Latest / Entretien avec un dentiste / Mon voyage à travers l' argent en dentisterie - 8/8 quand l’argent rencontre l’éthique
Transcript
- 0:04Bienvenue dans ce dernier épisode de cette longue série dédiée à l'argent.
- 0:07Aujourd'hui,
- 0:08nous allons explorer un sujet fondamental,
- 0:10mais parfois complexe à saisir,
- 0:11l'éthique dans le soin.
- 0:13Ce thème me semble crucial pour comprendre comment,
- 0:15en tant que professionnels de santé,
- 0:17nous pouvons naviguer entre des enjeux souvent contradictoires,
- 0:20rendre les soins accessibles,
- 0:21offrir une qualité optimale,
- 0:23tout en assurant la stabilité financière de nos cabinets.
- 0:26J'ai choisi de conclure cette série de l'argent avec une réflexion sur l'éthique,
- 0:30Car c'est peut-être ce qui finalement nous aide à fixer des limites et à trouver cet équilibre difficile entre argent et soins.
- 0:36Pour cet épisode,
- 0:37je suis très heureuse de recevoir Flora Bastiani,
- 0:39philosophe et spécialiste de l'éthique en santé.
- 0:42Ensemble,
- 0:42nous discuterons de la manière dont l'éthique peut éclairer ces dilemmes.
- 0:46J'en profite également pour vous annoncer la sortie de son dernier ouvrage,
- 0:49Philosophie du soin critique,
- 0:51qui aborde la relation dans des contextes comme la réanimation,
- 0:54les soins intensifs et le prélèvement d'organes.
- 1:00Pour tous ceux qui soutiennent le podcast sur Tipeee ou qui aura envie de le faire,
- 1:04un épisode bonus sera accessible via un lien à tous les contributeurs.
- 1:08Dans cet épisode,
- 1:09je recevrai Nicolas Decodin,
- 1:10cofondateur d'Avenue des Investisseurs.
- 1:12Nous y parlerons de budget,
- 1:13d'épargne et d'investissement financier pour la gestion de la cabine identitaire.
- 1:20Épisode 8,
- 1:21au cœur du soin,
- 1:22quand l'argent rencontre l'éthique.
- 1:26Flora Bastiani,
- 1:27je suis enseignant-chercheur en philosophie.
- 1:33Mon grade,
- 1:33c'est maître de conférence,
- 1:35habilité à diriger les recherches.
- 1:38Donc,
- 1:38je suis philosophe à l'origine,
- 1:41mais je suis spécialiste de l'éthique de la santé.
- 1:46Ma thèse portait sur Lévinas,
- 1:48donc c'était ma première étude en éthique.
- 1:53Et désormais,
- 1:54je m'intéresse aux pratiques infirmières,
- 1:56c'est-à-dire vraiment la pratique quotidienne des infirmières,
- 1:59quel est le sens qu'on leur donne et quel est le fondement de la relation de soins.
- 2:05Avant qu'on rentre dans les problématiques un peu plus spécifiques sur le dentaire et sur les questions d'argent,
- 2:12est-ce que tu peux nous expliquer en quoi la philosophie est importante dans le domaine de la santé et comment elle peut contribuer à une meilleure compréhension du soin ?
- 2:23Alors,
- 2:24en général,
- 2:25la philosophie,
- 2:26c'est utile pour deux choses.
- 2:29Poser des questions,
- 2:31ça n'aura échappé à personne qui avait l'idée que la philosophie posait beaucoup de questions sans forcément y répondre.
- 2:37Ce n'est pas une idée fausse,
- 2:39mais elle aide à bien poser les questions.
- 2:43Et par ailleurs,
- 2:45la deuxième chose que fait la philosophie,
- 2:47c'est penser des concepts.
- 2:48Et là,
- 2:49on est plus proche de ce qui relève de la réponse,
- 2:51c'est-à-dire...
- 2:53essayer de tirer les fils du sens des questions qu'on se pose.
- 2:57Donc poser des questions,
- 2:58c'est aller au-delà des apparences,
- 3:01interroger des choses qui nous paraissent évidentes habituellement et qu'on ne prend pas le temps de penser dans notre pratique quotidienne,
- 3:12par exemple.
- 3:14Alors,
- 3:15à l'intérieur de la philosophie,
- 3:16moi j'appartiens à une sorte d'école particulière qui s'appelle la phénoménologie.
- 3:25L'intérêt de la phénoménologie,
- 3:26c'est de se poser la question de ce qui se passe dans notre perception.
- 3:30Et ça amène à questionner comment on ressent son corps,
- 3:36comment on ressent justement le contact,
- 3:40comment on vit avec le passage du temps ou comment on s'inscrit dans l'espace,
- 3:44par exemple.
- 3:46Et donc la phénoménologie,
- 3:47c'est une manière de faire de la philosophie qui amène très proche
- 3:52du concret,
- 3:53très proche des situations vécues.
- 3:56Et donc c'est à partir de cette manière de réfléchir là que vraiment il y a un fort intérêt pour aborder le terrain de la santé,
- 4:07puisqu'en fait la réflexion philosophique,
- 4:11et en particulier phénoménologique,
- 4:13va permettre de comprendre le sens de ce qui traverse ce qu'on fait,
- 4:17c'est-à-dire...
- 4:19ce qu'on fait habituellement sans l'interroger,
- 4:23on va y découvrir un sens auquel on n'avait pas pensé,
- 4:26on ne s'était pas rendu compte que vraiment dans ce qu'on était en train de faire,
- 4:31il y avait la construction de ce sens.
- 4:34Et donc retrouver le sens de la pratique quotidienne et aussi,
- 4:40particulièrement pour les professionnels de santé,
- 4:43il y a l'enjeu de prendre conscience de ce qui nous attache à ces pratiques.
- 4:47Pourquoi ?
- 4:48En tant que professionnelle,
- 4:50je peux me reconnaître dans mes missions,
- 4:53pourquoi je peux me reconnaître dans les valeurs qui sont portées par l'activité que j'ai et pourquoi en fait je m'y retrouve ou je ne m'y retrouve pas d'ailleurs.
- 5:05C'est vraiment une manière d'interroger l'expérience.
- 5:08qui apporte aux professionnels de santé quelque chose comme une resituation dans ses missions et une interrogation du pourquoi.
- 5:18Pourquoi je fais ça ?
- 5:19Pourquoi je choisis une manière ou une autre de pratiquer,
- 5:23par exemple ?
- 5:25Et de sentir à quel point on se retrouve dans ses missions et dans son travail quotidien.
- 5:32En fait...
- 5:35Évidemment,
- 5:35aborder la santé à partir de la philosophie,
- 5:39c'est se poser les questions de ce qu'on apporte en tant que professionnel personnellement dans son métier.
- 5:48C'est-à-dire retourner un peu à la source de ce pour quoi on s'est engagé dans ce travail,
- 5:58dans ces missions,
- 5:59quel est le sens donné à l'évolution de sa carrière par exemple.
