Latest / Flammes des années 80. Le podcast qui allume la femme. / Qu'est ce que la violence psychologique ? Anne-Laure Buffet, thérapeute et conférencière.
Transcript
- 0:03Flamme des années 80.
- 0:05Le podcast qui allume la femme.
- 0:10Bonjour,
- 0:10donc on est toujours au mois de novembre,
- 0:12on parle des violences faites aux femmes et aujourd'hui on a la chance de recevoir Anne-Laure Buffet.
- 0:17Est-ce que tu veux te présenter ?
- 0:20Bonjour,
- 0:20alors je m'appelle Anne-Laure Buffet,
- 0:23je suis thérapeute,
- 0:24je travaille sur les violences intrafamiliales depuis
- 0:2912 ans à peu près.
- 0:34et je vis en Bourgogne,
- 0:36ce qui est très important dans ma vie.
- 0:37Donc je tiens à le dire,
- 0:38puisque c'est une région qui me permet d'entendre plus facilement tout ce que les victimes de violences à train familial ont à apporter dans des consultations et dans des suivis thérapeutiques.
- 0:51Et je suis auteure d'un certain nombre d'ouvrages sur les violences,
- 0:56dont un qui s'appelle L'emprise,
- 0:58qui est sorti chez Que sais-je il y a un an.
- 1:01Et un futur bébé livre,
- 1:04pas un bébé humain,
- 1:08qui arrive pour le 9 janvier sur les violences conjugales.
- 1:12On mettra les liens de toute façon de tous les livres.
- 1:17Et donc,
- 1:17c'est quoi en fait ?
- 1:18Comment on arrive à devenir,
- 1:19l'envie de devenir thérapeute et de se spécialiser dans justement les violences ?
- 1:24C'est une envie,
- 1:24ça s'impose ?
- 1:26Non,
- 1:26c'est pas une envie,
- 1:27ça s'impose.
- 1:29Je ne pense pas que quelqu'un se réveille le matin en disant le sujet des violences,
- 1:33c'est quand même trop génial,
- 1:34j'ai vraiment envie de faire ça dans ma vie.
- 1:36Ça s'impose.
- 1:37À un moment,
- 1:38c'est une évidence qu'on ne peut pas faire autrement que de travailler sur ce type de sujet,
- 1:43avec ce type de public.
- 1:45Et avec la difficulté que ça représente,
- 1:46parce que mine de rien,
- 1:47on absorbe quand même beaucoup,
- 1:49qu'il y a un moment où il faut aussi trouver l'espace pour pouvoir rester à l'écoute,
- 1:54pour pouvoir se libérer de tout ce qu'on va recevoir.
- 1:58Parce que si on prend un exemple assez banal,
- 2:00le mien,
- 2:01où tous les thérapeutes qui travaillent sur les violences intrafamiliales,
- 2:05en gros de 8-9 heures du matin à
- 2:0820 heures,
- 2:0921 heures,
- 2:09tous les jours de la semaine,
- 2:10on va entendre parler de viol,
- 2:13de violences,
- 2:13d'incestes,
- 2:15de pénétration sans consentement,
- 2:18d'incompréhension autour des violences toute la journée.
- 2:21Donc il faut aussi pouvoir s'autoriser soit à s'extraire de ça,
- 2:24parce que sinon on n'arrive plus à entendre,
- 2:26donc on n'arrive plus à être une bonne écoute.
- 2:27pour les personnes.
- 2:30Après,
- 2:31comment je suis arrivée à travailler essentiellement sur la question des violences intrafamiliales ?
- 2:38De formation,
- 2:39à l'origine,
- 2:39je suis juriste.
- 2:42Dieu sait que j'aime le droit et Dieu sait que j'ai un grand,
- 2:45énorme respect pour le droit.
- 2:47Mais le droit et la justice ne peuvent pas être justes,
- 2:52puisqu'ils s'adressent à tous.
- 2:53Donc,
- 2:53ils ne peuvent pas traiter facilement le cas particulier dans le droit.
- 2:56il y aura toujours une part de morale dont moi j'ai besoin et que je ne retrouvais pas.
- 3:01Ce qui fait que j'ai pris un virage,
- 3:04pas vraiment à 180 degrés,
- 3:05puisque mine de rien la psychologie et le droit travaillent par moments un peu la main dans la main,
- 3:13mais toujours dans l'idée d'accompagner les victimes de violences,
- 3:18que ce soit les adultes ou les enfants,
- 3:20mais plus du côté de la thérapie,
- 3:22plus du côté de la reconstruction,
- 3:24de la redécouverte de soi.
- 3:26Il y a maintenant un peu plus de 12 ans,
- 3:30un jour où j'étais sans doute plus énervée que la veille contre des auteurs de violences,
- 3:35j'ai ouvert un blog pour parler d'un certain nombre de situations et il s'avère que très rapidement,
- 3:41alors que je ne pensais pas me consacrer,
- 3:43consacrer mon travail à cet angle-là de réflexion,
- 3:47j'ai vu arriver 1,
- 3:492,
- 3:493,
- 3:494,
- 3:505,
- 3:5010 témoignages et puis tant et tant après.
- 3:52De personnes me disant « mais alors je ne suis pas folle,
- 3:54ce que je vis,
- 3:56ça s'appelle vraiment de la violence,
- 3:59j'ai raison d'avoir peur » .
- 4:00Et c'est là qu'il y a quelque chose qui s'est passé dans ma réflexion en me disant
- 4:06« il y a une vraie demande,
- 4:07il y a manifestement un vrai manque de compréhension,
- 4:11de soutien » .
- 4:12C'est important de remettre dans le contexte,
- 4:14là on est en 2024,
- 4:17quand j'ai eu cette espèce de déclic,
- 4:19c'était donc en 2012.
- 4:22Le harcèlement dans le couple,
- 4:23les violences conjugales,
- 4:24enfin tout le système juridique était encore un bébé système juridique.
- 4:29On ne parlait quasi pas du pervers narcissique,
- 4:31on ne parlait quasi pas du harcèlement dans le couple et quasi pas du viol conjugal.
- 4:36Ça n'existait pas,
- 4:37on était encore dans le devoir conjugal.
- 4:40Donc je suis arrivée à un moment où la parole,
- 4:43la libération de la parole des femmes sur les violences psychologiques était encore très très très embryonnaire.
- 4:49Il y a Marie-Francie Rigoyen qui avait écrit
- 4:52« Femmes sous emprise » ,
- 4:53entre autres.
- 4:53Il y a Racamier qui avait écrit sur les pervers narcissiques.
- 4:56Mais tout ça,
- 4:56c'était,
- 4:57on va dire,
- 4:58malheureusement très confidentiel.
- 5:00Donc j'ai toute cette vague-là de personnes qui me contactent.
- 5:03Et puis je diffuse sur mon blog une vidéo qui a été faite par le gouvernement belge,
- 5:11qui s'appelle « Fred et Marie » .
- 5:12qui dure 5 minutes et où on voit la relation dans un couple entre Fred et Marie et la manière dont le mari minimise,
- 5:22dénigre,
- 5:23insulte,
- 5:23donc violente verbalement sa femme.
- 5:25C'est sur les violences psychologiques.
- 5:28Je le mets sur mon blog.
- 5:29Alors,
- 5:30le blog,
- 5:31maintenant,
- 5:31c'est un peu quand même le dinosaure d'Internet.
- 5:35Mais c'est rien.
- 5:37À l'époque de Dinosaure,
- 5:38on pouvait suivre les statistiques et je vois en le diffusant
- 5:42Mon blog était tout récent,
- 5:43c'était un bébé,
- 5:43il devait avoir un mois ou deux.
- 5:45Je vois en diffusant cette vidéo,
- 5:47deux jours après,
- 5:48je vais voir les stats et je vois qu'il y avait eu dans la journée 167 000 vues,
- 5:52ce qui est énorme pour un blog.
- 5:54Surtout à l'époque.
- 5:55surtout à l'époque donc je me suis dit sans doute une erreur donc j'ai relancé la machine qui m'annonce toujours le même chiffre qui ne faisait que monter d'ailleurs et puis ça montait très très vite à tel point qu'il a été relayé sur différents sites le fait que mon blog était
- 6:11diffuser Frédéric et Marie.
- 6:13Mais c'est vrai que ça m'a amené à ce moment-là beaucoup de demandes et donc un suivi important.
- 6:20Et puis voilà.
- 6:21Et puis depuis,
- 6:23je ne vais pas dire que c'est ma grande passion parce que c'est tellement inapproprié que presque je m'énerve en disant ça.
- 6:29En tout cas,
- 6:30ce qui est certain,
- 6:31c'est que depuis que je suis enfant,
- 6:33le dysfonctionnement,
- 6:34la psychopathie,
- 6:35le trouble relationnel sont des problématiques qui m'intéressent.
- 6:39Et qu'aujourd'hui,
- 6:40dans la société dans laquelle on vit,
- 6:42pour tant et tant de raisons,
- 6:44j'ai pour le coup envie de continuer à m'investir pleinement parce qu'on a un vrai travail,
- 6:50un profond travail à faire pour accompagner les femmes,
- 6:52pour accompagner les enfants,
- 6:53pour accompagner les hommes qui peuvent être victimes.
- 6:56Et que si on ne le fait pas,
- 6:58on peut faire des grands discours,
- 6:59on peut faire des manifestations,
- 7:00on peut faire plein de choses.
- 7:01Mais si dans le quotidien,
- 7:02on n'est pas là...
- 7:03Et si on n'est pas là dans le quotidien pour dire « je te crois »
- 7:06et « je peux entendre »
- 7:08et
- 7:08« sors de ta honte » ,
- 7:10en fait,
- 7:10on laisse sur le carreau les gens.
- 7:12Donc,
- 7:13c'est insuffisant de faire des livres,
- 7:14c'est totalement insuffisant de faire...
- 7:16C'est absolument nécessaire et en même temps,
- 7:18c'est insuffisant de faire tout ce que l'on fait sur le plan médiatisation.
- 7:22Et du coup,
- 7:23là,
- 7:23on s'aperçoit,
- 7:24on s'aperçoit beaucoup en parlant avec plein de femmes ou d'hommes même,
- 7:28que les gens,
- 7:28tant qu'il n'y a pas de coups,
- 7:30ils ne voient pas la violence.
- 7:31Donc,
- 7:32est-ce qu'on pourrait avoir une définition de la violence pour qu'il y ait plein de femmes ou d'hommes qui se disent « Ah,
- 7:36potentiellement,
- 7:37je suis victime de violence,
- 7:38même si je n'ai pas des bleus,
- 7:39même si on ne m'a pas poussé dans l'escalier,
- 7:42même si l'étagère ne s'est pas décrochée du mur toute seule » .
- 7:51La violence s'inscrit dans un système relationnel qui est forcément dysfonctionnel,
- 7:55c'est-à-dire qu'elle ne surgit pas de nulle part,
- 7:57la violence.
- 7:58Il n'y a pas un coup qui va arriver comme ça de nulle part.
- 8:01Avant,
- 8:02il s'est passé quelque chose.
- 8:03Il n'y a pas une insulte qui va arriver de nulle part.
- 8:05Il n'y a pas un harcèlement qui va arriver de nulle part.
- 8:08Ça s'inscrit dans un système.
- 8:10La violence,
- 8:11elle exclut l'amour et la violence,
- 8:14elle exclut le conflit.
- 8:15Quand je dis qu'elle exclut l'amour,
- 8:17c'est que de fait,
- 8:18si on n'est pas capable de s'adresser à l'autre autrement que par la violence,
- 8:21on ne peut pas aimer l'autre.
- 8:22Ce n'est pas vrai,
- 8:23ça n'existe pas.
- 8:25Donc déjà...
