Latest / Le centre de gravité / Gutenberg souterrain
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- 0:00Épisode Gutenberg souterrain l'i a.
- 0:02Publie à la surface, elle gouverne en profondeur.
- 0:06Chapitre un, la 2nde IMPRIMERIE Gutenberg a donné à l'Europe une
- 0:11machine pour reproduire les textes.
- 0:14Nous avons construit autre chose, une machine qui reproduit
- 0:18leurs possibilités. Il faut partir d'un geste très
- 0:20simple, vous ouvrez une fenêtre, vous tapez une consigne, vous
- 0:24demandez un résumé, une lettre, une note, un plan, un mail, une
- 0:27accroche, parfois même un ton. Et quelques secondes plus tard,
- 0:31quelque chose arrive, une phrase, puis 10, puis une page
- 0:34entière. Ce geste paraît minuscule, il ne
- 0:37l'est pas, car il ne consiste pas seulement à obtenir un
- 0:40texte, il consiste à s'habituer à l'idée qu'un texte peut
- 0:43désormais être convoqué. Pendant des siècles, écrire a
- 0:46voulu dire autre chose, chercher, hésiter, raturer,
- 0:49déplacer, reprendre, perdre du temps, recommencer.
- 0:53Il y avait la lenteur du brouillon, le poids d'une
- 0:55syntaxe, l'obligation de choisir un mot plutôt qu'un autre.
- 0:59Même quand on écrivait vite, on écrivait depuis quelque part une
- 1:02mémoire, une lecture, une humeur, une nécessité.
- 1:06Gutenberg avait bouleversé ce monde en rendant les textes
- 1:09reproductibles. L'invention était immense, elle
- 1:12arrachait les cris à la rareté, à la copilente, au circuit
- 1:15étroit, elle donnait au texte une puissance de circulation
- 1:18inédite. Mais elle ne touchait pas encore
- 1:20à une chose, le moment intérieur de la formulation.
- 1:24L'imprimerie diffusait des phrases déjà écrites.
- 1:26Ce que l'i a change, c'est précisément cela.
- 1:29Elle ne se contente plus de reproduire le texte, elle rend
- 1:32reproductible le geste qui précède le texte, non pas la
- 1:35pensée elle même bien sûr, mais son apparence formée non pas
- 1:39l'expérience, mais sa formulation disponible.
- 1:42Voilà pourquoi la comparaison avec Gutenberg est utile, à
- 1:45condition de la manier avec prudence.
- 1:47L'i a n'est pas une 2nde imprimerie au sens strict, elle
- 1:50est une imprimerie d'un degré nouveau, non plus la machine qui
- 1:53duplique un contenu, mais la machine qui fournit à la demande
- 1:56une forme de parole. La différence est considérable
- 2:00entre la bibliothèque et le générateur.
- 2:02Il n'y a pas seulement un gain de vitesse, il YA1.
- 2:04Changement de régime dans la bibliothèque.
- 2:06Vous cherchez un texte qui existe dans le générateur ?
- 2:09Vous sollicitez un texte qui n'existait pas encore mais dont
- 2:13la forme est déjà statistiquement prête.
- 2:14Cela change la texture mentale de l'écriture.
- 2:17Nous passons doucement d'une culture du document à une
- 2:21culture de la réponse, d'une économie du stock à une économie
- 2:24de la disponibilité. Ce n'est pas la même chose.
- 2:28Dans un monde documentaire, le savoir dort quelque part et il
- 2:31faut aller le chercher dans un monde génératif.
- 2:34Le savoir, ou plutôt sa mise en forme plausible vient à vous.
- 2:38Cette disponibilité a un charme immense, elle réduit le seuil
- 2:41d'entrée, elle rassure, elle accélère, elle donne à chacun
- 2:45l'impression d'avoir à portée de main un premier lecteur docile,
- 2:49un rédacteur sans fatigue. Et il serait absurde de nier
- 2:52l'utilité réelle de tout cela. Mais c'est justement parce que
- 2:55c'est utile qu'il faut regarder de plus près ce qui se déplace.
- 2:58Car une société ne bascule pas quand une technique apparaît
- 3:01dans les laboratoires, elle bascule quand cette technique
- 3:04devient la manière ordinaire d'obtenir une phrase.
- 3:06Et c'est peut être cela le vrai moment Gutenberg de l'i a non
- 3:10pas la multiplication mécanique des textes, mais l'installation
- 3:13progressive de l'idée suivante, une phrase n'a plus besoin
- 3:16d'être écrite pour arriver, elle peut être convoquée.
- 3:20Une culture change quand ces phrases cessent d'être attendues
- 3:22et commencent à être appelées. Mcluhan avait cette formule
- 3:26célèbre, le message, c'est le médium.
- 3:29Autrement dit, l'essentiel n'est pas seulement dans ce qu'un
- 3:31outil produit, mais dans l'habitude qu'il installe.
