Latest / Chroniques étranges - Histoires d'Horreur & Mystères / La Morte sans nom : l'affaire Isdal Woman [MYSTERE]
Transcript
- 0:03Chronique d'une image, une photo, une histoire, un mystère.
- 0:14Nous sommes le 29 novembre 1970 près de Bergen, sur la côte
- 0:17ouest de la Norvège. Une famille est sortie marcher
- 0:21pour prendre l'air, comme beaucoup de Norvégiens le font
- 0:23le week-end. Un père accompagné de ses 2
- 0:25filles. Randonne sur un sentier qui
- 0:29serpente entre les rochers, au pied du Mont Ulricen ?
- 0:33Rien, à première vue, qui annonce qu'ils vont tomber sur
- 0:36l'un des plus grands mystères criminels du pays.
- 0:39Enfin, il faut dire que le nom de l'endroit où il se trouve
- 0:42n'est pas vraiment rassurant. Officiellement, on l'appelle
- 0:45Isdalen, la vallée de glace. Mais les habitants de Bergen,
- 0:49eux, lui ont donné un autre surnom, la vallée de la mort.
- 0:54À cause des suicides et des accidents mortels qui s'y sont
- 0:57enchaînés au fil des années. Un coin de nature superbe, mais
- 1:01avec une réputation de lieu macabre.
- 1:04En marchant, la petite famille remarque d'abord une odeur,
- 1:07quelque chose de difficile à identifier au début, un mélange
- 1:10de brûlée et de chimique plutôt inhabituel en plein air, au
- 1:14milieu des rochers humides de Norvège.
- 1:17Le père se rapproche alors de l'odeur.
- 1:19Il quitte un peu le chemin, grimpe dans un pierrier.
- 1:23Et il tombe sur une véritable vision d'horreur.
- 1:27La photo de couverture de ce podcast, une femme allongée sur
- 1:31le dos, le haut du corps et les vêtements brûlés, le visage
- 1:34méconnaissable tellement il est calciné.
- 1:37Autour d'elle, il y a des objets à moitié calcinés, un parapluie,
- 1:41des bouteilles brûlées, un flacon d'alcool fort, des
- 1:44vêtements, des bijoux, un sac à main, des papiers brûlés.
- 1:47Comme si quelqu'un avait essayé de tout détruire sur place, dans
- 1:51un petit bûcher improvisé. Et sous sa tête, coincé entre
- 1:55les pierres, un chapeau de fourrure qui porte des traces
- 1:58d'essence. La scène est atroce.
- 2:01Personne ne voudrait faire ce genre de découverte lors d'une
- 2:03balade en famille, mais en plus de ça, il YA1 côté profondément
- 2:07dérangeant, la femme est sur le dos, les mains serrées près de
- 2:10la poitrine, le torse carbonisé, mais pas entièrement réduit en
- 2:13cendres. Son corps n'a pas été consumé
- 2:16par un grand incendie. Il a été brûlé là, localement,
- 2:20comme si on avait tenté de. L'effacer, son visage, lui, est
- 2:26tellement abîmé que personne ne peut la reconnaître.
- 2:29Très vite, la famille redescend donner l'alerte.
- 2:32La police de Bergen arrive sur place, sécurise la zone et
- 2:35photographie la scène. Ce qui au départ ressemble à un
- 2:39suicide ou à un accident prend une autre dimension.
- 2:42À mesure qu'ils avancent entre les rochers, les enquêteurs
- 2:45fouillent chaque centimètre carré autour du corps.
- 2:48Ils récupèrent les objets, notent les positions, cherchent
- 2:51des traces de pas. Et un détail va les frapper tout
- 2:54de suite sur presque tous les effets personnels de cette
- 2:57femme. Les étiquettes ont été
- 2:59soigneusement coupées, grattées ou arrachées.
