Latest / Chroniques étranges - Histoires d'Horreur & Mystères / Cassettes 4 à 6 | Révélations (2/2) [THRILLER]
Transcript
- 0:04Je crois que c'est cette nuit-là que j'ai vraiment cru qu'il
- 0:06allait me faire du mal. Quand je dis il vous savez de
- 0:09qui je parle ? La présence, l'ombre au pied du
- 0:12lit, appelez ça comme vous voulez.
- 0:14Je venais de passer une journée pourrie, les douleurs dans les
- 0:17jambes étaient pires que d'habitude et même la voix des
- 0:19mains n'arrivait plus à couvrir ce foutu bruit d'horloge.
- 0:22Demain je lui demanderai de l'éteindre.
- 0:24Elle était passée plus tôt, m'avait remonté le drap
- 0:26jusqu'aux épaules et en partant elle m'avait dit.
- 0:29Tu dors un peu, d'accord, t'as une sale tête.
- 0:31Et comme toujours. Qu'est ce que tu ferais sans
- 0:34moi ? Elle n'avait pas vraiment tort.
- 0:37Qu'est ce que je ferais sans elle ?
- 0:39Malgré ma vision encore floue, il n'y avait quasiment qu'elle
- 0:42que je pouvais voir clairement. Il faut dire que je connaissais
- 0:44ses traits par cœur et qu'elle a toujours été radieuse.
- 0:47Quand ma sœur rentre dans une pièce, on ne voit qu'elle.
- 0:50Sa présence était réconfortante et à la fois.
- 0:54Elle me faisait remonter un sentiment extrême de culpabilité
- 0:56en moi à cause de l'accident. Puis elle est partie, je ne sais
- 1:00pas combien de temps après c'est arrivé.
- 1:02Je n'arrivais pas à dormir, il faisait lourd, j'avais chaud,
- 1:06j'avais l'impression que l'air restait collé à ma peau.
- 1:09Je regardais le plafond, me répétant que j'étais chez moi,
- 1:11que tout allait bien, que tout ça finirait bien par redevenir
- 1:14normal. Et puis derrière la porte, le
- 1:17couloir s'est rempli de bruit. Pas des bruits normaux, parlait
- 1:21pas de ma sœur, ni ceux du médecin, des bruits désordonnés,
- 1:25des choses qu'on déplace, qu'on cogne dans le couloir.
- 1:28Un frottement de caoutchouc sur le sol, un objet qui bascule,
- 1:31qui heurte la plainte ? Je me suis raidi dans le lit
- 1:35Emma, rien, pas de réponse. Les bruits se rapprochaient, il
- 1:40s'arrêtait et repartait comme si la personne ne savait pas
- 1:42exactement où elle allait. Je dis ça parce que c'était
- 1:45comme si quelqu'un marchait dans le noir ou qui se cognait à tout
- 1:48et je me suis dit, on essaie de me cambrioler, c'est sûr.
- 1:53Le bruit de la télé pour camoufler les bruits, les chocs
- 1:56dans les murs, dans le couloir. Il n'y a que ça comme
- 1:59explication logique. Je voyais une ombre se découper
- 2:02sous la porte, danser au rythme de ses hésitations.
- 2:06Le bip de l'horloge s'était mis à paraître plus fort, plus
- 2:09rapide, comme s'il suivait mon cœur.
- 2:12Puis la poignée a bougé et il est entré.
- 2:17Je ne le voyais pas, mais je pouvais clairement entendre sa
- 2:21respiration. Je dis il parce que je suis sûr
- 2:24que c'était le même que d'habitude.
- 2:26La même façon de poser le pied d'hésiter, de s'arrêter juste au
- 2:29bord du tapis, la même sensation que l'air se resserrait autour
- 2:33de moi. Je n'ai pas bougé, je me suis
- 2:36contenté de respirer le plus silencieusement possible en
- 2:39priant pour qu'il m'ignore. Mon premier réflexe a été de
- 2:42fermer les yeux, comme à chaque fois.
- 2:44Je sais, c'est débile, comme si ça changeait quoi que ce soit.
