Latest / Interviews sans fard / Identité numérique : pourquoi nous n'y échapperons pas ? Avec Marietta Karamanli, députée de la Sarthe.
Transcript
- 0:04Bonjour Mme Clermont-Ly.
- 0:06Bonjour M.
- 0:07Mathieu, excusez-moi, je viens de finir, j'ai juste une vision qui a pris un peu plus de temps, le temps de me déconnecter et prendre le portable.
- 0:16Il n'y a pas de mal, il n'y a pas de souci.
- 0:19Voilà, ça va?
- 0:21Oui, depuis la dernière fois, lorsque nous étions entretenus, oui.
- 0:26Bon, écoutez, c'est vrai que c'est un peu chargé.
- 0:29Alors écoutez, moi j'ai travaillé un petit peu sur...
- 0:34Un peu des éléments par rapport à votre questionnaire, pour cibler, puis on peut voir un petit peu ensemble après sur l'évolution.
- 0:46En fait, dans vos questions, enfin la question un peu de la souveraineté numérique, comment ça s'appelle, si elle passe par les données et si oui, pourquoi.
- 1:00C'est ça, c'était la première question.
- 1:03Oui, tout à fait.
- 1:03Voilà.
- 1:04C'est vrai qu'il y a, qu'on le veuille un peu ou non, une révolution, de toute façon, des datas qu'on a rappelées, avec une utilisation un peu du numérique présent dans toutes les activités humaines aujourd'hui, et qui nous amène,
- 1:23d'une part, à rendre accessibles et capitalisables les données, les données relatives aux activités, mais aussi me semble-t-il, a modifié aussi les activités par l'utilisation des données.
- 1:37Il y a un double impact.
- 1:38Et je prends par exemple le secteur des soins ou l'éducation.
- 1:44Ce sont donc des exemples bien parlants de cette double, finalement, vision.
- 1:55Il y a aussi des activités de recherche, par exemple cliniques en santé ou sur les personnes.
- 2:03Qui utilisent un peu les données produites par l'essai pour pouvoir aussi adapter un peu la dose et la régularité du traitement qu'on constate aujourd'hui.
- 2:15Et donc finalement, dans une économie un peu globalisée, les données intéressent un peu tous les États et toutes les entreprises qui peuvent en faire un peu leur matière première.
- 2:32Donc ça c'est, donc effectivement oui, ça intéresse.
- 2:37Après, je ne sais pas si on peut parler, quand vous dites élément constitutif essentiel de la souveraineté, je ne sais pas si on peut parler d'élément constitutif, mais en tout cas, à mon sens, au moins c'est un élément
- 2:57qui participe pour les raisons que j'ai évoquées, Mais ce n'est pas l'unique élément.
- 3:06Je pense qu'il ne faut pas se focaliser sur le seul risque qu'il apporte.
- 3:14Et donc il y a une dimension nouvelle qu'on évoque d'ailleurs de plus en plus, la cyber défense, la cybersécurité.
- 3:24Et de plus en plus, le mot et l'idée deviennent communs.
- 3:31On parle de la surveillance, la défense, la sécurité qui est dans l'espace numérique.
- 3:38On parle du cyberterrorisme avec l'ensemble des menaces visant et des systèmes stratégiques qui sont à l'œuvre depuis maintenant de nombreuses années.
- 3:51Et on a aussi des États qui sont désormais confrontés au phénomène de guerre hybride, une menace un peu fondée sur la combinaison de moyens militaires et non militaires.
- 4:07Et avec toutes ces dernières années, enfin mois même, des cyberattaques de plus en plus fréquentes.
- 4:16Oui, mon dernier article, pardon, sur Zéro honnête, c'est justement la...
- 4:21La France est-elle prête pour la cyberguerre?
- 4:24Oui, c'est ça, c'est ça, exactement.
- 4:27Et ce phénomène se développe autour d'une frontière perméable entre l'ingérent civil et l'attaque militaire.
- 4:38Et ça, c'est un vrai sujet.
- 4:40Mais bon.
- 4:41Après, comme vous dites, comment chercher à asseoir un peu plus la souveraineté?
- 4:49– Vous réponserez plus par des forces en cyber-armes que par les données personnelles, donc c'est un peu ce que vous me dites tout à l'heure.