- 6:03Et finalement ?
- 6:05Dans mon travail,
- 6:06en tout cas avec les praticiens et les infirmières,
- 6:13ressort beaucoup une surprise de...
- 6:18Ah oui,
- 6:18en fait,
- 6:19je ne m'étais pas rendue compte que ce que je faisais avait autant d'intérêt pour la réflexion.
- 6:28Je pense que c'est lié au fait que les...
- 6:31Les professionnels sont en général toute la journée la tête dans le guidon,
- 6:36toute la journée dans leur pratique petit à petit,
- 6:39et qu'ils n'ont pas l'espace de se poser des questions.
- 6:42Ce concept dont parle Flora,
- 6:43la phénoménologie,
- 6:45peut paraître abstrait au premier abord.
- 6:47Cependant,
- 6:47cette approche philosophique nous aide à redonner du sens à nos gestes quotidiens en tant que soignants.
- 6:52En réfléchissant à nos perceptions,
- 6:54nos interactions,
- 6:54et à la relation que nous entretenons avec nos patients,
- 6:57la phénoménologie...
- 6:59nous permet de ne pas voir le soin uniquement comme une succession de gestes techniques,
- 7:03mais bien comme une pratique ancrée dans l'humain et le vécu.
- 7:06C'est une manière de retrouver la profondeur derrière nos actions habituelles et de se reconnecter aux valeurs qui nous guident.
- 7:12Après avoir exploré comment la phénoménologie peut nous aider à redonner du sens à nos pratiques quotidiennes,
- 7:17je me suis demandé comment peut-on définir précisément le soin.
- 7:21Pour certains,
- 7:21il s'agit d'un acte technique,
- 7:23pour d'autres c'est une relation.
- 7:24J'ai donc demandé à Flora de nous donner sa propre définition du soin.
- 7:28En effet,
- 7:28Avant de rentrer dans le vif du sujet,
- 7:30j'ai voulu revoir avec elle ses définitions clés.
- 7:32Qu'est-ce que le soin finalement ?
- 7:34Quelle est la place de la philosophie dans la santé ?
- 7:36Et surtout,
- 7:36qu'est-ce que l'éthique ?
- 7:38Ces questions peuvent paraître loin de la question de l'argent dans les soins,
- 7:41mais elles sont indispensables pour comprendre comment,
- 7:43en tant que soignants,
- 7:44nous naviguons dans un monde où l'éthique doit cohabiter avec la réalité économique.
- 7:52J'aurais bien aimé qu'on revoie un petit peu,
- 7:55qu'on reprenne et qu'on s'attarde plus sur la définition du soin,
- 8:00qui peut être très différente peut-être en fonction des personnes.
- 8:04Donc j'aurais aimé savoir comment toi,
- 8:07tu le définirais.
- 8:09Alors je dirais que le soin,
- 8:11c'est un ensemble formé par la maîtrise technique,
- 8:17puisqu'il y a quand même à la base du soin...
- 8:20apprentissage technique très important et qui justifie qu'on devienne,
- 8:26qu'on soit considéré comme un professionnel du soin.
- 8:29Donc c'est un ensemble formé à la fois par la maîtrise technique et par la conscience que le praticien a d'agir sur une personne.
- 8:38C'est-à-dire que le geste de soin,
- 8:43il a à la fois une dimension de précision.
- 8:47d'usage des outils,
- 8:49un usage maîtrisé des outils,
- 8:51de lecture clinique aussi de la situation.
- 8:55Et en même temps,
- 8:58à travers toute cette technique,
- 9:01il y a la conscience de la destination de cette technique.
- 9:05Donc le soin,
- 9:06c'est cet ensemble de...
- 9:08Alors certains diraient technique et relationnel.
- 9:14Moi,
- 9:14je dirais juste que...
- 9:17Ce qui forme le soin,
- 9:18c'est à la fois le savoir-faire et avoir conscience du pourquoi on le fait,
- 9:25c'est-à-dire à quelle destination.
- 9:28Donc la technique,
- 9:29elle est dans le soin toujours mise au service de la personne soignée.
- 9:34C'est pourquoi je parle beaucoup des soignants et je travaille avec les soignants,
- 9:38parce que pour moi,
- 9:40le soin ne peut pas être pensé sans le soignant,
- 9:42c'est-à-dire qu'il n'y a pas de soin théorique.
- 9:45C'est le soignant qui est obligé de tenir tous ces aspects ensemble,
- 9:48cette composition entre le savoir-faire technique d'un côté et à l'intérieur de ce savoir-faire technique,
- 9:58savoir pourquoi on le fait,
- 9:59c'est-à-dire pour soigner quelqu'un.
- 10:04On va maintenant aborder un peu le cœur de ton sujet qui est l'éthique.
- 10:08Et là aussi,
- 10:09j'aurais aimé peut-être mettre un cadre autour de ce terme qui finalement a été traité par plusieurs philosophes,
- 10:17donc qui peut être traité peut-être différemment.
- 10:20Dans le cadre du soin dont on parle aujourd'hui,
- 10:25comment on pourrait définir l'éthique ?
- 10:28Quels sont les principes qui vont guider l'éthique dans le soin ?
- 10:33Alors,
- 10:34je suis au départ spécialiste de l'Evinas.
- 10:38J'ai fait ma thèse de doctorat sur l'Evinas il y a quelques années maintenant.
- 10:43Et donc,
- 10:44quand je parle d'éthique,
- 10:45je m'inspire de la pensée de l'Evinas qui est une pensée de l'éthique et une pensée qui a la particularité de placer l'éthique comme l'ouverture qui a lieu dans la rencontre.
- 11:02entre moi et un autre être humain.
- 11:06Donc,
- 11:07tout simplement,
- 11:08on peut penser l'éthique comme ça,
- 11:09comme cette rencontre avec un autre être humain dont je sens la vulnérabilité.
- 11:17Mais il y a un aspect important,
- 11:19c'est peut-être que ça peut être intéressant de distinguer,
- 11:23pour bien te répondre,
- 11:25l'éthique et la morale.
- 11:26Parce qu'en fait...
- 11:28Il y a souvent une confusion qui se fait,
- 11:30même chez certains auteurs d'ailleurs,
- 11:32mais en général,
- 11:33on confond l'éthique et la morale.
- 11:35Or,
- 11:35comme tu sais,
- 11:37il y a des comités d'éthique et il n'y a pas de comité de morale,
- 11:40jusqu'à présent en tout cas.
- 11:44En fait,
- 11:45la distinction entre les deux,
- 11:46c'est que la morale consiste à poser des principes totalement théoriques,
- 11:54c'est-à-dire à concevoir avant toute expérience.
- 11:58Quelle est la bonne manière d'agir en dehors de toute expérience ?
- 12:02Le grand penseur de la morale,
- 12:05c'est Kant,
- 12:06Emmanuel Kant.
- 12:07Et donc lui,
- 12:08par exemple,
- 12:09il propose de poser des principes avant toute expérience.