- 3:02Pas de papier, pas de carte d'identité, pas de noms écrits
- 3:05sur les vêtements, rien qui permette de dire qui elle est,
- 3:09d'où elle vient ou même pourquoi elle se trouvait seule sur ce
- 3:13sentier de montagne. Juste un corps brûlé, des objets
- 3:17anonymes. Et cette impression presque
- 3:19évidente d'une identité qu'on a voulu effacer.
- 3:23C'est à partir de cette image là que l'histoire de Lizda Woman va
- 3:27commencer. Et vous allez le voir, plus on
- 3:30va remonter le fil de sa vie, plus les questions vont se
- 3:33multiplier. Bienvenue tant qu'on est d'une
- 3:36image. Le corps de la femme d'ISDALEN
- 3:43est transporté à l'hôpital de Bergen pour autopsie.
- 3:46On quitte la vallée de glace, le vent et les rochers pour une
- 3:50pièce blanche éclairé au nez, où l'on va essayer de répondre à
- 3:53une question simple, de quoi est elle morte exactement ?
- 3:58La première chose que les médecins constatent, c'est
- 4:00l'ampleur des brûlures. Plus de la moitié de la surface
- 4:03du corps est touchée, le visage, le torse, une partie des bras et
- 4:07des jambes. Ses cheveux ont presque
- 4:09entièrement brûlé. À première vue, on pourrait
- 4:11croire qu'elle est morte dans les flammes, mais très vite.
- 4:14Un détail vient compliquer ce tableau, dans sa gorge et dans
- 4:19ses poumons, on trouve des particules de suie.
- 4:22Ça veut dire une chose très précise, au moment où le feu a
- 4:25pris, elle respirait encore. Elle était vivante pendant
- 4:29l'incendie. Ce n'est pas un corps qu'on
- 4:31aurait brûlé après coup pour se débarrasser d'un cadavre.
- 4:34Elle a inhalé de la fumée et ça, c'est un marqueur fort pour les
- 4:38médecins légistes. Mais ce n'est pas tout.
- 4:41En plus des brûlures et de la suie, l'autopsie révèle d'autres
- 4:44éléments. On retrouve dans son estomac et
- 4:47dans son sang des traces importantes de somnifères, un
- 4:50médicament à base de phénobarbital, un barbiturique
- 4:54puissant et pas seulement une ou 2 pilules.
- 4:57Une quantité qui, à elle seule, aurait pu la mettre dans un État
- 5:00très fortement affaibli, voire la conduire au coma.
- 5:04On détecte aussi de l'alcool, une dose significative mais pas
- 5:08démesurée dans son sang. Au total, on sait donc 3 choses,
- 5:12elle a ingéré une grande quantité de somnifères, elle
- 5:16avait de l'alcool dans le sang et elle respirait encore le feu
- 5:19quand elle a commencé à brûler. À ce stade, les médecins
- 5:22penchent pour une conclusion logique, la cause officielle de
- 5:26la mort sera une combinaison d'intoxication au médicament et
- 5:30à l'alcool et d'insuffisance respiratoire liées à l'incendie.
- 5:34En clair, elle serait morte d'un mélange de barbituriques,
- 5:37d'alcool et de feu. Un cocktail pour le moins pas
- 5:40anodin. Pendant que les légistes
- 5:44examinent le corps, les enquêteurs, eux, s'intéressent à
- 5:48ce qu'on a trouvé sur place, les bijoux par exemple, un collier,
- 5:53une montre, quelques bagues qui auraient très bien pu fondre ou
- 5:55se déformer dans les flammes. Mais là, détail troublant, la
- 6:00plupart de ces bijoux étaient soigneusement posés à côté du
- 6:03corps, comme alignés, et non simplement restés sur elle.
- 6:07Un peu comme si quelqu'un les avait retirés avant ou pendant
- 6:11le feu, puis déposés à proximité.
- 6:14Un autre élément important, ce sont les vêtements.
- 6:16On retrouve des fragments de sous vêtements, un soutien
- 6:19gorge, des restes de collants ou de pulls, mais presque rien
- 6:22d'assez intact pour les identifier.