- 2:48Je sentais son regard sur moi ou ce que mon cerveau a décidé
- 2:51d'appeler un regard. Et puis il a fait quelque chose
- 2:53d'étrange. Quelque chose qui m'a glacé sur
- 2:55le moment. Il a posé ses mains sur le drap
- 2:59au niveau de ma poitrine. Des mains froides aux gestes
- 3:02maladroits, il a tiré doucement, comme s'il voulait me recouvrir
- 3:06un peu. Le drap a glissé jusqu'à mon
- 3:08cou, puis ses doigts ont remonté l'oreiller sous ma tête très
- 3:14lentement. Soit j'étais devenu fou, soit il
- 3:17y avait réellement une présence que je ne pouvais pas vraiment
- 3:19voir dans cette foutue pièce. Je n'osais pas bouger.
- 3:23Chaque contact me paraissait démesuré, comme si ses doigts
- 3:26étaient faits de glace. Il a laissé sa main un instant
- 3:29sur mon épaule, juste là, un poids léger, insistant.
- 3:34J'étais paralysé de peur. Je me suis dit, c'est
- 3:38maintenant, il va m'étrangler, il va faire quelque chose.
- 3:42Mais il n'a rien fait, rien sauf ça.
- 3:45Sa main a glissé jusqu'à la mienne sur le bord du lit.
- 3:48Je sentais son souffle tout près de moi, le même que dans le
- 3:51couloir. Puis il a laissé quelque chose
- 3:53dans ma paume, un verre d'eau. Je me suis alors surpris à
- 3:57penser qu'il y avait quelque chose ici qui ne voulait peut
- 4:01être pas me faire du mal. Je me suis alors concentré de
- 4:03toutes mes forces, non pas pour l'entendre lui, mais pour
- 4:07n'entendre que les bruits autour de moi.
- 4:10J'ai fermé les yeux bien fort, comme pour effacer tous les
- 4:13bruits qui m'entouraient un à un pour essayer de comprendre ce
- 4:17qui restait vraiment. Le bruit de l'horloge s'est
- 4:20alors transformé en un autre son.
- 4:23Un bip plus sec, plus mécanique. Je n'aurais pas su dire quoi sur
- 4:27le moment, mais ce n'était plus le même bruit.
- 4:30En faisant cela, je ne l'ai pas vu davantage, mais je crois que
- 4:35c'est à ce moment-là que j'ai commencé à comprendre.
- 4:38Et puis vous êtes venu me demander de tout vous raconter
- 4:47ici, le docteur. Lambry, unité de rééducation
- 4:51neurologique et sensorielle. Centre spécialisé pour grands
- 4:54traumatisés crâniens, patients aveugles et sourds.
- 4:57Compte rendu d'observation du patient Marc Delorme, 28 ans.
- 5:01Le patient a été admis après un accident de la route impliquant
- 5:053 personnes lui même, son épouse Elise Delorme et sa sœur Emma
- 5:10Delorme. Le traumatisme crânien de
- 5:13Monsieur Delorme a entraîné des lésions occipitales bilatérales.
- 5:16Le tableau clinique est compatible avec une cécité
- 5:19corticale. Les yeux sont intacts, les
- 5:23réflexes pupillaires sont présents, mais les aires visuels
- 5:26du cortex ne traitent plus correctement l'information.
- 5:29Comme souvent dans ce type de cas, le patient affirme voir.
- 5:32Des choses ? En réalité, son cerveau
- 5:34reconstruit un environnement cohérent à partir des sons, des
- 5:38sensations tactiles et de la. Mémoire des lieux.
- 5:41Chez Monsieur Delorme, cette reconstruction a pris la forme
- 5:43de son appartement. Il décrit une chambre, un
- 5:46couloir, un salon, une porte d'entrée.
- 5:49Une horloge numérique dans la pièce voisine, Monsieur Delorme
- 5:53est bel et bien dans sa chambre, sa chambre d'hôpital, celle-ci
- 5:58est attenante au couloir de service.
