Latest / Québécois et Canadien / Punir le crime ou l'individu ? — Me Gabriel Myre
Transcript
- 0:00Bonjour et bienvenue au podcast Québécois et
- 0:01Canadien. On discute des enjeux de notre pays.
- 0:04Aujourd 'hui, on reçoit Gabriel Mir, avocat de
- 0:06la Défense à l 'aide juridique. On a discuté
- 0:08notamment du rôle de l 'avocat de la Défense
- 0:10et de la réalité concrète dans les palettes de
- 0:11justice à travers le Québec. Bon épisode. Alors
- 0:26Gabriel Mir, bonjour. Bonjour, merci de l 'invitation.
- 0:29Merci d 'avoir accepté. On va se tutoyer parce
- 0:30qu 'on se connaît depuis 18 ans. On est des bons
- 0:33amis, je vous avertis de suite. Ce ne sera peut
- 0:36-être pas l 'entrevue la plus serrée, mais ce
- 0:38n 'est pas ce but non plus du podcast. On essaie
- 0:39d 'exposer des sujets d 'intérêt sur différentes
- 0:41affaires. J 'aimerais commencer parce que je
- 0:44pense que c 'est un rôle qui est souvent mal
- 0:45compris. Mais c 'est quoi le rôle d 'un avocat
- 0:48de la défense? C 'est un rôle qui est souvent
- 0:53ingrat dans notre société. On me dit souvent
- 0:57comment tu fais pour défendre ces gens -là. Mais
- 1:01à la base, mon rôle, c 'est de défendre mon client.
- 1:05Moi, je suis un avocat permanent de la juridique.
- 1:09par mes fonctions, je représente des gens qui
- 1:11sont admissibles à la juridique, qui sont, on
- 1:13parle, des plus démunis de la société. Des gens
- 1:16qui ont des revenus très très bas, là, c 'est
- 1:18ça? Très très bas. On parle de moins de 30 000,
- 1:21là, si on parle d 'une personne seule. Donc...
- 1:25Moi, mon rôle, c 'est de défendre cette personne
- 1:27-là, peu importe l 'infraction qu 'elle a faite,
- 1:29peu importe ce qu 'elle souhaite obtenir au terme
- 1:32du processus judiciaire. On intervient souvent
- 1:36dans des cas où même la personne n 'est pas en
- 1:39mesure de donner un mandat à un avocat. Je parle
- 1:41aussi de cas de santé mentale, des gens qui perdent
- 1:45des fois même le contact avec la réalité, qui
- 1:48ne voient pas les choses comme nous. Et moi,
- 1:52c 'est de défendre ces gens -là, c 'est de m
- 1:54'assurer que... d 'une part leurs droits sont
- 1:56respectés, de faire valoir tous les moyens de
- 2:00défense applicables à leur situation. L 'avantage
- 2:04d 'être un salarié de l 'État, c 'est que moi,
- 2:06je ne vais pas me poser la question combien une
- 2:08défense va coûter. Alors, c 'est... présenter
- 2:12la défense et la version de mon client, le défendre.
- 2:16Si un tribunal en revient à la conclusion que
- 2:18cette personne -là est coupable, mon travail
- 2:20continue à défendre les intérêts de cette personne
- 2:23-là pour qu 'elle obtienne la plus petite peine
- 2:26pour ce qu 'elle a fait. Je pense qu 'il y a
- 2:32beaucoup de films ou de séries où on voit l 'avocat
- 2:34de la défense qui est comme un peu machiavélique
- 2:37là -dedans, qui va faire le set -up, puis qui
- 2:39va dire à son client, fais -toi -en -pas, peu
- 2:40importe l 'infraction, je vais trouver une façon
- 2:43de t 'en sortir, puis qui va trouver une façon
- 2:46qui sort de Hollywood, d 'un film avec un faux
- 2:51témoin qui rentre et tout ça. Mais dans les faits...
- 2:56ton travail est assez straightforward. Tu as
- 2:59la couronne qui a ramassé de la preuve, c 'est
- 3:02eux autres qui ont le fardeau de prouver que
- 3:03ton client a commis une infraction, parce que
- 3:06si on a tendance à l 'oublier, mais la présomption
- 3:08d 'innocence est là, fait que c 'est pas, tout
- 3:10le monde est innocent jusqu 'à preuve du contraire.
- 3:12Fait que la couronne a la preuve à faire pour
- 3:15prouver à un juge ou à un juré, peu importe quel
- 3:18type de procès, que ton client a fait l 'infraction,
- 3:22que ta cliente a fait l 'infraction. Et toi,
- 3:24essentiellement, ton travail, c 'est de t 'assurer
- 3:25que la couronne a bien fait son travail, puis
- 3:26tous les éléments de preuve qui ont besoin de
- 3:28mettre de l 'avance sont là. C 'est vrai. Je
- 3:32te dirais, j 'avais un prof d 'université qui
- 3:34nous répétait ça, que les avocats, on est des
- 3:37metteurs en scène. Souvent dans les films, on
- 3:39voit l 'avocat de la défense comme un acteur,
- 3:42quelqu 'un qui va fabriquer des choses ou présenter
- 3:46des choses, alors qu 'effectivement, on est beaucoup
- 3:49plus proche d 'un metteur en scène. C 'est -à
- 3:50-dire que moi, j 'ai pris connaissance de la
- 3:52preuve. J 'ai pris connaissance de la version
- 3:54de mon client et je dois essayer de trouver une
- 4:00manière de présenter la version de mon client
- 4:02sans nécessairement en devenir un acteur parce
- 4:04que ce n 'est pas moi qui vais témoigner. Mon
- 4:07rôle à travers les questions, par exemple, que
- 4:10je vais poser au témoigne de la poursuite ou
- 4:11les questions que je vais poser à mon client,
- 4:13c 'est de faire ressortir des éléments qui viennent
- 4:17un peu appuyer notre position. Ce n 'est pas
- 4:22comme dans les films. Évidemment, tous les avocats
- 4:26de la défense ont un code de déontologie. On
- 4:31ne peut pas fabriquer de la preuve. On ne peut
- 4:35pas fabriquer des mensonges. Il y a beaucoup
- 4:38de choses qu 'on voit dans les films qui n 'ont
- 4:40aucun rapport avec... la réalité quotidienne,
- 4:43le travail d 'un avocat de la défense, c 'est
- 4:44beaucoup plus analyser la preuve, voir c 'est
- 4:47quoi les failles, tenir compte de la version
- 4:49de son client, puis ici de la présenter de la
- 4:50manière la plus convaincante possible pour convaincre
- 4:53un juge. Mais des histoires de faire venir un
- 4:56témoin qui sort de nulle part ou quoi que ce
- 4:59soit, c 'est pas... c 'est pas réel. Oui, puis
- 5:03je pense que ce qui est particulier, c 'est que,
- 5:04tu sais, comme nous deux, on est des professionnels,
- 5:06on est tous et deux avocats. probablement que
- 5:08dans notre vie de tous les jours, on n 'est pas
- 5:09habitué d 'interagir avec les policiers. Si on
- 5:12se promène sur la rue, il y a personne qui va
- 5:13penser qu 'on a commis un crime, tu sais. Les
- 5:15chances, je pense, qu 'on soit victime d 'une
- 5:17erreur judiciaire, sont assez faibles. Mais...
- 5:20Si on parle un peu des genres de personnes que
- 5:23tu représentes notamment à ce niveau -là, c 'est
- 5:26les gens qui sont beaucoup plus vulnérables par
- 5:27rapport à un système organisé de police et de
- 5:31justice qui décident que ce gars -là, c 'est
- 5:32probablement lui qui l 'a fait. C 'est là que
- 5:35les problèmes peuvent potentiellement arriver.
- 5:37C 'est qui ton client type, disons, à l 'aide
- 5:39juridique? Si on généralise beaucoup, dans ma
- 5:46pratique, les personnes qui sont surreprésentées,
- 5:50quand je parlais de personnes démunies, ce sont
- 5:52des gens qui ont vécu des drames, qui sont pauvres.
- 5:59On a beaucoup de personnes qui nous viennent
- 6:02du système de protection de la jeunesse. On a
- 6:05beaucoup de toxicomans. On a beaucoup de personnes
- 6:08qui sont affligées de problèmes de santé mentale.
- 6:13Je veux dire, c 'est de la misère humaine. Donc,
- 6:18cette misère -là, on peut être homme, femme,
- 6:21on peut être blanc, on peut être de n 'importe
- 6:24quelle origine ethnique, puis faire face à de
- 6:26la misère, puis avoir besoin de l 'aide juridique.
- 6:30Mes clients -types, je veux dire, on a beaucoup
- 6:34d 'étunérants. de gens sans logement, c 'est
- 6:37sûr et certain qu 'avec la crise du logement
- 6:38en ce moment, c 'est une réalité de plus en plus
- 6:41présente, même dans des endroits où avant, c
- 6:45'était plus marginal. Moi, personnellement, je
- 6:49travaille au Bureau d 'aide juridique de Laval,
- 6:51puis je veux dire, les ressources sur l 'île
- 6:53de Laval pour la clientèle itinérante sont très
- 6:56limitées, ça n 'a rien à voir avec… ce que j
- 6:57'ai connu à Montréal quand je travaillais à la
- 6:59Cour municipale. Mais pourtant, il y en a de
- 7:03plus en plus. On a un refuge et qui peine pour
- 7:08voir aux services de notre population. Souvent,
- 7:11j 'ai des clients qui doivent faire affaire avec
- 7:14des ressources un peu partout sur la Rive -Nord
- 7:17parce que le refuge de Laval, ils n 'arrivent
- 7:20pas à fournir. Quand on parle un peu de l 'imbalanque,
- 7:26des balancements, des gens qui sont vulnérables
- 7:29au niveau financier, au niveau santé mentale,
- 7:32taxicomanie, puis disons un système organisé
- 7:34de police, puis de procureur de la couronne,
- 7:37est -ce que ça arrive des situations comme par
- 7:38exemple, je ne veux pas une vitrine cassée, il
- 7:40y a un étudiant sous à côté, puis on... comme
- 7:42on prend pour acquis que c 'est lui qui l 'a
- 7:43fait, puis on dépose des accusations ou est -ce
- 7:46qu 'il y a quand même une bonne conscience du
- 7:48système policier de dire, ben regarde, j 'ai
- 7:49pas tous les éléments de preuve pour faire mon
- 7:50accusation, fait que j 'ai pas de caméra, j 'ai
- 7:53rien, je peux pas rien faire, je peux pas prendre
- 7:54pour acquis que c 'est lui qui l 'a fait? Il
- 7:59y a deux choses qu 'il faut dire par rapport
- 8:00à cette hypothèse -là. Quand le dossier arrive
- 8:03à mon niveau, il y a déjà eu un processus de
- 8:06filtrage parce que dans notre société, comment
- 8:07ça fonctionne, c 'est que... À partir du moment
- 8:10où il y a une infraction qui est reportée ou
- 8:13qui est portée à l 'attention de la police, il
- 8:14y a une enquête. Puis, si on pense qu 'on a trouvé
- 8:19la personne, le coupable ou quoi que ce soit,
- 8:20les policiers montent un dossier puis envoient
- 8:22une demande à la poursuite d 'intenter des accusations.
