Latest / Carrément / E01 - La Pietà - du label à la liberté artistique
Transcript
- 0:00J'ai été effectivement repérée assez vite,
- 0:03non seulement par une maison de disques,
- 0:04mais aussi par une manageuse éditrice,
- 0:07par un entourage,
- 0:08comme tu disais.
- 0:09Et en fait,
- 0:10ça m'a permis de me rendre compte que je n'aimais pas ça.
- 0:14Parce que pour moi,
- 0:17le plus important dans ce que je fais,
- 0:19c'est d'être libre et d'être ultra honnête,
- 0:23ultra sincère.
- 0:25Je me souviens de mon directeur de label.
- 0:28c'est...
- 0:29Une des choses qu'il m'a dites c'est tu seras plus heureuse à être indépendante.
- 0:36Et à l'époque je l'ai très mal pris parce qu'il était en train de me virer de ma maison de disques.
- 0:39Oui,
- 0:39je vais te mettre en question.
- 0:40Il me virait en me disant ça et moi je le prenais très mal.
- 0:43Sauf que maintenant on est
- 0:4512 ans après.
- 0:46Et tu t'es dit qu'il avait raison.
- 0:48Bien sûr.
- 0:50Mes deux meilleurs amis à qui j'avais fait écouter la moyenne,
- 0:53qui eux me connaissaient de ce que je faisais depuis longtemps avant et tout,
- 0:57quand je leur ai fait écouter la moyenne.
- 0:59ils m'ont dit « Mais tu ne vas pas sortir ça ? »
- 1:08Bonjour à toutes et à tous,
- 1:09moi c'est Eva.
- 1:10Bienvenue dans Carrément,
- 1:11le podcast où j'accueille les artistes qui font vibrer la scène musicale actuelle.
- 1:15Je suis très contente aujourd'hui d'accueillir une artiste exceptionnelle,
- 1:19Virginie Nouré à Cala Pieta.
- 1:21Je suis très contente que tu aies accepté mon invitation.
- 1:24Tu es auteur,
- 1:25compositrice,
- 1:26interprète.
- 1:27Tu as sorti des albums,
- 1:28tu as écrit des bouquins,
- 1:30tu fais un spectacle avec un interprète chansigne pour les personnes sourdes et malentendantes.
- 1:36Tu animes des ateliers dans des EHPAD,
- 1:37dans des écoles.
- 1:39Tu as une boîte pour encadrer toutes tes activités et managé d'autres artistes.
- 1:43Est-ce qu'il y a des choses que j'ai oubliées ?
- 1:44Sûrement,
- 1:46parce que je fais vraiment beaucoup de choses.
- 1:48Mais oui,
- 1:48à peu près tout ça,
- 1:49oui.
- 1:50On a une occasion un petit peu spéciale,
- 1:51on va dire.
- 1:51On est mi-septembre.
- 1:54Il y a dix ans,
- 1:55tu as lancé ton projet La Pieta.
- 1:57Ça a commencé avec une chanson qui s'appelle La Moyenne,
- 2:01mais ce n'est pas la première chose que tu avais fait.
- 2:04Tu avais toute une autre vie musicale avant.
- 2:07Ça fait presque 20 ans que tu fais de la musique.
- 2:09Ça fait plus de 20 ans.
- 2:11Oui,
- 2:12donc tu étais dans un label,
- 2:14dans un gros label.
- 2:15Donc j'imagine que tu avais tout un entourage,
- 2:17plein de personnes autour de toi qui t'aidaient à faire marcher ton projet.
- 2:21Aujourd'hui,
- 2:21tu es artiste indépendante,
- 2:23donc c'est toi qui es un peu ton entourage,
- 2:25on va dire.
- 2:27Et ma première question c'est alors,
- 2:29est-ce qu'aujourd'hui tu es heureuse d'avoir choisi ce métier ?
- 2:33Et est-ce qu'avec du recul,
- 2:35en sachant tout ce que tu sais sur ces métiers et sur ces milliers,
- 2:38tu aurais fait exactement le même choix ?
- 2:41Oui déjà parce qu'il n'y a pas de mauvais choix et qu'on apprend au fur et à mesure du temps et des expériences qu'on vit.
- 2:51Donc en fait il n'y a rien à regretter.
- 2:56Tout ce que je suis aujourd'hui,
- 2:57c'est parce que j'ai vécu tout ce que j'ai vécu.
- 2:59Et ça m'a permis de me connaître au fur et à mesure.
- 3:05Donc effectivement,
- 3:06dans mon début de carrière,
- 3:07il y avait un peu ce rêve qu'on avait.
- 3:12Quand je dis « on » ,
- 3:14c'était une génération aussi,
- 3:15où on avait cette vision de la musique avec des grosses maisons de disques et où on rêvait d'être repérés et que d'un coup,
- 3:24on nous propulse.
- 3:25Merci.
- 3:26Et donc,
- 3:27c'est vrai que moi,
- 3:27j'avais un peu cet imaginaire-là parce que quand j'étais jeune,
- 3:30j'écoutais des groupes de rock,
- 3:31etc.
- 3:32Et j'avais l'impression que c'est comme ça que ça fonctionnait.
- 3:36Et puis,
- 3:36en fait,
- 3:37je pense que ça ne correspondait pas à ma personnalité.
- 3:40Et donc,
- 3:40effectivement,
- 3:40dans ce début de carrière où j'ai été effectivement repérée assez vite,
- 3:45non seulement par une maison de disques,
- 3:47mais aussi par une manageuse éditrice,
- 3:49par un entourage,
- 3:50comme tu disais.
- 3:51et en fait ça m'a permis de me rendre compte
- 3:56que je n'aimais pas ça.
- 3:57Parce que pour moi,
- 4:00le plus important dans ce que je fais,
- 4:02c'est d'être libre et d'être ultra honnête,
- 4:06ultra sincère.
- 4:08Et pour pouvoir l'être,
- 4:10j'ai l'impression qu'il faut cette indépendance.
- 4:12À partir du moment où on dépend d'autres personnes,
- 4:15j'ai l'impression qu'on est obligé de se trahir un peu.
- 4:19Et donc le chemin...
- 4:23de l'indépendance,
- 4:25avoir ma propre structure,
- 4:27être à la tête de ma structure,
- 4:28à la tête de mes projets.
- 4:30Pour moi,
- 4:30ça fait partie d'un choix artistique,
- 4:32finalement.
- 4:33Donc souvent,
- 4:34on a pu me dire que j'avais plein de casquettes différentes.
- 4:37Il y a des gens qui peuvent trouver ça paradoxal d'être artiste d'un côté,
- 4:41parce que dans l'imaginaire des gens,
- 4:42le côté artistique,
- 4:43c'est la tête dans les nuages.
- 4:46Et d'un autre côté,
- 4:47ce côté entrepreneur,
- 4:50très terre-à-terre,
- 4:51etc.
- 4:52Et donc ça peut paraître...
- 4:53paradoxal alors qu'en fait pour moi l'un nourrit l'autre moi j'ai l'impression que quand on est entrepreneur vraiment à la tête d'une entreprise il faut être ultra créatif et quand on est créatif
- 5:05Pour pouvoir l'être à
- 5:07100% et être libre de sa création,
- 5:09j'ai l'impression qu'il faut être capable d'être dans toutes les parts de la création,
- 5:15y compris la partie production,
- 5:17etc.
- 5:20Donc oui,
- 5:20pour te répondre,
- 5:21je suis très contente,
- 5:22très heureuse même,
- 5:24de là où j'en suis aujourd'hui.
- 5:25J'ai l'impression d'être apaisée aussi,
- 5:28je pense,
- 5:28pendant longtemps,
- 5:29il y avait tout ça qui fourmillait,
- 5:32j'étais pas sûre de mes choix,
- 5:33etc.
- 5:34Et puis en vrai,
- 5:35c'est pas mal de vieillir.
- 5:38On en doute,
- 5:40mais en vrai,
- 5:40moi,
- 5:40je trouve qu'on est tellement plus confiants.
- 5:46Et donc,
- 5:46voilà,
- 5:47moi,
- 5:47je suis contente du chemin parcouru qui me permet d'être là où je suis aujourd'hui.
- 5:52Et qu'est-ce que tu donnerais comme conseil à Virginie,
- 5:55qui a 17,
- 5:5518 ans et qui commence la musique ?
- 5:58Je n'ai pas de conseil à donner à cette Virginie-là,
- 6:01parce que Virginie,
- 6:01elle a reçu des conseils.
- 6:03Et c'est marrant parce que quand j'avais 20 ans,
- 6:07que j'ai commencé la musique,
- 6:09une des premières personnes que j'ai rencontrées et qui m'a donné sûrement les meilleurs conseils de ma vie,
- 6:13elle s'appelait Virginie,
- 6:14justement.
- 6:16Virginie O'Claire.
- 6:18Et ça a été ma première manageuse,
- 6:21éditrice.
- 6:21Alors en fait,
- 6:22son rôle véritable,
- 6:24c'était éditrice,
- 6:25mais dans le sens édition musicale.
- 6:27Mais en fait,
- 6:28elle manageait mon projet.
- 6:30Ça a été la première personne du métier qui a cru en moi.
- 6:33Merci.
- 6:33Et ça a été vraiment plus profond que juste des conseils professionnels.
- 6:40Parce qu'en fait,
- 6:40quand on a 20 ans,
- 6:41on n'est pas encore complètement fini.
- 6:45Bien sûr,
- 6:46le développement de notre cerveau,
- 6:47etc.
- 6:48Il n'est pas fini,
- 6:49en fait.
- 6:50Et moi,
- 6:52ça a vraiment opéré une bascule par rapport à ce que j'avais pu connaître dans ma vie,
- 6:55dans ma famille,
- 6:56dans l'entourage vraiment direct familial.
- 6:59Et la rencontre avec elle,
- 7:00elle a été déterminante.
- 7:01Tout ce que j'ai fait ensuite et ce que je fais aujourd'hui,
- 7:04ça a vraiment été par rapport à ce qu'elle m'a insufflé.
- 7:09Donc les conseils,
- 7:09je n'ai pas besoin de me les donner parce que j'ai eu la chance d'avoir une autre Virginie qui me les a donnés.
- 7:14Mais c'est justement cette Virginie qui t'avait dit que c'est la crise des disques qui pourrait être l'amié pour toi,
- 7:18c'est de créer ta propre structure.
- 7:19Oui,
- 7:20en fait assez vite,
- 7:23elle était visionnaire.
- 7:25Elle,
- 7:25pour le coup,
- 7:26c'était une vraie chef d'entreprise.
- 7:28elle était à...
- 7:28à la tête de chez Columbia pendant des années et puis après elle a monté sa propre structure donc elle était vraiment visionnaire,
- 7:37elle avait du recul et sur le métier,
- 7:40sur le marché de la musique c'était quelqu'un qui était vraiment ancré dans l'industrie il faut recontextualiser parce qu'on est au début des années 2000 ça fait grand merde de parler comme ça et à l'époque c'était vraiment la crise du disque parce qu'on vendait de moins en moins de disques
- 7:56Il y a de plus en plus de gens qui téléchargeaient illégalement.