- 12:13C'est un de ses concepts,
- 12:14ça s'appelle a priori,
- 12:16c'est-à-dire avant toute expérience.
- 12:18Et donc il propose de réfléchir à comment bien agir dans l'absolu.
- 12:25La différence de l'éthique,
- 12:26c'est que...
- 12:27Donc il ne s'agit pas de penser en dehors de l'expérience,
- 12:31justement,
- 12:32mais l'éthique,
- 12:32elle est adaptée,
- 12:33enfin,
- 12:35c'est une adaptation à la situation.
- 12:39Donc devant l'autre être humain que je rencontre,
- 12:43en particulier lorsqu'il est en position de vulnérabilité,
- 12:46et comme c'est le cas en général dans les soins,
- 12:50l'analyse de l'éthique nous amène à comprendre qu'on a une responsabilité vis-à-vis de l'autre.
- 12:57qu'on doit mettre des moyens à la disposition de son soin,
- 13:01parce qu'il s'agit en fait de répondre à un devoir humain,
- 13:08c'est-à-dire la solidarité humaine qui nous unit,
- 13:14nous oblige dans cette rencontre de l'autre vulnérable à l'aider,
- 13:21on pourrait dire.
- 13:22Donc on parle souvent des principes de l'éthique comme
- 13:26L'autonomie du patient,
- 13:28la non-malfaisance,
- 13:29la bienfaisance,
- 13:30ce sont des choses dont on entend parler très souvent quand on parle d'éthique.
- 13:35Mais il y a toujours une part très théorique dans cette manière d'aborder l'éthique,
- 13:38d'après moi,
- 13:39c'est-à-dire qu'on se donne des principes qui parfois sont difficiles à relier à notre expérience.
- 13:51Et donc,
- 13:52je pense qu'on pourrait fixer les choses...
- 13:55plus simplement et plus en les ancrant dans la pratique,
- 13:59en disant que l'éthique consiste à écouter l'autre,
- 14:05à écouter autrui,
- 14:07à écouter la situation,
- 14:09et donc à entendre ce qui se joue dans une rencontre.
- 14:16Donc il y a un aspect à ajouter à ça,
- 14:19que j'ai mentionné tout à l'heure à propos du sens,
- 14:22c'est le temps.
- 14:23C'est-à-dire que...
- 14:25Dans la question éthique,
- 14:26il y a une question de temps.
- 14:28Et je dirais parfois,
- 14:30il est urgent de prendre le temps pour penser la situation.
- 14:34C'est-à-dire,
- 14:35il est urgent d'attendre pour laisser la pensée se développer,
- 14:38pour penser son soin,
- 14:40pour s'assurer que la décision qu'on va prendre,
- 14:42c'est la décision la plus adaptée.
- 14:45Dans ce sens,
- 14:47à cet endroit-là justement de la réflexion,
- 14:49il ne faut pas oublier quelque chose dont je...
- 14:53dont je pourrais dire là pour le coup que c'est une sorte de principe,
- 14:55mais qui est lié à cette idée d'adaptation à la situation,
- 15:00c'est la collégialité.
- 15:02C'est pas du tout facile quand on travaille en cabinet d'avoir le réflexe de la collégialité,
- 15:08c'est-à-dire d'appeler ses pairs,
- 15:11quels qu'ils soient,
- 15:12pour leur dire dans quelle situation,
- 15:16quand on est face à une situation complexe,
- 15:18je parle pas dans toute situation,
- 15:21mais d'avoir ce réflexe de dire je vais en parler à quelqu'un qui peut-être s'est trouvé dans la même situation que moi ou qui est susceptible.
- 15:31de s'y trouver un jour pour voir si son regard converge avec le mien ou pour voir s'il apporte d'autres éléments de réflexion sur cette situation.
- 15:42Mais ça,
- 15:42encore une fois,
- 15:44c'est...
- 15:44Enfin,
- 15:46tu l'entends,
- 15:47je pense,
- 15:47dans ma réponse,
- 15:48c'est encore une fois être à l'écoute des besoins particuliers,
- 15:52être à l'écoute de la personne,
- 15:54être à l'écoute de sa situation particulière.
- 15:57Donc je dirais qu'il n'y a pas de...
- 15:58principe au sens de règles générales à respecter dans l'éthique mais il ya une attention portée à ce qu'il y a de spécial dans la rencontre avec une personne c'est à dire qu'il ya tout
- 16:15le sens de la rencontre il vient de cette attention qu'on va porter à ce qui ressemble pas à une autre situation quoi alors ce qui fait que cette situation là et à part par rapport aux autres
- 16:28Dans le cadre du soin,
- 16:31on pourrait dire qu'en raison de l'éthique,
- 16:33on a le devoir d'évaluer la situation du patient,
- 16:37de répondre de manière adaptée,
- 16:43de ne pas soigner tous les patients d'une manière identique,
- 16:48avec les mêmes méthodes,
- 16:49avec les mêmes dosages,
- 16:50etc.
- 16:53Mais de chercher l'adaptation.
- 16:56de chercher à se rapprocher de ce qui paraît dans cette situation spécifique le plus adapté.
- 17:04Donc l'éthique,
- 17:05ça oblige à entendre le cas particulier et,
- 17:10dans le meilleur des cas,
- 17:12évidemment,
- 17:13là on ne parle pas de toutes les contraintes qui pèsent sur le praticien,
- 17:17mais dans le meilleur des cas,
- 17:19quand son soin est le plus éthique possible,
- 17:24à faire du sur-mesure.
- 17:26de manière à respecter les différences de la personne qu'on soigne.
- 17:30Ainsi,
- 17:31ce que Flora nous propose ici,
- 17:32c'est une vision très nuancée et humaine de l'éthique dans le soin.
- 17:35Loin de l'application mécanique de règles,
- 17:37il s'agit d'une écoute attentive de chaque patient,
- 17:39de sa situation singulière et de ce qui rend chaque rencontre unique.
- 17:43Dans cette option,
- 17:44l'éthique devient une forme de surmesure où chaque décision doit s'adapter à la réalité spécifique du patient.
- 17:52C'est beau de parler de rencontre parce que finalement on aborde rarement la relation de soins sous cet angle-là.
- 18:00Il y a souvent encore,
- 18:03même si la relation de soins a quand même beaucoup changé,
- 18:06elle est moins paternaliste qu'elle l'a été.
- 18:09En fait cette dimension je trouve,
- 18:13surtout quand tu accueilles un patient pour la première fois.
- 18:16Je trouve que cette dimension de rencontre,
- 18:20de l'aborder de cette manière,
- 18:21ça peut changer pas mal notre état d'esprit à ce moment-là.
- 18:25Le problème,
- 18:26c'est...
- 18:27Enfin,
- 18:27le problème.
- 18:28Je pense qu'il y a beaucoup de contraintes,
- 18:31notamment celle du temps.
- 18:33Tu as compris que c'est un point auquel je tiens beaucoup parce qu'il est fondamental,
- 18:38je pense,
- 18:40à la fois pour le sens,
- 18:41à la fois pour la qualité du soin.