- 6:24Sauf que sur ces morceaux là, comme sur le parapluie et sur le
- 6:28sac, les étiquettes ont été systématiquement retirées, pas
- 6:32déchirées à la va vite, non coupées proprement grattées.
- 6:36Comme si on voulait effacer toute trace de marque, de
- 6:39provenance ou de taille. Pour un enquêteur, c'est un
- 6:43énorme drapeau rouge. Une personne qui veut se
- 6:45suicider peut avaler des cachets et éventuellement se mettre le
- 6:48feu, surtout dans cette vallée connue pour ça.
- 6:51Mais prendre le temps de retirer patiemment toutes les étiquettes
- 6:55de ses vêtements, de ses affaires, de ses objets
- 6:57personnels, c'est autre chose. Ça ressemble davantage aux
- 7:01gestes de quelqu'un qui veut rendre l'identification
- 7:03difficile, voire impossible. Et ce n'est pas tout.
- 7:07Dans les jours qui suivent, la police de Bergen fouille les
- 7:10gares, les consignes automatiques, les hôtels de la
- 7:13ville. Ils finissent par tomber sur 2
- 7:16valises laissées à la consigne de la gare de Bergen, qui
- 7:19semblent correspondre à cette femme.
- 7:20À l'intérieur, on trouve des vêtements, des chaussures, une
- 7:25perruque, des lunettes, des cosmétiques, un bloc notes, de
- 7:28l'argent. Mais là encore, toutes les
- 7:30étiquettes ont été soigneusement enlevées.
- 7:33Étrange dans une des valises. Il y a même un flacon de crème
- 7:37dont l'inscription a été grattée.
- 7:39Les enquêteurs parviennent malgré tout à en lire une partie
- 7:42et remontent jusqu'à un magasin de luxe à stavenger.
- 7:46C'est l'un des rares indices tangibles qu'ils auront sur
- 7:48cette femme. Elle a acheté au moins un de ses
- 7:50produits en Norvège récemment. Pourtant, malgré tous ces
- 7:54éléments, les autorités norvégiennes s'orientent
- 7:56officiellement vers la thèse du suicide.
- 7:58Dans les rapports, le scénario ressemble à ça, une femme seule
- 8:01en voyage qui avale un grand nombre de somnifères.
- 8:04Boit de l'alcool, puis s'asperge des sens et se donne la mort par
- 8:08le feu dans une vallée reculée. Cette version deviendra la
- 8:13conclusion officielle de l'enquête.
- 8:15Sauf que quand on regarde les détails de près, quelque chose
- 8:20coince. Pourquoi retirer les étiquettes
- 8:22de quasiment tous ses vêtements dans ses valises comme sur
- 8:25elle ? Pourquoi déposer des bijoux à
- 8:28côté du corps au lieu de les garder sur soi ?
- 8:30Comment une femme, sous l'effet d'une dose massive de
- 8:33barbituriques aurait-elle pu gérer seule l'ascension, le feu
- 8:37et les manipulations autour d'elle ?
- 8:40Et surtout si c'est un suicide, pourquoi tout est-il organisé
- 8:43pour qu'on ne sache jamais qui elle était ?
- 8:49Lizdahl woman n'est plus seulement une inconnue, morte en
- 8:52montagne, elle devient une femme sans nom au passé volontairement
- 8:56brouillée. Et la question désormais, ce
- 8:58n'est plus seulement comment est elle morte ?
- 9:00Mais qui a tout fait pour qu'on ne sache jamais qui elle était ?
- 9:04Et nous allons tenter d'y répondre.
- 9:09Pour comprendre qui est cette femme, il faut sortir de la
- 9:11vallée et remonter sa piste dans les jours, les semaines et même
- 9:15les mois qui précèdent la mort. Et cette piste ne commence pas
- 9:19dans la vallée de la mort, mais dans des lieux beaucoup plus
- 9:23banals. À la gare de Bergen, les
- 9:25policiers ont déjà mis la main sur 2 valises qui le relient à
- 9:28la femme d'isdalen grâce à plusieurs détails concrets.
