Latest / Flammes des années 80. Le podcast qui allume la femme. / Violences conjugales : se libérer, se reconstruire – avec Maitre Laura Galfi
Transcript
- 0:03Flamme des années 80.
- 0:05Le podcast qui allume la femme.
- 0:10Bonjour,
- 0:11nous sommes au mois de novembre,
- 0:12on parle des violences faites aux femmes et on a la chance de recevoir aujourd'hui
- 0:16Laura. Est-ce que tu veux te présenter Laura ?
- 0:19Oui,
- 0:19déjà je vous remercie de m'accueillir,
- 0:21ça me fait plaisir de parler de ce sujet-là.
- 0:24Moi je suis Laura Galfi,
- 0:25je suis avocate au barreau de Paris,
- 0:28ça va faire bientôt 4 ans.
- 0:31Et donc,
- 0:31je suis avocate,
- 0:33on va dire,
- 0:33dans la défense des victimes de violences conjugales.
- 0:38Donc,
- 0:38ça mêle beaucoup de domaines,
- 0:41le droit pénal,
- 0:42le droit de la famille et aussi la protection des enfants.
- 0:47Du coup,
- 0:47tu ne fais que les victimes,
- 0:48c'est ça ?
- 0:48Je ne fais que des victimes.
- 0:50Les seules fois où je vais être de l'autre côté,
- 0:53de là-bas,
- 0:53on va dire,
- 0:54en défense,
- 0:55c'est quand je dois défendre mes...
- 0:58Mes femmes victimes de violences conjugales qui sont attaquées pour des non-représentations d'enfants,
- 1:04ça reste beaucoup sur la non-représentation d'enfants.
- 1:07C'est vraiment les seules fois où je suis de l'autre côté de la barre,
- 1:10où je vais être en défense du coup,
- 1:11où je vais les défendre en tant que prévenue.
- 1:15D'accord,
- 1:15et comment est-ce que ça t'est venu cette idée ?
- 1:18Est-ce que c'est une idée ?
- 1:19Est-ce que c'est la vie qui t'a amenée à...
- 1:21justement à faire ce métier-là ?
- 1:23En fait,
- 1:24aujourd'hui,
- 1:24je me rends compte qu'effectivement,
- 1:26je viens d'un milieu avec ma mère et ma grand-mère très féministes.
- 1:30Je m'en suis rendue compte quand je suis rentrée dans ce domaine des violences conjugales que j'avais eu la chance d'avoir des femmes autour de moi qui étaient très féministes.
- 1:39Et puis,
- 1:40un peu par hasard,
- 1:40en fait,
- 1:41moi,
- 1:41je n'ai jamais eu la vocation d'être avocate.
- 1:44J'ai fait 13 ans de théâtre,
- 1:45donc j'aimais bien parler,
- 1:47on va dire ça comme ça.
- 1:48Et donc,
- 1:49je suis partie en droit parce que c'était assez vaste.
- 1:53Et puis,
- 1:53ça permettait de faire un peu ce que je voulais en fonction de ma vie et de mon âge.
- 1:59Et puis,
- 2:00j'ai suivi un peu le flot de mes copines.
- 2:01Et puis,
- 2:02j'ai décidé de tenter le barreau une première fois où j'ai raté.
- 2:06Et puis,
- 2:07une deuxième fois où j'ai réussi.
- 2:09Et puis,
- 2:09je suis rentrée à l'école des avocats.
- 2:11Moi,
- 2:11j'étais plutôt partie pour faire du droit pénal parce que moi,
- 2:15dès la deuxième année...
- 2:16J'ai eu un prof génial en droit pénal et ça m'a passionnée.
- 2:21Donc tout de suite,
- 2:22je me suis dit que je voulais faire du droit pénal.
- 2:24Et donc je me suis lancée dans des études de droit pénal des affaires.
- 2:28Donc plutôt du côté des accusés et des prévenus finalement.
- 2:33Et puis quand j'ai voulu chercher une collaboration,
- 2:35je suis tombée au niveau,
- 2:36au moment du Covid.
- 2:38Donc j'ai cherché un peu partout et je suis tombée sur un cabinet de violence conjugale.
- 2:44Là,
- 2:44je me suis rendue compte de ce que c'était les violences conjugales et vraiment qu'il y avait très peu de protection des victimes.
- 2:55On m'avait beaucoup parlé pendant mes études du fait que le système judiciaire était victimaire.
- 3:02C'était très préjuratif.
- 3:03J'avais même un prof de droit pénal qui m'avait dit,
- 3:07en parlant de féminicide,
- 3:09quand on ne veut plus être avec sa femme ou son mari,
- 3:12on divorce.
- 3:13complètement à côté de la plaque de ce que c'est les violences conjugales.
- 3:18Et là,
- 3:19ça m'est un peu tombée dessus.
- 3:20Et là,
- 3:20j'ai senti qu'il fallait que je défende ça.
- 3:23Qu'il fallait que j'avais trouvé ma place,
- 3:25en tout cas,
- 3:26mon utilité dans ça.
- 3:28Dans défendre des femmes et des hommes.
- 3:30Parce que ça m'est arrivé un petit peu.
- 3:31Mais bon,
- 3:32la majorité,
- 3:33ça reste des femmes.
- 3:34Mais de porter leur voix,
- 3:36en tout cas.
- 3:37D'essayer de faire au mieux pour qu'elles soient défendues.
- 3:40Et de les protéger aussi.
- 3:41Beaucoup.
- 3:43Et est-ce que c'est quelque chose,
- 3:45j'imagine que ce n'est pas quelque chose de facile à faire ?
- 3:49Oui,
- 3:49ça c'est souvent une question qui revient sur la difficulté.
- 3:54Je pense que déjà,
- 3:56être avocat,
- 3:57c'est effectivement plaider,
- 3:59rédiger,
- 3:59faire pas mal d'administratifs.
- 4:01Je pense que les gens ne s'en rendent pas trop compte.
- 4:03Mais c'est aussi être psy,
- 4:05être assistante sociale,
- 4:06parfois être traducteur.
- 4:08Parce que soit les femmes ne parlent pas français,
- 4:10soit les femmes n'arrivent pas à mettre des mots sur leurs mots.
- 4:13Mais moi,
- 4:13je n'ai jamais eu de difficulté sur ça parce que je considère que mon but à moi,
- 4:18c'est qu'on vient avec une situation de violence.
- 4:22Moi,
- 4:22je n'ai rien fait pour ça.
- 4:24Je n'ai pas été là à ce moment-là.
- 4:26Mais là,
- 4:26mon but,
- 4:27c'est de faire en sorte que la parole de cette femme ou de cet homme qui a été victime soit entendue et défendue maintenant.
- 4:35Donc,
- 4:35c'est dur,
- 4:36mais je pense que pour rester dans ce métier et rester dans ce domaine-là,
- 4:42Il faut réussir à avoir déjà une vie privée qui est très stable et puis quand même avoir du recul,
- 4:48à se dire qu'on essaye de faire au mieux et que parfois,
- 4:51on donne tout,
- 4:52mais c'est du système judiciaire parfois qui bloque.
- 4:56Donc du coup,
- 4:57ouais,
- 4:57c'est dur,
- 4:58mais c'est tellement passionnant et on fait tellement de choses différentes.
- 5:01Et en fait,
- 5:02il y a aussi beaucoup de reconnaissance souvent des victimes de violences.
- 5:07Donc quand on trime pendant un an,
- 5:10deux ans,
- 5:10trois ans,
- 5:11mais qu'on a ce qu'on veut à la fin et qu'on a de la reconnaissance et qu'on sait qu'en fait cette personne va être protégée et qu'on la voit plus et qu'on n'a plus de nouvelles,
- 5:18en fait,
- 5:19c'est bien.
- 5:19C'est vraiment l'aboutissement du parcours et du coup,
- 5:22on sait pourquoi on a fait ça.
- 5:24Je pense que le plus dur,
- 5:25c'est de ne pas avoir de reconnaissance.
- 5:27Je trouve que ça,
- 5:27ce n'est pas facile parfois.
- 5:29Mais quand on l'a,
- 5:30c'est là qu'on se dit « ouais,
- 5:31en fait,
- 5:31je fais vraiment un métier utile et je suis contente de me lever le matin pour faire ça » .
- 5:35Et quand tu parles de reconnaissance,
- 5:36tu parles de la reconnaissance de tes clients ou tu parles de la reconnaissance de la justice ?
- 5:40Je pense un peu des deux.
- 5:42Parce qu'il y a des magistrats qui sont plus ou moins conscients des violences conjugales.
- 5:48Je trouve qu'en quatre ans,
- 5:48ça a quand même pas mal évolué.
- 5:50Moi,
- 5:50je suis arrivée au moment où il y avait déjà une ordonnance de protection.
- 5:53On pouvait déjà donner une ordonnance de protection aux femmes victimes de violences conjugales.
- 5:57Mais je trouve que ça a évolué et c'est bien de voir des magistrats qui remettent à leur place,
- 6:02par exemple,
- 6:03les auteurs de violences,
- 6:04en disant que ce que vous avez fait,
- 6:04ce n'est pas bien.
- 6:05Il ne faut pas violer l'ordonnance de protection.
- 6:07Ou alors,
- 6:08vous avez une interdiction de rentrer en contact,
- 6:09faites attention,
- 6:10vous avez à l'œil.
- 6:11En fait,
- 6:11c'est bien parce qu'on se dit,
- 6:13déjà,
- 6:13on n'a pas fait tout ça pour rien.
- 6:14Et puis,
- 6:14c'est bien que la victime entende ça,
- 6:17que ce qu'elle a fait,
- 6:18elle l'a fait pas pour rien.
- 6:19parce que ça demande énormément d'énergie pour les victimes.
- 6:22Ça demande énormément aussi de protection contre les attaques parce qu'en quatre ans,
- 6:28j'ai vu beaucoup de magistrats qui leur posaient des questions qui paraissent complètement loufoques,
- 6:34du genre,
- 6:34pourquoi vous n'êtes pas parti tout de suite ?
- 6:36Pourquoi divorcer maintenant ?
- 6:38Pourquoi vous n'avez pas déposé plainte ?
- 6:41Comment vous vous étiez habillé ?