- 3:34Ce qui se joue ici n'est donc pas seulement un progrès
- 3:37d'interface, c'est une transformation du rapport entre
- 3:40langage, temps et effort. L'imprimerie avait séparé
- 3:43l'écriture de la copie. L'i a commence à séparer la
- 3:46formulation de l'élaboration et ce déplacement discret en
- 3:50apparence. Touche à quelque chose de
- 3:52beaucoup plus intime que la simple productivité, il touche à
- 3:55la manière dont une culture apprend à faire naître ses
- 3:58phrases. Chapitre 2, le style sans
- 4:01source. Une phrase peut être nette,
- 4:05persuasive, bien tenue. Cela ne dit pas encore d'où elle
- 4:08vient. Ce qui trouble d'abord dans les
- 4:10textes produits par l'i a, ce n'est pas l'erreur, c'est
- 4:13l'aisance. Une réponse arrive avec une
- 4:14syntaxe correcte, un pont convenable, des transitions
- 4:17propres, parfois même une légère élégance.
- 4:19Elle donne les signes extérieurs de la maîtrise, c'est là que le
- 4:22déplacement devient subtil. Pendant très longtemps, nous
- 4:25avons lié le style à une présence, une voix engageait un
- 4:27corps, une histoire, un rythme propre, une manière singulière
- 4:31d'habiter la langue. On pouvait imiter cette voix,
- 4:33bien sûr, on pouvait la caricaturer, la pasticher, mais
- 4:36l'idée même d'un style gardait quelque chose d'organique, il
- 4:39venait d'une vie, d'une attention, d'une vision.
- 4:41Le Génératif défait cette alliance ancienne, il peut
- 4:44produire une phrase qui a de la tenue sans qu'aucune expérience
- 4:47ne l'ait rendue nécessaire. Il peut donner à une réponse
- 4:50l'allure d'une pensée sans l'exposer au risque, qui
- 4:52accompagne d'ordinaire une pensée réelle, le tâtonnement,
- 4:56l'angle mort, l'engagement, parfois la maladresse.
- 4:58Il faut être précis ici, cela ne veut pas dire que tous les
- 5:02textes générés seraient vides, ce serait une critique
- 5:04paresseuse. Beaucoup peuvent être utiles,
- 5:06parfois fins, souvent efficaces. Le problème est ailleurs, il
- 5:10tient au fait que leur qualité formelle peut désormais précéder
- 5:13leur provenance. Une phrase bien faite n'indique
- 5:15plus nécessairement une expérience de première main.
- 5:18Cette dissociation est nouvelle à l'échelle industrielle.
- 5:20Nous entrons dans un monde où l'autorité de ton devient
- 5:23techniquement reproductible, non pas l'autorité du savoir
- 5:26vérifier ni celle de la responsabilité assumée, mais une
- 5:29autre autorité, plus légère et plus redoutable, l'autorité de
- 5:33forme. Une phrase bien tenue apaise
- 5:35immédiatement le soupçon. Elle donne l'impression qu'il y
- 5:37a quelqu'un derrière, ou du moins quelque chose qui sait ce
- 5:40qu'il fait. Or, c'est précisément ce point
- 5:42qui devient incertain. L'i a peut parler sans sujet,
- 5:45c'est à dire sans biographie, sans mémoire propre, sans
- 5:48exposition de soi. Elle parle depuis un calcul de
- 5:51vraisemblance. Voilà pourquoi il faut
- 5:53distinguer soigneusement 2 questions.
- 5:54La première est est ce vrai ? La 2nde est d'où cela parle t
- 5:59il ? Nous savons encore à peu près
- 6:00poser la première. Nous avons beaucoup plus de mal
- 6:03avec la 2nde parce que nous avons été formés à croire qu'une
- 6:06phrase cohérente témoigne déjà d'un certain ancrage.
- 6:09Ce réflexe devient fragile. Un texte peut désormais porter
- 6:12les signes d'une culture sans avoir traversé la lenteur qui
- 6:15fait d'ordinaire une culture. Il peut avoir lu sans lire,
- 6:18résumé sans comprendre, relié, sans habiter ce qu'il relie.
- 6:21Et c'est ici que le style devient un vrai sujet
- 6:24philosophique, non plus comme marque d'un auteur, mais comme
- 6:27forme détachable, mobilisable, distribuable.
- 6:30Ce qui était autrefois signature devient réglage.
- 6:33Il y a là un gain évident pour quantité d'usage.
- 6:36Des personnes qui écrivent difficilement peuvent mieux
- 6:38formuler des idées brouillonnes, trouvent une première clarté,
- 6:42des tâches ennuyeuses cessent de l'être.
- 6:44Mais à côté de ce gain s'installe une autre
- 6:46possibilité, celle d'un monde saturé de formulation
- 6:49impeccable, lisse, convaincante, dont la surface n'offre plus
- 6:53aucun indice fiable sur leurs sources.