- 9:32Le ticket de consigne correspond à une date juste avant la
- 9:35découverte du corps. Les vêtements à l'intérieur sont
- 9:39de la même taille que se retrouver sur elle et on y
- 9:41trouve des objets similaires. Même type de cosmétiques, même
- 9:44style de vêtements que ceux de la scène du crime.
- 9:47Tout indique que ces valises appartiennent bien à la femme,
- 9:49même si son nom n'apparaît nulle part à l'intérieur.
- 9:52À partir de ses valises, la police a enfin une accroche.
- 9:54Dans l'une d'elles, il YA1 sac de transport marqué d'un logo de
- 9:57magasin ainsi qu'un pot de crème dont l'inscription a été en
- 10:00partie grattée. En recoupant ces indices, les
- 10:03enquêteurs remontent jusqu'à des commerces en Norvège, puis
- 10:06jusqu'aux hôtels où une femme correspondant à sa description
- 10:10aurait séjourné. C'est là qu'il commence à
- 10:13fouiller les carnets d'enregistrement.
- 10:14Dans les registres, il cherche 3 choses, des femmes voyageant
- 10:18seules dans la bonne tranche d'âge.
- 10:20Des séjours qui collent avec son itinéraire supposé et surtout
- 10:24des descriptions physiques qui correspondent au rapport
- 10:27d'autopsie et aux photos prises avant l'inhumation.
- 10:30Parce que oui, pour identifier d'éventuels témoins, la police
- 10:33diffuse une description détaillée et des photos du
- 10:36visage reconstruit autant que possible, ainsi qu'un portrait
- 10:39approximatif. Alors ce n'est pas un portrait
- 10:42robot précis, mais ça l'est suffisamment pour que les
- 10:44réceptionnistes et le personnel d'hôtel puissent dire oui.
- 10:47Cette femme me rappelle quelqu'un, elle a séjourné chez
- 10:50nous. Peu à peu, un motif se dessine
- 10:53sur les fiches d'hôtels, on retrouve plusieurs noms féminins
- 10:55associés à des nationalités différentes.
- 10:58Des noms comme Geneviève Lancier, Claudia Tielt, Vera
- 11:03Jarle ou Finella Lorsch, Elizabeth Lane, Hower.
- 11:07Des identités qui, vérifications faites, ne renvoient à personne
- 11:11de clairement enregistré dans les registres d'état civil des
- 11:14pays indiqués. Autrement dit, ce sont très
- 11:17probablement des faux noms. En recoupant les livres d'hôtel
- 11:20et les dates de voyage, la police reconstitue une sorte de
- 11:23carte de ses déplacements. On la voit apparaître à
- 11:26plusieurs reprises en Norvège, Oslo, trondem, Stavenguer,
- 11:29Bergen, mais aussi dans d'autres pays européens, notamment en
- 11:33Allemagne, en Belgique, en Suisse et en France.
- 11:36Avec un séjour à Paris peu de temps avant sa dernière venue en
- 11:39Norvège, elle voyage presque toujours seule et paie en
- 11:42liquide, ce qui confirme les registres et le souvenir de
- 11:45certains employés. Elle a un style très marqué qui
- 11:48permet aux enquêteurs d'être sûrs qu'il s'agit de la bonne
- 11:51personne lorsqu'il recueille les témoignages d'ailleurs, manteau
- 11:54bien coupé, parfois une perruque, parfois des lunettes
- 11:57qui semblent plus décoratives que réellement nécessaires.
- 12:00Des témoins décrivent une femme entre 30 et 40 ans, brune ou
- 12:04châtain foncé, environ 1m64 avec un accent étranger difficile à
- 12:07situer, peut être germanique, peut être plus continental, mais
- 12:11clairement pas norvégien. Dans plusieurs hôtels, son
- 12:16comportement intrigue. À Bergen, on sait qu'une femme
- 12:19correspondant parfaitement à la description de Zidane woman, a
- 12:22séjourné dans au moins 2 établissements différents avant
- 12:25sa mort. Des réceptionnistes se
- 12:27souviennent qu'elle a demandé à changer de chambre, parfois plus
- 12:31d'une fois, sans donner de vraies justifications.