- 6:42Est-ce que vous avez bien fait à manger ?
- 6:44Et du coup,
- 6:45d'avoir des magistrats qui connaissent les violences conjugales l'équipe.
- 6:48permettre à la victime de se sentir reconnue en tant que victime,
- 6:51c'est hyper important.
- 6:53Parce que du coup,
- 6:53pour elle,
- 6:54c'est « j'ai pas fait ça pour rien,
- 6:56j'ai eu raison de faire confiance à la justice » .
- 6:58Parce que pour les gens,
- 6:59c'est important,
- 6:59en fait,
- 7:00la justice.
- 7:01Et puis aussi de la reconnaissance vis-à-vis des clients,
- 7:03parce que parfois,
- 7:04ils ne se rendent pas compte,
- 7:05mais je peux passer des week-ends,
- 7:07je peux passer des nuits,
- 7:09sur leur dossier,
- 7:10à voir le petit état qui va faire changer la situation.
- 7:13J'ai des clientes,
- 7:14des fois,
- 7:14je les ai...
- 7:1620-30 fois au téléphone.
- 7:17Il y a aussi des sacrifices qu'on fait,
- 7:20moi et mes collègues,
- 7:22sur notre vie privée.
- 7:23Du coup,
- 7:24c'est important aussi que la cliente se rende compte que tout ce qu'on a fait,
- 7:28on l'a fait bien,
- 7:29on ne l'a pas fait pour rien.
- 7:30Et qu'elle comprenne ça,
- 7:32qu'elle comprenne qu'on met quand même un petit morceau de nous dedans.
- 7:36Je pense que c'est vraiment très important ça.
- 7:38Et tu penses que ça les aide à leur réparation ?
- 7:42La reconnaissance,
- 7:43un peu,
- 7:44parce que souvent,
- 7:45on a des victimes de violences conjugales.
- 7:47Alors,
- 7:48il y a deux types.
- 7:49Il y a les victimes de violences conjugales qui viennent de déposer plainte,
- 7:51qui n'ont jamais connu le système judiciaire et les avocats avant.
- 7:54Elles,
- 7:55elles ont perdu confiance,
- 7:56finalement,
- 7:57en des personnes proches,
- 7:58donc en leur mari ou leur épouse,
- 8:00quand c'est des hommes.
- 8:02Et du coup,
- 8:04le fait qu'on mette un petit morceau de nous et qu'on se batte à leur côté,
- 8:07ça leur fait aussi reprendre un peu confiance en le genre humain.
- 8:10Et après,
- 8:10tu as les victimes,
- 8:12elles qui ont vu des avocats,
- 8:13qui connaissaient déjà le système judiciaire,
- 8:15qu'on prend en cours de procédure.
- 8:18Et elles,
- 8:18souvent,
- 8:19elles ont perdu confiance en tout le monde,
- 8:21finalement,
- 8:22dans le système judiciaire,
- 8:23mais aussi dans les avocats,
- 8:25tout le monde.
- 8:26Les assistantes sociales,
- 8:27les éducatrices.
- 8:28Et du coup,
- 8:31en étant à leur côté,
- 8:32en répondant à leurs attentes,
- 8:35des fois,
- 8:35moi,
- 8:35j'ai des clientes qui m'appellent.
- 8:37Je leur dis,
- 8:38elles s'excusent de pleurer au téléphone.
- 8:39Elles n'ont rien à me dire.
- 8:40C'est juste qu'elles ne sont pas bien.
- 8:41Je leur dis,
- 8:42mais c'est normal,
- 8:42en fait,
- 8:43qu'on soit là pour vous.
- 8:44Et ça leur redonne confiance dans le genre humain.
- 8:46Et puis aussi,
- 8:47ça leur fait comprendre que ce qu'elles nous disent,
- 8:49on les croit.
- 8:51Et ça,
- 8:51c'est hyper important.
- 8:52Parce qu'il y a plein de victimes qui arrivent au cabinet.
- 8:54On ne les a jamais crues,
- 8:55en fait.
- 8:56Elles ont commencé à envoyer des signaux d'alerte.
- 8:59Elles ont peut-être déposé des mains courantes.
- 9:00Il y a peut-être des voisins qui sont venus les voir.
- 9:02Il y a peut-être leur famille aussi qui leur a dit...
- 9:05viens à la maison,
- 9:06on t'héberge un peu.
- 9:07Mais en fait,
- 9:10elles n'ont pas fait ça,
- 9:10ça leur a été reproché.
- 9:12Et du coup,
- 9:13nous,
- 9:13de leur dire on vous croit,
- 9:16ça décharge leur responsabilité,
- 9:17elles nous la donnent.
- 9:18Donc c'est important.
- 9:19C'est important d'avoir une bonne relation entre le client et l'avocat.
- 9:24Ça marche dans les deux sens finalement.
- 9:26Et tout à l'heure,
- 9:27tu as dit que les ordonnances de restriction,
- 9:29toi,
- 9:29tu es arrivée,
- 9:30ça existait déjà,
- 9:30mais parce que c'est récent ?
- 9:32Les ordonnances de protection,
- 9:34moi,
- 9:34je ne sais plus la date,
- 9:35mais en tout cas,
- 9:35moi,
- 9:35quand je suis arrivée il y a quatre ans,
- 9:37oui,
- 9:37ça existait déjà,
- 9:38les ordonnances de protection.
- 9:39Et donc,
- 9:40c'est une procédure assez facile.
- 9:42Moi,
- 9:42j'ai des clientes aussi où je suis désignée sur leur dossier à l'aide juridictionnelle,
- 9:48parce que c'est une possibilité,
- 9:49même quand on n'a pas de ressources,
- 9:50on peut avoir un avocat,
- 9:52et qui,
- 9:52en fait,
- 9:53sont venues au tribunal en disant « je veux une ordonnance de protection » .
- 9:56Et on leur donne un formulaire et elles remplissent en fait leur demande.
- 9:59Et après,
- 10:00il y a une audience qui est mise en place.
- 10:02Et l'ordonnance de protection,
- 10:04c'est très important pour des situations très à risque parce que ça permet notamment aux femmes d'avoir au moins le domicile conjugal à elles.
- 10:14Que aussi,
- 10:15monsieur ait une interdiction de rentrer en contact avec elles ou avec les enfants.
- 10:18En fait,
- 10:19ça permet de très rapidement cadrer la situation parce que quand tu fais la demande d'une ordonnance de protection et qu'on te dit on vous...
- 10:25On vous accorde une audience,
- 10:27il y a six jours.
- 10:29C'est six jours entre l'autorisation à avoir une audience et l'audience,
- 10:33et la décision d'ailleurs.
- 10:34Donc c'est très rapide.
- 10:35Donc ça permet de très rapidement mettre une protection en place.
- 10:39Alors que si on attend pour un divorce,
- 10:41ou pour,
- 10:42je ne sais pas,
- 10:44quand on a déposé plainte que l'enquête pénale se termine par un renvoi devant le tribunal correctionnel,
- 10:48ça peut durer des mois.
- 10:49Et finalement,
- 10:50il n'y a pas de protection.
- 10:51Alors que l'ordonnance de protection,
- 10:52c'est rapide.
- 10:52Et là,
- 10:54très récemment,
- 10:54il y a eu des ordonnances de protection qui peuvent être rendues de manière très urgente par le procureur sous 48 heures.
- 11:01Donc ça,
- 11:01c'est encore une fois une protection encore plus rapide pour des situations où il y a besoin.
- 11:06Et pour éviter aussi l'effet municide,
- 11:09dont nous,
- 11:10on a beaucoup au cabinet.
- 11:12Et qui est toujours,
- 11:13nous,
- 11:13en tête quand il y a une victime de violences conjugales qui arrive chez nous.
- 11:17Dès qu'il y a une victime,
- 11:18tu te questionnes ou tu la questionnes pour savoir à quelle...
- 11:21Quel est le stade ?
- 11:22Et est-ce qu'il faut tout de suite,
- 11:24justement,
- 11:24faire cette ordonnance de protection ?
- 11:26Ou est-ce que ça peut attendre ?
- 11:27Comment est-ce que tu jauges ça ?
- 11:28Est-ce que c'est toi qui le jauges ?
- 11:29Ouais,
- 11:30en fait,
- 11:30moi,
- 11:31je suis dans un cabinet.
- 11:32Donc,
- 11:32je travaille avec...
- 11:34On est deux collègues.
- 11:35Et puis,
- 11:35j'ai ma patronne,
- 11:36j'ai mon associé.
- 11:36Il est l'associé qui est là.
- 11:38Quand il y a une victime qui nous contacte,
- 11:40très souvent,
- 11:40c'est un appel ou un SMS ou un mail.
- 11:43On prend en considération.
- 11:44On appelle tout de suite.
- 11:45On fixe soit un rendez-vous au cabinet,
- 11:47parce qu'il y en a plusieurs qui sont toujours avec leur agresseur.
- 11:51Donc elles ne peuvent pas parler librement.
- 11:53Donc on leur fixe un rendez-vous au cabinet.
- 11:54Ou des fois,
- 11:55ça peut se faire par rendez-vous téléphonique.
- 11:56Elles arrivent,
- 11:57je leur pose des questions,
- 11:59parce que l'ordonnance de protection,
- 12:00c'est deux critères,
- 12:01c'est des violences vraisemblables.
- 12:02Donc ça veut dire que,
- 12:03en fait,
- 12:04ce n'est pas forcément un dépôt de plainte.
- 12:06C'est,
- 12:06est-ce que tu as suffisamment d'éléments de preuves pour montrer qu'il y a des violences psychologiques ou physiques,
- 12:11par exemple.
- 12:13Et ensuite,
- 12:13c'est,
- 12:13est-ce qu'il y a un danger actuel ?
- 12:14Et en fait,
- 12:15c'est vraiment sur ça que l'ordonnance de protection peut être refusée ou rejeté parce que c'est assez facile finalement de prendre
- 12:21prouver de la violence à l'ère du numérique.
- 12:23T'as un mail où il insulte son épouse ou son mari de connard,
- 12:31de connasse,
- 12:31de sale pute.
- 12:33C'est facile de prouver que là,
- 12:34t'as des violences psychologiques.