- 18:43Le temps,
- 18:43ça change à peu près tout.
- 18:47Et ça,
- 18:47c'est vraiment la force de la proposition de Lévinas,
- 18:50c'est-à-dire le sens de ce qu'on fait et le sens de notre vie quotidienne,
- 18:58d'après lui,
- 19:00il est porté par les rencontres que nous faisons.
- 19:03Donc ça peut être les rencontres des personnes proches,
- 19:09comme ça peut être la rencontre d'une personne inconnue.
- 19:15Au fond de cette rencontre,
- 19:16il y a la notion vraiment de vulnérabilité,
- 19:18c'est-à-dire qu'en rencontrant une personne,
- 19:24mais même si cette personne c'est mon banquier,
- 19:27par exemple,
- 19:28il y a un moment,
- 19:29même si notre relation est saisie à l'intérieur d'un fonctionnement social très particulier,
- 19:41même dans cette rencontre-là,
- 19:43Il y a un moment où je peux sentir que la personne que j'ai en face de moi,
- 19:48c'est vraiment un être humain,
- 19:50dans toute sa vulnérabilité,
- 19:52dans toute sa fragilité,
- 19:54et que cet aspect-là d'autrui...
- 20:02nous quelque chose de la relation au fond de moi finalement dans mon intimité je me rends compte que
- 20:10Autrui peut être en difficulté que la vie d'autrui finalement elle n'est pas elle n'est pas pérenne enfin tous ces aspects de la fragilité de la vie humaine finalement ils font de la rencontre chez Levinas et donc ça permet de
- 20:28d'envisager les relations sociales d'une manière différente.
- 20:31Après avoir exploré la dimension humaine et éthique du soin,
- 20:34il y a une réalité à laquelle sont confrontés de nombreux et nombreuses dentistes,
- 20:37surtout dans le cadre libéral,
- 20:38celle de l'Arlin.
- 20:40C'est un aspect parfois délicat,
- 20:41mais incontournable dans la pratique quotidienne,
- 20:43car plus de 80% de la profession travaille en libéral.
- 20:46Cette dimension économique peut parfois créer des dilemmes éthiques pour les praticiens.
- 20:50Alors comment peut-on gérer cette tension ?
- 20:52Est-il possible de prendre du recul et de ne pas laisser l'aspect économique dominer la relation de soin ?
- 20:57En fait,
- 20:57dans la question de l'argent,
- 21:00il y a un décalage par rapport à la question éthique.
- 21:04C'est-à-dire que,
- 21:06philosophiquement,
- 21:09l'argent,
- 21:09et en particulier la valeur de l'argent,
- 21:11puisqu'en soi l'argent n'est rien,
- 21:13c'est la valeur qu'on lui donne,
- 21:17ça apparaît comme une interruption de l'éthique,
- 21:20parce que c'est une sortie justement de la situation singulière.
- 21:26L'argent dans la société a une fonction unifiante.
- 21:31C'est un prisme qui traduit toutes les choses qui nous entourent en valeur et qui permet de dire d'une manière certaine,
- 21:43puisqu'elle évolue avec le temps aussi,
- 21:45quelle est la valeur d'une chose,
- 21:47quelle est la valeur d'un service.
- 21:49Et donc ça fait sortir...
- 21:54de la singularité de la rencontre en fait.
- 21:57On oppose ici ce qui est pareil pour tout le monde,
- 22:01c'est-à-dire la valeur financière d'un bien ou d'un service,
- 22:07c'est la même valeur en argent pour tout le monde.
- 22:13Et de notre côté,
- 22:14on a dans le soin quelque chose qui est unique pour une personne et dans le cadre d'une relation.
- 22:22Donc on voit bien que là,
- 22:23la tension,
- 22:25elle s'établit entre la particularité,
- 22:33justement,
- 22:34être à l'écoute,
- 22:35etc.,
- 22:36et revenir à un système de valeurs qui met de côté toute cette singularité,
- 22:43finalement.
- 22:44Donc ça,
- 22:45c'est une chose,
- 22:46mais il y a une autre chose,
- 22:47c'est que l'argent,
- 22:49c'est ce qu'écrit Lévinas,
- 22:51d'ailleurs,
- 22:51parce que...
- 22:52Comme tu m'as invité,
- 22:53je suis allée re-regarder,
- 22:54il a écrit un texte qui s'appelle Socialité et argent
- 22:59Et je me suis dit Ah tiens,
- 23:00là ça tombe à pic,
- 23:02il va y avoir des choses intéressantes pour cette discussion
- 23:07Et donc il écrit
- 23:08L'argent c'est la médiation par excellence
- 23:11Qu'est-ce qu'il entend par là ?
- 23:13C'est que la fonction de l'argent c'est d'entrer en relation et c'est de pouvoir échanger des choses et des services.
- 23:22Donc c'est un outil de mesure qui permet la reconnaissance de la valeur d'une chose et d'un service,
- 23:28mais en quelque sorte,
- 23:30on pourrait dire que l'argent,
- 23:31ça aplanit les relations de manière à leur permettre de paraître équitable en tout cas.
- 23:38Même si après,
- 23:39l'effet n'est pas forcément celui-là,
- 23:41mais en principe,
- 23:43ça pourrait être ça.
- 23:45C'est-à-dire que l'argent fait rentrer dans un système qui n'est pas...
- 23:51seulement celui du face-à-face,
- 23:53de l'éthique,
- 23:54mais qui est celui de la vie sociale.
- 23:57Et donc l'argent,
- 23:59c'est quand même ça qui permet de venir demander un service à un inconnu et de s'attendre à ce que cet inconnu rende ce service contre de l'argent.
- 24:11Donc l'argent fait partie des systèmes qui contribuent à nous donner à tous accès à des choses et à des services.
- 24:21qui contribuent aussi à cette santé,
- 24:24à notre santé.
- 24:25Donc il n'est pas nécessaire finalement,
- 24:27s'il n'y avait pas l'argent,
- 24:28qu'est-ce qui se passerait ?
- 24:29C'est ce à quoi j'ai réfléchi.
- 24:35Si les soignants n'avaient pas une mission à l'échelle de la société,
- 24:42et donc ils n'avaient pas de salaire pour leur travail,
- 24:46peut-être qu'ils soigneraient que leurs proches,
- 24:48peut-être qu'ils soigneraient que les personnes qu'ils connaissent.
- 24:51Donc finalement,
- 24:53l'argent qui fait rentrer dans le système social
- 25:01permet d'entendre tout le monde de la même manière,
- 25:03permet d'ouvrir un accès à des services et à des biens d'une manière qui est presque la même pour tout le monde.
- 25:13Et donc,
- 25:14c'est en ce sens que je disais,
- 25:16ça a plané d'une certaine manière les relations sociales en substituant la valeur de l'argent à la fermeture sur un milieu,
- 25:25sur un clan,
- 25:26sur une famille.