- 7:59On n'avait pas encore Spotify,
- 8:00etc.
- 8:02Et donc les maisons de disques et le milieu de la musique en général étaient perdus sur le modèle économique qui était en train de se casser la gueule.
- 8:09Mais il n'y avait pas encore un nouveau modèle économique.
- 8:11Et donc elle,
- 8:12elle avait cette vision.
- 8:14Elle a vu que vendre des disques,
- 8:16ça s'effondrait et qu'il fallait envisager les choses différemment.
- 8:20Et puis je pense qu'elle a vu en moi cette...
- 8:23Cette capacité à être indépendante justement et donc elle m'a vraiment menée vers ça en me poussant à monter ma propre entreprise.
- 8:34Donc j'ai monté ma première SARL.
- 8:37SARL carrément,
- 8:38moi je commençais avec une association.
- 8:41Toi tu ?
- 8:41Non,
- 8:42on avait déjà monté une association avec mon groupe parce que de toute façon on est obligé d'avoir une structure associative pour moins de choses.
- 8:48Mais on a eu une petite association au tout début du premier groupe.
- 8:52Et puis avec
- 8:54Virginie Auclair,
- 8:54on a monté notre première SARL,
- 8:57ce qui était un peu lourd.
- 8:58Et je me suis plantée complètement parce que je n'avais aucune idée de comment on gérait une entreprise.
- 9:04Mais c'est bien de se planter parce que c'est comme ça qu'on apprend.
- 9:07Et moi,
- 9:07je me suis beaucoup plantée,
- 9:08donc j'ai beaucoup appris.
- 9:11Et donc,
- 9:12oui,
- 9:12elle avait cette vision.
- 9:14C'est elle qui m'a poussée à monter ma première entreprise.
- 9:19Et puis elle avait une phrase qui m'a marquée pour toujours.
- 9:25Son slogan,
- 9:26c'était de dire « un obstacle est une chance » .
- 9:29Et ça,
- 9:29je crois que cette phrase,
- 9:30il n'y a pas un jour de ma vie où je ne l'ai pas.
- 9:37Maintenant que moi-même,
- 9:37j'ai accompagné d'autres artistes,
- 9:40je fais de la transmission parce que je suis intervenante en formation dans les musiques actuelles,
- 9:43ce genre de choses,
- 9:44ça c'est une phrase que je transmets à mon tour.
- 9:48Et je pense qu'elle marque tous les gens parce que c'est une philosophie de vie en fait,
- 9:53que je n'avais pas avant et que je me suis appliquée ensuite.
- 9:56Qu'est-ce qui t'a donné envie de faire de la musique ?
- 9:59Et là,
- 9:59j'ai un souvenir d'une interview de toi que je n'ai pas retrouvée en préparant cet échange avec toi.
- 10:07Mais il me semble que j'ai assisté au Tonka Attaché de presse,
- 10:09à une interview,
- 10:10où tu racontes l'histoire que tu es partie,
- 10:13tu habitais encore à Paris à ce moment-là,
- 10:15et tu allais voir un concert dans le sud.
- 10:16aux Arènes des Nîmes.
- 10:17Est-ce que c'est vrai ou pas ?
- 10:19C'est tout à fait vrai.
- 10:21C'était qui en concert ?
- 10:23Alors,
- 10:24il y a une petite histoire derrière quand même.
- 10:26Quand j'étais ado,
- 10:27j'ai commencé à écouter beaucoup de musique,
- 10:30beaucoup de rock.
- 10:31Et moi,
- 10:32j'étais plutôt très bonne élève,
- 10:33très sage jusqu'à mes 16 ans.
- 10:35Et puis à 16 ans,
- 10:37je commence à écouter du grunge et à avoir un peu envie de sortir du carcan.
- 10:43Et en fait,
- 10:44j'ai une amie qui me dit « Ah,
- 10:46j'ai rencontré un groupe de rock en Angleterre,
- 10:49je les ai enregistrés. »
- 10:50À l'époque,
- 10:51on avait des magnétophones.
- 10:52C'était ça ma question,
- 10:54en fait.
- 10:55Donc le nom du groupe,
- 10:56c'est Muse.
- 10:57C'est ça.
- 10:59Mais en fait,
- 11:00c'est pas parce que je suis allée aux Arènes de Nîmes et que je les ai rencontrées.
- 11:03Je les avais rencontrées bien avant.
- 11:05Et donc en fait,
- 11:05l'histoire,
- 11:06c'est que cette amie les avait rencontrées en Angleterre.
- 11:08Elles étaient inconnues à l'époque.
- 11:11elle a juste fumé des clopes avec eux sur le port et ils lui ont dit tu veux venir en répète avec nous elle a enregistré la répète elle m'a fait écouter en me disant je suis sûre que toi tu vas kiffer et effectivement j'ai kiffé du coup comme ils étaient vraiment inconnus à l'époque donc on a échangé comme tu dis c'est un petit groupe c'est
- 11:30improbable et du coup j'ai commencé à parler avec eux à l'époque on n'avait pas encore les téléphones portables enfin on n'utilisait pas beaucoup mais sur MSN Non.
- 11:40et puis ils m'ont invité à des concerts d'abord les concerts à Paris et puis au fur et à mesure ils me disaient si tu veux venir sur un autre concert vas-y,
- 11:48donc j'ai commencé à aller un peu partout en France avec eux en fait et pas que en France d'ailleurs,
- 11:52je suis allée aussi en Angleterre je les ai vus dans des pubs c'était incroyable et puis ils ont commencé à avoir du succès et effectivement il y a eu un concert qui était aux Arènes de Nîmes où ils faisaient la première partie puisqu'ils n'étaient pas encore très connus et
- 12:07Et en deuxième partie,
- 12:08il y avait Pete Gervais et en tête d'affiche,
- 12:10il y avait Noir Désir.
- 12:11J'avais la chance d'être invitée par eux,
- 12:13donc j'avais un accès,
- 12:15all access comme on dit.
- 12:17Et je me suis retrouvée sur le côté de scène aux Arrhen de Nîmes pendant les concerts de ces trois artistes que j'adorais.
- 12:23Et effectivement,
- 12:24ça a été le jour du déclic où je me suis dit mais en fait,
- 12:30c'est génial.
- 12:31Et c'est génial de les voir jouer,
- 12:33mais en fait,
- 12:33je réalise que moi,
- 12:34ce que je veux,
- 12:35c'est pas les regarder jouer,
- 12:36c'est jouer à leur place.
- 12:38Et c'est ce que tu as fait.
- 12:40Et ouais.
- 12:41Et Muse,
- 12:41tu gardes toujours contact avec eux ?
- 12:43Vous envoyez des messages ?
- 12:45Non,
- 12:45pas du tout,
- 12:45non,
- 12:45non.
- 12:46Non,
- 12:46non.
- 12:47En fait,
- 12:48je les ai beaucoup suivis quand j'avais 16,
- 12:5017.
- 12:52Et puis après,
- 12:52je passais à autre chose.
- 12:54Après,
- 12:54par contre,
- 12:55quelques années après,
- 12:57je suis retournée les voir.
- 13:00Une ou deux fois,
- 13:01et notamment il y avait un concert privé,
- 13:03je crois que c'était à l'Olympia ou un truc comme ça,
- 13:06et c'était très difficile d'avoir des places.
- 13:08Et du coup mes amis à qui j'avais raconté l'histoire et tout,
- 13:12ils me disaient « Tu dis que tu les as connus,
- 13:15t'as qu'à leur écrire » .
- 13:17Et donc c'est ce que j'ai fait,
- 13:18mais en me disant,
- 13:20entre-temps ils avaient un succès mondial,
- 13:22on était quelques années après et tout.
- 13:24Et en fait,
- 13:26Dom,
- 13:26c'est le batteur.
- 13:29avec lui que je parlais le plus,
- 13:31il m'a répondu tout de suite et il m'a dit,
- 13:33pas de souci,
- 13:34tu veux combien de places ?
- 13:35Et en fait,
- 13:36il m'a mis direct all access pour moi et mes amis.
- 13:40Je me suis retrouvée dans les loges de l'Olympia et je me souviens qu'ils m'ont vue et ils m'ont dit,
- 13:45Virginie !
- 13:46Et ils m'ont pris dans leurs bras et mes amis,
- 13:49ils se sont dit,
- 13:50putain,
- 13:50en fait,
- 13:50c'était pas une dito.
- 13:53Incroyable.
- 13:54J'ai envie de revenir un petit peu à tes débuts,
- 13:57à ton passé dans nos amazons de disques.
- 14:01Tu étais signée sous le nom d'Odile,
- 14:04donc chez un major,
- 14:05donc vraiment un gros label.
- 14:09Mais c'était pour toi une expérience bien difficile,
- 14:12j'ai envie de dire,
- 14:12même traumatisante.
- 14:14Au moment où ton premier album est sorti...
- 14:19Pour sortir un album,
- 14:19c'est quand même des mois et des mois de préparation,
- 14:21des questionnements,
- 14:22des doutes.
- 14:23Donc là,
- 14:23ça y est,
- 14:24le jour où il sort,
- 14:25toi tu t'es dit j'arrête la musique en fait,
- 14:27je ne veux plus faire ça.
- 14:29Oui,
- 14:30mais bon,
- 14:30l'histoire a été très très compliquée parce que ce n'était pas que la question de la major,
- 14:38c'est aussi la relation que j'avais avec mon directeur artistique,
- 14:42plein de problèmes personnels.
- 14:43En fait,
- 14:44il y a plein de choses qui se sont imbriquées à cette époque-là.
- 14:47et puis...
- 14:48Justement,
- 14:50ma manageuse dont je parlais,
- 14:52Virginie Auclair,
- 14:52elle était décédée en fait,
- 14:54entre-temps.
- 14:55Moi,
- 14:56j'ai travaillé avec elle de 2004 à 2008,
- 14:59en gros,
- 15:00et elle est décédée début 2009.
- 15:03Et elle avait toujours dit,
- 15:05vous croyez que signer sur une maison de disques,
- 15:08c'est le Graal,
- 15:10alors qu'en fait,
- 15:11c'est le début du travail,
- 15:12parce que c'est quand on est dans la maison de disques,
- 15:14il y a énormément de travail,
- 15:15parce qu'il faut...
- 15:17gérer le rapport avec la maison de disques.
- 15:18Donc c'est pas que t'as plein d'entourage qui fait tout pour toi ?
- 15:21Non,
- 15:21c'est pour ça que c'est très important d'être entourée quand on a une maison de disques,
- 15:25d'avoir un manager qui fait l'interface.
- 15:27Sauf que moi,
- 15:28la mienne de manager était décédée,
- 15:30qu'elle avait fait tout le travail de représentation qui a permis que je sois connue de tous les gens des maisons de disques.