- 12:34Dans un autre endroit, un témoin racontera qu'elle déplaçait les
- 12:37meubles, allant jusqu'à les déplacer devant la porte, comme
- 12:39pour éviter que quelqu'un rentre dans sa chambre.
- 12:42Dans certains récits, on raconte même qu'elle aurait détaché la
- 12:45lettre D du mot bad, qui veut dire salle de bain en allemand
- 12:49sur une porte pour la fixer sur la porte de sa propre chambre et
- 12:53en modifier le numéro. C'est un détail presque
- 12:56ridicule, mais qui renforce l'impression d'une femme qui ne
- 12:59veut pas qu'on suive sa trace, qui joue avec les repères, avec
- 13:03les numéros de chambre et avec les registres, comme si elle
- 13:07tenait absolument à brouiller toutes les pistes.
- 13:11Les serveurs et le personnel qu'ils l'ont croisé se basent
- 13:14eux aussi sur cette même description et sur les photos
- 13:17montrées plus tard par la police.
- 13:19Ils se souviennent d'une chose, elle semblait sur la défensive.
- 13:23Elle parlait plusieurs langues, notamment un français correct,
- 13:26un peu d'anglais et parfois un allemand approximatif.
- 13:28Elle pouvait être aimable, mais aussi brusquement fermée
- 13:31lorsqu'on lui posait trop de questions sur ce qu'elle faisait
- 13:34là. Une femme dira plus tard qu'elle
- 13:36donnait l'impression d'être sur ses gardes, comme si elle
- 13:39guettait quelque chose ou quelqu'un.
- 13:41Souvenez-vous, dans ces valises, les policiers ont trouvé un
- 13:44petit carnet. Eh bien, il est rempli
- 13:47d'abréviations et de suites, de lettres et de chiffres qui au
- 13:50début ressemblent à un code. On y lit par exemple des suites
- 13:55comme O22O28PO29PSO30BN5. Assez vite, ils envoient ce
- 14:04carnet à des spécialistes au cas où il s'agirait d'un véritable
- 14:08message chiffré. Car jusqu'ici, tout converge
- 14:11vers le fait que cette tisdale woman pourrait être une espionne
- 14:15ou quelque chose qui y ressemble.
- 14:17La déception sera en apparence assez grande lorsqu'on finit par
- 14:21comprendre la logique du carnet. Ce n'est pas un code d'espion,
- 14:25mais une sorte de journal de voyage.
- 14:26Les lettres semblent correspondre à des villes, P
- 14:29pour Paris, S pour STAVENGUER, B pour Bergen, o pour Oslo.
- 14:34Et les chiffres à des jours de calendrier, par exemple au 22,
- 14:37au 28. P pour un séjour entre le 22 et
- 14:41le 28 octobre à Paris. Sur le papier donc, rien de
- 14:45spectaculaire. Une jeune femme assez étrange
- 14:47qui note ses allers-retours en Europe, comme beaucoup de
- 14:49voyageurs, mais remis dans le contexte.
- 14:51Les faux noms, les valises remplies de vêtements sans
- 14:53étiquette, la perruque, les lunettes, la peur apparente
- 14:57d'être suivi. Ce carnet ajoute une couche de
- 15:00plus à la même impression. Cette femme contrôlait son
- 15:04image, ses mouvements et ce qu'on pouvait savoir d'elle.
- 15:11À Bergen, dans les semaines avant sa mort, plusieurs témoins
- 15:14disent l'avoir vu en ville. Certains se souviennent d'une
- 15:17femme bien habillée, un peu distante, qui semblait observer
- 15:20les gens autour d'elle plus qu'elle ne se laissait observer.