- 25:30ce genre de formation sociale fermée.
- 25:34Et donc,
- 25:35avec l'argent,
- 25:35on inscrit la relation de soins dans la société.
- 25:38Donc,
- 25:39c'est plus simplement...
- 25:42Là est la tension,
- 25:43c'est que ce n'est plus simplement le face-à-face,
- 25:45mais c'est aussi la vie sociale,
- 25:47la vie financière.
- 25:48C'est aussi des préoccupations qui ne sont pas directement dans cette rencontre-là,
- 25:52ni dans ce soin.
- 25:54Et c'est ce qui implique qu'il y a une forte tension.
- 25:57c'est que ce sont des sphères distinctes qui se rencontrent.
- 26:01Donc on a un croisement entre,
- 26:03en fait finalement,
- 26:07dans la même rencontre et dans le même moment,
- 26:10on a à la fois la rencontre du patient,
- 26:13que ce soit pour la première fois ou pour la xième fois,
- 26:17donc un patient avec lequel on établit une relation,
- 26:20même si elle n'est pas à pousser,
- 26:22à approfondir,
- 26:22on a quand même une relation avec elle.
- 26:25Et si le patient s'adresse à tel soignant,
- 26:28c'est parce qu'il compte bien sur lui pour réaliser un soin.
- 26:32Donc c'est des sphères distinctes,
- 26:35c'est-à-dire d'un côté l'éthique de la relation et de la rencontre,
- 26:40et de l'autre côté le système d'échange de services et de biens.
- 26:47Et ces deux sphères distinctes se rencontrent finalement au même endroit.
- 26:53Et c'est ça qui va,
- 26:56qui forcément crée des tensions parce que c'est difficile de switcher d'un moment à l'autre,
- 27:03d'une sphère à l'autre.
- 27:05Donc je ne dirais pas qu'il y a des principes qui permettent de sortir de ces tensions-là,
- 27:13bien sûr.
- 27:14Mais en tout cas,
- 27:15je pense que d'y penser de cette manière-là,
- 27:20de penser que...
- 27:22L'argent,
- 27:22c'est aussi ça,
- 27:25en plus du système de santé qu'on a en France,
- 27:27évidemment,
- 27:28mais c'est aussi ça qui permet à un patient de venir voir un professionnel de santé.
- 27:37C'est-à-dire que sans ça,
- 27:39peut-être que cette rencontre-là n'aurait pas lieu et que c'est en ça que c'est une médiation.
- 27:50C'est-à-dire que quelque chose se loue qui n'est pas de la rencontre éthique,
- 27:55mais qui est de la mise en relation.
- 27:57Flora nous a donc expliqué que l'argent,
- 27:59en tant que valeur unifiante,
- 28:01crée une certaine tension par rapport à l'éthique du soin.
- 28:04Là où le soin est unique et singulier,
- 28:06l'argent,
- 28:06lui,
- 28:07traduit chaque service ou acte en une valeur commune et abstraite,
- 28:10ce qui peut sembler en contradiction avec la rencontre individuelle entre un praticien et un patient.
- 28:15En même temps,
- 28:16comme Flora le souligne,
- 28:17l'argent est une médiation nécessaire dans notre société.
- 28:20Il permet d'établir des relations sociales,
- 28:22même dans des contextes où le lien personnel n'existe pas encore,
- 28:24et rend possible l'accès aux soins.
- 28:26Sans cette médiation,
- 28:28la relation de soins pourrait être limitée à des cercles privés,
- 28:31comme la famille ou les proches.
- 28:32Toutefois,
- 28:33cette coexistence entre les deux sphères,
- 28:35l'éthique de la rencontre et la réalité économique,
- 28:38crée une tension permanente dans la pratique.
- 28:42Cette tension se renforce encore davantage en dentisterie où une partie des soins n'est pas ou peu remboursée.
- 28:47Cela crée une inégalité d'accès aux soins pour certains patients qui doivent parfois faire des choix difficiles en raison des contraintes financières.
- 28:54Cela pose la question de savoir comment un praticien peut gérer cette problématique,
- 28:58particulièrement lorsqu'il se trouve face à un patient,
- 29:00pour qui l'accès aux soins est un véritable obstacle.
- 29:03Oui,
- 29:03bien sûr,
- 29:04ça c'est une bonne question parce que finalement tout ce que je disais c'était que l'argent permet la mise en relation.
- 29:11permet à ce système-là d'exister,
- 29:16ça permet une forme d'accès,
- 29:20mais en même temps,
- 29:21c'est là que c'est aussi sur la base de ce système-là que se louent toutes les inégalités face à la santé,
- 29:29c'est-à-dire évidemment des personnes qui justement,
- 29:33précisément,
- 29:35en raison de l'argent,
- 29:37ne vont pas venir en consultation,
- 29:39vont attendre.
- 29:40très longtemps il va y avoir une perte de chance pour leur santé qui est énorme évidemment enfin tout ça est aussi engendré par l'argent donc c'est assez c'est une situation assez complexe et dans
- 29:53Je pense qu'en tout cas,
- 29:55pour le soignant,
- 29:57dans ce contexte de tension,
- 29:59parce qu'évidemment,
- 30:00lui,
- 30:00il ne peut pas savoir que des personnes vont s'abstenir de venir le voir pour cette raison.
- 30:04Il n'emporte pas la responsabilité,
- 30:07c'est ça que je veux dire.
- 30:09Mais il a une forme de responsabilité quand il est face à un patient et qu'il doit lui annoncer quelque chose.
- 30:18Il doit lui présenter un devis,
- 30:20lui expliquer le...
- 30:22des soins qui pourraient recevoir et qui serait sans doute le mieux qu'ils reçoivent dans ce contexte la tension de tension entre ces deux ces deux aspects je pense que c'est à la source de la alors je vais faire une réponse de philosophe qui peut-être sera pas hyper satisfaisante puisque
- 30:44c'est pas c'est pas très évident mais je crois que la seule manière de s'y retrouver ces deux
- 30:52C'est qu'à la source de la relation,
- 30:54on peut puiser les contours de sa pratique,
- 30:57c'est-à-dire présenter les choses à l'intérieur de cette relation,
- 31:02c'est-à-dire établir une relation dans laquelle il est possible d'exposer d'une manière claire ce qu'il en est de la question financière des soins,
- 31:14du coût des soins.
- 31:16C'est aussi une occasion dans laquelle...
- 31:21Pour revenir au sens même de l'éthique,
- 31:24on revient à la source de la relation,
- 31:27on revient à écouter les particularités de ce patient.
- 31:33Un patient vulnérable sur le plan de la santé,
- 31:37ça peut aussi être un patient vulnérable sur le plan économique,
- 31:43sur le plan social.
- 31:46Et donc là,
- 31:47c'est comme une...
- 31:48un double fond de la vulnérabilité,
- 31:50c'est-à-dire que non seulement il est vulnérable dans ce qui l'amène à consulter,
- 31:56mais il est en plus vulnérable parce que sur le plan social,
- 32:00donc en dehors de l'éthique et sur le plan de la vie de la société,
- 32:04il est aussi vulnérable.