- 15:36C'est ce qui a abouti finalement sur une signature chez Sony.
- 15:41Mais entre-temps,
- 15:42elle n'était plus là.
- 15:43Sony avait fait le choix aussi de m'isoler.
- 15:45Ils n'avaient pas voulu signer mon groupe.
- 15:47Ils ont préféré me signer en solo.
- 15:50Et donc,
- 15:51moi,
- 15:51j'avais plus de groupe,
- 15:52j'avais plus de manager.
- 15:53Et j'étais seule face à une maison de disques qui,
- 15:56elle-même,
- 15:56se déchirait.
- 15:57Puisqu'on était donc en pleine crise du disque.
- 16:02Et donc,
- 16:02en fait,
- 16:02il y avait deux entités,
- 16:03puisqu'il y avait Sony et BMG,
- 16:05qui avaient fusionné.
- 16:07Et du coup,
- 16:08il y avait des rapports internes qui étaient compliqués.
- 16:11Parce que les labels étaient en train de fusionner,
- 16:13il y a des gens qui partaient,
- 16:14des gens qui arrivaient,
- 16:16et des gens qui étaient obligés,
- 16:17enfin il y a eu beaucoup de licenciements sur cette époque.
- 16:20Donc en interne c'était très compliqué,
- 16:22moi j'étais seule,
- 16:23donc tout ça,
- 16:24ça a fait un énorme bordel.
- 16:26Et puis après,
- 16:28je pense qu'à l'époque j'étais...
- 16:31Oui ça a été traumatisant,
- 16:33mais c'est plus les expériences personnelles que professionnelles qui ont été vraiment traumatisantes,
- 16:38parce que je vivais une...
- 16:40Une histoire personnelle violente,
- 16:43une histoire amoureuse,
- 16:45donc c'était très compliqué et je pense que je n'étais pas prête pour être dans une maison de disques à ce moment-là,
- 16:52même si j'en rêvais.
- 16:54Donc voilà,
- 16:55sur le moment,
- 16:55oui,
- 16:57je l'ai vécu comme quelque chose de traumatisant.
- 17:00Aujourd'hui,
- 17:00avec plus de dix ans de recul,
- 17:03je pense que je n'en veux à personne et que c'est juste que je n'étais pas...
- 17:08J'étais pas prête et je pense que j'étais pas à ma place en fait.
- 17:11Mais tu vois,
- 17:11comme j'ai vraiment écouté tes interviews,
- 17:13tout ce que tu disais de cette période-là,
- 17:15il y a quand même des choses que tu te dis quand même,
- 17:17j'avais honte de moi,
- 17:18ils m'ont dit que j'avais pas de talons,
- 17:20que...
- 17:21Est-ce que tu as vraiment entendu ce genre de propos de la part de ton entourage ?
- 17:26Oui,
- 17:27oui,
- 17:27mais encore une fois,
- 17:29j'étais dans un rapport très particulier avec une personne.
- 17:33Après...
- 17:36Il y a des choses difficiles en maison de disque,
- 17:38évidemment.
- 17:39Mais enfin,
- 17:40non,
- 17:40pas en maison de disque.
- 17:41En fait,
- 17:41c'est ce métier qui est difficile.
- 17:43C'est aussi des gens des médias,
- 17:46aussi des gens d'autres artistes.
- 17:49Il y a énormément de choses difficiles qu'on m'a dites.
- 17:53C'est d'autres artistes,
- 17:54en fait.
- 17:55C'est vrai,
- 17:55tu as ressenti cette concurrence.
- 17:57C'est vraiment...
- 17:57Oui,
- 17:58oui.
- 17:58Des choses extrêmement...
- 18:00méchante et violente etc ça a été beaucoup d'autres artistes et des gros artistes qui étaient déjà bien en place et c'est mais donc oui il ya des choses difficiles mais après je pense c'est normal toi tu as lu ou écouté des choses que
- 18:19j'ai pu dire à une époque et c'est sûr que cette époque m a marqué et que pendant longtemps j'ai j'en ai beaucoup parlé aujourd'hui je suis super sereine par rapport à ça,
- 18:28je pense que j'ai plus de recul.
- 18:30et que je ne me dis pas qu'il y avait des méchants et une victime.
- 18:34Je pense que je n'étais juste pas prête pour ça.
- 18:37Je me souviens de mon directeur de label.
- 18:40C'est une des choses qu'il m'a dites,
- 18:43c'est que tu seras plus heureuse à être indépendante.
- 18:48Et à l'époque,
- 18:48je l'ai très mal pris,
- 18:49parce qu'il était en train de me virer de ma maison de disques.
- 18:51Il me virait en me disant ça,
- 18:53et moi je le prenais très mal.
- 18:55Sauf que maintenant,
- 18:55on est
- 18:5712 ans après.
- 18:58Et tu t'es dit qu'il avait raison ?
- 19:01Bien sûr.
- 19:02C'est ça qu'il avait vu et il avait raison.
- 19:04Parce que quand tu es directeur de label,
- 19:06à un moment donné,
- 19:06tu as un peu une vision.
- 19:10Je pense que je n'étais pas faite pour que plein de gens s'occupent de moi,
- 19:16me disent ce que je dois faire.
- 19:18Ah ça,
- 19:19tu aimes bien faire plein de choses.
- 19:22Oui,
- 19:22et puis j'aime bien être libre.
- 19:23C'est quelque chose qui revient souvent chez toi.
- 19:27D'avoir la liberté pour vraiment gérer ton projet et tes projets comme tu as envie.
- 19:31Oui,
- 19:31tout à fait.
- 19:33J'ai une question par rapport à ton livre.
- 19:36Déjà,
- 19:37la moyenne,
- 19:38ça je peux la montrer.
- 19:42Donc là,
- 19:42c'est un livre que tu as écrit suite à cette période en label,
- 19:47où tu étais,
- 19:48comme tu dis,
- 19:49dans une relation toxique,
- 19:52tous ces moments qui étaient un peu douloureux pour toi.
- 19:56donc tu mélanges un peu
- 19:57Depuis avant ton vécu avec la fiction,
- 20:00le personnage de ce livre s'appelle Louise.
- 20:04Et là,
- 20:04il y a quand même un événement qui m'a bouleversée,
- 20:06ce livre.
- 20:07Et il y a un événement que tu décris.
- 20:11Je voulais bien que tu me dises si tu as vécu des choses similaires ou pas.
- 20:16À un moment,
- 20:17Louise,
- 20:17elle est comme toi.
- 20:19Elle quitte la maison des disques,
- 20:21elle s'est dit qu'elle allait vivre ailleurs.
- 20:23Mais avant vraiment quitter Paris,
- 20:25elle part à Cannes.
- 20:26Avec Thelma,
- 20:27elle se retrouve donc aller dans un bar où il y a plein de gens,
- 20:30des milliers de la musique qui reviennent.
- 20:32Donc,
- 20:32on va aller faire des after.
- 20:34Et puis,
- 20:34à un moment,
- 20:35elle se retrouve faire un after dans les hauteurs à Cannes.
- 20:40Et il y a un truc bizarre,
- 20:42en fait.
- 20:42Elles sont des selfies,
- 20:44en fait,
- 20:44dans cette soirée.
- 20:45Il y a plein de mecs.
- 20:46Et puis,
- 20:47à un moment,
- 20:47elle entend les filles.
- 20:48Là,
- 20:48on va passer aux choses sérieuses.
- 20:50Elles se disent,
- 20:50mais c'est quoi les choses sérieuses ?
- 20:52Et là,
- 20:53un des mecs leur dit,
- 20:55en fait...
- 20:56Moi j'organise deux orgies de luxe.
- 20:58Elle montre une carte des visites.
- 21:00Est-ce que c'est genre que dans l'histoire ça se termine bien dans ton livre parce que les filles arrivent à partir en courant et tout va bien.
- 21:07Mais est-ce que toi tu as déjà eu quelqu'un qui te donne une carte où c'est marqué j'organise des orgies de luxe ou tu étais vraiment dans ce genre de situation qui sont quand même horribles ?
- 21:17Alors effectivement ce livre c'est ni un roman ni un...
- 21:25ni une autobiographie,
- 21:26c'est un peu un mélange des deux.
- 21:27Je n'avais pas envie de faire une autobiographie parce que je trouvais que c'était un peu pompeux et un peu jeune pour raconter ma vie.
- 21:35Et en même temps,
- 21:37effectivement,
- 21:37j'ai vécu quand même des choses romanesques dans ma vie.
- 21:42Que ce soit la rencontre avec Muse ou les choses vécues derrière.
- 21:45Donc j'avais envie d'en parler et que ce soit un peu mêlé à de la fiction.
- 21:53Donc effectivement,
- 21:54il y a du complètement vrai et il y a du moins vrai dans ce livre.
- 22:01Et effectivement,
- 22:03ce que tu racontes là,
- 22:04c'est
- 22:05100% vrai.
- 22:06Mais non !
- 22:08Là,
- 22:08c'est pas de la fiction.
- 22:09T'as vraiment quelqu'un qui avait une carte des visites qui donnait et se marquait des orgies de luxe ?
- 22:13Alors,
- 22:13il n'y a pas écrit orgies de luxe sur la carte.
- 22:15Ah,
- 22:16c'était pas...
- 22:17Il y a le nom de son...
- 22:19Je ne sais pas comment on peut appeler ça.
- 22:21Son organisation.
- 22:24mais oui d'accord mais en lisant ça j'espère que c'est pas vrai avec des gens très connus milieu cinéma et musique ouais ouais mais je pense que c'est loin d'être les seuls ah bah oui on a eu MeToo quand même qui
- 22:40a eu donc c'était une réalité mais à la limite qu'ils organisent des orgies de luxe moi j'ai rien contre
- 22:48qui va le plus choquer dedans c'est ce que j'ai pas dit d'ailleurs c'est ça que dans ce livre les défis elles sont pas au courant que c'est le but de la soirée c'est ça tu vois d'ailleurs dans d'autres cadres on
- 23:06m'a proposé quand j'étais à Paris des soirées de luxe très libertines par des gens très très connus je ne citerai pas
- 23:16pas le nom parce qu'il y en a qui sont décédés il n'y a pas longtemps.
- 23:22Et donc,
- 23:22on m'a proposé et je n'avais pas envie.
- 23:26Peut-être que j'aurais pu avoir envie,
- 23:28on s'en fout.
- 23:28Il n'y a pas de jugement par rapport à ça.
- 23:30Par contre,
- 23:31là où c'était problématique,
- 23:32c'est qu'en fait,
- 23:34c'était un jeune mec qui venait de monter son label.
- 23:42et qui a bien marché derrière bon pareil je ne dirais pas les noms mais à l'époque il était en train de monter son label et donc il était là à Cannes pour faire du réseau etc et en fait nous à un moment donné de la soirée il nous dit ah bah ça vous dit de venir à un after nous
- 23:57on s'est dit cool c'est du réseau le gars il est sympa et effectivement c'est d'apprendre après coup que c'était un espèce de deal qu'il avait avec les gens de cette organisation que pour...