- 12:35Si tu déposes plein de pareils,
- 12:37des textos,
- 12:37des harcèlements d'appel,
- 12:38c'est facile de prouver qu'il y a des violences.
- 12:40Facile,
- 12:41on y arrive.
- 12:42Par contre,
- 12:42le danger actuel,
- 12:43c'est de montrer que ça se maintient aujourd'hui.
- 12:46Donc en fait,
- 12:47le but...
- 12:48Et ça,
- 12:49en fait,
- 12:49c'est le plus compliqué pour les victimes.
- 12:51C'est que parfois,
- 12:52elles ont un déclic,
- 12:53mais tardivement.
- 12:54Ce n'est pas de leur faute.
- 12:55C'est vraiment la notion d'emprise,
- 12:57le contrôle coercitif,
- 12:58c'est tout ça.
- 12:58Elles mettent du temps à se rendre compte que ce qu'elles vivent depuis un an,
- 13:02deux ans,
- 13:03dix ans.
- 13:03Moi,
- 13:03j'ai des couples,
- 13:04ça fait 40 ans.
- 13:06Que ce qu'elles vivent,
- 13:06ce n'est pas normal,
- 13:07que c'est de la violence finalement.
- 13:08Et souvent,
- 13:09le déclic,
- 13:09ça arrive quand elles voient qu'ils s'en prennent aux enfants.
- 13:12Et donc là,
- 13:12elles viennent nous voir et elles expliquent tout ça.
- 13:14Et moi,
- 13:14j'essaye de voir à peu près quand...
- 13:17dont étaient les dernières violences,
- 13:18ou si elles sont dans un climat de violence,
- 13:20si par exemple il y a de la surveillance,
- 13:23moi j'ai beaucoup d'agresseurs qui filment,
- 13:26qui mettent des caméras de vidéosurveillance,
- 13:28ou qui mettent des traceurs GPS,
- 13:29ou des traceurs sur les portes,
- 13:30parce que c'est facile en fait aujourd'hui.
- 13:32Et donc tout ça va te permettre de dire,
- 13:34ok,
- 13:34est-ce que tu as un danger actuel aujourd'hui qui va permettre de demander une ordonnance de protection ?
- 13:37Parce que moi je trouve qu'il n'y a rien de pire que de demander une ordonnance de protection,
- 13:41de remuer ses léters pour lui demander à elle ou à lui.
- 13:45d'avoir des éléments,
- 13:47de passer des nuits à m'envoyer des preuves,
- 13:48à aller fouiller,
- 13:49à aller demander des attestations aux voisins,
- 13:51à la famille,
- 13:52tout ça,
- 13:52pour qu'en fait,
- 13:53au final,
- 13:54le juge d'affaires familiales dise « il n'y a pas de danger actuel » .
- 13:57Effectivement,
- 13:58il y a des violences,
- 13:59mais aujourd'hui,
- 14:00il n'y a plus de violences.
- 14:01Parce que là,
- 14:02elle a fait,
- 14:03ou il a fait,
- 14:03la démarche d'aller voir un avocat,
- 14:05de se sortir des violences,
- 14:08de prendre plein de preuves,
- 14:09et en fait,
- 14:09on lui dit « non,
- 14:10tu n'es pas victime,
- 14:11on ne t'accorde pas une protection » .
- 14:13Donc nous,
- 14:13notre travail,
- 14:14c'est vraiment de...
- 14:16Moi,
- 14:16je n'ai pas envie,
- 14:17en tout cas,
- 14:18de les engager dans une procédure qui va leur demander du temps,
- 14:21de l'énergie,
- 14:22pour qu'en fait,
- 14:22finalement,
- 14:23elles ne soient pas reconnues.
- 14:24Donc oui,
- 14:25ça,
- 14:25on l'évalue premier rendez-vous.
- 14:27Si l'ordonnance de protection,
- 14:28ce n'est pas possible...
- 14:30et qu'elles sont,
- 14:31de toute façon,
- 14:32mariées ou pas mariées,
- 14:34tu as une possibilité,
- 14:35tu peux demander une requête à bref délai.
- 14:37Donc,
- 14:37tu dis au juge,
- 14:39voilà,
- 14:39il y a plein de...
- 14:40Il y a une situation urgente.
- 14:42Donc,
- 14:42je demande une audience urgente.
- 14:44Alors après,
- 14:45ça,
- 14:45c'est ce que j'explique aux clients.
- 14:47Moi,
- 14:48l'urgence,
- 14:49dans le système judiciaire,
- 14:50ça peut être deux mois,
- 14:52quoi.
- 14:52Mais c'est hyper court.
- 14:54Mais elles,
- 14:54elles le comprennent pas.
- 14:55Enfin,
- 14:55elles le comprennent pas,
- 14:56mais je comprends,
- 14:57ça devrait être beaucoup plus restreint.
- 14:58Mais du coup,
- 14:59t'as cette
- 14:59possibilité de dire je veux une décision rapidement parce que là la situation a besoin d'être cadré rapidement ça c'est une autre possibilité mais la première toujours à laquelle on pense c'est l'ordonnance de protection et c'est aussi de la mettre ou de le mettre en contact avec des associations ou avec la mairie pour qu'elle rencontre des assistantes sociales souvent quand elles sont dans des états de précarité financière ou qu'elles sont étrangères
- 15:24Ça leur permet en fait de mettre en œuvre la CAF,
- 15:26de demander les allocations familiales,
- 15:28parce que très souvent,
- 15:29monsieur a un contrôle,
- 15:31l'agresseur en tout cas,
- 15:32un contrôle,
- 15:33je fais des généralités parce que j'ai souvent des femmes,
- 15:37mais monsieur a un contrôle en fait sur les finances et du coup,
- 15:39d'aller à la mairie très rapidement.
- 15:41Ça,
- 15:41tu parlais de contrôle coercitif,
- 15:42c'est ça en fait ?
- 15:43Ouais,
- 15:44de contrôle coercitif,
- 15:45c'est vraiment,
- 15:46tu vas tout mettre en œuvre pour mettre une personne en huis clos.
- 15:49Et le contrôle coercitif est plus large que des violences physiques et psychologiques parce que le contrôle coercitif,
- 15:55ça peut être...
- 15:56En fait,
- 15:56le but,
- 15:57c'est une domination.
- 15:58C'est des actes de contrôle.
- 16:00Donc ça peut être autant des violences physiques,
- 16:02des violences psychologiques,
- 16:03mais ça peut être aussi des violences financières ou économiques.
- 16:05Par exemple,
- 16:06je t'interdis de travailler.
- 16:07Ou je t'interdis d'apprendre le français.
- 16:09Moi,
- 16:09j'ai beaucoup de clientes qui sont arrivées,
- 16:11qui ont débarqué en France et monsieur leur a dit,
- 16:14je t'interdis de travailler,
- 16:14je t'interdis de parler français.
- 16:16Elles n'avaient pas de carte bleue,
- 16:17elles n'avaient même pas leur papier.
- 16:19Et en plus,
- 16:19elles étaient surveillées et frappées.
- 16:22Mais du coup,
- 16:22c'est vraiment,
- 16:23tu es mon objet,
- 16:24je te garde un peu sous cloche,
- 16:26finalement.
- 16:27Ça,
- 16:27c'est un exemple,
- 16:28entre guillemets,
- 16:29de gens qui arrivent en France,
- 16:31mais il y a aussi des familles bourgeoises et qui ont le même système,
- 16:35en fait.
- 16:35Oui,
- 16:35de toute façon,
- 16:35ça,
- 16:36les violences conjugales,
- 16:38moi,
- 16:38en quatre ans,
- 16:39je peux dire aujourd'hui que les violences conjugales,
- 16:42ça touche toutes les couches de la société.
- 16:44C'est vraiment,
- 16:45en fait,
- 16:45il n'y a pas un profil type de violences conjugales.
- 16:47La violence conjugale,
- 16:48ça peut être aussi bien dans une famille bourgeoise aisée,
- 16:51ça peut être aussi bien dans une famille qui n'a pas un rond,
- 16:54ça peut être aussi bien des violences psychologiques,
- 16:56physiques,
- 16:57économiques,
- 16:57financières.
- 16:58En fait,
- 16:59les violences conjugales,
- 17:00c'est à partir du moment où il y a un trauma avec la victime,
- 17:03c'est une victime finalement.
- 17:05Et ça,
- 17:05c'est intéressant que tu dises ça,
- 17:07parce que très souvent,
- 17:08les parties adverses,
- 17:09donc quand je vais avoir des procédures,
- 17:12ils disent « mais non,
- 17:12mais regardez,
- 17:14elle n'était pas du tout madame
- 17:16il n'y avait pas de violence,
- 17:17puisque on partait en vacances,
- 17:20regardez,
- 17:21elle sourit sur les photos.
- 17:22Mais en fait,
- 17:22ça ne veut rien dire.
- 17:23Ce n'est pas parce que tu souris sur les photos ou qu'on part en vacances que tu n'es pas sous cloche et que tu n'es pas victime de violences contre le coercitif.
- 17:29D'ailleurs,
- 17:29les victimes sont très souvent les mieux à même de mettre un masque et de rester sous une bonne apparence.
- 17:38C'est une forme de protection.
- 17:40C'est une forme de protection vis-à-vis d'elles,
- 17:43de leur état psychique.
- 17:44pas,
- 17:45parce que quand tu sors du déni,
- 17:46c'est là où tout te tombe dessus et tu te rends compte qu'il y a une grosse culpabilité des victimes d'avoir laissé faire,
- 17:52de ne pas être partie,
- 17:53mais ça c'est la société de façon qu'ils leur mettent ça dessus.
- 17:55Mais tu as aussi le fait de se protéger de nouvelles violences.
- 17:59Parce que si tu dénonces,
- 18:01tu vas avoir une réitération.
- 18:02Ton agresseur va le savoir à un moment donné.
- 18:05Si c'est que des violences psychologiques,
- 18:07là tu as peur qu'il passe à des violences physiques.
- 18:09Et puis si c'est des violences physiques,
- 18:10tu as peur que là,
- 18:11il te tue.
- 18:13Finalement,
- 18:13c'est ça.
- 18:13ou qu'il y ait une réitération,
- 18:14ou qu'ils s'en prennent aux enfants.