- 32:07Et donc,
- 32:07s'en sortir avec ça,
- 32:09c'est...
- 32:10Là,
- 32:10c'est...
- 32:12Je pense,
- 32:13dans la relation,
- 32:14moi,
- 32:15j'opterais pour cette...
- 32:18Cette idée-là qu'on peut se tourner vers la relation pour partager avec le patient tous les éléments de la décision qu'on lui propose,
- 32:30qui n'est pas forcément une décision,
- 32:31mais qui peut être une proposition avec plusieurs variantes,
- 32:37par exemple,
- 32:38je suppose,
- 32:40en lui expliquant véritablement pourquoi.
- 32:45pourquoi on pense qu'une décision est meilleure qu'une autre et pourquoi,
- 32:48peut-être,
- 32:50le coût est justifié.
- 32:52C'est-à-dire que la raison pour laquelle on exerce cette mission de soins,
- 32:58elle doit être claire,
- 33:00pour pouvoir permettre d'être à l'aise dans la rencontre et dans l'échange sur ces questions.
- 33:06Si j'exerce pour gagner de l'argent,
- 33:10alors je n'aurai aucun mal à présenter le devis à mes patients.
- 33:14Ça,
- 33:15ça résout tous les problèmes.
- 33:17Si j'exerce en vue du bien du patient,
- 33:21et donc en espérant que tout se passe au mieux pour lui,
- 33:26je devrais là non plus pas avoir de mal à lui expliquer les différentes possibilités et les raisons pour lesquelles ces possibilités représentent des coûts différents.
- 33:36C'est-à-dire que l'accès à ces soins,
- 33:40il est conditionné par le choix du patient
- 33:44par le choix du soignant,
- 33:46en principe.
- 33:48Donc,
- 33:48il faudrait,
- 33:49enfin,
- 33:50dans l'idéal,
- 33:51il faudrait qu'il y ait une co-construction du projet de soins à partir d'une discussion assez claire.
- 34:01D'un autre côté,
- 34:02si on décale la question,
- 34:03on peut se dire que,
- 34:06on peut se demander,
- 34:08est-ce qu'un vendeur de voiture a des scrupules à voir ?
- 34:11Un père de famille s'endettait pour des années pour acheter quelque chose qui est au-dessus de ses moyens.
- 34:17Pas du tout,
- 34:18parce qu'il considère que son métier,
- 34:21c'est de vendre,
- 34:22quelles que soient les conséquences.
- 34:24Alors évidemment,
- 34:25la différence,
- 34:26la grande différence dans le soin,
- 34:29c'est qu'on vend quelque chose qui est beaucoup plus précieux qu'une voiture,
- 34:32et que tout bien d'ailleurs.
- 34:34Et en même temps,
- 34:36cette chose qui est plus précieuse,
- 34:38elle est moins visible socialement.
- 34:42elle est moins valorisée socialement.
- 34:45On vend une meilleure santé,
- 34:46on vend une meilleure qualité de vie.
- 34:49Lorsqu'on parle de dentisterie,
- 34:50on vend aussi...
- 34:52une amélioration de l'image de soi,
- 34:55un accès à la vie sociale améliorée.
- 35:00Donc c'est bien plus important qu'un bien matériel,
- 35:04mais en même temps c'est souvent tout à fait immatériel,
- 35:08c'est-à-dire que ça se loge dans des actes et dans des modifications qui sont internes et donc qui ne vont pas forcément beaucoup se voir.
- 35:21Donc,
- 35:23il y a une difficulté aussi,
- 35:27mais là,
- 35:27c'est une difficulté d'ordre plutôt social,
- 35:31à donner beaucoup de valeur à quelque chose qui est immatériel.
- 35:36Et en revanche,
- 35:37on a tendance à donner beaucoup de valeur,
- 35:41je parle sur le plan financier,
- 35:43à ce qui est matériel,
- 35:44ce qu'on va pouvoir utiliser,
- 35:47montrer,
- 35:48etc.
- 35:49Donc le...
- 35:50Le problème,
- 35:53l'attention,
- 35:53elle vient aussi de la manière d'expliquer la valeur financière d'un acte ou d'un bien qui n'est pas manifeste,
- 36:01mais qui repose sur l'intérêt immédiat ou à venir du patient,
- 36:08donc qui est d'une certaine manière impalpable pour le patient.
- 36:13C'est-à-dire que lui,
- 36:15si jamais dans son raisonnement,
- 36:16il se dit qu'est-ce que je vais avoir en échange de ce...
- 36:19de cet argent,
- 36:21ce n'est pas toujours accessible pour lui de bien se rendre compte de la valeur ou la dimension très précieuse de ce qu'il va obtenir.
- 36:32Donc je pense que cette différence d'approche,
- 36:36elle ne peut se résoudre que finalement dans la discussion.
- 36:41Alors là,
- 36:42encore une fois,
- 36:43on revient sur cette question du temps,
- 36:46prendre le temps de la discussion.
- 36:48C'est un luxe qui parfois est difficile à obtenir,
- 36:54des deux côtés d'ailleurs parfois,
- 36:55à la fois parce qu'il faut tenir sa journée de rendez-vous et à la fois parce que la personne qu'on a en face de soi,
- 37:03elle n'est pas forcément dans le dialogue,
- 37:05elle n'est pas forcément en recherche d'explications et ce qu'elle voit finalement,
- 37:09ça peut être seulement le résultat.
- 37:12Mais le seul moyen de s'en sortir à mon sens,
- 37:15c'est d'essayer le plus possible de faire converger ces deux mondes,
- 37:19ces deux visions différentes de ce qu'est le soin et de ce qu'il va apporter à la personne.
- 37:26Flora souligne la complexité de l'argent dans la relation de soins.
- 37:30Même si c'est une médiation qui permet l'accès au service,
- 37:33elle crée aussi des inégalités et peut rendre la discussion autour des devis difficile à gérer,
- 37:37tant pour le praticien que pour le patient.
- 37:39Cette difficulté est exacerbée par la nature immatérielle des soins dentaires qui ne sont pas toujours perçus dans toutes leurs valeurs,
- 37:45contrairement à des biens matériels.
- 37:47Cela pose un vrai défi d'explication pour le praticien.
- 37:55Cela me fait réfléchir à un risque que j'ai observé dans certaines formations récentes en dentisterie.
- 38:00De plus en plus,
- 38:01on voit apparaître des approches qui flirtent avec la dimension commerciale,
- 38:05où le langage peut sembler proche de l'éthique,
- 38:07mais...
- 38:07où l'objectif est de convaincre le patient,
- 38:10presque comme un vendeur.
- 38:11On cherche à identifier des leviers personnels.
- 38:13Par exemple,
- 38:14si un patient aime particulièrement manger,
- 38:16partager des repas,
- 38:17on mettra l'accent sur la restauration de sa capacité à manger confortablement.
