Latest / Flammes des années 80. Le podcast qui allume la femme. / Adoption homoparentale et amour filial : Le témoignage bouleversant de Vincent Robert
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- 0:03Flamme des années 80.
- 0:05Le podcast qui allume la femme.
- 0:10Bonjour,
- 0:11on a la chance de recevoir aujourd'hui
- 0:13Vincent Robert qui va nous parler de son métier et surtout aussi d'adoption.
- 0:18Bonsoir.
- 0:20On est le soir la journée,
- 0:22on peut foutre et continuer.
- 0:23Bonjour,
- 0:23bonsoir.
- 0:23C'est très ouvert.
- 0:24C'est ça.
- 0:25Est-ce que tu veux te présenter Vincent ?
- 0:27Oui bien sûr,
- 0:27je m'appelle Vincent Robert,
- 0:29je suis scénariste,
- 0:30réalisateur.
- 0:32Et surtout,
- 0:32papa d'un petit grand garçon,
- 0:35maintenant de 16 ans.
- 0:36Oui,
- 0:37il a grandi.
- 0:37Et donc,
- 0:38du coup,
- 0:38tu as adopté cet enfant ?
- 0:39Oui,
- 0:40avec mon mari Marc,
- 0:41on a adopté.
- 0:42En fait,
- 0:42on a été un des tout premiers couples homos en France à pouvoir adopter un pupille de l'État français,
- 0:48après la loi Taubira.
- 0:50Donc,
- 0:50en fait,
- 0:50on a reçu un moment magique,
- 0:53un coup de fil en 19...
- 0:54En 19...
- 0:55Marc a exagéré.
- 0:56En 2017,
- 0:57quand même.
- 0:58En 2017,
- 0:59on a reçu un coup de fil comme quoi les services du Pas-de-Calais avaient éventuellement un petit garçon à nous présenter.
- 1:07On ne savait rien sur le coup de fil en fait.
- 1:09On savait juste qu'il avait à peine 8 ans et on n'avait même pas son prénom.
- 1:14Mais voilà,
- 1:15ça a été le début de cette formidable aventure de notre paternité à Marc et à moi.
- 1:21Oui,
- 1:21franchement,
- 1:22c'est une...
- 1:22parce que moi je la connais parce qu'en fait on ne se connaît pas.
- 1:25En fait,
- 1:26du coup,
- 1:26on ne se connaît pas personnellement.
- 1:27Ce n'est pas moi qui ai eu l'idée de l'inviter parce que je trouvais son histoire incroyable.
- 1:31Parce qu'il y a un livre.
- 1:33Oui,
- 1:33c'est ça,
- 1:33en fait.
- 1:34Mais en fait,
- 1:35le livre,
- 1:35il est parti de...
- 1:37Nous,
- 1:37on s'est mariés en 2013.
- 1:39La loi,
- 1:39elle date d'avril 2013,
- 1:41promulguée en mai,
- 1:42je crois.
- 1:43Et nous,
- 1:43on s'est mariés en septembre.
- 1:44On s'est mariés pour pouvoir déposer un projet d'adoption.
- 1:48Et le soir de notre mariage,
- 1:50j'ai commencé à tenir un journal.
- 1:53Et j'ai mis tous les jours,
- 1:54je mettais la tente un petit peu comme à Louis XVI,
- 1:57sans me faire guillotiner,
- 1:58mais aujourd'hui rien,
- 2:00demain rien,
- 2:01parce qu'en fait l'attente est toujours très longue.
- 2:02Alors pour tout le process agrément en soi ça dure une année à peu près,
- 2:07donc ça on est occupé parce qu'il y a plein de choses à faire,
- 2:10il y a des démarches à faire,
- 2:11il y a des rendez-vous avec des assistantes sociales,
- 2:13avec des références sociaux,
- 2:15en fait voilà,
- 2:16ils viennent à la maison,
- 2:16on va chez eux,
- 2:17on passe devant une psy,
- 2:19enfin voilà.
- 2:20Donc ça,
- 2:20ça dure à peu près une année ?
- 2:21Ça dure une année pour obtenir l'agrément.
- 2:23Est-ce qu'il y a des limites d'âge,
- 2:24par exemple,
- 2:25pour avoir un agrément ?
- 2:27Officiellement,
- 2:28je crois qu'il ne faudrait pas avoir plus de 50 ans,
- 2:29mais je ne sais rien.
- 2:30Je crois que la loi ne l'impose pas,
- 2:32mais bon,
- 2:33il y a peut-être...
- 2:35En fait,
- 2:35c'est pour ça,
- 2:36et c'est intéressant que tu évoques cette histoire d'âge,
- 2:38parce que moi,
- 2:39au départ,
- 2:40je m'étais projeté dans une paternité avec un bébé.
- 2:45Et donc j'ai eu un...
- 2:46que Marc,
- 2:47non,
- 2:47pas spécialement,
- 2:47parce que Marc,
- 2:48il est un tout.
- 2:49un tout petit peu plus âgé que moi,
- 2:504 ans,
- 2:50rien,
- 2:50mais lui,
- 2:52il s'était vraiment projeté avec un projet pour une adoption tardive,
- 2:56c'est-à-dire qu'un enfant qui avait entre 3 et
- 2:588 ans,
- 3:00et moi,
- 3:01j'étais avec le bébé,
- 3:02donc il a fallu que je fasse ce qu'on appelle le deuil de l'enfant porté,
- 3:05mais qui est aussi à faire,
- 3:08parce que tout à l'heure,
- 3:08j'espère qu'on parlera et que je pourrai vraiment parler de l'adoption tardive,
- 3:12parce que le deuil de l'enfant porté peut aussi être fait chez un couple hétéro.
- 3:19et donc moi il a fallu que je fasse ce deuil là et puis une fois que le deuil a été fait l'idée c'était d'accueillir un enfant donc tout ça c'est quand même un processus qui prend un an et puis une fois qu'on a notre agrément c'est super,
- 3:32en plus on était dans les tout premiers donc c'était et puis voilà ça n'a pas été si vidant que ça parce que la psy qui était en charge d'étudier notre dossier ne croyait pas à l'adoption parentale donc au lieu d'avoir l'adoption parentale
- 3:47de l'adoption parentale d'homosexuels.
- 3:49Homoparentale.
- 3:49Elle ne croyait pas à l'adoption homoparentale.
- 3:52Elle nous l'a dit clairement.
- 3:53Et normalement,
- 3:54un couple hétéro fait deux heures de psy.
- 3:59Mais on a eu 24 heures.
- 4:0124 heures ?
- 4:0224 heures.
- 4:03En plusieurs fois,
- 4:04j'imagine.
- 4:05En plusieurs fois,
- 4:05mais c'était tous les deux jours et c'était 3-4 heures tous les deux jours.
- 4:08Elle a fait vraiment un training,
- 4:09comme vous avez dit.
- 4:11On n'a pas lâché.
- 4:13Elle nous a...
- 4:14poser des questions absolument odieuses,
- 4:16infâmes,
- 4:17à vomir.
- 4:19Mais on a tenu,
- 4:20on a vraiment tenu,
- 4:21on a gardé notre sang-froid.
- 4:23Et à la fin d'ailleurs,
- 4:24elle nous l'a dit,
- 4:25elle nous a dit
- 4:26« Non mais je crois que vous êtes bien plus près que n'importe quel couple,
- 4:29vu que je vous ai testé dans tous les sens. »
- 4:31J'allais le dire,
- 4:31si tous les gens qui voudraient faire un enfant passaient 24 heures chez un thérapeute,
- 4:35ce serait quand même intéressant.
- 4:36Le monde irait peut-être mieux.
- 4:37Ceci étant...
- 4:39Moi,
- 4:39ce n'était pas le fait qu'on passe 24 heures comme ça.
- 4:45Je pense que c'est important,
- 4:46quand on donne un incrément à des parents,
- 4:49de s'assurer qu'ils vont pouvoir résister à cette aventure qui va arriver.
- 4:54Pour ces enfants,
- 4:54c'est une deuxième chance s'il n'y en aura pas trois.
- 4:56Et je pense qu'on ne peut pas se permettre de se tromper.
- 4:58Donc,
- 4:58moi,
- 4:59on était plutôt conscients de ça.
- 5:01Non,
- 5:01je te dis,
- 5:01ça a été ces attaques perfides.
- 5:05Une attaque que je n'ai pas vu ni moi par exemple,
- 5:08vous préférez un petit garçon ou une petite fille,
- 5:10sincèrement on lui répond,
- 5:11peu importe,
- 5:12il n'y a pas de...
- 5:13Ah bon un petit garçon,
- 5:14vous n'avez pas peur qu'on vous accuse d'être touchant,
- 5:16qu'on va lui faire prendre le bain ?
- 5:17Donc d'un seul coup il y avait ce mélange entre...