- 18:16Donc du coup,
- 18:17il y a une protection qui se fait,
- 18:18mais au moment où il y a le déclic,
- 18:21là,
- 18:21tu arrives à...
- 18:23Tout est déballé,
- 18:24finalement.
- 18:24C'est comme un torrent,
- 18:25et là,
- 18:26elles se rendent compte de tout ce qui s'est passé dans leur vie qui n'allait pas,
- 18:29et que c'était vraiment pas une normalité.
- 18:32Et du coup,
- 18:32c'est notre job de les accompagner au mieux.
- 18:37Sans remplacer un psychologue,
- 18:38mais d'être là pour elles,
- 18:40en tout cas.
- 18:41Du coup,
- 18:41il y a plusieurs portes d'entrée,
- 18:42j'imagine.
- 18:43Si cette émission est écoutée par des femmes qui se posent des questions et qui se disent,
- 18:47peut-être qu'en fait,
- 18:50parce que des fois,
- 18:50on est en dissociation,
- 18:51et donc on n'est pas forcément sûr qu'on est concerné,
- 18:55alors qu'en fait,
- 18:56ça crève les yeux.
- 18:57On a fait d'autres émissions,
- 18:58on a parlé d'associations comme on a avant tout,
- 19:01nous toutes,
- 19:01même si c'est pas nous toutes,
- 19:02on va pas aller les contacter directement si on a un problème.
- 19:05Mais toi,
- 19:06t'es en contact avec des associations,
- 19:08tu travailles avec elles.
- 19:09Est-ce qu'il y a un chemin à faire ?
- 19:10Est-ce qu'il faut d'abord appeler une association ?
- 19:11Est-ce qu'on peut te contacter directement ?
- 19:13même si on n'a pas d'argent.
- 19:14Dans quel sens on prend cette pelote de laine ?
- 19:17Je pense qu'il n'y a pas une manière de faire et je pense qu'en fait,
- 19:22tout dépend de la situation dans laquelle on est.
- 19:25J'ai des clients qui vont se rendre compte de la situation de violence conjugale,
- 19:29par exemple,
- 19:29en allant parler à leur médecin.
- 19:31ou alors gynécologue,
- 19:32parce que c'est des personnes proches.
- 19:35J'ai d'autres clientes qui vont réussir à en parler à leurs assistantes sociales.
- 19:39Le tout,
- 19:40c'est ensuite,
- 19:43soit tu as plusieurs possibilités,
- 19:46soit tu prends contact avec un avocat.
- 19:48Notamment,
- 19:48c'est bien s'il fait de la violence conjugale.
- 19:50Il n'y a pas de spécialisation de violence conjugale.
- 19:53Mais bon,
- 19:53maintenant,
- 19:53avec Internet,
- 19:54tu peux voir sur les sites s'ils font un peu de la violence conjugale ou pas.
- 19:57C'est hyper important parce que...
- 19:59On va comprendre,
- 20:01nous qui n'avons que ça comme client,
- 20:03on comprend le stress post-traumatique,
- 20:05on comprend la dissociation,
- 20:06on comprend qu'elles ne vont pas parler de tout ce qu'elles ont vécu tout de suite.
- 20:10On comprend aussi que parfois elles ont toute envie d'abandonner.
- 20:12On comprend quand elles nous dénoncent des choses qui paraissent complètement folles,
- 20:16parce qu'en fait on les croit et parce qu'on a eu d'autres exemples et parce qu'on sait en fait à peu près ce que c'est.
- 20:20Donc ça déjà c'est important.
- 20:22Je pense que la première étape,
- 20:24si on est un peu perdu,
- 20:25c'est d'aller à la même.
- 20:27Tout simplement.
- 20:27La mairie,
- 20:28de toute façon,
- 20:28il regroupe.
- 20:29Il y a des assistantes sociales.
- 20:30Donc,
- 20:30on peut parler s'il y a des problèmes d'argent,
- 20:32s'il y a des problèmes de visa,
- 20:34de papier.
- 20:34Comme ça,
- 20:35un peu tout le monde.
- 20:36Il y a aussi,
- 20:38il recense toutes les associations.
- 20:39Donc,
- 20:39comme ça,
- 20:40si tu as envie d'aller voir une association,
- 20:42nous,
- 20:43on travaille avec beaucoup d'associations qui ont souvent des juristes,
- 20:48des psychologues.
- 20:49Donc,
- 20:49ça permet aussi de comprendre un peu la situation dans laquelle tu es.
- 20:53Et après,
- 20:54en fonction de ton énergie.
- 20:55Parce qu'il y a ça,
- 20:57déjà,
- 20:57de se rendre compte que tu as vécu des violences conjugales sur du temps,
- 21:01même si c'est six mois.
- 21:02C'est dur,
- 21:03il y a un trop-mois.
- 21:04Et après,
- 21:04prendre contact avec un avocat.
- 21:06Et effectivement,
- 21:07même quand tu n'as pas de sous,
- 21:08quand tu n'as que les allocations familiales,
- 21:10que tu ne travailles pas,
- 21:11tu as le droit d'un avocat.
- 21:12Ça,
- 21:13il faut faire une demande d'aide juridictionnelle,
- 21:15que ton avocat peut faire toi-même.
- 21:18C'est toi qui peux le faire ?
- 21:19Oui,
- 21:19moi,
- 21:19je peux le faire.
- 21:20Par exemple,
- 21:20j'ai des clientes.
- 21:22souvent les clientes qui sont en décompensation de se rendre compte de tout ce qu'elles ont vécu ou qui ne parlent pas français,
- 21:31très souvent,
- 21:32nous,
- 21:32on prend en charge.
- 21:32On dit,
- 21:33on va faire la demande d'aide juridictionnelle,
- 21:34ne vous inquiétez pas,
- 21:35il nous faut juste tel document.
- 21:37C'est des documents hyper faciles.
- 21:39Tu peux aller au tribunal judiciaire et la faire toi-même.
- 21:42Tu demandes un certificat,
- 21:43enfin un certificat,
- 21:44un formulaire.
- 21:45Donc,
- 21:45tu le remplis et on va te demander ton justificatif de domicile,
- 21:48ton dernier avis d'imposition et ta carte d'identité.
- 21:52Et ça,
- 21:52tu déposes.
- 21:53Soit tu déposes comme ça et on va te désigner un avocat qui est sur les listes d'aide juridictionnelle.
- 21:58Donc là,
- 21:59ça peut être le tout venant.
- 22:00Mais il ne faut pas dire que...
- 22:02Moi,
- 22:02je trouve qu'on critique beaucoup les avocats d'aide juridictionnelle.
- 22:05Mais finalement,
- 22:06en fait,
- 22:06c'est des gens qui ont suivi une formation pour être sur les listes la plupart du temps.
- 22:10Et qui veulent faire ça.
- 22:11Donc,
- 22:11c'est des gens compétents.
- 22:12Il ne faut pas renier ça.
- 22:14Soit tu as trouvé un avocat qui accepte de te prendre à l'aide juridictionnelle.
- 22:18Et on va juste en fait...
- 22:20à tous ces documents-là,
- 22:21joindre un courrier de l'avocat qui dit
- 22:23« J'accepte de représenter madame à l'aide juridictionnelle » .
- 22:25Et c'est tout.
- 22:27Et après,
- 22:27le but,
- 22:28c'est aussi d'avoir un feeling.
- 22:29C'est bien d'avoir un avocat qui connaît les violences conjugales,
- 22:32mais c'est aussi d'avoir un feeling,
- 22:33parce que comme je le disais,
- 22:34il faut qu'il y ait un lien qui se crée.
- 22:36Donc si tu n'es pas à l'aise avec ton avocat,
- 22:38si tu sens que ton avocat ne comprend pas bien,
- 22:42il faut changer,
- 22:43il faut aller voir quelqu'un d'autre.
- 22:45Ce n'est pas grave de changer.
- 22:46Le but,
- 22:47c'est que...
- 22:47d'avoir un espace de parole pour vraiment raconter ce qui s'est passé.
- 22:50Parce que moi,
- 22:51c'est souvent ce que je dis aux clientes,
- 22:52c'est il n'y a que vous qui connaissez aussi bien votre dossier.
- 22:55Moi,
- 22:56je ne suis pas dans la tête de la cliente.
- 22:57Je ne sais pas combien de coups elle a reçu.
- 22:59Je ne sais pas avec quoi il l'a frappé.
- 23:00Je ne sais pas quelle violence psychologique elle a eue.
- 23:02Mais il faut qu'elle m'en parle.
- 23:03Donc,
- 23:03il faut qu'elle soit en confiance pour m'en parler.
- 23:05Si elle n'est pas en confiance,
- 23:06je ne peux pas travailler.
- 23:07Je ne peux pas faire valoir ses droits.
- 23:09et elle ne pourra pas être reconnue en tant que victime et elle ne pourra pas se reconstruire.
- 23:12Donc,
- 23:12c'est important,
- 23:13ça.
- 23:13Je pense,
- 23:14ouais...
- 23:14Une première étape,
- 23:15ça peut être se rendre en mairie et puis après,
- 23:17de voir un avocat assez rapidement.
- 23:18Et puis,
- 23:19par exemple,
- 23:20là,
- 23:20on parle de gens qui sont peut-être migrants,
- 23:21qui n'ont pas de papier ou qui sont dans des situations précaires.
- 23:24C'est possible pour eux,
- 23:25mais ça n'empêche pas que si tu es une mère de famille,
- 23:28mais que tu es femme au foyer,
- 23:29que tu n'as pas d'argent pour ta carte,
- 23:31c'est une possibilité aussi.
- 23:33C'est ouvert à tout le monde.
- 23:34C'est important de le préciser.
- 23:35C'est en fonction des conditions de revenus.
- 23:36Donc,
- 23:36si tu es mère au foyer et que tu n'as que les allocations familiales ou même que tu ne les as pas parce que c'est ton époux qui a le contrôle là-dessus,
- 23:43c'est bon.
- 23:43C'est juste une condition de revenu,
- 23:45finalement,
- 23:45en fait,
- 23:46l'aide juridictionnelle.
- 23:48Donc,
- 23:48à partir de là,
- 23:49tu peux...
- 23:49C'est ouvert à tout le monde.