- 8:26pour toutes les personnes qui se disent « Oui,
- 8:28mais là,
- 8:29je me suis fait insulter,
- 8:30mais il m'aime quand même,
- 8:31il est quand même... »
- 8:32Il y a à remettre en cause ce comportement-là.
- 8:36Non,
- 8:36on n'insulte pas.
- 8:38On peut se disputer.
- 8:39On n'insulte pas systématiquement,
- 8:41de manière récurrente,
- 8:42une personne.
- 8:43C'est de la violence.
- 8:44Ça exclut donc l'amour.
- 8:45Ça exclut le conflit,
- 8:46parce que le conflit,
- 8:47c'est un rapport qui est horizontal.
- 8:49Il y a une équité dans le conflit.
- 8:51Alors,
- 8:51bien sûr,
- 8:52dans le conflit,
- 8:52on va s'envoyer des noms d'oiseaux à la figure.
- 8:55casser les assiettes,
- 8:57se menacer des pires choses,
- 8:58se quitter en claquant la porte,
- 9:00rester derrière la porte en pleurant parce que c'est quand même très très dur d'avoir quitté l'autre,
- 9:04même si c'est le dernier des aboutis.
- 9:06Mais il y a une équité,
- 9:07c'est-à-dire qu'il faut passer le stade émotionnel quand ça redescend.
- 9:10On peut parler.
- 9:11Dans la violence,
- 9:12on ne peut pas parler.
- 9:13Que le ton soit haut,
- 9:14que le ton soit bas,
- 9:15qu'il n'y ait pas de ton,
- 9:16parce que beaucoup de violents ne parlent pas.
- 9:19On ne peut pas,
- 9:20en tant que potentiellement victime,
- 9:22on ne peut pas s'exprimer.
- 9:24Il n'y a pas de retour.
- 9:26Ça,
- 9:26c'est de la violence.
- 9:27L'autre chose dans la violence,
- 9:28c'est que,
- 9:29je viens de le dire,
- 9:30c'est récurrent.
- 9:31C'est-à-dire qu'il ne va pas y avoir un jour une injure parce qu'on est crevé,
- 9:35on n'en peut plus,
- 9:36on n'est plus d'accord et on reste des êtres humains dans le couple.
- 9:39On est chacun un être humain,
- 9:40donc on n'est pas obligé d'être tout le temps d'accord avec l'autre,
- 9:43aussi merveilleux soit-il.
- 9:45Mais qu'on se dispute une fois,
- 9:48vraiment,
- 9:48avec,
- 9:49encore une fois,
- 9:49des noms d'oiseaux,
- 9:50ça peut arriver.
- 9:52Ce qui rend la chose violente,
- 9:54c'est lorsque c'est récurrent.
- 9:55C'est-à-dire qu'il s'inscrit de façon inconsciente et consciente dans l'esprit de la victime le fait que selon les agissements qu'elle va avoir,
- 10:04selon les paroles qu'elle va avoir,
- 10:06selon les tenues qu'elle va porter,
- 10:07selon l'heure à laquelle elle aura préparé un repas ou pas,
- 10:11en face,
- 10:11il y aura une réaction brutale.
- 10:14Ce n'est pas normal de craindre cette réaction-là.
- 10:17C'est donc bien qu'il y a de la violence.
- 10:19Mais c'est en décortiquant le cours de la relation,
- 10:22c'est en reprenant la chronologie de la relation,
- 10:24qu'on arrive à se dire,
- 10:26là,
- 10:26tel événement,
- 10:27plus tel événement,
- 10:28plus tel événement,
- 10:29qui parfois sont espacés de plusieurs jours ou plusieurs semaines,
- 10:31tels événements sont des événements violents,
- 10:34qu'est-ce que j'en fais ?
- 10:35Maintenant,
- 10:36qu'est-ce que j'en fais,
- 10:36maintenant que je les ai constatés ?
- 10:37Qu'est-ce que j'en fais ?
- 10:38Est-ce que je m'en vais ?
- 10:40Est-ce que je tente d'en parler avec l'autre ?
- 10:41peut-être qu'il peut bénéficier d'une prise en charge.
- 10:44Est-ce que je combats ça ?
- 10:48Qu'est-ce que je fais de ce que j'admets reconnaître,
- 10:52à savoir des épisodes récurrents,
- 10:55répétitifs,
- 10:56où il y a de la violence contre laquelle je ne peux pas m'opposer ?
- 10:59Et souvent,
- 11:00on ne peut pas forcément le voir.
- 11:03Ça met du temps,
- 11:03en fait,
- 11:03à se dire...
- 11:05Parce que j'imagine que tu as plusieurs exemples où toutes les femmes sont un peu différentes.
- 11:09Mais des fois,
- 11:09ça peut durer très longtemps avant de se rendre compte qu'en fait,
- 11:12tout ce qu'on a vécu,
- 11:12c'était de la violence.
- 11:13C'est pour ça que je dis qu'il faut reprendre la chronologie.
- 11:15Parce qu'il y a toujours un moment où il va y avoir un événement qui va créer un déclic,
- 11:20qui va être l'élément déclencheur de la prise de conscience.
- 11:23Et ça peut être quelque chose de complètement anecdotique.
- 11:27Là,
- 11:27je pense à une personne que je suivais il y a quelques années.
- 11:31Le truc qui lui a fait comprendre que ça n'allait pas,
- 11:33c'est parce que pour la énième fois sur des années de mariage longues,
- 11:38son mari est rentré,
- 11:39s'est assis dans le canapé,
- 11:39il a pris le journal,
- 11:40il ne l'a pas écouté.
- 11:42Si on le dit comme ça...
- 11:43effectivement les trois quarts des gens vont dire mais c'est pas de la violence,
- 11:46sauf que elle ce jour là c'est devenu insupportable et elle a remonté son histoire en disant mais en fait il fait ça et puis il fait ça et surtout toutes ces choses inappropriées ou qui me font du tort il les fait mais quand j'essaye de lui dire ça me convient pas,
- 12:02ça me fait de la peine tu me regardes pas,
- 12:04tu m'écoutes pas,
- 12:05tu fais pas attention à moi,
- 12:06il l'envoie bouler ou il ignore,
- 12:08ou il se moque d'elle ou il minimise la chose il n'y a jamais un retour
- 12:13dans le sens de la victime.
- 12:15C'est uniquement dans le sens du violent.
- 12:17Donc c'est là où elle a pris conscience.
- 12:19Elle et tant d'autres.
- 12:22Et c'est très souvent,
- 12:23et c'est aussi une question qu'on pose souvent aux professionnels,
- 12:26de dire,
- 12:26mais mon ami,
- 12:27ma soeur,
- 12:28ma mère est victime d'une situation où il y a de la violence psychologique,
- 12:32comment lui faire prendre conscience ?
- 12:34C'est...
- 12:35extrêmement compliqué parce qu'on ne va pas aller forer le cerveau de quelqu'un en disant attention j'arrive avec ma bienveillance pour t'expliquer que tu es victime de violence.
- 12:43Certainement pas.
- 12:44C'est de la ramener à son histoire,
- 12:46c'est de lui parler d'elle et puis c'est de la laisser être dans son temps à elle où l'événement,
- 12:52très souvent anecdotique,
- 12:53va lui permettre de se dire ça ne me convient plus.
- 12:58Je souffre en fait.
- 12:59Je souffre d'avoir un mari qui est assis sur le canapé en train de lire son journal.
- 13:03Ce n'est pas normal de souffrir de ça.
- 13:05Donc,
- 13:05pourquoi je souffre de ça ?
- 13:07Alors,
- 13:07la première réaction pour les trois quarts des victimes,
- 13:09ça va être de se dire,
- 13:10je suis complètement folle.
- 13:12Je suis complètement folle.
- 13:14Mon mari,
- 13:14il est assis sur le canapé,
- 13:16il ne m'a rien dit et moi,
- 13:18je suis malheureuse.
- 13:19Parce que j'ai un problème.
- 13:21J'ai un problème,
- 13:21oui,
- 13:21donc je suis folle.
- 13:23Pourquoi je me plains ?
- 13:24Il ne me frappe pas,
- 13:25il ne frappe pas les enfants,
- 13:27il ne hurle pas,
- 13:28il ne tape pas sur la table,
- 13:31il ne donne pas de coups.
- 13:33Pourquoi je ne vais pas bien ?
- 13:35Et c'est tout le travail qu'on fait en thérapie d'expliquer,
- 13:38vous n'allez pas bien parce que ça fait tellement longtemps,
- 13:41ça fait tellement de mois,
- 13:42voire d'années,
- 13:43que vous n'existez pas,
- 13:44vous êtes un objet dans votre histoire,
- 13:46vous êtes un objet dans le couple.
- 13:48Monsieur,
- 13:49il utilise la personne que vous êtes,
- 13:51mais vous,
- 13:53votre identité,
- 13:53votre autonomie,
- 13:54votre individualité,
- 13:55vos émotions,
- 13:56vos sentiments,
- 13:57votre désir,
- 13:57votre plaisir,
- 13:58ce qui constitue notre personnalité,
- 14:01notre identité.
- 14:02Il l'ignore.
- 14:05Et ça va même plus loin,
- 14:06puisque beaucoup rapportent en consultation que,
- 14:11par exemple,
- 14:12Monsieur va arriver avec un bouquet de fleurs.
- 14:18Un bouquet de fleurs,
- 14:18c'est toujours génial.
- 14:19Alors,
- 14:20ce qui est hyper étonnant,
- 14:21c'est que soit le bouquet de fleurs arrive juste après que Monsieur ait fait toute une série de reproches,
- 14:29de dénigrements.
- 14:31Mais tout d'un coup,
- 14:31il y a un bouquet de fleurs.
- 14:32En revanche,
- 14:33il n'y a pas de parole.
- 14:33Il n'y a pas « je suis désolée » .
- 14:35Et puis,
- 14:36il n'y a pas « on va en parler » .
- 14:37Et puis,
- 14:38il n'y a pas non plus le
- 14:39« c'est pas normal que moi,
- 14:41l'homme,
- 14:41je réagisse ainsi.
- 14:42Donc,
- 14:42il faudrait peut-être que j'aille consulter » .
- 14:44C'est
- 14:45« tiens, je te file un bouquet de fleurs » .
- 14:47Dans le bouquet de fleurs,
- 14:48il peut y avoir les fleurs que madame n'aime pas.
- 14:50Ce n'est pas les couleurs qu'elle aime ou ce n'est pas les fleurs qu'elle aime.
- 14:56mais elle va rien dire parce qu'il a quand même pensé à apporter un bouquet de fleurs
- 15:00C'est super traître,
- 15:02le bouquet de fleurs.
- 15:03Mais des exemples comme ça,
- 15:04il y en a tant et tant.
- 15:07J'ai eu une patiente.
- 15:10qui voulait se remettre à la photo.
- 15:12L'appareil photo qu'elle voulait était d'une marque bien précise.
- 15:15Son mari lui a acheté un appareil photo d'une autre marque en lui expliquant qu'il avait pris ça parce qu'il savait mieux qu'elle,
- 15:21parce qu'il s'était renseigné.
- 15:24Et elle,
- 15:25elle avait beau se dire,
- 15:26au fond d'elle se dire,
- 15:27mais je ne voulais pas cet appareil-là,
- 15:29je voulais l'appareil que j'avais choisi parce que ça me correspond,
- 15:32parce que j'étais allée le voir en magasin,
- 15:34parce que je sais comment il fonctionne,
- 15:36etc.
- 15:37Elle a passé des semaines à se dire,
- 15:39je suis dingue.
- 15:40Il m'a offert un super cadeau.