- 8:25Et là, il y a un procureur de la poursuite dont
- 8:27le travail, c 'est de faire la lecture de ce
- 8:29rapport -là puis déterminer est -ce qu 'il y
- 8:32a la conviction morale qu 'un crime a été commis
- 8:35et que c 'est cette personne -là. Et après ça,
- 8:38en fonction de ses directives, en fonction des
- 8:41circonstances particulières de l 'affaire, parce
- 8:43que ce n 'est pas tous les crimes qui méritent
- 8:45d 'être dénoncés. Tu sais, on parle, par exemple,
- 8:47des fois, un premier vol à l 'étalage de nourriture
- 8:50pour une personne sans antécédent judiciaire,
- 8:53il y a des procureurs qui vont privilégier une
- 8:55autre avenue. Mais si le procureur, lui, à sa
- 8:59lecture du dossier, il estime qu 'il en a assez,
- 9:01puis c 'est opportun de déposer des accusations.
- 9:05Là, il va déposer des accusations et c 'est...
- 9:07là que moi j 'interviens. J 'ai une personne
- 9:10qui va venir me voir pour me dire j 'ai une date
- 9:11de cours à telle date pour être une représentée
- 9:14et là je vais recevoir la preuve puis je vais
- 9:15en prendre connaissance. Moi ce que je vois à
- 9:19mon niveau, ce que je lis dans les rapports de
- 9:21police que je lis, c 'est le... Le déséquilibre,
- 9:26là où je le vois, c 'est dans la manière de se
- 9:28comporter avec les policiers. C 'est dans la
- 9:31manière où les policiers acquèrent des fois des
- 9:35soupçons. Dans la manière où on réagit, les policiers
- 9:39vont dire que parce que la personne se rédit,
- 9:42elle se met de côté, on assume qu 'elle est en
- 9:45position de combat alors que... Non, peut -être
- 9:49qu 'il était juste nerveuse, puis c 'est pour
- 9:50ça qu 'il était raide. Donc, ma clientèle, souvent,
- 9:57ce sont des gens qui... ne se conforme pas, peut
- 10:02-être, aux normes que la société a édictées facilement.
- 10:06Et souvent, ces gens -là, parce que justement,
- 10:09ils sont non -conformistes, quand ils réagissent
- 10:12avec des personnes en situation d 'autorité,
- 10:14bien évidemment, c 'est plus facile de déraper,
- 10:18c 'est plus facile qu 'il y ait une désorganisation,
- 10:19parce que c 'est des gens, à la base, qui n 'ont
- 10:23pas toujours les mêmes valeurs ou qui ont vécu
- 10:25des choses aussi. C 'est facile pour, justement,
- 10:28toi et moi, réagirait pas comme ça avec les policiers,
- 10:32mais moi, personnellement, je dois dire que je
- 10:36me suis fait intercepter par les policiers, peut
- 10:38-être. Je peux compter sur les doigts d 'une
- 10:40main le nombre de mes interactions avec les policiers.
- 10:44Ma clientèle n 'a pas assez de ses deux mains
- 10:46pour dire toutes les fois qu 'ils ont vécu des
- 10:48choses désagréables avec les policiers. Donc,
- 10:51c 'est sûr et certain que les normes, si les
- 10:55normes sont faites par des gens qui ont... peu
- 10:57de contact avec les policiers, pour qui les policiers
- 10:59sont toujours les gentils, sauveurs, les gens
- 11:03qui nous viennent en aide quand on a un problème.
- 11:06On ne développe pas du tout la même relation
- 11:08que la personne qui est visée, enquêtée, suspectée.
- 11:16C 'est pas du tout... Et le déséquilibre, le
- 11:19déséquilibre, si un jour on... Moi, je peux juste
- 11:23le conceptualiser en lisant la preuve. Je me
- 11:27mets à la place de mon client qui se fait enquêter.
- 11:31Les policiers cherchent quelqu 'un pour une infraction
- 11:33violente. Soudainement, il y a deux policiers
- 11:34qui viennent le voir, se mettent à lui poser
- 11:36des questions, le dévisage, le regard de haut
- 11:38en bas, cherchent pour voir si tu as de la drogue
- 11:41sur toi, une arme ou quoi que ce soit. C 'est
- 11:45minimalement anxiogène. Moi, je ne peux pas dire
- 11:48que j 'ai déjà vécu une telle situation. Je peux
- 11:51juste l 'imaginer à travers les yeux de ma clientèle,
- 11:55en parler avec mes clients, me mettre dans leurs
- 11:57souliers, puis je le vois à le déséquilibre.
- 12:01Oui, puis en tout cas, je peux comprendre. Moi,
- 12:03je me suis fait faire un LK test une fois, parce
- 12:05qu 'ils ont décidé qu 'ils me testaient. puis
- 12:09je savais que j 'avais pas consommé, fait que
- 12:10c 'était correct, puis tout ça, mais juste le
- 12:12stress de sortir, de « Venez vous ici monsieur
- 12:14», le souffler dans la machine, tout ce processus
- 12:17-là, c 'est quand même anxiogène. Fait que j
- 12:19'imagine que quand t 'es quelqu 'un sur le bord
- 12:21de la rue, puis là on a deux policiers qui débarquent
- 12:22te voir pour te demander des questions, savoir
- 12:24si c 'est toi qui t 'inquiète à l 'autre personne,
- 12:25ça doit pas être évident. J 'aimerais qu 'on
- 12:28parle un peu avant de continuer sur la discussion
- 12:30de la charte. C 'est quoi exactement ? C 'est
- 12:34quoi la charte des droits et libertés ? La Chambre
- 12:36canadienne des droits et libertés, c 'est la
- 12:39loi constitutionnelle, c 'est la loi suprême
- 12:42du Canada. C 'est l 'outil principal d 'analyse
- 12:52et de contrôle du travail. législative tant du
- 12:57Parlement que de l 'action policière. C 'est
- 13:01sûr et certain que c 'est un outil fondamental
- 13:03pour n 'importe quel avocat criminaliste parce
- 13:06que quand je parlais tantôt du contrôle du travail
- 13:09législatif, il y a une partie de notre travail
- 13:11que, bon, il y a des accusations contre des gens,
- 13:16mais toute la procédure... pour se rendre à procès,
- 13:20à vient d 'une loi qui prévoit certaines choses,
- 13:23des dispositions sur la remise en liberté, sur
- 13:24la peine, c 'est quoi l 'accusation, c 'est quoi
- 13:27les défenses possibles pour certaines accusations,
- 13:29quelles défenses sont même pas possibles pour
- 13:33les accusations. Et souvent ces dispositions
- 13:35-là peuvent être attaquées et dans la... majorité
- 13:41voire presque la quasi -totalité des cas, on
- 13:44attaque une loi en fonction du fait qu 'elle
- 13:46ne respecte pas les garanties fondamentales énumérées
- 13:48dans la charte. Donc, il y a cet aspect -là.
- 13:50Puis le deuxième aspect, c 'est dans la mesure
- 13:53où les policiers, c 'est le bras armé de l 'État,
- 13:56c 'est eux qui ont le monopole de la force, ils
- 13:57font ça pour faire respecter la loi, bien, les
- 14:00policiers sont soumis à respecter nos droits
- 14:03constitutionnels. Et dans ce cadre -là, toute
- 14:06l 'intervention policière est analysée. par l
- 14:09'avocat de la Défense en fonction justement du
- 14:11respect des droits de la personne qui a été visée.
- 14:15Donc essentiellement, on prend la portion travail
- 14:17policier. C 'est une série de règles qui mettent
- 14:21des balises sur comment les policiers peuvent
- 14:23faire leur travail. En fait, le travail policier,
- 14:26une des difficultés qu 'ils ont, c 'est que d
- 14:29'une part, ils ont tout l 'aspect opérationnel.
- 14:33Les policiers apprennent comment sécuriser les
- 14:36lieux, comment interagir avec une personne sécuritairement,
- 14:40comment procéder à une mise en arrestation pour
- 14:43que ce soit sécuritaire autant pour eux que pour
- 14:45la personne. Ils ont toutes ces considérations
- 14:47opérationnelles -là, mais par -dessus ça, il
- 14:50y a la Charte canadienne des droits et libertés
- 14:52qui font en sorte qu 'ils ne peuvent pas faire
- 14:55n 'importe quoi, n 'importe comment, ou ils ne
- 14:57peuvent pas juste... donner lieu à leur considération
- 15:01opérationnelle. Donc, il faut que le policier
- 15:04apprenne à travailler puis à faire le bon compromis,
- 15:07à faire les deux en même temps. Des fois, c 'est
- 15:10difficile. Ils n 'interviennent pas toujours
- 15:12dans des situations faciles. Je suis le premier
- 15:14à leur donner, mais... ça leur donne pas carte
- 15:18blanche pour faire n 'importe quoi non plus.
- 15:20Je pense qu 'instinctivement, la première chose
- 15:23qui me vient en tête, il y en a deux qui me viennent
- 15:26en tête, c 'est la détention. Quand le policier
- 15:29t 'empêche de partir, parce que c 'est sûr que
- 15:31c 'est toujours plus facile pour lui s 'il te
- 15:33garde là et il te dit où est -ce exactement ce
- 15:35que tu fais, mais la notion de détenir quelqu
- 15:39'un et les conditions en lien avec lesquelles.
