Latest / Flammes des années 80. Le podcast qui allume la femme. / Violences faites aux femmes : comprendre, agir, reconstruire – avec Gwendoline Peltier de "NousToutes".
Transcript
- 0:03Flamme des années 80.
- 0:05Le podcast qui allume la femme.
- 0:10Bonjour,
- 0:11donc on est toujours au mois de novembre,
- 0:13on parle des violences faites aux femmes et on a la chance aujourd'hui de recevoir Gwen.
- 0:19Est-ce que tu veux te présenter,
- 0:20parce que c'est un sujet entre guillemets qui fait partie de ta vie,
- 0:23on peut dire ça comme ça ?
- 0:24Oui,
- 0:25pas mal.
- 0:27Merci beaucoup pour l'invitation,
- 0:28je suis trop contente d'être là.
- 0:30Tante,
- 0:30vous ne voyez pas,
- 0:31mais elle est incroyable.
- 0:34Alors,
- 0:35pour me présenter brièvement,
- 0:37je suis Gwen.
- 0:40L'âge,
- 0:40ce n'est pas nécessaire,
- 0:41on va passer sur l'âge,
- 0:42on ne peut pas être déconstruite sur toutes les choses.
- 0:45Et du coup,
- 0:46je suis militante féministe chez nous toutes.
- 0:50Et à côté,
- 0:51je travaille dans une association qui s'appelle En Avant Toutes.
- 0:55Et donc,
- 0:58oui,
- 0:58on va dire que mon quotidien et ma vie est beaucoup tournée autour du féminisme et de la lutte contre la violence faite aux femmes,
- 1:06je dirais.
- 1:07Et alors,
- 1:08comment on se réveille un matin en se disant on a envie de faire ça ?
- 1:11C'est peut-être pas forcément le...
- 1:13C'est une trop bonne question.
- 1:16Je pense que je...
- 1:19En fait,
- 1:19je l'ai eu assez rapidement.
- 1:22Moi,
- 1:22j'ai fait des études,
- 1:23j'ai fait Sciences Po.
- 1:24à Toulouse.
- 1:27Et je n'avais pas forcément la fibre très féministe.
- 1:30Je n'ai pas eu une éducation féministe.
- 1:33Je n'ai pas eu une éducation très politique non plus.
- 1:35Donc,
- 1:35je ne peux pas dire que ça m'est venu depuis toujours.
- 1:37Pas du tout.
- 1:38Tu étudies à Sciences Po ?
- 1:39Oui,
- 1:40j'étudie à
- 1:41Sciences Po Toulouse,
- 1:42les relations internationales.
- 1:43J'avais même plutôt une éducation assez traditionnelle.
- 1:47Je viens de la campagne,
- 1:48etc.
- 1:49Donc,
- 1:49ce n'était pas forcément des questions qui se posaient.
- 1:52Après,
- 1:52j'ai pas mal voyagé.
- 1:53J'ai travaillé à l'étranger,
- 1:55en Amérique latine,
- 1:56etc.
- 1:56Et je crois que c'est là où ça a un petit peu venu,
- 1:58où ça m'a intéressée,
- 2:00où je me suis un petit peu rendue compte qu'en fait,
- 2:02on n'était pas du tout égaux.
- 2:04Et quand j'ai commencé un peu à me rendre compte de ça,
- 2:07à avoir des lunettes différentes,
- 2:09tout s'est éclairé.
- 2:12Et donc là,
- 2:12je ne militais pas,
- 2:13j'étais plutôt intéressée,
- 2:15je lisais des choses,
- 2:16etc.
- 2:17Et ensuite,
- 2:17quand je suis rentrée en France,
- 2:19j'ai travaillé six ans à l'étranger,
- 2:20ensuite je suis rentrée en France.
- 2:23J'ai toujours voulu un petit peu aller dans une association et militer,
- 2:26mais c'était vraiment quelque chose que je n'osais pas faire.
- 2:28J'avais beaucoup de barrières en me disant non,
- 2:30pour militer,
- 2:32il faut être la plus expérimentée et experte sur les questions du féminisme.
- 2:39J'en rencontrais quelques-unes à des conférences débat,
- 2:41je les regardais comme si c'était des héroïnes et des déesses.
- 2:45Je me disais,
- 2:45mais jamais je serai aussi badass,
- 2:47etc.
- 2:47Donc j'avais pas mal de barrières.
- 2:50Et puis la vie a fait que j'ai fait un gros burn-out et une dépression.
- 2:53À la fin,
- 2:54j'ai fait un bilan de compétences avec une psychologue du travail qui a un peu révolutionné tout et qui m'a dit « Non,
- 3:01non,
- 3:01mais allez-y,
- 3:02travaillez dedans et engagez-vous et faites des choses. »
- 3:05Et ça peut paraître un peu bête,
- 3:06mais comme j'avais vraiment perdu tout ce qui était confiance en moi,
- 3:09etc.,
- 3:09je me suis dit « Bon,
- 3:10ben voilà. »
- 3:11Et un jour,
- 3:12j'ai vu qu'il y avait une réunion,
- 3:14nous toutes,
- 3:15d'un comité local.
- 3:16Nous toutes,
- 3:16c'est organisé en comité loco partout en France.
- 3:19J'y suis allée et en fait,
- 3:21c'était dans un bar,
- 3:22dans une petite salle.
- 3:23Je voyais qu'il n'y avait pas trop de moyens,
- 3:24qu'il y avait toutes sortes de meufs,
- 3:27tous les âges aussi.
- 3:29Et puis,
- 3:29je ne sais pas,
- 3:30ça a un peu cassé le...
- 3:31J'avais beaucoup mystifié les choses.
- 3:34Et à partir de là,
- 3:34je suis revenue le mois d'après à la réunion.
- 3:36Et puis après,
- 3:37on m'a dit,
- 3:37est-ce que tu veux nous aider à faire des pancartes ?
- 3:39J'ai fait des pancartes et au fur et à mesure,
- 3:41je n'ai pas pu trop m'en passer.
- 3:42Ça a vraiment fait partie de ma reconstruction,
- 3:44de mon post-burnout de milité.
- 3:46C'est hyper inspirant,
- 3:47je pense,
- 3:48pour plein de femmes qui n'osent pas pousser des portes.
- 3:51Oui,
- 3:52ça peut paraître impressionnant.
- 3:54Et en fait,
- 3:54on n'est pas toutes expertes.
- 3:56Il y a des personnes qui connaissent mieux un sujet que d'autres.
- 3:58On n'est pas toutes d'accord,
- 4:00en plus.
- 4:01Et ce n'est pas grave.
- 4:03On n'a pas toutes la même vision des choses.
- 4:05On n'a pas toutes le même temps disponible à allouer aussi.
- 4:09Mais j'ai vraiment eu la chance,
- 4:10moi,
- 4:10je sais que ce n'est pas forcément le cas,
- 4:12mais j'ai eu la chance de tomber dans un comité avec des personnes.
- 4:15super bienveillante.
- 4:17Et puis peut-être que c'était aussi un moment dans ma vie où j'avais besoin de me retrouver aussi entre femmes,
- 4:20avoir un peu cette sororité et de faire des choses ensemble.
- 4:24J'en avais peut-être...
- 4:25J'étais peut-être arrivée au bout de la lecture du militantisme où je postais des choses sur Internet,
- 4:30je venais une fois en manif et puis c'est tout.
- 4:32Là,
- 4:33j'avais plus envie de faire des actions et puis les faire avec un groupe de meufs avec qui on partageait les mêmes valeurs.
- 4:39Et ça,
- 4:40ça a un peu chamboulé ma vie.
- 4:42Et là,
- 4:43tu es dans un...
- 4:45Nous toutes locales,
- 4:45c'est à quel endroit exactement ?
- 4:47Alors moi,
- 4:47je fais partie du Nous toutes 9-10-18.
- 4:50Donc sur Instagram et en règle générale,
- 4:52on nous appelle Nous toutes Paris Nord.
- 4:54Ce qui n'est pas complètement faux,
- 4:55mais Paris Nord,
- 4:56ça aussi a le comité local du 19-20 par exemple.
- 5:00Et donc,
- 5:00on est organisé en comités locaux à Paris et aussi dans toute la France.
- 5:04Il y a le comité local de Nantes,
- 5:07de Marseille,
- 5:08Toulouse,
- 5:08etc.
- 5:09Et si,
- 5:09par exemple,
- 5:10nos auditrices se disent « Ah,
- 5:11génial,
- 5:12j'aimerais trop aller faire des réunions,
- 5:13est-ce que c'est possible de venir ? »
- 5:15Les réunions,
- 5:15elles sont ouvertes.
- 5:17Il y a deux moyens sur le site internet de nous toutes.
- 5:21Il y a une adresse mail où on peut carrément poser des questions,
- 5:25mais il y a aussi une cartographie.
- 5:27On peut cliquer sur les comit��s locaux et avoir directement leur adresse mail.
- 5:31Ou alors sur les réseaux sociaux,
- 5:32ça marche bien.
- 5:33Nous,
- 5:33on a par exemple,
- 5:34nous toutes Paris Nord,
- 5:35je sais qu'il y a nous toutes Paris Sud qui existent,
- 5:38d'envoyer un DM et nous après on donne les informations,
- 5:41on dit quand a lieu la réunion ou s'il y a une action,
- 5:44etc.
- 5:45Mais c'est assez facile de nous joindre,
- 5:47on répond tout le temps.
- 5:48En plus,
- 5:48il n'y a pas besoin d'avoir des capacités spécifiques pour vous aider,
- 5:52pour s'engager.
- 5:53Non,
- 5:53pas du tout.
- 5:53On peut avoir plus de temps ou moins de temps.
- 5:55Complètement.
- 5:56C'est juste mettre un peu sa disponibilité et après,
- 5:58c'est juste avoir de l'argent et avoir envie.
- 6:01Exactement.
- 6:01Il n'y a pas...
- 6:02Non,
- 6:02non,
- 6:02il n'y a vraiment pas d'obligation.
- 6:05Il y a des personnes,
- 6:06des fois,
- 6:06qui viennent qu'aux réunions et puis c'est tout.
- 6:07Bah,
- 6:08ok,
- 6:08c'est très bien.
- 6:11Et puis aussi,
- 6:12c'est un collectif.
- 6:14C'est un peu différent d'une association parfois.
- 6:15Et en fait,
- 6:16il y a des personnes qui,
- 6:16pendant deux mois,
- 6:17vont être super impliquées parce qu'elles ont le temps et l'énergie.