- 15:43Et moi,
- 15:43je n'apprécie pas le cadeau parce que je voulais autre chose,
- 15:46l'équivalent,
- 15:47mais dans une autre marque.
- 15:49Mais elle avait le droit,
- 15:50en fait.
- 15:51Et son mari,
- 15:51il savait très bien quelle marque d'appareil photo elle voulait.
- 15:54Donc,
- 15:55il n'a pas fait un truc génial en lui offrant un appareil photo.
- 15:59Il ne l'a pas écouté.
- 16:00Mais en revanche,
- 16:01il s'est mis en avant.
- 16:02C'est de la violence.
- 16:04Parce que s'il n'y avait pas de violence,
- 16:07il y avait simplement de l'amour.
- 16:09soit il serait trompé et elle n'aurait pas eu peur et elle lui aurait dit écoute c'est hyper gentil mais c'est pas la bonne marque donc on va retourner à la boutique et on va changer l'appareil photo soit si surtout que ça coûte cher un appareil photo c'est dommage,
- 16:22ça coûte quand même très cher soit il lui aurait dit écoute je suis désolée effectivement je me suis trompée il y a la possibilité de parler là elle s'est retrouvée avec ce qu'elle ne voulait pas et être coincée avec ça en disant mais je peux surtout pas lui dire parce que
- 16:38Il s'est donné du mal,
- 16:39je vais le baisser.
- 16:41Je suis débile de ne pas vouloir ce cadeau-là parce que j'avais décidé autre chose.
- 16:44Je suis capricieuse,
- 16:45je ne suis qu'une enfant gâtée.
- 16:47Et puis lui,
- 16:47en plus,
- 16:48a dit,
- 16:48je me suis renseignée,
- 16:49c'est mieux pour toi.
- 16:50Et en plus,
- 16:51je t'infantilise parce que tu n'es pas capable,
- 16:54alors que c'est toi qui veux faire la photo,
- 16:55tu n'es pas capable de choisir pour toi.
- 16:57Alors,
- 16:57je parle du bouquet de fleurs,
- 16:59je parle de l'appareil photo.
- 17:01Maintenant,
- 17:02si dans les personnes qui écoutent ce podcast,
- 17:05Il y en a qui cherchent à remonter dans leur histoire.
- 17:08Ça ne va pas être forcément un bouquet de fleurs ou un appareil photo.
- 17:11Ça va être d'essayer de se dire,
- 17:14tout en essayant de conserver une certaine objectivité,
- 17:17mais d'essayer de se dire,
- 17:18dans mon histoire,
- 17:20est-ce qu'il y a des moments comme ça où ça décroche ?
- 17:22C'est-à-dire,
- 17:23ce que je voulais,
- 17:25ce que j'ai pu exprimer n'a jamais été écouté.
- 17:27Ou au contraire,
- 17:28je n'arrive pas à dire ce que je voudrais parce que je ne veux pas le déranger,
- 17:32parce que peut-être qu'il va mal le prendre.
- 17:34Mais en principe,
- 17:34quand on est deux adultes dans un couple,
- 17:37on peut être en désaccord et ça amène à une dispute,
- 17:41à un conflit et puis on règle le conflit.
- 17:43Ça n'amène pas à se taire.
- 17:45Si on se tait,
- 17:46c'est bien qu'il y a véritablement un problème.
- 17:48De toute façon,
- 17:48à partir du moment où il y a de la crainte de l'autre,
- 17:50il y a un problème.
- 17:52Si on a peur de parler à l'autre,
- 17:53si on a peur de sa réaction.
- 17:55La crainte de l'autre,
- 17:56ça veut dire que la relation n'est plus horizontale,
- 17:59elle devient verticale.
- 18:00C'est qu'il y en a un des deux qui impose son autorité.
- 18:03Il y en a un des deux qui ne peut pas être contrarié ou contré.
- 18:08Une des grandes phrases des auteurs de violences psychologiques,
- 18:11c'est « tu me manques de respect » .
- 18:13Parce qu'on a dit « je ne suis pas d'accord » .
- 18:16Le « je ne suis pas d'accord » ,
- 18:17c'est un manque de respect.
- 18:19Non,
- 18:20le « je ne suis pas d'accord » ,
- 18:21c'est « je suis une personne autonome,
- 18:24adulte,
- 18:25parfois ado » .
- 18:26capable de penser,
- 18:27capable de discernement,
- 18:29et ce que tu dis ne me convient pas.
- 18:30Je ne suis pas en train de te dire que tu es complètement débile.
- 18:34C'est juste,
- 18:34je ne suis pas d'accord.
- 18:36Mais si on ne peut pas dire je ne suis pas d'accord,
- 18:39il faut quand même s'interroger sur la relation.
- 18:41Vraiment s'interroger.
- 18:43Si on n'ose pas dire certaines choses à son conjoint,
- 18:46ou sa conjointe d'ailleurs,
- 18:48si on n'ose pas dire certaines choses au-delà du je ne suis pas d'accord,
- 18:50parce qu'il va peut-être mal le prendre,
- 18:52il va mal réagir,
- 18:53ça va créer un problème.
- 18:55Il ne faut pas que ça se passe devant les enfants,
- 18:57il ne faut pas que ça se passe devant des tiers,
- 18:58parce que les tiers vont penser que ça ne va pas.
- 19:01Tous ces questionnements-là,
- 19:03tout ce qui va encombrer tout d'un coup la tête d'une personne où elle ne va plus oser quoi que ce soit,
- 19:10tout ça,
- 19:11ce sont des signes de violence psychologique.
- 19:15Et pourtant,
- 19:16les trois quarts des personnes qui sont victimes de violents,
- 19:19psychologiquement,
- 19:20vont dire mais ils ne crient jamais,
- 19:22ils n'insultent jamais.
- 19:23il ne hausse pas le ton,
- 19:25en apparence il est très calmé,
- 19:27très gentil,
- 19:27ça se passe très bien.
- 19:28Avec les enfants,
- 19:29ça va à peu près.
- 19:30Toutes,
- 19:31elles vont toutes avoir le même discours.
- 19:34Et est-ce que ce genre de profil,
- 19:35après,
- 19:35il peut glisser vers justement une autre violence où il y a plusieurs types,
- 19:39en fait,
- 19:39il peut rester comme ça toute sa vie ?
- 19:41Ou des fois,
- 19:42est-ce que c'est la porte qui va donner justement la porte ouverte à d'autres violences ?
- 19:48Ce qui est merveilleux avec la nature humaine,
- 19:51c'est que tout est possible.
- 19:53Donc,
- 19:54il y en a certains qui vont rester,
- 19:58je ne dirais pas toutes leurs...
- 20:00Enfin,
- 20:02ils vont rester toute leur vie violente psychologiquement,
- 20:05avec un risque de passage à l'acte quand ils sont quittés.
- 20:08Un risque très fort de passage à l'acte.
- 20:10Donc là,
- 20:11il y a ce qu'on appelle la décompensation,
- 20:13ils n'ont plus de contrôle,
- 20:14et c'est là souvent qu'apparaît de la violence physique.
- 20:20De la violence physique telle qu'on l'entend,
- 20:22c'est-à-dire avec des coups,
- 20:24pas la violence physique dissimulée.
- 20:25C'est quoi du coup la violence physique dissimulée ?
- 20:30Quelqu'un qui va aller taper dans un mur régulièrement,
- 20:33pas une fois,
- 20:34encore une fois,
- 20:36le coup dans un mur,
- 20:37une fois,
- 20:38anecdotiquement,
- 20:39sur...
- 20:4010,
- 20:4015,
- 20:4020 ans de vie commune ne fait pas de quelqu'un un violent.
- 20:44Mais en revanche,
- 20:46de régulièrement taper dans le mur,
- 20:49taper du poing sur la table,
- 20:52faire le geste qu'on va casser un objet,
- 20:55ça amène l'autre à se contracter.
- 21:00Quand on dit j'en ai plein le dos,
- 21:01quand on dit je supporte plus,
- 21:04ça me prend la tête,
- 21:05toutes ces expressions-là,
- 21:06elles ont un sens.
- 21:07Et pourtant...
- 21:08la personne victime n'aura pas été touchée.
- 21:11C'est simplement qu'à force de se replier sur elle-même parce que la violence psychologique qui lui est renvoyée est insupportable,
- 21:20ça devient une violence physique pour elle.
- 21:23Il y a énormément de victimes de violences psychologiques qui développent des pathologies physiques alors qu'elles n'auront pas été touchées.
- 21:32À commencer par les migraines,
- 21:33les ulcères,
- 21:35les troubles articulaires,
- 21:36les troubles musculaires.
- 21:38plus tout le panel de maladies qu'on peut imaginer.
- 21:42Et on entend souvent parler de quatre phases dans la violence,
- 21:50donc pas toujours dans le même ordre.
- 21:52Non,
- 21:53mais c'est moi qui suis la casse-pied,
- 21:55la casse-pied de service avec cet ordre-là,
- 21:57parce que le cycle de la violence a été établi,
- 22:01il est schématisé depuis très longtemps par énormément de gens.
- 22:05D'une certaine manière,
- 22:06avec d'abord la montée de la violence,
- 22:08l'explosion,
- 22:09la crise,
- 22:10et puis la réconciliation,
- 22:12la lune de miel,
- 22:12etc.
- 22:14Tout ça,
- 22:14je suis d'accord avec le fait qu'il y ait un cycle en quatre phases et qu'on peut très facilement trouver dans les livres,
- 22:19sur Internet.
- 22:19C'est très facile,
- 22:20le cycle de la violence,
- 22:22les quatre phases du cycle de la violence,
- 22:23on le trouve partout.
- 22:25La seule chose qui,
- 22:26moi,
- 22:26me dérange,
- 22:27c'est que ce cycle commencerait,
- 22:30d'après les schémas que l'on voit,
- 22:32par quelque chose où il y a déjà une tension.
- 22:34C'est là où moi je tique,
- 22:35parce que quand deux personnes se rencontrent,
- 22:39le début de la relation,
- 22:40il ne peut pas être dans la tension.
- 22:42Il est dans la séduction,
- 22:43il est dans le charme,
- 22:44il est dans le désir,
- 22:46il est dans le faux respect de l'autre,
- 22:50mais en tout cas il y a un sentiment d'altérité.
- 22:52Donc c'est la lune de miel au début.
- 22:55Et puis il va y avoir la tension,
- 22:57et puis il va y avoir l'explosion,
- 22:58et puis il va y avoir l'espèce de fausse réconciliation.
- 23:02et à nouveau une lune de miel.
- 23:03Et c'est parce qu'il y a à nouveau une lune de miel qui va rappeler la première lune de miel que le cycle peut continuer.
- 23:10Puisque la victime,
- 23:11elle va se dire,
- 23:11mais je suis en train de retrouver ce que j'ai connu au départ de la relation.
- 23:16Donc en fait,
- 23:16ça existe vraiment.
- 23:18Donc puisque ça existe vraiment et qu'à un moment,
- 23:22ça a déraillé et qu'il a basculé dans quelque chose qui était violent pour moi,
- 23:26mais qu'il s'est excusé,
- 23:28je mets des guillemets,
- 23:29excusé,
- 23:29et qu'il est redevenu gentil.
- 23:31c'est que j'ai provoqué quelque chose et plus il y a de sites et plus la victime se dit c'est moi qui provoque la tension et l'explosion et la colère et le malaise dans le couple puisque de toute façon il finit par se calmer c'est très très long d'intégrer qu'en fait tout ça,
- 23:46c'est ce qu'on appelle la stratégie enfin ça fait partie de ce que l'on appelle la stratégie de l'agresseur et c'est tout un système qui est presque schématisé c'est un modus operandi qui permet à la fois à l'auteur des violences de
- 24:00contrôler totalement sa victime par les comportements agressifs et de continuer de la contrôler lorsqu'il redevient,
- 24:08je mets des guillemets,
- 24:09gentil et aimant.