- 15:41Le policier ne peut pas juste venir te voir et
- 15:43te décider que toi tu restes ici, tu n 'as plus
- 15:44le droit de partir, je t 'enlève ta liberté de
- 15:46mouvement. D 'ailleurs, on peut juste faire une
- 15:48petite parenthèse là -dessus. C 'est quoi les
- 15:50restrictions par rapport à la détention pour
- 15:52M. et Mme Tout -Le -Monde s 'ils veulent avoir
- 15:54l 'information? Bien, l 'article 9 de la charte
- 15:57prévoit que les gens sont protégés contre toute
- 16:01détention illégale ou arbitraire. Ce qu 'il faut
- 16:06doser avec ça, c 'est que les policiers, bien,
- 16:09ils ont un pouvoir d 'enquête puis ils ont un
- 16:11pouvoir de détention pour faire une enquête.
- 16:12Un policier qui a des soupçons, on dit raisonnables,
- 16:16de penser que tu es lié à une infraction criminelle
- 16:20peut te mettre en état de détention. Évidemment,
- 16:23il y a des considérations qui viennent avec ça.
- 16:27À partir du moment où tu es détenu, tu es protégé
- 16:29par la Charte au sens que le policier a l 'obligation
- 16:32de t 'informer que tu es détenu, t 'informer
- 16:33pourquoi tu es détenu et de te donner ton droit
- 16:35à l 'avocat. Et c 'est une chose aussi de dire
- 16:38que t 'as droit à l 'avocat, mais il faut aussi
- 16:40qu 'il le mette en pratique. Il faut qu 'on me
- 16:42donne accès à un téléphone puis qu 'il fasse
- 16:44ça. Donc, au niveau de la détention pour faire
- 16:47une enquête, c 'est un outil que les policiers
- 16:51ont pour enquêter, détecter, prévenir une infraction.
- 16:57Souvent la détention, la détention, comment je
- 17:01pourrais dire, c 'est la contrainte physique
- 17:04de tu peux pas t 'en aller. C 'est pas obligé
- 17:07d 'être avec des menottes. Non, non, non. À partir
- 17:09du moment, le policier te dit reste là. Si tu
- 17:13prends la fuite, tu commets techniquement une
- 17:15infraction, t 'essayes de t 'esquiver d 'une
- 17:17détention. Donc c 'est n 'importe quel contrainte
- 17:20physique. Puis souvent, les tribunaux ont à trancher
- 17:23des zones grises parce que des fois, les policiers
- 17:26dans leur manière d 'intervenir. tu te poses
- 17:29la question, est -ce que je suis détenu en ce
- 17:31moment? Parce que la manière qu 'on me pose des
- 17:33questions, t 'es entouré, il y a deux policiers
- 17:35qui viennent te voir, t 'as pas l 'impression...
- 17:37Tu sens pas que tu peux t 'en aller, mais en
- 17:39même temps on te dit pas nécessairement que t
- 17:40'es détenu, puis souvent la détention s 'amène
- 17:43à des zones grises où il y a toute une notion
- 17:47qui s 'est développée dans la jurisprudence qu
- 17:48'on appelle la détention psychologique, c 'est
- 17:50-à -dire que... Peut -être que la personne n
- 17:52'a pas été informée qu 'elle est détenue, elle
- 17:54n 'est peut -être pas menottée, elle n 'est peut
- 17:55-être pas retenue contre son gré dans le véhicule
- 17:58de police, mais elle se sent détenue. Il y a
- 18:01huit policières autour de vous. Il y a des gens
- 18:02autour d 'elle qui posent des questions, elle
- 18:04se sent plus libre de ses mouvements. Des fois,
- 18:08la personne dit est -ce que je peux quitter les
- 18:10lieux? Non, non, mais on a juste une autre question
- 18:12pour toi, reste ici. Tu sais, c 'est pas resti,
- 18:16je te donne l 'ordre de rester ici. C 'est comme
- 18:18non, non, mais on n 'a pas fini. Là, je suis
- 18:20en train de prendre les notes. Est -ce que la
- 18:21personne, elle est mobilisée contre elle -même?
- 18:24Est -ce qu 'elle est détenue? Souvent, c 'est
- 18:28des questions auxquelles on est confronté quand
- 18:29on analyse les interventions policières. Le policier,
- 18:33souvent, lui, il y a... sa vision de, est -ce
- 18:36que j 'ai des motifs, est -ce que j 'ai pas des
- 18:37motifs, est -ce que à partir du moment où j 'ai
- 18:40mes motifs, j 'informe la personne. Mais souvent,
- 18:42la réalité est un petit peu plus grise. Il y
- 18:44a des moments qu 'on est encore dans le processus
- 18:46d 'enquête, qu 'il est en train d 'acquérir ses
- 18:48motifs, mais la personne se sent détenue. Ça,
- 18:51ça se peut. Puis là, il arrive, j 'imagine, plus
- 18:53et plus ton expérience. c 'est définitivement
- 18:55plus ton expertise que la mienne, mais arrive
- 18:57un moment où, si par exemple, c 'est là qu 'on
- 18:59peut voir peut -être des bris de procédures pour
- 19:01des gens qui sont dans des situations vulnérables,
- 19:04si la personne est dans les faits détenus, ça
- 19:06veut dire qu 'elle aurait eu le droit à l 'avocat.
- 19:08Si elle n 'a pas exercé son droit à l 'avocat,
- 19:10après ça, elle peut dire des choses qui pourraient
- 19:13être retenues contre elle, mais si elle avait
- 19:14parlé à un avocat, l 'avocat, il aurait dit de
- 19:15rien dire. Ça fait que j 'imagine que des fois,
- 19:17il y a des situations où on dit non, non, la
- 19:19personne était détenue, donc tu aurais dû lui
- 19:21donner son droit à l 'avocat, puis après ça,
- 19:23Toutes les déclarations qu 'elle a faites après
- 19:26l 'absence de droit d 'avocat, je ne peux pas
- 19:28le retenir parce qu 'un avocat l 'aurait recommandé
- 19:30X ou Y. C 'est un peu plus compliqué que ça,
- 19:38au sens que ce qu 'il faut faire généralement
- 19:41quand il y a de la preuve qui est obtenue en
- 19:43contravention des droits constitutionnels de
- 19:44la personne, c 'est une requête en exclusion
- 19:46de la preuve. On va faire une requête en bonnet
- 19:48de forme qui va être présentée au juge en disant
- 19:50les policiers ont obtenu x, y, z éléments de
- 19:53preuve, ces éléments de preuve -là ont été obtenus
- 19:55en contravention des droits constitutionnels
- 19:57et dans son analyse, la cour devrait retenir...
- 20:01va faire la mise en balance entre la gravité
- 20:04des violations, leur incidence sur les droits
- 20:07protégés par la Charte, puis finalement la mise
- 20:09en balance des intérêts. Parce que ce n 'est
- 20:12pas automatique dans notre système que dès qu
- 20:15'il y a une violation, on efface tout. Parce
- 20:18que les tribunaux ont reconnu que des fois, un
- 20:23élément de preuve scientifique, probant, qui
- 20:26aurait pu être découvert de toute manière autrement,
- 20:30Les tribunaux ont toujours à faire une mise en
- 20:32balance. Qu 'est -ce qui déconsidère plus l 'administration
- 20:34de la justice? Le fait de retenir l 'élément
- 20:37de preuve ou de l 'exclure? Donc, les tribunaux
- 20:41se livrent à cette analyse -là et finalement,
- 20:43c 'est un peu le juge du procès qui a le dernier
- 20:45mot. Est -ce que je garde cet élément de preuve
- 20:47-là ou non? l 'exclusion de la preuve, parce
- 20:53que je pense qu 'au niveau de l 'opinion publique,
- 20:55une des choses qui est peut -être le plus controversé,
- 20:58c 'est l 'exclusion de la preuve. Puis je vais
- 21:00donner un exemple, c 'est pas un exemple, tu
- 21:02me corrigeras, mais quelqu 'un fait un crime,
- 21:04il va rencontrer la police, il dit oui, oui,
- 21:07c 'est moi qui l 'ai faite, puis après ça, au
- 21:09procès, on décide, est -ce que ces droits ont
- 21:11été brimés ou pas, puis est -ce que cette déclaration
- 21:13-là peut être... peut rester dans le dossier
- 21:16et être utilisé comme élément de preuve. Puis
- 21:18là, on pourrait venir à la conclusion que cette
- 21:19déclaration -là ne peut pas être utilisée parce
- 21:21que les droits de la personne n 'avaient pas
- 21:22été respectés. Ça fait en sorte que plus rien
- 21:24dans le dossier qui prouve que cette personne
- 21:26-là a fait le crime. Donc, la personne est acquittée
- 21:28quand... dans les faits elle -même admis qu 'elle
- 21:31l 'avait fait, mais en retirant cette déclaration
- 21:35-là, il y a d 'autres éléments de preuve. Puis
- 21:38il y avait un dossier, puis ça fait longtemps,
- 21:41mon cours de droit criminel, mais je me souviens,
- 21:43il y avait une affaire, quelqu 'un dans une école
- 21:45qui avait eu un ordinateur avec la pornographie
- 21:47juvénile, puis il avait saisi l 'ordinateur,
- 21:49il avait trouvé la pornographie juvénile. Mais
- 21:51la Cour suprême, je pense, avait déterminé que
- 21:53les... les droits de la personne n 'avaient pas
- 21:56été respectés dans la façon dont ils ont été
- 21:57cherchés cet ordinateur -là. La personne est
- 22:00accusée de possession de pornographie juvénile,
- 22:03mais l 'ordinateur avec la pornographie juvénile
- 22:05n 'est pas admissible en preuve, donc il n 'y
- 22:06a plus d 'infraction et la personne est acquittée.
- 22:09J 'imagine que ça va être... Ça va être une balance
- 22:12difficile à aller chercher pour les tribunaux
- 22:14de dire, mais je veux protéger les droits de
- 22:16cette personne -là tout en étant conscient que
- 22:18si t 'excluses des éléments de preuve importants,
- 22:21eh bien ça se pourrait que la personne soit acquittée
- 22:23malgré qu 'elle ait fait le crime ultimement.
- 22:25La mise en balance, elle est jamais facile parce
- 22:28que c 'est des intérêts très forts de chaque
- 22:30côté. Comme tu dis, d 'un côté on veut protéger
- 22:33la société, de l 'autre côté on veut pas se...