- 4:57– C'est ça.
- 4:58C'est ça, oui, tout à fait.
- 5:00Et quand vous dites sur quoi on peut s'appuyer pour la souveraineté quand on n'est pas des champions du numérique, moi je trouve que votre question est à la fois de fond et très pertinente, parce que pour des raisons
- 5:23multiples, à mon sens, les pays, les États ont progressivement renoncé à leur industrie, en invoquant justement une sorte de spécialisation dans la chaîne de valeur.
- 5:40Et la matière grise, finalement, elle a été mise de côté.
- 5:47La production est partie ailleurs.
- 5:50Par exemple, on y voit Azur, en quelque sorte, qui est devenue un petit peu la grande usine du monde.
- 5:57Et ça, je pense que c'est une grave erreur dans la stratégie, y compris nous, la France, mais comme l'Europe, à laisser partir.
- 6:12Parallèlement, je dirais qu'on a constaté Ce partage n'a pas joué comme ça a été annoncé au départ.
- 6:25C'est-à-dire que les États qui ont produit, finalement, savent innover aujourd'hui.
- 6:31Même sur le mode automobile.
- 6:36Moi, j'ai attendu...
- 6:38Je suis députée depuis 15 ans.
- 6:40J'ai entendu les gouvernements régulièrement dire oui, non, non, on va investir sur des voitures de haute gamme en France et puis on va envoyer en Chine ou ailleurs de la production des petites, enfin de la production, mais en
- 6:58fait les gens ne sont pas idiots quand ils savent aussi produire, mais ils savent aussi innover.
- 7:05Et ils se dotent justement, ils sont dotés d'ailleurs d'une recherche fondamentale et appliquer, et ils ont appris à innover.
- 7:13Tant mieux, même pour eux.
- 7:15Mais c'était une stratégie, en mon sens, obsolète en tout cas, et mauvaise à la fin.
- 7:23Donc il en résulte que nous ne pouvons finir par n'être que des consommateurs.
- 7:30Des consommateurs de produits numériques, si nous nous prenons garde, prisonnier un peu des concepts et des outils qui sont faits ailleurs.
- 7:41Donc ça, c'est vraiment un sujet essentiel.
- 7:46Alors, ça veut dire que pour moi, il faut encourager l'industrie numérique performante.
- 7:56Je ne sais pas si vous avez lu le dernier rapport Les Titans de la Tech.
- 8:03Oui, alors je ne l'ai pas lu dans le détail, je l'ai parcouru en diagonale.
- 8:07Pour résumer, l'écosystème numérique européen a mis 20 ans pour atteindre une valorisation en bourse de 335 milliards d'euros.
- 8:17Et là, en une année, depuis l'année dernière en fait, ça a doublé.
- 8:23Il y a actuellement 166 licornes européennes.
- 8:32Il y en a 52 qui se sont ajoutées cette année.
- 8:35Il y a le fait que la bourse monte, c'est valable pour tout le monde.
- 8:44Mais je ne sais pas s'il n'y a pas aussi Il y a Hayden, des Pays-Bas, qui a atteint le titre de titan, c'est-à-dire plus de 50 milliards de valorisation, et il n'y a que 26 entreprises dans le monde
- 8:56qui ont ça.
- 8:58Donc voilà, entre l'augmentation de la bourse, je ne sais pas trop quoi penser, mais ce qui est sûr, c'est qu'apparemment, il y a un petit attrait supplémentaire, et puis des réussites du côté de l'Europe.
- 9:11Oui, oui.
- 9:12Alors après, moi je dirais quand même que dans ce contexte un peu, il y a quand même la question de la façon dont la France et l'Europe réagissent, la question de l'entente globale des 27 pour faire face aussi
- 9:29à ce défi qui est de toute actualité.
- 9:35Honnêtement, moi je plaide pour qu'il y ait un investissement en amont, et faire grandir un peu les entreprises à 100% européennes, pour se substituer aux acteurs comme GAFAM et protéger, entre autres, les données des citoyens.
- 9:51Donc si on ne vante pas en gamme, je dirais, sur le marché européen et en Europe, on est condamné à être suiviste.
- 10:06Et pour ça, ça va être aussi, je pense, l'actualité avec la présidence française qui va venir.