- 24:11Puisque la victime,
- 24:12en fait,
- 24:12elle va passer son temps à tenter de retrouver ça.
- 24:16Et tant qu'elle ne l'a pas retrouvée,
- 24:17ou tant qu'elle n'a pas conscience qu'en fait elle est dans un schéma de violence,
- 24:21elle s'enferme dans ces cycles de violence.
- 24:23Je ne dis pas qu'elle les provoque.
- 24:25C'est très différent.
- 24:26Une victime ne provoque jamais un auteur de violence.
- 24:29On va l'entendre mille fois dans la bouche des victimes.
- 24:32C'est de ma faute.
- 24:33Non,
- 24:34c'est le violent qui est violent.
- 24:35C'est la personne dépendante à l'alcool qui consomme de l'alcool.
- 24:40C'est le toxicomane qui consomme de la drogue.
- 24:43Et c'est le violent qui consomme de sa propre violence.
- 24:46On ne provoque jamais la violence de l'autre.
- 24:48Puisque,
- 24:48heureusement,
- 24:49énormément d'êtres humains arrivent à échanger avec d'autres personnes sans être violents.
- 24:54Donc,
- 24:55on ne provoque pas la violence.
- 24:57Et est-ce qu'on peut devenir addict à la violence ?
- 25:00Mais de la part aussi de la de la violenté,
- 25:03pas forcément Oui,
- 25:04mais j'entends bien,
- 25:05la victime alors elle n'est pas addict à la violence puisqu'elle ne va pas nommer ça de la violence
- 25:11Elle ne se dit pas « j'adore la violence » .
- 25:13Ou sinon,
- 25:14il y a un autre problème,
- 25:15c'est qu'elle sombre dans une forme de masochisme.
- 25:19Donc là,
- 25:19pour le coup,
- 25:20elle est certes victime,
- 25:22mais elle a aussi besoin d'un suivi par rapport à un trouble psychiatrique.
- 25:27C'est autre chose.
- 25:28Mais a priori,
- 25:29on ne devient pas masochiste.
- 25:32Ça n'apparaît pas comme ça.
- 25:34En revanche,
- 25:35ce à quoi elle est addict,
- 25:37et c'est pour ça que ce serait bien qu'on travaille de plus en plus avec des addictologues,
- 25:41je trouve.
- 25:42Ce à quoi elle est addict,
- 25:43c'est à la relation.
- 25:44Et à cette ambivalence,
- 25:46où il y a des moments d'explosion de violence et puis des moments de séduction.
- 25:50Et il y a vraiment une addiction,
- 25:52c'est-à-dire qu'il y a vraiment un effet de manque.
- 25:54Quand l'autre n'est plus là,
- 25:56l'autre devient indispensable.
- 25:58Elle va tout faire pour retrouver l'autre,
- 26:01tout en sachant qu'il va lui faire du mal à un moment.
- 26:04Mais il ne faut pas oublier que dans ces relations...
- 26:08Donc,
- 26:08il y a l'auteur des violences,
- 26:10la victime,
- 26:12et logiquement,
- 26:12il y a un entourage,
- 26:14dont la victime est petit à petit coupée par l'auteur des violences.
- 26:18Dans le schéma de la violence psychologique,
- 26:20le violent va isoler la victime.
- 26:23Alors,
- 26:23quand on parle d'isolement,
- 26:24c'est pareil.
- 26:24Beaucoup de gens se disent,
- 26:27elle a un tel ou une telle victime de violence psychologique,
- 26:30elle vit en pleine ville,
- 26:31elle travaille,
- 26:32elle voit des gens toute la journée.
- 26:33Mais l'isolement,
- 26:34il n'est pas...
- 26:36physique,
- 26:36il n'est pas géographique,
- 26:37il est d'abord dans la tête.
- 26:39C'est que petit à petit s'installe dans la pensée de la victime un interdit,
- 26:44c'est interdit d'aller parler à qui que ce soit de ce qu'elle vit.
- 26:48Et si qui que ce soit ose lui dire j'ai l'impression que dans ton couple c'est pas génial,
- 26:55génial,
- 26:56que ton conjoint il est peut-être un peu abusif dans sa façon d'être,
- 27:03la victime va Merci.
- 27:05pour la plupart,
- 27:06en première réaction,
- 27:07avoir envie de défendre son conjoint.
- 27:08Parce que si elle ne le défend pas,
- 27:11ça veut dire qu'elle l'accuse.
- 27:12Ou en tout cas qu'elle reconnaît qu'il est violent.
- 27:14Si elle reconnaît qu'il est violent,
- 27:16elle va devoir prendre une décision.
- 27:19Donc elle va devoir le dénoncer et potentiellement partir.
- 27:24Donc elle est en danger.
- 27:26Donc elle va tout faire pour que ça ne se sache pas.
- 27:29Donc finalement...
- 27:31Et pareil,
- 27:31tout ça dans le schéma de la violence psychologique,
- 27:33c'est malheureusement classique à voir.
- 27:35Toutes ces femmes qui semblent différentes de ce qu'elles étaient,
- 27:39profondément différentes,
- 27:41avec une évolution qui n'est pas normale,
- 27:43avec moins de rapports aux autres,
- 27:44avec moins de contacts,
- 27:45et qui en même temps s'échinent à dire
- 27:49« non mais ça va très bien,
- 27:50mon mari est très gentil,
- 27:52et avec les enfants c'est un super papa » ,
- 27:54elles sont en train de faire un appel au secours monumental.
- 27:57C'est « sortez-moi de là sans que je sois en danger » ,
- 28:01ce qui est quand même assez compliqué.
- 28:03On ne peut pas extraire comme ça quelqu'un de chez lui.
- 28:06Mais c'est ce qu'elles font.
- 28:07C'est « sortez-moi de là,
- 28:08mais moi,
- 28:09si je dis quoi que ce soit,
- 28:10je suis en danger » .
- 28:11Et puis,
- 28:12il y a le truc de dire aussi,
- 28:14après,
- 28:15parce qu'il y a la honte qui s'insère de raconter des choses.
- 28:17C'est vrai que quand on parle à quelqu'un,
- 28:20souvent,
- 28:21quand on raconte une anecdote,
- 28:23on se rend compte en le disant que ce n'est pas normal.
- 28:25Et quand on se rend compte que ce n'est pas normal en racontant à sa copine ou à sa mère ou à sa sœur,
- 28:30on se dit « non mais en fait,
- 28:31je suis en train de vivre ça » .
- 28:31Donc on a honte,
- 28:32donc on ne le dit plus.
- 28:33Donc on arrête aussi de parler,
- 28:35de communiquer à l'autre ce qui se passe au sein du truc.
- 28:38L'isolement,
- 28:39il vient de là aussi,
- 28:39c'est d'arrêter de parler parce que l'autre nous isole,
- 28:42mais nous aussi on s'auto-isole parce qu'on sait que ce n'est pas normal.
- 28:44De toute façon,
- 28:46toutes les victimes,
- 28:47et je dis bien les victimes,
- 28:49alors oui,
- 28:49principalement ce sont les femmes qui sont victimes,
- 28:53Et de fait,
- 28:54si elles sont mères,
- 28:55les enfants sont autant victimes que leurs mères.
- 28:57Parce que chaque fois,
- 28:59on dit les femmes,
- 28:59les femmes,
- 29:00les femmes.
- 29:01Les enfants,
- 29:02ce n'est pas des potiches qui ne comprennent rien,
- 29:04loin de là.
- 29:05Ils absorbent beaucoup de violence,
- 29:07beaucoup trop de violence.
- 29:08Mais il y a quand même aussi des hommes qui peuvent subir de la violence.
- 29:11Après,
- 29:12les raisons,
- 29:13les systèmes,
- 29:15c'est un sujet qui est tellement vaste qu'il faudrait que vous fassiez 18 podcasts pour pouvoir l'explorer complètement.
- 29:21On t'inviterait tous 8 fois.
- 29:23Je vais dormir là.
- 29:24Alors je reste là,
- 29:25je ne bouge plus.
- 29:25C'est très bien.
- 29:27En plus,
- 29:28c'est très très bien parce qu'on est dans une petite tente avec des jolis coussins,
- 29:31une jolie lumière.
- 29:31Donc c'est parfait,
- 29:32je reste là.
- 29:33Non,
- 29:33sérieusement,
- 29:36toutes ces victimes qui sont petit à petit isolées,
- 29:40qui sont petit à petit éloignées de qui elles sont profondément en fait,
- 29:44à force d'être dénigrées,
- 29:45infantilisées,
- 29:46etc.
- 29:47Elles fonctionnent autour d'un triangle qui est terrible.
- 29:50qui est constituée de peur,
- 29:52de culpabilité et de honte.
- 29:55Alors,
- 29:55pour les différencier très rapidement,
- 29:57la peur,
- 29:57a priori,
- 29:58à peu près tout le monde peut comprendre ce qu'est la peur,
- 30:00mais la peur,
- 30:01c'est la peur de faire,
- 30:02c'est la peur de dire,
- 30:03c'est la peur de ne pas faire,
- 30:04c'est la peur de ne pas dire,
- 30:06c'est la peur d'être toujours décalé et de manière maladroite,
- 30:15voire dysfonctionnelle,
- 30:16c'est-à-dire de toujours subir le jugement de l'autre.
- 30:19Toujours,
- 30:19toujours,
- 30:19toujours,
- 30:20quoi qu'on fasse.
- 30:21Ça ne sera jamais...
- 30:22La bonne robe,
- 30:23le bon pantalon,
- 30:23le bon repas,
- 30:24la bonne lumière,
- 30:25le bon endroit,
- 30:26les bonnes vacances,
- 30:27la bonne décision,
- 30:27la bonne...
- 30:28Jamais.
- 30:29Et ça ne sera pas forcément dit comme ça d'ailleurs par l'auteur des violences.
- 30:32Parce qu'ils ont,
- 30:34à mon avis,
- 30:35on leur livre au berceau un guide de comment parler à sa femme quand on a envie de la détruire.
- 30:41Parce que l'une des phrases les plus classiques,
- 30:42c'est de dire ce style-là de phrase.
- 30:45C'est de dire,
- 30:45ce que tu fais c'est très bien,
- 30:47mais si tu savais faire correctement les choses,
- 30:49tu les ferais mieux.
- 30:51Qu'est-ce qu'on retient de la phrase ?
- 30:52Ce que tu fais est très bien.
- 30:53Super,
- 30:54c'est génial,
- 30:54je suis géniale.
- 30:55Mais si tu savais faire correctement les choses,
- 30:57tu les ferais mieux.
- 30:58Donc,
- 30:58ce que tu fais est très bien,
- 31:00mais je ne sais pas faire correctement les choses.
- 31:02Donc,
- 31:02en fait,
- 31:03je fais très bien à la hauteur de ce que je ne sais pas faire.
- 31:07Donc,
- 31:07en fait,
- 31:07je ne fais pas bien.
- 31:09Donc,
- 31:09je suis nulle.
- 31:10Voilà.
- 31:11Et ça,
- 31:11ça arrive petit à petit.
- 31:13Mais la peur,
- 31:14on peut la comprendre.
- 31:15La honte et la culpabilité,
- 31:16sont deux choses différentes.
- 31:18On est coupable de ce que l'on a fait ou de ce que l'on n'a pas fait,
- 31:21de ce que l'on a dit ou de ce que l'on n'a pas dit.
- 31:23On a honte de qui l'on est.
- 31:25Donc la honte,
- 31:25c'est beaucoup plus profond.