- 23:50Il ne faut pas que ce soit une barrière pour se dire,
- 23:52je ne vais pas y aller,
- 23:53en fait.
- 23:53Non,
- 23:53la seule barrière,
- 23:54c'est une des conditions de revenu.
- 23:56Là,
- 23:56j'ai plus en tête.
- 23:57Ça change assez régulièrement,
- 23:58mais c'est juste une condition de revenu.
- 24:00Mais après,
- 24:00de toute façon,
- 24:01nous,
- 24:02en tant qu'avocat,
- 24:03quand tu n'es pas à l'aide juridictionnelle,
- 24:05tu dois fixer tes honoreurs aussi en fonction de la situation de ton client.
- 24:09Et notamment la situation financière.
- 24:10Donc tu ne vas pas,
- 24:11même,
- 24:12je ne sais pas,
- 24:12si tu vas voir un avocat qui a pignon sur rue et qui prend,
- 24:16je ne sais pas,
- 24:17je vais dire des bêtises,
- 24:17mais
- 24:18600 euros de l'heure,
- 24:20il est censé s'adapter à ta situation financière.
- 24:22Donc ça,
- 24:23il ne faut pas hésiter non plus à,
- 24:25si,
- 24:25je ne sais pas,
- 24:25le devis est trop élevé ou si on n'a pas les moyens,
- 24:27à aller voir d'autres personnes.
- 24:30C'est important parce que je pense que ça peut être un frein pour certaines femmes justement de se dire mais en fait ça coûte trop cher,
- 24:34j'ai pas les moyens,
- 24:35je vais pas le faire.
- 24:37Mais en fait c'est hyper important parce que quand on a eu le déclic,
- 24:41l'agresseur au bout d'un moment il va le sentir quoi.
- 24:43Et puis surtout quand t'as des enfants ou t'es mariée,
- 24:47il y a un lien avec l'agresseur.
- 24:48Tu vas pas,
- 24:49c'est pas possible.
- 24:50Moi souvent ce que je dis aux clientes c'est qu'à un moment faut divorcer,
- 24:53à un moment faut se séparer.
- 24:54Parce que sinon t'es toujours liée,
- 24:56même si t'es dans un autre domicile,
- 24:57même si t'es partie à 600 km.
- 24:59Tu as toujours ce lien avec l'agresseur.
- 25:01Donc,
- 25:01c'est important d'avoir une décision de justice qui cadre les choses et qui te reconnaisse,
- 25:04toi.
- 25:05Ou il y a un petit paragraphe qui dit,
- 25:06Madame ou Monsieur,
- 25:07il a subi des violences de la part de son compagnon,
- 25:10de son conjoint ou de son époux.
- 25:12C'est hyper important pour elle.
- 25:14Donc,
- 25:14même si ça coûte un peu de sous,
- 25:16c'est une sérénité de se dire,
- 25:18tu peux me retrancher derrière un jugement.
- 25:20Et de deux,
- 25:20j'ai été reconnue en tant que victime.
- 25:22Tout ce que j'ai dit,
- 25:22ce n'est pas faux,
- 25:23ce n'est pas imaginaire.
- 25:24Parce que je trouve que parfois,
- 25:25les victimes,
- 25:26au fur et à mesure des années,
- 25:28elles regrettent.
- 25:28en disant « je me suis engagée dans une procédure,
- 25:31il n'arrête pas de m'attaquer,
- 25:32tout ça » .
- 25:32Mais ouais,
- 25:33mais en fait,
- 25:33pour leur reconstruction,
- 25:34c'est hyper important qu'elles aient fait ça.
- 25:37Parce qu'on ne peut plus leur retirer.
- 25:39Ce n'est pas comme les paroles ou les coups.
- 25:41Au bout d'un moment,
- 25:42les paroles et les coups,
- 25:43ça disparaît.
- 25:44Puis le cerveau a tendance aussi à essayer d'être dans un instinct survie.
- 25:47Donc,
- 25:47tu as l'impression que tout ça,
- 25:48c'est un peu imaginaire.
- 25:49Alors que là,
- 25:50quand tu as des décisions,
- 25:51tu es cadré.
- 25:52Et puis ça reste,
- 25:52quoi.
- 25:53Ça reste.
- 25:54J'ai des clientes,
- 25:55je leur dis souvent,
- 25:56quand elles ont un coup de mou.
- 25:57Quand elles ont peur,
- 25:58je leur dis « relisez les décisions » .
- 26:01Je leur parle d'abord.
- 26:03Mais je leur dis « moi là,
- 26:05je ne peux pas vous rassurer parce qu'en fait,
- 26:07ça vous dépasse.
- 26:08Donc,
- 26:08je n'ai pas les mots pour leur dire.
- 26:11Donc,
- 26:11lisez les décisions.
- 26:12Vous allez voir,
- 26:12en fait,
- 26:13on vous reconnaît en tant que victime.
- 26:14Il a été condamné.
- 26:15Ou alors,
- 26:15vous avez eu l'autorité parentale exclusive pour les enfants parce qu'on a considéré que monsieur était inadapté.
- 26:23Ou alors,
- 26:23vous avez une ordonnance de protection.
- 26:24Et tout ça,
- 26:25ça reste en fait.
- 26:26C'est écrit.
- 26:27On ne peut pas leur retirer.
- 26:29Ils ont pu leur retirer leur dignité,
- 26:32leur intégrité physique,
- 26:33leur intégrité psychique,
- 26:34mais leur dignité,
- 26:35là,
- 26:36c'est fini.
- 26:36Il faut qu'elle se reconstruise.
- 26:38Et les décisions,
- 26:38c'est important,
- 26:39du coup.
- 26:40Par rapport,
- 26:41une fois que tu as un dépôt de plainte,
- 26:42qu'est-ce qui se passe ?
- 26:43Il y a des chiffres,
- 26:43en fait,
- 26:44qui peuvent...
- 26:45Alors,
- 26:46les dépôts de plainte,
- 26:48en fait,
- 26:49souvent,
- 26:49nous,
- 26:49on dit aux clients qu'une partie de la reconstruction,
- 26:52c'est de déposer plainte pour qu'il y ait une condamnation pénale et qu'il y ait des suites.
- 26:56Le problème aujourd'hui,
- 26:57c'est que tu as les chiffres,
- 26:59c'est 73%
- 27:00de plasmo-sensuites,
- 27:01toutes plaintes confondues.
- 27:02Et ça monte sur 93 ou entre 93 et 96%
- 27:07pour des violences sexuelles,
- 27:10par exemple.
- 27:12Toutes les violences sexuelles ?
- 27:13Je crois que c'est toutes les violences sexuelles.
- 27:14Il me semble que c'est toutes les violences sexuelles.
- 27:16Donc ça,
- 27:18ça pose question parce que toi,
- 27:20tu leur dis déposer plainte parce que vous avez subi des choses.
- 27:24Donc,
- 27:24on a raison de considérer que vous êtes victime.
- 27:26Et derrière,
- 27:27tu as des classements sans suite avec parfois des enquêtes qui peuvent être un peu bâclées.
- 27:33Parfois,
- 27:35des clientes qui sont reçues pour déposer plainte où on leur dit « Ah non,
- 27:40nous,
- 27:40on refuse votre plainte » .
- 27:41Ça,
- 27:42ça arrive quand même de moins en moins.
- 27:43Je tiens à souligner,
- 27:44il y a quand même une évolution par rapport à ça.
- 27:46Donc,
- 27:46on leur dit « Vous changez de commissariat » .
- 27:48Les policiers,
- 27:50je le répète souvent,
- 27:50mais les policiers n'ont pas le droit de refuser de prendre une plainte.
- 27:53Et une main courante n'est pas comme une plainte.
- 27:56Donc c'est important de déposer plainte.
- 28:00Et après,
- 28:00pour avoir une protection aussi pénale.
- 28:03Parce que tu as le temps de l'enquête,
- 28:04qui peut être plus ou moins rapide.
- 28:06C'est pour ça que très souvent en parallèle,
- 28:07on fait quand même une ordonnance de protection.
- 28:09Mais tu peux avoir,
- 28:10à la fin de l'enquête,
- 28:12un renvoi de l'agresseur devant le tribunal correctionnel.
- 28:16Pour les violences conjugales,
- 28:17c'est le tribunal correctionnel.
- 28:18Et pendant ce laps de temps où il y a la fin de l'enquête et l'otiance,
- 28:21souvent.
- 28:23l'agresseur est placé sous contrôle judiciaire avec des interdictions.
- 28:27Interdiction d'entrer en contact avec la victime,
- 28:28interdiction de venir au domicile conjugal,
- 28:30parfois interdiction d'entrer en contact avec les enfants ou de paraître dans certains lieux.
- 28:35Et donc,
- 28:36c'est pour ça que c'est important qu'elle dépose plainte parce que parfois,
- 28:39quand on n'a pas ce danger actuel,
- 28:41quand on n'arrive pas parfois à obtenir une ordonnance de protection,
- 28:45ou parfois les clientèles ont peur,
- 28:46et c'est totalement compréhensible,
- 28:48moi je ne me pose jamais...
- 28:51J'écoute très souvent la sensation des clientes.
- 28:54Il y a des fois,
- 28:55je force un peu parce que je sais que par mon expérience,
- 28:57c'est très bien de faire ça.
- 28:58Mais je ne les force pas quand elles me disent non,
- 29:01je ne veux pas et j'ai peur.
- 29:02C'est simple,
- 29:03on va en discuter.
- 29:04Mais je ne fais pas de procédure sans elles.
- 29:06Et donc,
- 29:07du coup,
- 29:07ce contrôle judiciaire,
- 29:08ça va permettre aussi de pallier l'absence d'une ordonnance de protection.
- 29:12Mais quand tu as 73%
- 29:13de classement sans suite et puis c'est un chiffre qui est quand même assez relayé,
- 29:16j'ai quand même de plus en plus de clientes qui refusent de déposer plainte.
- 29:20parce qu'elles ont peur de ne pas être crues,
- 29:22donc c'est une violence suppl
- 29:24Elles n'ont pas l'énergie pour tout raconter.
- 29:26Et puis après,
- 29:27on va leur reprocher de ne pas avoir tout raconté.