- 6:55Une phrase peut venir de partout et d'une certaine manière, ne
- 6:58venir de nulle part. Ce n'est pas seulement un
- 7:00problème esthétique. C'est un problème de
- 7:02responsabilité, de crédit, de confiance.
- 7:05Nous ne lisons pas seulement des contenus, nous lisons aussi des
- 7:08positions dans le monde, nous entendons une voix et nous
- 7:11évaluons souvent, sans y penser, ce qu'elle risque en parlant.
- 7:15Or, la parole générée risque très peu.
- 7:17Elle ne s'expose pas, elle se propose.
- 7:20Une phrase peut désormais sembler engagée sans que
- 7:22personne ne s'y engage. Le trouble profond est là.
- 7:25L'i a ne nous confronte pas seulement à des textes
- 7:27artificiels, elle nous confronte à la possibilité d'un style sans
- 7:31source apparente, d'une élégance orpheline, d'une grâce sans
- 7:34mémoire. Et cela nous oblige à devenir
- 7:37beaucoup plus exigeant avec nos propres critères.
- 7:39Car le danger n'est pas simplement le faux, le danger
- 7:42plus discret, plus civilisé. C'est la phrase assez bien faite
- 7:46pour nous dispenser de demander d'où elle vient et bientôt de
- 7:49demander qui répond. Chapitre 3, le règne du
- 7:53plausible, le faux grossier se repère encore.
- 7:57Le plausible, lui, s'installe avec de bonnes manières.
- 8:00Nous avons longtemps pensé le débat public avec une opposition
- 8:03assez simple, le vrai d'un côté, le faux de l'autre.
- 8:06Cette opposition existe toujours, mais elle ne suffit
- 8:09plus car l'i a générative introduit une 3e figure plus
- 8:12insidieuse, le plausible. Le plausible n'est pas
- 8:15exactement le vrai. Il n'est pas non plus le
- 8:18mensonge frontal. C'est une proposition qui a la
- 8:20forme de ce qu'on attend d'une proposition sérieuse.
- 8:23Elle tient debout, elle a l'air informée, elle use des bons
- 8:26mots, du bon rythme, de la bonne gradation, elle porte la
- 8:29politesse du savoir et c'est souvent assez dans beaucoup de
- 8:32situations ordinaires. Nous ne demandons pas à une
- 8:34phrase d'être absolument certaine.
- 8:36Nous lui demandons d'être crédible, d'être assez cohérente
- 8:39pour entrer dans la conversation, assez bien tournée
- 8:42pour être reprise, assez claire pour éteindre l'embarras.
- 8:45L'i a est extraordinairement forte sur ce terrain là, elle
- 8:48produit des réponses qui possèdent la cadence de
- 8:50l'évidence, elles arrivent sans colère, sans hésitation, sans
- 8:54fatigue. Elles ont cette autorité douce
- 8:56des formulations qui semblent avoir déjà été relues.
- 8:59Le problème n'est pas seulement qu'elles puissent être fausses,
- 9:01des humains aussi se trompent. Le problème, c'est qu'elles
- 9:04déplacent silencieusement notre seuil de vigilance.
- 9:07Quand une phrase est bien construite, il devient plus
- 9:09coûteux psychiquement de la soupçonner.
- 9:11La forme travaille pour le fond. C'est pourquoi le plausible est
- 9:14plus dangereux que le faux grossier.
- 9:16Le faux grossier choque, attire l'attention, provoque le
- 9:19contrôle. Le plausible, lui, se glisse
- 9:22dans le trafic normal des énoncés.
- 9:24Il lui suffit d'être accueilli sans résistance.
- 9:26Cela change déjà notre rapport au discernement.
- 9:29Nous étions habitués à l'idée qu'une information devait être
- 9:32vérifiée. Nous entrons dans un monde où il
- 9:34faut aussi apprendre à résister à l'effet de surface des
- 9:37formulations, non seulement vérifier les faits, mais
- 9:40surveiller la séduction de la structure.
- 9:42Et cette séduction est redoutable parce qu'elle se
- 9:44présente comme un service, une réponse claire soulage, une
- 9:48synthèse élégante, rassure un plan bien organisé, économise du
- 9:52temps. Le plausible n'a rien
- 9:54d'agressif, c'est précisément ce qui le rend si efficace.
- 9:57Il avance avec tact. Il faut alors poser une question
- 10:00un peu plus sévère, que devient une culture lorsque la
- 10:03crédibilité formelle devient industriellement abondante,
- 10:06lorsque des phrases innombrables possèdent déjà l'allure de la
- 10:09compétence ? On pourrait répondre rien de
- 10:12très 9. Après tout, la rhétorique existe
- 10:14depuis longtemps. Les discours politiques, la
- 10:17publicité, les tribunes, les éditoriaux savent depuis
- 10:20toujours fabriquer de l'autorité verbale, c'est vrai, mais
- 10:23l'échelle change. Tout ce qui relevait autrefois
- 10:25de compétences rares lentement acquises devient un régime
- 10:28automatique de production. Le vraisemblable devient
- 10:31disponible comme un service. À partir de là, la difficulté
- 10:35n'est plus simplement épistémique, elle devient morale
- 10:38et presque esthétique. Comment garder le goût du vrai
- 10:41lorsque le plausible est si bien fini ?