- 5:20Et ça c'est à vomir,
- 5:21c'est-à-dire que quand tu dis ça,
- 5:23tu as envie de retourner le bureau,
- 5:24tu as envie de la claquer,
- 5:25tu as envie de faire tout ça,
- 5:26tu ne fais rien,
- 5:27tu ne bouges pas,
- 5:28tu restes zen,
- 5:28tu réponds,
- 5:29tu expliques la différence entre pédophile et homosexuel,
- 5:33et calmement...
- 5:35Bref,
- 5:35tout ça pour dire que ça prend un an.
- 5:37Et donc pendant ces premières années,
- 5:39de 2013 à 2014,
- 5:41le temps ne l'a pas vu passer,
- 5:42puisqu'on était dans ces démarches-là.
- 5:44Sauf qu'une fois qu'on a l'agrément,
- 5:46c'est super,
- 5:46et passé l'instant où on est content de l'avoir,
- 5:50là c'est l'attente.
- 5:52On attend un coup de fil.
- 5:53Il n'y a plus rien à faire,
- 5:54il n'y a plus de démarche à faire,
- 5:55il faut attendre.
- 5:57Et ça c'est terrible.
- 5:58Ça c'est terrible parce qu'on est partis dans une dynamique pendant une année.
- 6:04Pour avoir quelque chose ?
- 6:05Pour avoir cet agrément.
- 6:06Et puis,
- 6:07du coup,
- 6:07on a beaucoup réfléchi.
- 6:09Le projet s'est parfaitement affiné.
- 6:11On sait précisément ce qu'on veut et on sait surtout qu'on le veut.
- 6:14Et là,
- 6:15il faut attendre.
- 6:16Et là,
- 6:16vous étiez sûr d'attendre un enfant entre 3 et 8 ans ?
- 6:19Oui.
- 6:19En fait,
- 6:20on nous demande précisément ce qu'ils appellent « quel est votre projet ? » .
- 6:23Et nous,
- 6:23notre projet,
- 6:24maintenant,
- 6:25on était calés,
- 6:25j'étais calé,
- 6:26on était calé avec Marc.
- 6:27Mais tout ça,
- 6:27c'était très bien.
- 6:28Il fallait faire cette démarche-là et ces discussions tous les deux.
- 6:31Et donc,
- 6:32on avait fait...
- 6:33On avait un agrément,
- 6:35ce qu'ils appellent pour une fratrie de cœur ou de sang,
- 6:39d'enfants de 3 à 8 ans.
- 6:40Donc,
- 6:41on pouvait avoir en fait un enfant ou deux enfants,
- 6:44frères ou sœurs ou copains de foyer.
- 6:49Mais voilà,
- 6:50le projet...
- 6:50C'est un projet qui ne peut s'ouvrir pas forcément à un seul enfant,
- 6:53ça aurait pu être deux.
- 6:54Oui,
- 6:55ça aurait pu.
- 6:55Alors,
- 6:56en théorie,
- 6:57l'agrément était comme ça.
- 6:59Et l'agrément,
- 6:59ça a une durée de vie ?
- 7:00Oui.
- 7:01Alors,
- 7:01c'est une durée de vie,
- 7:02c'est pour 4 ans,
- 7:035 ans,
- 7:05mais on doit le renouveler si on n'a pas de coup de fil.
- 7:08D'accord,
- 7:09il faut le renouveler régulièrement.
- 7:10Vous avez attendu combien de temps ?
- 7:11Alors,
- 7:12nous,
- 7:13on a eu de la chance,
- 7:13en fait.
- 7:14On a eu notre agrément en
- 7:162014, et le coup de fil est arrivé 3 ans après.
- 7:19Eh bien,
- 7:19ça,
- 7:19c'est long,
- 7:19quand même,
- 7:203 ans.
- 7:20Non,
- 7:20mais c'est rien.
- 7:21Il y en a 4 ans de 10 ans,
- 7:238 ans,
- 7:249 ans,
- 7:2410 ans.
- 7:25C'est vrai ?
- 7:25Oui,
- 7:25oui.
- 7:25Donc,
- 7:263 ans,
- 7:27c'est rien maintenant.
- 7:28Et je te dis comme ça que c'est rien.
- 7:30Attendre trois ans,
- 7:31c'est terriblement long.
- 7:32En plus,
- 7:32le coup de fil,
- 7:34je ne sais pas si je peux spoiler un peu l'histoire du livre,
- 7:37mais le coup de fil n'est pas juste « ça y est,
- 7:40on a un enfant,
- 7:41c'est plus compliqué que ça » .
- 7:42Ça a été beaucoup plus compliqué que ça.
- 7:44En fait,
- 7:46le coup de fil,
- 7:47on peut être un petit garçon de 7 ans et demi,
- 7:518 ans à vous présenter.
- 7:53Par contre,
- 7:53est-ce que vous acceptez que ça se passe dans le cadre du parrainage ?
- 7:59Non.
- 8:00Je dois vraiment t'avouer que c'est moi qui reçois le coup de fil.
- 8:02Je suis complètement...
- 8:05Hyper content déjà que le téléphone sonne.
- 8:07Je suis au 15e,
- 8:08je suis où tu veux,
- 8:09je suis dans les nuages.
- 8:11Et je dis oui au parrainage sans absolument savoir ce que c'est que le parrainage.
- 8:15Qu'est-ce que c'est que ce parrainage ?
- 8:17Et alors on le découvre une semaine après quand on est convoqué.
- 8:20Donc si tu nous dis OK,
- 8:22mais il va falloir passer entre guillemets un grand oral,
- 8:24c'est-à-dire avec toute l'équipe sociale.
- 8:27qui s'occupait de notre enfant,
- 8:30qui n'était pas encore le nôtre.
- 8:32Et parce qu'en fait,
- 8:35il devait s'assurer que nos profils correspondaient aux profils de l'enfant.
- 8:39Et donc,
- 8:39tant qu'on n'avait pas passé ce grand oral,
- 8:41on n'avait aucune indication sur l'enfant.
- 8:43Pas son prénom,
- 8:44on n'avait rien.
- 8:45Parce que si ça ne correspondait pas,
- 8:47ça s'arrêtait là.
- 8:49Donc,
- 8:49une semaine après,
- 8:49on est donc invoqué pour ce grand oral à Arras.
- 8:54Et là,
- 8:54en fait,
- 8:56on nous pose des questions,
- 8:58nos profils correspondent,
- 9:00mais là,
- 9:01la citante sociale et sa référente nous expliquent qu'ils pensent que le petit garçon qu'ils envisagent de nous présenter,
- 9:11qui a un syndrome abandonnique de la mère puissant,
- 9:15sera incapable de recréer un lien familial,
- 9:20qu'il est donc psychologiquement pas adoptable.
- 9:24Donc on t'annonce tout ça,
- 9:25c'est-à-dire que tu ne comprends pas bien,
- 9:27parce que tu as un agrément pour pouvoir faire une adoption.
- 9:30On m'appelle et surtout pourquoi on me donne cet espoir,
- 9:32pourquoi on commence à me parler de l'enfant alors qu'on me dit qu'il veut...
- 9:35Et on lui dit,
- 9:36c'est pour ça qu'on vous a proposé le parrainage.
- 9:38Et là,
- 9:38je dis,
- 9:39oui,
- 9:39alors d'ailleurs,
- 9:39à ce sujet-là,
- 9:40c'est quoi le parrainage ?
- 9:42Alors,
- 9:42le parrainage,
- 9:44c'est un parrainage,
- 9:44c'est-à-dire qu'en fait,
- 9:46de temps en temps,
- 9:47des week-ends de temps en temps,
- 9:49vous allez recevoir l'enfant chez vous.
- 9:51Et comme ça,
- 9:52de temps en temps,
- 9:53ça va pouvoir l'apaiser d'aller...
- 9:55En fait,
- 9:55en clair,
- 9:55il aura des tontons à 500 kilomètres de là.
- 9:58Puis de temps en temps,
- 9:58il ira passer un week-end chez vous.
- 10:00Est-ce que tu penses que c'est parce que c'est un couple homosexuel qu'ils vous ont proposé le parrainage ?
- 10:04Franchement,
- 10:04je ne pense pas.
- 10:06D'ailleurs,
- 10:06ça ne nous a jamais fleuré l'esprit sur le coup.
- 10:08Parce que dans l'équipe,
- 10:11il y avait...
- 10:13Je crois que je peux dire son nom parce que pour nous,
- 10:15c'est un ange.
- 10:16C'était M.
- 10:16Lieber.
- 10:17D'ailleurs,
- 10:17Lieber,
- 10:17c'est l'anagramme de liberté.
- 10:18Je trouve ça absolument fou.
- 10:21Et en fait,
- 10:22on a tout de suite compris qu'il y avait une vraie bienveillance.
- 10:27Non,
- 10:28c'était vraiment cette psy qui était intimement convaincue.