- 24:11Pour que lui ait le droit de venir dans cette soirée,
- 24:13il fallait qu'il ramène...
- 24:15C'est ça,
- 24:16vous étiez à la marge des marchandises qu'il amenait pour sa carte d'entrée.
- 24:20Oui,
- 24:22ça fait des choses à raconter.
- 24:25J'espère que t'as réussi de partir en courant comme les filles de Pantone.
- 24:28Oui,
- 24:28c'est ce qu'on a fait.
- 24:30L'histoire est véridique.
- 24:31On est vraiment partis en courant,
- 24:32il y a vraiment des chiens qui nous ont courus après.
- 24:35On a vraiment sauté par-dessus un portail et on a vraiment flippé pour le coup.
- 24:40Donc après toute cette période-là,
- 24:43tu décides de venir à Montpellier pour t'installer.
- 24:47Et c'est là où tu débutes la Pietà.
- 24:49Mais au début,
- 24:50le projet c'est d'écrire un livre.
- 24:52Pour vraiment parler de tout ce qui s'est passé,
- 24:54donc il y a ce livre qui est sorti à la moyenne,
- 24:57mais tu ne comptes absolument pas de reprendre la musique.
- 25:00Oui,
- 25:01alors en fait quand je suis arrivée dans le Sud,
- 25:04comme tu disais tout à l'heure,
- 25:05j'avais été marquée par ce que j'avais vécu et j'avais décidé d'arrêter la musique.
- 25:10Donc j'ai annoncé que j'arrêtais la musique et concrètement je ne savais pas ce que j'allais faire de ma vie du tout.
- 25:17Il se trouve que j'avais connu...
- 25:19par mon ancien compagnon avec qui j'ai été presque 10 ans.
- 25:22Sa famille était à Sète,
- 25:24donc j'avais connu Sète.
- 25:26Et sa famille,
- 25:27c'était un peu mon refuge.
- 25:29Et quand j'ai été très mal,
- 25:30au moment où j'ai annoncé que j'arrêtais la musique et tout,
- 25:34la première idée,
- 25:35c'était de venir se réfugier à Sète,
- 25:37chez eux.
- 25:39Ensuite,
- 25:39je me suis dit que j'allais déménager complètement,
- 25:42donc à Montpellier,
- 25:43parce que c'était plus pratique que Sète pour commencer.
- 25:47Mais du coup,
- 25:48quand j'ai débarqué ici,
- 25:50dans le sud,
- 25:52d'abord,
- 25:53je suis allée me réfugier dans cette maison à sept,
- 25:55dans cette famille qui me prenait vraiment sous son aile.
- 25:59Et je ne savais pas du tout ce que j'allais faire de ma vie,
- 26:01sauf que j'arrêtais la musique.
- 26:03En réalité,
- 26:05mon ancien compagnon,
- 26:07donc celui avec qui j'ai été dix ans,
- 26:10et qui est toujours resté mon meilleur ami,
- 26:12même quand on n'était plus ensemble et tout.
- 26:15m'a offert une carte son,
- 26:18une petite carte son,
- 26:19un petit clavier et il m'a dit au cas où quand même tu veux y faire de la musique.
- 26:26Et tu as commencé avec ces claviers ?
- 26:27Et du coup en fait en parallèle cet été là,
- 26:30c'était donc tout un été en 2014 où j'étais dans cette maison à Sète.
- 26:36Et entre deux baignades et des tentes,
- 26:41j'écrivais.
- 26:42Mais je ne m'étais pas dit que c'était un livre.
- 26:44Ah oui,
- 26:44tu ne m'aimes pas.
- 26:44C'est juste que j'écrivais.
- 26:45Comme un journal intime.
- 26:47C'est ça.
- 26:48Et puis du coup,
- 26:50j'avais ce petit clavier,
- 26:51cette petite carte son qui était là.
- 26:53Ah bah tiens,
- 26:54je vais rigoler.
- 26:55Et puis en fait,
- 26:56j'avais donc des bouts de texte que j'avais écrits,
- 27:00dont celui de la moyenne.
- 27:03Et donc...
- 27:04Avec ce petit clavier,
- 27:05j'ai commencé à faire des sons pour rigoler en MAO,
- 27:09ce que je n'avais jamais fait avant,
- 27:10donc musique sur ordinateur avec un logiciel.
- 27:13Donc à s'amuser avec des samples,
- 27:15à faire des sons comme ça.
- 27:18Et je me suis dit,
- 27:18tiens,
- 27:19puisque je chante mal,
- 27:20puisque j'avais ça dans ma tête,
- 27:22je vais juste parler.
- 27:23Et j'avais eu un déclic aussi parce que j'avais eu un gros coup de cœur pour un groupe qui s'appelle Kabaddi,
- 27:30qui m'avait marquée.
- 27:31qui était très sombre à l'époque,
- 27:33après ils ont un peu changé,
- 27:34mais à l'époque ils avaient fait un album très sombre.
- 27:36D'ailleurs,
- 27:37leur slogan c'était
- 27:39« Sad music for bad people » .
- 27:43C'était au moins ce qu'ils voulaient faire.
- 27:46Et c'était très sombre cet album,
- 27:49mais ça m'a beaucoup marquée.
- 27:50Je les ai vus jouer en acoustique dans une église à Paris,
- 27:52à Sainte-Eustache,
- 27:54et c'était la claque,
- 27:55j'ai pleuré à tous leurs concerts.
- 27:56Du coup,
- 27:56c'est ça qui s'est passé,
- 27:57c'est qu'un mois après j'étais à 7.
- 28:00avec ces petits samples,
- 28:02mes textes,
- 28:03et je me suis dit,
- 28:03tiens,
- 28:04peut-être je peux faire comme eux,
- 28:05plus slamé.
- 28:07Et donc j'ai tenté de dire mon texte de la moyenne sur des bouts de sons électro,
- 28:13et c'est comme ça qu'est né ce titre-là.
- 28:14Mais au départ,
- 28:15ce n'était pas du tout pour le sortir,
- 28:17et pendant presque un an,
- 28:19j'ai fait des trucs comme ça pour m'amuser,
- 28:21pas dans l'intention de sortir ça.
- 28:25Les textes,
- 28:25au fur et à mesure,
- 28:26ça devenait plus concret,
- 28:29mais c'était...
- 28:29pas sous forme de roman et moi à l'époque une fois que j'ai passé mes trois mois à sept à me poser ma conclusion c'était je suis pas artiste si je le fais c'est pour m'amuser mais maintenant il faut que je me trouve un vrai métier c'était quoi le vrai métier alors ?
- 28:46je me suis dit qu'est-ce que je peux faire ?
- 28:49j'ai fait un espèce de bilan de compétences toute seule je me suis dit je sors
- 28:53de mon expérience chez Sony,
- 28:55ce qu'on n'a pas dit c'est que j'avais fait un procès à ma maison de disques donc après ce qui s'est passé chez Sony j'ai fait un procès qui a duré deux ans donc c'est ça aussi qui m'a épuisée,
- 29:02qui m'a vidée c'était très compliqué,
- 29:04mais ce procès alors c'était très dur,
- 29:07moi en même temps ça m'a obligée à travailler avec un avocat je me suis fédérée et j'ai commencé à participer à toutes les réunions de la SACEM,
- 29:15de la GAM c'est la Guilde des Artistes Musiciens de la DAMI de la SPEDIDAM,
- 29:21j'ai commencé à m'intéresser aux droits des artistes pour...
- 29:23Parce que si je faisais un procès,
- 29:25c'est parce qu'il y avait eu des soucis contractuels.
- 29:28Et donc j'ai voulu comprendre tout ça.
- 29:30Donc quand je suis arrivée à faire mon petit bilan de compétence,
- 29:33je me suis dit bon,
- 29:34là j'ai quand même depuis des années appris plein de choses sur le métier de la musique.
- 29:38J'ai fait toutes les erreurs qu'un artiste ne doit pas faire.
- 29:42Peut-être que je pourrais aider des artistes à ne pas faire les mêmes conneries que moi.
- 29:46Et donc je me suis dit,
- 29:47je vais essayer que mon métier ça soit d'accompagner des artistes.
- 29:51Donc finalement...
- 29:52Reprendre ce que Virginie Auclair avait fait avec moi,
- 29:54j'avais envie de le faire pour d'autres.
- 29:56Donc quand je suis arrivée ici,
- 29:58c'était ça mon métier.
- 29:59Et officiellement,
- 30:01j'avais arrêté la musique.
- 30:03Alors,
- 30:04en sous-marin chez moi,
- 30:05j'en faisais un peu.
- 30:07Mais quand je suis arrivée ici et que j'ai rencontré des gens,
- 30:10que j'ai rencontré toutes les fédérations,
- 30:11tous les organismes,
- 30:12les salles de concert,
- 30:13je me présentais en tant que « Bonjour
- 30:15Virginie, productrice et manageuse d'artistes » .
- 30:19T'accompagne à quel groupe ?
- 30:21Un des premiers coups de cœur que j'ai eu en arrivant à Montpellier,
- 30:25que j'ai commencé à faire des concerts,
- 30:27j'habitais à côté du Rock Store en plus,
- 30:28donc c'était plutôt cool.
- 30:31Et une des toutes premières soirées,
- 30:32je crois que c'était là,
- 30:34fin septembre ou début octobre,
- 30:36c'était la reprise.
- 30:37Et il y avait des groupes locaux qui jouaient.
- 30:42Et donc j'y étais allée,
- 30:43il n'y avait pratiquement personne dans la salle.
- 30:46Et il y avait genre
- 30:476 ou 7 groupes locaux qui jouaient.
- 30:50Et donc,
- 30:50il y avait un groupe de rock que j'ai vraiment adoré,
- 30:53qui s'appelait Cursed.
- 30:56Et du coup,
- 30:56je suis allée leur parler à la fin du concert en leur disant bravo,
- 31:00est-ce que vous êtes accompagnée ?
- 31:02J'ai rien compris à ce qu'ils m'ont dit parce qu'ils avaient un accent du sud.
- 31:07Incroyable !
- 31:08Et puis eux,
- 31:09ils n'ont pas trop capté qui j'étais et tout.
- 31:13Mais j'avais une vision pour le coup.
- 31:16Et je pense que tu vois,
- 31:18quand j'ai rencontré Muse,
- 31:19j'avais la vision que ça marcherait,
- 31:20ça a marché.
- 31:23Pour l'écoute,
- 31:23il n'y a pas un compagnie,
- 31:25malheureusement.
- 31:26Je ne dis pas que c'est grâce à moi que ça fonctionne.
- 31:28Par contre,
- 31:28je pense que j'ai la vision quand même de...
- 31:30Assez souvent,
- 31:32je repère un truc qui va fonctionner.
- 31:35Et donc,
- 31:35en l'occurrence,
- 31:36Cursed,
- 31:37ils n'ont pas cartonné en tant que Cursed.