- 22:35On ne veut pas se ramasser du jour au lendemain
- 22:37avec un État policier qui bafoue la charte. C
- 22:41'est un exercice de dosage de parfois envoyer
- 22:44le message que certaines pratiques policières
- 22:47ne sont plus admissibles. Ce qu 'il faut se rappeler
- 22:52avec l 'exclusion de la preuve, c 'est que c
- 22:55'est le deuxième meilleur remède en droit criminel.
- 22:58Le remède draconien le plus intense, c 'est l
- 23:01'arrêt des procédures. L 'exclusion de la preuve,
- 23:04c 'est souvent vu comme une manière un peu plus
- 23:07modérée de remédier à des violations, à des droits
- 23:12constitutionnels. Mais il faut aussi mettre en
- 23:15balance que la Chambre canadienne des droits
- 23:17et libertés, là, ce n 'est pas un nouveau document.
- 23:20Ça date de 1982. Puis, je veux dire, même si,
- 23:25effectivement, la jurisprudence évolue constamment,
- 23:29puis il y a des nouveaux développements, des
- 23:31notions comme la détention, le droit à l 'avocat,
- 23:36ce n 'est pas de nouvelles notions. Donc, les
- 23:40tribunaux retiennent aussi l 'argument que les
- 23:43corps policiers ont… de moins en moins d 'excuses
- 23:48de ne pas respecter la charte sur des notions
- 23:50de base. Oui, il peut y avoir un policier inexpérimenté
- 23:54de bonne foi. Ce sont des choses qu 'on peut
- 23:56trouver dans la jurisprudence que le juge fasse
- 23:58comme bon, c 'est un junior, il est à sa première
- 24:00opération de ce type -là, il y a eu une erreur
- 24:04de jugement, mais le policier était somme toute
- 24:06de bonne foi, il voulait quand même respecter
- 24:07les droits de la personne. Mais il y a des cas
- 24:10où la court ne réside pas, puis c 'est comme
- 24:13l 'intervention... constitue un mépris flagrant
- 24:17pour tous les droits constitutionnels. On n 'a
- 24:19jamais demandé de mandat, on n 'a même pas pensé
- 24:21en en demander un, on est juste allé et on a
- 24:23pris ce qu 'on voulait. Donc, il faut prendre
- 24:26ça en considération. Je peux comprendre que pour
- 24:29les gens, ça peut paraître choquant, un cas comme
- 24:33ça, mais il n 'y a pas d 'argument qui est toujours
- 24:38nécessairement plus fort. C 'est une mise en
- 24:40balance, puis souvent, c 'est de quelle part
- 24:43ça penche le plus. l 'intérêt à la société, à
- 24:48ce que l 'affaire soit jugée au fond avec toute
- 24:50la preuve, il est toujours présent. Et c 'est
- 24:53sûr et certain que les crimes plus graves, cet
- 24:55intérêt -là est très fort. Mais en même temps,
- 24:57on n 'a pas intérêt à ce que les policiers bafouent
- 25:01la charte juste parce que c 'est un crime important.
- 25:06Souvent dans le système de justice, c 'est pas...
- 25:09Comment je pourrais dire? Il y a une distinction
- 25:11dans ma tête entre un système de justice qui
- 25:14rend « justice » avec un grand « J » et un système
- 25:19dont le but c 'est le maintien de l 'ordre et
- 25:21de la confiance envers le système. Souvent la
- 25:24justice avec un grand « J », c 'est très difficile
- 25:27à atteindre parce que, veut, veut pas, on a des
- 25:31limites. Le système a des limites, on n 'a pas
- 25:33des ressources infinies, on n 'a pas la meilleure
- 25:36preuve, on n 'a pas... souvent le juge qui va
- 25:42avoir à trancher une affaire, le juge n 'est
- 25:45pas omniscient, il n 'était pas présent, il n
- 25:47'a pas vu, il n 'a pas accès à tout. Le juge
- 25:50est pris avec ce qui lui est rapporté au procès,
- 25:53avec des témoins fiables et crédibles des fois,
- 25:57mais des fois des témoins vraiment pas fiables
- 25:59et vraiment pas crédibles. Des fois, une décision
- 26:02est juste pas parce qu 'elle rend justice à la
- 26:06situation, juste parce qu 'elle rend justice
- 26:08au procès. Si le procès n 'est pas bon, il ne
- 26:12faut pas s 'étonner que peut -être la décision
- 26:14ne rencontrera pas les attentes de toutes les
- 26:17parties. Moi, je l 'ai vécu dans un contexte
- 26:19beaucoup moins important. Disons que j 'ai fait
- 26:21des enquêtes d 'harcèlement. Dans ce contexte
- 26:24-là, tu rencontres une partie qui dit ce qui
- 26:25est arrivé, puis l 'autre partie qui dit ce qui
- 26:27est arrivé. Dans la majorité de mes cas, je suis
- 26:31convaincu que les deux parties croient ce qu
- 26:33'ils m 'ont dit. C 'est leur version des faits,
- 26:36c 'est leur vision du monde. Mais après ça, toi,
- 26:38tu dois trancher la vérité, elle est où? Puis
- 26:41souvent, elle est à quelque part entre les deux,
- 26:42parce que, tu sais, quelqu 'un, puis je mène,
- 26:44c 'est vrai ou sans droit criminel, là, tu sais,
- 26:46le policier, lui, tous ses doutes vont peut -être
- 26:48s 'évaporer quand il va arriver pour témoigner.
- 26:50Puis là, soudainement, je pense que c 'est lui
- 26:52qui va devenir, oui, c 'est lui. Puis, tu sais,
- 26:55c 'était définitivement cette couleur -là, parce
- 26:57qu 'il y a un paquet d 'éléments qui ont été
- 26:58rajoutés dans le narratif, puis son jugement
- 27:00a été teinté par la suite en fonction de son
- 27:01enquête, en fonction de ce qu 'il a découvert
- 27:03par la suite, qui... je peux dire, forme sa mémoire.
- 27:09Puis à l 'inverse, la personne qui est accusée,
- 27:12finalement, va peut -être trouver de nouveaux
- 27:13éléments puis va se rappeler de choses un peu
- 27:15différemment parce que la mémoire est une faculté
- 27:17qui oublie, puis il y a des déclarations écrites,
- 27:18puis là, on essaie de reprendre connaissance,
- 27:19puis tout ça. Moi, quand je faisais mes enquêtes,
- 27:22puis là, il y a personne qui va en prison quand
- 27:24je fais ça, là, j 'étais convaincu que les deux
- 27:28parties dans la majorité de dossiers pensaient
- 27:30vraiment ce qu 'ils m 'ont dit. Mais des fois,
- 27:33tu vois que ça ne fait pas avec d 'autres témoins,
- 27:35puis leur interprétation peut -être qu 'ils ont
- 27:37oublié certains éléments, c 'est de l 'attention
- 27:39sélective. C 'est sûr que surtout quand tu as
- 27:42le pouvoir comme juge d 'envoyer quelqu 'un en
- 27:44prison pour le restant de sa vie, par exemple,
- 27:46ou en tout cas une très longue durée de sa vie,
- 27:49la pression que ces gens -là doivent avoir de
- 27:51t 'es -tu vraiment sûr du témoin ou t 'es pas
- 27:53vraiment sûr, ou il était -il crédible ou il
- 27:55n 'était pas crédible, ça doit être quelque chose
- 27:57quand même. En partant en droit, une des limites
- 28:01principal d 'un procès, c 'est qu 'on est limité
- 28:04à la perception des témoins. On va prendre neuf
- 28:08personnes, on va les exposer au même spectacle,
- 28:11puis on va leur poser les mêmes questions sur
- 28:13ce spectacle -là. On pourrait très bien avoir
- 28:15neuf réponses différentes. Puis le travail de
- 28:19l 'avocat là -dedans, justement, c 'est d 'essayer
- 28:22de mettre en relief les différences de perception
- 28:28ou, au contraire, les ressemblances. dépendamment
- 28:32de c 'est quoi la thèse qu 'on adopte. Tu sais,
- 28:34souvent, tu sais, on dit souvent un procès c
- 28:38'est la recherche de la vérité, puis c 'est très
- 28:40beau sur papier, mais quand j 'y pense, moi,
- 28:44un procès pour moi, c 'est les deux avocats des
- 28:48partis opposés, là, c 'est deux peintres qui
- 28:50se partagent le même tableau. Puis, sont supposés,
- 28:54on pense, sont supposés partir de la même image,
- 28:57de la même situation, mais... avec leurs choix
- 29:00de couleurs, leurs choix de brosse, puis leurs
- 29:02techniques, vont venir, des fois, corriger des
- 29:07choses que l 'autre a faites ou venir noircir
- 29:10des éléments, puis ce qui reste de leur œuvre
- 29:13commune, c 'est ça que le juge va trancher. Fait
- 29:15qu 'on peut penser qu 'au début, la poursuite
- 29:18donne preuve solide, c 'est clair, c 'est saisissant,
- 29:21on voit tous les éléments du tableau, mais après
- 29:23ça, l 'avocat, en contre -interrogatoire, il
- 29:25vient noircir la moitié du tableau. Qu 'est -ce
- 29:27qui reste? Est -ce que c 'est la meilleure méthode
- 29:32pour obtenir la vérité? Je ne sais pas. Définitivement,
- 29:38je n 'ai pas de meilleure méthode à proposer,
- 29:41mais c 'est une méthode où il faut admettre que
- 29:45des fois, pour le juge, il ne reste pas grand
- 29:48-chose de clair. Ce n 'est pas un combat à armes
- 29:53égales parce que la couronne a un fardeau de
- 29:55preuve qui est beaucoup plus élevé. Si ça arrive,
- 29:57breakeven, puis qu 'on est comme 50 -50, c 'est
- 30:00la défense qui gagne. Ce n 'est pas suffisant
- 30:02de juste dire les deux se peuvent. Ça finit là,
- 30:05c 'est de convaincre hors de tout doute raisonnable.