- 6:20Et après,
- 6:20elles vont nous dire,
- 6:21là,
- 6:22je me retire,
- 6:23je ne peux plus,
- 6:24je suis fatiguée.
- 6:25Et puis,
- 6:25six mois après,
- 6:25elles reviennent.
- 6:26Donc,
- 6:27c'est vraiment très...
- 6:28C'est libre et ouvert.
- 6:29C'est très libre et ouvert.
- 6:30Oui,
- 6:30complètement.
- 6:30Et qu'est-ce que vous faites ?
- 6:31Comment est-ce que,
- 6:31par exemple,
- 6:32si nous,
- 6:32on vient la semaine prochaine,
- 6:33ou je ne sais pas s'il y en a une,
- 6:34qu'est-ce qu'on va faire ?
- 6:35Ça doit changer tout le temps,
- 6:36mais...
- 6:37Oui,
- 6:37ça dépend beaucoup.
- 6:39Là,
- 6:39je ne vous cache pas que la grosse période,
- 6:40c'est l'organisation de la manif.
- 6:43du 23 novembre.
- 6:46Donc,
- 6:47là,
- 6:47on va être vraiment sur l'organisation.
- 6:50Eh bien,
- 6:51par exemple,
- 6:52on a un super groupe animation où on va louer des camions,
- 6:56des chars,
- 6:57où on va mettre des artistes dessus.
- 6:58Ça,
- 6:58c'est le côté un peu fun d'avoir de la chanson,
- 7:02des slogans,
- 7:02etc.
- 7:04On va avoir des groupes qui vont plus s'occuper évidemment des réseaux sociaux,
- 7:08des médias,
- 7:08des journalistes,
- 7:10des relations avec les autres organisations.
- 7:12Parce qu'il n'y a pas que nous toutes,
- 7:14il y a plein d'autres organisations féministes qui vont aussi venir à la manifestation.
- 7:19Donc voilà,
- 7:19ça va être autant,
- 7:21on se fait une après-midi où on va peindre du carton pour faire toute la déco du char,
- 7:26parce qu'il faut quand même qu'il soit...
- 7:28voilà,
- 7:28c'est une fois dans l'année.
- 7:30Autant,
- 7:30j'ai des copines qui sont en train de faire des ateliers badge,
- 7:33là en ce moment,
- 7:33pour vendre un maximum de badge à la manif pour avoir des sous pour la manif d'après.
- 7:39J'ai des personnes qui sont en train de faire des communiqués de presse.
- 7:41parce qu'il y a aussi une volonté,
- 7:45évidemment,
- 7:45une vision politique des manifs.
- 7:47Je suis en train de parler que c'est cool,
- 7:48on danse et on chante,
- 7:50mais c'est surtout aussi pouvoir avoir des revendications et faire en sorte qu'elles soient entendues.
- 7:56Donc,
- 7:56c'est très diversifié.
- 7:59Et est-ce que vous avez senti...
- 8:01Enfin,
- 8:01ça fait combien de temps que ça existe,
- 8:02nos toutous ?
- 8:04Ça a été créé en...
- 8:05Je dis des bêtises,
- 8:072018-2019.
- 8:09Donc,
- 8:09c'est assez jeune comme collectif.
- 8:10Oui,
- 8:11c'est ça.
- 8:12Est-ce que tu peux sentir une évolution entre 2018-19 et 2024 ?
- 8:16Beaucoup d'évolution.
- 8:18Mais aussi,
- 8:19ce qui fait le collectif,
- 8:20c'est les personnes qui l'intègrent,
- 8:24en fait.
- 8:25Après,
- 8:26ça,
- 8:26c'est plutôt d'ordre politique.
- 8:28Mais par exemple,
- 8:28le positionnement politique de nous toutes a pas mal évolué.
- 8:31En comprenant que,
- 8:33par exemple,
- 8:34la révolution féministe,
- 8:35elle ne pouvait pas se faire sans les femmes racisées,
- 8:39tout ça.
- 8:39Donc,
- 8:39il y a eu aussi un...
- 8:40grosses remises en question du fait que ça a été beaucoup au début un collectif qu'on disait de femmes blanches,
- 8:46ce qui était vrai,
- 8:47et donc de beaucoup de comment on fait alors,
- 8:50comment on fait pour que ça soit,
- 8:52qu'on n'invisibilise peut-être pas d'autres causes.
- 8:55Donc ça,
- 8:55ça a été par exemple des gros questionnements,
- 8:58des questionnements aussi sur,
- 9:01on a eu beaucoup de mouvements par exemple féministes,
- 9:05enfin qui se disent féministes sur la transphobie.
- 9:08Donc évidemment,
- 9:09c'est arrivé chez nous.
- 9:10en se disant,
- 9:10OK,
- 9:11en fait,
- 9:11on n'avait pas de positionnement là-dessus.
- 9:13Qu'est-ce qu'on fait ?
- 9:13Parce qu'en fait,
- 9:14ça prend beaucoup d'ampleur.
- 9:15Donc,
- 9:16nous toutes a dû aussi se positionner sur ça.
- 9:18Donc,
- 9:19on a été petit à petit,
- 9:20en fait,
- 9:20avec l'actualité,
- 9:21avec tout ce qui se passe,
- 9:23amenées à se positionner sur des choses comme ça,
- 9:26politiques.
- 9:27Oui,
- 9:27c'est une adaptation.
- 9:28Tout à fait.
- 9:29Et après,
- 9:30dans les modes de revendication,
- 9:31c'est vraiment la manif qu'on organise.
- 9:34Et puis ensuite,
- 9:35il y a plein d'actions qu'on organise tout au long de l'année.
- 9:38Là,
- 9:38en ce moment,
- 9:39par exemple,
- 9:39il y a une action assez chouette,
- 9:41j'allais dire.
- 9:43Une action qui a émergé avec le procès Mazin,
- 9:45le procès de Gisèle Pellicot,
- 9:47qui est d'être dans l'espace public et de faire sonner une alarme toutes les 2 minutes 30.
- 9:53Parce qu'en fait,
- 9:54avant,
- 9:54c'était toutes les 7 minutes,
- 9:55un viol ou une tentative de viol.
- 9:57Et en fait,
- 9:58ça a évolué malheureusement.
- 9:59Et c'est toutes les 2 minutes 30 avec les nouveaux chiffres qu'on a.
- 10:03Et vous faites sonner une alarme ?
- 10:05On fait sonner une alarme toutes les 2 minutes 30.
- 10:08Et n'importe où ?
- 10:09N'importe où.
- 10:09Donc,
- 10:10en fait,
- 10:11ça dépend.
- 10:12C'est une action qui est tous les samedis.
- 10:14Donc,
- 10:15par exemple,
- 10:15sur le parvis de Gare du Nord,
- 10:17à République,
- 10:18etc.
- 10:19Et on a un petit groupe,
- 10:20ça dépend de combien de militantes,
- 10:22qui ont des pancartes.
- 10:24qui font sonner une alarme toutes les 2 minutes 30 et qui prennent la parole pour expliquer,
- 10:27ben voilà,
- 10:27toutes les 2 minutes 30,
- 10:28il y a un viol,
- 10:29une tentative de viol en France et qui parle un petit peu plus sur le viol,
- 10:33la culture du viol,
- 10:34pour sensibiliser aussi les passants et les passantes qui passent,
- 10:37quoi.
- 10:37Ça,
- 10:37ça a évolué,
- 10:37mais parce que moi,
- 10:38j'ai l'impression,
- 10:39moi,
- 10:39j'ai connu nous toutes avec le compte Instagram qui comptait les féminicides au jour le jour.
- 10:45Je pense que ça a été votre premier coup de poing et c'est comme ça que vous vous êtes fait connaître.
- 10:49Voilà,
- 10:50c'est un truc qu'on a vachement suivi.
- 10:51Et en fait,
- 10:52j'ai l'impression que c'est un truc qui a été fait
- 10:54Alors peut-être que c'est mon envie que je parle,
- 10:56mais le nombre de féminicides a un peu baissé d'année en année depuis que vous les comptez.
- 11:03Donc est-ce que je me trompe ?
- 11:05J'aimerais bien,
- 11:06mais je ne crois pas.
- 11:06Non.
- 11:07Je ne crois pas.
- 11:09Donc en effet,
- 11:09on gère le décompte.
- 11:12Maintenant,
- 11:13j'ai des camarades militantes qui le font super bien et qui s'y connaissent bien mieux que moi.
- 11:20Mais il y a aussi une évolution de ce côté-là,
- 11:22c'est-à-dire que le décompte des féminicides,
- 11:24historiquement,
- 11:25c'est vraiment le décompte des femmes qui sont assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint.
- 11:30Et donc,
- 11:31il y a eu un mouvement aussi féministe qui a dit que les féminicides,
- 11:34ce n'est pas forcément par conjoint ou ex-conjoint.
- 11:37Il faut aussi calculer les autres morts,
- 11:40enfin les autres assassinats.
- 11:43Et par exemple,
- 11:44tout ce qui était les travailleuses du sexe était totalement invisibilisé.
- 11:48Alors que c'est des féminicides parce qu'elles sont vraiment assassinées par des hommes.
- 11:51Donc il y a eu toute cette réflexion-là pour les intégrer dans le décompte.
- 11:54Et c'est ce qui a changé.
- 11:55On les intègre maintenant dans le décompte.
- 11:58Ce qui demande aussi une veille médiatique super importante.
- 12:01Parce qu'on fonctionne en alarme et tout ça.
- 12:03Il y a un vrai travail de recherche derrière.
- 12:06De regarder tous les articles,
- 12:07de se renseigner sur est-ce que c'est vraiment un féminicide ou pas.
- 12:10Enfin c'est vraiment horrible.
- 12:10Moi je sais que j'ai intégré deux jours ce groupe.
- 12:13Après je me suis dit non,
- 12:14je vais rester sur autre chose.
- 12:16C'est très très très dur.
- 12:17vraiment lire,
- 12:18c'est très dur.
- 12:19Elles font ça toute la journée.
- 12:21Et donc voilà.
- 12:22Mais par exemple,
- 12:23entre cette année et l'année dernière,
- 12:24je crois que c'est quatre personnes,
- 12:26enfin quatre féminicides de moins.
- 12:29Ce qui est...
- 12:29Oui,
- 12:29c'est pas...
- 12:31Voilà.
- 12:31Donc il n'y a pas de baisse actuellement.
- 12:35C'est...
- 12:36La moyenne,
- 12:36c'est toujours un féminicide tous les deux jours et demi.
- 12:39C'est bien.