- 10:34Pascal,
- 10:35parce que c'était le prénom de l'enfant,
- 10:37de notre enfant,
- 10:39n'était pas psychologiquement adoptable.
- 10:41Donc ça,
- 10:42ça a été une énorme douche froide.
- 10:44Et du coup,
- 10:45on nous a dit,
- 10:46et c'est là où ça devient encore plus cruel,
- 10:49c'est que si on accepte de recevoir Pascal dans ce cadre du parrainage,
- 10:55on abandonne notre agrément.
- 10:57C'est-à-dire que,
- 10:58où on rentre en relation de parrainage avec Pascal ?
- 11:01Avec le risque.
- 11:03puisqu'Ellen était intimement convaincue que la greffe ne prendrait jamais,
- 11:07et donc qu'il ne pourrait jamais y avoir de lien entre nous,
- 11:12de lien familial,
- 11:14et donc d'être des tontons et des parrains à l'autre bout de la France,
- 11:17où on prenait ce risque-là,
- 11:19et du coup on laissait tomber notre agrément,
- 11:20parce qu'il était hors de question qu'on reçoive en adoption un autre enfant,
- 11:23puisqu'on était déjà parrain,
- 11:24ou alors on refusait l'opportunité qui nous était donnée.
- 11:28Et là,
- 11:28vous auriez dû continuer à attendre ?
- 11:30On aurait dû continuer à attendre.
- 11:31Et sincèrement,
- 11:32en 2017,
- 11:33il y avait quand même encore un vrai plafond de verre.
- 11:36Et puis nous,
- 11:37on avait un petit peu plus de 40 ans et on s'est dit,
- 11:40c'est là maintenant que j'aime.
- 11:42Et puis,
- 11:42moi,
- 11:43je suis un petit peu plus mystique que Marc.
- 11:44On a deux caractères bien différents.
- 11:47Marc est très pragmatique.
- 11:52Et en fait,
- 11:52cet enfant,
- 11:55quand ils nous ont dit,
- 11:56voilà,
- 11:56il s'appelle Pascal.
- 11:58En fait,
- 11:58je l'ai vu.
- 11:59Mais comme je t'expliquais tout à l'heure,
- 12:02j'avais commencé un journal le jour de notre mariage.
- 12:04Et le soir de notre mariage,
- 12:06quand j'ai commencé la première page du journal,
- 12:10je parlais à cet enfant qui nous attendait.
- 12:12Et c'était lui,
- 12:14en fait.
- 12:14Je savais que c'était lui.
- 12:15Ça me met les frissons.
- 12:16Et donc,
- 12:17quand on rentre,
- 12:18parce qu'elle me dit...
- 12:19Marc,
- 12:19pardon.
- 12:20Alors,
- 12:20ça y est.
- 12:20Depuis huit ans,
- 12:21je confonds le prénom,
- 12:22maintenant,
- 12:22entre mon fils et mon mari.
- 12:26Quand on rentre,
- 12:26Marc me dit,
- 12:29c'est une arnaque leur truc de parrainage,
- 12:30parce qu'on s'est battu pour avoir l'agrément,
- 12:33on s'est battu pour avoir le droit déjà d'adopter,
- 12:35on se bat pour l'agrément,
- 12:37on a un agrément,
- 12:38et là on nous dit des parrains,
- 12:39ça va pas.
- 12:41Et je lui dis,
- 12:42on va arrêter d'être pragmatique,
- 12:45on va arrêter d'être carré,
- 12:46on va arrêter d'être posé,
- 12:48en fait on va se faire confiance et on va faire confiance à la vie.
- 12:50Donc on va y aller.
- 12:52Donc,
- 12:53il m'a répondu,
- 12:53on n'est plus pragmatique,
- 12:54mais mystique,
- 12:55c'est ça.
- 12:55Je lui ai dit,
- 12:55voilà,
- 12:56bon,
- 12:56écoute,
- 12:57je te suis.
- 12:58En fait,
- 12:58on dit souvent que dans une adoption,
- 13:01dans un couple,
- 13:02les deux,
- 13:03bien sûr,
- 13:03veulent un enfant,
- 13:05mais il y a toujours un meneur et un suiveur.
- 13:06C'est-à-dire qu'il y a toujours le rêveur,
- 13:08celui qui croit,
- 13:11et puis l'autre qui suit,
- 13:13il y croit,
- 13:14mais il est plutôt dans la,
- 13:15mon Dieu,
- 13:15si ça n'arrive pas.
- 13:17Et c'était ça chez nous.
- 13:18C'est-à-dire que moi,
- 13:19j'étais bien en tête.
- 13:20J'y croyais,
- 13:21voilà,
- 13:21là,
- 13:21je lui dis,
- 13:21on y croit,
- 13:22je l'ai vu,
- 13:23je sais que c'est lui,
- 13:23voilà.
- 13:24C'est aussi le pouvoir de l'intention et de vraiment le voir tellement que ça va comme s'il était déjà là.
- 13:31Et puis derrière,
- 13:32il y avait Marc qui n'arrêtait pas.
- 13:34On en parle beaucoup maintenant,
- 13:35qui disait,
- 13:35mais si ça ne marche pas,
- 13:36je le ramasse à la petite cuillère.
- 13:38C'est-à-dire que comment je vais l'aider à surmonter ça ?
- 13:41Donc bref,
- 13:41on est parti dans cette aventure.
- 13:44Et puis là,
- 13:45c'est tout un livre.
- 13:46Et puis maintenant,
- 13:47une adaptation pour un téléfilm parce que...
- 13:49Ça a été un vrai combat contre cette psychologue qui considérait que
- 13:56Pascal ne pouvait pas être adoptable.
- 13:58Et donc du coup,
- 13:59il a fallu lui démontrer que ce n'était pas le cas.
- 14:01Parce que ce qui s'est passé,
- 14:02c'est que...
- 14:03Alors déjà,
- 14:05à cet entretien,
- 14:06à ce grand oral,
- 14:07on nous donne juste son prénom.
- 14:09Et on n'a pas de photo.
- 14:10Parce qu'on nous dit maintenant,
- 14:11comme il a
- 14:127 ans et demi,
- 14:128 ans,
- 14:13et que c'est dans le cadre d'une adoption tardive,
- 14:15il a son mot à dire.
- 14:16Ce qui est tout à fait normal.
- 14:17Ça,
- 14:18c'est intéressant de pouvoir avoir son mot à dire.
- 14:19Je trouve ça bien.
- 14:20Ah oui,
- 14:20par contre,
- 14:21c'est fondamental.
- 14:23Sauf que c'est aussi son mot à dire,
- 14:24c'est ce que tu veux,
- 14:25éventuellement,
- 14:26aller dans une famille avec deux hommes.
- 14:28Ce qui n'était pas du tout évident.
- 14:31Donc là,
- 14:31on nous dit,
- 14:32vous allez faire un album photo.
- 14:34Vous allez vous présenter.
- 14:36Et on va avoir un entretien avec l'enfant.
- 14:40On va lui passer l'album.
- 14:41C'est lui qui dira s'il veut vous rencontrer ou pas.
- 14:44Pour un week-end d'abord.
- 14:45Dans un lieu neutre,
- 14:46dans un gîte,
- 14:47pas loin du foyer où il est,
- 14:49où il réside,
- 14:49où il habite.
- 14:50Et puis on verra ce que ça donne.
- 14:52Alors on fait l'album,
- 14:53on se prend en photo,
- 14:54on repose les sens,
- 14:54les chiens,
- 14:55la maison.
- 14:57Et puis comme on m'a dit...
- 14:59Vous avez tout donné dans l'album.
- 15:01J'ai tout donné,
- 15:02on a tout donné.
- 15:03On a écrit avec les feutres à paillettes,
- 15:05on a mis des trucs,
- 15:05j'ai mis des gommettes en volume.
- 15:07Je me suis dit,
- 15:09je ne peux pas parler,
- 15:09donc il faut que cet album parle pour lui.
- 15:11Bien sûr.
- 15:13Et puis on a attendu,
- 15:15donc on savait que c'était un fameux mercredi,
- 15:17où il l'emmenait à McDo pour lui parler du projet.
- 15:21Et donc à partir de 14h,
- 15:22on a attendu le coup de fil.
- 15:24Et puis 14h,
- 15:25rien,
- 15:2615h,
- 15:26rien,
- 15:2616h,
- 15:27rien,
- 15:2717h,
- 15:28rien.
- 15:29Donc là,
- 15:29on se dit,
- 15:29bon,
- 15:29ok,
- 15:30c'est foutu.
- 15:30En fait,
- 15:31il ne veut pas deux hommes.
- 15:32Ce n'est pas la famille qu'il avait projetée.
- 15:38Et puis,
- 15:38en fait,
- 15:38à 18h,
- 15:38on a juste un mail.
- 15:40Parce que
- 15:41M. Lieber,
- 15:42qui se chargeait d'un enfant,
- 15:44a eu une urgence sociale avec un autre enfant.