- 6:00Les bruits qu'il interprète comme domestiques correspondent
- 6:03à l'activité normale du service. Exemple, le verre d'eau qu'il
- 6:08voit sur sa table de chevet et qu'il n'arrive pas à saisir est,
- 6:12d'après le micro et les vidéos, une télécommande en plastique
- 6:15posée près de sa main. L'horloge numérique qui fait un
- 6:18bruit régulier dans le salon est le moniteur cardiaque de son
- 6:21voisin de chambre. La télé du salon qui s'allume
- 6:24dans le couloir correspond au poste de télévision dans sa
- 6:27chambre d'hôpital. Les couloirs trop longs et les
- 6:31bruits de voisins sont en fait les déplacements du personnel,
- 6:34des chariots, des chaises qu'on déplace et les portes coupe-feu
- 6:37qui se referment automatiquement.
- 6:39Le patient présente également un phénomène de vision aveugle ou
- 6:42blind sight lorsqu'il se lève et se met à marcher.
- 6:45Il affirme se trouver chez lui dans un couloir habituel, mais
- 6:49modifie sa trajectoire au dernier moment pour éviter des
- 6:52obstacles qu'il ne dit ne pas voir.
- 6:54Les enregistrements et la vidéosurveillance montrent qu'il
- 6:57contourne spontanément un pied de perfusion, un chariot et une
- 7:01chaise. Il n'a pas conscience de voir,
- 7:04mais certaines informations visuelles semblent encore
- 7:07atteindre les circuits réflexes. Un élément revient fréquemment
- 7:11dans son récit. Ce qu'il appelle la présence au
- 7:13pied du lit ou l'homme dans le couloir.
- 7:17Le patient décrit une silhouette floue, une respiration proche
- 7:20des pas hésitants et une main froide qui remonte parfois sa
- 7:23couverture, repositionne son ouvrier ou dépose un objet dans
- 7:27sa main. Il affirme que cet homme a
- 7:29laissé un verre d'eau dans sa paume.
- 7:31Il interprète d'abord ses visites comme une menace, puis
- 7:34évoque une forme de présence qui ne veut pas lui faire du mal
- 7:37mais ne sait pas comment ne pas l'effrayer.
- 7:39Nos images de vidéosurveillance confirment la présence, la nuit,
- 7:44d'un autre patient, Yanis, 32 ans, traumatisé crânien.
- 7:48Présentant une surdité profonde et une déficience visuelle,
- 7:52Yanis déambule régulièrement dans le service en s'orientant
- 7:56principalement par le toucher. Même s'il n'a pas complètement
- 7:59perdu la vue, les enregistrements le montre
- 8:02entrant dans la chambre de Monsieur Delorme.
- 8:04S'approchant de son lit, remontant la couverture,
- 8:07réajustant l'oreiller et, dans un cas, prenant le verre d'eau
- 8:10posé sur la table pour le placer dans la main du patient.
- 8:13Les sons que Marc identifie comme des marmonnements
- 8:16inquiétants correspondent en réalité aux tentatives de Yannis
- 8:19de prononcer quelques mots. Sa surdité et ses séquelles
- 8:22motrices rendent sa parole difficilement intelligible.
- 8:25Les gestes sont quant à eux cohérents avec une intention de
- 8:29réconfort, pas d'agression. Yanis est décrit comme un
- 8:32patient timide mais attentionné par le service.
- 8:35Pour résumer, nous avons ici un cas de cécité corticale avec
- 8:39reconstruction imaginaire stable nourri par la mémoire de son
- 8:43appartement et par la culpabilité liée à l'accident.
- 8:47Les phénomènes décrits comme étranges ou paranormaux par le
- 8:50patient trouvent à ce stade une explication rationnelle,
- 8:55confusion entre les sons de l'hôpital et les bruits de la
- 8:57maison. Vision aveugle permettant
- 8:59d'éviter des obstacles sans perception consciente.
- 9:02Interprétation erronée des visites noctuantes d'un autre
- 9:05patient comme une présence surnaturelle.