- 10:14Je ne sais pas ce qu'ils vont pouvoir faire, mais en tout cas, parmi les sujets sur lesquels il faut travailler, c'est celui-là.
- 10:20Il faut, d'une part, au plan interne, que des engagements soient pris dans le domaine de la recherche, c'est sûr, de la constitution de clusters, comme on dit, et puis réunissant un peu justement à la fois des laboratoires publics
- 10:41et privés avec des entreprises innovantes mais aussi des utilisateurs.
- 10:47Moi je présente la semaine prochaine un rapport sur la crise sanitaire, c'est pareil, comment anticiper les prochaines crises sanitaires qui peuvent qui peuvent émerger, on a constaté qu'il n'y avait pas de coordination entre les États, qu'il n''y avait
- 11:07pas de protection, tout était parti un peu ailleurs, qu'il y avait pas de recherche.
- 11:14Financer à la hauteur, au niveau européen comme au niveau national, c'est ce qui a permis de voir des vaccins ailleurs.
- 11:28Enfin bref, donc finalement on retrouve ces mêmes problématiques.
- 11:31Du coup, des engagements un peu forts dans la recherche de la construction des clusters et puis cette coordination, coopération entre laboratoires, entreprises et utilisateurs, c'est quand même ce qui est nécessaire.
- 11:48Et puis, je dirais d'autre part, il faudrait aussi que la souveraineté, un peu de ton part, la souveraineté numérique, doit être l'objet d'une coopération à l'échelle européenne.
- 12:03C'est-à-dire que des instances variées, des appels à projets, des financements dédiés, qui doivent justement permettre de concrétiser les prémices de ce réveil.
- 12:18Honnêtement, je vous dirai un peu tout à l'heure, mais en fait, sous le rapport qui va être présenté la semaine prochaine, la souveraineté numérique nationale et européenne, à mon sens, ce n'est pas à la hauteur.
- 12:39– Ah bon, vous êtes déçu?
- 12:42J'ai des premières propositions qui ont été présentées par le rapporteur.
- 12:49Moi je trouve que c'est en deçà, mais bon, je ferai une contribution parce qu'on ne peut pas faire autrement, mais ce n'est pas suffisant.
- 13:01Mais bon.
- 13:02Après vous avez parlé aussi du Cloud Act américain.
- 13:06On pourrait ajouter aussi le Patriot Act qui sont très liés.
- 13:09Oui, bien sûr, tout à fait ce que j'allais dire justement.
- 13:13C'est les deux qui...
- 13:15Bien sûr, qui permettent aux services de sécurité d'avoir un accès aux données, y compris lorsqu'elles ne sont pas stockées sur le territoire américain.
- 13:27L'enjeu, c'est d'organiser autour un peu des valeurs des États membres de l'Union européenne, c'est-à-dire que ces valeurs-là, démocratiques, doivent être défendues et respectées, répondre de manière groupée, me semble-t-il, via le droit européen, via la capacité aussi à choisir
- 13:53des technologies et aussi des entreprises dans lesquelles nous avons confiance, et qui surtout respectent la réglementation européenne qui est plus protectrice sur notre sol.
- 14:05Et ça, c'est...
- 14:06Il y a aujourd'hui aussi des États, y compris la France, qui ont un peu du mal parfois à faire avec la protection des données ou la conservation trop longue des données.
- 14:21On l'a vu récemment avec...
- 14:24J'ai fait un rapport, une communication sur le...
- 14:29La conservation trop longue et la condamnation de la France par la Cour de justice, qui est quand même anormale, et qu'un Conseil d'État est venu valider toutes les pressions qui ont été exercées par certaines administrations.
- 14:51– C'est ce que vous demandez sur votre site, pardonnez-moi, c'est ce que vous demandez sur votre site de l'Assemblée?
- 14:59– Pardon?
- 14:59– Cette recommandation que vous avez faite, elle est sur le site de l'Assemblée?
- 15:03– Ah oui, oui, tout à fait, la communication, elle a été, mais je peux vous l'envoyer si vous voulez, attendez, je vais noter.
- 15:10– Merci.
- 15:11– Je vais noter ça.
- 15:12– Merci beaucoup.
- 15:14– Je pourrais vous adresser, alors la communication et le rapport, et le rapport sur la conservation des données.