- 31:39Par contre,
- 31:40Hugo,
- 31:40qui était le compositeur,
- 31:42auteur-compositeur-arrangeur,
- 31:44a monté un autre groupe où il est auteur-compositeur-arrangeur.
- 31:46Qui s'appelle Bandi Bandi.
- 31:48Donc,
- 31:51Hugo,
- 31:51j'ai tout de suite senti et vu qu'à la fois,
- 31:55il avait le charisme et le talent de composition et qu'il méritait.
- 32:01Donc,
- 32:02je suis devenue leur manageuse et j'ai adoré travailler avec eux.
- 32:07Tu sais comment c'est d'être une artiste,
- 32:09tu sais comment c'est d'être une manager.
- 32:10Alors,
- 32:11c'est plus facile d'être manager d'artiste comme toi-même,
- 32:14tu es artiste ou pas du tout ?
- 32:18Moi je pense que oui.
- 32:19Enfin facile je sais pas mais en tout cas je pense que dans ma manière de travailler avec les artistes,
- 32:28que ce soit quand je suis manageuse ou quand je fais du coaching scénique ou maintenant de la formation,
- 32:35je pense que plus que d'autres interlocuteurs je comprends ce que c'est d'être sur scène,
- 32:41ce que c'est d'écrire,
- 32:43ce que c'est de...
- 32:46Et je pense que quand on est coaché ou accompagné par des gens qui ne l'ont pas vécu,
- 32:52c'est plus compliqué,
- 32:53je pense.
- 32:54Tu penses que tu es plus compréhensible ou au contraire,
- 32:57tu es plus exigeante ?
- 32:57Ce n'est pas notre rôle d'être exigeant.
- 33:02On est là pour accompagner,
- 33:03pas pour exiger.
- 33:05Donc non,
- 33:09ni l'un ni l'autre.
- 33:11Je pense que c'est différent.
- 33:12Je pense qu'il n'y a pas mieux ou moins bien.
- 33:15en fait on fait
- 33:16On est tous singuliers et on fait avec notre vécu.
- 33:20Donc je pense que j'ai un profil particulier et que c'est à moi d'en faire une richesse.
- 33:27Voilà,
- 33:27c'est ce que j'essaye de faire.
- 33:30Bon,
- 33:30Rebano,
- 33:31à ton livre,
- 33:32donc La Moyenne,
- 33:34le projet Pieta voit vraiment le jour avec le titre La Moyenne qui sort à un moment sur les réseaux et sur YouTube.
- 33:42mais toi alors
- 33:43Tu ne voulais pas faire de la musique.
- 33:44Qu'est-ce qui a changé ?
- 33:46Est-ce que c'était quelqu'un ?
- 33:49Qu'est-ce qui s'est passé ?
- 33:51Encore une fois,
- 33:51ce n'est pas que je ne voulais pas faire de la musique.
- 33:53C'est que j'avais perdu toute confiance en moi.
- 33:56En faire et écrire,
- 33:58c'est ma passion.
- 33:59J'en ai besoin.
- 34:01J'ai jamais arrêté ça.
- 34:03Par contre,
- 34:03en faire mon métier,
- 34:04c'est autre chose.
- 34:06Je pense que c'est quelque chose qui est hyper important.
- 34:09De partager avec les artistes avec qui je travaille maintenant,
- 34:15c'est qu'il y a un monde entre être artiste ou vivre du métier d'artiste.
- 34:20Et souvent,
- 34:21il y a une énorme confusion.
- 34:23C'est qu'on croit,
- 34:24parce qu'on est artiste,
- 34:25que ça veut dire qu'à tout prix,
- 34:27il faut en vivre.
- 34:29En fait,
- 34:29parfois,
- 34:31le meilleur moyen d'être artiste,
- 34:32c'est surtout de ne pas en vivre.
- 34:34Parce que justement,
- 34:34à partir du moment où on essaye d'en vivre,
- 34:36c'est là où commence...
- 34:38les compromis,
- 34:39etc.
- 34:40Et donc,
- 34:40le propos artistique,
- 34:41c'est plus compliqué de le tenir.
- 34:44Donc,
- 34:44à l'époque,
- 34:47je continuais à écrire,
- 34:49à faire mes petits sons de mon côté,
- 34:50etc.
- 34:51Avec ton petit synthé.
- 34:53Et en parallèle,
- 34:55j'étais donc devenue manageuse d'artistes.
- 34:57Je précise que je m'étais formée pour ça.
- 34:59Du coup,
- 35:00j'ai fait des formations pendant un an de coaching scénique,
- 35:03de tournage.
- 35:03Tu ne fais pas des choses à moitié.
- 35:05Si tu fais un procès,
- 35:06tu te formes de partout si tu manages.
- 35:10parce qu'il y a aussi ce fameux syndrome de l'imposteur moi j'étais artiste qu'est-ce qui fait que d'un coup je peux devenir manageuse donc moi j'avais besoin d'asseoir le fait que j'ai fait des formations j'ai
- 35:24tout le bagage nécessaire pour pouvoir le faire et donc j'étais j'accompagnais des artistes donc il y avait Kirst,
- 35:31il y avait une chanteuse qui s'appelait Athénaïs et à l'époque il y avait un groupe OK.
- 35:35qui n'a pas duré super longtemps,
- 35:36mais qui s'appelait The Plans.
- 35:38Dedans,
- 35:38il y avait un guitariste qui était en fait la première personne que j'ai rencontrée à Montpellier,
- 35:43qui s'appelle Sylvain Bria,
- 35:44qui est à la fois multi-instrumentiste,
- 35:47ingénieur du son,
- 35:48réalisateur.
- 35:50Il fait plein de choses.
- 35:52Et en fait,
- 35:52lui,
- 35:53je l'ai connu parce qu'il était guitariste de ce groupe que j'accompagnais.
- 35:57Mais lui,
- 35:58à côté,
- 35:58faisait plein de choses.
- 35:59Et puis,
- 36:00on parlait beaucoup.
- 36:01Et en fait,
- 36:02lui,
- 36:02il n'arrêtait pas de me dire,
- 36:03mais attends,
- 36:04avec...
- 36:04Tout ce que tu as écrit avant,
- 36:06etc.,
- 36:06je ne peux pas croire que tu n'écris plus.
- 36:09Et c'est lui qui,
- 36:10en fait,
- 36:10a repéré.
- 36:11Il me disait non,
- 36:12je ne te crois pas que tu arrêtes la musique.
- 36:14Je suis sûre que tu continues à faire de la musique.
- 36:16Et il insistait.
- 36:17Et je disais oui,
- 36:18je fais de la musique,
- 36:19mais pour moi maintenant.
- 36:20Et il me disait non,
- 36:21mais vas-y,
- 36:21fais-moi écouter,
- 36:22fais-moi écouter.
- 36:23Et c'est vraiment lui qui m'a poussée à lui faire écouter.
- 36:28Je lui ai fait écouter.
- 36:29Et il m'a dit,
- 36:31moi,
- 36:31je crois qu'il y a un vrai truc là dans ce que tu fais.
- 36:35comme je t'ai dit,
- 36:35moi je fais de l'arrangement,
- 36:36je fais de la réalisation.
- 36:38Est-ce que tu veux bien me donner le piste par piste ?
- 36:42d'un de tes morceaux et je fais un essai dessus pour produire ça mieux et tu me dis ce que t'en penses et donc ça il a insisté pendant plusieurs semaines j'ai fini par lui donner le piste-piste et il a fait un essai et
- 36:57je lui ai jamais donné de nouvelles et ça a duré vraiment longtemps et en plus on se côtoyait pour d'autres choses et il essayait de me dire bah alors t'as écouté je vais...
- 37:10Tu avais écouté tout de suite en fait.
- 37:11Bien sûr,
- 37:12je l'ai écouté tout de suite et c'était très bien.
- 37:15Mais je ne voulais pas.
- 37:17Et donc,
- 37:17il a vraiment insisté longtemps et j'ai fini par lui dire oui,
- 37:21c'est chanmé,
- 37:23mais je t'ai dit c'est pas ça que je veux faire.
- 37:24Il m'a dit écoute,
- 37:26vas-y,
- 37:26t'as quelques titres,
- 37:27on les met au propre comme ça,
- 37:29entre nous,
- 37:29à la maison,
- 37:30parce qu'à l'époque,
- 37:31il n'avait pas encore de studio,
- 37:32c'était un home studio.
- 37:35Et puis après,
- 37:35tu vois ce que t'en fais.
- 37:38Et c'est comme ça que je me suis retrouvée.
- 37:39Je me suis dit,
- 37:40oui,
- 37:40je vais me faire plaisir en le faisant,
- 37:42mais je ne suis pas sûre de le sortir.
- 37:45Et si je le sors,
- 37:46ça sera en cachette.
- 37:49Et c'est pour ça que le début de la Pietà,
- 37:51j'étais masquée et c'était anonyme.
- 37:53Donc,
- 37:53quand j'ai sorti le premier titre,
- 37:56La Moyenne,
- 37:57c'était il y a pile dix ans.
- 37:59Là,
- 37:59on est vraiment...
- 38:00C'est l'anniversaire.
- 38:02Joyeux anniversaire.
- 38:05Vraiment pile poil,
- 38:06c'était fin septembre 2015 et j'avais fait un clip pendant l'été,
- 38:13mais complètement homemade,
- 38:14j'avais vraiment tout fait à la débrouille.
- 38:16On avait fait
- 38:17Sylvain et moi à la maison,
- 38:20le son,
- 38:22le clip,
- 38:22j'avais tout fait toute seule à domicile.
- 38:25En plus c'était vraiment hyper hardcore,
- 38:28le clip était ultra trash,
- 38:30c'était vraiment un exutoire.
- 38:31J'avais besoin de sortir ce truc très...
- 38:34très dur parce que c'est un exutoire de tout ce que j'avais vécu avant.
- 38:40Et donc quand j'ai sorti ça,
- 38:41c'était vraiment,
- 38:43je veux pas que ça se sache.
- 38:44Donc personne ne le savait,
- 38:45même dans mon entourage,
- 38:47quasiment personne ne le savait.
- 38:49J'ai mes deux meilleurs amis à qui j'avais fait écouter la moyenne,
- 38:53qui eux me connaissaient de ce que je faisais depuis longtemps avant et tout.
- 38:56Quand je leur ai fait écouter la moyenne,
- 38:58ils m'ont dit,
- 38:59mais tu vas pas sortir ça ?
- 39:01Mais c'est horrible !
- 39:03Alors qu'en plus...
- 39:04C'est mes deux meilleurs amis,
- 39:05genre Bisounours,
- 39:07qui m'avaient toujours dit quoi que je fasse.
- 39:08Ils m'avaient toujours dit
- 39:10« c'est génial ce que tu fais,
- 39:12ta chanson est trop bien » .
- 39:14Et là je leur fais écouter La Moyenne,
- 39:15ils me font « mais c'est horrible,
- 39:18tu vas pas sortir ça » .