- 10:43Comment maintenir une exigence de provenance, de nuance, de
- 10:46résistance, lorsque le texte arrive déjà lissé, rangé,
- 10:50prémâché ? Ce n'est pas seulement une
- 10:52affaire d'éducation aux médias, même si elle compte, c'est une
- 10:55affaire de discipline intérieure.
- 10:57Il faut réapprendre à ne pas confondre clarté et profondeur,
- 11:00cohérence et ancrage, élégance et responsabilité.
- 11:05Car une phrase peut désormais être assez bonne pour suspendre
- 11:07le doute. Sans être assez vrai pour
- 11:10mériter la confiance, et c'est peut être là le vrai
- 11:13déplacement. Nous ne sommes plus seulement
- 11:14confrontés à des machines qui fabriquent des erreurs.
- 11:17Nous sommes confrontés à des machines qui fabriquent de la
- 11:19tranquillité discursive. Or une société qui s'habitue à
- 11:23confondre le vraisemblable avec le fondé fini par ne plus très
- 11:27bien savoir ce qu'elle attend d'une parole sérieuse.
- 11:29Elle risque même d'appeler sérieux ce qui n'est plus
- 11:32qu'acceptable. Chapitre 4, le pouvoir
- 11:35souterrain, les interfaces sont aimables.
- 11:38Les infrastructures, elles, changent le terrain sans
- 11:41demander la parole. On parle beaucoup de l'i a comme
- 11:44d'un assistant, on voit un écran, une zone de texte, un
- 11:46résultat, cette scène est devenue familière, un
- 11:49utilisateur, une question, une réponse.
- 11:51Elle a quelque chose de propre, presque de domestique, et
- 11:53pourtant elle masque l'essentiel.
- 11:55Le pouvoir de l'i a ne tient pas seulement à ce qu'elle produit
- 11:57quand on la sollicite, il tient de plus en plus à la manière
- 12:00dont elle s'insère, partout où nous cherchons, trions, lisons,
- 12:03classons, reformulons, décidons. Elle n'est plus seulement un
- 12:06objet distinct, elle devient une couche, une.
- 12:08Interstitielle, un principe de médiation Voilà pourquoi l'image
- 12:11du mycélium est utile, à condition là encore de ne pas la
- 12:15romantiser. Le mycélium n'est pas une jolie
- 12:17métaphore organique pour faire rêver à une intelligence
- 12:19planétaire. C'est l'image d'un réseau
- 12:21discret qui transforme un milieu depuis le dessous.
- 12:23Ce que fait l'i a aujourd'hui ressemble à cela.
- 12:25Elle s'ajoute aux moteurs de recherche, aux logiciels de
- 12:27bureautique, aux outils de programmation, aux plateformes
- 12:30éducatives, aux systèmes de recommandation, aux interfaces
- 12:33de service client, aux instruments de tri documentaire,
- 12:36aux applications de résumés. Elle ne remplace pas toujours
- 12:38brutalement. Également, elle infuse.
- 12:39Cette infusion change davantage qu'on ne le croit.
- 12:42Lorsqu'une technologie s'installe comme une évidence de
- 12:442nd plan, elle agit d'une manière très particulière, elle
- 12:47ne donne pas toujours des ordres, elle distribue des
- 12:49facilités, elle réorganise les seuils, elle déplace ce qui
- 12:52paraît coûteux, ce qui paraît naturel, ce qui paraît
- 12:54suffisant. C'est une forme de pouvoir
- 12:56particulièrement raffiné, non pas le pouvoir spectaculaire de
- 12:59la censure ou de l'interdiction, mais un pouvoir d'agencement.
- 13:02Un pouvoir qui passe par la suggestion, la priorisation, la
- 13:05visibilité accordée à certaines formes plutôt qu'à d'autres.
- 13:08Nous avons l'habitude. De penser le pouvoir comme une
- 13:10main qui interdit ou qui contraint.
- 13:11Le pouvoir algorithmique ressemble plus souvent à une
- 13:14architecture qui oriente, Il n'empêche pas frontalement, il
- 13:16rend certains chemins plus commode, il prépare le terrain
- 13:19sur lequel nous choisirons, et c'est précisément pour cette
- 13:21raison qu'il devient politique. Une infrastructure de langage
- 13:24n'est jamais neutre si elle résume à notre place,
- 13:26hiérarchise à notre place, reformule pour nous, note les
- 13:29pertinences, propose les bons mots.