- 12:39Tous les deux jours et demi et tous les deux minutes trente.
- 12:41C'est assez raccord.
- 12:43C'est assez raccord,
- 12:44malheureusement.
- 12:45Après,
- 12:45on a aussi plus de chiffres parce que,
- 12:48et on va peut-être apporter une bonne nouvelle,
- 12:51parce qu'il y a peut-être plus d'écoute de la parole des femmes aussi.
- 12:54On a des femmes qui parlent plus.
- 12:56Enfin,
- 12:56je n'aime pas trop dire ça parce que je pense que les femmes ont toujours parlé,
- 13:00mais elles n'ont jamais vraiment été écoutées.
- 13:02Donc peut-être qu'il y a peut-être une écoute en plus.
- 13:06Ou en tout cas,
- 13:06il y a eu tellement ce mouvement MeToo qui a dit « allez porter plainte,
- 13:10allez,
- 13:11dites-le » .
- 13:12Je pense qu'il y a eu quand même des impacts sur ça et des conséquences positives où j'ai l'impression qu'on le dit plus,
- 13:17ce qui n'est pas forcément un succès au niveau judiciaire.
- 13:22Mais en tout cas,
- 13:22on le sait plus et ce qui augmente aussi les chiffres parce que du coup,
- 13:26elles sont moins visibilisées et du coup,
- 13:28on en voit plus.
- 13:29Et j'ai une question parce que ça doit être un travail énorme ce que vous faites et vous n'avez pas de subvention.
- 13:34C'est que du bénévolat ?
- 13:36C'est que du bénévolat.
- 13:37Il n'y a aucune subvention.
- 13:40Ça pareil,
- 13:40c'est beaucoup de discussions en interne.
- 13:45Il y a plein de visions différentes.
- 13:48Qui dit subvention,
- 13:49dit évidemment de dépendre d'un organisme.
- 13:53Si on est subventionné par l'État français ou par l'Union européenne.
- 13:57De manière inévitable,
- 13:58ça impacte notre liberté d'action.
- 14:01Et on se veut aussi un collectif dont la première mission,
- 14:06une des premières missions,
- 14:07c'est vraiment de pouvoir alerter.
- 14:09les services publics,
- 14:10il y a un problème.
- 14:12Et donc,
- 14:12on dérange.
- 14:13Donc,
- 14:14qui dit subvention,
- 14:15pour moi,
- 14:16dit aussi perte de liberté,
- 14:18clairement.
- 14:19Mais par exemple,
- 14:20là,
- 14:20pour la manifestation,
- 14:21ce qu'on a fait,
- 14:22enfin,
- 14:22ce qu'on fait depuis quelques années,
- 14:23c'est lancer une cagnotte,
- 14:25donc de collecte auprès des particuliers.
- 14:27Et ça marche bien.
- 14:28Il y a pas mal de personnes qui nous donnent des dons pour qu'ils nous permettent d'organiser la manifestation et qui nous permettent aussi d'organiser plein d'autres actions.
- 14:36Parce que toutes les actions qu'on...
- 14:38Donc,
- 14:38on fait,
- 14:39c'est nous qui les finançons nous-mêmes.
- 14:41Quand on va faire des collages,
- 14:42il faut qu'on achète toute la colle,
- 14:44tous les pinceaux,
- 14:45tous les seaux.
- 14:46Il faut qu'on imprime en énorme quantité et les impressions,
- 14:49ça coûte super cher.
- 14:50Donc,
- 14:51en fait,
- 14:51les actions,
- 14:51ça coûte.
- 14:52Donc,
- 14:53on lance des cagnottes et sinon,
- 14:55c'est nous-mêmes.
- 14:57Et vous êtes combien au sein de nous toutes à peu près ?
- 15:05Très difficile à savoir.
- 15:05Parce que c'est tous des comités locaux dont les militantes viennent et repartent.
- 15:11Mais c'est assez difficile à estimer.
- 15:14Parce que du coup,
- 15:15l'organisation se veut qu'il y ait une coordination nationale.
- 15:18Donc,
- 15:19il n'y a pas du tout de lien hiérarchique.
- 15:20Quand il y a coordination nationale et comités locaux,
- 15:23il n'y a aucun lien.
- 15:24C'est juste que la coordination nationale,
- 15:25comme le dit son nom,
- 15:27Elle va plutôt s'occuper de mettre en lien les comités locaux.
- 15:31Elle va,
- 15:31par exemple,
- 15:32gérer le compte Instagram nous-toutes.org,
- 15:35qui est vraiment le gros Instagram pour nous toutes.
- 15:39Elle va recenser les demandes presse et les dispatcher.
- 15:43Donc,
- 15:43ça va vraiment être plutôt un organe de centralisation et de coordination.
- 15:47Enfin,
- 15:48ce n'est pas du tout un organe de décision,
- 15:49par exemple.
- 15:50Mais c'est comme ça que ça fonctionne,
- 15:51nous toutes.
- 15:52Et on n'est que des bénévoles.
- 15:53Il n'y a aucune personne salariée.
- 15:54Et est-ce qu'il y a des hommes ?
- 15:56Il y a des hommes.
- 15:57Nous,
- 15:58on est un collectif mixte pour le moment.
- 16:02Tout est en évolution et tout est en discussion.
- 16:04Mais en tout cas,
- 16:04ça a toujours été un mouvement mixte.
- 16:07Donc,
- 16:08il y a des hommes qui peuvent venir.
- 16:10Bon,
- 16:11spoiler,
- 16:11il y a peu d'hommes qui viennent.
- 16:14Il y a très peu d'hommes pour le moment.
- 16:17Moi,
- 16:17dans mon comité local 9-10-18,
- 16:19depuis que j'y suis,
- 16:20ça va faire trois ans,
- 16:21un peu plus de trois ans,
- 16:23j'ai vu... ...
- 16:25Si,
- 16:26j'ai quand même vu entre
- 16:285 hommes,
- 16:28à peu près,
- 16:30en 3 ans,
- 16:31qui sont venus.
- 16:32Oui,
- 16:32ça me paraît énorme.
- 16:34Moi,
- 16:34ça me paraît tellement beau,
- 16:36je suis là.
- 16:37Alors là,
- 16:38je parle d'un peu régulièrement,
- 16:39qui sont venus à plus d'une réunion,
- 16:41qui nous ont aidés sur des actions,
- 16:43etc.
- 16:44Et là,
- 16:45actuellement,
- 16:46on va dire qu'on a
- 16:472 à 3 alliés hommes qui viennent vraiment régulièrement et qui sont super impliqués,
- 16:53qui font des actions avec nous.
- 16:55Est-ce que vous faites des conférences ou des choses comme ça ?
- 16:57Oui,
- 16:58on fait des événements.
- 17:00Soit on est invité sur pas mal de festivals féministes à intervenir.
- 17:03Et puis,
- 17:05on a fait un festival,
- 17:07nous toutes,
- 17:07il y a un an ou deux ans,
- 17:09à la Cité Fertile.
- 17:11Du coup,
- 17:11on avait invité aussi plein de collectifs.
- 17:13On avait organisé des conférences et tout.
- 17:15C'était un gros,
- 17:16gros truc.
- 17:17Donc,
- 17:17on est pas mal invité sur ce genre d'événements,
- 17:20festivals.
- 17:22conférences,
- 17:22prises de parole et tableaux médiatiques aussi,
- 17:26enfin,
- 17:26plateaux médiatiques,
- 17:27etc.
- 17:28Mais par exemple,
- 17:29si moi j'ai un problème et je sens que dans ma vie,
- 17:31il y a peut-être quelque chose qui ne va pas trop et que je suis peut-être touchée de violence,
- 17:34mais que même si je n'ai pas encore vraiment formulé dans ma tête,
- 17:37si je vous contacte,
- 17:38ce n'est pas vous,
- 17:39enfin,
- 17:39comment ça se passe ?
- 17:40Non,
- 17:41ce n'est pas nous,
- 17:41mais ça nous arrive souvent,
- 17:43évidemment,
- 17:43d'être contactée,
- 17:44soit sur les réseaux sociaux,
- 17:45le mail,
- 17:46ou même tout le temps,
- 17:48en fait,
- 17:48dès qu'on est quelque part.
- 17:50C'est ça qui est assez magique.
- 17:52Le cas assez fou,
- 17:53c'est que quand on parle entre femmes et qu'on se dit « je suis féministe,
- 17:57je travaille dans une asso et tout ça » ,
- 17:59c'est souvent là où la libération se libère et on a des femmes qui viennent nous voir,
- 18:04qui nous disent
- 18:05« ah oui,
- 18:05tu travailles là-dedans » .
- 18:06Parce que moi,
- 18:07je me posais des questions avec mon mari,
- 18:09il se passe ça et tout ça,
- 18:10et en fait,
- 18:11on voit qu'elles parlent et elles ont envie de parler.
- 18:14Donc il y a vraiment pour moi aussi un problème d'écoute.
- 18:17Mais en tout cas,
- 18:18sur le site internet Nous Toutes,
- 18:19il y a toute une page de ressources.
- 18:22Et donc là,
- 18:22vous avez les principales associations dispositifs nationaux où les personnes peuvent aller.
- 18:28Et pareil sur les réseaux sociaux,
- 18:29quand on a des personnes qui nous contactent,
- 18:31on leur dit,
- 18:31écoutez,
- 18:32il y a telle et telle et telle association,
- 18:34ça dépend aussi des problématiques.
- 18:35Mais par contre,
- 18:36on est formés,
- 18:37nous quand même,
- 18:38à nous toutes,
- 18:38à connaître les dispositifs nationaux pour réorienter.
- 18:41Mais on ne fait pas d'accueil de la parole.
- 18:43Et d'ailleurs,
- 18:43c'est super intéressant parce qu'en réunion,
- 18:45on le rappelle tout le temps quand on fait des réunions,
- 18:48on ne fait pas d'accueil de la parole et on n'est pas là pour accueillir le récit.
- 18:51Parce que malheureusement,
- 18:52on a parfois des militantes qui arrivent pour la première fois ou pas et qui ont envie de parler de ce qu'elles ont vécu.
- 18:59Sauf que ce n'est pas l'espace parce qu'on n'est pas formé pour,
- 19:02donc on risque déjà de ne pas très bien l'accueillir ou de ne pas savoir,
- 19:07etc.
- 19:08Et c'est aussi pour protéger nos militantes.
- 19:10Sinon,
- 19:10en fait,
- 19:11on aurait des récits de violence absolument tout le temps.
- 19:14Et ce n'est pas notre métier.