- 38:22Cette approche me paraît sortir du cadre éthique,
- 38:24car on se rapproche d'une stratégie de vente.
- 38:26Et je pense que de nombreux praticiens,
- 38:28praticiennes,
- 38:29tout comme moi,
- 38:30ressentent cette tension entre l'aspect éthique de leur métier et les contraintes économiques qui peuvent parfois les pousser vers des solutions qui ne leur conviennent pas.
- 38:39J'avais pas du tout pensé à la dimension de convaincre.
- 38:44Parce que ce à quoi je pensais,
- 38:46c'était plutôt au fait que...
- 38:50En fait,
- 38:50une des difficultés de la pratique libérale,
- 38:52c'est qu'on est seul.
- 38:54Quand on est seul face à son patient,
- 38:57bon,
- 38:57il peut y avoir une autre personne,
- 38:59mais enfin,
- 39:00souvent on est seul à expliquer les choses.
- 39:02Et le problème que je vois dans...
- 39:05convaincre et vouloir convaincre,
- 39:07c'est-à-dire vouloir trouver des arguments,
- 39:11finalement faire de la rhétorique pour pouvoir persuader le patient,
- 39:17c'est pourquoi on le fait.
- 39:20C'est-à-dire que si on a la volonté de bien soigner le patient,
- 39:31évidemment on peut soi-même être convaincu.
- 39:34qu'une décision est la meilleure,
- 39:40mais finalement,
- 39:41aller jusqu'à des pratiques qui pourraient avoir l'air de relever de la manipulation,
- 39:46parce que c'est ça que j'entends dans trouver les bons leviers pour persuader une personne de faire quelque chose qu'elle ne souhaiterait pas oui,
- 39:54ça ressemble vraiment à de la vente.
- 39:56Donc c'est très surprenant,
- 39:57je ne savais pas que ça pouvait se faire même.
- 40:04Il y a des pratiques qui viennent du monde hospitalier et qui pourraient être intéressantes,
- 40:10c'est la construction du projet de soins.
- 40:14Finalement,
- 40:16quand on reçoit un patient à l'hôpital,
- 40:19souvent il y a l'idée justement de construire avec lui son projet de soins.
- 40:26Et cette construction,
- 40:27elle repose sur ses attentes aussi,
- 40:30c'est-à-dire...
- 40:31qu'est-ce qui est le plus important pour lui,
- 40:35qu'est-ce qu'il espère du soin,
- 40:37qu'est-ce qui est le plus important pour lui et qu'est-ce qui est moins important pour lui.
- 40:42Et finalement,
- 40:43construire avec le patient un projet de soin,
- 40:45ça peut aussi être une occasion d'interroger ses propres critères à soi comme soignant.
- 40:52C'est-à-dire que les critères du soignant,
- 40:55c'est souvent des critères idéaux de bonne santé.
- 41:01Mais en même temps,
- 41:02il faut qu'il puisse rencontrer les critères du patient.
- 41:06Encore une fois,
- 41:08je reviens à ce que je disais dès le début,
- 41:10se mettre à l'écoute de la particularité du patient et entendre d'où il parle,
- 41:19quelle est sa situation.
- 41:21C'est aussi entendre que l'idée qu'on se fait en tant que professionnel de santé,
- 41:27de ce que devrait être sa santé,
- 41:29n'est pas forcément ce qui lui convient ou ce qui lui correspond.
- 41:34Et donc,
- 41:36ouvrir le dialogue pour pouvoir créer un projet de soins qui n'est pas le projet de soins du soignant pour le patient,
- 41:47mais qui est un projet de soins qui appartient en quelque sorte au patient et qui est co-construit,
- 41:53ça permet aussi de ne pas porter...
- 41:57Pour le soignant,
- 41:58ça permet aussi de ne pas porter seul la responsabilité de la décision.
- 42:03C'est-à-dire que ce que j'entends dans on va chercher des manières de convaincre à tout prix le patient que ça c'est le mieux pour lui c'est en tant que soignant,
- 42:18je sais totalement ce qui est bon pour lui
- 42:21Et là,
- 42:21dans ce cas-là,
- 42:22on revient à une forme de paternalisme quand même.
- 42:25qui enlève l'occasion au patient d'exprimer sa position.
- 42:31Alors pas forcément de l'exprimer dans les termes qui coïncident avec ceux d'un soignant,
- 42:39mais au moins de témoigner de ce que lui,
- 42:42il est venu chercher,
- 42:44de pourquoi il en est arrivé là,
- 42:46et de quelle est sa relation aussi avec le monde du soin.
- 42:50Parce qu'il y a un aspect qui est important.
- 42:54dans la santé et qui est parfois quelque chose qu'on oublie justement parce qu'on est dans sa pratique quotidienne c'est que quand tu reçois un patient,
- 43:05tu représentes pour lui bien souvent le monde de la santé c'est à dire que la relation que tu vas avoir avec lui,
- 43:13elle peut être déterminante pour les autres relations que ce patient va avoir avec d'autres professionnels de santé et donc si...
- 43:25Je donne des exemples au hasard,
- 43:26mais imaginons que ça se passe mal parce que tu fais une remarque qui le fait se sentir hyper honteux,
- 43:33par exemple.
- 43:35C'est un patient qui risque de plus jamais retourner en consultation chez un professionnel de santé parce qu'il aura été marqué par le fait qu'un professionnel de santé ou que la santé,
- 43:47c'est quelque chose qui le fait ressentir de la honte.
- 43:52Et donc il y a une forme de responsabilité qui s'étend au-delà finalement de l'espace de la rencontre et qui est un impact que chaque professionnel de santé va avoir sur la vie du
- 44:08patient et la relation du patient avec le monde de la santé.
- 44:15C'est un élément auquel on pense.
- 44:18pas forcément,
- 44:19mais qui peut être majeure dans certains cas.
- 44:23Flora nous éclaire sur l'importance de co-construire un projet de soins avec le patient en tenant compte de ses attentes et de sa situation personnelle,
- 44:30et pas seulement des critères médicaux du praticien.
- 44:32Cela permet de sortir d'une démarche paternaliste et d'éviter une approche commerciale ou manipulatrice où le soignant imposerait une solution sans consulter véritablement le patient.
- 44:41Cette relation de soins co-construite renforce aussi la confiance et comme Flora l'a rappelé,
- 44:46l'impact qu'un soignant peut avoir sur la manière dont le patient perçoit le monde médical,
- 44:50qui est parfois plus important qu'on ne le réalise.
- 44:53Cela me fait aussi réfléchir à mon propre parcours.
- 44:55Si je suis honnête avec moi-même et avec vous,
- 44:58j'ai orienté ma pratique vers la parodontologie,
- 45:00non seulement par intérêt pour cette discipline,
- 45:02mais aussi pour éviter la complexité de l'omnipratique.
- 45:05C'était une façon pour moi de simplifier certains aspects de la pratique dentaire.