- 13:31Alors elle pèse déjà sur la manière dont certaines idées
- 13:34montent à la surface et dont d'autres retombent.
- 13:36Elle n'interdit pas elle présélectionne.
- 13:38Scieusement les formes du dicible le point décisif ici est
- 13:41l'invisibilité. Une infrastructure réussie est
- 13:44souvent une infrastructure qu'on ne voit plus, elle cesse
- 13:46d'apparaître comme une technique, elle devient le fond
- 13:48normal des opérations. On ne dit plus j'utilise tel
- 13:51système, on dit je travaille, je cherche, je réponds.
- 13:54Or ce passage à la naturalité est toujours un moment critique.
- 13:57C'est à cet instant qu'une médiation commence à se
- 14:00confondre avec le réel lui même, et l'on comprend alors pourquoi
- 14:02la douceur des interfaces peut être trompeuse.
- 14:05Ce qui se joue n'est pas seulement une commodité locale,
- 14:07c'est l'installation. Progressive d'un milieu cognitif
- 14:10dans lequel certaines formes de langue, certaines vitesses,
- 14:12certaines économies de pensée deviennent la norme silencieuse.
- 14:15Le Mycélium ne signe rien, il ne revendique pas le paysage qu'il
- 14:19transforme. L'i a agit souvent de la même
- 14:21façon, on la voit dans l'écran. Son effet principal, lui, est
- 14:24ailleurs, dans la manière dont elle redessine la texture
- 14:26ordinaire de nos médiations. Et c'est là peut être que se
- 14:29loge la mutation la plus profonde.
- 14:31Nous croyons utiliser ponctuellement un service.
- 14:33Nous commençons en réalité à habiter un environnement qui
- 14:36apprend discrètement à parler avec nous pour.
- 14:38Nous, parfois avant nous, C'est ainsi qu'un outil devient un
- 14:41milieu. Chapitre 5, la douceur de la
- 14:44dépendance, une aide devient un pouvoir dès qu'elle s'installe
- 14:48dans les réflexes. Toute technique séduisante
- 14:50commence par un soulagement. C'est presque sa définition.
- 14:52Elle nous évite un effort, raccourcit une tâche réduit une
- 14:55friction nous fait gagner du temps.
- 14:57L'i a générative remplit admirablement cette promesse.
- 15:01Elle résume vite, débloque une page blanche, reformule un
- 15:03passage maladroit, propose un plan, rassemble des idées
- 15:07dispersées, fournit une première version sur laquelle travailler
- 15:10pour une foule d'usages, c'est réellement utile et il faudrait
- 15:13avoir l'esprit très dogmatique pour ne pas le reconnaître.
- 15:16Mais c'est précisément parce qu'elle est utile qu'il faut
- 15:19regarder la pente qu'elle dessine.
- 15:21Une technique ne transforme pas seulement ce qu'elle nous permet
- 15:23de faire, elle transforme aussi ce qu'elle rend progressivement.
- 15:26Inutile de savoir faire soi-même.
- 15:29Pendant longtemps, l'écriture a impliqué une traversée.
- 15:31Il fallait supporter l'inconfort initial, l'indécision, la
- 15:35lourdeur de certaines formulations, la difficulté
- 15:38d'ordonner sa pensée. Le brouillon n'était pas un
- 15:40déchet avant le texte, il était souvent l'atelier réel de la
- 15:43pensée. Beaucoup d'idées n'apparaissent
- 15:45qu'en cours de phrase, en se heurtant à une syntaxe, en
- 15:48échouant, en revenant autrement. Quand une machine fournit très
- 15:51tôt une forme déjà convenable, elle ne se contente pas d'aider
- 15:54à finir. Elle modifie le seuil à partir
- 15:56duquel nous jugeons nécessaire de commencer seul.
- 15:59C'est là que naît une dépendance particulière, elle n'a rien de
- 16:02brutal, elle n'humilie pas, elle n'interdit rien.
- 16:06Elle se présente avec tacte sous la forme du confort.
- 16:09Pourquoi peiner davantage puisqu'une première version
- 16:11existe ? Pourquoi chercher plus longtemps
- 16:13puisqu'un plan raisonnable est déjà là ?
- 16:16Pourquoi traverser le silence, puisqu'une phrase peut arriver
- 16:18avant même que l'idée soit mûre ?
- 16:20Ces questions sont parfaitement rationnelles à l'échelle locale.
- 16:24Mais une culture ne se transforme jamais seulement à
- 16:26l'échelle locale. À force d'éviter les détours, on
- 16:29finit par perdre le goût, puis la capacité de certains détours.
- 16:32Il ne s'agit pas ici de sacraliser l'effort.
- 16:35Pour lui même, toute peine n'a pas une vertu, toute lenteur
- 16:38n'est pas profonde. Il serait ridicule de prétendre
- 16:41qu'une difficulté inutile rend automatiquement intelligent.