- 15:28Et donc la condamnation de la France par la Cour de justice de l'Union Européenne.
- 15:38D'ailleurs, quand j'avais auditionné le président, il ne comprenait pas que la France soit aussi frivoleuse, et puis qu'il rappelait surtout que le droit européen, il est supérieur au droit national.
- 15:58C'était la volonté des États lors de la conclusion dans le traité, finalement.
- 16:04Et il ne s'agit pas, il n'est pas au-dessus, il est supérieur.
- 16:09Et ça, c'est, si on a du mal, je trouve qu'il y a des reculs.
- 16:15– Sans cesse sur le sujet.
- 16:17– Il faut faire attention.
- 16:21Alors après vous m'avez parlé de la société Palantir.
- 16:25Alors écoutez, là c'est vrai que je suis allée un peu chercher parce qu'en fait, sauf erreur de ma part, cette entreprise est qualifiée par certains observateurs de mystérieuse.
- 16:41Elle est un peu spécialisée dans la sécurité.
- 16:46Très proche des charges américaines.
- 16:48Voilà, qui ferait donc la surveillance de masse.
- 16:53Elle dit donc ne pas détenir des données, mais propose des outils.
- 17:01En tout cas, je pense que même si la société respecte la loi, elle doit aussi rendre compte pour les actes permis par sa technologie.
- 17:14Ça, c'est un élément important.
- 17:16Sinon, le risque de toute façon est présent de voir utiliser un peu des données sensibles et stratégiques par d'autres États, ou d'autres titres que ceux affichés.
- 17:31Donc je pense que ce que je vous disais tout à l'heure sur le Law Cloud Act américain vaut aussi pour la société par l'entire.
- 17:43Oui, même logique parce que, si je peux prendre à la limite un exemple, nous avons de nombreux acteurs de la santé français qui utilisent des outils Microsoft.
- 17:56Et ces données font aujourd'hui l'objet un peu de traitements extraterritoriaux qu'on a évoqués dans les accords entre l'Europe et les États-Unis.
- 18:11Après la mise de caduc du Privacy Shield et du CFR Board.
- 18:15Oui, c'est ça.
- 18:17Sur lesquels d'ailleurs la France n'a pas de prise.
- 18:21Effectivement, il s'agit des données sensibles et avec la santé.
- 18:26Et ce sujet finalement qui a été mis à jour parce que Microsoft se serait vu attribuer le marché justement sans autre formalité, L'ACNIL, je ne sais pas si vous avez vu, a rendu un avis et l'État français réfléchirait
- 18:44justement au transfert vers d'autres solutions aujourd'hui.
- 18:51Ça, c'est un élément, donc finalement, quelque part, on peut aussi agir.
- 18:55Cependant, je ferai quand même deux ou trois observations, parce que d'une part, je trouve que la question de la souveraineté numérique suppose en même temps qu'elle ne reste pas un sujet de spécialistes, mais aussi que la presse, et
- 19:15les journalistes puissent en rendre compte et fassent partager justement leurs interrogations, leurs suggestions, leur analyse au grand public, c'est pas toujours fait, c'est même peu fait.
- 19:29Et puis je pense aussi qu'il faut un peu plus de transparence, parce que, alors même que la data est au cœur un peu de notre monde, gestion, conservation, commercialisation, c'est des domaines qui restent occultes.
- 19:50Et donc me semble-t-il que, par exemple, je verrais bien un observatoire de la donnée publique et privée, ce serait utile, qui scrute un peu ce qui se passe, qui soit un peu capable de mettre en garde, et que
- 20:09le Parlement aussi français développe un peu un horizon scanning, sur ces sujets et qu'avec un peu d'autres parlements nationaux de l'Union Européenne, on puisse travailler le sujet, le contrôler et proposer.
- 20:25Donc il y a une matière là, il y a un sujet qu'il faut vraiment prendre à bras le corps.
- 20:35Après, vous disiez un peu les efforts pour bâtir.
- 20:43Il y a beaucoup de sujets que la mission a identifiés sous la souveraineté numérique, comme je vous disais.
- 20:54Par exemple, je prends trois qui ont la question du rachat par les entreprises internationales, entreprises un peu stratégiques dans des domaines un peu de numérique ou des technologies de pointe.
- 21:12Y compris même lorsqu'ils utilisent des matières et des composants rares.