- 15:24D'autres évoquent une scène dans un restaurant où elle aurait
- 15:26semblé tendue, presque anxieuse lors de repas, comme si elle
- 15:30attendait quelqu'un qui n'est jamais venu ou craignait la
- 15:33présence de quelqu'un dans la salle.
- 15:35Dans au moins un témoignage, on parle d'elle en compagnie d'un
- 15:38ou 2 hommes dans la région proche de là où son corps a été
- 15:41retrouvé. Des hommes qu'on ne parviendra
- 15:43jamais à identifier clairement. De là à affirmer qu'ils sont
- 15:47liés à sa mort, il YA1 pas immense.
- 15:48Mais sur un dossier aussi vide en identité, la moindre
- 15:51silhouette aperçue à ses côtés a une importance capitale.
- 15:54Au final, plus on recolle les morceaux de son itinéraire, plus
- 15:58une image se dessine, celle d'une femme qui voyage beaucoup.
- 16:03Qui change de ville, de pays d'hôtel, mais aussi de nom, de
- 16:06look, de nationalité déclarée. Quelqu'un qui joue en permanence
- 16:10avec son propre profil, comme si sa vraie identité était une
- 16:13sorte de Secret qu'il ne fallait absolument pas exposer.
- 16:17Et c'est là que forcément, une question commence à s'imposer,
- 16:21autant dans la tête des enquêteurs que dans celle du
- 16:23public. Est ce qu'on a affaire à une
- 16:25simple voyageuse un peu secrète ou à quelqu'un qui mène pour de
- 16:29bon une double vie, une espionne, une messagère.
- 16:32Ou peut être même une femme mêlée à des affaires
- 16:34criminelles ? Creusons ça davantage.
- 16:36Bon, on a maintenant une femme sans nom qui voyage sous de
- 16:41multiples alias, qui efface ses traces et qui finit brûlée dans
- 16:45une vallée norvégienne connue pour être un endroit où les gens
- 16:48se donnent la mort. Les enquêteurs norvégiens, dans
- 16:51les années 70, vont inévitablement se tourner vers
- 16:54la piste qui s'impose dans cette époque, la guerre froide.
- 16:57Parce qu'on est en 1970, en pleine tension est-ouest.
- 17:02Et la Norvège, à l'époque, est un pays stratégique.
- 17:05D'abord, le contexte géopolitique. la Norvège est
- 17:09membre de l'OTAN depuis 1949. Elle borde l'u RSS par le Nord
- 17:13et Bergen. La ville où se déroule cette
- 17:15affaire abrite des bases militaires importantes.
- 17:19Dans les années 70, la région voit des essais de missiles
- 17:22Polaris, des exercices navals et des sous-marins qui patrouillent
- 17:26le fjord. C'est un coin assez sensible
- 17:29dans le contexte de l'époque. Où chaque étranger un peu louche
- 17:33peut vite attirer l'attention. Et notre femme, avec ses faux
- 17:36noms et ses allers-retours en Europe, colle parfaitement au
- 17:39profil d'une espionne. Dans ses valises, on trouve des
- 17:45jumelles de qualité militaire capable de lire une plaque
- 17:48d'immatriculation à plusieurs centaines de mètres, des
- 17:52lunettes de lecture, une perruque, des vêtements
- 17:54élégants. Mais passe partout.
- 17:56Tout ça renforce l'idée d'une professionnelle de la
- 17:58discrétion. Certains vont même jusqu'à
- 18:00spéculer, qu'elle surveillait les installations militaires
- 18:02autour de Bergen ou qu'elle transmettait des informations à
- 18:05un contact qui ne s'est jamais montré.
- 18:08La thèse de l'espionnage est séduisante et elle a été
- 18:10sérieusement explorée. Les services norvégiens de
- 18:13renseignement le pote ont été saisis du dossier.
- 18:16Ils ont vérifié ces alias auprès des alliés de l'OTAN, fouillé
- 18:19les listes d'agents connus, comparer ces photos avec les
- 18:22bases de données des services secrets.