- 15:47Donc,
- 15:47il n'a pas pu nous appeler.
- 15:49Et il nous a juste envoyé un mail d'où il était,
- 15:52avec juste une pièce jointe.
- 15:53Il n'y avait rien.
- 15:55Et donc,
- 15:55on reçoit un mail.
- 15:56On se dit,
- 15:56mais c'est quoi ?
- 15:57C'est vide.
- 15:58Et une pièce jointe,
- 16:00et on clique sur la pièce jointe,
- 16:02et là,
- 16:02sur l'écran de l'ordinateur,
- 16:04la photo de Pascal apparaît,
- 16:06comme par miracle.
- 16:08Et on l'a trouvé tellement beau,
- 16:09et c'était magique.
- 16:10Donc on a dit,
- 16:11donc il a dit oui,
- 16:13il avait dit oui,
- 16:13effectivement.
- 16:15Et puis,
- 16:15on a été pour ce premier week-end dans ce gîte,
- 16:18au bord de la mer,
- 16:19au bord de la mer.
- 16:21Et puis,
- 16:2530 secondes après qu'on soit rencontrés tous les trois,
- 16:29C'était fait.
- 16:30Oui,
- 16:30vous avez raison.
- 16:30C'était fait.
- 16:32Mais d'ailleurs,
- 16:32il est mignon aujourd'hui,
- 16:33parce qu'il nous dit,
- 16:34je vous ai aimé tout de suite.
- 16:36Et donc,
- 16:38nous,
- 16:38pour nous,
- 16:39voilà,
- 16:39c'était notre enfant.
- 16:40Enfin,
- 16:40je veux dire,
- 16:41c'était immédiat.
- 16:42Puis quand il a fallu le ramener au foyer le dimanche soir,
- 16:46parce qu'on n'était que dans le statut du parrainage,
- 16:50on a commencé à dire,
- 16:51mais il s'est passé quelque chose.
- 16:54Enfin,
- 16:54je veux dire,
- 16:55il y a vraiment un truc.
- 16:57Et là,
- 16:57la psy nous a dit,
- 16:58en fait,
- 16:58vous êtes tellement en mal d'enfant que vous avez se projeté sur lui,
- 17:04vous ne serez n'importe quel autre,
- 17:05c'était pareil.
- 17:06Et ça,
- 17:07c'était cruel parce que ce n'était pas parce que c'était n'importe quel gamin,
- 17:10c'était parce que c'était lui,
- 17:12vraiment.
- 17:13Et là,
- 17:13elle a dit,
- 17:14oh là là,
- 17:15ça va beaucoup trop vite,
- 17:16donc vous n'allez pas le revoir avant deux mois.
- 17:20Et c'était impossible.
- 17:22Donc on l'a laissé au foyer,
- 17:23il a hurlé,
- 17:25ne me laissez pas là.
- 17:25ne m'aurait abandonné pas.
- 17:27C'était absolument cruel.
- 17:29On ne va pas raconter tout le livre.
- 17:33Non,
- 17:33tu as raison.
- 17:34Surtout qu'il regarde aussi.
- 17:35Moi qui connais l'histoire,
- 17:37je suis quand même absorbée.
- 17:40On vous le conseille.
- 17:40D'ailleurs,
- 17:41on n'a pas donné le titre.
- 17:42C'est Lilo de Pan,
- 17:43récit d'une adoption non parentale.
- 17:45Tu as raison,
- 17:45mais moi je peux en parler de mon histoire.
- 17:47Moi je peux l'écouter pendant des heures,
- 17:48mais ce n'est pas du tout que j'ai envie de le couper,
- 17:49mais c'est que j'ai envie que les gens le lisent.
- 17:51C'est tellement beau de l'entendre dire.
- 17:54Et en même temps,
- 17:55ton écriture est tellement riche que quand on lit,
- 17:58moi,
- 17:58j'ai déjà eu toutes les images,
- 18:00j'ai déjà tout vu.
- 18:01Et vraiment,
- 18:03je trouve que ça va vraiment droit au cœur,
- 18:06en fait.
- 18:07Et souvent,
- 18:09les gens pensent qu'ils savent mieux parce qu'ils vont penser avec leur tête.
- 18:12Mais en fait,
- 18:12comme tu le dis très justement,
- 18:13c'est beau de dire,
- 18:14tu l'as ressenti,
- 18:15c'était lui,
- 18:15tu le sais depuis le début,
- 18:16tu sais que ça va arriver.
- 18:17Il n'y avait rien de...
- 18:20Dans cette histoire et dans cette aventure,
- 18:22il n'y a rien eu de rationnel.
- 18:24Mais c'est normal,
- 18:25l'amour n'est pas rationnel.
- 18:27Et puis un enfant...
- 18:28L'amour filial n'est pas rationnel,
- 18:29un enfant n'est pas rationnel.
- 18:30Donc il n'y avait rien de rationnel.
- 18:32Parce que quand on voit,
- 18:33on a fait beaucoup d'émissions aussi sur la maternité que je vous invite à aller regarder,
- 18:36enfin écouter plutôt.
- 18:38Mais c'est vrai que les bons gynécologues vont dire même de faire un enfant,
- 18:42c'est la seule chose qu'on ne peut pas l'expliquer.
- 18:44Pourquoi est-ce que des parents ne peuvent pas en faire ?
- 18:46pourquoi est-ce que finalement tu vas tomber enceinte alors que ce n'est pas du tout prévu,
- 18:50à un âge qui n'est pas prévu,
- 18:52dans des circonstances qui ne le sont pas,
- 18:54ou essayer tout le temps et ne jamais y arriver.
- 18:56Essayer dix ans avec son mari et puis finalement le quitter et puis réussir avec le premier qui passe.
- 19:02Il y a une histoire.
- 19:04Et c'est la seule chose qu'on ne peut pas contrôler en fait.
- 19:07C'est ça.
- 19:07Et c'est exactement ça.
- 19:09Et nous,
- 19:10notre aventure de parentalité,
- 19:12c'est exactement ça.
- 19:14Et puis après,
- 19:17et tu as raison,
- 19:18dévoiler l'histoire en elle-même,
- 19:21ça m'intéresse de parler de l'adoption tardive.
- 19:24Oui,
- 19:24parce que dans notre imaginaire,
- 19:27j'ai fait une émission,
- 19:28on a fait une autre émission sur l'adoption,
- 19:30mais elle a adopté au Chili.
- 19:31Donc,
- 19:32on n'a pas fait d'émission vraiment sur une adoption en France aujourd'hui.
- 19:36Et c'est vrai que dans l'inconscient collectif,
- 19:37on se dit mais il y a plein d'enfants qui sont malheureux.
- 19:39Pourquoi est-ce qu'on ne peut pas les adopter ?
- 19:41C'est très long,
- 19:42c'est compliqué et tardif bébé.
- 19:46En fait,
- 19:46parce qu'il y a un premier blocage et ce n'est pas du tout un...
- 19:50Ce n'est pas du tout une critique ou un reproche que je fais,
- 19:53mais le premier blocage pour l'adoption tardive,
- 19:56ça va être ce que je t'expliquais tout à l'heure,
- 19:59l'impossibilité pour le couple de faire le deuil de l'enfant porté.
- 20:03Le deuil de l'enfant porté,
- 20:04c'est-à-dire le bébé...
- 20:05Changer les couches...
- 20:08Ce n'est pas facile à faire,
- 20:10donc il y en a qui n'y arrivent pas.
- 20:13Donc ces couples-là attendent un bébé.
- 20:21Et heureusement,
- 20:23beaucoup moins d'accouchements sous X.
- 20:26Il y a beaucoup moins de bébés abandonnés à la naissance.
- 20:30Dieu merci,
- 20:31il y en a encore,
- 20:32mais beaucoup moins.
- 20:34Donc,
- 20:36ces parents qui attendent un bébé,
- 20:38en France,
- 20:40c'est très long,
- 20:42voire quasiment impossible,
- 20:43parce qu'il y a beaucoup plus de parents qui souhaiteraient adopter que d'enfants adoptables.
- 20:48Donc c'est pour ça que ces couples vont se tourner vers l'étranger,
- 20:52souvent.
- 20:52Sauf qu'en plus,
- 20:53l'étranger,
- 20:54les règles changent,
- 20:55les règles avec les pays changent.
- 20:58Du coup,
- 20:58c'est pour ça que ça devient un vrai parcours de combattant et qu'on a en tête,
- 21:03dans l'inconscient collectif,
- 21:05je ne sais pas quoi,
- 21:05on sait que le parcours de l'adoption est un parcours,
- 21:09on n'est pas sûr d'aller au bout,
- 21:11et partout le parcours du combattant.
- 21:13Maintenant,
- 21:13si on arrive à regarder un peu les choses différemment,
- 21:17c'est-à-dire...