- 31:28Et pour beaucoup,
- 31:29beaucoup,
- 31:30beaucoup de victimes de violences psychologiques ou de violences au sens large,
- 31:34parce que là,
- 31:34je parle moi principalement de violences psychologiques,
- 31:37mais toutes les violences amènent au même traumatisme.
- 31:41Donc se défaire de la culpabilité est long,
- 31:45se défaire de la honte est très long.
- 31:48C'est très très long puisque ça atteint profondément l'identité de la personne.
- 31:53Donc c'est très long de se défaire de la honte.
- 31:56Et le pire,
- 31:56c'est quand on voit les victimes de violences sexuelles,
- 31:59et particulièrement les enfants,
- 32:01qui sont agressés,
- 32:03incestés,
- 32:03etc.,
- 32:04et qui ont honte.
- 32:06Ils ont honte d'être l'enfant de ce parent-là,
- 32:08ils ont honte de ne pas avoir su dire non,
- 32:11ils ont honte de qui ils sont parce que profondément ils se sentent salis et sales.
- 32:16il porte une honte
- 32:18très,
- 32:18très ancré les enfants victimes et les enfants victimes de violences sexuelles.
- 32:23Et est-ce que ça,
- 32:23la honte,
- 32:24si on commence à plus en parler,
- 32:27si on commence à plus se dire que ce n'est pas notre...
- 32:30En fait,
- 32:30si on entend le discours,
- 32:32justement,
- 32:33qu'on n'a pas à avoir honte de plus en plus,
- 32:35si les médias,
- 32:36les gens,
- 32:37les thérapeutes,
- 32:37les gens autour de nous en parlent,
- 32:39est-ce qu'on peut désamorcer cette honte,
- 32:41en fait ?
- 32:42Est-ce qu'en en parlant,
- 32:43est-ce qu'on peut avoir moins honte ?
- 32:47On peut.
- 32:47Mais encore une fois,
- 32:49c'est beaucoup plus long que la culpabilité.
- 32:51La culpabilité,
- 32:51ça devient rationnel à un moment.
- 32:53C'est de dire à quelqu'un « est-ce que tu as fait ça ? »
- 32:56Non,
- 32:57alors tu ne peux pas être coupable de ce que tu n'as pas fait.
- 33:01Ou si tu as fait ça,
- 33:02pourquoi tu l'as fait ?
- 33:03On le remet dans le contexte,
- 33:04on rend la chose objective.
- 33:06Donc la culpabilité,
- 33:07je ne dis pas que ça se fait facilement,
- 33:08mais la culpabilité,
- 33:09on peut arriver à s'en défaire relativement facilement en rationalisant les choses.
- 33:15La honte,
- 33:15encore une fois,
- 33:16c'est quelque chose qui est...
- 33:17complètement irrationnel.
- 33:20C'est la honte d'avoir ce mari-là,
- 33:21c'est la honte d'avoir ce père-là pour ses enfants,
- 33:25c'est la honte d'avoir ces parents-là.
- 33:27Comme si c'était en fait les victimes qui devaient porter la responsabilité de la honte à la place du violent.
- 33:35Alors,
- 33:36après,
- 33:36il faut presque le voir sur le plan de la morale,
- 33:39c'est-à-dire que quelqu'un qui est violent,
- 33:41profondément violent,
- 33:42pas celui qui explose une fois,
- 33:44Et où en face,
- 33:44on va dire « Ah,
- 33:45qu'est-ce que t'es violent parce que t'as lancé une assiette contre le mur ? »
- 33:47Le violent ne va pas réfléchir avec un sens de la morale.
- 33:52Il va réfléchir par rapport à lui,
- 33:53par rapport à son intérêt,
- 33:54par rapport à ce qu'il va nourrir sur le plan narcissique profondément.
- 34:00Mais il ne cherche pas à être dans la morale.
- 34:02Les victimes sont dans la morale.
- 34:04Et c'est un piège d'ailleurs pour beaucoup de victimes puisqu'elles essayent de rétablir une morale dans la relation,
- 34:09là où il n'y a pas de morale possible.
- 34:11mais c'est bien parce qu'elles sont dans une forme de morale.
- 34:13qu'il y a la honte qui se développe,
- 34:15puisque ce qu'elles vivent n'est pas moral.
- 34:18Donc,
- 34:19puisqu'elles sont face à une situation qui n'est pas morale et qu'elles ont laissé quelqu'un de violent être dans leur vie,
- 34:24d'une certaine manière,
- 34:25elles se créent l'idée qu'elles acceptent cette violence-là,
- 34:31qu'elles ont participé à cette violence-là,
- 34:34activement.
- 34:35Et la honte s'inscrit là-dedans.
- 34:38Et c'est intéressant parce que souvent,
- 34:40on entend
- 34:41« non mais moi,
- 34:41de toute façon,
- 34:42ça ne m'arrivera jamais » .
- 34:43Enfin,
- 34:44c'est bon,
- 34:44là,
- 34:44le mec,
- 34:45il me met ça,
- 34:45je me casse.
- 34:46Enfin,
- 34:47comment c'est possible ?
- 34:47Et en fait,
- 34:49c'est aussi donner…
- 34:50Est-ce qu'il y a des profils types de gens qui se font avoir,
- 34:53entre guillemets avoir,
- 34:53ou est-ce qu'en fait,
- 34:54ça peut complètement arriver à tout le monde ?
- 34:55Parce que ça s'insère tellement d'une façon insidieuse que ça peut arriver à beaucoup de gens quand même,
- 35:00beaucoup de femmes ou beaucoup d'hommes.
- 35:01En fait,
- 35:02ça peut arriver à tout le monde.
- 35:03C'est la bonne nouvelle du jour.
- 35:06Vous n'avez pas encore été victime de violences psychologiques,
- 35:08mais possiblement vous pouvez l'être un jour.
- 35:10Parce que quand on parle de profil type,
- 35:13il a longtemps été dit que les femmes,
- 35:16alors c'était très schématisé,
- 35:19les femmes victimes de violences psychologiques étaient toutes des femmes extrêmement intelligentes,
- 35:24très empathiques,
- 35:25très généreuses.
- 35:28D'accord.
- 35:29Alors je ne vais pas dire que les femmes victimes de violences psychologiques sont des femmes stupides,
- 35:34égoïstes et...
- 35:35Ce n'est pas le cas du tout.
- 35:37Mais ce n'est pas parce qu'on est empathique,
- 35:40intelligent et généreux qu'on sera victime.
- 35:42En revanche,
- 35:43ce qui crée la possibilité de subir de la violence psychologique,
- 35:48c'est une faille,
- 35:49une vulnérabilité qui arrive soit dès la prime enfance,
- 35:53soit à un moment dans un parcours de vie où on est tellement fragilisé qu'on n'a plus de distance par rapport à l'autre et on a un besoin qu'un autre nous prenne en charge,
- 36:02s'occupe de nous.
- 36:03Je vais vous donner l'exemple.
- 36:05Une personne,
- 36:07les exemples sont parmi les personnes que j'ai suivies,
- 36:10mais une personne dont la vie était,
- 36:15on va dire,
- 36:16heureusement banale.
- 36:17Quand je dis heureusement banale,
- 36:19c'est qu'elle n'avait pas une vie extraordinaire,
- 36:21mais elle n'avait pas une vie entachée d'un drame quel qu'il soit.
- 36:24Mariée,
- 36:25des enfants,
- 36:26il s'avère que grave accident de voiture,
- 36:28son mari meurt,
- 36:29elle se retrouve hospitalisée longtemps.
- 36:31Il y a un médecin qui s'occupe d'elle,
- 36:33beaucoup,
- 36:33qui la prend bien en charge.
- 36:36tellement bien en charge qu'à la fin des soins,
- 36:38de l'hospitalisation,
- 36:40du suivi,
- 36:41de la kiné,
- 36:41etc.,
- 36:42une histoire d'amour démarre entre eux et il l'a maltraitée psychologiquement pendant les quatre années qui ont suivi.
- 36:49Il l'a spoliée financièrement,
- 36:51il l'a éloignée de ses enfants.
- 36:54Cette femme-là,
- 36:55le jour où elle était dans sa voiture avec son mari,
- 36:57il n'y aurait pas eu un chauffard en face.
- 36:59Elle serait sans doute restée mariée avec son mari et ça allait très bien dans son couple et ça allait très bien avec les enfants.
- 37:06Et elle était,
- 37:07pour bien la connaître,
- 37:08elle est normalement intelligente,
- 37:11normalement généreuse et normalement empathique.
- 37:15En revanche,
- 37:16elle a eu un effondrement total de sa vie.
- 37:18Et là,
- 37:18elle avait vraiment besoin en plus d'être accompagnée parce qu'hospitalisée,
- 37:22nécessairement,
- 37:23elle avait besoin de personnel soignant autour d'elle.
- 37:27Mais du coup,
- 37:28ça revient à quelque chose qu'on entend souvent,
- 37:30c'est que les femmes qui connaissent ça,
- 37:32c'est des femmes...
- 37:34« faible » .
- 37:35Et en fait,
- 37:36ce que je trouve intéressant,
- 37:36c'est que,
- 37:38dans ce que j'ai vu que tu as dit,
- 37:39et puis souvent,
- 37:40finalement,
- 37:41on se rend compte que quand on enlève toute cette superbe au pervers narcissique,
- 37:48on va l'appeler comme ça parce qu'on parle beaucoup de ça,
- 37:52en fait,
- 37:53c'est juste eux qui ont une faille énorme et avec des schémas tout le temps pareils.
- 37:57En fait,
- 37:57si on désacralise le pervers narcissique,
- 37:59on s'aperçoit que finalement,
- 38:00la femme est forte et il vient lui puiser des choses.
- 38:03Ou l'homme qui va...
- 38:04Oh là là,
- 38:05je ne vais pas me faire des amis là tout de suite.
- 38:07Alors,
- 38:08d'abord,
- 38:09c'est quoi être faible et c'est quoi être fort ?
- 38:12C'est-à-dire que très souvent,
- 38:14on va recevoir des victimes qui vont dire,
- 38:16je ne veux pas pleurer,
- 38:17je dois être forte.
- 38:18Alors,
- 38:18il ne faut pas confondre avoir des émotions et être faible ou ne pas avoir des émotions et être fort.
- 38:23D'autant plus que maintenant,
- 38:25on le sait très bien,
- 38:27la violence va créer des mécanismes psychiques particuliers dans le fonctionnement.
- 38:32des victimes,
- 38:33à commencer par les mécanismes de sidération,
- 38:36de dissociation,
- 38:37qui vont couper la victime de ses émotions,
- 38:39qui vont lui permettre de finalement vivre de manière robotisée,
- 38:42mais vivre son quotidien parce qu'elle n'arrive pas à y échapper.
- 38:45Alors tout ça,
- 38:46je le dis très rapidement,
- 38:48mais pour tous ceux,
- 38:50toutes celles qui ne savent pas ce que c'est que la dissociation et la sidération,
- 38:55c'est vraiment des mécanismes qu'il faut aller lire,
- 38:57qu'il faut essayer de comprendre parce que,
- 38:59en fait,
- 38:59quand tout d'un coup de la violence s'abat sur une personne c'est tellement inconcevable et inacceptable et incompréhensible qu'à ce moment là la victime est sidérée et son schéma de pensée,
- 39:10son schéma cognitif va se développer d'une autre manière avec plein de facteurs qui expliquent ça c'est pour ça que je ne vais pas tout dire maintenant mais il faut vraiment bien comprendre qu'une victime c'est pas c'est
- 39:25une bouteille de canadadry en apparence
- 39:28elle va bien.
- 39:30En apparence,
- 39:31elle vit une vie normale.
- 39:32En apparence,
- 39:32elle va emmener ses enfants à l'école,
- 39:34elle va aller travailler ou elle va faire ses courses,
- 39:35elle va s'occuper de sa mère.
