Latest / 7H40 Martin Buxant / Olivier Truc, journaliste spécialiste des pays baltes et auteur d’Opération Yantar
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- 0:00Speaker 2: Jim Neijman, vous recevez ce matin Olivier Truc, dessinateur. Le
- 0:03Speaker 2: scénario est le suivant. Juin 2029, la Russie attaque les
- 0:06Speaker 2: pays baltes, l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie. C'est de
- 0:10Speaker 2: la politique fiction, peut-être pas tant que ça. Olivier Truc,
- 0:13Speaker 2: vous êtes journaliste et spécialiste des pays nordiques et baltes
- 0:16Speaker 2: face à Neijman.
- 0:19Speaker 3: Bonjour Olivier Truc. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Vous
- 0:23Speaker 3: connaissez donc les Pays-Baltes depuis 30 ans. Vous avez écrit
- 0:26Speaker 3: cette BD, on peut le dire, qui est assez retentissante.
- 0:30Speaker 3: Est-ce que vous l'avez écrite pour divertir vos lecteurs ou
- 0:32Speaker 3: au contraire pour nous avertir de ce qui pourrait réellement
- 0:34Speaker 3: arriver
- 0:35Speaker 4: Non, vraiment pas pour divertir. Je crois que ce serait
- 0:37Speaker 4: malvenu de faire ça pour divertir. Il y a vraiment
- 0:40Speaker 4: cette idée d'essayer de mettre un petit peu de... de
- 0:45Speaker 4: plonger la plume là où ça fait un petit peu mal,
- 0:47Speaker 4: et d'avertir si possible, ce n'est pas nécessairement mon travail d'avertir,
- 0:51Speaker 4: mais en tout cas de faire remonter un petit peu
- 0:54Speaker 4: ce que je sais, ce que j'ai vu, entendu, et
- 0:57Speaker 4: d'essayer d'en faire un scénario qui de fait va faire
- 1:00Speaker 4: réfléchir en tout cas j'espère.
- 1:01Speaker 3: Il est crédible
- 1:02Speaker 4: ce scénario aujourd'hui? J'espère que non. J'ai envie de dire
- 1:06Speaker 4: j'espère que non, parce que j'espère que les gens seront
- 1:11Speaker 4: mieux préparés que ça. Mais disons qu'ils reposent vraiment pour
- 1:15Speaker 4: placer un petit peu dans le contexte. Moi, j'ai été
- 1:19Speaker 4: longtemps reporter correspondant en Europe du Nord. J'ai beaucoup voyagé
- 1:24Speaker 4: dans les pays baltes. J'ai voyagé en Ukraine aussi depuis
- 1:26Speaker 4: plusieurs années. Et puis, j'ai rencontré des anciens officiers de l'OTAN,
- 1:31Speaker 4: des diplomates. Donc ça repose sur une toile de fond
- 1:34Speaker 4: qui est crédible, oui. Après, scénario en tant que tel,
- 1:37Speaker 4: c'est un scénario. Mais tout est crédible, que ce soit
- 1:42Speaker 4: les tiraillements qui peuvent exister au sein de l'OTAN. Qu'on
- 1:46Speaker 4: voit déjà aujourd'hui. Qu'on voit déjà aujourd'hui. Le rôle éventuellement
- 1:52Speaker 4: de levier que pourrait tenir, presque malgré elle, cette minorité
- 1:57Speaker 4: polonaise en Lituanie, alors qu'on a souvent les yeux fixés
- 2:00Speaker 4: sur les populations polonaises. Qui
- 2:02Speaker 3: sert de prétexte à Vladimir Poutine pour justement mener cette attaque.
- 2:05Speaker 3: Et il l'a déjà fait dans le passé d'ailleurs
- 2:07Speaker 4: Il l'a déjà fait dans le passé, dans le Donbass notamment,
- 2:13Speaker 4: ou en Crimée. Donc ce sont des ressorts réels qui
- 2:16Speaker 4: existent et on sait que vu du Kremlin... Poutine, ça
- 2:22Speaker 4: fait des années, des décennies même, je dirais, qu'il articule
- 2:26Speaker 4: comme ça cette population russe à l'étranger. Avec, dans la
- 2:31Speaker 4: doctrine russe, on doit pouvoir les
- 2:32Speaker 3: défendre si nécessaire. Ce qui est saisissant dans votre bande dessinée,
- 2:36Speaker 3: Olivier Truc, c'est que la guerre ne commence pas directement
- 2:38Speaker 3: avec des chars. Non, loin de là, il y a
- 2:40Speaker 3: d'abord des campagnes de désinformation, des campagnes de manipulation, et
- 2:44Speaker 3: puis aussi des tensions identitaires. Pardon, mais est-ce que ce
- 2:47Speaker 3: n'est pas exactement la situation dans laquelle on se trouve aujourd'hui,
- 2:50Speaker 3: notamment avec ces guerres hybrides menées par Vladimir Poutine? Absolument.