- 16:44Le point est plus subtil, certaines formes d'efforts ne
- 16:47sont pas de simples obstacles extérieurs, elles appartiennent
- 16:50au processus même par lequel une pensée se forme.
- 16:53La reprise, l'hésitation, le moment où une phrase résiste,
- 16:57tout cela n'est pas seulement un coup, c'est parfois la matière
- 17:00de l'élaboration. Le danger de l'assistance
- 17:02générative n'est donc pas qu'elle nous rende soudain
- 17:04incapable. Le danger est plus doux, plus
- 17:07progressif, elle peut déplacer nos habitudes mentales assez
- 17:10lentement pour que nous appelions cela de l'efficacité.
- 17:13Ce déplacement touche aussi notre rapport au jugement.
- 17:16Plus une machine sait proposer des formulations acceptables,
- 17:19plus nous risquons de lui déléguer non seulement
- 17:21l'expression. Mais l'évaluation préalable de
- 17:24ce qui mérite d'être dit et du niveau de finition qui paraît
- 17:27suffisant. Ce qui s'efface alors, ce n'est
- 17:29pas seulement l'effort, c'est une partie des conditions de
- 17:32formation du jugement. Et l'on voit alors se dessiner
- 17:35une forme très moderne de dessaisissement.
- 17:37Nous ne renonçons pas explicitement à écrire.
- 17:40Nous cessons simplement de considérer comme nécessaire une
- 17:43partie des opérations silencieuses par lesquelles une
- 17:46pensée gagne sa précision. Le confort joue ici un rôle
- 17:49politique presque invisible. Il naturalise la délégation, il
- 17:53rend élégante la dépendance, il fait passer pour simple bon sens
- 17:57l'abandon de certains gestes intérieurs.
- 18:00Une prothèse est précieuse quand elle prolonge une capacité, elle
- 18:03devient plus ambiguë lorsqu'elle s'installe à la place de
- 18:06l'espace où cette capacité se formait.
- 18:08Et c'est peut être là au fond que la question devient
- 18:11sérieuse. Non pas l'i a nous aide t elle
- 18:14oui souvent mais à quelle condition ?
- 18:15Une aide cesse t elle d'être un appui pour devenir une pente ?
- 18:20Car tout ce qui fluidifie n'émancipe pas certaines
- 18:22commodités ne nous prennent rien d'un coup, elles redessinent
- 18:25simplement avec une grande courtoisie ce que nous jugeons
- 18:28encore nécessaire de faire seul. C'est peut être la forme la plus
- 18:32douce de la dépossession. Chapitre 6, le prix de la
- 18:36phrase. Plus la réponse paraît légère,
- 18:39plus elle risque de masquer la lourdeur qui la soutient.
- 18:42L'une des forces de l'i a générative tient à son apparente
- 18:44immatérialité, elle donne l'impression d'un service sans
- 18:47poids. On pose une question, une
- 18:49réponse apparaît, pas de machine visible, pas de papier, pas
- 18:52d'atelier, presque pas de délai. Tout se passe comme si le
- 18:54langage sortait du néant avec la grâce discrète des choses
- 18:57devenues simples. Or, il n'y a rien de simple
- 18:59matériellement dans cette simplicité.
- 19:01Derrière la phrase fluide, il y a des centres de calcul, des
- 19:04systèmes de refroidissement, des réseaux électriques, des chaînes
- 19:06d'approvisionnement, des. Des métaux, de l'eau, de
- 19:08l'extraction, du transport, des coûts entières d'infrastructures
- 19:12que l'interface à précisément pour fonction de rendre
- 19:14invisible. Cette invisibilité matérielle a
- 19:16une conséquence politique immédiate, elle rend plus
- 19:19difficile l'évaluation morale de ce que nous faisons quand nous
- 19:21utilisons l'outil. Nous ne voyons ni la chaleur
- 19:24dissipée, ni les ressources mobilisées, ni les arbitrages
- 19:26énergétiques, ni les dépendances industrielles que chaque réponse
- 19:29présuppose. À cela s'ajoute un autre envers
- 19:32plus discret encore, le travail humain caché.
- 19:34L'imaginaire courant de l'i a aime se présenter comme celui
- 19:37d'une automatisme. Presque pure, mais quantités
- 19:39d'opérations demeurent profondément humaines,
- 19:41annotation, tri, modération, correction, alignement,
- 19:45nettoyage, filtrage. Des personnes souvent mal
- 19:47payées, souvent éloignées des lieux de prestige technologique,
- 19:50absorbent une partie de la violence symbolique et cognitive
- 19:53nécessaire au bon fonctionnement apparent des systèmes.
- 19:55Il y a là une ironie sévère, nous admirons la fluidité de la
- 19:58réponse, mais cette fluidité repose sur beaucoup de frictions
- 20:01déplacées. La friction n'a pas disparu,
- 20:03elle a changé de lieu. C'est dans ce contexte que
- 20:06l'expression d'objection de conscience.