- 9:08D'après ces éléments, Monsieur Delorme n'est pas psychotique,
- 9:11loin de là. Son cerveau tente de donner du
- 9:14sens à des informations sensorielles fragmentaires, dans
- 9:17un contexte de traumatisme et de deuil, dans un corps non encore
- 9:21habitué à ces handicaps. Fin du enfin, un dernier point
- 9:26me chagrine néanmoins. Un élément de son discours
- 9:29demeure à ce stade incohérent avec la réalité observée.
- 9:33Des évaluations complémentaires seront nécessaires afin de
- 9:35s'assurer que le patient ne développe pas de troubles
- 9:37psychotiques authentiques, même mineurs.
- 9:41Fin du premier rapport d'observation, docteur Lambry.
- 9:49Docteur, c'est Marc. Vous m'avez demandé de dire ce
- 9:52que j'ai compris. Alors voilà, je crois avoir
- 9:56saisi l'essentiel maintenant. La maison qui n'existe pas,
- 9:59l'hôpital si, l'horloge qui est en fait un moniteur, la télé du
- 10:03salon qui vient du poste de soins, les couloirs trop longs
- 10:07qui sont les vôtres, pas les miens.
- 10:09Et lui, l'homme dans le couloir, l'ombre au pied du lit.
- 10:13Vous m'avez expliqué que ce n'était qu'un autre patient,
- 10:15Yannis, sourd, abîmé lui aussi, qui se promène la nuit et
- 10:20remonte les couvertures des autres au lieu de dormir.
- 10:22Vous m'avez parlé des vidéos ? Sa main qui remet mon ouvrier.
- 10:26Ses marmonnements inquiétants qui ne sont que des mots qui ne
- 10:28sortent plus comme il le voudrait.
- 10:30Vous m'avez même dit qu'un soir, il avait pris mon téléphone posé
- 10:32sur la tablette, qu'il avait déchiffré le titre de la chanson
- 10:35qui s'affichait encore sur l'écran et et qu'il avait
- 10:38cherché la même sur la télé pour me la mettre.
- 10:40Notre chanson préférée ? La nuit où je croyais qu'un truc
- 10:44voulait me hanter dans le couloir.
- 10:45C'était juste un type cabossé qui essayait maladroitement de
- 10:49me rendre un bout de ma vie d'avant.
- 10:51Je m'en veux d'avoir passé des nuits à le prendre pour un
- 10:53cambrioleur ou un fantôme alors qu'il essayait juste d'être
- 10:56gentil. Tout ça, je l'accepte, je
- 11:00comprends. Je peux le ranger dans vos
- 11:02explications, même si ça fait un peu mal.
- 11:05Il reste une chose pourtant qui ne rentre pas dans vos cases.
- 11:09Vous m'avez dit qu'Emma est morte le soir de l'accident que
- 11:13depuis ma sœur n'a jamais mis les pieds dans ce service.
- 11:17Pas une seule fois. Alors j'aimerais que vous
- 11:20m'expliquiez ceci. Qui a ouvert les volets le
- 11:22premier matin où je me suis réveillé ?
- 11:24Qui m'a tendu un verre d'eau en râlant que j'avais une sale
- 11:26tête ? Qui m'a soufflé en posant sa
- 11:28main sur mon épaule ? Qu'elle serait toujours là ?
- 11:31Je ne peux pas avoir tout perdu ce jour-là et je veux pas le
- 11:34croire. Tout s'explique docteur Yanis.
- 11:37Les machines, les couloirs, tout sauf elle.
- 11:46Je t'ai toujours dit que j'étais ton ange gardien, non ?
- 11:50Je te lâcherai pas ? Chaque épisode me demande des
- 11:59dizaines d'heures de travail en dehors de mon activité salariée
- 12:02et les revenus publicitaires couvrent à peine les frais.
- 12:04Structurels du Podcast. C'est pourquoi j'ai créé un
- 12:06petit abonnement qui vous permettrait de soutenir la
- 12:08chaîne pour moins de 3€ par mois.
- 12:10Il vous permet d'avoir accès à tous les épisodes sans pub, en
- 12:13son haute définition et en avant première la veille de leurs
- 12:16sorties. C'est ce qui va permettre aux
- 12:17chroniques. Étranges d'exister alors.
- 12:19Merci infiniment pour votre soutien, abonné ou non.