- 29:30Elles ont peur que monsieur apprenne ce qu'elles ont dit.
- 29:33Et du coup,
- 29:35tout ça,
- 29:35ça fait un mélange avec les 73%
- 29:37de classe 68 où elles se disent,
- 29:38à quoi bon ?
- 29:41Et est-ce que justement,
- 29:42comme là,
- 29:43on parle de plus en plus des violences conjugales,
- 29:46qu'il y a nous toutes qui recensent tous les féminicides et qu'il y a une association qui a 4-5 ans,
- 29:51je crois,
- 29:51qui n'est pas si vieille que ça.
- 29:53Est-ce que justement,
- 29:54du coup,
- 29:54il n'y a pas...
- 29:55Est-ce que ça progresse plus au niveau de la justice ou est-ce que ça n'y fait rien ?
- 29:58mais en tout cas...
- 30:01Moi,
- 30:01je trouve en 4 ans que quand même,
- 30:03alors mes collègues ne sont pas d'accord avec moi,
- 30:05mais je trouve que j'ai moins de questions,
- 30:08ou alors ça va être des magistrats plus âgés,
- 30:11mais j'ai moins de questions de,
- 30:13par exemple,
- 30:14à une ordonnance de protection,
- 30:15je ne vais pas trop avoir de questions de « Madame,
- 30:17pourquoi vous déposez plainte maintenant ? »
- 30:19« Pourquoi vous n'avez pas déposé plainte avant ? »
- 30:21« Pourquoi vous n'êtes pas partie ? »
- 30:23« Pourquoi vous n'avez pas demandé le divorce ? »
- 30:26C'est moins,
- 30:27mais moins ne veut pas dire que ça n'existe plus.
- 30:30J'ai quand même encore des magistrats qui me soutiennent qu'un classement sans suite,
- 30:37ça permet de dire que l'infraction n'existe pas.
- 30:40Alors que ce n'est pas vrai.
- 30:41Quand un classement sans suite,
- 30:43ça veut juste dire...
- 30:44Alors,
- 30:44il y a différents types de classement sans suite,
- 30:46mais la plupart du temps,
- 30:46ça veut dire que l'infraction n'est pas suffisamment caractérisée.
- 30:50Donc,
- 30:50ça veut dire qu'ils n'ont pas réuni assez de preuves pour dire qu'on renvoie monsieur ou madame.
- 30:55devant le tribunal correctionnel parce qu'il y a une infraction qui a été commise.
- 30:58Mais ça ne veut pas dire,
- 30:59ce n'est pas une vérité judiciaire.
- 31:01Ça ne veut pas dire que tout ce qu'a raconté la victime,
- 31:03ce n'est pas vrai.
- 31:04Et ça,
- 31:06je trouve qu'on le plaide en tout cas presque à chaque audience.
- 31:10On plaide à chaque audience qu'il y a 73%
- 31:12de classement sans suite et que le classement sans suite,
- 31:15ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu d'infraction.
- 31:18Et ça,
- 31:18je trouve que c'est encore problématique aujourd'hui.
- 31:20Parce que c'est des notions de droit.
- 31:21Là,
- 31:21je ne dis pas des choses...
- 31:23Enfin là,
- 31:23je plaide.
- 31:24pas le cas unique de ma cliente.
- 31:25C'est vraiment,
- 31:26là,
- 31:26c'est des choses dont ils sont informés.
- 31:30Ou c'est des choses qu'ils ont appris à l'école.
- 31:32Et du coup,
- 31:33ça m'étonne toujours,
- 31:34en fait,
- 31:35qu'on arrive à me soutenir qu'il y a un classement sans suite.
- 31:38Ou alors,
- 31:39très souvent,
- 31:39quand il y a un classement sans suite,
- 31:41il y a des possibilités,
- 31:42en fait.
- 31:43Il y a une possibilité de contestation de ce classement sans suite auprès du supérieur hiérarchique du procureur,
- 31:48qui est le procureur général.
- 31:49Ça prend un peu de temps,
- 31:50mais ça fonctionne.
- 31:51En fait,
- 31:52on leur demande de revoir leur copie.
- 31:54Il y a aussi la possibilité de faire une citation directe.
- 31:56Ça veut dire qu'en fait,
- 31:57on prend le rôle du procureur,
- 31:59du ministère public,
- 32:00et on dit « bah non,
- 32:00monsieur,
- 32:01en fait,
- 32:01il a commis cette infraction »
- 32:02et on demande à ce qu'il y ait une audience correctionnelle qui se tienne.
- 32:05Soit on fait une plainte avec Constitution de Parti Civil.
- 32:08Donc ça,
- 32:08c'est ouvert,
- 32:08c'est un droit,
- 32:09et donc ça ouvre une instruction.
- 32:11Beaucoup plus approfondie,
- 32:13on fait ça souvent sur les choses où vraiment,
- 32:14il y a besoin de parler à beaucoup de gens,
- 32:16où il y a besoin de longueur.
- 32:18Et ça,
- 32:18très souvent,
- 32:19les magistrats nous les reprochent.
- 32:20« Bah oui,
- 32:21madame ou monsieur,
- 32:22enfin la victime,
- 32:24et qu'est relante et procédurière qui relance un terme psychologique pour dire que la personne multiplie les procédures en gros procédurière madame ou monsieur est procédurier parce qu'ils ont contesté le classement sans suite c'est un droit c'est un droit donc en fait je ne vous l'apprends pas puis ça ne veut pas dire en fait que qu'on
- 32:42est dans une technique d'acharnement c'est uniquement en fait que la victime elle a besoin d'être reconnue en tant que victime pour réparer son trauma pour se reconcevoir pour avancer dans la vie c'est hyper important
- 32:53Donc,
- 32:54ça,
- 32:55ça m'étonne encore un peu.
- 32:56C'est ça où il y avait un juge,
- 33:00une fois,
- 33:01sur la méconnaissance du schéma des violences.
- 33:05J'avais quand même un juge qui m'avait dit « vaut mieux avoir un père violent que pas de père du tout » .
- 33:10Et ça m'avait beaucoup étonnée d'un juge aux affaires familiales.
- 33:14Et donc,
- 33:14bon,
- 33:14là,
- 33:14il faut rester calme.
- 33:16Et j'avais dit devant ma cliente « écoutez,
- 33:18toute la littérature scientifique n'est pas d'accord avec vous » .
- 33:20Parce que là,
- 33:21on voit,
- 33:21de toute façon,
- 33:22avec l'affaire Mazon ou d'autres affaires,
- 33:25que très régulièrement,
- 33:27quand on est dans des cas de violences conjugales,
- 33:29et ça,
- 33:29je pense que désormais,
- 33:31dès le premier rendez-vous,
- 33:32on en parle à la cliente quand elle a des enfants,
- 33:35on leur dit que très souvent,
- 33:37malheureusement,
- 33:38après,
- 33:38il ne faut pas faire de généralité,
- 33:39mais très souvent,
- 33:40comme l'agresseur considère que la victime est son objet,
- 33:44le fait que son objet parte est souvent avec les enfants.
- 33:48Ensuite,
- 33:48quand il a des droits de visite et d'hébergement ou qu'il voit les enfants,
- 33:50il va répercuter cette objectivisation et ce contrôle de sa victime sur les enfants.
- 33:56Donc,
- 33:57on ne leur dit pas d'être paranoïaque et on n'essaye pas de les stresser,
- 34:01mais on leur dit que c'est une possibilité en tout cas.
- 34:03Et c'est vrai que moi,
- 34:05je le vois dans beaucoup de dossiers,
- 34:06que les violences conjugales,
- 34:08ça perdure après,
- 34:10soit sur les enfants et à où,
- 34:12et où,
- 34:13sur madame,
- 34:14post-séparation et avec du harcèlement.
- 34:15Ça,
- 34:15ça arrive très souvent.
- 34:17Et quand on arrive justement au féminicide,
- 34:23toi tu peux justement défendre des femmes.
- 34:26Et c'est quoi la différence ?
- 34:28Dans les rapports des juges ou des choses comme ça,
- 34:30qu'est-ce qui se passe ?
- 34:32On s'est fait la réflexion avec l'associé avec qui je travaille récemment.
- 34:37On a fait une audience pour un féminicide et on trouvait que l'audience était beaucoup plus calme que des audiences correctionnelles pour des violences conjugales ou qu'une cour d'assises pour un viol.
- 34:47Parce qu'en fait,
- 34:49c'est fou d'en arriver là où on a l'impression qu'il faut qu'on croit une victime à partir du moment où elle est morte.
- 34:55Ça,
- 34:55je trouve ça assez fou.
- 34:58Mais oui,
- 34:59au cabinet où je suis,
- 35:00on a beaucoup de dossiers de féminicide.
- 35:04Et c'est là qu'on se rend compte qu'il y a un problème avec le système judiciaire.
- 35:07Il y a déjà un problème avec la société,
- 35:09ça on le voit en fait avec les violences conjugales.
- 35:10Il y a un problème avec la société sur le traitement des violences conjugales,
- 35:13sur l'objectivisation de la femme,
- 35:16sur la distinction qu'il peut y avoir entre les femmes et les hommes.
- 35:20Mais quand on arrive au féminicide,
- 35:25je trouve que là on est arrivé,
- 35:27en fait c'est la fin du contrôle de l'objet.
- 35:30Et en plus,
- 35:32tu as des statistiques là-dessus,
- 35:34les deux cas de féminicide,
- 35:36C'est soit quand la femme décide de partir,
- 35:40soit elle dit son intention de divorcer,
- 35:41soit elle part.
- 35:43C'est là que le féminisme est intérieur.
- 35:44Soit souvent,
- 35:45c'est parfois quand il y a eu des enfants,
- 35:48quand elle est tombée enceinte et tout ça.
- 35:50Et pourquoi quand on discute avec les associations,
- 35:52on se rend compte qu'en fait,
- 35:53c'est parce que ton objet,
- 35:54tu le perds.
- 35:58Ton objet va devenir maman,
- 35:59donc son attention va être accaparée par quelqu'un d'autre.
- 36:03Ou alors,
- 36:03ton objet part et va partir peut-être avec quelqu'un d'autre.
- 36:06Et ça,
- 36:06c'est pas possible.