- 20:07Employée par certains enseignants et chercheurs à
- 20:10propos de l'i. A générative mérite d'être prise
- 20:12très au sérieux. Elle paraît excessive si l'on
- 20:14regarde seulement l'outil comme une commodité.
- 20:16De plus, elle devient intelligible si l'on comprend
- 20:19qu'il ne s'agit pas seulement d'un nouvel instrument
- 20:21pédagogique ou bureautique, mais d'un système technique,
- 20:23énergétique, économique et politique qu'on demande aux
- 20:26institutions d'entériner comme s'il allait de soi.
- 20:29Parler d'objection de conscience, ce n'est pas dire
- 20:31cette technologie n'existe pas, où elle est inutile, où elle est
- 20:34démoniaque. C'est déplacer la question,
- 20:36c'est dire. Il y a des.
- 20:37L'innovation dont le problème n'est pas simplement l'usage
- 20:38correct mais là coopération morale qu'elles exigent
- 20:39lorsqu'une université, une école une administration adopte
- 20:40massivement l'i a générative, elle ne choisit pas seulement un
- 20:41outil, elle valide un certain rapport au savoir, au travail, à
- 20:42l'énergie, aux grandes firmes qui tiennent l'infrastructure,
- 20:43aux formes de dépendance qu'elle accepte d'organiser.
- 20:43Et c'est ici qu'apparaît le mot le plus fort de cette critique,
- 20:45le pouvoir démiurgique le terme peut sembler grandiloquent, il
- 20:46désigne pourtant quelque chose de très précis.
- 20:46Il suggère qu'une poignée d'acteurs privés pour l'usage et
- 20:47c'est et c'est qu'est et c'est et c'est ici qu'est ici qu'est
- 20:49qu'on aussi et c'est ce qu'est qu'est qu'est qu'est ce qu'est
- 20:50ce qu'est ce qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est
- 20:51qu'est ce qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est ce qu'est ce
- 20:52qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est ce qu'est qu'est
- 20:53qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est ce qu'est qu'est
- 20:54qu'est qu'est qu'est qu'est ce qu'est qu'est qu'est qu'est
- 20:55qu'est qu'est ce qu'est ce qu'est qu'est qu'est qu'est
- 20:55qu'est qu'est ce qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est
- 20:56qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est
- 20:57qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est
- 20:58qu'est ce qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est
- 20:59qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est
- 21:00qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est
- 21:01qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est
- 21:02qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est
- 21:02qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est
- 21:03qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est
- 21:04qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est
- 21:05qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est ce qu'est qu'est qu'est
- 21:06qu'est qu'est ce qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est qu'est
- 21:07qu'est qu'est qu'est qu'est qu ne se contente plus de vendre
- 21:09des services, il façonne les milieux symboliques dans
- 21:11lesquels s'écrivent, s'enseignent, se résument et se
- 21:14reformulent les contenus. Contrôler l'infrastructure du
- 21:16langage, ce n'est pas seulement contrôler une industrie parmi
- 21:19d'autres, c'est peser sur les conditions même du dicible.
- 21:22On objectera bien sûr que toute grande technique a eu ses coûts
- 21:25matériels, ses chaînes de travail, ses concentrations de
- 21:28pouvoir. C'est vrai.
- 21:29Mais cette objection ne règle rien, elle rappelle seulement
- 21:32une règle ancienne, l'enthousiasme pour l'innovation
- 21:34devient immature dès qu'il oublié de demander qui paie, qui
- 21:37travaille. Qui décide ?
- 21:38La phrase générée paraît légère parce qu'elle arrive vite et
- 21:41bien. Mais cette légèreté est un effet
- 21:43de surface. Plus la réponse semble
- 21:44immatérielle, plus elle risque de masquer le monde matériel
- 21:47qu'elle mobilise. Elle ne nous dispense pas de
- 21:49regarder ce qu'elle mobilise ni ce qu'elle normalise.
- 21:52Il y a au fond une question très simple, derrière là
- 21:54sophistication des débats techniques qu acceptons nous de
- 21:57ne plus voir pour continuer à trouver cette fluidité naturel.
- 22:01Chapitre 7, ce que l'on laisse s'installer.
- 22:04Une révolution technique change vraiment d'époque lorsqu'elle
- 22:08commence à prendre la forme d'un réflexe.
- 22:10Au fond la bonne question n'est peut être pas l'i a peut-elle
- 22:12écrire ? Elle sait déjà produire des
- 22:14phrases utiles, parfois belles, souvent convaincantes.
- 22:17La question décisive est ailleurs, quel monde s'habitue à
- 22:19écrire avec elle ? C'est une question moins
- 22:21spectaculaire, donc plus sérieuse.
