 2024,
- 19:11on a ouvert Nosti,
- 19:12notre deuxième point de vente.
- 19:14Voilà,
- 19:14parce qu'on était en place,
- 19:16on avait notre labo de prod qui était là,
- 19:18qui était disposé à faire un peu plus et on avait un tel engouement sur pot qu'on avait envie de dupliquer un peu le projet.
- 19:27Et comme j'ai toujours un peu les planètes qui s'alignent bien,
- 19:31j'avais dans mes clients professionnels une boulangerie à vendre sur la commune de Nosti.
- 19:38Et donc tout s'est bien enchaîné et on a ouvert en 2024 la boutique.
- 19:44Et maintenant,
- 19:45effectivement,
- 19:46un dernier projet.
- 19:47Alors,
- 19:47je dis un dernier,
- 19:48mais ma compagne me reprend toujours parce que je ne sais pas si ce sera le dernier,
- 19:51mais en tout cas,
- 19:52ce ne sera pas loin.
- 19:53Un projet d'ouverture sur la plaine de Nailles qui est chez moi.
- 19:57Et c'est un peu la façon de boucler la boucle,
- 20:00mais de revenir.
- 20:01Moi,
- 20:01j'ai fait un peu l'inverse souvent.
- 20:03Souvent,
- 20:04certains commencent à Nailles et finissent à Pau.
- 20:07Et moi,
- 20:08je suis content de revenir sur mes terrains.
- 20:10Donc,
- 20:10comment on arrive à la fois à déléguer et à...
- 20:14continuer à être exigeant,
- 20:15comment on transmet cette exigence ?
- 20:17Je suis très exigeant avec moi-même,
- 20:19avec mes collaborateurs aussi mais je suis un réel gentil donc j'ai beaucoup de mal à être exigeant,
- 20:25la solution la plus simple pour moi ça a été de m'entourer de personnes un peu stratégiques dans mon entourage pro notamment ma compagne qui est là au quotidien et
- 20:38Guillaume qui est notre directeur de boutique qui entre guillemets
- 20:42a le mauvais rôle,
- 20:42même si on n'est vraiment pas des méchants,
- 20:46mais c'est vrai que mes responsables de prod,
- 20:48mon entourage administratif m'aident beaucoup sur la partie que je n'aime pas trop,
- 20:53qui est dire ce qui ne va pas.
- 20:55Et honnêtement,
- 20:57dans les 50 collaborateurs,
- 20:59tout le monde commence à me connaître.
- 21:00Ce podcast s'appelle « L'état d'esprit » .
- 21:03Quel est votre état d'esprit au quotidien ?
- 21:06Qu'est-ce qui vous anime ?
- 21:11Ce que j'aime le plus,
- 21:12moi,
- 21:12en fait,
- 21:12c'est...
- 21:14Le coterie entrepreneurial,
- 21:15il est arrivé sur le tard parce que,
- 21:17de base,
- 21:18moi,
- 21:19mon métier,
- 21:19c'est la boulangerie,
- 21:20la pâtisserie.
- 21:20J'aime autant l'un que l'autre,
- 21:21on me pose souvent la question.
- 21:23Moi,
- 21:23ce qui m'anime,
- 21:24c'est de voir les boutiques bien rangées,
- 21:28bien remplies,
- 21:29de faire maison,
- 21:32de faire toujours mieux.
- 21:33Et on compare beaucoup,
- 21:35on regarde beaucoup ce que font les autres.
- 21:37Pas dans le sens compétition à proprement parler,
- 21:40mais ça nous booste et ça nous pousse à faire toujours mieux.
- 21:44Et c'est vrai que je ne laisse rien au hasard,
- 21:48que ce soit on essaye,
- 21:49je ne dis pas qu'on est...
- 21:50Moi j'ai souvent tendance à dire qu'on est nul parce que ça pique un peu les équipes,
- 21:53mais ils savent très bien que je ne le pense pas.
- 21:55Mais on veut que tout soit bien pensé,
- 21:58on veut que les gens...
- 22:00Quand ils viennent chez nous,
- 22:01que l'emballage,
- 22:02que le service client,
- 22:03on attache beaucoup d'importance au service client,
- 22:05on rappelle les gens qui sont mécontents,
- 22:07on fait très attention à ça.
- 22:08C'est ça mon quotidien,
- 22:09je veux que les gens soient contents de venir chez nous,
- 22:11que les gens se régalent et surtout que les gens qui travaillent pour moi soient fiers d'être là et surtout qu'ils se sentent bien au travail.
- 22:20On va faire preuve un peu d'imagination,
- 22:21imaginons qu'un jeune Jean-Baptiste d'une quinzaine d'années vienne ici et se questionne.
- 22:29s'interroge sur la suite de sa vie ?
- 22:32Qu'est-ce que vous auriez envie de lui dire ?
- 22:32Je ne suis pas trop du genre à dire croire en ses rêves ou des choses comme ça parce que je n'avais pas de rêve,
- 22:40je n'ai jamais idéalisé ça.
- 22:42Mais par contre,
- 22:43de faire les choses bien,
- 22:44je trouve dommage de ne pas aller au bout des choses.
- 22:47C'est-à-dire que,
- 22:48je n'aime pas ce mot,
- 22:48mais jusqu'au boutiste,
- 22:49c'est-à-dire que même quand je fais quelque chose chez moi,
- 22:52pas du bricolage parce que je n'aime pas ça,
- 22:54mais quand je vais cuisiner,
- 22:55j'ai envie de faire le mieux possible.
- 22:58Et souvent,
- 22:59Ce qui m'agace,
- 23:00c'est que de faire bien,
- 23:02ça ne prend pas plus de temps que de mal faire.
- 23:04Et donc,
- 23:05ça,
- 23:05c'est un peu ma façon de penser.
- 23:07Et c'est le conseil que vous donneriez ?
- 23:08Oui,
- 23:09de faire les choses du mieux possible et vraiment de faire attention à tout.
- 23:14La vie,
- 23:15elle est faite de plein de petits détails,
- 23:17mais c'est souvent ce qui fait la différence.
- 23:19Merci beaucoup,
- 23:20Jean-Baptiste.
- 23:20Merci à toi.