- 19:15Donc ça,
- 19:15c'est vraiment important de les réorienter vers des professionnels.
- 19:19Et du coup...
- 19:19toi tu travailles officiellement dans une dans une association dont les missions sont de la prévention et de l'accompagnement des personnes victimes de violences qui s'appelle qui s'appelle En Avant Toutes donc voilà donc c'est
- 19:34très drôle parce que vraiment tous mes amis ma famille m'ont mis à peu près je pense un an à comprendre En Avant Toutes et nous toutes c'était très compliqué je me rappelle avoir fait un schéma à ma mère pour lui expliquer
- 19:46Donc en avant-tout,
- 19:47vous pouvez aussi retrouver sur les réseaux sociaux.
- 19:49Là,
- 19:50ça va être une association qui va vraiment pour le coup faire de l'accueil et de l'accompagnement des personnes victimes de violences.
- 19:57Ça a été créé il y a dix ans à peu près.
- 19:59Ça a été créé du coup par Inaé et Thomas,
- 20:03qui sont les cofondateurs et directeurs,
- 20:05directrices actuelles,
- 20:07qui ont en gros fait un tout un diagnostic de terrain de Paris et d'Ile-de-France,
- 20:11des structures.
- 20:13qui accompagnent les femmes victimes de violences.
- 20:16Et en fait,
- 20:16le diagnostic de ces structures-là,
- 20:18et de manière générale,
- 20:19donnait deux constats.
- 20:22Le premier,
- 20:22c'était que les jeunes étaient surreprésentés dans les violences.
- 20:28On a un jeune sur sept qui est victime de violences,
- 20:34ce qui est très élevé.
- 20:36Mais ces structures-là disaient,
- 20:37on sait,
- 20:38on a les chiffres,
- 20:39etc.
- 20:39Mais par contre,
- 20:40on ne reçoit.
- 20:41Très peu de jeunes.
- 20:42Enfin,
- 20:42vraiment,
- 20:42on a très peu de jeunes qui viennent,
- 20:43etc.
- 20:44Ou alors ils viennent,
- 20:45ils ne reviennent pas.
- 20:47Elles ne reviennent pas.
- 20:48Et en fait,
- 20:48le constat qui a été fait,
- 20:49c'est qu'en fait,
- 20:50les structures existantes n'étaient pas adaptées.
- 20:55Après,
- 20:56évidemment qu'il y a des jeunes qui vont y aller,
- 20:58etc.
- 20:59Mais c'est que c'est toujours un peu plus compliqué quand on est jeune de pousser la porte d'un CIDFF où c'est des rendez-vous en physique pour parler de ces violences.
- 21:08Donc,
- 21:08il y avait vraiment l'accès à ces structures-là.
- 21:11Et il y avait aussi une autre barrière qui était que les jeunes ne se reconnaissaient pas victimes de violences.
- 21:18Parce que dans l'imaginaire collectif,
- 21:19c'est vraiment une femme de 50 ans avec des bleus partout,
- 21:24qui est mariée,
- 21:25qui a trois enfants.
- 21:26Voilà,
- 21:26c'est les violences faites aux femmes,
- 21:28c'est les femmes battues,
- 21:29c'est tout ça.
- 21:30Donc,
- 21:30ça invisibilise toute une partie de violences sexuelles,
- 21:34psychologiques,
- 21:35économiques,
- 21:36administratives.
- 21:37Et donc,
- 21:39pour beaucoup de jeunes,
- 21:40et pour moi la première,
- 21:41quand j'avais
- 21:4318 ans,
- 21:44les violences étaient une femme battue.
- 21:46Donc,
- 21:47elles ne vont pas vraiment vers ces structures-là parce qu'elles n'ont pas conscience qu'elles sont victimes de violences.
- 21:53Et puis,
- 21:53parce que c'est un petit peu l'accès un peu compliqué,
- 21:56même parfois le téléphone,
- 21:57ça peut être parfois difficile.
- 21:59Donc,
- 21:59face à ce constat-là,
- 22:00ils ont créé le chat comment-on-s'aime.fr,
- 22:04donc un chat en ligne.
- 22:07qui est totalement anonyme,
- 22:08qui est gratuit,
- 22:09où les personnes peuvent se connecter et parler à des professionnels.
- 22:13Souvent,
- 22:13on nous dit « Ah,
- 22:13c'est un robot,
- 22:14c'est l'IA derrière. »
- 22:15Ce n'est pas l'IA,
- 22:16ce n'est pas un robot,
- 22:17c'est mes collègues.
- 22:18Et donc,
- 22:19c'est des professionnels qui viennent,
- 22:23par exemple,
- 22:24qui sont psychologues ou assistantes sociales,
- 22:26etc.
- 22:26Ensuite,
- 22:27qui sont formés en interne pour répondre.
- 22:30Et donc,
- 22:31elles prennent les conversations et elles discutent avec les personnes.
- 22:35Ce qui est assez chouette,
- 22:36c'est qu'il y a un accès sur téléphone mobile,
- 22:40évidemment,
- 22:40et sur ordinateur,
- 22:42où on peut aussi cliquer sur un bouton et en fait,
- 22:44ça nous déconnecte immédiatement.
- 22:47Ce qui est une manière de sécuriser aussi.
- 22:50Parce que ce qu'on s'est rendu compte,
- 22:51c'est que le chat est hyper pratique pendant le confinement.
- 22:54Parce qu'on est avec son agresseur et on peut quand même parler au téléphone.
- 22:59Donc,
- 22:59il y a aussi ça.
- 23:00Il y a vraiment le côté anonyme,
- 23:01le côté gratuit,
- 23:02le côté tout ça.
- 23:02Mais il y a aussi le côté où...
- 23:06le chat est hyper discret quand on est en présence de la personne qui est violente.
- 23:12Donc,
- 23:12on a eu beaucoup de personnes,
- 23:13en effet,
- 23:13qui étaient confinées.
- 23:16Là,
- 23:16je prends l'exemple du confinement,
- 23:17parce que c'était particulièrement fort,
- 23:21mais c'est toujours le cas.
- 23:22On a des personnes qui nous écrivent qui ne sont pas forcément avec l'agresseur,
- 23:26mais qui sentent que c'est le moment de parler,
- 23:27elles sont au travail,
- 23:28donc elles ne peuvent pas prendre le téléphone.
- 23:30C'est pas possible.
- 23:30Donc,
- 23:31elles sont vraiment en train de nous écrire.
- 23:35entre deux rendez-vous,
- 23:36etc.
- 23:36parce qu'il faut qu'elle parle maintenant.
- 23:38Donc ça,
- 23:38pour moi,
- 23:39c'est vraiment l'outil incroyable pour ça.
- 23:43Et il y a des heures d'ouverture,
- 23:45j'imagine ?
- 23:45Oui,
- 23:45c'est de 10h à minuit,
- 23:47toute la semaine,
- 23:48et le vendredi et le samedi soir,
- 23:50c'est de 10h à 21h.
- 23:54Donc là,
- 23:54pareil,
- 23:56l'association,
- 23:56elle,
- 23:57vit de subventions,
- 23:59de dons et aussi de partenariats avec des entreprises privées qui nous financent.
- 24:02Sinon,
- 24:03on ne peut pas maintenir un service de répondante parce qu'il faut les payer.
- 24:07Il faut lier la structure,
- 24:09etc.
- 24:09Donc là,
- 24:10c'est pareil en fait.
- 24:11Pour maintenir un tchat qui soit ouvert sur des plages horaires comme ça et qui soit gratuit,
- 24:17là pour le coup,
- 24:17on a vraiment besoin de subventions et de dons.
- 24:21Et par exemple,
- 24:22imagine,
- 24:23je parle et puis on découvre,
- 24:24je peux venir pour quel problème ?
- 24:25Je suis jeune,
- 24:26je suis là.
- 24:27Ah,
- 24:27en fait,
- 24:28mon copain,
- 24:29je n'arrive pas à le récupérer.
- 24:30C'est bizarre.
- 24:31Là ou alors là,
- 24:31il a...
- 24:33Ça,
- 24:33c'est super intéressant parce que ce qu'on s'est rendu compte,
- 24:38la chance qu'on a,
- 24:38c'est qu'on a fait un rapport de mesures d'impact.
- 24:42Ça peut paraître très institutionnel et non.
- 24:44On a été suivi par une boîte de mesures d'impact qui a permis de mettre en place un suivi pour voir un petit peu auprès des femmes bénéficiaires qui elles sont et ce que ça leur apporte ou non le tchat.
- 24:58C'était la première fois que ça a été fait et on a eu les résultats il n'y a pas très longtemps.
- 25:02Si vous voulez vraiment les regarder,
- 25:03c'est passionnant,
- 25:03c'est sur le site internet.
- 25:05Et on s'est rendu compte,
- 25:06par exemple,
- 25:07qu'environ 40%
- 25:09des personnes qui se connectaient sur le chat n'avaient pas conscience qu'elles étaient victimes de violences.
- 25:14Donc c'était vraiment des personnes qui se connectaient pour justement,
- 25:18comme tu disais,
- 25:19« Bah,
- 25:20je comprends pas,
- 25:20mon mec est de plus en plus jaloux.
- 25:24Au début,
- 25:25ça allait,
- 25:26mais là,
- 25:26j'ai arrêté de voir mes potes,
- 25:27j'ai plus de potes mecs,
- 25:28je sors plus le samedi et ça va encore pas,
- 25:30je comprends pas. »
- 25:32Bah typiquement,
- 25:33en parlant avec cette personne,
- 25:34au bout d'une heure,
- 25:35on se rend vite compte que c'est un signaux parmi d'autres,
- 25:38qu'il y a un système d'emprise qui se met en place.
- 25:41Et puis,
- 25:42c'est surtout faire comprendre à la personne que c'est pas OK.
- 25:45Parce que le premier truc quand on commence,
- 25:47enfin quand on est victime de violence,
- 25:49c'est que c'est tout le temps notre faute.
- 25:50Ça,
- 25:50c'est assez fou de voir que toutes les femmes qui se connectent,
- 25:54c'est de leur faute.
- 25:54Vraiment,
- 25:55c'est...
- 25:55Bah ouais,
- 25:56je le rassure pas assez.
- 25:57Ouais,
- 25:57mais c'est vrai qu'aussi,
- 25:58je suis assez fêtarde.
- 25:59Ah mais c'est vrai que...
- 26:00Enfin voilà.
- 26:01C'est vrai que je me suis habillée un peu court du coup.