- 39:19Mais quand même tu t'es dit « bon,
- 39:21quand même je vais le faire » .
- 39:22Pour expliquer un peu,
- 39:24au cas où il y a des gens qui regardent et qui ne connaissent pas,
- 39:27La Moyenne c'était complètement hors format.
- 39:31Moi c'est vrai que ce que je faisais avant La Pieta,
- 39:33C'était beaucoup plus...
- 39:34Ça a toujours été rock,
- 39:36mais c'était plus pop-rock.
- 39:37Donc il y avait quand même un format pop,
- 39:40avec un couplet,
- 39:41un refrain,
- 39:41une mélodie,
- 39:42etc.
- 39:43Là,
- 39:43d'un coup,
- 39:43la moyenne,
- 39:44c'est un titre qui durait six minutes et quelques,
- 39:48sans mélodie,
- 39:50avec un texte slamé,
- 39:52qui était très dur.
- 39:53Le texte était très brutal,
- 39:57voire violent.
- 39:59Le clip était extrêmement violent et
- 40:04de rebelle,
- 40:05quoi.
- 40:06J'ai vraiment fait une...
- 40:08J'ai mis une accumulation de tout ce qu'on n'a pas le droit de faire,
- 40:12quoi.
- 40:14Et puis,
- 40:16voilà,
- 40:16c'est aussi le fait d'être anonyme et masquée qui m'a permis de le faire.
- 40:23Il y a quelque chose,
- 40:24je crois,
- 40:24que j'ai pas dit souvent dans les interviews,
- 40:26etc.,
- 40:27parce qu'on m'a souvent posé la question pourquoi t'avais un masque et tout ça.
- 40:30Et je crois qu'il y a un truc que j'ai pas dit souvent,
- 40:32c'est que le fait d'avoir un masque,
- 40:34Et d'être anonyme,
- 40:35ça me libérait de mes parents.
- 40:37Et ça peut paraître complètement con,
- 40:39mais en fait,
- 40:40je crois que j'avais toujours dans ma tête,
- 40:43quand on sort une chanson,
- 40:45j'avais toujours ce truc de petite fille,
- 40:48bonne élève,
- 40:49etc.,
- 40:50qui ne veut pas décevoir ses parents.
- 40:51Et donc,
- 40:52je pense que je ne voulais jamais aller trop loin dans ce que je faisais.
- 40:55Le fait de sortir ça sans mon nom,
- 40:58ça me libérait.
- 40:58Je savais que mes parents ne seraient pas au courant.
- 41:00Et d'ailleurs...
- 41:02Mes parents,
- 41:03enfin,
- 41:03mon père est décédé entre-temps,
- 41:05mais ma mère,
- 41:06elle a su que j'étais la pieta.
- 41:11Je pense qu'elle a entendu la moyenne une fois,
- 41:13il y a trois ans,
- 41:14pour la première fois,
- 41:15tu vois.
- 41:16Mais non !
- 41:16Ah bah oui,
- 41:16bien sûr,
- 41:17bien sûr.
- 41:17Pendant des années,
- 41:18c'était impossible pour moi que ma mère sache que je chante ça,
- 41:21quoi.
- 41:21Et comment elle a réagi ?
- 41:22Alors ta maman ?
- 41:23Je veux pas savoir.
- 41:25T'étais pas à côté ?
- 41:26Non.
- 41:26Mais tu l'as envoyée ou elle avait...
- 41:29Franchement,
- 41:29elle est venue l'année dernière sur un concert.
- 41:34Sur un concert solo,
- 41:35je crois que c'est la première fois,
- 41:36j'avais refusé qu'elle vienne au concert de la Pietà toutes les années d'avant.
- 41:41Donc non,
- 41:41elle ne savait pas.
- 41:42Elle est un peu âgée,
- 41:43elle n'est pas sur Internet,
- 41:45tout ça.
- 41:46Après,
- 41:46elle savait que je m'appelais Lapieta,
- 41:47mais ce n'est pas le genre.
- 41:50Elle ne connaît pas YouTube.
- 41:52Elle n'est pas allée chercher.
- 41:52Ça facilitait les choses pour qu'elle ne sache pas exactement ce que tu fais.
- 41:57Donc oui,
- 41:57il y avait une espèce de...
- 41:59Pour pouvoir être libre,
- 42:00on revient à la liberté,
- 42:01pour pouvoir être libre de tout,
- 42:02y compris du carcan familial,
- 42:04il y avait cet anonymat qui était nécessaire à ce moment-là.
- 42:09Et donc voilà,
- 42:10j'ai sorti ce titre de manière anonyme en me disant,
- 42:17j'essayais que les choses soient cohérentes quand même dans l'univers.
- 42:19Il y avait quand même un univers visuel et tout,
- 42:21parce que j'aime bien faire les choses à fond.
- 42:25Bah oui,
- 42:26on voit bien.
- 42:27Mais je ne pensais pas que ça redeviendrait mon métier.
- 42:32Et puis en fait,
- 42:34ce titre a buzzé très rapidement.
- 42:37Tu as été sélectionnée pour les Inuits de Printemps de Bourges.
- 42:41Ça c'est après,
- 42:42ça c'est plus tard.
- 42:42La première chose,
- 42:44ça a été les Transsévenols dans la région.
- 42:48On fait un petit coco aux Transsévenols.
- 42:50Exactement.
- 42:51Donc il y avait les Transsévenols,
- 42:53mais après,
- 42:53il y a un moment aussi,
- 42:54tu es sélectionnée pour les Inuits de Printemps de Bourges,
- 42:56mais après,
- 42:57en ayant un spectacle complet.
- 43:01Donc ça a commencé à marcher en fait.
- 43:02Et tu t'es dit,
- 43:03déjà,
- 43:04mais avant,
- 43:04comme tu fais les Transs,
- 43:05C'est...
- 43:06C'est réparti en fait.
- 43:08Qu'est-ce que tu penses à ce moment-là ?
- 43:09Tu es contente ?
- 43:11Tu ne sais pas trop ?
- 43:12Qu'est-ce que tu t'es dit ?
- 43:14En fait,
- 43:15pendant longtemps,
- 43:16j'ai continué à me dire,
- 43:20moi mon métier c'est manageuse d'artiste et je fais de la musique à côté.
- 43:25Et puis en fait,
- 43:26j'ai eu un...
- 43:27Effectivement,
- 43:29suite à la sortie de La Moyenne,
- 43:30il y a plein de gens qui m'ont contactée.
- 43:33Il y a plein de dates qui se sont bookées.
- 43:35Il y a un tourneur qui m'a contactée,
- 43:37qui a commencé à m'accompagner énormément.
- 43:40Et d'ailleurs,
- 43:41la Pietà a existé beaucoup grâce à lui aussi.
- 43:44Il s'appelle Lionel Bidabé.
- 43:45Ah oui,
- 43:46tu as travaillé avec Lionel.
- 43:47Ah oui,
- 43:47c'est lui tout le début.
- 43:49Mais ce qui est rigolo,
- 43:51c'est qu'il détestait ce que je faisais avant.
- 43:53Si j'avais sorti,
- 43:55et on se l'est dit plein de fois,
- 43:57si j'avais sorti la Pietà,
- 44:00sous mon nom,
- 44:02en tout cas en disant la Pietà c'est Virginie Noury,
- 44:05il n'aurait même pas écouté en fait.
- 44:07Et c'est ça que ça m'a permis aussi cet anonymat,
- 44:09c'est que tout ce que vu que j'avais eu un parcours déjà dans la musique,
- 44:14qu'en plus j'avais fait un procès à ma maison de disques,
- 44:17qu'à l'époque de ce procès là on m'a dit tu seras blacklisté de partout,
- 44:20personne ne voudra travailler avec toi,
- 44:22l'anonymat ça m'a permis aussi d'avoir une page blanche et de pouvoir recommencer à zéro et que personne n'avait un avis.
- 44:29sur est-ce que ce que je fais c'est bien ou pas.
- 44:32Et donc en l'occurrence,
- 44:33du coup,
- 44:34plein de gens qui détestaient
- 44:35Virginie Noury,
- 44:36en tout cas
- 44:39Virginie l'artiste,
- 44:42ont en fait adoré la Pietà.
- 44:43Donc pendant un moment donné,
- 44:44c'était schizophrénique parce qu'ils ne savaient pas que c'était moi et qu'au début,
- 44:47je ne voulais pas qu'on sache que c'était moi.
- 44:49Vraiment tout le début du projet.
- 44:51Je veux dire,
- 44:51même en coulisses,
- 44:52etc.,
- 44:52je voulais garder le masque tout le temps.
- 44:54Oui,
- 44:54carrément,
- 44:54même en backstage,
- 44:55tu étais masquée.
- 44:57En fait,
- 44:57c'était très vite intenable,
- 44:59bien évidemment.
- 44:59Donc,
- 45:01ça s'est su très vite.
- 45:02Surtout que,
- 45:02du coup,
- 45:06les gens pensaient que j'étais la manageuse de la Pieta.
- 45:09Donc,
- 45:09c'était marrant,
- 45:10tu vois.
- 45:10La première fois que les Transsévenols m'ont contactée,
- 45:13en fait,
- 45:13moi,
- 45:14en tant que manageuse de Kirst et d'Athénaïs,
- 45:17j'avais rempli les dossiers.
- 45:19pour l'appel à accompagnement du dispositif des transsévenoles.
- 45:26J'avais rempli le dossier pour Athénéis et pour Kirst,
- 45:29parce que j'étais leur manageuse.
- 45:30Et au moment où j'envoie les dossiers,
- 45:32je me dis,
- 45:32tiens,
- 45:33j'ai qu'à envoyer aussi pour la Pieta.
- 45:35Mais comme ça,
- 45:36quoi.
- 45:37Encore une fois,
- 45:37en plus,
- 45:37la Pieta,
- 45:38c'était tellement vénère que je ne pensais pas.
- 45:42Et en fait,
- 45:43du coup,
- 45:43j'avais envoyé les trois.
- 45:45et sous le nom Le Petit Chat Noir et Corde,
- 45:47qui est le nom de ma structure.
- 45:49Et donc,
- 45:50quand les Transsévenols m'ont contactée,
- 45:54ils m'ont dit,
- 45:54ah bah Virginie,
- 45:56on a vu que tu t'occupes d'une artiste,
- 46:02la Pieta,
- 46:03en fait,
- 46:03c'est cette artiste-là qu'on a envie de sélectionner.
- 46:07Et moi j'étais dans la merde,
- 46:08comme si j'étais là,
- 46:09mais c'est moi,
- 46:09merde !
- 46:11Donc au début,
- 46:12les premiers coups de fil,
- 46:13c'était marrant,
- 46:14parce que les gens ne savaient pas que c'était moi.
- 46:16Mais donc voilà,
- 46:17pour te répondre,
- 46:19pendant assez longtemps quand même,
- 46:21parce que la sortie de La Moyenne,
- 46:22c'était donc fin 2015,
- 46:24et en fait ça a été jusqu'à fin 2017 que j'ai continué à me dire,
- 46:29mon métier c'est,
- 46:30j'accompagne des artistes,
- 46:31et la piéta c'est à côté.