- 2:53Speaker 3: C'est-à-dire que le contexte, il est déjà là de ce
- 2:56Speaker 3: récit
- 2:56Speaker 4: d'anticipation? On y est déjà. La guerre hybride, ça fait
- 3:00Speaker 4: des années. Mais demandez aux Ukrainiens, vous le savez, avant
- 3:04Speaker 4: l'annexion de la Crimée en 2014, il y avait déjà
- 3:06Speaker 4: des opérations hybrides qui préparaient le terrain. Donc, en Europe occidentale,
- 3:12Speaker 4: on est en plein dedans. Moi, même si j'habite à Stockholm,
- 3:16Speaker 4: je suis français. En France, jusqu'à il y a deux
- 3:19Speaker 4: ans à peu près, quand il y avait des attaques hybrides,
- 3:21Speaker 4: on disait« on est attaqué». Il y a une montée
- 3:23Speaker 4: en puissance maintenant. Dans le jargon diplomatique français, maintenant, on
- 3:28Speaker 4: dit« c'est les Russes qui nous attaquent». Il y a
- 3:30Speaker 4: un changement de paradigme parce que la montée en puissance
- 3:34Speaker 4: de ces attaques est devenue inévitable. On ne peut plus
- 3:37Speaker 4: faire semblant de ne pas les voir. Donc, jusqu'où ça
- 3:40Speaker 4: va aller? On ne sait pas, évidemment. On sait que
- 3:47Speaker 4: Poutine est englué en Ukraine et essaye de décourager les
- 3:52Speaker 4: alliés de l'Ukraine d'aider l'Ukraine. Donc, il multiplie les opérations ici.
- 3:56Speaker 4: Donc oui, on est en plein dedans.
- 3:58Speaker 3: Ce qui est incroyable aussi, et ça montre aussi la
- 4:00Speaker 3: véracité de ce récit d'anticipation, c'est que tout intervient après
- 4:05Speaker 3: un accord avec l'Ukraine pour mettre fin à la guerre.
- 4:07Speaker 3: On va y revenir sur la nature même de cet accord.
- 4:10Speaker 3: Mais avant ça, 2029, pourquoi aussitôt? Pourquoi on choisit cette date-là?
- 4:14Speaker 3: C'est au hasard ou il y a vraiment quelque chose
- 4:15Speaker 3: qui nous emmène vers cette date-là?
- 4:16Speaker 4: Ce n'est pas un hasard, ce n'est pas une date
- 4:18Speaker 4: que moi j'ai prise par hasard, dans le sens où
- 4:21Speaker 4: c'est une date, un horizon que les... responsable du service
- 4:28Speaker 4: d'enseignement européen, annonce comme étant un horizon possible, en tout cas,
- 4:35Speaker 4: pas nécessairement probable, mais possible, pour un moment où les
- 4:39Speaker 4: Russes auraient pu, après un cessez-le-feu potentiel en Ukraine, eu
- 4:43Speaker 4: le temps de reconstituer des forces. On voit déjà d'ailleurs
- 4:47Speaker 4: sur la frontière, soit avec les pays baltes ou la Finlande,
- 4:54Speaker 4: Il y a des annonces, il y a des informations
- 4:56Speaker 4: qui arrivent comme quoi les Russes sont en train de
- 4:59Speaker 4: construire des infrastructures. Ils n'ont pas de quoi encore remplir
- 5:02Speaker 4: ces casernes, tout ça, par des hommes qui sont occupés
- 5:05Speaker 4: sur le front ukrainien. Mais en tout cas, il y
- 5:06Speaker 4: a des préparations déjà d'infrastructures. Pour annoncer quoi? Je ne
- 5:10Speaker 4: sais pas. On ne le sait pas, mais ce n'est
- 5:12Speaker 4: pas fait par hasard a priori. Est-ce que c'est juste
- 5:13Speaker 4: de la gesticulation? C'est aussi un des enjeux de l'album
- 5:18Speaker 4: d'Opération Yantar, c'est qu'il y a des opérations sous faux
- 5:21Speaker 4: drapeau destinées à brouiller, à détourner les yeux, notamment à
- 5:28Speaker 4: tromper un peu les satellites de surveillance avec des méthodes
- 5:31Speaker 4: qui sont assez... classiques en tout cas, qui sont des
- 5:36Speaker 4: opérations de routine pour les
- 5:38Speaker 3: Russes. Oui, classiques aussi pour un personnage comme Vladimir Poutine.
- 5:41Speaker 3: Dans votre BD, Olivier Truc, la guerre en Ukraine s'arrête
- 5:44Speaker 3: en 2028 grâce à un cessez-le-feu. Un an plus tard,
- 5:47Speaker 3: la Russie attaque ailleurs. Est-ce qu'on doit comprendre finalement que
- 5:50Speaker 3: la fin de la guerre en Ukraine, si elle est
- 5:52Speaker 3: mal réalisée, pourrait rendre l'Europe encore plus vulnérable? Parce que
- 5:56Speaker 3: vous parlez d'accords précaires, d'accords incomplets aussi
- 6:02Speaker 4: On voit ce qui se passe actuellement, on voit que clairement,
- 6:07Speaker 4: Poutine n'est pas prêt à faire la paix, surtout avec
- 6:10Speaker 4: ce qui se passe aux Etats-Unis, avec la façon dont Trump...