- 21:18à réussir,
- 21:19et je le dis encore,
- 21:19c'est vraiment pas facile à faire,
- 21:21j'en suis la preuve,
- 21:22c'est pas facile à faire,
- 21:23mais quand on arrive à dépasser et à faire ce deuil d'un enfant porté,
- 21:30il y a un ciel qui s'ouvre,
- 21:33c'est-à-dire parce que des enfants adoptables,
- 21:36pupilles en France,
- 21:37entre 3 et 8 ans,
- 21:39déjà on a multiplié les possibilités.
- 21:43J'ai une question qui me brûle depuis le début,
- 21:45mais du coup,
- 21:46je te coupe un petit peu.
- 21:47Ils font quoi les enfants qui ont été adoptés ?
- 21:49On ne peut plus adopter après 8 ans ?
- 21:51Enfin,
- 21:51s'ils ont 9 ans,
- 21:5210 ans ?
- 21:54Non,
- 21:54on peut adopter un enfant jusqu'à 16 ans,
- 21:5617 ans,
- 21:57sauf qu'après,
- 21:57plus personne n'en veut.
- 21:58C'est horrible,
- 21:59ça ne m'arrête plus.
- 21:59Bien sûr que c'est horrible.
- 22:00Non,
- 22:00mais vraiment,
- 22:01je suis...
- 22:02Mais moi,
- 22:03c'est exactement la même chose.
- 22:04Et c'est pour ça que je me suis permis d'insister sur l'adoption tardive,
- 22:08parce que c'est absolument terrible.
- 22:09C'est-à-dire que ces enfants,
- 22:10et que passer 8 ans...
- 22:14Mais en fait,
- 22:15les parents,
- 22:16et c'est là où j'arrive au deuxième blocage,
- 22:18c'est-à-dire il y a eu ce blocage de l'enfant porté,
- 22:21du deuil de l'enfant porté,
- 22:22et le deuxième blocage va être de se dire,
- 22:24oh là là,
- 22:25mais un enfant qui va arriver à la maison
- 22:283, 4,
- 22:285,
- 22:296,
- 22:297,
- 22:298,
- 22:299,
- 22:3010 ou 11 ans,
- 22:31va arriver avec tellement de valises,
- 22:34va arriver avec tellement de traumas,
- 22:36que ça va être absolument l'enfer.
- 22:39Et là,
- 22:40je peux maintenant,
- 22:41puisque j'ai 8 ans d'expérience,
- 22:43et de recul,
- 22:44je peux vraiment et c'est pour ça que je voudrais vraiment venir témoigner là-dessus.
- 22:49On commet une erreur en pensant ça.
- 22:51Pourquoi ?
- 22:53Quand on adopte un bébé,
- 22:56le bébé ne parle pas,
- 22:57ne formule pas et au moment de l'adolescence,
- 23:01le bébé peut venir reprocher aux parents,
- 23:05parce qu'il sera au courant bien sûr qu'il a été adopté,
- 23:09vous m'avez pris où ?
- 23:10Vous m'avez retiré d'où ?
- 23:12En fait,
- 23:12vous m'avez volé où et à qui ?
- 23:16Et ça,
- 23:16ça peut être très compliqué au moment de l'adolescence.
- 23:18Et c'est pour ça,
- 23:20pas dans tous les cas,
- 23:20je ne généralise pas,
- 23:22mais quand il y a des problèmes au niveau de l'adolescence avec des enfants,
- 23:25parce que nous,
- 23:26on a eu des couples hétéros qu'on connaît qui ont adopté des bébés,
- 23:29et à l'adolescence,
- 23:30ça a été vraiment très tendu.
- 23:32Eh bien,
- 23:33en fait,
- 23:33quand on adopte un enfant qui est entre 3 et 8 ans,
- 23:37et même plus,
- 23:39au moment de l'adolescence,
- 23:40il sait.
- 23:42D'où il vient ?
- 23:45Nous,
- 23:45Pascal ne nous a jamais dit vous m'avez retiré d'où ?
- 23:49Vous m'avez empêché de vivre quoi ?
- 23:50Vous m'avez volé à qui ?
- 23:52Il savait,
- 23:53lui,
- 23:53qu'il était en foyer depuis l'âge de 11 mois et qu'à
- 23:567 ans et demi,
- 23:57quand on l'a récupéré,
- 23:58qu'il pleurait tous les matins parce qu'il réclamait une famille,
- 24:00il savait d'où il venait.
- 24:02Bien sûr que quand il arrive,
- 24:04c'est tendu,
- 24:05parce qu'il arrive avec ses valises,
- 24:06chargées.
- 24:07Oui,
- 24:07ça,
- 24:07on ne va pas dire le contraire.
- 24:08On va dire le contraire,
- 24:09sauf qu'on a un énorme avantage,
- 24:10il parle.
- 24:11Il a la parole.
- 24:13Nous,
- 24:13on a fait trois ans de thérapie,
- 24:14tous les trois.
- 24:16Une thérapie familiale,
- 24:17tous les trois,
- 24:17toutes les semaines.
- 24:18Il y a été une heure toutes les semaines.
- 24:20Et on a vidé,
- 24:21on a aidé un petit peu à vider ses valises,
- 24:24à le réparer,
- 24:24à le soigner.
- 24:25On a fait tout ça entre 8 ans et
- 24:2812 ans.
- 24:28Je crois qu'il n'y va plus depuis un an et demi,
- 24:30mais on a fait ce travail-là.
- 24:32Donc,
- 24:33à partir du moment où l'enfant a la parole,
- 24:35qu'il sait d'où il vient,
- 24:37en fait,
- 24:39l'adolescence,
- 24:39après,
- 24:40ça se passe très bien.
- 24:41C'est ce qu'il y a en plein dans l'adolescence.
- 24:44Il a 16 ans.
- 24:45Et franchement,
- 24:46ce n'est pas tout à fait fini,
- 24:48mais ça se passe bien.
- 24:49Donc,
- 24:50ces craintes qu'on a de se dire,
- 24:51mais en fait,
- 24:52l'enfant va arriver avec tellement...
- 24:54de trauma et tellement de valise que ça va être l'enfer,
- 24:58c'est pas vrai.
- 25:00C'est-à-dire que oui,
- 25:02les premiers mois,
- 25:03l'enfant va tester.
- 25:04Il va tester le lien.
- 25:06C'est-à-dire qu'il va tester le lien affectif,
- 25:07surtout quand il a un syndrome abandonnique puissant,
- 25:10comme notre petit Pichoune.
- 25:11Il va venir tester,
- 25:12c'est-à-dire,
- 25:13bon,
- 25:13ok,
- 25:13vous voulez m'aimer,
- 25:14vous voulez être mes parents,
- 25:15mais quoi,
- 25:15vous allez vous barrer,
- 25:16vous allez me réabandonner,
- 25:17ou combien de mois.
- 25:18Donc,
- 25:19ça,
- 25:19si je fais ça,
- 25:20vous m'aimez toujours ?
- 25:21Oui.
- 25:21Ok,
- 25:22alors je vais faire plus fort.
- 25:22Et si je fais ça,
- 25:23vous m'aimez toujours ?
- 25:24Ah oui,
- 25:25vous êtes coriace.
- 25:26Et si je fais ça,
- 25:27vous m'aimez vraiment ?
- 25:29C'est désespérant,
- 25:30vous m'aimez.
- 25:32En fait,
- 25:32c'est ça le processus.
- 25:34Après,
- 25:34c'est ce que des enfants peuvent faire sans avoir été adoptés.
- 25:37C'est ce que je voulais dire.
- 25:38Non,
- 25:38mais tu es entièrement raison.
- 25:41Et du coup,
- 25:42moi j'ai une sœur qui est mariée avec un mec,
- 25:46un couple hétéro.
- 25:47Des enfants,
- 25:48l'adolescence,
- 25:49elle n'a pas plus de problèmes que moi.
- 25:51Ni plus ni moins.
- 25:53Donc voilà,
- 25:53c'est pour ça que je tiens vraiment à donner,
- 25:57à faire passer ce message de l'adoption tardive.
- 26:01Il faut faire le deuil à l'enfant porté,
- 26:02on ne va pas revenir tout ça là-dessus,
- 26:04mais les parents adoptants ou futurs adoptants qui se lanceraient dans une adoption tardive multiplient énormément leur chance d'être parents.
- 26:15Et c'est une chance,
- 26:16c'est tellement beau d'être parent.
- 26:18Donc vraiment,
- 26:20bébé,
- 26:21Oui,
- 26:21parce qu'on est parents pour toute une vie,
- 26:22on n'est pas juste parents pour...
- 26:24On est parents jusqu'à...
- 26:26Maintenant,
- 26:26moi,
- 26:27il y a juste un petit...
- 26:29Il a 16 ans,
- 26:29là,
- 26:29aujourd'hui.
- 26:31Les 8 ans,
- 26:31je ne les ai pas vus passer.