- 30:08Ce n 'est pas juste de convaincre, c 'est de
- 30:09convaincre hors de tout doute raisonnable. Le
- 30:11fardeau de preuve est très, très élevé, contrairement
- 30:13à un process civil qui va être le 50 % plus 1,
- 30:15disons. probabilité qui est probablement le meilleur
- 30:19terme que 50 % plus cher, mais il n 'y a pas
- 30:22le même fardeau. tu peux avoir une couronne puis
- 30:24une défense qui ont une preuve équivalente, qui
- 30:26vont se confronter. C 'est du jeu, je trouve
- 30:28qu 'ils sont équivalentes, la personne va être
- 30:29acquittée. Tout à fait. C 'est rendu en droit
- 30:32criminel. Il y a quelques défenses qui sont tranchées
- 30:36sur la prépondérance, comme par exemple, je pense
- 30:39à l 'article 16, sur les troubles mentaux. Mais
- 30:41généralement, le fardeau en défense, c 'est le
- 30:43doute raisonnable. Donc, à partir du moment où
- 30:46il y a un des éléments essentiels du crime qui
- 30:49est mis en doute, la personne devrait être acquittée.
- 30:51Oui, puis parlons -en brièvement de ça, le doute
- 30:53raisonnable, parce qu 'il y a des fois le monde
- 30:54se bat, bien là, tu sais, il y a des extraterrestres
- 30:56qui sont venus chercher, puis je suis parti avec,
- 30:58fait que j 'ai créé un doute, mais la notion
- 31:00de raisonnable dans le doute est quand même importante,
- 31:03là. C 'est des notions qui sont difficiles à
- 31:06expliquer parce qu 'il faut réconcilier des gros
- 31:12blocs. Tu sais, on essaye de chiffrer c 'est
- 31:14quoi le doute raisonnable. Est -ce que 1 % est
- 31:17un doute raisonnable? Les tribunaux y ont écarté
- 31:21généralement les notions mathématiques pour dire
- 31:23non, non. Une preuve hors de tout doute raisonnable,
- 31:25c 'est qu 'on a atteint la certitude. C 'est
- 31:28quoi un doute raisonnable? C 'est quelque chose
- 31:31qui enlève une certitude. Ce n 'est pas n 'importe
- 31:34quoi qui va passer. Généralement, en droit, dès
- 31:38qu 'on parle du mot raisonnable, il faut garder
- 31:40en tête que l 'arbitre de la raisonnabilité C
- 31:44'est le juge. Oui, c 'est ça, c 'est pas M. Morton
- 31:46le monde. Donc, c 'est pas parce que Johnny Hautey
- 31:49Morton fait « ah ouais, ça a de la lurk », que
- 31:52c 'est raisonnable. Alors, le doute raisonnable,
- 31:57c 'est quelque chose qui nous permet d 'avoir
- 32:00un doute que ça s 'est peut -être pas passé,
- 32:02comme la poursuite le dit, puis c 'est d 'autant
- 32:05plus difficile lorsqu 'on parle d 'un doute raisonnable
- 32:07qui s 'attache à... l 'élément psychologique
- 32:11de l 'infraction, parce qu 'il y a des crimes
- 32:12où il ne suffit pas d 'avoir posé un geste, il
- 32:15faut l 'avoir posé avec une intention spécifique.
- 32:17Et là, quand on rentre dans... C 'était quoi
- 32:19qu 'il y avait dans la tête, cette personne -là,
- 32:21à ce moment -là? C 'est là que, des fois, on
- 32:26nage dans du gris, parce que la personne va dire,
- 32:28oui, je l 'ai faite, mais je voulais vraiment
- 32:30atteindre tel but, puis bon, je me suis trompé
- 32:33ou ça s 'est pas passé comme je voulais. Puis
- 32:35là, le juge doit départager. Est -ce qu 'il soulève
- 32:38un doute? Parce que ça, c 'est la beauté du droit
- 32:41criminel. Le doute raisonnable, il n 'est pas
- 32:45nécessairement attaché à la crédibilité de l
- 32:47'accusé au sens où un juge peut faire... Non.
- 32:50Je rejette le témoignage de l 'accusé. Tout ce
- 32:54qu 'il m 'a dit, on va rester polis, mais il
- 32:57a pris des libertés avec la vérité, fait que
- 32:59je n 'en retiens absolument rien. Mais il y a
- 33:04quand même une chance que ça ne s 'est pas passé
- 33:06comme ça, puis je vais l 'acquitter quand même.
- 33:08On appelle ça acquitter sur le troisième critère
- 33:10de WD, parce que c 'est un arrêt de la Cour suprême
- 33:13qui explique que, confronté à des versions contradictoires,
- 33:16le juge doit se dire, premièrement, est -ce que
- 33:19je crois l 'accusé? Je crois l 'accusé, je l
- 33:20'acquitte. Si je ne le crois pas... Est -ce que
- 33:24sa version soulève un doute raisonnable? Comme,
- 33:27je ne pense pas que ça s 'est passé de même,
- 33:29mais peut -être. Puis finalement, même si je
- 33:31mets tout de côté, est -ce qu 'il y a quand même
- 33:34un doute raisonnable qui se subsise dans la preuve?
- 33:39Donc, ces trois étapes. Puis, tu sais, quand
- 33:43on le présente comme ça aux gens, moi, je me
- 33:44rappelle, j 'étais sur les bancs de l 'université,
- 33:46puis j 'étais comme, mon Dieu! Ça va être difficile
- 33:50pour la poursuite de respecter son fardeau. La
- 33:55réalité est plus nuancée. Justement, comme on
- 33:58le disait, la poursuite bénéficie du travail
- 34:01des policiers, des rapports d 'enquête. Les policiers
- 34:04sont généralement des bons témoins à la cour
- 34:06qui expliquent clairement qu 'est -ce qu 'ils
- 34:08ont constaté, qu 'est -ce qu 'ils ont vu, ils
- 34:09font des rapports. C 'est des témoins professionnels.
- 34:11Bien, c 'est ça. C 'est là que... Sur papier,
- 34:16ça semble être une montagne infranchissable.
- 34:19La réalité, c 'est que c 'est quand même neuf
- 34:22dossiers sur dix qui seraient que par des plaidoyers.
- 34:24Oui, c 'est ça. Parce que peut -être de toutes
- 34:27les enquêtes... il y en a une couple qui ne se
- 34:30rendent pas, mais de ceux qui se rendent à procès.
- 34:32Il y a eu une enquête, il y a eu un travail de
- 34:34policier, ils ont monté le dossier, ils ont envoyé
- 34:36ça à un procureur de la Couronne, procureur de
- 34:37la Couronne acceptait de déposer des accusations,
- 34:39dépose des accusations, on s 'en va à procès,
- 34:41on s 'en va dans des procédures judiciaires,
- 34:43on fait la mise en accusation. De ces dossiers
- 34:46-là, il y a déjà un paquet de monde qui sont
- 34:47passés à travers et qui ont fait comme oui, ça
- 34:49vaut la peine de prendre le temps du tribunal
- 34:50pour faire ça. C 'est ça. Fait que rendu là,
- 34:53les dossiers que tu es capable de faire acquitter,
- 34:54il n 'y en a plus de temps que ça. Il y a beaucoup,
- 34:58comment je pourrais dire, le taux d 'acquittement,
- 35:01c 'est une notion floue parce qu 'il y a beaucoup
- 35:04de dossiers qui se règlent en négociation, au
- 35:09sens où moi je vais voir une faille dans la preuve,
- 35:12je ne dirais pas nécessairement, ben on va aller
- 35:14à procès parce que je sais qu 'on a une faille,
- 35:19j 'ai un intervenant raisonnable devant moi,
- 35:21je vais lui dire, écoute, il y a un trou dans
- 35:22ta preuve -là. Moi, je pense que tu devrais réviser
- 35:26ta position ou faire une offre. Tu as peut -être
- 35:28une preuve sur autre chose ou peu importe. Il
- 35:31y a beaucoup de négociations qui vivent justement
- 35:34à éviter le gaspillage de temps de cours. Donc,
- 35:37on a beaucoup de discussions, défenses poursuites,
- 35:41pour limiter les débats aux choses réellement
- 35:45contestées. Mais tu sais, j 'obtiens... beaucoup
- 35:51d 'acquittements en amont avant de me rendre
- 35:53à procès. Les procès avec l 'état des ressources
- 35:57judiciaires actuel, les procès, il y en a tout
- 36:01le temps, mais c 'est même pas 10 % des dossiers
- 36:05qui se rendent à un procès. Ça serait comme exemple,
- 36:09il y a un problème avec la preuve. Tu penses
- 36:12qu 'il sera peut -être prêt à chercher un équipement,
- 36:14mais il y a toujours un risque, pas qu 'avec
- 36:16de chercher une condamnation, mais toujours un
- 36:17risque, il y en a une quand même. Fait que là,
- 36:19tu te dis, OK, bien, garde. Des pauses, des accusations,
- 36:21disons que c 'est un crime violent, peu importe,
- 36:24là, mon client va aller faire une thérapie ou
- 36:26je sais pas trop quoi. Je me demande si c 'est
- 36:26des affaires qui peuvent se négocier aussi, là,
- 36:28pour essayer de... Il y a... Comment je pourrais
- 36:30dire? Il y a pas vraiment... La limite aux négociations,
- 36:33c 'est notre créativité. OK. Donc, comme intervenant
- 36:36du système, bien, nécessairement, on développe...
- 36:39une expérience, on sait c 'est quoi les ressources.
- 36:42S 'il y a des problèmes dans la preuve, on peut
- 36:47trouver des fois des compromis. Des fois, il
- 36:49y a des gens qui portent plainte, qui sont animés
- 36:51par... ce que j 'appellerais des considérations
- 36:54sous -jacentes. Des fois, il y a des questions
- 36:56monétaires qui sont en jeu. Des fois, on peut
- 36:58adopter une vision plus justice réparatrice.
- 37:01Mettons qu 'il y aurait remboursement. Est -ce
- 37:04qu 'on pourrait réviser l 'opportunité de poursuivre?
- 37:07Ça fait qu 'il va aller ma TV. Ça fait qu 'après
- 37:09un procès, il va payer la TV. Par exemple. C
- 37:14'est sûr et certain qu 'avec la venue du programme
- 37:16de mesures de rechange pour adultes, on a beaucoup.