- 26:03C'est vrai que je me suis habillée un peu court,
- 26:04donc peut-être que voilà.
- 26:05Donc ça,
- 26:07pour moi,
- 26:07c'est assez passionnant et intéressant de savoir qu'il y a un outil qui permet de capter des personnes qui n'ont pas conscience des violences.
- 26:18Et c'est ce que fait le Tiat en s'appelant Comment on s'aime.
- 26:20C'est ce que fait le site Internet.
- 26:22C'est ce que fait aussi la communication d'en avant toute.
- 26:25d'éviter des campagnes de,
- 26:28comme je disais,
- 26:29stop violence envers les jeunes,
- 26:33des mots forcément trop compliqués.
- 26:34On va parler de relations toxiques,
- 26:36relations saines,
- 26:37parce que ça,
- 26:37chez les jeunes,
- 26:38ça passe bien et tout ça.
- 26:39On sait que ce n'est pas les vrais termes et les bons termes,
- 26:41forcément.
- 26:42Mais peu importe,
- 26:43en fait,
- 26:43si elles se reconnaissent là-dedans,
- 26:44on va beaucoup utiliser les red flags,
- 26:46les green flags.
- 26:47Et il y a un outil qui est génial,
- 26:48je pense que vous connaissez,
- 26:49c'est le violentomètre.
- 26:52Je te le montrerai.
- 26:53Mais oui,
- 26:53tu sais,
- 26:53le violentomètre,
- 26:54tu étais sur les baguettes de pain à un moment donné à la boulangerie,
- 26:56tu achetais une baguette et tu avais ta baguette avec ce violentomètre.
- 26:59Tout à fait.
- 27:00Et du coup,
- 27:00c'est un outil qui a été créé par En Avant Toutes,
- 27:03en partenariat avec la mairie de Paris et le centre Hubertine Auclair.
- 27:07Et en fait,
- 27:08c'est un outil qui est génial,
- 27:09que nous,
- 27:09on utilise beaucoup,
- 27:10chez En Avant Toutes et chez nous toutes,
- 27:12auprès du grand public,
- 27:14en école,
- 27:15en prévention,
- 27:16sensibilisation.
- 27:17Et en fait,
- 27:17ça va du vert au rouge.
- 27:19Et donc,
- 27:19ça permet de mesurer un petit peu où tu en es dans ta relation.
- 27:22Et par exemple,
- 27:23dans le vert,
- 27:23ce qui est cool,
- 27:24c'est qu'on peut avoir te soutien dans tes perspectives de carrière,
- 27:29respecte tes idées,
- 27:30tes décisions,
- 27:31etc.
- 27:31Et ensuite,
- 27:33ça va un petit peu crescendo dans du jaune,
- 27:35dans du orange,
- 27:36dans du rouge.
- 27:37Évidemment,
- 27:37ce n'est pas marqué.
- 27:38Ce n'est pas parce que,
- 27:39par exemple,
- 27:40dans le orange,
- 27:42te traite de manière condescendante.
- 27:46Voilà,
- 27:46on a mis ça un peu dans le orange.
- 27:48Il y a des personnes qui voient ça dans du orange foncé,
- 27:50peu importe.
- 27:50En tout cas,
- 27:51l'idée est de montrer qu'il y a des red flags,
- 27:54justement.
- 27:55Et par exemple,
- 27:56ça va ou te ramène souvent à ton physique,
- 28:00te pose des questions sur ta vie intime,
- 28:02diffuse des rumeurs à ton sujet.
- 28:04Donc voilà,
- 28:04il est vraiment très adapté pour les jeunes,
- 28:06pour le coup.
- 28:08Et donc,
- 28:08dans le rouge,
- 28:09on peut avoir...
- 28:10te fait des avances intimes malgré ton refus,
- 28:14t'exposes à du matériel à connotation sexuelle.
- 28:17Voilà,
- 28:17donc de plus en plus de choses qui vont vraiment vers de l'agression sexuelle ou de l'agression physique.
- 28:23C'est un super outil parce que justement,
- 28:25quand tu le vois,
- 28:25tu peux prendre conscience de où t'en es.
- 28:28Et comme tu le vois écrit,
- 28:29tu te sens peut-être aussi moins seule en disant « mais en fait,
- 28:32c'est pas normal,
- 28:33c'est écrit,
- 28:33c'est sur ma baguette de bain,
- 28:35donc ça veut dire que tout le monde peut le voir. »
- 28:36Tout à fait.
- 28:38Je trouve que c'est une idée vraiment super.
- 28:40Oui,
- 28:40elle fonctionne bien,
- 28:41elle est vraiment bien utilisée.
- 28:44L'enjeu,
- 28:44évidemment,
- 28:45de le diffuser à fond dans les écoles.
- 28:48Il faudrait qu'il y en ait dans les lycées,
- 28:50dans les collèges,
- 28:51que ce soit affiché sur les murs.
- 28:52Enfin,
- 28:53c'est hyper important.
- 28:53Il y en a certains qui jouent le jeu.
- 28:55Nous,
- 28:55on nous demande de plus en plus.
- 28:57On a vraiment,
- 28:58en avant-tout,
- 28:58on a vraiment beaucoup de demandes de « Ah,
- 28:59j'ai vu le violentomètre ! »
- 29:01Des demandes qui viennent d'assistantes sociales du collège,
- 29:04profs de français,
- 29:05etc.
- 29:06C'est assez fou.
- 29:07Est-ce que vous pouvez nous en envoyer ?
- 29:08Est-ce qu'on peut l'imprimer et tout ?
- 29:09Et du coup,
- 29:10nous,
- 29:10on leur dit,
- 29:10vous pouvez le trouver ici,
- 29:11vous pouvez le télécharger,
- 29:13vous pouvez l'utiliser,
- 29:14évidemment,
- 29:15l'afficher partout.
- 29:17Et ce qui est assez intéressant de cet outil-là,
- 29:19c'est que nous,
- 29:19quand on va en festival ou quand on va dans les écoles,
- 29:22on l'utilise comme support parce qu'il peut vraiment engager du débat.
- 29:27Et les jeunes ont plein de questions.
- 29:28Enfin,
- 29:29il y a plein de jeunes,
- 29:29on ne va pas s'en dire,
- 29:30qui sont là.
- 29:31Ah ouais,
- 29:31ce n'est pas OK d'avoir le code du téléphone de ton mec et de regarder ses messages ?
- 29:37Qu'est-ce qu'on fait ?
- 29:37Donc là,
- 29:37on discute.
- 29:38Je ne sais pas,
- 29:39toi,
- 29:39tu en penses quoi ?
- 29:39Tu vois comment les choses,
- 29:40etc.
- 29:41Et ça,
- 29:41c'est aussi beaucoup la démarche pour le coup d'en avant toute qui est de questionner.
- 29:47les jeunes on peut pas arriver en leur disant ça c'est pas bien il faut absolument pas le faire,
- 29:49il faut pas que tu regardes du porno non ça marche pas du tout c'est vraiment partir de questions,
- 29:57d'échanger avec eux de faire des jeux,
- 30:00on a beaucoup de jeux etc et en fait c'est se questionner et c'est vraiment la meilleure façon,
- 30:06c'est ce qui fonctionne et là donc je rebondis un peu sur le chat et c'est là où on voit qu'on a pas mal de jeunes filles
- 30:16et autres aussi,
- 30:17qui viennent et qui justement ont vu le violentomètre ou pas,
- 30:21mais qui se posent un peu des questions sur leur relation.
- 30:24C'est très rare,
- 30:25enfin c'est très rare,
- 30:25non,
- 30:26ça existe,
- 30:27mais c'est plus rare d'avoir des personnes qui se connectent,
- 30:29bonjour,
- 30:29je suis victime de violences sexuelles depuis 3 ans,
- 30:32je souhaite partir,
- 30:34j'ai vu ce qu'il y avait ça,
- 30:35comment je fais pour porter plainte ?
- 30:37Ça existe,
- 30:38mais c'est pas forcément la majorité.
- 30:40Ça va être des personnes qui n'ont pas conscientisé,
- 30:42ou qui se disent,
- 30:42ah,
- 30:42il y a un petit problème,
- 30:44mais il m'a pas tapé.
- 30:45Ça aussi,
- 30:46le classique de
- 30:47« Ah ouais,
- 30:48non mais jamais il lèvera la main sur moi,
- 30:49jamais ! »
- 30:50Le continuum des violences.
- 30:52Et il y a un continuum de violences.
- 30:54Enfin,
- 30:54ça c'est un autre sujet,
- 30:55mais on voit que quand on en arrive au féminicide,
- 30:58qui est vraiment la fin du continuum des violences,
- 31:01ça a commencé par ça en fait.
- 31:04Ça a commencé par du psychologique.
- 31:08Tout ne commence pas que par du physique ou que par des agressions sexuelles.
- 31:11Ça commence,
- 31:12il peut y avoir des années d'emprise psychologique.
- 31:15Et puis,
- 31:16un jour,
- 31:17il se passe ce qui se passe.
- 31:19Oui,
- 31:19donc...
- 31:19Il n'y a pas de gradation dans les choses.
- 31:21Ça fait vraiment partie d'un continuum.
- 31:23Enfin,
- 31:23ça,
- 31:23peut-être...
- 31:23Enfin,
- 31:25on en reparlera.
- 31:25Enfin,
- 31:26ça en mérite un épisode en particulier.
- 31:28Mais c'est comme on dit,
- 31:30les blagues sexistes,
- 31:31ce n'est pas grave.
- 31:33Bah si,
- 31:33ça fait partie d'un continuum de violence,
- 31:35en fait.
- 31:36Ça fait partie de la culture du viol.
- 31:37Ça fait partie de ce qu'on se permet de dire et de faire aux femmes.
- 31:40Et évidemment,
- 31:41je ne dis pas...
- 31:42que
- 31:43Jean-Michel qui fait une blague sexiste sera auteur de féminicide.
- 31:46C'est pas ça que je dis.
- 31:47Je dis qu'il y a des strates qui s'ajoutent et qui arrivent à un moment donné à un féminicide.
- 31:53Et s'il y a ça,
- 31:55c'est qu'il y avait un terrain fertile.
- 31:56Et puis c'est un truc ambiant,
- 31:58comme on le voit sur le...
- 31:59C'est ça qui est hyper intéressant en ce moment avec le procès de Gisèle Pellicot.
- 32:04C'est qu'on voit que...
- 32:05On arrive aussi à un truc où il y a plein d'hommes qui disent...
- 32:08Oui,
- 32:08mais son mari était d'accord.