- 46:33Sauf que ça prenait beaucoup de temps,
- 46:34et que j'ai eu un...
- 46:35Un rendez-vous avec
- 46:37Clotilde de chez
- 46:40Paloma, qui est une salle de spectacle qui m'accompagnait,
- 46:43et Clotilde qui était chargée d'accompagnement.
- 46:46Et je me souviendrai toujours de ce rendez-vous.
- 46:48Pareil,
- 46:48c'était en septembre,
- 46:49c'était...
- 46:50C'est le mois d'anniversaire là !
- 46:52On reprend la nouvelle vie en septembre.
- 46:55Et donc,
- 46:56c'était septembre 2017.
- 46:58Elle me dit,
- 46:59est-ce qu'on peut faire le point des mois à venir ?
- 47:01Est-ce que tu peux me dire,
- 47:02sur les mois à venir,
- 47:04qu'est-ce qui...
- 47:05te fait gagner ta vie.
- 47:07Regarde là les cachets,
- 47:09les entrées d'argent que t'as sur les mois à venir,
- 47:13qu'est-ce qui te fait gagner ta vie ?
- 47:15Et effectivement,
- 47:15je faisais quasi une intermittence complète,
- 47:18plus qu'avec la piéta à fond quoi.
- 47:21Et donc elle m'a dit,
- 47:22peut-être que ton métier c'est artiste en fait.
- 47:27Donc c'est là où tu t'es dit en fait...
- 47:30Ouais,
- 47:31et puis ça a pris du temps à reprendre confiance,
- 47:33effectivement.
- 47:34Il y a eu énormément de gens qui ont cru en moi à cette époque-là,
- 47:38dans les choses déterminantes.
- 47:38Donc oui,
- 47:39il y a eu les Inuits du printemps de Bourges,
- 47:41mais il y a eu aussi beaucoup l'accompagnement de carrière de l'Assasem.
- 47:47En fait,
- 47:47c'est un accompagnement qui est très important et très rare.
- 47:56Donc c'est en fait le...
- 48:01Le directeur,
- 48:01ou maintenant c'est une directrice,
- 48:03mais à l'époque c'était Lilian Goldstein qui dirigeait la partie accompagnement des artistes à la SACEM.
- 48:12Et donc à la SACEM,
- 48:13ils ont des aides auxquelles on peut postuler,
- 48:16on remplit des dossiers,
- 48:17etc.
- 48:18Mais l'accompagnement de carrière,
- 48:20ça n'est pas un dossier qu'on peut remplir.
- 48:21C'est eux qui te repèrent.
- 48:24Ah,
- 48:24qui te sollicitent,
- 48:24ok.
- 48:25Et c'est eux qui te sollicitent.
- 48:26Ah ben c'est super.
- 48:27Et c'est très rare.
- 48:28Et c'est une grosse aide.
- 48:30Et en fait,
- 48:31en l'occurrence,
- 48:33Lilian Goldstein,
- 48:33qui s'occupait de ça à l'époque,
- 48:36m'avait appelée en disant,
- 48:39je crois en toi,
- 48:40je crois que tu es une grande artiste et je veux travailler avec toi.
- 48:44Et donc,
- 48:45il m'avait fait venir à la SACEM à Paris.
- 48:48Et j'ai eu un accompagnement de carrière en 2018 qui m'a beaucoup aidée parce que lui aussi,
- 48:53il me disait,
- 48:55je pense que quand tu seras alignée,
- 48:57que tu reprendras confiance en toi,
- 48:59tu vas retirer le masque.
- 49:01Et c'est ce que j'ai fait effectivement un an ou deux après.
- 49:04Donc oui,
- 49:05Lilian Goldstein,
- 49:06même si je l'ai beaucoup moins connue qu'une Virginie Auclair,
- 49:09mais ça fait partie des gens qui m'ont redonné confiance.
- 49:14Donc quand tu as retiré le masque,
- 49:16c'était au moment où il y avait le deuxième album,
- 49:18L'Innamorata ?
- 49:20Je l'avais retiré déjà un peu avant.
- 49:21Un petit peu avant ?
- 49:22Bien avant même d'ailleurs.
- 49:24En fait,
- 49:24ça a été par étapes.
- 49:26Parce que avant de faire le premier album de La Pieta,
- 49:28j'ai fait des EP,
- 49:30des mini-albums.
- 49:33Et en fait,
- 49:33c'est au moment du troisième EP,
- 49:35donc avant le premier album,
- 49:37que j'ai pour la première fois retiré le masque dans un clip,
- 49:41le clip de la chanson qui s'appelle La salle d'attente.
- 49:44En fait,
- 49:44j'ai bien aimé tout le temps faire quelque chose à laquelle on ne s'attendait pas.
- 49:53C'était un peu...
- 49:55C'était un peu mon leitmotiv,
- 49:58d'être là où on ne m'attend pas.
- 50:00Et donc vu que j'avais eu un peu un succès,
- 50:05entre guillemets,
- 50:05en tout cas un buzz,
- 50:06un public,
- 50:08par rapport au début de la Pietà qui était donc très électro-rock,
- 50:11slam,
- 50:12assez énervé,
- 50:13etc.
- 50:14J'ai eu envie de casser cette image-là en faisant quelque chose de complètement différent.
- 50:17Donc la salle d'attente,
- 50:18c'est la première fois que je faisais une chanson piano-voix,
- 50:22avec aucun autre élément qu'un piano.
- 50:24ma voix.
- 50:25C'était encore du slam mais du coup musicalement c'était très différent et du coup j'ai fait le choix de présenter cette chanson sans masque et en étant seule au milieu de l'opéra de Montpellier donc j'ai eu la chance d'avoir
- 50:41eu le droit de tourner ce clip dans l'opéra de Montpellier entièrement seule et sans masque mais je te dis que c'était par étapes parce qu'à l'époque j'avais retiré le masque parce que j'avais donc un masque de chat papier sur moi ...
- 50:54J'avais retiré,
- 50:54mais par contre j'avais écrit.
- 50:56Avant,
- 50:57sur le masque,
- 50:57il y avait des écritures.
- 50:59Là,
- 50:59j'avais retiré le masque,
- 51:00mais par contre pendant...
- 51:01Tu écrivais sautant visage.
- 51:02J'ai fait ça longtemps,
- 51:03c'était sacrément galère ça aussi.
- 51:06Tu m'étonnes pour chaque concert.
- 51:07Chaque concert,
- 51:08j'écrivais et surtout après,
- 51:09il fallait nettoyer.
- 51:10Je me suis arrachée la peau avec ça.
- 51:13Donc ça,
- 51:13c'était quand même...
- 51:15Ouais,
- 51:15c'était avant le premier album.
- 51:16Et puis après,
- 51:18au moment du deuxième album,
- 51:19j'ai carrément retiré les écritures,
- 51:22était plus...
- 51:23plus apaisée avec moi-même,
- 51:24je pense.
- 51:25Mais t'étais complètement plus apaisée,
- 51:26t'es passée quand même de ces titres-là à des titres plutôt comme ça.
- 51:41Oui.
- 51:42Après,
- 51:42pour moi,
- 51:43il y a quand même une logique,
- 51:44il y a un cheminement,
- 51:46parce que comme je te dis,
- 51:47c'est pas genre un album puis un autre.
- 51:49Non,
- 51:49il y a eu trois EP,
- 51:51un album...
- 51:52Un Covid entraitant...
- 51:54Oui,
- 51:55bien sûr.
- 51:57Et puis,
- 51:57en fait,
- 51:58ce que j'ai sorti avec L'Innamorata,
- 52:00donc le deuxième album de La Pieta,
- 52:02finalement,
- 52:03c'était beaucoup plus proche de ce que je faisais avant La Pieta.
- 52:06Donc,
- 52:07c'était pas que je faisais quelque chose de nouveau,
- 52:08c'est que je me retrouvais.
- 52:10et que c'était plus...
- 52:13Alors en fait,
- 52:14quand j'ai décidé quand même de sortir La Pieta,
- 52:18même si c'était avec un masque,
- 52:21ça y est,
- 52:21j'ai fait le choix de sortir publiquement les titres de La Pieta.
- 52:25J'avais un plan dans ma tête.
- 52:28C'était quoi ton plan ?
- 52:30Et mon plan,
- 52:31c'était que
- 52:33La Pieta,
- 52:33c'était un exutoire dont j'avais besoin.
- 52:37Mais du coup,
- 52:38ce n'était pas moi,
- 52:40Virginie.
- 52:41C'était...
- 52:42Un personnage,
- 52:43à un moment donné,
- 52:44qui raconte une histoire à un moment donné.
- 52:47Et c'est pour ça que,
- 52:48en fait,
- 52:49j'avais décidé de sortir que trois EP.
- 52:52Un livre,
- 52:54les trois EP et le livre étaient liés,
- 52:56racontaient la même histoire,
- 52:58et tout ça devait durer trois ans.
- 53:00Et donc,
- 53:01quand j'ai sorti,
- 53:03en septembre...
- 53:04C'était écrit,
- 53:04même,
- 53:05moi,
- 53:05je vais t'écrire mes trucs et tout.
- 53:07Quand j'ai sorti,
- 53:07en septembre 2015,
- 53:09La Moyenne...
- 53:10Dans ma tête,
- 53:11en septembre 2018,
- 53:12c'était fini.
- 53:13C'était fini,
- 53:13d'accord.
- 53:14C'était ça dans ma tête.
- 53:15On est en 2025,
- 53:17toujours pas.
- 53:18Entre temps,
- 53:18il s'est passé un truc qui s'appelle la vie.
- 53:22Et que,
- 53:23comme je disais,
- 53:24vu que ce plan-là,
- 53:28il était cohérent parce que j'avais mon métier à côté d'accompagnatrice d'artiste,
- 53:32etc.
- 53:34À partir du moment où la Pietà me faisait vivre,
- 53:38et puis plus que ça.
- 53:39Parce qu'en fait,
- 53:40La Pieta,
- 53:40c'est devenu deux musiciens,
- 53:44en plus de moi,
- 53:45plus une amie qui est devenue l'administratrice de ma structure.
- 53:50Parce que vu que La Pieta fonctionnait bien,
- 53:52il fallait grossir.
- 53:53Donc,
- 53:54en fait,
- 53:54au plus haut de tout ça,
- 53:58on va dire,
- 53:59il y avait une personne en CDI,
- 54:01deux personnes en CDD et trois intermittents du spectacle qui vivaient entièrement de La Pieta.
- 54:07Donc,
- 54:08dire...
- 54:10En fait,
- 54:10oui,
- 54:10mais moi,
- 54:10j'avais décidé que ça serait fini au bout de trois ans.
- 54:13Donc,
- 54:13merci,
- 54:13ciao.
- 54:15Ça demandait un courage que je n'ai pas eu.