- 39:37En apparence.
- 39:38Mais à l'intérieur,
- 39:39elle est brisée.
- 39:40Il y a un vide complet.
- 39:42Et il y a un vide parce qu'émotionnellement,
- 39:44elle est vidée.
- 39:46Et elle n'a pas le droit d'avoir des émotions,
- 39:47parce que ces émotions vont aller contrarier l'intention de l'auteur des violences.
- 39:53Après,
- 39:54il y a quelque chose qu'il faut aussi que toutes les personnes victimes,
- 39:58potentiellement victimes,
- 39:59ou qui ont été victimes,
- 40:01entendent,
- 40:02c'est qu'on n'est pas victime par hasard.
- 40:05Ça répond à quelque chose.
- 40:06Quelqu'un qui va bien,
- 40:09c'est-à-dire qui est en équilibre dans sa vie,
- 40:12peut bien sûr,
- 40:13pendant quelques temps,
- 40:14être séduit parce qu'on reste des êtres humains,
- 40:17donc être attiré par quelqu'un qui sera beaucoup plus toxique.
- 40:22Mais relativement vite,
- 40:25les ressorts vont apparaître,
- 40:26les ressorts de la toxicité vont apparaître,
- 40:28et relativement vite,
- 40:29la personne qui va bien va dire,
- 40:32en fait,
- 40:32on arrête là,
- 40:34parce que ça dépasse mes limites,
- 40:36parce que ce n'est pas acceptable pour moi,
- 40:37parce que tu me blesses,
- 40:38parce que tu es peut-être...
- 40:39extrêmement beau,
- 40:40extrêmement gentil,
- 40:41extrêmement drôle et extrêmement intelligent,
- 40:42il y a ça et ça et ça qui ne me conviennent pas à moi et à la limite c'est même pas contre toi,
- 40:46c'est moi,
- 40:47ça ne me convient pas donc j'arrête la relation.
- 40:49En revanche une personne qui se retrouve victime d'une relation toxique elle n'est pas faible,
- 40:55elle n'est pas forte elle est fragilisée et encore une fois,
- 40:59je vous ai donné l'exemple de cette femme qui est percutée en voiture et qui perd son mari les enfants de fait,
- 41:05quand ça leur tombe dessus Merci.
- 41:08Quand ils sont tout petits,
- 41:09qu'ils ont un voire deux parents toxiques,
- 41:11c'est leur seul repère,
- 41:12c'est leur seule compréhension du monde.
- 41:14Donc c'est une normalité,
- 41:15mais c'est une vulnérabilité immense puisque la porte est ouverte à recevoir n'importe quelle autorité et à être maltraitée par n'importe qui.
- 41:22mais l'adulte porte les stigmates de son enfance ou porte les stigmates d'un traumatisme vécu à l'adolescence ou jeune adulte ou un peu plus tard et encore une fois,
- 41:33ce qui ouvre la porte à la violence,
- 41:35c'est le fait de ne pas savoir s'y opposer,
- 41:37c'est-à-dire
- 41:38d'avoir un tel besoin d'être réparé,
- 41:40restauré,
- 41:41soigné,
- 41:41considéré,
- 41:42validé,
- 41:43valorisé,
- 41:43tout ce qu'on n'a plus eu ou jamais eu à un moment,
- 41:47que si en face,
- 41:48la personne toxique le perçoit,
- 41:51le comprend,
- 41:52elle rentre dans la brèche et là,
- 41:55pour elle,
- 41:55c'est royal au bar derrière.
- 41:58Donc,
- 41:59on ne peut pas dire que les victimes sont des personnes fortes ou faibles.
- 42:03On ne peut pas dire que les victimes sont incapables.
- 42:06de certaines choses.
- 42:08Les victimes sont en perte à un moment de capacité.
- 42:11En revanche,
- 42:11en travaillant cette capacité-là,
- 42:13on arrive à les aider à avancer.
- 42:15Il y a
- 42:16Alberto Heger qui a écrit,
- 42:18maintenant de nombreuses années,
- 42:20un bouquin qui a fait bondir énormément de gens,
- 42:22parce que c'est le pervers narcissique et son complice.
- 42:25Alors ça,
- 42:26mon Dieu,
- 42:26moi,
- 42:27victime,
- 42:27on vient de me dire que je suis complice de mon bourreau.
- 42:30Sauf que oui,
- 42:31il y a une part de complicité involontaire,
- 42:34inconsciente.
- 42:38qui contrarie même tout le système de pensée de la victime.
- 42:41Et pourtant,
- 42:42cette part de complicité,
- 42:43elle est bien là,
- 42:43parce que c'est avec cette part de complicité que va jouer,
- 42:47qui est,
- 42:48je précise encore une fois,
- 42:49totalement involontaire,
- 42:51mais c'est sur cette part de complicité que va s'appuyer le violent.
- 42:54C'est-à-dire que,
- 42:55d'une certaine façon,
- 42:57la victime ayant besoin de ce que le violent lui promet,
- 43:02non pas de ce qu'il fait,
- 43:03mais de ce qu'il promet.
- 43:04Je suis là pour toi,
- 43:05je vais t'aimer,
- 43:06ça va être tellement bien.
- 43:08On va s'aimer sur une étoile ou sur un oreiller,
- 43:10c'est vraiment...
- 43:11Sauf que la chanson de Gilbert Montagné,
- 43:13ça n'est qu'une chanson,
- 43:15et puis voilà,
- 43:16je vais m'arrêter là.
- 43:19La victime,
- 43:19elle s'accroche à la promesse.
- 43:22Un parent qui dit à son enfant,
- 43:24je te promets de m'occuper de toi,
- 43:26l'enfant,
- 43:26il va le croire,
- 43:27et il n'a pas la capacité de discernement pour se dire,
- 43:29mais en fait,
- 43:30là,
- 43:30le fait de me laisser deux heures dans un coin,
- 43:32c'est pas s'occuper de moi,
- 43:33c'est me maltraiter.
- 43:35Dans sa tête,
- 43:35il se dit,
- 43:36il va arriver,
- 43:37il va s'occuper de moi et il attend.
- 43:39La violence psychologique,
- 43:40elle infantilise.
- 43:41Donc les victimes,
- 43:42ce sont des enfants,
- 43:44pardon,
- 43:45mais ce sont émotionnellement des enfants de 4,
- 43:485,
- 43:486,
- 43:487 ans qui attendent que la promesse se réalise et qui vont tout faire pour que la promesse se réalise.
- 43:54Tout à l'heure,
- 43:54quand tu me parlais du cycle de la violence,
- 43:56pourquoi le cycle y recommence ?
- 43:58C'est que comme à un moment,
- 43:59il y a à nouveau une lune de miel,
- 44:00séduction,
- 44:01lune de miel,
- 44:02youpi !
- 44:02Elle se dit,
- 44:03ah ben je...
- 44:04peux aider à ce que ça revienne.
- 44:06Et donc,
- 44:07la promesse qui m'a été faite il y a quelque temps d'amour inconditionnel,
- 44:12de bien-être parfait,
- 44:14etc.,
- 44:15si j'arrive à maintenir l'équilibre et donc à faire qu'il soit content,
- 44:19lui,
- 44:19il va remplir sa promesse.
- 44:21Le piège,
- 44:22il est là.
- 44:23Il est dans cette espèce de système de bénéfice-risque ou promesse-sanction qui est mis en place par l'auteur des violences.
- 44:33Et c'est je te promets d'aller bien à condition que tu fasses exactement ce que je te dis,
- 44:37mais tu as besoin que je te promette que tu vas aller bien.
- 44:40Et tu as besoin que je lise exactement ce que tu dois faire parce que tu n'es pas capable de le faire tout seul.
- 44:44Exactement.
- 44:45Et ça commence,
- 44:46et si on observe toujours l'évolution de la relation,
- 44:49ce n'est pas un beau matin,
- 44:52monsieur,
- 44:53pardon messieurs,
- 44:54mais généralement les violences sont quand même plus souvent les hommes,
- 44:58qui va se lever en disant,
- 44:59en s'étant couché la veille,
- 45:01en disant je t'aime ma chérie,
- 45:02le lendemain matin c'est une volée de bois vert.
- 45:04Ce n'est pas comme ça,
- 45:06c'est petit à petit,
- 45:08c'est très lent,
- 45:09la violence psychologique.
- 45:11Elle bénéficie d'un temps long.
- 45:13Et c'est bien aussi parce que c'est long que c'est long ensuite à démonter.
- 45:17On ne détricote pas en quelques semaines ce qui a été tricoté pendant des mois ou des années.
- 45:24C'est ça,
- 45:24parce qu'après,
- 45:24ça peut...
- 45:26Souvent,
- 45:26quand une victime se sort de ça,
- 45:28elle n'est pas sortie d'affaire de suite.
- 45:29Ça peut prendre des années pour se...
- 45:31J'ai une deuxième bonne nouvelle.
- 45:35J'en ai plein.
- 45:36Le pire moment pour la victime,
- 45:38c'est la prise de conscience.
- 45:40C'est le pire moment.
- 45:41Parce qu'avant,
- 45:43même si elle n'est pas bien,
- 45:45même si autour d'elle,
- 45:46il y a des gens qui vont lui dire
- 45:47« ça ne va pas bien » ,
- 45:48elle n'est pas consciente de vivre son quotidien avec quelqu'un de violent.
- 45:52Maintenant,
- 45:53si je dis à n'importe qui,
- 45:55je dis
- 45:56« tu vis avec quelqu'un de violent,
- 45:57tu es donc en danger » .
- 45:59Je parle à quelqu'un d'infantilisé et je lui dis « tu es en danger » .
- 46:05Quelqu'un qui est infantilisé ne sait plus où aller,
- 46:08ne sait plus vers qui aller.
- 46:10comment réagir,
- 46:11comment se défendre.
- 46:12Elle n'a plus les moyens de ça.
- 46:13Et je lui dis,
- 46:14tu es en danger.
- 46:16Débrouille-toi avec ça.
- 46:17C'est une super nouvelle,
- 46:18quand même.
- 46:20On a tous envie d'entendre ça.
- 46:21Donc,
- 46:21la victime qui prend conscience,
- 46:23elle se dit,
- 46:23mais en fait,
- 46:24toute ma vie est fausse.
- 46:27Toute ma vie est un énorme mensonge.
- 46:29Tout ce que je vis est violent pour moi.
- 46:31De fait,
- 46:32si j'ai des enfants,
- 46:33pour les enfants,
- 46:34je suis donc en partie responsable de la souffrance de mes enfants.
- 46:37Ça,
- 46:38c'est la troisième bonne nouvelle.
- 46:40Et en plus,
- 46:40je ne sais pas du tout qui va pouvoir m'aider.
- 46:44Et bien,
- 46:44pour beaucoup,
- 46:45qu'est-ce qu'elles font à ce moment-là ?
- 46:46Elles restent.
- 46:48Oui.
- 46:49Et qu'est-ce qui se passe autour ?
- 46:51L'entourage se dit,
- 46:52mais en fait,
- 46:52pourquoi tu dis que ça ne va pas ?
- 46:54Puisqu'elles n'ont aucun suivi.
- 46:57Allô ?
- 46:58Tu peux pleurer et tu restes.
- 47:00Mais non,
- 47:00tu ne restes pas.
- 47:01Sauf que je vais aller où ?
- 47:03Et puis,
- 47:03je vais faire quoi ?
- 47:04Je vais faire ce qu'on me dit.
- 47:06Je vais aller porter plainte.
- 47:08J'ai quelle preuve de la violence psychologique ?
- 47:10J'arrive au commissariat,
- 47:11je dis bonjour,
- 47:12je viens vous voir parce que mon mari me dit que je suis trop grosse en jupe.