- 36:08Donc en fait,
- 36:09ces hommes,
- 36:10parce que dans les féminicides,
- 36:11ce sont des hommes,
- 36:11très clairement,
- 36:12et ces hommes considèrent qu'en fait,
- 36:15ils la préfèrent morte parce qu'elle ne sera personne d'autre plutôt que vivante.
- 36:19Mais ça justifie vachement la peur de partir quand même,
- 36:21ça.
- 36:22Ah bah oui.
- 36:23Non mais parce que c'est quand même pas anodin.
- 36:25Du coup,
- 36:26c'est tellement fin,
- 36:27cette barrière de dire,
- 36:28en fait,
- 36:28même cette émission,
- 36:29on fait tout ça et puis on dit,
- 36:30en fait...
- 36:31Si vous partez,
- 36:32même si on vous donne plein de conseils,
- 36:34c'est ce moment-là où vous risquez le plus de mourir.
- 36:36Heureusement que tu as l'ordonnance de protection.
- 36:38Et puis,
- 36:38il y a le TGD aussi.
- 36:39Il y a le téléphone grave danger ou grand danger,
- 36:42je ne sais plus.
- 36:43Nous,
- 36:43on n'utilise que des acronymes.
- 36:44Donc,
- 36:44au bout d'un moment,
- 36:45tu as le téléphone,
- 36:47tu as le TGD.
- 36:48Ça,
- 36:48c'est accordé par le procureur.
- 36:50Ça peut être accordé aussi pour certaines infractions.
- 36:52C'est un téléphone un peu bête.
- 36:54Il y a vraiment un bouton.
- 36:55Et en fait,
- 36:55ça appelle la police et ils viennent très rapidement.
- 36:58Donc ça permet aussi de protéger.
- 36:59Nous,
- 36:59très souvent,
- 37:00quand on reçoit des clientes et qu'on se dit là,
- 37:02il y a quand même un risque.
- 37:04Là,
- 37:04on est arrivé sur un contrôle où là,
- 37:06tu sens que le contrôle,
- 37:07il a dépassé ce qu'on voit habituellement.
- 37:09Et quand on voit nos dossiers de féminicide,
- 37:11on voit des parallèles.
- 37:13Là,
- 37:13on leur dit,
- 37:14il va falloir vous trouver un logement d'hébergement.
- 37:17Donc,
- 37:18il faut partir maintenant.
- 37:20Donc là,
- 37:20il faut trouver des hébergements d'urgence.
- 37:23Quand elles ont des enfants,
- 37:24c'est très compliqué.
- 37:24Il faut très rapidement faire une ordonnance de protection.
- 37:26Et dans le temps où tu rédiges,
- 37:27parce que même si l'audience est courte,
- 37:29il faut rédiger,
- 37:30quoi.
- 37:30Il faut réunir tous les éléments,
- 37:31il faut rédiger,
- 37:31il faut machin.
- 37:32Donc,
- 37:33du coup,
- 37:33on leur dit,
- 37:34on fait des demandes au procureur de la République ou à certaines associations qui passent aussi par le procureur de la République pour qu'elles aient un TGD.
- 37:40Et ça les permet d'être protégées.
- 37:43Mais oui,
- 37:44en fait,
- 37:45c'est pour ça que je comprends.
- 37:47J'ai du mal à comprendre comment des juges peuvent leur reprocher.
- 37:50Mais c'est heureusement pour ça que aussi,
- 37:52Maintenant,
- 37:53je trouve que c'est beaucoup moins ces reproches-là de « pourquoi vous n'êtes pas partie ? »
- 37:57se font moins parce que je pense qu'ils se rendent compte,
- 37:58avec toutes les associations qui font de la diffusion sur le nombre de féminicides,
- 38:04je pense que maintenant,
- 38:04les juges se rendent compte qu'effectivement,
- 38:06quand tu as un cas de violence conjugale,
- 38:07il y a un risque de mort derrière.
- 38:09Et donc,
- 38:10ils ne jugent plus trop la peur de partir.
- 38:13Mais c'est surtout,
- 38:13toi,
- 38:13ta cliente,
- 38:14il faut que tu lui dises que sa peur de partir,
- 38:16elle est normale.
- 38:17Parce que sinon,
- 38:18si tu lui dis « mais non,
- 38:20pas du tout » ,
- 38:21Mais en fait...
- 38:22toi,
- 38:23moi je me souviens dans les premières années de mon exercice,
- 38:26j'avais peur une fois sur deux qu'on m'appelle en disant,
- 38:29là vous l'avez renvoyé chez elle et puis en fait,
- 38:31la police vient d'appeler et vient de découvrir un cadavre.
- 38:34Quelle horreur ça !
- 38:36Ça c'est un stress que tu as de toute façon.
- 38:39Tu l'as pas sur tous les dossiers parce que tous les dossiers,
- 38:41chacun est unique en vrai.
- 38:43Mais il y a des dossiers effectivement où moi j'ai peur qu'on m'appelle en me disant que là on vient de découvrir le corps.
- 38:50Et après,
- 38:51toi c'est
- 38:53Tu me demandais si c'était dur.
- 38:55Moi,
- 38:56tu vois,
- 38:57il y a des fois,
- 38:58la nuit,
- 38:58je me réveille en me disant,
- 38:59j'ai oublié un délai.
- 39:01Est-ce que j'ai bien fait ça ?
- 39:03Ça m'arrive de moins en moins parce que de plus en plus,
- 39:05j'arrive quand même à prendre du recul.
- 39:07Mais tu as des fois,
- 39:09je suis rentrée chez moi en pleurant,
- 39:12en me disant,
- 39:13mais là,
- 39:13je pense que j'ai fait peut-être une bêtise ou alors j'ai très peur pour elle.
- 39:17Et j'ai peur qu'on m'appelle.
- 39:19Donc ça,
- 39:20c'est un truc,
- 39:20de toute façon...
- 39:21Quand on recrute des collaborateurs ou des collaboratrices au cabinet,
- 39:25on leur dit ça.
- 39:26Moi,
- 39:26je leur pose des questions.
- 39:27Comment vous vous sentez ?
- 39:28Est-ce que vous avez une vie privée qui est stable ?
- 39:30Est-ce que peut-être vous avez un suivi psychologique ?
- 39:32Je sais que c'est des questions qui ne se posent pas.
- 39:34Mais en fait,
- 39:34moi,
- 39:34j'ai besoin parce que je n'ai pas envie d'embarquer quelqu'un au cabinet et après de me dire peut-être qu'elle,
- 39:41elle va mal le vivre.
- 39:43Peut-être qu'elle,
- 39:43le soir,
- 39:44elle va se stresser.
- 39:45C'est important d'avoir un suivi psychologique.
- 39:47Oui,
- 39:47moi,
- 39:47j'ai un suivi psychologique.
- 39:48Et je pense que c'est...
- 39:49hyper important dans ce métier.
- 39:51Enfin,
- 39:52en tout cas,
- 39:52moi,
- 39:52je parle de moi.
- 39:53Mais je pense que c'est important parce que ça permet des fois,
- 39:57quand tu as un peu de culpabilité,
- 39:58parce que tu n'as pas l'impression d'avoir fait super bien.
- 40:00Moi,
- 40:01j'ai un gros syndrome de l'imposteur,
- 40:02donc il y a des fois,
- 40:03je suis très exigeante,
- 40:04donc il y a des fois l'impression de ne pas avoir fait bien.
- 40:07Et donc,
- 40:07c'est important d'avoir une tierce personne qui dit non,
- 40:09c'est normal.
- 40:10Et puis là,
- 40:11vous avez réagi normalement.
- 40:13Donc ouais,
- 40:13c'est important.
- 40:14Puis d'avoir un espace de parole libre,
- 40:15de ne pas embêter tes proches que tu vas déjà embêter.
- 40:19Je pense à mon compagnon que j'embête beaucoup avec mes histoires,
- 40:23mais il y a des fois,
- 40:24tu as besoin d'un professionnel.
- 40:26Tu ne vas pas tout lui raconter.
- 40:28Puis moi,
- 40:29j'ai le secret professionnel,
- 40:30donc je ne vais pas tout lui raconter.
- 40:32Puis il y a des fois,
- 40:33mon mal-être ou mon stress,
- 40:35il faut que j'en parle à un professionnel.
- 40:36Et il n'y a pas de honte à ça.
- 40:38Mais tu vois,
- 40:39mes collègues,
- 40:39elles n'en ont pas et ça ne leur pose pas de problème non plus.
- 40:42C'est en fait en fonction de toi,
- 40:43de ta personnalité,
- 40:45finalement.
- 40:46On dit de plus en plus aux femmes qu'elles ont le droit de partir.
- 40:49On entend de plus en plus de femmes qui partent.
- 40:51Est-ce que la société suit avec ça ?
- 40:52Parce qu'on parlait des logements d'urgence.
- 40:54Est-ce que,
- 40:55du coup,
- 40:55comme il y a plus de femmes qui se disent que c'est possible de partir,
- 40:57est-ce qu'on crée plus de logements ?
- 41:01Non,
- 41:02alors là,
- 41:02ce qu'ils ont fait dernièrement,
- 41:04mais bon,
- 41:04qu'on a un peu critiqué au cabinet,
- 41:06c'est qu'ils ont mis en place une aide financière pour les victimes de violences conjugales.
- 41:10En fait,
- 41:10pour pallier,
- 41:11parce que si tu veux,
- 41:13je vais parler de Paris parce que moi,
- 41:14je suis avocate parisienne.
- 41:14Après,
- 41:15je plaide partout.
- 41:16Mais bon,
- 41:16c'est compliqué,
- 41:17quoi.
- 41:18Créer des centres d'hébergement d'urgence,
- 41:21c'est compliqué.
- 41:22Surtout quand mes clientes,
- 41:24quand elles ont un enfant,
- 41:25un nourrisson en bas âge,
- 41:27ça va quand tu es dans un hébergement d'urgence.
- 41:29Déjà,
- 41:29il faut que tu en trouves un,
- 41:30pas un salubre.
- 41:31qui est bien,
- 41:31il y en a plein de bien.
- 41:32Mais quand t'en as trois,
- 41:34est-ce que t'arrives à trouver ça ?