- 26:33Et je dis souvent,
- 26:34on m'a enlevé 8 ans.
- 26:35C'est-à-dire qu'en fait,
- 26:37ouais,
- 26:39mais c'est moi.
- 26:39Et du coup,
- 26:39c'est avec moi-même et ça se soigne,
- 26:42tout va bien.
- 26:43Il a caressé à la maison jusqu'à 28 ans.
- 26:45Ouais,
- 26:45alors,
- 26:46de toute façon,
- 26:46on fait tout pour soigner un Tanguy,
- 26:47d'ailleurs.
- 26:49Il est absolument bien.
- 26:50Moi,
- 26:50je pense qu'il va vouloir partir un jour.
- 26:52Bien sûr,
- 26:53il fera ce qu'il veut.
- 26:54Mais oui,
- 26:55il te manque 8 ans.
- 26:56C'est-à-dire que ça va vite.
- 26:57D'un seul coup,
- 26:588,
- 26:589,
- 26:5910,
- 26:5911,
- 26:5912,
- 26:5913,
- 27:0014,
- 27:0015,
- 27:0116.
- 27:01Tu dis,
- 27:01ah non.
- 27:03C'est ça.
- 27:04Il va manquer ce temps où j'aurais aimé avoir tout ce temps-là avec lui.
- 27:08Avant.
- 27:09Mais vraiment,
- 27:12j'incite vraiment les couples hétéros,
- 27:14les couples homos,
- 27:16qui veulent adopter...
- 27:17Tu as...
- 27:18vraiment prendre le temps de réfléchir à cette adoption tardive.
- 27:21Il y a énormément,
- 27:23énormément d'enfants,
- 27:24pupilles de l'État,
- 27:26qui sont dans des foyers.
- 27:28En France,
- 27:28ça regorge les foyers.
- 27:29On est même obligé de faire appel à des associations qui créent des maisons tellement il n'y a plus de place dans certains départements.
- 27:36Il y a tellement d'enfants,
- 27:38tellement d'enfants qui demandent à être aimés que ça vaut le coup d'y réfléchir.
- 27:43Après...
- 27:44Si ce n'est pas son projet de vie,
- 27:45ce n'est pas son projet de vie.
- 27:46Je ne suis pas en train de moraliser les choses.
- 27:48Je dis juste de prendre le temps.
- 27:51Nous,
- 27:51ça ne nous a sauvé qu'une assistante sociale.
- 27:55Nous pointe cette possibilité-là.
- 27:58On y a réfléchi.
- 28:00Et heureusement qu'on l'a fait.
- 28:04Donc,
- 28:05vraiment,
- 28:05l'adoption tardive,
- 28:07que les gens réfléchissent bien à ça.
- 28:10Et ça ne va être que du bonheur.
- 28:12Ça ne va être que du bonheur.
- 28:14Oui,
- 28:14parce que souvent,
- 28:14quand on fait un enfant,
- 28:15on imagine que ça va être que du bonheur,
- 28:17mais il n'y a pas forcément...
- 28:18Même quand on a un enfant,
- 28:19naturellement,
- 28:20ce n'est pas tout le temps rose.
- 28:23Non seulement ce n'est pas tout le temps rose,
- 28:25et puis tu sais,
- 28:26souvent,
- 28:27parce que quand on va dans les assos,
- 28:28c'est qu'on témoigne de ce qu'on a vécu et de ce qu'on a traversé,
- 28:33et du bonheur qu'on vit.
- 28:35C'est surtout ça,
- 28:35le bonheur qu'on vit.
- 28:37Souvent,
- 28:37on a la réflexion de,
- 28:38oui,
- 28:39mais quand il arrive à 7 ou 8 ans...
- 28:42on ne va pas pouvoir le façonner à notre manière.
- 28:46Alors là,
- 28:46je dis,
- 28:46attendez,
- 28:47vous pensez sincèrement que vos parents vous ont rêvé comme vous êtes ?
- 28:50Je ne crois pas.
- 28:51En tout cas,
- 28:51mes parents m'adorent.
- 28:52Mon père est parti,
- 28:53mais ils m'adorent.
- 28:55Mais je ne suis pas sûr du tout qu'ils aient projeté en moi ce que je suis devenu.
- 29:00Moi,
- 29:00je ne suis pas sûre qu'ils aient réussi à me façonner beaucoup.
- 29:01Voilà.
- 29:02Donc,
- 29:02je pense que ce n'est pas...
- 29:05Et en fait,
- 29:05on en revient à quoi ?
- 29:07À ce sujet qui est le lien du sang.
- 29:10Et le lien du cœur.
- 29:13Et le lien du sang,
- 29:14c'est formidable,
- 29:15c'est génial,
- 29:16mais le lien du cœur,
- 29:17c'est tout aussi puissant.
- 29:19C'est vraiment tout aussi puissant.
- 29:20Moi,
- 29:20j'ai même envie de dire,
- 29:21c'est mon progrès,
- 29:22moi aussi,
- 29:22le lien d'âme,
- 29:24c'est des liens d'âme qui font en sorte que,
- 29:27des fois,
- 29:27on a des très bons amis qui sont comme des sœurs et qui ne sont pas forcément de la famille.
- 29:31Et ça peut être exactement la même chose.
- 29:33Le nombre de parents qui ne parlent plus à leurs enfants,
- 29:36mais pas forcément dans l'enfance.
- 29:37Mais après,
- 29:38il y a des liens qui se défendent aussi,
- 29:40qui font en sorte que...
- 29:42Je souris quand tu dis les liens d'âme parce que je me souviens que quand...
- 29:46Je ne vais pas spoiler le bouquin ou le film,
- 29:50mais quand il a fallu justifier que cette rencontre avait eu lieu dans ce premier week-end.
- 29:57Tu justifies comment ?
- 29:58Tu ne peux pas justifier.
- 29:59Et donc,
- 29:59j'ai justifié en disant que nos âmes se sont rencontrées.
- 30:02Nos trois âmes se sont rencontrées.
- 30:04Nos trois âmes s'attendaient et se sont rencontrées.
- 30:07Inutile de dire que cet argument n'est absolument pas passé.
- 30:09Moi,
- 30:09j'aurais trop aimé le recevoir.
- 30:11En tout cas,
- 30:11c'était le mien parce que je n'avais que ça.
- 30:14Parce que c'était ce qui s'était passé.
- 30:16Quand je te dis qu'au bout de 15 secondes,
- 30:18tu sais que c'est lui,
- 30:20et que lui ne te parle pas d'âme,
- 30:21et il te dit « je vous ai aimé tout de suite » ,
- 30:23c'est ça,
- 30:24nos âmes.
- 30:26Et on dit avec Marc,
- 30:27on disait tout le temps,
- 30:28c'est un mini-nous.
- 30:31Et même encore aujourd'hui...
- 30:33parce que nos mères ont accueilli Pascal,
- 30:36voilà,
- 30:36t'es ravie d'être grand-mère.
- 30:37Il y a eu ça aussi,
- 30:38il y a eu un contexte...
- 30:38C'est hyper intéressant,
- 30:40justement,
- 30:40dans l'histoire.
- 30:41Il y a un contexte familial qui a fait que ça a vraiment été particulièrement facile.
- 30:48Mais moi,
- 30:48ce que j'aime dans l'histoire,
- 30:49si on se polie l'histoire encore une fois,
- 30:51c'est qu'on voit aussi ce rapport,
- 30:53justement,
- 30:53de vos deux mères respectives,
- 30:55et je trouve que c'est vachement intéressant,
- 30:56avec le lien du sang,
- 30:57et avec...
- 30:58On entrevoit aussi...
- 31:01Comment est-ce que vous avez été élevés ?
- 31:03Les rapports de chacun.
- 31:05Et ça,
- 31:05je trouve que c'est génial d'avoir mis aussi des mères dans l'histoire.
- 31:09Parce que du coup,
- 31:12on se rend compte en fait que tout n'est pas parfait,
- 31:15qu'on cherche une perfection dans l'adoption qui ne peut pas exister.
- 31:18Et que ça va relever des choses qui,
- 31:20dans la vraie vie,
- 31:21enfin dans la vraie vie,
- 31:22ce n'est pas une fausse vie que vous avez vécue,
- 31:23mais dans la vie quand on fait un enfant naturellement,
- 31:26il y a énormément aussi de...
- 31:28Nous,
- 31:28on a fait beaucoup d'émissions sur tout ce qui est transgénérationnel,
- 31:30de tout ce qu'on...
- 31:31de tout ce qu'on porte.
- 31:33Dès qu'on arrive sur Terre,
- 31:34de toute façon,
- 31:34on n'arrive pas sans valise.
- 31:37Mais tu as entièrement raison.
- 31:39Alors,
- 31:41dans l'adaptation du film,
- 31:42j'ai un petit peu concentré tout ça,
- 31:44puisqu'il fallait raconter tout en une heure et demie.