- 47:17Non,
- 47:19il faut avoir tout un tas d'anecdotes,
- 47:21d'éléments,
- 47:22de preuves,
- 47:23ou en tout cas de faisceaux d'indices à apporter pour pouvoir commencer à porter plainte.
- 47:28Puis après,
- 47:29il se passe quoi ?
- 47:30On ne prend pas madame avec les enfants,
- 47:32on ne la met pas dans un coin en disant là,
- 47:34vous êtes protégée,
- 47:34tout ira bien,
- 47:35et on ne met pas monsieur en prison.
- 47:38Monsieur,
- 47:38il va être informé,
- 47:39il va être convoqué.
- 47:41La violence psychologique,
- 47:42c'est la violence la plus difficile à prouver.
- 47:44Donc forcément,
- 47:46monsieur,
- 47:46il va rentrer avec sa violence et madame,
- 47:50pour laquelle il n'y aura ni ordonnance de protection,
- 47:53ni mesure d'éloignement.
- 47:55C'est extrêmement rare.
- 47:59Déjà,
- 47:59c'est rare quand il y a de la violence physique ou sexuelle.
- 48:02Dans les cas de violence psychologique,
- 48:03c'est extrêmement rare.
- 48:06Le ressort des femmes victimes,
- 48:10il doit être absolument nourri par un accompagnement amical,
- 48:15familial.
- 48:15Il faut que les amis et la famille comprennent que ça va être long,
- 48:18qu'elles vont avoir des comportements qui vont leur sembler complètement paradoxaux,
- 48:23sur lesquels ils ont très peu de moyens d'action,
- 48:25mais que tant qu'elles savent qu'ils sont là,
- 48:28elles ont la possibilité de partir.
- 48:30Tant qu'elles savent qu'il y a quelqu'un qui est là,
- 48:33La victime a la possibilité de partir.
- 48:35Si l'entourage se dit,
- 48:36c'est bon,
- 48:37ça fait des mois qu'elle se plaint,
- 48:39des mois qu'elle ne va pas bien,
- 48:40on est là et elle reste avec son mari,
- 48:43la victime,
- 48:43elle restera avec son mari.
- 48:45Ça vaut mieux d'être avec quelqu'un qui nous maltraite que d'être seule.
- 48:48Et puis,
- 48:48il y a une forme de déni aussi.
- 48:50Refaire toute sa vie,
- 48:50c'est dur aussi,
- 48:51de se dire,
- 48:51je pars et je réinvente tout.
- 48:53Et de se dire,
- 48:53en fait,
- 48:54ça va passer.
- 48:54Maintenant,
- 48:55peut-être que ça va passer.
- 48:56Peut-être que...
- 48:57Est-ce que c'est...
- 48:57Ce n'est pas vraiment du déni,
- 49:00mais il y a la volonté de croire.
- 49:02que ça va aller.
- 49:05D'autant plus que dans ces schémas où la séparation commence à se sentir un peu arrivée,
- 49:11les auteurs de violences en disent,
- 49:12non mais,
- 49:13excuse-moi,
- 49:14j'ai compris,
- 49:15je vais aller consulter.
- 49:16Alors,
- 49:16c'est super,
- 49:17ils vont tous consulter une fois,
- 49:19tous ou presque.
- 49:21Une fois.
- 49:22Peut-être deux.
- 49:23Parfois,
- 49:24deux fois.
- 49:25Et tous,
- 49:26à la fin du premier ou deuxième rendez-vous,
- 49:28vont dire,
- 49:29tu vois,
- 49:30j'y suis allée.
- 49:31j'ai compris,
- 49:31ça va s'arranger,
- 49:32j'ai plus besoin.
- 49:34Est-ce qu'ils mentent pendant qu'ils ont un entretien psy ?
- 49:38De toute façon,
- 49:39ils mentent.
- 49:40Est-ce qu'ils sont conscients de mentir ?
- 49:42Ce n'est pas la même chose.
- 49:44De toute façon,
- 49:44ils mentent.
- 49:45Quand ils disent « je ne suis pas violent » ,
- 49:48qu'ils le croient,
- 49:50parce que profondément pour eux,
- 49:51ce n'est pas de la violence ce qu'ils font,
- 49:53ou qu'ils ne le croient pas,
- 49:54qu'ils se savent violents,
- 49:55mais de toute façon,
- 49:57ils mentent.
- 49:59Mais ils sont encore plus forts que ça,
- 50:00parce qu'ils peuvent très bien tout d'un coup,
- 50:03plus ce sont des bons acteurs,
- 50:04être totalement effondrés,
- 50:08dire à leurs compagnes
- 50:11Dire,
- 50:12mais je réalise,
- 50:13je suis désolée,
- 50:14mais on va sauver notre couple,
- 50:17youpi,
- 50:18et double youpi,
- 50:19on va faire une thérapie de couple.
- 50:23Sauf que madame,
- 50:24elle se retrouve chez un thérapeute avec celui qui lui promet que ça va aller mieux.
- 50:30Ils sont chez un thérapeute de couple,
- 50:32mais qui risque quand même de s'énerver à nouveau,
- 50:35de l'insulter à nouveau,
- 50:36de la dénigrer à nouveau.
- 50:38Donc elle ne va pas tout dire devant le thérapeute.
- 50:40Elle est muselée devant le thérapeute.
- 50:41Elle est coincée.
- 50:43Mais elle y va.
- 50:44Parce que si elle n'y va pas,
- 50:45elle va entendre que,
- 50:46tu vois,
- 50:47j'ai compris,
- 50:47en fait,
- 50:48c'est toi qui ne veux pas faire d'efforts.
- 50:49Donc si ça ne va pas dans notre couple,
- 50:50si les enfants ne vont pas bien,
- 50:51c'est ta faute.
- 50:53Parce que moi,
- 50:53je te propose une thérapie.
- 50:57Ça a un sens.
- 50:58En droit,
- 50:59les médiations,
- 51:00lorsque une femme porte plainte pour violences psychologiques,
- 51:03aujourd'hui,
- 51:04les médiations ne doivent plus être proposées.
- 51:08Avant,
- 51:08c'était systématique.
- 51:09C'est une solution facile,
- 51:11on propose une médiation civile,
- 51:13pénale,
- 51:13en fonction des cas.
- 51:16Et puis,
- 51:16si la médiation n'aboutit pas,
- 51:17c'est que c'est un conflit de couple.
- 51:21Aujourd'hui,
- 51:22lorsqu'il y a une plainte pour violence psychologique,
- 51:24il ne doit pas y avoir de médiation de proposée.
- 51:27Madame doit pouvoir la refuser en disant « qu'est-ce que je vais aller être en médiation dans un rapport qui est censé être horizontal avec quelqu'un qui met de la verticalité dans tout ? »
- 51:36Ça n'est pas possible.
- 51:38Est-ce que le chantage au suicide,
- 51:40parce que ces hommes violents,
- 51:42à un moment donné,
- 51:42peuvent menacer de se suicider,
- 51:44est-ce que c'est des choses qui arrivent ?
- 51:47Non,
- 51:49c'est très fréquent.
- 51:54Ils sont très volontaires à dire qu'ils vont mettre fin à leur jour.
- 52:00Le seul truc,
- 52:00c'est que sans que j'ai des statistiques très précises à donner.
- 52:06Mais ils sont très rares à passer à l'acte.
- 52:10En revanche,
- 52:11les victimes sont nombreuses à avoir fait des tentatives de suicide et pour certaines à ne pas en être sorties.
- 52:20On peut mourir de violences psychiques parce qu'on entend parler de plus en plus de la notion de tombeau psychique.
- 52:26Et ça,
- 52:26c'est hyper important de le rappeler.
- 52:29De toute façon,
- 52:31une personne qui n'a plus le droit de parler,
- 52:33plus le droit de parler librement,
- 52:35plus le droit de penser librement,
- 52:37plus le droit de désirer,
- 52:39plus le droit d'aimer,
- 52:42autre que ce que lui impose son bourreau,
- 52:44qui ne se sent plus puissante,
- 52:46c'est-à-dire qui n'a plus de puissance de vie,
- 52:48qui n'a plus de contrôle,
- 52:49qui n'a plus de maîtrise,
- 52:50elle est morte,
- 52:51psychiquement.
- 52:53Alors,
- 52:54je n'irai pas jusqu'à dire qu'elle est morte,
- 52:57psychiquement,
- 52:58parce que la résurrection,
- 53:01c'est compliqué.
- 53:02Elle est sur une voie mortifère.
- 53:08mais oui ça amène et dans la loi aujourd'hui le suicide forcé est entré dans la loi et un conjoint violent peut être condamné pour avoir poussé,
- 53:18enfin pour avoir commis un suicide forcé alors c'est très récent tout ça heureusement l'arsenal juridique s'étoffe,
- 53:26malheureusement c'est très récent donc c'est des bébés lois,
- 53:30c'est des bébés jurisprudence
- 53:33Mais le suicide forcé est entré dans la loi.
- 53:35Donc aujourd'hui,
- 53:36oui,
- 53:37on peut porter plainte si on a réchappé à la tentative de suicide.
- 53:42Ou la famille peut porter plainte.
- 53:44Et d'ailleurs,
- 53:45il y a eu quelques cas qui font jurisprudence.
- 53:49La famille peut porter plainte en argant d'un suicide forcé.
- 53:53Quand on a parlé du suicide forcé,
- 53:56de mort psychique,
- 53:57il y a aussi la vraie mort physique.
- 53:58Du coup,
- 53:59on peut arriver sur des cas de féminicide avec ces violences.
- 54:03Psychique ?
- 54:05Oui.
- 54:06J'allais dire,
- 54:06le féminicide,
- 54:08c'est comme...
- 54:09Enfin,
- 54:12dans l'imagerie populaire,
- 54:13dans la compréhension,
- 54:16c'est comme la violence.
- 54:17C'est-à-dire qu'on imagine une espèce de monstre sanguinaire qui va s'emparer d'un couteau,
- 54:24d'une arme,
- 54:26se jeter sur sa victime et la massacrer.
- 54:30Alors oui,
- 54:30il y a des cas comme ça,
- 54:31bien évidemment.
- 54:34ça beaucoup nourrit,
- 54:36ça continue de nourrir et c'est dramatique les médias.
- 54:40Et où on a des femmes qui sont assassinées en pleine rue par un conjoint ou ex-conjoint,
- 54:47bien évidemment.
- 54:48Ce qu'il faut surtout comprendre avec le féminicide,
- 54:50c'est qu'il se produit au moment où l'auteur des violences comprend qu'il a perdu son jouet.
- 55:00Et que non seulement il a perdu,
- 55:02mais qu'il ne le retrouvera pas.
- 55:05Les femmes dont on a pu voir un certain nombre d'histoires,
- 55:10et d'ailleurs je trouve que tout ce qui est opérations,
- 55:12collages,
- 55:12etc.,
- 55:14ça permet de visualiser,
- 55:16de rendre tangible un nombre qui,
- 55:19chaque année depuis MeToo,
- 55:22évolue entre,
- 55:24et c'est dramatique de le dire ainsi,
- 55:25pardon,
- 55:26mais ça évolue entre 115 et 130,
- 55:28et ça perd en fait de sa...
- 55:32de son incarnation.
- 55:33Il faut donner une réalité à ces femmes et donner une réalité à ces enfants.
- 55:38Et donc,
- 55:38au moins,
- 55:39les collages,
- 55:39le fait de donner leur nom,
- 55:40leur prénom,
- 55:42ça leur redonne une réalité,
- 55:44une existence qui leur a été arrachée.