- 45:09Mais aujourd'hui,
- 45:09avec le recul,
- 45:10j'ai pris conscience de cela et je me redirige progressivement vers un exercice plus omnipratique,
- 45:15tout en restant proche des besoins réels des patients et dans cette dynamique de co-construction dont Flora parle.
- 45:21Cela me fait aussi penser à une autre dynamique que l'on observe parfois dans la pratique dentaire,
- 45:25celle des choix de limiter son exercice à telle ou telle discipline comme forme d'évitement de ses tensions éthiques.
- 45:31Certains praticiens,
- 45:32praticiennes,
- 45:33orientent leur exercice vers des actes spécifiques,
- 45:35comme les soins esthétiques ou en implantologie par exemple.
- 45:38Ce type de soins attire naturellement des patients qui ont les moyens de les financer,
- 45:42ce qui réduit les dilemmes financiers.
- 45:44En sélectionnant certains actes,
- 45:45on sélectionne en quelque sorte les patients.
- 45:48Je ne pense pas que tous les praticiens qui limitent leur exercice le font pour se simplifier la vie.
- 45:52Mais je crois qu'il est important de se demander,
- 45:54pourquoi choisit-on de restreindre son activité à certains actes ?
- 45:57Est-ce par appétence ou aussi pour éviter certaines complexités,
- 46:00qu'elles soient éthiques ou économiques ?
- 46:04Il serait des stratégies d'évitement.
- 46:06Mais en fait,
- 46:07il y a d'autres spécialités qui rencontrent le même problème.
- 46:09Si tu regardes la dermatologie aujourd'hui,
- 46:12en libéral,
- 46:13c'est devenu une énorme...
- 46:15part de pratiques esthétiques.
- 46:19Et je pense que c'est pour les mêmes raisons.
- 46:21C'est-à-dire que ça trie la patientèle de fait.
- 46:26Mais c'est quelque chose qui se pose pour beaucoup de spécialités,
- 46:30je pense.
- 46:34Le fait de ne pas se tourner vers des stratégies d'évitement,
- 46:38c'est aussi une certaine économie personnelle.
- 46:41Je veux dire,
- 46:43exercer comme on le souhaite.
- 46:46avec toutes les valeurs qu'on souhaitait mettre dans son travail.
- 46:51C'est une forme d'apaisement personnel aussi,
- 46:55je pense.
- 46:56Et toutes ces stratégies d'évitement risquent aussi de faire perdre le sens,
- 47:01c'est-à-dire que se confiner à des pratiques pour pouvoir éviter certains problèmes du quotidien,
- 47:11c'est aussi se priver du...
- 47:14Pourquoi on a choisi ce métier ?
- 47:17Pourquoi on continue à l'exercer ?
- 47:18Parce que peut-être qu'à un moment,
- 47:20si les problèmes sont si importants à titre personnel qu'on préfère les éviter,
- 47:27là,
- 47:27je crois qu'il faudrait se poser la question du sens.
- 47:31Vraiment.
- 47:32Pourquoi je suis là ?
- 47:33Est-ce que je suis là pour éviter les problèmes ou est-ce que je suis là pour soigner ?
- 47:39Enfin,
- 47:39voilà,
- 47:40pour le dire d'une manière très simpliste peut-être.
- 47:44Mais ça oblige,
- 47:45enfin,
- 47:46je veux dire,
- 47:46à un moment,
- 47:47il faut aussi se poser la question du pourquoi.
- 47:49Pourquoi on est là ?
- 47:50Pourquoi on fait ce métier ?
- 47:51Pourquoi on l'exerce de cette manière-là et pas d'une autre ?
- 47:55Parce que tout le monde est sensible à certains aspects,
- 48:00mais en fait,
- 48:02on a toujours le choix de changer de manière de pratiquer.
- 48:06On a toujours même le choix de changer de métier.
- 48:11Donc,
- 48:11si on y est,
- 48:12c'est qu'on choisit d'y être.
- 48:15Et si on choisit d'y être,
- 48:17dans le meilleur des cas,
- 48:18il faut vraiment que ça ait un sens personnel pour soi-même.
- 48:22Je pense que c'est indispensable pour sa propre santé,
- 48:29à vrai dire.
- 48:34Je voudrais conclure cet échange en revenant sur une question fondamentale que Flora a soulevée,
- 48:38celle du sens.
- 48:39Pourquoi faisons-nous ce métier ?
- 48:41Ce questionnement va bien au-delà des considérations économiques.
- 48:43Il touche à ce qui nous pousse à nous lever chaque matin et à offrir des soins à nos patients.
- 48:47En tant que soignant,
- 48:48soignante,
- 48:49se demander pourquoi on continue à exercer est essentiel pour garder un cap,
- 48:53pour rester aligné avec nos valeurs et d'éviter de perdre le sens de notre pratique.
- 48:57Au-delà de l'argent,
- 48:58il y a cette rencontre avec l'autre,
- 49:00cette écoute attentive de ses besoins et cette relation de confiance qui se construit au fil des consultations.
- 49:06Cela nous rappelle.
- 49:07que même si la gestion économique est importante,
- 49:09elle ne doit jamais éclipser notre raison d'être,
- 49:11aider,
- 49:12soigner et accompagner nos patients avec bienveillance.
- 49:18En arrivant à la fin de cette série de discussions autour de l'argent en dentisterie,
- 49:22je tiens à dire à quel point chacun de ces échanges m'ont éclairé et aidé à approfondir ma réflexion sur ma propre pratique.
- 49:28J'ai réalisé que ces questions économiques sont indissociables d'une réflexion plus large sur le sens de notre métier et les valeurs qui le guident.
- 49:34Je suis bien consciente que nous n'avons pas fait le tour de toutes les questions.
- 49:38Certains d'entre vous peuvent se sentir frustrés de ne pas avoir vu certains angles abordés,
- 49:42et je vous invite à me le faire savoir.
- 49:43Cela pourrait nourrir de futures discussions,
- 49:45ou être exploré sous d'autres thématiques dans les prochains épisodes.
- 49:52Je tiens à remercier tous les invités qui ont partagé leur savoir,
- 49:55leur expérience et leur réflexion tout au long de cette série.
- 49:58Merci aussi à Pauline Bussy pour le montage,
- 50:00à Maxime Wattieu pour la musique et à Camille Covez pour l'illustration.
- 50:03C'est grâce à vous que tout ce projet a pu voir le jour et évoluer comme il l'a fait.
- 50:11Je vous rappelle que pour soutenir le podcast,
- 50:13vous pouvez participer à la cagnotte.
- 50:15Tous les liens sont dans le descriptif de l'épisode.
- 50:17Et pour ceux qui y contribueront dans le mois suivant la diffusion de cet épisode,
- 50:20un épisode bonus vous sera offert en remerciement.
- 50:23N'oubliez pas l'importance de partager,
- 50:25de mettre des étoiles et de laisser vos avis.
- 50:28Cela aide énormément à faire grandir cette communauté autour du podcast.