- 32:09Donc,
- 32:09si on est sur un truc sexiste,
- 32:11ça veut dire que c'est le mari qui a possession du corps de la femme et qu'elle n'a aucune possession d'elle-même.
- 32:16En fait,
- 32:17c'est un objet.
- 32:17Oui,
- 32:18le consentement n'est pas à la personne.
- 32:20Le consentement appartient au mari qui serait soi-disant détenteur du consentement de sa propre femme.
- 32:28Enfin,
- 32:28ça questionne énormément sur...
- 32:30sur...
- 32:31sur la place de la femme,
- 32:32quoi.
- 32:32Mais c'est vachement intéressant parce que surtout dans l'emprise,
- 32:34c'est-à-dire qu'à un moment donné,
- 32:35il va se passer quelque chose et ça peut être quelque chose de sexiste et puis nous,
- 32:39on peut se dire ah ben,
- 32:40non mais c'est pas très grave.
- 32:41Donc en fait,
- 32:41c'est une espèce d'acceptation qui passe par là et puis après,
- 32:44ça va être finalement un coup sur la table.
- 32:47Ah mais non,
- 32:47c'est pas très grave.
- 32:48Donc en fait,
- 32:49au fur et à mesure,
- 32:49la femme,
- 32:50elle va accepter tout ce qui va se passer et ça va pas arriver d'un coup,
- 32:54ça va être très progressif et au bout d'un moment,
- 32:56elle va pas passer de...
- 32:59J'ai accepté une blague sexiste,
- 33:00je me suis fait taper sur la gueule parce que là,
- 33:02elle s'en va directement.
- 33:04Ou pas,
- 33:05d'ailleurs,
- 33:05ou c'est trop tard.
- 33:06Mais il y a souvent une échelle qui fait en sorte que tu perds plus ou moins tout.
- 33:11Tu t'oublies,
- 33:12en fait,
- 33:12et après,
- 33:13tu disparais.
- 33:14Complètement.
- 33:15Vraiment,
- 33:15l'emprise,
- 33:15c'est quelque chose qui met du temps.
- 33:18Ou pas,
- 33:18d'ailleurs,
- 33:18mais c'est vraiment un système qui s'installe petit à petit,
- 33:23qui a différentes phases,
- 33:26qui a des stratégies différentes.
- 33:28C'est une toile d'araignée,
- 33:29en fait.
- 33:29C'est une toile d'araignée.
- 33:30C'est un petit appétit pour créer l'isolement.
- 33:31Exactement.
- 33:32Ce qui fait qu'au bout d'un moment,
- 33:34et ça,
- 33:34c'est super important que vous puissiez en parler,
- 33:36parce que nous,
- 33:39c'est vraiment un cheval de bataille.
- 33:40Le fameux
- 33:42« moi, je serais partie à sa place,
- 33:43pourquoi elle ne part pas ? »
- 33:45Et ça,
- 33:46quand les gens auront compris ça,
- 33:47je pense qu'il y aura vraiment une avancée dans quelque chose qui va se produire.
- 33:53Parce que le fameux
- 33:55« pourquoi elle ne part pas ? »
- 33:57Alors,
- 33:57des fois,
- 33:57il y a plein de choses qui expliquent pourquoi elle ne part pas.
- 33:59Donc là,
- 33:59ils comprennent.
- 34:00Il y a les enfants,
- 34:01il y a une situation économique qui fait que...
- 34:05Et puis,
- 34:05souvent,
- 34:05il y a quand même des menaces,
- 34:06il y a la peur,
- 34:07il y a tout ça.
- 34:08Mais ce système d'emprise du fait que la personne a perdu totalement l'estime de soi,
- 34:12qu'elle se retrouve isolée,
- 34:13parce que c'est aussi une des stratégies des personnes agresseurs,
- 34:18c'est vraiment de pouvoir isoler la personne,
- 34:20donc de lui dire petit à petit qu'elle ne peut plus voir ses amis,
- 34:22de la faire déménager,
- 34:24de la faire renoncer à son travail.
- 34:26Jamais...
- 34:27Il ne va pas dire,
- 34:28je veux que tu arrêtes de travailler pour que tu sois à la maison et que tu ne sois que pour moi.
- 34:32Ah non,
- 34:32ma chérie,
- 34:33je veux que tu arrêtes de travailler parce que je pense que ce serait bien que tu t'occupes des enfants.
- 34:36Moi,
- 34:36je gagne assez bien,
- 34:37comme ça,
- 34:37enfin,
- 34:37tu pourrais prendre du temps pour toi.
- 34:40Mais c'est toujours plus bien emballé.
- 34:42Voilà,
- 34:42il y a aussi différents types d'agresseurs.
- 34:44L'agresseur monstre qui est absolument...
- 34:47horrible et méchant,
- 34:49il existe,
- 34:49mais c'est pas forcément le plus...
- 34:52C'est pas forcément ce qu'on retrouve le plus.
- 34:54Et c'est justement ça qui fait que c'est hyper difficile de déceler l'emprise et que c'est hyper difficile pour ces femmes de partir et que c'est hyper difficile pour l'entourage aussi de s'en apercevoir.
- 35:02Parce que c'est le fameux bon père de famille,
- 35:04c'est la fameuse personne qui est hyper drôle en société,
- 35:08qui est hyper appréciée.
- 35:09Parce que c'est assurer son impunité.
- 35:11C'est vraiment une stratégie aussi de la personne d'assurer son impunité autour qui fait qu'au bout de la personne...
- 35:16que la personne victime elle se dise bah en fait c'est moi parce que tout le monde l'aime bien et quand j'en parle autour de moi mais non mais c'est pas possible il ferait jamais ça il adore les enfants il adore les enfants et donc ça y a tous les faits divers qu'on voit où les gens qui sont intéressés qui disent mais c'était un voisin super c'était quelqu'un d'hyper sympa tous les féminicides c'est vrai c'est genre les gens tombent des nues quoi c'est peut-être pas tous mais la grande bande la grande masse il y a parce
- 35:40qu'on a l'impression que ces fameux trucs c'est des monstres et pareil comme tu dis pour le procès Gisèle Petitcourt on dit bah
- 35:46Ces hommes-là ?
- 35:48Oui,
- 35:48parce que quand on voit le nombre d'agressions en France,
- 35:51le nombre de féminicides,
- 35:52le nombre de viols,
- 35:54malheureusement,
- 35:54derrière des victimes,
- 35:55il y a des agresseurs et des bourreaux.
- 35:57Donc,
- 35:58je suis désolée à le rappeler,
- 35:59mais il y en a un nombre,
- 36:00quand même.
- 36:01Et ce ne sont pas tous des Michel Fourniret.
- 36:04Enfin,
- 36:04il y en a même...
- 36:05Encore que Michel Fourniret,
- 36:06peut-être,
- 36:07était un bon père d'enfant,
- 36:07mais j'en sais rien.
- 36:08Mais en fait,
- 36:09c'est des personnes...
- 36:09Ce ne sont pas des monstres.
- 36:11Voilà,
- 36:11c'est des gens de la vie quotidienne qui sont nés dans une société.
- 36:17Je vais sortir les grands mots,
- 36:17mais patriarcal,
- 36:19où c'est OK parce que tout est mis en place pour qu'il y ait une impunité,
- 36:25qu'il y ait une domination,
- 36:26qu'il y ait un sentiment de privilège,
- 36:29qui fait que c'est OK de faire une blague sexy,
- 36:32c'est OK de mettre une main au cul,
- 36:33et puis après,
- 36:34c'est OK,
- 36:34c'est OK,
- 36:34c'est OK,
- 36:35quoi.
- 36:36Puis tant qu'il n'y a pas la limite de dire,
- 36:37ben non,
- 36:37c'est pas OK,
- 36:38on continue,
- 36:39en fait,
- 36:40et on glisse,
- 36:40enfin,
- 36:40pas pour tous les hommes,
- 36:41évidemment.
- 36:41C'est ça aussi,
- 36:42c'est hyper important de le préciser,
- 36:43parce que tous les hommes sont...
- 36:46Il y a des hommes très bien et des hommes qui justement se battent pour que ça n'existe pas.
- 36:50Mais il en existe aussi beaucoup et c'est...
- 36:53Bah ouais,
- 36:53c'est ce qu'on se rend compte.
- 36:55Et là,
- 36:55l'actualité fait que j'ai l'impression,
- 36:58avec tous les procès qu'il y a un petit peu,
- 37:00donc des fois des personnalités très connues,
- 37:01on se dit « ah bah non,
- 37:02pas lui » ,
- 37:03à des personnes pas du tout connues,
- 37:07comme Gisèle Pellicot ou d'autres affaires,
- 37:09où je pense que là,
- 37:10il y a un peu une prise de conscience de se dire « ah ouais,
- 37:12ça peut vraiment être un peu n'importe qui » .
- 37:15Et enfin,
- 37:16moi,
- 37:16je sais que mes parents ne sont pas du tout sensibilisés à ça.
- 37:22Et mon père a énormément de mal à comprendre.
- 37:23Par exemple,
- 37:24il me dit mais c'est des tarés,
- 37:25c'est des tarés,
- 37:25c'est des malades.
- 37:27Non,
- 37:27ce n'est pas des tarés,
- 37:28ce n'est pas des malades.
- 37:30C'est des personnes qui sont nées dans une société où on peut se connecter sur un site et on peut aller violer une femme à son insu parce que le salon s'appelle à son insu.
- 37:39C'est OK parce qu'en fait,
- 37:41tout est un peu mis en place.
- 37:43pour que règne un peu cette culture du viol.
- 37:45Enfin voilà,
- 37:47on pourrait en parler des heures,
- 37:48mais non,
- 37:48c'est pas des monstres.
- 37:50C'est des personnes qui ont évolué dans cette société-là et qui font qu'ils se permettent le droit de choisir.
- 37:57Si elle n'est pas consentante,
- 37:58c'est pas grave.
- 38:00Parce que tout,
- 38:00dans les films,
- 38:01dans la littérature,
- 38:02dans tout ce qu'on nous a appris,
- 38:03on a érotisé énormément au cinéma,
- 38:05par exemple,
- 38:06le baiser forcé.
- 38:07C'est pas grave.
- 38:08Bah si,
- 38:08parce que moi,
- 38:09je n'ai...
- 38:10J'étais,
- 38:10enfin voilà,
- 38:11je nais avec des films romantiques et tout ça,
- 38:14où c'était ok de forcer une meuf,
- 38:16où c'était ok de,
- 38:17elle veut pas au début,
- 38:18mais la fin de la scène,
- 38:19elle veut bien.