- 31:48Mais oui,
- 31:50on a eu cette chance,
- 31:51en fait,
- 31:51d'être accompagnés.
- 31:54Et pourquoi...
- 31:56Pourquoi ?
- 31:58Alors nous déjà,
- 31:58parce qu'on a perdu nos papas,
- 32:00Marc et moi,
- 32:01et effectivement il y a deux grands-mères,
- 32:03et donc c'est nos deux mères.
- 32:05Mais ce n'était pas anodin tout ça,
- 32:08parce que
- 32:09Pascal avait vraiment un syndrome abandonnique de sa mère puissante.
- 32:13Et en fait ce qui s'est passé,
- 32:14et ce n'est pas dans le film,
- 32:16mais c'est dans le livre,
- 32:18je vais raconter juste ça,
- 32:20parce qu'il y a un soir,
- 32:22ça faisait quelques mois qu'on avait gagné ce combat.
- 32:25et qui pouvaient résider à la maison.
- 32:27Et donc on avait enclenché enfin le processus d'adoption,
- 32:30parce qu'il est d'abord placé en vue d'adoption.
- 32:33Ensuite,
- 32:34il faut passer devant un juge.
- 32:36Le juge va poser la question à l'enfant.
- 32:38Alors,
- 32:39les services sociaux ont fait leur travail,
- 32:41ont donné leur accord,
- 32:42mais ils posent la question à l'enfant.
- 32:44Donc voilà,
- 32:45il faut passer devant ce juge de façon solennelle,
- 32:47etc.
- 32:48Donc avant d'avoir cette délibération du juge qui scelle l'adoption,
- 32:54parce que c'est judiciaire,
- 32:58on voit un soir,
- 33:00en deuxième partie de soirée sur France 2,
- 33:02un débat sur l'adoption tardive.
- 33:05On se met dans la télé avec Marc.
- 33:10Non,
- 33:10Pascal dormait.
- 33:12Non,
- 33:13il avait 8 ans.
- 33:14Non,
- 33:14il est couché.
- 33:15On se met dans la télé.
- 33:17Et puis,
- 33:19présentation des invités sur le plateau d'économie d'émission.
- 33:21Et on reconnaît le tuteur de Pascal.
- 33:24On dit,
- 33:24oh tiens,
- 33:26c'est incroyable.
- 33:29Et donc là,
- 33:29il commence à l'interviewer.
- 33:31Et il est venu parler de l'adoption au mot parental.
- 33:34Tardif.
- 33:35Côté OK.
- 33:37Et on comprend,
- 33:38sans donner le prénom,
- 33:39qu'il parle de notre histoire.
- 33:41C'est fou.
- 33:42On n'est pas au courant.
- 33:43Et surtout,
- 33:43ce qu'on apprend,
- 33:44et c'est ça qui est dingue,
- 33:45ce qu'on apprend comme ça,
- 33:46devant la télévision,
- 33:49qu'on a fait partie d'une expérience.
- 33:53Très bonne expérience,
- 33:54sympa.
- 33:55En fait,
- 33:57le chef des services d'adoption avait été faire un stage au Québec et était revenu avec une idée révolutionnaire de là-bas.
- 34:07Ils avaient considéré là-bas qu'un enfant qui avait un syndrome abandonnique puissant,
- 34:12de la mère ou du père d'ailleurs,
- 34:13mais par exemple l'espèce c'était de la mère,
- 34:16un syndrome abandonnique puissant de la mère,
- 34:18n'arriverait pas à se reconstruire dans un schéma familial classique,
- 34:22puisque la femme du couple représenterait cette mère,
- 34:26et donc du coup viendrait en concurrence directe.
- 34:29Le syndrome abandonnique c'est la mère amour-haine,
- 34:33et donc la place est prise.
- 34:34Et donc,
- 34:35ils étaient revenus en disant que les enfants qui avaient un syndrome abandonnique puissant de la mère trouveraient un équilibre entre deux couples d'hommes et des enfants qui avaient un syndrome abandonnique puissant du père trouveraient un équilibre chez un couple de femmes.
- 34:49Et donc,
- 34:49nous,
- 34:50on apprend ça à la télévision.
- 34:51C'est-à-dire qu'on apprend en fait que...
- 34:53T'entends mon truc ?
- 34:56On apprend comme ça qu'en fait,
- 34:58c'est comme ça qu'ils ont réussi en fait à imposer...
- 35:04cette adoption monoparentale,
- 35:06c'est une des toutes premières adoptions monoparentales et qu'ils l'ont adoptée par ce principe.
- 35:11Huit ans après,
- 35:12ça marche.
- 35:14C'est génial.
- 35:15Parce qu'en fait,
- 35:17Pascal ne parle pas souvent de sa mère.
- 35:21Par moments,
- 35:23c'est comme des petits éclairs qui arrivent comme ça.
- 35:26Mais on comprend qu'elle est encore là.
- 35:29Qu'elle est encore là parce qu'il y a eu 24 médiations mises en place.
- 35:34quand ils l'ont retiré pour maltraitance.
- 35:36Il y a eu 24 médiations.
- 35:3924 fois.
- 35:40Parce qu'elle a fait un petit dessin,
- 35:41un petit cadeau pour sa maman.
- 35:4224 fois,
- 35:43elle n'est pas venue.
- 35:43Ça me donne envie de pleurer.
- 35:46Mais vraiment.
- 35:46Donc,
- 35:47le syndrome abandonné,
- 35:48tu comprends,
- 35:48c'est-à-dire la place de la maman.
- 35:53Mais ce qui a été formidable,
- 35:55c'est qu'il avait deux grands-mères.
- 35:56Il avait des tantes.
- 35:58Il n'a pas d'oncles.
- 35:59Enfin,
- 35:59des tantes.
- 35:59Je n'ai pas de frères.
- 36:01J'ai une sœur.
- 36:02Pascal.
- 36:03Marc n'a pas de frère,
- 36:05il a des sœurs,
- 36:07et on a nos mères.
- 36:08C'est-à-dire qu'en fait,
- 36:09il a parfaitement l'image féminine,
- 36:14il a des femmes autour de lui,
- 36:15on n'est pas sur une île d'hommes.
- 36:17Par contre,
- 36:18la mère,
- 36:19elle est là.
- 36:20Elle a sa place,
- 36:21même si c'est de la haine.
- 36:23Elle est là.
- 36:24Et c'est ça que j'ai voulu retranscrire dans le film.
- 36:26J'ai vraiment voulu...
- 36:28J'espère avoir réussi.
- 36:30C'est vraiment ça.
- 36:31C'est-à-dire,
- 36:31finalement...
- 36:33Parce que ce qu'on entendait souvent,
- 36:34c'est la manif pour tous.
- 36:36Un enfant,
- 36:37c'est un papa et une maman.
- 36:37Ce n'est pas toujours comme ça que ça fonctionne.
- 36:40Pas toujours comme ça que ça fonctionne.
- 36:42Et puis même dans des familles,
- 36:45il y a des pères qui sont absents,
- 36:46il y a des mères qui sont absentes,
- 36:48même si les gens sont ensemble,
- 36:50la présence,
- 36:50ce n'est pas actuelle forcément.
- 36:51Exactement.
- 36:53Donc nous,
- 36:54on a fait aussi partie de sans le savoir.
- 36:57Et heureusement,
- 36:57parce que je crois que si on l'avait su,
- 36:58ça nous aurait complètement stressé.
- 37:01Mais on l'a appris comme ça,
- 37:02et c'est ça qui est formidable.
- 37:03Et ce qui est formidable,
- 37:04c'est qu'en plus,
- 37:05le film que tu as écrit,
- 37:06ce sera un éternitaire aussi,
- 37:08donc du coup pour la même chaîne.
- 37:10Exactement.
- 37:11Mais c'est pour ça,
- 37:12la vie est toujours très bien faite.
- 37:13La vie se boucle.
- 37:14Et puis peut-être qu'il y aura un débat derrière sur l'adoption tardive,
- 37:16et ce serait formidable.
- 37:17Ça serait formidable.
- 37:18Et du coup,
- 37:19c'est comme ça qu'on s'est rencontrés,
- 37:20parce que moi,
- 37:21quand je fais du casting,
- 37:22c'est moi qui vais m'occuper de trouver cette grosse responsabilité.
- 37:25De trouver l'enfant.
- 37:26De trouver l'enfant.
- 37:28Oui,
- 37:28dans ma vie multiple,
- 37:29je filme aussi.
- 37:31Et voilà,
- 37:32c'est en lisant vraiment le scénario que j'ai demandé au producteur,
- 37:35à Yvan,
- 37:36est-ce que je peux contacter Vincent pour faire une émission avec lui ?
- 37:39Et on ne se connaissait pas.
- 37:40Non.
- 37:41Je suis hyper heureuse que tu aies accepté,
- 37:42parce que ça me touchait énormément de parler de ce sujet.