- 22:23Les grandes transformations techniques n'arrivent pas
- 22:25seulement quand une machine devient puissante, elles
- 22:28arrivent quand cette puissance devient ordinaire.
- 22:30Quand elle quitte le domaine de l'exception, de la démonstration
- 22:33de l'étonnement pour entrer dans celui du réflexe, de l'évidence
- 22:36du pourquoi pas ? C'est à ce moment-là qu'une
- 22:38culture change de texture, non pas quand elle découvre un
- 22:41outil, mais quand cet outil redéfinit ce qu'elle appelle
- 22:43spontané, simple, raisonnable. Or l'i a générative agit
- 22:47exactement à ce niveau, elle ne transforme pas seulement
- 22:49certaines professions ou certaines tâches.
- 22:51Elle commence à toucher la vie quotidienne du langage, chercher
- 22:54une formule, préparer un message, résumer un dossier,
- 22:57démarrer une page, dégrossir une pensée, trouver le ton juste.
- 23:01Autrement dit, elle s'approche de tout ce qui jusqu'ici faisait
- 23:04partie des petits ateliers silencieux de l'esprit.
- 23:06Il faut insister sur ce point parce qu'il est facile de passer
- 23:09à côté. Beaucoup de ruptures techniques
- 23:11ont changé nos outils. celles-ci pourraient changer notre rapport
- 23:14à l'élaboration elle même. Si la disponibilité d'une forme
- 23:17bien faite devient la norme, alors l'effort de formulation
- 23:20risque d'apparaître non plus comme un moment ordinaire de la
- 23:22pensée, mais comme une lenteur évitable.
- 23:25Si le plausible devient instantané, la patience critique
- 23:28peut paraître disproportionnée. Si l'assistance se banalise,
- 23:31l'initiative solitaire commence à sembler coûteuse, peut être
- 23:34même un peu archaïque. Rien de tout cela n'a besoin
- 23:37d'être décrété. C'est précisément ce qui rend le
- 23:39phénomène si puissant. Les habitudes se modifient avant
- 23:42les doctrines. Les réflexes se déplacent avant
- 23:45les principes, une société consent souvent en pratique à ce
- 23:48qu'elle n'a jamais vraiment discuté en théorie.
- 23:50Voilà pourquoi le sujet est plus large que la seule IA.
- 23:52Ce qui se joue ici, c'est notre rapport collectif, à l'évidence
- 23:55technologique. Nous avons pris l'habitude de
- 23:58juger un outil d'abord à l'aune de son efficacité locale, est ce
- 24:01utile, rapide, pratique ? Ces questions sont légitimes
- 24:04mais elles ne suffisent pas. Certaines techniques méritent
- 24:07une autre interrogation, quel type d'attention favorisent
- 24:10elles ? Quelle économie du temps
- 24:12installent elles ? Quelle conception implicite de
- 24:14l'autonomie rend t elle normale ?
- 24:16L'i a ressemble à Gutenberg si l'on regarde sa puissance de
- 24:19diffusion, elle ressemble au mycélium si l'on regarde sa
- 24:22manière de s'étendre, d'infuser de devenir un milieu plutôt
- 24:25qu'un objet ? Ces 2 images prises ensemble
- 24:28dessinent autre chose qu'une simple révolution technologique.
- 24:31Elles dessinent une mutation du rapport entre langage,
- 24:34infrastructure et habitude. Nous avons construit des
- 24:37systèmes capables de produire du texte avec une facilité inédite.
- 24:40Mais le vrai changement n'est peut être pas dans les textes
- 24:42qu'ils produisent, il est dans le type de monde qu'ils rendent
- 24:45pensable. Un monde où l'on demande avant
- 24:47de chercher, où l'on reformule, avant de s'exposer, où l'on
- 24:50obtient une forme avant d'avoir traversé tout ce qui autrefois
- 24:54formait cette forme. On peut accueillir cette
- 24:56mutation avec enthousiasme, avec prudence, avec ambivalence.
- 25:00Sans doute faut-il les 3, mais il faudrait éviter une naïveté,
- 25:03croire qu'une technique aussi profonde n'engage que des gains
- 25:06de productivité. Une civilisation ne change pas
- 25:09seulement lorsqu'elle invente une machine, elle change quand
- 25:12cette machine s'installe dans la définition même de ce qui paraît
- 25:14naturel. Et c'est peut être là très
- 25:17exactement là que commence le sujet de cet épisode, non pas ce
- 25:20que l'i a peut écrire, mais ce que nous acceptons qu'elle rende
- 25:23naturel puis normal. Vous écoutiez gutenberg
- 25:27souterrain, un épisode sur l'i a comme 2nde IMPRIMERIE et comme
- 25:31infrastructure discrète de nos phrases.
- 25:34Si cet épisode vous a plu, vous pouvez vous abonner, le partager
- 25:37autour de vous et nous laisser quelques étoiles à très bientôt.