- 41:37Il y a très peu de place.
- 41:38Donc du coup,
- 41:41le gouvernement avait voulu mettre en place une aide financière pour les victimes de violences conjugales.
- 41:47Sauf que ça emmène à un autre problème en fait.
- 41:49C'est que maintenant,
- 41:51quand tu vas déposer une ordonnance de protection ou que tu vas plaider des violences conjugales,
- 41:55l'agresseur va dire « elle a fait ça pour l'argent » .
- 41:57Marie.
- 41:58pour avoir de l'argent pour un peu comme l'allocation de rentrée scolaire.
- 42:06Là,
- 42:06c'est la même chose.
- 42:08Et donc,
- 42:08tu vas tomber dans un côté,
- 42:10elle a fait ça pour être vénale.
- 42:12C'est hyper violent.
- 42:13Et du coup,
- 42:13tu peux te décrédibiliser très vite.
- 42:16Oui,
- 42:16très rapidement.
- 42:17De toute façon,
- 42:18on ne va pas se cacher,
- 42:19moi,
- 42:19je passe mon temps à crédibiliser la parole de mon client,
- 42:25tout le temps.
- 42:26De toute façon,
- 42:27moi,
- 42:27très souvent,
- 42:29j'ai fait l'erreur une fois d'envoyer à une de mes clientes des conclusions adverses un vendredi soir.
- 42:35Je l'ai eu le lundi dans un état.
- 42:37Je me suis dit ah oui,
- 42:38mais en fait,
- 42:38j'avais pas.
- 42:39J'étais très jeune avocate.
- 42:41Je m'étais pas rendu compte en fait.
- 42:42Et en fait,
- 42:43elle avait lu tout le week-end.
- 42:44Alors ça,
- 42:45c'est.
- 42:45Et c'était en plus,
- 42:46c'était vraiment violent.
- 42:48Sauf que moi,
- 42:48je le voyais comme quelque chose de juridique.
- 42:50Et puis,
- 42:50c'était pas ma vie en fait.
- 42:51Donc moi,
- 42:52j'avais le recul.
- 42:53Je me suis dit plus jamais je fais ça.
- 42:54Et maintenant,
- 42:55ce que je fais,
- 42:55c'est que pour les clientes,
- 42:58j'essaye de rédiger des conclusions qui répondent aux conclusions violentes pour qu'en fait,
- 43:04si elles veulent lire,
- 43:05et puis il y a des clientes qui ne veulent pas lire les conclusions adverses,
- 43:08je ne les force pas.
- 43:10sauf des fois sur certains passages ou alors on sait au téléphone et puis on en dispute mais d'essayer de calcer notre version de groupe de genre on va décrédibiliser tout ce que dit l'agresseur
- 43:24Et la version de l'agresseur.
- 43:25Parce que si en fait,
- 43:26elle se tape que la version de l'agresseur,
- 43:28une fois sur deux,
- 43:28elle me dit,
- 43:30j'ai tout inventé,
- 43:31mais elle se demande si ça s'est réellement passé.
- 43:34Et ça,
- 43:34c'est assez fou.
- 43:36Le mécanisme du cerveau pour essayer de survivre à ça,
- 43:39c'est fou.
- 43:40Avec l'emprise en plus,
- 43:41ça fait son petit effet.
- 43:43Avec l'emprise en plus,
- 43:44et puis les révisitions traumatiques,
- 43:46parce que t'en as,
- 43:46t'as l'impression qu'elles vont bien parce qu'elles ont suivi le psy.
- 43:49Elles se sont sorties de tout ça.
- 43:51Et de relire une version
- 43:53complètement altérées de leur vie commune,
- 43:56ça les fait replonger.
- 43:57Mais pas replonger du genre,
- 43:58elles vont retourner avec leur agresseur,
- 44:00mais replonger dans leur trauma de l'époque.
- 44:03Donc ça,
- 44:03j'évite.
- 44:05J'essaye de leur dire,
- 44:07non,
- 44:07mais là,
- 44:07on va répondre,
- 44:08vous allez voir,
- 44:09on va essayer de démontrer.
- 44:11Et puis bon,
- 44:12il y a des choses,
- 44:12après je leur dis,
- 44:13de toute façon,
- 44:14il ne faut pas tomber aussi dans la surjustification,
- 44:16parce que ça,
- 44:16c'est souvent une technique de l'agresseur.
- 44:18Il y a plusieurs techniques.
- 44:18Il y a l'inversion de culpabilité.
- 44:22C'est toi qui as été violente avec moi.
- 44:23Ça,
- 44:23on a beaucoup.
- 44:25On a beaucoup d'agresseurs qui,
- 44:26quand la victime dépose plainte pour violence conjugale et qu'ils la prennent,
- 44:29eux,
- 44:29ils déposent plainte aussi contre elle pour violence conjugale.
- 44:31Ou pour violence sur les enfants,
- 44:32ou pour violence sur leur famille.
- 44:33Mais c'est une technique vraiment d'inversion de culpabilité.
- 44:36Il y a ça,
- 44:36il y a la technique de négation.
- 44:38Et puis,
- 44:39il y a aussi d'apporter plein d'éléments pour mettre la victime un peu noyée et son avocat.
- 44:46Et je leur dis,
- 44:46on ne va pas tomber dans une surgissification,
- 44:48en fait.
- 44:49Ça ne sert à rien.
- 44:50En fait,
- 44:50lui,
- 44:50il cherche à ça,
- 44:52à vous décrédibiliser en disant que ce que vous dites n'est pas vrai.
- 44:55Mais nous,
- 44:55on ne va pas tomber dans ça.
- 44:56Parce qu'en fait,
- 44:56ce que vous dites,
- 44:57c'est vrai.
- 44:58On l'a déjà démontré.
- 44:59on va montrer qu'il y a 2-3 trucs effectivement qui disent qu'ils sont fous mais stop après
- 45:05Parce que sinon,
- 45:06en fait,
- 45:07moi,
- 45:07en tout cas,
- 45:08j'ai cette impression que je leur demande à elles,
- 45:10je leur demande à mes clientes.
- 45:12Est-ce que c'est vrai tout ça ?
- 45:14Limite,
- 45:14je remets leur parole en question.
- 45:15Puis c'est épuisant.
- 45:17Épuisant.
- 45:17C'est le but,
- 45:18c'est en fait d'épuiser la victime.
- 45:19C'est les ans que je lâche.
- 45:20C'est pas grave.
- 45:22J'arrête là,
- 45:22maître.
- 45:23J'arrête là.
- 45:24Non,
- 45:24mais j'aurais dû faire un divorce par consentement mutuel.
- 45:26Ben non,
- 45:27en fait.
- 45:29Moi,
- 45:29je ne veux pas attiser le conflit.
- 45:30Mais quand on a été victime de violence conjugale,
- 45:33il faut être reconnu.
- 45:34parce que sinon,
- 45:35vraiment,
- 45:35la reconstruction ne se fera jamais.
- 45:37Donc,
- 45:37j'ai des victimes qui sont tellement épuisées,
- 45:40on accepte qu'elles fassent des différences par consentement mutuel parce que le but,
- 45:43ce n'est pas,
- 45:44elles ont été sous emprise pendant peut-être des années,
- 45:46ce n'est pas nous qui allons les remettre sous emprise de notre emprise à nous.
- 45:50Le but aussi,
- 45:51c'est moi,
- 45:51ce que je leur dis souvent,
- 45:52c'est que je veux qu'elles lisent les conclusions que j'écrive.
- 45:55Peut-être pas les conclusions adverses,
- 45:57mais qu'elles me donnent leurs arguments,
- 45:58qu'elles travaillent aussi un peu avec moi parce que ça leur permet de reprendre
- 46:03le contrôle de leur histoire,
- 46:04de leur vie et de leur défense.
- 46:06Et c'est hyper important.
- 46:08Écoute,
- 46:08c'est passionnant.
- 46:09On arrive sur la fin.
- 46:10Est-ce que tu as un petit mot de la fin ou quelque chose,
- 46:14un dernier conseil ?
- 46:18Je pense qu'il faut s'écouter,
- 46:23se croire,
- 46:23parce que c'est tellement dur de sortir de l'emprise ou de dissociation ou d'un contrôle coercitif.
- 46:31que quand il y a une idée qui pointe dans la tête en se disant
- 46:34« là, c'est peut-être pas normal,
- 46:36ce qu'il fait ou ce qu'elle fait » ,
- 46:37il faut s'écouter.
- 46:40Parce que si on se le dit à ce moment-là,
- 46:46je ne pense pas que ça doit être des bêtises ou qu'on se l'imagine.
- 46:51Sachant qu'il faut aussi arrêter avec le mythe de la fausse plainte.
- 46:56Moi,
- 46:56quand je vois les clientes avec qui on se bagarre,
- 47:01pour les pousser à déposer plainte,
- 47:02pour les pousser à révéler tout ce qu'elles ont vécu,
- 47:05je me dis que la fausse plainte,
- 47:06ça n'existe pas.
- 47:08Donc quand on se dit que là,
- 47:09la situation qu'on vit n'est pas normale,
- 47:11et peut-être c'est des violences conjugales,
- 47:12il faut aller voir quelqu'un pour en parler.
- 47:15Si vous ne vous faites pas confiance en vous,
- 47:17peut-être écoutez quand même votre petite voix antérieure et essayez de voir un professionnel que ce soit.
- 47:22Une assistante sociale,
- 47:24un psychologue,
- 47:25votre médecin,
- 47:26votre gynécologue,
- 47:28quelqu'un en qui vous avez confiance,
- 47:30de vous livrer.
- 47:31et peut-être de voir un petit peu comment il réagit.
- 47:33Mais faites confiance à votre petit devoir intérieur,
- 47:35je pense.
- 47:36C'est important.
- 47:38C'est un super conseil,
- 47:40effectivement.
- 47:41En tout cas,
- 47:41merci.
- 47:41C'était vraiment une chance de t'avoir avec nous.
- 47:44Merci beaucoup de m'avoir invitée.
- 47:45C'était un plaisir de vous rencontrer.
- 47:48Et puis,
- 47:49à la semaine prochaine pour une nouvelle émission.
- 47:54Flamme des années 80.
- 47:56Le podcast qui allume la femme.