- 38:21Du coup,
- 38:21c'est difficile après de sortir aussi de tout ce qu'on a vu et on a expérimenté,
- 38:28quoi.
- 38:29Moi,
- 38:29à la cour de récré,
- 38:30je trouve ça hyper romantique qu'un garçon me coince dans les toilettes pour me faire un bisou alors qu'il n'y en avait aucune envie.
- 38:35Mais j'étais là,
- 38:36bah ouais,
- 38:36mais en même temps,
- 38:38c'est un peu ça les rapports,
- 38:39quoi.
- 38:40Il ne faut pas dire que ce n'est pas une culture comme ça.
- 38:43Justement,
- 38:43je rebondis.
- 38:44Est-ce que tu as l'impression,
- 38:45là,
- 38:46chez M'Avantoute,
- 38:47que de plus en plus jeunes,
- 38:49il y a cette violence ?
- 38:50Parce que dernièrement,
- 38:51il y a eu un gros scandale dans une cour de récréation,
- 38:55en pleine cour de récréation,
- 38:56des petits garçons qui ont violé des petites filles,
- 38:58je crois,
- 38:59dix ans.
- 39:01Donc,
- 39:01est-ce que cette violence,
- 39:02justement,
- 39:03est en train de redescendre dans les âges ?
- 39:05Est-ce que la sexualité et la violence...
- 39:07arrivent de plus en plus jeunes ?
- 39:09Ce serait super intéressant.
- 39:10Nous,
- 39:10on a des chargées de prévention,
- 39:11c'est leur métier.
- 39:12Elles vont sur le terrain,
- 39:13elles vont dans les écoles.
- 39:15Du coup,
- 39:16moi,
- 39:16à chaque fois que je peux les croiser,
- 39:18on mange ensemble pour qu'elles me racontent parce que c'est absolument passionnant leur travail et ce qu'elles font.
- 39:23Donc,
- 39:24je ne veux pas dénaturer un peu leur analyse,
- 39:27mais c'est vrai qu'elles me racontent des choses hyper violentes.
- 39:30Après,
- 39:31je pense que nous aussi,
- 39:32c'était violent dans la cour de récré et tout.
- 39:35Mais...
- 39:36Mais vraiment,
- 39:37il y a des comportements qui existent.
- 39:40La mode,
- 39:41par exemple,
- 39:41je ne sais pas si vous avez entendu,
- 39:42mais
- 39:43BDH, hyper à la mode.
- 39:45Tous les jeunes,
- 39:46je ne sais plus de quel âge,
- 39:47je crois que c'est collège,
- 39:48début collège,
- 39:48BDH,
- 39:49c'est bandeuse d'hommes.
- 39:51Donc,
- 39:51tu es une BDH,
- 39:52tu es une bandeuse d'hommes.
- 39:53Et c'est un peu devenu hyper à la mode où les petits garçons se disent aux filles,
- 39:58si elle est BDH ou elle n'est pas BDH.
- 40:00Sur TikTok,
- 40:02hashtag BDH,
- 40:03ça fonctionne très bien aussi,
- 40:04par exemple.
- 40:05Donc,
- 40:05il y a aussi les réseaux sociaux.
- 40:07Après,
- 40:07on entend beaucoup les réseaux sociaux,
- 40:09les réseaux sociaux.
- 40:10Bon,
- 40:10moi,
- 40:10j'ai une autre vision là-dessus.
- 40:11Mais en tout cas,
- 40:12il y a les réseaux sociaux,
- 40:13clairement.
- 40:14Et oui,
- 40:14dans la cour de récré,
- 40:16c'est vraiment la reproduction de ce qu'on peut voir à l'échelle de la société.
- 40:20C'est...
- 40:20Mais c'est très dur.
- 40:22Et puis,
- 40:22il y a évidemment cette violence,
- 40:24ces agressions,
- 40:25tout ça.
- 40:25Mais il y a aussi,
- 40:27ce qui me choque énormément quand j'y vais,
- 40:29c'est la division dans la classe.
- 40:30Les garçons d'un côté,
- 40:31les filles de l'autre.
- 40:32Et si tu as le malheur de dire que tu es une fille,
- 40:35c'est terrible.
- 40:36C'est vraiment la dévalorisation d'être une fille qui m'interpelle à chaque fois.
- 40:40Tu es une fillette,
- 40:41tu pleures comme une fille.
- 40:42C'est vraiment,
- 40:42à cet âge-là,
- 40:43les filles,
- 40:44c'est terrible.
- 40:45Il ne faut vraiment pas être une fille.
- 40:46C'est vachement intéressant d'aller dans les écoles,
- 40:48parce que c'est comme ça,
- 40:48en fait,
- 40:49au final,
- 40:49que la prévention,
- 40:50elle peut se faire,
- 40:50parce que c'est les enfants,
- 40:51aujourd'hui,
- 40:51qu'il faut éduquer.
- 40:52C'est l'éducation.
- 40:53Et c'est passé par les préventions,
- 40:56les violentomètres.
- 40:57C'est pour ça que c'est vraiment bravo pour faire tout ce travail.
- 41:00Et du coup,
- 41:00les chargées de prévention nous disaient justement qu'en effet,
- 41:02elles voyaient tout ça,
- 41:04mais qu'elles préféraient énormément intervenir auprès d'enfants qu'auprès,
- 41:08par exemple,
- 41:08déjà d'adultes.
- 41:09Parce qu'on va aussi dans les entreprises,
- 41:11et là,
- 41:12on entend aussi des choses qui peuvent parfois être un peu moins dures.
- 41:15Mais ce qu'elle me disait,
- 41:17c'est que les enfants ont aussi une capacité à un moment donné de poser des questions.
- 41:21Il y a encore ce truc de
- 41:23« Ok, alors toi,
- 41:25pourquoi tu ne veux vraiment pas être une fille ? »
- 41:26Et donc au fur et à mesure de la conversation,
- 41:28au fur et à mesure des jeux,
- 41:29au fur et à mesure,
- 41:30des fois elles font des ateliers sur l'année,
- 41:33on peut plus facilement avoir,
- 41:36j'aime pas dire ça,
- 41:37mais avoir un impact sur les enfants et un petit peu leur déconstruire déjà.
- 41:45des choses,
- 41:46alors que parfois,
- 41:46des fois,
- 41:46à l'âge adulte,
- 41:47c'est très ancré,
- 41:48c'est beaucoup plus difficile.
- 41:49L'enfant est beaucoup plus curieux,
- 41:51l'enfant a quand même envie d'apprendre,
- 41:53l'enfant va se poser beaucoup plus de questions.
- 41:55Donc il y a cette violence qu'on peut voir,
- 41:57mais à la fois,
- 41:58c'est quand même beaucoup plus facile d'avoir des ateliers avec eux,
- 42:01parce que très vite,
- 42:04on leur parle de leur sœur ou de leur copain,
- 42:07mais moi,
- 42:08si j'ai un fils et qu'il est homo,
- 42:10ah ben non,
- 42:10j'en veux pas.
- 42:11Eh ben...
- 42:13C'est fou,
- 42:13mais après quelques séances,
- 42:14l'enfant,
- 42:15il dira,
- 42:15bah oui,
- 42:15c'est vrai que peut-être,
- 42:17en fait,
- 42:17je m'en fiche,
- 42:18je l'aimerais toujours.
- 42:19Il y a aussi cette naïveté encore de l'enfance qui permet,
- 42:23et c'est pour ça que moi,
- 42:24je pense que c'est absolument indispensable de faire de l'éducation aux enfants.
- 42:29C'est la base de tout,
- 42:30quoi.
- 42:31Il faut leur apprendre.
- 42:32Et puis,
- 42:32ce n'est pas un atelier,
- 42:33quoi.
- 42:34Et du coup,
- 42:34là,
- 42:34on est parti très loin dans tout ce qui pouvait se passer,
- 42:36mais c'est méga intéressant.
- 42:39Et si on revient justement Ausha.
- 42:42où finalement,
- 42:43on a parlé,
- 42:45on a compris au bout de 50 minutes,
- 42:47une heure,
- 42:47qu'on avait peut-être un souci,
- 42:49tel qu'il soit.
- 42:50Après,
- 42:50c'est large la question.
- 42:51Tout à fait.
- 42:53Mais comment est-ce que vous vous guidez justement ?
- 42:57Nous,
- 42:57on va vraiment s'adapter du coup à la personne,
- 42:59à ce qu'elle demande ou elle en est aussi dans son processus de conscientisation.
- 43:04Donc,
- 43:05comme je vous disais,
- 43:06il y a vraiment des personnes qui arrivent pour la première fois.
- 43:08Donc là,
- 43:09l'enjeu,
- 43:10ça va vraiment être de pouvoir lui expliquer que ce n'est pas normal,
- 43:15qu'il y a des limites,
- 43:17que c'est des premiers signes,
- 43:18ou pas des premiers d'ailleurs,
- 43:20mais des signes de violence.
- 43:22Donc il y a vraiment ce côté...
- 43:24Désolée,
- 43:25je repense à ce que je lis beaucoup de tchats de mes collègues et c'est absolument fou comment elles arrivent à écrire avec une si bonne...
- 43:33Enfin,
- 43:34avec une bienveillance.
- 43:35et à un truc,
- 43:36parce que c'est hyper important de ne pas culpabiliser la personne,
- 43:39en même temps de lui faire comprendre que ce n'est pas normal,
- 43:41en même temps de lui faire comprendre...
- 43:42Enfin,
- 43:43c'est vraiment un métier,
- 43:43et donc c'est vraiment en toute bienveillance de ne pas forcer les choses.
- 43:48On ne va jamais dire à une victime par exemple,
- 43:50là,
- 43:50il faut que tu ailles porter plainte,
- 43:51là,
- 43:51il faut que tu partes.
- 43:52Jamais de la vie.
- 43:53C'est vraiment l'amener à elle,
- 43:55petit à petit.
- 43:56Donc,
- 43:56souvent,
- 43:57ces personnes-là reviennent sur le chat ou alors elles nous demandent des ressources.
- 44:04Et donc,
- 44:05des fois,
- 44:05on a aussi des personnes qui viennent et qui ont avancé dans leur processus un petit peu de conscientisation et qui nous demandent de la redirection.
- 44:14Nous,
- 44:14on va faire beaucoup de redirection.
- 44:15C'est-à-dire qu'on ne va pas se substituer aux associations existantes,
- 44:18mais on va plutôt rediriger.