- 6:13Speaker 4: La dynamique est plutôt
- 6:15Speaker 3: à son avantage.
- 6:16Speaker 4: Oui, et donc là où il peut gagner du temps,
- 6:19Speaker 4: c'est bon pour lui. Mais c'est vrai que dans le...
- 6:23Speaker 4: dans une perspective assez self, de toute façon, s'il est
- 6:28Speaker 4: signé en Ukraine, entre l'Ukraine et la Russie, ce ne
- 6:32Speaker 4: sera jamais satisfaisant pour les Ukrainiens. Ce sera satisfaisant dans
- 6:35Speaker 4: le sens où les bombardements s'arrêteront, mais les Ukrainiens, quand
- 6:39Speaker 4: on les connaît un peu, ils ne laisseront jamais tomber
- 6:42Speaker 4: le Donbass, la Crimée et les populations qui sont là-bas,
- 6:46Speaker 4: dans les territoires occupés, parce qu'ils savent ce qu'ils y
- 6:48Speaker 4: subissent là-bas. Ils ont vu Boucha, ils savent aujourd'hui, on
- 6:51Speaker 4: a des retours sur ce qui se passe, dans les
- 6:53Speaker 4: territoires occupés. Donc ce sera de toute façon insatisfaisant pour
- 6:56Speaker 4: les Ukrainiens. Donc, c'est là où on se trouve actuellement.
- 7:02Speaker 3: Ça veut dire que, pour vous, on ne doit même
- 7:04Speaker 3: pas arriver à un accord avec la Russie. Il faut
- 7:06Speaker 3: défaire la Russie de Poutine pour éviter ce scénario catastrophe.
- 7:09Speaker 4: Alors, moi, je n'irai pas jusque-là, parce que je pense
- 7:11Speaker 4: que c'est surtout défaire la Russie de Poutine. On ne
- 7:16Speaker 4: sait pas ce qui viendra après.
- 7:17Speaker 3: Non, mais c'est-à-dire qu'un accord incomplet ou précaire, tel qu'il
- 7:19Speaker 3: est expliqué dans votre bande dessinée, ça nous met en danger.
- 7:22Speaker 3: Ça peut nous mettre en
- 7:23Speaker 4: danger, tout à fait. Je pense que parce qu'il y aura...
- 7:26Speaker 4: Et des agents qui seront insatisfaits parce que ça libérera
- 7:30Speaker 4: de l'énergie pour Poutine pour aller ailleurs. Et les baltes,
- 7:34Speaker 4: par exemple, puisque dans l'opération Yantar, ce sont les baltes
- 7:37Speaker 4: qui sont en première ligne, qui sont le maillon faible
- 7:39Speaker 4: de l'OTAN. C'est connu de longue date, ce n'est pas
- 7:41Speaker 4: un secret, c'est en soi. Mais c'est vrai que les Baltes,
- 7:45Speaker 4: moi j'ai couvert les Baltes pendant plus de 25 ans,
- 7:47Speaker 4: en tant que reporter, basé à Stockholm, et au lendemain
- 7:52Speaker 4: de l'invasion de l'Ukraine, de l'invasion à grande échelle en
- 7:56Speaker 4: février 2022, moi j'étais parti en reportage tout de suite
- 7:59Speaker 4: dans les pays baltes à l'époque, parce qu'ils étaient, on pensait,
- 8:02Speaker 4: vous vous rappelez, on disait Kiev va tomber en trois jours,
- 8:05Speaker 4: l'Ukraine en une semaine, et les Baltes étaient sûrs d'être
- 8:07Speaker 4: les prochains sur la liste. Donc pour eux, ils vivent
- 8:11Speaker 4: avec ça depuis 1991 et la chute de l'URSS.
- 8:12Speaker 3: Pour terminer, qu'est-ce qui pourrait encore dissuader Vladimir Poutine de
- 8:15Speaker 3: s'attaquer un jour à l'OTAN et empêcher ce récit-là de
- 8:19Speaker 3: se réaliser
- 8:20Speaker 4: C'est une excellente question, merci
- 8:22Speaker 3: Vous avez la réponse? Non. On laissera ça évidemment à
- 8:25Speaker 3: nos chefs d'état-major et à tous ceux qui sont autour.
- 8:27Speaker 3: Merci beaucoup Olivier Trudeau. Je rappelle cette magnifique bande dessinée
- 8:30Speaker 3: Opération Yanta, réalisée avec Nicolas Otero et publiée aux éditions
- 8:34Speaker 3: Les Arènes BD. Merci beaucoup Olivier Trudeau d'avoir été notre
- 8:36Speaker 3: invité ce matin
- 8:37Speaker 2: Merci à vous messieurs. Et puis le sous-titre, juin 2029,
- 8:40Speaker 2: la Russie attaque les Pays-Baltes. C'est pour ça que je
- 8:42Speaker 2: rappelle que c'était un peu, mais bon, mais quand même,
- 8:44Speaker 2: de la politique fiction. On est d'accord?