- 54:17Je pense que ce n'est peut-être pas que le manque de courage.
- 54:21Je pense que tu avais quand même envie de continuer.
- 54:23Tu parlais de regrets.
- 54:24Oui,
- 54:24mais tu parlais de regrets.
- 54:27Ça,
- 54:27je pense que c'est un regret.
- 54:28Je pense que j'aurais dû,
- 54:31justement,
- 54:31avoir la force de confiance en moi.
- 54:37Et en ce que j'ai projeté pour dire La Pieta,
- 54:40c'est trois ans.
- 54:41Ce qui n'empêchait pas de continuer la musique.
- 54:43Mais en fait,
- 54:44ça aurait été...
- 54:45Tu vois ce que tu me dis,
- 54:45où tu me dis « Ah mais ton deuxième album est très différent du premier,
- 54:48etc. »
- 54:50Eh bien en fait,
- 54:50c'est parce que j'ai gardé le nom La Pieta.
- 54:52Alors qu'en fait,
- 54:53la bulle La Pieta,
- 54:54elle était cohérente sur les trois premières années.
- 54:57Après,
- 54:57j'avais besoin de faire autre chose.
- 54:58C'est peut-être à ce moment-là qu'il aurait fallu changer de nom.
- 55:02Mais c'était pas simple.
- 55:03Parce que tout le monde m'avait identifiée en tant que La Pieta.
- 55:06Et que du coup,
- 55:06on me programmait,
- 55:07on m'appelait pour me programmer.
- 55:09Ça a commencé à marcher bien,
- 55:10tu continues à vivre de ça.
- 55:11Parce que tu parlais des Inuits du printemps de Bourges,
- 55:14où du coup,
- 55:14j'avais joué sous le nom de La Pieta au printemps 2018.
- 55:19Il y avait un label canadien qui voulait nous signer.
- 55:21Normalement,
- 55:21on devait faire tout l'album là-bas.
- 55:24Au printemps de Bourges,
- 55:25c'est là où j'ai été repérée par France Inter.
- 55:27J'ai été invitée chez France Inter.
- 55:29J'ai eu un article dans Télérama.
- 55:30C'était difficile de dire,
- 55:32ben non en fait.
- 55:33Moi c'était trois ans et je ne prends pas tout ça.
- 55:37Avec du recul,
- 55:38tu vois,
- 55:38justement si j'étais face à un ou une artiste qui se questionnait comme ça,
- 55:42je lui dirais fais-le,
- 55:43arrête.
- 55:44Arrête ce nom-là.
- 55:46Parce que du coup ton projet il est cohérent.
- 55:49Et au contraire,
- 55:51c'est encore plus fort.
- 55:53Donc là,
- 55:54tu n'as pas arrêté,
- 55:56tu continues et tu prépares un nouvel album.
- 55:59Qu'est-ce qu'il y a sur cet album ?
- 56:00J'avais envie,
- 56:01comme d'habitude,
- 56:03d'être libre.
- 56:04Et je me suis beaucoup questionnée sur est-ce que je fais un nouvel album.
- 56:10L'année dernière,
- 56:11j'ai vraiment eu envie d'arrêter.
- 56:14Alors pas d'arrêter la musique,
- 56:16parce que comme je viens de dire,
- 56:17je pense que je continuerai toujours.
- 56:19Mais en tout cas,
- 56:20de ne plus faire d'album,
- 56:21etc.
- 56:22Et donc je me suis vraiment posé la question et je me suis rendu compte que j'avais envie simplement de revenir à l'essentiel.
- 56:32Et comme je disais tout à l'heure,
- 56:34je pense qu'il y a une différence entre faire de la musique,
- 56:37être artiste ou vivre de sa musique.
- 56:40Aujourd'hui,
- 56:42je suis assez en paix sur le fait que j'ai envie d'être complètement libre artistiquement.
- 56:47et donc...
- 56:49qui me fait vivre,
- 56:50ça ne soit pas forcément que l'artistique.
- 56:52C'est pour ça que je développe de plus en plus ma structure,
- 56:56ma société et les activités annexes,
- 57:00pour pouvoir être complètement libre.
- 57:01Ce qui m'a permis d'avoir une liberté de création totale là sur l'album à venir,
- 57:10sans me poser la question de oui,
- 57:11mais est-ce que ça va être au format ?
- 57:13Est-ce que je vais pouvoir avoir des playlists sur Spotify ?
- 57:16Est-ce que...
- 57:18Je vais avoir des vues sur YouTube ?
- 57:19Est-ce que je vais avoir besoin d'avoir des médias,
- 57:23etc. ?
- 57:24Non.
- 57:24Là,
- 57:25j'ai eu envie de revenir à comment je faisais de la musique quand j'avais 18 ans.
- 57:30Et dans ma vie,
- 57:31en général,
- 57:32j'ai l'impression qu'avoir 40 ans,
- 57:34c'est hyper cool parce que j'ai l'impression que c'est avoir 2 fois 20 ans,
- 57:37en fait.
- 57:39Et du coup,
- 57:39j'ai l'impression de revenir vraiment à l'essentiel et j'ai retrouvé un plaisir dingue cette année.
- 57:44Donc,
- 57:44en gros,
- 57:44l'année dernière,
- 57:45j'ai proposé à mes musiciens,
- 57:46j'ai dit,
- 57:46OK,
- 57:47soit moi je refais pas d'album c'est pas grave je fais des maquettes chez moi avec ton petit santé qui est toujours là soit ça vous dit qu'on fasse un album ensemble mais dans le plaisir avec peu
- 58:02de moyens financiers du coup et en fait avec mes musiciens on s'entend très bien et j'ai de la chance qu'ils soient vraiment super et s'il y a un truc qui existe depuis 10 ans c'est aussi cette rencontre avec mes musiciens
- 58:17Et ils ont dit,
- 58:19vas-y,
- 58:19on y va et on s'éclate.
- 58:21Et donc,
- 58:22on est parti sur un truc complètement rock.
- 58:24Moi,
- 58:24j'avais envie de repartir sur la base de ce que je faisais quand j'avais 18 ans avec ma guitare.
- 58:29J'écoutais
- 58:30Hall et Nirvana et j'avais envie d'être Courtney Love.
- 58:33Et voilà,
- 58:36je suis revenue à cette base-là.
- 58:38Donc là,
- 58:38le prochain disque,
- 58:40il est court.
- 58:40C'est un mini disque.
- 58:42Cinq titres ou plus ?
- 58:43Sept.
- 58:44Donc c'est ni un EP,
- 58:45ni un album C'est entre deux,
- 58:47mais t'es libre,
- 58:48tu fais ce que tu veux
- 58:51Les chansons c'est ça aussi C'est qu'il y a des choses qui sont chantées,
- 58:53qui sont mélodiques
- 58:55Avec des formats courts Il y a des choses qui sont slamées,
- 58:57longues Donc il y a les deux
- 59:01Et le message
- 59:02Ça parle de liberté justement
- 59:04C'est d'ailleurs le nom de l'album Ça va être Livre
- 59:08Et ça parle de liberté De revendiquer euh
- 59:12Son identité,
- 59:12sa singularité,
- 59:15la première chanson de l'album,
- 59:16elle s'appelle La Norme.
- 59:18C'est le premier titre qui sortira et ça parle du fait de se sentir hors norme.
- 59:27Et je pense que c'est quelque chose que moi j'ai beaucoup ressenti dans ma vie,
- 59:30mais aussi je travaille avec beaucoup de gens aujourd'hui,
- 59:34je fais beaucoup d'actions culturelles,
- 59:35donc j'ai été beaucoup en lien avec des jeunes,
- 59:37des jeunes en difficulté,
- 59:39dans des maisons pour enfants.
- 59:41des jeunes dans des lycées,
- 59:43dans des collèges ou même des écoles primaires.
- 59:46Et c'est quelque chose qui revient souvent,
- 59:47l'impression d'être différent des autres et du coup d'être mal à l'aise,
- 59:53d'avoir l'impression d'être jugé ou alors d'être vraiment jugé quand il y a du harcèlement,
- 59:56etc.
- 59:57Donc il y a cette impression d'être pas dans la norme tout le temps qui fait que les réseaux sociaux participent énormément à ça.
- 1:00:07Je pense encore plus que dans ma génération.
- 1:00:10le...
- 1:00:11Le fait de voir à longueur de temps sur les réseaux sociaux la vie des autres,
- 1:00:16ça donne l'impression que notre vie,
- 1:00:17elle n'est pas aussi bien,
- 1:00:18elle n'est pas aussi parfaite,
- 1:00:19parce qu'en plus,
- 1:00:20c'est une vie qu'on met en scène,
- 1:00:22en fait,
- 1:00:23sur les réseaux sociaux.
- 1:00:24Donc,
- 1:00:24on est tous,
- 1:00:25chacun dans notre coin,
- 1:00:27dans un espèce de malaise de voir que les autres ont l'air d'aller super mieux.
- 1:00:30Sauf que,
- 1:00:31du coup...
- 1:00:32On rentre tous dans le jeu parce qu'on ne veut pas avoir l'air différent.
- 1:00:34Donc sur les réseaux sociaux...
- 1:00:35Oui,
- 1:00:35c'est un moment où il y a des choses qui sont super parfaites.
- 1:00:37Voilà,
- 1:00:38regarde,
- 1:00:39ma vie elle est géniale,
- 1:00:40super la rentrée !
- 1:00:42Et puis en fait,
- 1:00:43intérieurement,
- 1:00:43on a tous l'impression que chez les autres c'est vrai,
- 1:00:45alors que du coup nous on est à moitié fake.
- 1:00:48Donc il y a tout ce sentiment de ne pas être dans la norme qui fait qu'on ne se sent pas bien.
- 1:00:54Et là,
- 1:00:55moi,
- 1:00:55ce que je revendique dans cette chanson-là,
- 1:00:57mais c'est un peu le message global,
- 1:00:59c'est
- 1:00:59D'être en paix avec ça,
- 1:01:00c'est au contraire,
- 1:01:02le fait d'être hors normes,
- 1:01:04c'est ce qui nous rend singuliers et c'est ce qui est notre force.
- 1:01:08En fait,
- 1:01:08c'est un message de résilience.
- 1:01:10Et c'est un peu la conclusion de tout ce qu'on vient de dire.
- 1:01:13C'est parfait.
- 1:01:14Écoute,
- 1:01:14on termine avec ce joli message.
- 1:01:16Et pour la fin,
- 1:01:17on s'écoute à un extrait.
- 1:01:19Pas de temps de disque,
- 1:01:20parce qu'il n'y a pas encore d'extrait qu'on peut écouter,
- 1:01:21mais une reprise que vous avez faite.
- 1:01:24Oui,
- 1:01:24avec plaisir.
- 1:01:25Merci,
- 1:01:25Virginie.
- 1:01:26Merci beaucoup.
- 1:01:27Très heureuse d'avoir été ta première invitée dans ton super podcast.
- 1:01:31Merci.