- 44:20On s'aperçoit que souvent,
- 44:21les victimes de violence,
- 44:22elles ne sont pas forcément consciences de quelle association il existe à Nantes,
- 44:28qui peuvent les appuyer soit sur l'aspect psychologique,
- 44:31soit sur le juridique.
- 44:32Et du coup,
- 44:33nous,
- 44:33on a une cartographie.
- 44:34d'associations et en fonction des demandes on redirige,
- 44:37on dit bah écoutez là on a telle association dans telle ville ou à Paris vous pouvez prendre rendez-vous,
- 44:43vous pouvez aller les voir si elles veulent des adresses de psychologues,
- 44:47enfin voilà on va vraiment s'adapter en fonction d'avocats et des choses comme ça
- 44:52Et par exemple,
- 44:54ça marche aussi si on est victime d'inceste ?
- 44:57Parce que c'est quelque chose qui est à part,
- 44:59entre guillemets,
- 45:01c'est quand même des violences,
- 45:02mais si c'est des jeunes de 12 ans qui se rendent compte qu'en fait,
- 45:05ils ont eu des problèmes d'inceste,
- 45:06comment ça peut se passer ?
- 45:07Ils peuvent aussi...
- 45:08Nous,
- 45:08on a des mineurs.
- 45:10On a des mineurs qui viennent,
- 45:11qui sont sur des problématiques,
- 45:13des fois très jeunes,
- 45:14de violences conjugales.
- 45:15Ça,
- 45:15c'est fou,
- 45:15mais c'est vrai.
- 45:17Mais ça va être en majorité des violences intrafamiliales.
- 45:20donc avec des grandes problématiques d'inceste.
- 45:23Et donc là,
- 45:24tout l'enjeu est de pouvoir les réorienter ou de faire des signalements,
- 45:29parce que ça,
- 45:29c'est des personnes mineures,
- 45:30donc on peut les faire.
- 45:31Donc ça,
- 45:32c'est une autre procédure que mes collègues gèrent,
- 45:34elles savent exactement comment faire,
- 45:36etc.,
- 45:37pour ne pas mettre en danger les personnes,
- 45:38tout ça.
- 45:40Mais sur le volet des personnes mineures,
- 45:42c'est encore un process,
- 45:44une procédure différente.
- 45:46Et là encore,
- 45:46on a aussi...
- 45:49Des jeunes filles ou des jeunes garçons qui viennent,
- 45:53pas forcément nous dire qu'elles sont victimes d'inceste,
- 45:55mais nous dire qu'elles sont super tristes,
- 45:57comme je disais,
- 45:57parce que,
- 45:58par exemple,
- 45:58leur chien est décédé,
- 46:00et qu'elles ont un immense chagrin.
- 46:02Et donc,
- 46:02au premier abord,
- 46:04moi,
- 46:04par exemple,
- 46:04je serais là,
- 46:05bon,
- 46:05c'est pas le bon site.
- 46:06Mais mes collègues,
- 46:07évidemment,
- 46:08oui,
- 46:09ton chien,
- 46:10qu'est-ce que ça fait ?
- 46:11Et elle parle un petit peu avec cet enfant pour qu'au bout d'un moment,
- 46:16on comprenne qu'il y a une situation d'inceste avec son grand-père.
- 46:19Ça,
- 46:19ça arrive.
- 46:20Beaucoup.
- 46:20Parce que les enfants ne sont pas bêtes.
- 46:24Ils savent qu'il y a quelque chose,
- 46:25mais que des fois,
- 46:26ce n'est pas forcément conscientisé,
- 46:28etc.
- 46:28Ça doit passer ailleurs.
- 46:29Oui,
- 46:30ça doit passer ailleurs.
- 46:31Les gens ne viennent pas par hasard non plus.
- 46:34Non.
- 46:34Chez vous,
- 46:34il y a quelque chose qui les guide aussi.
- 46:37Mais voilà,
- 46:37nous,
- 46:37notre travail,
- 46:38c'est vraiment de pouvoir les...
- 46:39Il y a beaucoup d'écoute avec bienveillance.
- 46:42Il y a beaucoup d'accompagnement.
- 46:44Nous,
- 46:44par exemple,
- 46:45on a des personnes...
- 46:46qui sont vraiment dans des situations d'emprise où elles nous racontent leurs relations conjugales,
- 46:51on se dit « Ah ouais,
- 46:51là,
- 46:51il y a tout. »
- 46:53Mais la personne,
- 46:54on est au premier stade,
- 46:56on va par exemple lui expliquer « Est-ce que vous avez déjà entendu parler de l'emprise ? »
- 47:00« Ouais. »
- 47:01« Est-ce que ça vous dit qu'il vous explique un peu comment ça marche ? »
- 47:03Et du coup,
- 47:04on vulgarise un peu les choses,
- 47:05on explique que l'emprise,
- 47:06c'est ça,
- 47:06ça,
- 47:07ça.
- 47:07Que l'emprise,
- 47:09ce n'est pas toujours une personne absolument violente,
- 47:12mais qu'il y a aussi des phases de lune de miel.
- 47:14Et où ça va super bien se passer,
- 47:16ça va permettre à la personne qui est soumise à l'emprise de reprendre espoir.
- 47:22Donc voilà,
- 47:22on lui donne un petit peu des clés.
- 47:24Et puis en fait,
- 47:25quand on décrit les choses,
- 47:28des fois sans la connaître,
- 47:29elle dit « Ah mais c'est exactement moi ça,
- 47:30comment vous savez ? »
- 47:32Et donc le lien de confiance se crée.
- 47:34Mais on ne va jamais forcer à une personne à porter plainte,
- 47:36par exemple.
- 47:36Ça,
- 47:37c'est pas...
- 47:38Voilà.
- 47:38la personne choisie si elle porte plainte.
- 47:40Il n'y a pas de chose,
- 47:41il n'y a pas un manuel entre guillemets de,
- 47:43ah alors j'ai découvert ça donc maintenant je vais aller voir cet assaut pour essayer de me sortir de chez moi ou là finalement je vais aller porter plainte ou comment est-ce que je fais pour...
- 47:52Ça c'est le travail des répondantes justement en fonction de ce que la personne amène de lui proposer.
- 47:58Par exemple là de ce que vous me racontez j'ai quand même l'impression que vous êtes très entourée de votre meilleur ami.
- 48:05Est-ce que...
- 48:06Est-ce que vous pouvez continuer à garder le lien avec votre meilleur ami et essayer de lui parler de ça ou ça ?
- 48:12Des fois,
- 48:12ça va être aussi dans le cercle proche où on va voir qu'il y a des piliers et donc les rattacher un petit peu à ce cercle proche.
- 48:18Ou alors,
- 48:19par exemple,
- 48:19oui,
- 48:19en effet,
- 48:20on peut dire là,
- 48:21j'ai l'impression que vous aviez été voir un psychologue,
- 48:24vous avez arrêté,
- 48:25ça a bien fonctionné.
- 48:27Bon,
- 48:27nous,
- 48:27on a quelques contacts dans la ville où vous êtes,
- 48:31on peut vous recommander telle ou telle personne.
- 48:33Et si on n'a pas d'argent,
- 48:34il y a des choses qui sont gratuites pour les psychologues ?
- 48:36par exemple ?
- 48:36Il y en a.
- 48:37C'est beaucoup plus compliqué,
- 48:38évidemment.
- 48:39Mais il y a des réseaux d'entraide.
- 48:42Merci.
- 48:42Pas de rien.
- 48:43On arrive sur la forme.
- 48:44C'est passionnant pour en parler des heures.
- 48:46Et de toute façon,
- 48:47on mettra toutes les infos de nous toutes en avant-tout.
- 48:52Oui.
- 48:53Je vous donnerai tout ce qu'il faut en mettre.
- 48:55Tout ça.
- 48:55Et surtout,
- 48:56il faudra tout ce qu'on a à faire cette marche.
- 48:58Le 23.
- 48:59Le 23 novembre,
- 49:00on vous le rappellera aussi,
- 49:01effectivement.
- 49:02Et c'est...
- 49:03partout en France.
- 49:04C'est-à-dire que si vous n'êtes pas à Paris,
- 49:05vous pouvez vous renseigner dans votre ville.
- 49:07Il y a des manifestations dans plein de villes.
- 49:10Je n'ai pas en tête toutes les manifestations.
- 49:12Mais voilà,
- 49:13c'est vraiment un mouvement national.
- 49:15Donc voilà,
- 49:16c'est souvent des manifestations très chouettes où c'est le moment de se retrouver ensemble.
- 49:22Ça peut être aussi assez festif et il n'y a pas du tout besoin d'être militante,
- 49:28avérée ou je ne sais quoi pour venir marcher.
- 49:30Au contraire,
- 49:31tout le monde est bienvenu.
- 49:32Venez comme vous êtes.
- 49:33Et nous,
- 49:34en tout cas,
- 49:34on y sera avec Flamme des années 80.
- 49:36Vous pouvez aussi nous contacter et pour nous rejoindre,
- 49:40même si vous êtes toute seule et que vous dites « Ah,
- 49:42j'ose pas »
- 49:42et tout,
- 49:43nous,
- 49:43on vous accueille volontiers.
- 49:45Avec sûrement pas mal de nos intervenantes,
- 49:47on va faire un petit cortège de flammes des années 80.
- 49:49C'est trop bien.
- 49:50Comme ça,
- 49:51ce sera l'occasion de tous se rencontrer.
- 49:54Et dans notre cortège,
- 49:55on espère,
- 49:56il y a beaucoup de thérapeutes,
- 49:57de psychologues,
- 49:57beaucoup de féministes,
- 49:58il y a des sexologues.
- 50:00Donc c'est aussi l'occasion de venir et de rencontrer avec,
- 50:03on vous dira où on sera,
- 50:04pour venir rencontrer de façon informelle des gens qui potentiellement pourraient vous tendre la main ou en discuter.
- 50:10Mais il y a vraiment une vraie force.
- 50:12Je sais que moi,
- 50:12ça fait trois ans que je l'ai fait.
- 50:15Mais toutes les personnes aussi qui viennent me disent qu'il y a vraiment un truc d'être ensemble.
- 50:19Et ça donne vachement de puissance et d'énergie.
- 50:24On encourage vraiment les personnes,
- 50:26si elles ont l'occasion,
- 50:27de venir.
- 50:29C'est un beau moment.
- 50:31Merci en tout cas Gwen.
- 50:32Avec plaisir.
- 50:32Merci beaucoup.
- 50:37Flamme des années 80.
- 50:39Le podcast qui allume la femme.