- 18:24Mais voilà, rien n'a été trouvé qui pourrait valider cette
- 18:27hypothèse. Aucun nom ne correspond à une
- 18:30espionne repérée, ni à l'Est ni à l'Ouest.
- 18:33Les codes de son carnet, une fois percés, ne relèvent aucun
- 18:36message secret, juste des dates de train.
- 18:39Cela dit, la piste n'est pas totalement morte.
- 18:43En 2000161 podcast de la BBC, Death in Ice Valley, duquel je
- 18:46me suis quelque peu inspiré, relance l'affaire en publiant de
- 18:50nouvelles analyses. Ils font examiner les vêtements
- 18:53par des experts en fibre. Le manteau qu'elle portait
- 18:57venait d'une usine de textile allemande et ses chaussures
- 19:00d'une marque soviétique bon marché.
- 19:03Ces dents analysées par des isotopes suggèrent une origine
- 19:07possible en Europe centrale ou de l'Est, l'Allemagne de l'Est,
- 19:10Tchécoslovaquie ou Pologne. Ça recadre la piste espionnage
- 19:14dans un cadre plus plausible, une agente du bloc de l'Est peut
- 19:18être un peu trop zélée ou trahie par ses propres services.
- 19:22Mais à force de creuser, d'autres scénarios émergent.
- 19:25Et si ce n'était pas l'espionnage, mais le crime
- 19:27organisé ? Elle voyage avec beaucoup
- 19:30d'argent liquide, change souvent d'hôtel et semble souvent sur
- 19:33ses gardes. Certains imaginent une femme
- 19:35impliquée dans le trafic courant les routes d'Europe.
- 19:38Sauf que là encore, ça coince, pas de drogue dans ses bagages,
- 19:42pas de contact douteux identifié.
- 19:44Et ces hôtels sont plutôt au milieu de gamme.
- 19:46Ce n'est pas vraiment à quoi ressemblent les repères
- 19:48habituels des réseaux criminels. Puis viennent les théories plus
- 19:52personnelles. Une femme en fuite peut être
- 19:55poursuivie par un mari violent, une famille conservatrice ou un
- 19:59amant dangereux. Les somnifères et l'alcool dans
- 20:02son sang, les pilules avalées en masse, ça pourrait être un
- 20:05suicide théâtralisé, une façon d'en finir en laissant une scène
- 20:09dramatique. Mais là encore, les enquêteurs
- 20:12butent, pourquoi brûler son corps et ses affaires si
- 20:15précisément ? Pourquoi les bijoux alignés à
- 20:17côté ? Et surtout pourquoi une vie
- 20:19entière passée à changer de nom si c'est juste une histoire
- 20:22intime ? Chaque théorie a ses points
- 20:25plausibles et ses failles. L'espionnage colle au climat de
- 20:28l'époque et à son comportement paranoïaque, mais manque de
- 20:32preuves concrètes. Le crime organisé semble trop
- 20:35gros pour les éléments matériels et le suicide personnel explique
- 20:39les drogues, mais pas l'effacement systématique de son
- 20:41identité. Et pourtant, tous ces scénarios
- 20:44tournent autour d'un même point. Cette femme avait des choses à
- 20:46cacher et elle les cachait très bien.
- 20:52Les avancées récentes éclairent un peu plus sans tout résoudre,
- 20:56en 2017, les nouvelles analyses dentaires et isotopiques donnent
- 20:58des indications. Elle a grandi dans une zone
- 21:01industrielle d'Europe centrale, probablement l'Allemagne de
- 21:03l'Est ou Balkans, avec un régime alimentaire typique des années
- 21:0650 à 60. Ce n'était pas une voyageuse
- 21:09lambda, mais pas non plus une agente de haut vol.
- 21:12Et en 2025, des fouilles ADN partielles n'ont toujours pas
- 21:14permis d'établir une correspondance avec une base de
- 21:16données internationale. Officiellement, la thèse du
- 21:22suicide tient toujours, mais pour beaucoup d'enquêteurs
- 21:24amateurs et de journalistes, elle ressemble plus à une
- 21:27conclusion par défaut qu'à une vérité absolue.