- 37:18une meilleure marge de manoeuvre aussi pour référer
- 37:22les petites infractions ou un genre de dossier
- 37:24à ce programme -là qui permet à le rejet des
- 37:27accusations. Mais il y a souvent, je pense par
- 37:32exemple en violence conjugale, souvent est -ce
- 37:36que la victime de violence conjugale souhaite
- 37:38vraiment passer au travers d 'un procès, d 'un
- 37:41contre -interrogatoire si... T'sais, dans beaucoup
- 37:45de situations, c 'est des gens qui, soit ont
- 37:47des enfants ensemble, donc ils vont être appelés
- 37:50à continuer de partager un certain pourcentage
- 37:53de leur vie ensemble ou, des fois, c 'est même,
- 37:56ils vont reprendre la relation. Dans ces cas
- 37:58-là, ça arrive souvent que l 'intérêt de la plaignante,
- 38:01c 'est pas vraiment d 'aller à procès, c 'est
- 38:03pas vraiment de témoigner. Alors, à ce moment
- 38:05-là, on s 'assoit puis on discute de... qu 'est
- 38:08-ce qu 'on peut mettre en place, qu 'est -ce
- 38:09qu 'on peut donner comme ressources pour essayer
- 38:11d 'éviter que les histoires se répètent. Donc,
- 38:13c 'est sûr et certain que pour la poursuite,
- 38:15c 'est rassurant de savoir que Monsieur, par
- 38:17exemple, va entreprendre une démarche en gestion
- 38:19de la colère, un suivi sérieux avec des rencontres
- 38:22de groupe. Puis là, une fois que ça va être fait,
- 38:25bien, peut -être qu 'on va modifier ses conditions,
- 38:27permettre une reprise de contact graduel, monitorer,
- 38:29voir un petit peu comment ça se passe. Puis peut
- 38:32-être qu 'au final, on va s 'entendre. sur une
- 38:35mesure alternative comme un règlement violatique
- 38:37810 où la personne promet de respecter certaines
- 38:41conditions pour un an en échange d 'un équipement.
- 38:44Ces conditions sont respectées sur un acte criminel.
- 38:47Ça devient une nouvelle accusation de ne pas
- 38:49avoir respecté son engagement. Peut -être aussi
- 38:52que ça va être un plaidoyer sur une infraction
- 38:54moindre, parce que peut -être que madame veut
- 38:56pas venir témoigner, mais que les policiers ont
- 38:58constaté des choses ou que monsieur a admis des
- 39:00choses, donc même si madame venait pas témoigner,
- 39:03la poursuite aurait une preuve et on va régler
- 39:05sur... des chefs pour lesquels la poursuite a
- 39:08une preuve indépendante et on va tenir compte
- 39:11des intentions de Madame dans la peine qu 'on
- 39:13va suggérer. Si Monsieur, par exemple, a un emploi
- 39:18et c 'est le seul soutien de la famille et qu
- 39:20'on a un enfant bas âge, c 'est peut -être pas
- 39:23dans l 'intérêt de la famille que Monsieur va
- 39:25aller faire six mois de prison. Peut -être qu
- 39:26'on va peut -être plus adopter une solution qui
- 39:29mince plus sur sa réhabilitation. Donc, les négociations
- 39:33entre les parties... Je veux dire, c 'est large.
- 39:37On peut aller dans toutes les directions. Ça
- 39:40peut être sur les infractions. Ça peut être sur
- 39:42un acquittement. Ça peut être sur d 'autres chefs
- 39:45complètement. Ça peut être dans un aspect réhabilitation.
- 39:50Puis on a tout ça. On fait tout ça en amont avant
- 39:53de se rendre à procès. Oui, parce que c 'est
- 39:56ça. C 'est pas parce que tu vas à procès que
- 39:57nécessairement que tu as une condamnation. Puis
- 39:59également... La victime est souvent obligée de
- 40:02participer au processus et témoigner, ce qui
- 40:04peut être une épreuve très difficile, surtout
- 40:06dans les crimes contre la personne. Et discutons
- 40:14un peu des types de peines. Je pense que les
- 40:16gens sont familiers avec les peines de prison.
- 40:19C 'est quoi les peines dans la collectivité?
- 40:22Ce qu 'on appelle une peine dans la collectivité,
- 40:24c 'est une peine d 'emprisonnement avec sursis.
- 40:27Ça, ce que ça veut dire, c 'est que concrètement,
- 40:31généralement un sursis c 'est qu 'on va diviser
- 40:33sa peine en deux périodes première période pendant
- 40:36laquelle doit être 24 heures sur 24 chez elle
- 40:40sauf une période généralement de quatre heures
- 40:43qu 'on donne, ça peut être la fin de semaine
- 40:44ou pendant la semaine, pour faire ses courses.
- 40:46Et on met des exceptions. On met des exceptions,
- 40:49comme par exemple si la personne, on veut qu
- 40:50'elle conserve son travail sauf pour fin de travail,
- 40:53sauf pour une thérapie, sauf pour une urgence
- 40:56médicale ou des choses comme ça. Mais la personne
- 40:58doit être 24 heures sur 24 chez elle. Et la méthode
- 41:02qu 'on a pour monitorer ça, c 'est qu 'on a un
- 41:06centre de surveillance qui fait des appels. qui
- 41:08fait des appels à n 'importe quelle heure du
- 41:11jour ou de la nuit pour vérifier ta présence.
- 41:14Évidemment, la personne n 'a pas le droit d 'être
- 41:17abonnée à un système de transfert d 'appels ou
- 41:19de choses comme ça. Elle ne peut pas être sur
- 41:20son cellulaire dehors ou quoi que ce soit. Et
- 41:23elle a également des rencontres périodiques avec
- 41:25son agent de surveillance. Donc, tu es vraiment
- 41:29cloisonné à ton domicile. C 'est sûr et certain
- 41:32que dans les médias, On appelle ça les « penses
- 41:35Netflix » parce qu 'on imagine toujours que ces
- 41:37personnes -là passent toute leur journée sur
- 41:39leur divan à manger des chips puis à regarder
- 41:41la télé. Je peux pas dire que c 'est impossible,
- 41:46mais la réalité est beaucoup plus grise que ça.
- 41:49Dans notre société, on a tous des obligations,
- 41:51des choses à faire. Et moi, si on me dit que
- 41:53j 'ai juste quatre heures par semaine pour faire...
- 41:55tout ce que j 'ai à faire pour... Oui, puis t'sais,
- 41:59c 'est niaiseux, là, mais comme qui s 'est rendu
- 42:02compte que, ah, shit, j 'ai pas de lait. Ah,
- 42:04shit, j 'ai oublié telle chose. Cette personne
- 42:06-là... Attends samedi, c 'est ça. Ouais, ben,
- 42:08c 'est ça. Cette personne -là peut pas sortir
- 42:09puis être un peu au crochet de son entourage.
- 42:12Puis c 'est le fun quand, bon, t 'as un bon réseau,
- 42:15t 'as une bonne famille ou quoi que ce soit,
- 42:16mais il y a des gens qui ont personne ou qui
- 42:19ont pas un réseau pour venir... pour venir aider
- 42:24ça. Le confinement à la base, je pense qu 'on
- 42:27l 'a tout souvent pendant la pandémie, même pour
- 42:32des gens qui ne sont pas confinés par le système
- 42:35de justice, ce n 'est pas toujours facile. La
- 42:39raison pourquoi on s 'est doté de cet outil -là,
- 42:44c 'est parce qu 'on a été obligé, à force de
- 42:47plusieurs études sur le sujet, de voir que d
- 42:50'une part... que nos prisons débordent, que nos
- 42:56prisons débordent généralement pour des crimes
- 42:58non violents ou pas dangereux. Là, je parle de
- 43:01crimes... Ça peut être des vols, des méfaits
- 43:05ou des choses comme ça. Même alcool au volant?
- 43:08Malheureusement, si on se rend là, c 'est pas
- 43:10automatique, mais si on se rend, dépend de l
- 43:12'emprisonnement pour de l 'alcool au volant,
- 43:13effectivement. Puis quand je dis c 'est pas dangereux,
- 43:16c 'est... Il faut le mettre en parenthèse, là.
- 43:20C 'est pas le gars avec le couteau qui était
- 43:21dans la rue, là, ça. Non, c 'est ça. C 'est M.
- 43:23et Mme Tout -le -Monde qui a fait de la niaise
- 43:24à une couple de personnes. Donc, nos prisons
- 43:25regorgent de gens, somme toute, moins dangereux.
- 43:30Et ce qu 'on s 'est rendu compte aussi, c 'est
- 43:32que notre société a un intérêt à miser sur la
- 43:35réhabilitation de ces personnes -là, parce qu
- 43:36'une fois qu 'un crime est commis, on peut décider
- 43:39de juste tenir cette personne -là, puis elle
- 43:42peut tomber dans un cycle de délinquance. Parce
- 43:45que bon, elle s 'en va en prison, mais... Peut
- 43:48-être que cette personne -là avait un appartement
- 43:51avec un bail. Là, elle s 'en va en prison. Bien,
- 43:53son propriétaire ne gardera pas ses affaires
- 43:54gentiment. Elle ne peut pas payer son loyer.
- 43:56Elle perd sa job. Elle perd sa job. Elle perd
- 43:59son logement. Elle sort de prison. Elle devient
- 44:02itinérante. Le fait qu 'elle est mise en prison
- 44:04qui sont des crimes. Bien, il y a la socialisation
- 44:07du crime, ça, c 'est sûr et certain. Donc, quand
- 44:10cette personne -là sort de prison, est -ce qu
- 44:11'elle a les outils pour devenir un membre actif
- 44:13de la société qui va contribuer ou est -ce que
- 44:16ça va être beau? beaucoup plus facile pour elle
- 44:18de retomber dans la dépendance, la criminalité.
- 44:22Puis on voit un système de porte tournante à
- 44:24un moment donné qui s 'effectue chez les gens
- 44:26plus vulnérables. Ça touche particulièrement
- 44:27ma clientèle. Tu sais, quelqu 'un qui a des accusations
- 44:31relativement à la drogue, qui s 'est ramassé
- 44:34là parce que c 'est un consommateur qui souffre
- 44:37de dépendance. Lui, quand il sort de prison,
- 44:41il est toujours aux prises avec sa dépendance.
- 44:43Il y a des dettes. Il y a souvent pas de réseau
- 44:46social. Alors, est -ce que c 'est plus facile
- 44:48pour lui d 'aller voler une pharmacie pour payer
- 44:52sa prochaine dose pour son prochain repas ou
- 44:55aller porter des CV chez McDo? C 'est pas réaliste.