- 55:48Pour en revenir vraiment au féminicide,
- 55:51tous les cas,
- 55:51ou presque,
- 55:52que l'on a vus,
- 55:53qui sont absolument terrifiants,
- 55:56ont été commis par des hommes violents,
- 55:58physiquement violents,
- 56:00avant la rupture.
- 56:02Il y a aussi les hommes qui sont violents psychologiquement.
- 56:07Il y a un cas qui a été quand même assez emblématique cette année,
- 56:11puisque
- 56:12Madame, alors elle n'en est pas morte,
- 56:15mais
- 56:15Madame et Monsieur sont tous les deux professeurs d'université,
- 56:20écrivains.
- 56:22Lui,
- 56:23il était même pris bon cours.
- 56:28Et il a quand même tenté d'assassiner sa femme.
- 56:30Donc,
- 56:32quand on parle de la violence psychologique,
- 56:35on imagine toujours que ça n'ira pas au drame.
- 56:38On imagine très difficilement que,
- 56:40en fait,
- 56:41l'homme violent,
- 56:42qui n'a pas besoin d'user de la violence physique,
- 56:46parce qu'il contrôle pleinement avec la psychologie,
- 56:49avec la manipulation,
- 56:50etc.,
- 56:51on n'imagine pas que cet homme-là va passer à l'acte.
- 56:54Ce que l'on oublie,
- 56:55c'est que l'homme,
- 56:56il ne cherche pas à...
- 56:57contrôler.
- 56:58Ils cherchent également à posséder,
- 57:00à détenir et à surtout ne pas être privés de ce qui lui apporte à lui un équilibre.
- 57:07Pourquoi est-ce qu'ils sont tous merveilleux à l'extérieur ?
- 57:10Tous ces hommes dont les femmes disent,
- 57:13à raison,
- 57:13disent,
- 57:14c'est parce que elles sont leur garde-fou,
- 57:16elles sont leur point d'équilibre,
- 57:19elles vont canaliser,
- 57:20bien malgré elles,
- 57:21et sans s'en rendre compte,
- 57:21elles vont canaliser tout ce qu'ils ont de violent et de négatif.
- 57:25Donc,
- 57:25à l'extérieur,
- 57:27Ils sont tous super.
- 57:29Ils sont super.
- 57:30Et j'aurais même tendance à dire,
- 57:32il faut se méfier de l'homme extérieurement super,
- 57:36avec des guillemets,
- 57:37parce que ce n'est pas possible.
- 57:39Personne n'est génial.
- 57:40Ce n'est pas vrai.
- 57:41On a tous des défauts.
- 57:43Donc,
- 57:43on peut dire,
- 57:44entre nous,
- 57:44on peut dire d'une amie ou d'un ami,
- 57:47il est génial,
- 57:48mais de temps en temps,
- 57:49il est lourd.
- 57:50de quelqu'un dont on ne peut jamais dire qu'il est lourd ou pénible ou que là il est allé un peu trop loin
- 57:55peut-être se poser des questions.
- 57:57On dit méfiez-vous des enfants sages,
- 57:59mais méfiez-vous des hommes parfaits.
- 58:01Parce que ça n'est pas possible.
- 58:03Ça n'existe pas.
- 58:06Et en revanche,
- 58:07ils ont cette apparence parfaite,
- 58:10le gendre idéal,
- 58:11le mari qu'on aimerait tellement avoir,
- 58:13le prince charmant qui finalement existe et manque de bol,
- 58:17c'est l'autre qu'il a rencontré,
- 58:18c'est pas nous.
- 58:18Parce que tout ce qu'ils ont de vraiment violent,
- 58:22en fait,
- 58:22ils le déchargent chez eux.
- 58:24et le décharge dans un huis clos qui n'est pas révélé.
- 58:27Merci pour ton témoignage et tout ce que tu as apporté aujourd'hui à toutes les femmes qui nous écoutent et à nous aussi.
- 58:33Merci beaucoup.
- 58:34Est-ce que tu aurais un petit mot de la fin à nous partager ou quelque chose de peut-être une note un peu plus positive ?
- 58:40Déjà,
- 58:40merci à vous deux parce que je pense que c'est indispensable qu'il y ait ce type de podcast.
- 58:47Et merci de donner la parole,
- 58:49à travers la mienne,
- 58:50mais la parole aux femmes qui sont victimes de violences
- 58:53psychologiques et à leurs enfants.
- 58:56Et je n'oublierai jamais les enfants.
- 59:00Je reçois des adultes,
- 59:01je reçois des ados,
- 59:03je ne reçois pas d'enfants,
- 59:05parce que là,
- 59:06c'est ma faille.
- 59:07Et que,
- 59:08autant je peux entendre des histoires qui me sont rapportées sur des enfants,
- 59:11autant si j'ai en face de moi un enfant,
- 59:13je ne suis pas sûre de pouvoir absorber ce qu'il va me dire sans me mettre à pleurer.
- 59:17Et je ne suis pas sûre que ça aide beaucoup un enfant qui est dans une histoire extrêmement complexe et violente de voir un adulte se mettre à pleurer.
- 59:23Donc,
- 59:24je n'aurais pas réglé cette question avec moi-même,
- 59:26je ne recevrais pas d'enfant.
- 59:28Mais c'est vrai qu'à chaque fois qu'on aborde la question des violences psychologiques,
- 59:33c'est la plus sensible parce que l'épreuve,
- 59:35parce que par qui je vais être crue.
- 59:38Alors déjà,
- 59:39la première chose,
- 59:40ce n'est pas parce qu'on peut énumérer plein d'éléments qui semblent très négatifs que les femmes ne s'en sortent pas.
- 59:48La deuxième chose,
- 59:49c'est que toutes les victimes,
- 59:50quelle que soit la violence,
- 59:51espèrent que la justice les reconnaisse en tant que victime.
- 59:55Ce qu'elles doivent vraiment apprendre à espérer,
- 59:57c'est se reconnaître elles en tant que victime,
- 1:00:00c'est sortir d'un schéma d'infantilisation.
- 1:00:02La justice,
- 1:00:03elle peut condamner quand c'est évident,
- 1:00:05elle ne condamnera pas ce qui n'est pas évident parce que ça n'est pas sa possibilité ni son droit.
- 1:00:10Donc si elle donnait une condamnation alors que les preuves ne sont pas réunies,
- 1:00:14le risque c'est que le jugement soit cassé.
- 1:00:18double,
- 1:00:18triple,
- 1:00:18quadruple peine pour la femme.
- 1:00:20Mais c'est surtout se croire soi,
- 1:00:22c'est se dire après tout,
- 1:00:24quand bien même personne ne me croit,
- 1:00:26je sais ce que j'ai vécu,
- 1:00:28je sais que j'ai raison,
- 1:00:29je sais que je dois me battre et je sais que je dois maintenant dire non.
- 1:00:33Et ça,
- 1:00:34c'est possible.
- 1:00:36Merci Anne-Laure.
- 1:00:38On peut te,
- 1:00:39parce que tu es dans ta Bourgogne,
- 1:00:41mais on peut te contacter par visio aussi.
- 1:00:44C'est important de le dire.
- 1:00:46Je suis dans ma Bourgogne.
- 1:00:48Mais je Zoom,
- 1:00:50je Teams,
- 1:00:51je Skype,
- 1:00:52WhatsApp,
- 1:00:52je Meet et je Messenger s'il le faut.
- 1:00:57À la fin de la journée,
- 1:00:58parfois,
- 1:01:00je me mélange entre Zoom et Skype,
- 1:01:02mais ce n'est pas très grave,
- 1:01:03je m'y retrouve.
- 1:01:04Et il y a des journées où c'est même drôle parce que comme j'ai des personnes qui sont à l'étranger et avec des fuseaux horaires très différents,
- 1:01:10je peux commencer ma journée en disant bonsoir,
- 1:01:13finir ma journée en disant bonne journée.
- 1:01:16et tout ça
- 1:01:18ce qui est extraordinaire avec toutes les nouvelles technologies,
- 1:01:22c'est que justement des personnes qui se sentent isolées et qui sont à l'autre bout du monde,
- 1:01:26elles ont la possibilité,
- 1:01:27et pas qu'avec moi,
- 1:01:29loin de là,
- 1:01:30elles ont la possibilité de se dire ça sera peut-être qu'une demi-heure ou une heure toutes les deux semaines,
- 1:01:36mais je peux parler à quelqu'un.
- 1:01:39Ça a sorti quand même beaucoup de femmes expats,
- 1:01:42ça les a sortis de l'isolement.
- 1:01:43C'est important à dire aussi.
- 1:01:46C'est très positif en plus.
- 1:01:47Et tu nous appelles d'un événement le 22 novembre,
- 1:01:49est-ce que tu veux ?
- 1:01:50C'est un événement qui est monté par un collectif qui s'appelle
- 1:01:53Soutien Civis 1.
- 1:01:54Donc la Civis,
- 1:01:55quand elle était encore dirigée par Édouard Durand,
- 1:01:58Ernestine René,
- 1:01:59etc.
- 1:01:59C'est un événement qui va se dérouler à la Communale de Saint-Ouen.
- 1:02:05À partir de
- 1:02:0617h, donc le vendredi 22 novembre,
- 1:02:07jusqu'à minuit,
- 1:02:09où va y avoir des auteurs écrivains,
- 1:02:12des auteurs essayistes.
- 1:02:15des concerts,
- 1:02:16des interventions,
- 1:02:17des lectures,
- 1:02:18autour principalement du sujet de l'inceste et des violences commises,
- 1:02:23des violences sexuelles commises sur les enfants,
- 1:02:25mais nécessairement parmi les intervenants,
- 1:02:29il y a des personnes qui connaissent,
- 1:02:31comprennent et peut-être ont vécu des situations de violences conjugales et de violences psychologiques.
- 1:02:38il faut savoir que je finirai là-dessus même si ce n'est pas la note la plus joyeuse que l'inceste c'est vraiment le...
- 1:02:44point d'orgue de la violence psychologique puisqu'il y a de la violence physique et de la violence sexuelle dans la ceste,
- 1:02:50bien évidemment.
- 1:02:51Mais c'est ce qui va imprimer dans l'idée de l'enfant qu'il doit être dans la loi du silence.
- 1:02:57Donc c'est le point d'orgue de la violence psychologique.
- 1:03:00C'est le moment où l'auteur,
- 1:03:01qui est un adulte,
- 1:03:03dit à l'enfant,
- 1:03:04je sais ce qui est bon pour toi,
- 1:03:06tu vas le vivre et tu vas être heureux.
- 1:03:09C'est pas une autre république,
- 1:03:11on va se finir là-dessus.
- 1:03:13En tout cas,
- 1:03:13merci.
- 1:03:13Ce n'est pas une note très gaie pour finir,
- 1:03:15mais je l'ai dit tout à l'heure,
- 1:03:17mon combat,
- 1:03:17c'est surtout les enfants.
- 1:03:18Bien sûr.
- 1:03:20C'est important d'en parler.
- 1:03:23Donc,
- 1:03:23c'est important aussi,
- 1:03:24le 22 novembre,
- 1:03:25à 17h,
- 1:03:26d'aller à cette très grande manifestation qui est organisée pour les enfants et puis pour les parents qui,
- 1:03:35peut-être,
- 1:03:35aussi ont vécu des choses et sont devenus parents.
- 1:03:38En tout cas,
- 1:03:39nous,
- 1:03:39on y sera.
- 1:03:39Tu y seras aussi.
- 1:03:40Moi,
- 1:03:41j'y serai.
- 1:03:42Alors,
- 1:03:43à la semaine prochaine.
- 1:03:44Oui,
- 1:03:44merci beaucoup.
- 1:03:45Et merci à vous.
- 1:03:49Flamme des années 80.
- 1:03:51Le podcast qui allume la femme.