- 21:18Il y a la question des brevets et des licences, où semble-t-il justement que des entreprises innovantes se font concurrencer leurs inventions par des grands du secteur qui ont des moyens de contrer leurs actions en justice jusqu'à les mettre
- 21:35à genoux.
- 21:37Et puis il y a la question du soutien aux entreprises européennes des secteurs de l'intelligence artificielle, du cloud, du développement des réseaux, des câblages, qui sont posés.
- 21:49C'est trois sujets.
- 21:52Et je pense qu'aujourd'hui, dans le moment de crise que nous vivons, c'est peut-être une opportunité pour réfléchir un peu à la définition de ce que sont les secteurs produits, composants stratégiques pour l'Union européenne.
- 22:17Parce que ça nous permettrait finalement, ça nous amènerait à ce qu'on arrive à redéfinir les règles d'investissement dans l'Union européenne avec deux guidances.
- 22:29Moi, je n'arrête pas de...
- 22:32De le dire, et je le répète là aussi, je vois bien cette double guidance qui s'appuie sur la sécurité au sens large de l'Union européenne.
- 22:46Et la deuxième clé, c'est la réciprocité du pays investisseur, c'est-à-dire la création, ce qu'on appelle, de joint ventures, avec, par exemple, un acteur européen avec un pourcentage minimum de détention supérieur à 51%, et où l'interdiction, justement, d'opérer dans
- 23:09des secteurs stratégiques.
- 23:10Ce qui permet un peu de, voilà, d'avoir un regard un peu sur les règles d'investissement et qui promeut en priorité un peu l'Union Européenne.
- 23:26Ça, c'est une proposition que j'ai faite.
- 23:30Ça fait son chemin, mais vous savez, faire une œuvre pédagogique, il faut répéter, comme on dit.
- 23:36Donc chaque fois qu'il y a un sujet en commission ou à une audition avec un ministre, ça commence à être un peu...
- 23:45Voilà, on commence par le faire avancer.
- 23:49Et puis les obstacles...
- 23:52Les obstacles et les menaces, c'est un peu la même question, peut-être les deux suivantes, obstacles et menaces.
- 23:59– Moi je pense qu'ils sont d'abord propres à l'Union et aux États européens, c'est les obstacles, parce qu'il y a finalement une fragmentation du marché européen numérique, avec en face des acteurs économiques tellement importants, ce que je vous
- 24:16disais tout à l'heure, ils en deviennent, comme on dit, systémiques, et en plus on peut dire que l'Union européenne n'a pas de politique commerciale proactive, Et je pense qu'on ne doit pas négliger, et ça c'est un euphémisme, l'outil
- 24:37que représente la fiscalité du numérique, qui est un enjeu fondamental.
- 24:41J'avais fait mon précédent rapport sur la fiscalité du numérique, l'année d'avant, c'était 2019, avant la crise.
- 24:52Et donc, il faut...
- 24:55Il est accessible aussi à...
- 24:58Normalement, si vous l'avez besoin, vous me le dites.
- 25:03Pour s'inventer un petit peu dans ce domaine, il faut qu'on s'invente une nouvelle réponse.
- 25:12Je dirais, au plan politique, il y a un début de réponse qui passe probablement par...
- 25:21L'existence, à mon avis, d'une coordination renforcée au niveau européen, pour justement les technologies d'État, l'image de ce qui existe aujourd'hui aux États-Unis.
- 25:34Ça, eux, ils sont vraiment en avance.
- 25:39Et il faut que les deux avancent par une volonté politique qui permet un petit peu de contourner les obstacles à cette souveraineté.
- 25:52Et puis, les GAFAM, ce que vous avez évoqué avec la force de frappe juridique du gouvernement, c'était au précédent mandat, quand je suis allée aux États-Unis sur le Privacy Act, et puis tout le combat qui s'est mené aussi
- 26:21entre les affaires, entre les grandes entreprises, entre le droit.
- 26:25C'était intéressant.
- 26:28Moi, il me semble que les deux sont à craindre, car contrairement à une idée un peu commune, la puissance publique américaine soutient fortement d'ailleurs.
- 26:41Le secteur privé, par exemple la défense ou la santé même.