- 45:00Donc, c 'est pour ça que notre société s 'est
- 45:03donnée des outils comme l 'emprisonnement avec
- 45:05sursis pour essayer d 'une part retirer... la
- 45:09population carcérale non dangereuse et favoriser
- 45:13leur réhabilitation. Si cette personne -là a
- 45:15un travail, qui a payé ses impôts, il n 'y a
- 45:19pas de raison au niveau de la sécurité de la
- 45:23société qui justifie son emprisonnement, bien,
- 45:26peut -être que l 'emprisonnement avec sursis,
- 45:28dans ce cas -là, c 'est une bonne idée. Puis
- 45:30ça, c 'est un exemple des peines qui mignent
- 45:33sur la réhabilitation, mais... Au niveau criminel,
- 45:36on a un éventail de plein de choses. Une des
- 45:41critiques souvent qui est faite, et c 'est pour
- 45:43ça qu 'on a tendance à vouloir mettre des peines
- 45:45minimales chez les élus plus conservateurs, le
- 45:49fameux tough -on -crime, c 'est que le système
- 45:52de justice distribue des peines de justice bonbons,
- 45:55essentiellement, et que ça ne réprime pas vraiment
- 45:58le crime. Est -ce que la gravité de la peine
- 46:02Avec ta clientèle, c 'est quelque chose qui est
- 46:06considéré quand ils font des crimes? Premièrement,
- 46:13je ne pense pas que la plupart des gens lisent
- 46:16le Code criminal ou savent quelle infraction
- 46:18vaut quoi. Puis toute cette philosophie -là est
- 46:22basée sur la théorie du choix rationnel. Une
- 46:25personne, avant de commettre une infraction,
- 46:28réfléchis sur c 'est quoi les conséquences de
- 46:31mes gestes avant de les connaître. Puis toute
- 46:33cette théorie -là, je veux dire, c 'est à la
- 46:36réalité ce que les Doritos sont à la nutrition.
- 46:39Je veux dire, c 'est pas bon. La plupart de mes
- 46:44clients sont convaincus. Puis je parle ici là
- 46:48même de ce qu 'on pourrait qualifier de criminel
- 46:50de carrière, des gens avec des antécédents judiciaires
- 46:52qui remontent à Matusalem, toujours le même genre.
- 46:56Mes clients sont convaincus que ce ne seront
- 46:57pas poignées. Mes clients sont convaincus que
- 47:00ce ne seront pas poignées. Mes clients sont convaincus
- 47:02qu 'ils vont être capables de parler avec les
- 47:04policiers et de s 'en sortir, de se justifier
- 47:08ou de dire quelque chose de non, non, ce n 'est
- 47:10pas moi, le sac de drogue à terre, il était là,
- 47:14puis je l 'ai juste ramassé, je voulais voir
- 47:16qu 'est -ce qu 'il y avait. Il y a cette mentalité
- 47:19-là de je vais m 'en sortir, même si... c 'est
- 47:23arrivé à plusieurs reprises que tu t 'en es pas
- 47:25sorti. Alors, la théorie du choix rationnel,
- 47:28je pense pas qu 'elle est applicable de manière
- 47:32générale en droit criminel. C 'est quelque chose
- 47:35qu 'on voit plus pour, comment je pourrais dire,
- 47:39un réseau de fraudeur, de criminel à cravate.
- 47:42Oui, oui, c 'est ça. Ça, jusque dans une certaine
- 47:45manière, oui. Mais souvent, la critique des peines
- 47:48bonbons, c 'est qu 'elle tient pas compte d 'un
- 47:51principe de justice fondamentale qu 'on s 'est
- 47:54donné en droit criminel qui est la proportionnalité
- 47:56de la peine. C 'est comme le principe fondamental
- 47:59où on demande aux tribunaux de prendre en considération
- 48:03toutes les conséquences de la condamnation sur
- 48:05la personne. Ça, ça fait en sorte que souvent,
- 48:10des personnes justement, quand on parle de criminalité
- 48:13colle -blanc, on s 'entend le jeune professionnel
- 48:16sans antécédent judiciaire, qui n 'a pas des
- 48:19valeurs antisociales, qui a juste... voler par
- 48:23rapport du gain. Est -ce que c 'est une personne
- 48:26dangereuse pour la société? Objectivement, il
- 48:29n 'y a pas un risque que cette personne -là blesse.
- 48:32Tu sais, oui, je comprends l 'argument d 'une
- 48:35certaine violence économique, mais ce que je
- 48:37veux dire, c 'est qu 'il n 'y a pas de violence
- 48:38immédiate. C 'est pas quelqu 'un qui va aller...
- 48:40Il va pas aller poignarder quelqu 'un dans la
- 48:42rue. Donc, il n 'est pas immédiatement dangereux
- 48:44à ce sens -là. Souvent, c 'est quelqu 'un avec
- 48:46une carrière. C 'est quelqu 'un que, suite à
- 48:49sa condamnation, va perdre son emploi, va avoir
- 48:52des dettes importantes. Des fois, le dossier
- 48:55va être judiciarisé. Il va y avoir un impact
- 48:58sur ses proches, sur sa famille. Et tout ça va
- 49:00être prêt en conseil. Donc, pour les tribunaux,
- 49:03puis c 'est dans la loi, plus t 'es haut dans
- 49:08la société, plus tu tombes de haut, on demande
- 49:10aux tribunaux de le tenir en considération, puis
- 49:12c 'est pour ça qu 'on se retrouve avec des décalages.
- 49:16Le principe de base d 'endroit criminal, c 'est
- 49:18qu 'on punit l 'individu. On punit pas l 'infraction.
- 49:22Puis souvent, ce qu 'on voit dans les médias,
- 49:25c 'est la critique de «on compare l 'infraction».
- 49:27avec la peine reçue, puis là, c 'est là qu 'on
- 49:30tombe dans le raisonnement facile de c 'est une
- 49:32peine bonbon. Mais c 'est rare qu 'on voit l
- 49:35'analyse de c 'est quoi le profil de cette personne
- 49:37-là qui a reçu cette peine -là, parce que c 'est
- 49:39ça l 'analyse que les tribunaux doivent faire.
- 49:43Et des fois, ça nous mène à des distortions.
- 49:47Il y a des juges qui décident de prendre en compte
- 49:48certains éléments, de donner moins de poids à
- 49:51d 'autres éléments, mais... Oui, on ne peut pas
- 49:57réconcilier le fait qu 'il y a des gens avec
- 50:02des profils différents qui ont des conséquences
- 50:04plus graves, des fois, d 'une condamnation. Moi,
- 50:07c 'est sûr et certain que ma clientèle, j 'en
- 50:11ai des jeunes sans antécédent judiciaire, ça
- 50:13fait partie de ma charge de travail, mais j 'ai
- 50:16des gens aussi que l 'impact va être autre, il
- 50:20va avoir des impacts. des fonds au niveau de
- 50:21la DPJ, la capacité à se trouver un logement,
- 50:24la capacité à maintenir un emploi. Et tout ça,
- 50:27moi, je demande au tribunal d 'en tenir compte.
- 50:31Donc, je vais être le premier à défendre aussi
- 50:33que, oui, le criminel a cravate, même s 'il a
- 50:39fait une fraude importante. Peut -être que je
- 50:43souhaite qu 'il y ait un emprisonnement avec
- 50:45sursis. qui maintiennent un emploi et qui continuent
- 50:48à payer des impôts plutôt qu 'ils aillent en
- 50:50prison ou à nos frais et qui tombent dans un
- 50:54cycle de criminalité perpétuelle. Il y a quelqu
- 50:56'un comme toi et moi, on demande du barreau,
- 50:59tu as un certain standing social en lien avec
- 51:01ça, tu as un réseau d 'amis professionnels, le
- 51:05jour où tu es victime, tu fais un acte criminel.
- 51:09comme ton nom est des médias, tu perds ton titre
- 51:12d 'avocat, peut -être que tu peux perdre en voyage
- 51:14aux États -Unis, parce que avec ta famille comme
- 51:16tu fais chaque année à ton chalet, parce qu 'il
- 51:18y a un paquet d 'affaires qui peuvent t 'arriver,
- 51:21qui sont un peu considérées dans l 'impact parce
- 51:23que tu as déjà été puni juste parce que tu as
- 51:26eu une accusation. Des fois, c 'est là que peut
- 51:30-être des peines comme l 'absolution ou l 'absolution
- 51:31inconditionnelle sont peut -être moins comprises,
- 51:34ou essentiellement... Tu n 'as pas de peine,
- 51:36mais ta peine, c 'est juste le processus judiciaire
- 51:39a été tellement lourd de conséquences pour toi
- 51:42qu 'essentiellement, il n 'y a pas vraiment de
- 51:44peine que tu peux rajouter. Tu as vécu ta punition
- 51:47déjà. Mais je te dirais que, tu sais, l 'absolution
- 51:51dans ma pratique, souvent, justement, des jeunes
- 51:55sans antécédent judiciaire qui font des niaiseries,
- 51:58qui font une erreur de jugement. Si une fois,
- 52:02ils tirent leur leçon, ils s 'en veulent, ils
- 52:04ont des remords, tu sais, c 'est des cas parfaits
- 52:06pour l 'absolution. Est -ce qu 'on veut empêcher
- 52:08cette personne -là de devenir un jour professionnel
- 52:11ou quoi que ce soit parce que t 'as volé une
- 52:13paire de jeans chez Simon's? Tu as fait un commentaire
- 52:15un peu trop agressif sur Facebook. Parce que
- 52:19t 'avais pris un verre devant être trop, t 'étais
- 52:20arrivé chez vous, t 'as dit de niaiseries, d
- 52:22'accusation criminelle. J 'aime penser que ce
- 52:25genre... Ce genre d 'exemple extrême -là ne mène
- 52:29pas systématiquement à des accusations dans notre
- 52:32société. Il y a des procureurs qui évaluent l
- 52:36'opportunité de poursuivre. Mais oui, il y a
- 52:38beaucoup de petits crimes qui mènent quand même
- 52:42à des accusations criminelles. Et souvent, justement,
- 52:46l 'absolution fait partie des choses qu 'on analyse
- 52:48pour voir comment c 'est démesuré de détruire
- 52:52la vie de cette personne -là. à la lumière de
- 52:55ce qui a été fait, puis de tous les facteurs
- 52:57atténuants qu 'on peut trouver, ça fait partie
- 53:02de l 'analyse qu 'on a en fait. Fait que, toi,
- 53:05ton impression, basée sur ta clientèle à toi,
- 53:09le fait que tu as une peine minimale de six mois
- 53:11ou d 'un an de prison, par exemple, pour un crime,
- 53:13ça n 'aurait pas d 'impact là. Mais en fait,
- 53:16il y a deux problèmes avec les peines minimales.