- 37:45Et c'est la première fois qu'on se rencontre,
- 37:47et c'est vrai que cette petite dame que tu nous montres comme ça dans le livre,
- 37:54c'est assez incroyable.
- 37:55Pourquoi j'ai accepté ?
- 37:56Déjà parce que tu me l'as demandé très gentiment,
- 37:59mais aussi parce que c'est toujours important pour moi de venir parler de l'adoption tardive.
- 38:03Il y a tellement,
- 38:04tellement d'enfants qui demandent,
- 38:08qui attendent une famille,
- 38:09qui demandent à être accueillis dans un foyer,
- 38:12en France,
- 38:13pas à l'autre bout du monde,
- 38:14en France,
- 38:16que je pense que c'est un petit peu ce que je peux rendre à l'univers.
- 38:20C'est-à-dire de cette chance qui nous a été donnée,
- 38:24c'est d'essayer de...
- 38:25d'ouvrir les chakras ou d'ouvrir les possibilités à tous ces parents qui ont envie d'adopter.
- 38:36Quand on a été récupérer les affaires de Pascal au foyer pour venir l'installer à la maison,
- 38:41il avait un très bon copain au foyer.
- 38:43Et quand on a sorti les affaires du foyer pour le mettre dans le coffre,
- 38:48il s'appelait Nathan.
- 38:50Nathan est venu me voir et il me dit
- 38:54« il paraît que vous avez deux chambres » .
- 38:56Et je lui dis,
- 38:57ben oui,
- 38:59parce qu'il dit,
- 38:59vous savez,
- 38:59ils m'ont oublié moi aussi.
- 39:00Je ne peux pas venir avec vous.
- 39:05Je suis resté mortifié sur ce trottoir.
- 39:08J'avais envie que de lui dire une chose.
- 39:09Monte dans la bagnole,
- 39:10va chercher des affaires.
- 39:11Et puis si vous êtes 5,
- 39:126 encore,
- 39:12montez dans la bagnole,
- 39:13on va prendre un minibus.
- 39:15En fait,
- 39:15tu vois,
- 39:15je veux dire,
- 39:17j'ai même rappelé M.
- 39:18Lébert en disant mais est-ce qu'on peut faire quelque chose ?
- 39:21Puisqu'on a un agrément pour une fratrie de cœur ou de sang,
- 39:23c'est une fratrie de cœur.
- 39:24Est-ce qu'on ne peut pas accueillir Nathan ?
- 39:28Il a été raisonnable et il m'a dit faites en sorte que ça se passe bien avec Pascal.
- 39:34Voilà.
- 39:36Vous ne réalisez pas.
- 39:37ce qui devrait se passer.
- 39:39Il avait entièrement raison.
- 39:41Mais j'ai toujours en tête ce petit Nathan qui est resté.
- 39:45Et vous n'avez jamais eu le moyen de le...
- 39:46Il y est toujours.
- 39:48Il est à l'âge de Pascal,
- 39:49il est toujours en foyer.
- 39:50Et vous ne pouvez pas le contacter ?
- 39:52C'est compliqué parce que Pascal aussi,
- 39:54il a eu envie de tourner la page.
- 39:56Ce qui est anormal,
- 39:57il a envie de se construire autrement.
- 39:59Mais c'est surtout que ce qui est terrible,
- 40:02c'est qu'à partir du moment où ils ont 18 ans,
- 40:05l'État...
- 40:06n'a plus à s'occuper d'eux.
- 40:08Ils sont mis dehors.
- 40:10Les projets de vie de ces enfants,
- 40:12c'est l'appréhension de leur journée des 18 ans.
- 40:15Toi,
- 40:15moi,
- 40:16on n'attendait qu'une chose,
- 40:17c'était d'avoir 18 ans.
- 40:19Moi,
- 40:19je vais pleurer.
- 40:21On n'attendait qu'une chose,
- 40:22c'est d'avoir 18 ans.
- 40:23Eux,
- 40:24c'est un cauchemar.
- 40:2418 ans,
- 40:25ils sont dehors.
- 40:26C'est un deuxième abandon,
- 40:27puisque je pense que 8 ans,
- 40:28c'est un âge très...
- 40:29Je pense qu'ils doivent le savoir qu'après 8 ans,
- 40:31c'est plus compliqué,
- 40:32parce que les agréments sont de 3 à 8.
- 40:35Est-ce que tu as vu le film Ma vie de Courgette ?
- 40:37Non Bon,
- 40:39alors tu iras le regarder ce qui est absolument formidable et à un moment donné il y a une réplique dans Ma vie de Courgette qui est très très juste
- 40:46Courgette va se faire adopter il a peut-être 5-6 ans dans le film,
- 40:49je ne sais plus trop bien le film d'animation et il y a un plus grand et donc Courgette lui dit,
- 40:57en clair,
- 40:57il lui dit je ne vais pas y aller parce que du coup je t'abandonne toi ici,
- 41:01et le plus grand lui dit mais...
- 41:03si tu vas y aller,
- 41:03parce que tu ne te rends pas compte,
- 41:06ce message que tu vas véhiculer de pouvoir adopter un enfant grand.
- 41:10Tu ne te rends pas compte de ce que ça va faire.
- 41:11Cette réplique dans ma vie de courgette est absolument,
- 41:14pour moi,
- 41:15terrible,
- 41:15parce que,
- 41:16je te dis,
- 41:16ça me renvoie à ce petit Nathan,
- 41:17mais surtout parce que,
- 41:20voilà,
- 41:23on parlait d'âme tout à l'heure.
- 41:25C'est ça qui se joue,
- 41:26c'est ça qui se joue dans ces foyers.
- 41:29Donc voilà,
- 41:30que les gens qui ont envie d'adopter...
- 41:33qui ont besoin d'adopter,
- 41:34qui ont besoin d'être parents,
- 41:36qui prennent au moins le temps de réfléchir à cette possibilité de l'adoption tardive.
- 41:40Vraiment.
- 41:41Au-delà du fait qu'ils vont énormément agrandir leur chance.
- 41:46Bien sûr.
- 41:47Et moi j'ai une question.
- 41:48Il faut tellement faire du bien.
- 41:48Parce qu'on a quand même pas mal d'auditrices qui nous écoutent.
- 41:51Et il y a beaucoup de femmes aussi d'une quarantaine d'années qui sont célibataires et qui n'ont pas forcément pensé encore à l'adoption.
- 41:58Est-ce que tu penses que c'est...
- 41:59Je ne sais pas si tu pourrais me répondre,
- 42:01mais...
- 42:01Parce que là,
- 42:02c'est un couple d'homosexuels,
- 42:03mais il y a quand même le couple.
- 42:04Il y a le magnifique film Pupille sur l'adoption,
- 42:06où elle adopte justement un enfant qui est...
- 42:10Mère célibataire ou père célibataire,
- 42:12d'ailleurs.
- 42:12Je crois que c'est assez ouvert.
- 42:15La loi l'autorise.
- 42:19Après,
- 42:20je n'ai pas les chiffres,
- 42:21sincèrement.
- 42:21Je ne sais pas le pourcentage,
- 42:23je ne sais pas les chiffres.
- 42:25Mais en tout cas,
- 42:26réfléchir à l'adoption.
- 42:27Ça peut ouvrir des portes aussi.
- 42:28Oui,
- 42:29vraiment.
- 42:30Sortir un peu des schémas qu'on s'est imaginés.
- 42:33Oui,
- 42:33complètement.
- 42:33Et faire ce fameux deuil de l'enfant porté.
- 42:37Pensez-y.
- 42:39C'était génial,
- 42:39on arrive à la fin.
- 42:41Est-ce que tu veux rajouter un petit mot de la fin ?
- 42:43Ou tu viens de le dire ?
- 42:45Non,
- 42:45parce que j'ai fait mon plaidoyer sur l'adoption tardive.
- 42:49En tout cas,
- 42:49moi j'ai extrêmement hâte de travailler sur le film.
- 42:53Et puis on remettra un petit mot quand le film sortira.
- 42:57Ah super !
- 42:58Et puis vous...
- 42:58Je vous invite surtout à lire ce livre,
- 43:01L'île aux deux pans,
- 43:03récit d'une adoption homoparentale.
- 43:05C'est aux éditions...
- 43:07Le Lise-Bleuf.
- 43:08Le Lise-Bleuf.
- 43:09Il est super beau,
- 43:10le livre.
- 43:12Eh bien,
- 43:12c'était une émotion très...
- 43:13Une émotion,
- 43:14ouais.
- 43:14C'était une émission très émotionnelle.
- 43:17Et en tout cas,
- 43:17je te remercie beaucoup...
- 43:18Merci,
- 43:19moi qui te remercie.
- 43:19...de partager ta jolie histoire avec nous.
- 43:22Et moi,
- 43:22je vous dis à la semaine prochaine.
- 43:27Flamme des années 80.
- 43:29Le podcast qui allume la femme.