- 26:47Et les entreprises américaines sont aussi vues comme des entreprises, mais américaines, qui contribuent et qui participent à l'effort de la puissance publique.
- 26:57C'est un cadre un peu différent de ce qui existe chez nous.
- 27:04Et au plan juridique, il me semble qu'il faudrait Enfin, il faudrait, nous devons même, je dirais, faire progresser la réglementation.
- 27:16Et dans cette réglementation, je verrais bien une consolidation du droit européen et le Digital Service Act avec des bonnes pratiques qui mixent justement le respect des principes de liberté, la protection des données, l'efficacité.
- 27:36Qui est fondée un peu sur la confiance des citoyens et des utilisateurs.
- 27:40C'est la voie que je vois finalement et qu'on doit apprenter au niveau européen.
- 27:51Et c'est là où effectivement la France et l'Union doivent investir un peu intelligemment le sujet pour faire face, y compris face aux autres forces à la frappe juridique du gouvernement américain, à la frappe économique des gars-femmes, voilà.
- 28:13On est condamnés à ça, mais quelquefois, les moyens ne sont pas mis et je trouve qu'on est très très lent et on laisse partir toutes les choses.
- 28:30C'est un petit peu le regret qu'on peut avoir.
- 28:33Mais ça prend du temps, ceci dit.
- 28:35Ça prend toujours du temps.
- 28:37Si on peut accélérer...
- 28:39Ça prend du temps pour nous, mais si le climat dans d'autres continents va plus vite, il faut s'interroger.
- 28:47Voilà.
- 28:47Je sais pas, c'est...
- 28:50Voilà un petit peu quelques réflexions par rapport à ce que vous évoquez.
- 28:58Des réflexions très intéressantes, Madame Caramely.
- 29:01C'était encore une fois un plaisir de vous, de discuter avec vous.
- 29:06Non, non, non, tout à fait.
- 29:07C'est un plaisir de trouver aussi des interlocuteurs comme vous qui, à la fois, ils prennent aussi un peu le temps de se poser des questions, d'interroger un petit peu et d'être aussi proactifs.
- 29:22Donc là, votre ouvrage, Si j'ai pu contribuer un petit peu, ça fait plaisir aussi pour faire en sorte qu'on influence un peu le secteur, voilà.
- 29:35Est-ce que je peux vous poser une dernière question que j'avais pas notée?
- 29:38Oui.
- 29:39Est-ce que vous pensez que notre vie privée est condamnée?
- 29:43Alors, j'espérais non.
- 29:48– Voilà, parce que ce serait donc du fatalisme, mais il faut abstiver, je dirais, les outils, le droit, le droit européen, qui est protecteur et qui peut être protecteur, tout en respectant justement les sécurités et en respectant surtout
- 30:10les libertés fondamentales.
- 30:13Moi je ne pense pas qu'on est condamné, on n'est pas dans une minority report.
- 30:18C'est possible, ça nous appartient également, il faut travailler un peu de concert avec les autres États et notre Parlement.
- 30:32Ça serait être fataliste.
- 30:34Il faut se battre jusqu'au bout, c'est comme un match.
- 30:42On peut gagner, on peut perdre, mais il faut se battre jusqu'au bout.
- 30:51Encore une fois, merci.
- 30:53– Écoutez, oui, et puis je vous enverrai donc la condamnation, enfin la communication sur la condamnation de la France pendant ces lieux.
- 31:03– Oui, merci beaucoup.
- 31:03– Et puis je regarde si j'ai, enfin si vous avez besoin, sur la taxation numérique.
- 31:12– Oui, tout à fait, c'était les deux documents.
- 31:16Tout à fait, pas de problème.
- 31:18Écoutez, je demande à mes collaborateurs de vous l'adresser par mail.
- 31:23D'accord.
- 31:24Il n'y a pas de souci.
- 31:26D'accord?
- 31:27Et puis vous me tiendrez courant quand ça sortira.
- 31:29Oui, alors je rends le texte le 1er septembre et ça doit sortir début 2022.
- 31:37Bon, parfait.
- 31:38Je vous préviendrai.
- 31:39Parfait, parfait, il n'y a pas de souci.
- 31:42Écoutez au plaisir, M.
- 31:43Matteo.
- 31:44Au plaisir.
- 31:46Au revoir madame Carvalli, bonne journée.