- 21:30Parce qu'il reste des incohérences, la position du
- 21:32corps, les brûlures partielles, l'absence totale d'identité,
- 21:36comme si quelqu'un avait mise en scène un suicide pour cacher
- 21:39autre chose. Je ne sais pas ce que vous en
- 21:41pensez, mais cela fait penser à l'affaire yobse qu'on a déjà
- 21:44traitée. On dirait que l'affaire a été
- 21:46close à la va vite, par manque de preuves, une fois de plus.
- 21:50Ça ne fait que grossir le mystère, si vous voulez mon
- 21:54avis, j'ai du mal à croire à un banal suicide.
- 21:57Personne n'avale des pilules, grimpe une Vallée isolée, retire
- 22:00toutes les étiquettes de ses affaires, aligne ses bijoux puis
- 22:03s'immole avec une précision chirurgicale.
- 22:05Selon moi, c'est une mise en scène.
- 22:07Quelqu'un d'autre était là l'hypothèse de l'espionnage.
- 22:10Alors ça semble trop amateur, perruque basique, code enfantin,
- 22:14le crime organisé, il y a pas de drogue, pas de trace de réseau.
- 22:17Pour moi, c'est plus terre à terre.
- 22:19Une femme de l'Est en fuite peut être avec des dettes, une
- 22:22famille toxique, des faux papiers qui tentent d'échapper à
- 22:25une menace et qui craquent. À Bergen, un complice, ou peut
- 22:28être même ceux qu'elle essayait de fuir, la retrouve et
- 22:30finissent le travail. On l'assomme de somnifères
- 22:33forcés du feu pour simuler le suicide ou tenter d'effacer son
- 22:37identité et on l'emmène dans un endroit tristement connu pour
- 22:41mettre fin à ses jours. Alors ça reste ma propre
- 22:44théorie. J'avoue que ce qui me perturbe
- 22:46le plus, c'est l'absence de nom. En 2026, avec l'a DN, on
- 22:49identifie n'importe qui, mais elle, elle reste fantôme parce
- 22:53que ses origines étaient déjà effacées à l'origine dues aux
- 22:57archives incomplètes de l'Est et à sa vie clandestine.
- 22:59Un corps calciné, des valises anonymes, une vie qui part en
- 23:04fumée, officiellement suicide officieusement, tout autre
- 23:07chose. Un énième mystère irrésolu.
- 23:17Quoi qu'il en soit, j'espère que vous ne verrez pas le fait
- 23:19d'avoir mis la photo de son corps comme un manque de
- 23:21respect. C'est la photo que j'ai trouvé
- 23:23sur Internet et de laquelle je suis parti pour faire mes
- 23:26recherches. Ça me semblait donc important de
- 23:28vous illustrer le cheminement que j'ai fait.
- 23:31C'était chronique d'une image. Vous retrouverez comme
- 23:33d'habitude toutes les sources sur le site.
- 23:36Je vous dis à bientôt pour une nouvelle image, une nouvelle
- 23:39histoire, un nouveau mystère. Chaque épisode me demande des
- 23:47dizaines d'heures de travail en dehors de mon activité salariée
- 23:50et les revenus. Publicitaires couvrent à.
- 23:51Peine les frais. Structurels du Podcast, c'est.
- 23:54Pourquoi ? J'ai créé un petit abonnement
- 23:55qui vous permettrait de soutenir la chaîne pour moins de 3€ par
- 23:58mois. Il vous permet d'avoir accès à
- 23:59tous les épisodes. Sans pub.
- 24:01En son haute définition et en avant première, la veille de
- 24:03leurs. Sorties.
- 24:04C'est ce qui va permettre aux chroniques.
- 24:06Étranges d'exister alors. Merci infiniment pour votre
- 24:08soutien, abonné ou non.