- 53:19Le premier problème, dès qu 'on a une peine minimale
- 53:22dans le dossier, c 'est que le premier travail
- 53:26de l 'avocat de la défense, ça va être d 'essayer
- 53:28de la contourner. Donc, on va avoir des négociations
- 53:32avec le procureur pour essayer de voir si on
- 53:35peut changer l 'accusation. pour qu 'il n 'y
- 53:37ait pas de peine minimale. C 'est ça, parce que
- 53:38si tu changes de chef d 'accusation, on ne sait
- 53:40plus. C 'est un phénomène. Dès qu 'il y a une
- 53:46peine minimale, on va essayer d 'avoir des négociations
- 53:48sur quelque chose qui n 'a pas de peine minimale
- 53:50pour retrouver l 'éventail des possibilités normales
- 53:54d 'un dossier. Il y a ce phénomène -là. le gouvernement
- 54:01qui se fait le champion des peines minimales
- 54:03dit qu 'on veut restaurer la transparence dans
- 54:07le système de justice et tout, mais ça a l 'effet
- 54:09contraire. Parce que la réalité, c 'est que l
- 54:11'application des peines minimales se fait maintenant
- 54:14à huit clés ou en négociations entre les partis
- 54:16beaucoup plus qu 'avant. Et le deuxième problème,
- 54:21c 'est que ça a un effet casquable. Parce que
- 54:25le procureur qui est pris à donner la peine minimale
- 54:28pour une infraction qui lui était sympathique.
- 54:35Après ça, quand il va se retrouver à un autre
- 54:37crime qui lui est moins sympathique, il va garder
- 54:40la peine minimale de l 'autre infraction en tête.
- 54:42Si tu donnes un an à quelqu 'un que si ça avait
- 54:46juste été toi, tu lui aurais donné des travaux
- 54:48communautaires. Le crime moins sympathique, tu
- 54:51ne voudras pas lui donner des travaux communautaires
- 54:53parce que tu vas penser à l 'autre personne sympathique.
- 54:56Oui, ça a un effet cascade sur le reste du système.
- 55:02De manière générale, une augmentation des peines,
- 55:09ça ne sert à personne parce qu 'il n 'y a pas...
- 55:12une étude à ma connaissance qui est capable de
- 55:15faire le lien entre la gravité des peines et
- 55:18une diminution du taux de criminalité. Il n 'y
- 55:21a pas de relations statistiques. Le meilleur
- 55:25exemple que je peux donner par rapport à ça,
- 55:28et on l 'a vu aux États -Unis avec War on Drugs,
- 55:32où le législateur américain a sévi sur tout ce
- 55:35qui était de trafic de stupéfiants avec des grosses
- 55:38peines d 'incarcération, résultat aux États -Unis...
- 55:43Le taux d 'incarcération est très élevé par capita
- 55:46et il n 'y a pas eu de diminution de ce trafic
- 55:48de stupéfiants. Il n 'y a même pas de diminution
- 55:50de l 'infraction comme tel. Oui, parce que tu
- 55:52as peut -être plus de gens en prison, mais ça
- 55:54n 'empêche pas qu 'il y a d 'autres personnes
- 55:55qui vont le faire, ce trafic -là. 100 %? Puis,
- 55:58encore une fois, ce n 'est pas des gens... Est
- 55:59-ce que ce sont des gens qui vont lire la loi
- 56:01et faire un choix rationnel? Non. Alors, moi,
- 56:05je pense que nos... nos législateurs auraient
- 56:09beaucoup plus avantage à concevoir la criminalité
- 56:13comme un problème de santé publique. Ça va être
- 56:16une constante. Dans n 'importe quelle société,
- 56:18il va y avoir des crimes. Le travail du législateur,
- 56:21c 'est choisir quelles sont les infractions qui
- 56:24méritent d 'être des infractions criminelles,
- 56:26lesquelles méritent peut -être une intervention
- 56:28autre. Parce qu 'il y a beaucoup de choses, même
- 56:31dans notre société, comme... Personnellement,
- 56:35je parle à mon titre personnel, comme la criminisation
- 56:38de la dépendance aux drogues, je ne pense pas
- 56:41que c 'est une bonne idée. C 'est une maladie,
- 56:44oui, c 'est ça. Non, mais comme indépendamment,
- 56:46moi, je pense que la dépendance aux drogues,
- 56:48ça devrait être un problème de santé publique,
- 56:50puis on devrait l 'analyser comme une problématique
- 56:53de santé publique plutôt que de se servir des
- 56:57outils du droit criminel, parce que de punir
- 56:59des gens qui souffrent de dépendance... Moi,
- 57:03j 'ai vu plus d 'histoires d 'horreurs de gens
- 57:05qui sont dans un cycle de dépendance qui commettent
- 57:07des infractions pour pouvoir continuer de consommer
- 57:10que l 'inverse. Alors, je préférais qu 'on donne
- 57:12des outils à ces gens -là pour se sortir de leur
- 57:14dépendance, ils le veulent, avant d 'accuser
- 57:18criminalement. Donc, le travail d 'un législateur,
- 57:22c 'est justement de déterminer quelles sont les
- 57:24infractions qui méritent d 'être des infractions
- 57:26criminelles. Il y en a, là. Des infractions violentes,
- 57:28quoi que ce soit, pas de problème avec ça. Puis
- 57:30d 'autre part, de garder en tête qu 'une fois
- 57:35que le crime est fait, on peut donner plusieurs
- 57:40choix à cette personne -là, mais on devrait toujours
- 57:42essayer de favoriser une réhabilitation parce
- 57:44qu 'on ne pourra jamais empêcher les gens de
- 57:46commettre des infractions. À un moment donné,
- 57:48il va y avoir des infractions. Et est -ce qu
- 57:50'on veut que la personne après... être passé
- 57:53au travers du processus judiciaire, qu 'on prenne
- 57:55ses leçons, fasse preuve d 'autocritique puis
- 57:57souhaite de s 'en sortir et de devenir un citoyen
- 58:00actif. On devrait toujours miser à ça parce que
- 58:03c 'est le meilleur scénario pour la société que
- 58:06la personne se réhabilite. Si la personne reste
- 58:09dans son cycle de dépendance, on peut continuer
- 58:11à l 'appenir, l 'appenir, l 'appenir, l 'appenir.
- 58:15J 'en ai des clients là que c 'est un... des
- 58:18portes tournantes, ils vont aller faire un petit
- 58:20deux mois, un petit trois mois, puis ça revient,
- 58:23puis ça revient, puis ça revient. À chaque fois,
- 58:25le procureur, il demande plus, mais c 'est pas
- 58:29vrai que ça mène toujours à la prise de conscience
- 58:33ou à la dissuasion. La dépendance, ça va être
- 58:34quatre mois de prison, c 'est pas parce qu 'il
- 58:35en fait cinq que soudainement, il va arrêter
- 58:37de consommer. Non, c 'est ça. Puis en terminant,
- 58:40toi, t 'es quelqu 'un qui travaille dans le système
- 58:41de justice et dans le système criminel. tous
- 58:45les jours pratiquement. Est -ce que tu te sens
- 58:47en sécurité dans la société québécoise? Je pense
- 58:51que la société québécoise, c 'est une des sociétés
- 58:54les plus sûres dans le monde. Je regardais en
- 59:00préparation à l 'entrevue des statistiques sur
- 59:03le site de Statistique Canada sur le taux de
- 59:06criminalité. Taux de criminalité... Je veux dire,
- 59:10moi, je suis né en 88. Les statistiques remontent
- 59:13jusqu 'en 98. Et le taux de criminalité, l 'indice
- 59:17de criminalité de Statistique Canada est comme...
- 59:21a drastiquement baissé, même si dans les dernières
- 59:23années, il a remonté un petit peu. Le plus bas
- 59:25qu 'on a eu, c 'était 2014. 2014, ça a l 'air
- 59:28que c 'était le paradis au Québec. Un grand roman
- 59:31libéral aux provinciales pour ça. Je pense. Je
- 59:38ne passerai pas de commentaires là -dessus. Je
- 59:40ne pense pas qu 'il y avait de liens. Mais, tu
- 59:42sais, comme le... Je pense que la société québécoise,
- 59:46surtout quand on se compare, mettons, avec la
- 59:48moyenne canadienne, tu sais, souvent les médias
- 59:50rapportent une hausse des féminicides, tout ça.
- 59:54C 'est le travail des médias de nous dire quand
- 59:56ça va moins bien. Mais quand on se compare, définitivement,
- 1:00:00on se console. Notre taux d 'homicide au Québec
- 1:00:02est beaucoup plus bas de ce qu 'on peut observer
- 1:00:03dans d 'autres provinces. De manière générale,
- 1:00:07On est une société paisible où on peut vaquer
- 1:00:10à nos occupations sans avoir peur. Moi, je me
- 1:00:14souviens que j 'avais été, il y a un petit temps,
- 1:00:15j 'avais été à Chicago il y a deux, trois ans
- 1:00:18pour un game de baseball, puis j 'avais ouvert
- 1:00:20les nouvelles, puis moi, j 'étais au centre -ville,
- 1:00:23dans le loop, à Chicago. Puis il y avait eu trois
- 1:00:25meurtres la soirée où j 'avais dormi. Puis il
- 1:00:28y a des quartiers plus sécuritaires que d 'autres.
- 1:00:30Mais là, il disait comme, il y a un quartier,
- 1:00:31il y a un meurtre ici, un meurtre ici, puis un
- 1:00:32meurtre ici. Fait que j 'étais là deux soirs,
- 1:00:35puis je pense qu 'il y avait eu cinq ou six meurtres
- 1:00:36en dedans de 20 kilomètres où j 'habitais. C
- 1:00:39'est quand même... C 'est un monde bon d 'ailleurs.
- 1:00:42Mais tu sais, selon Statistique Canada, les homicides,
- 1:00:44c 'est même pas un dixième de pour cent des crèmes
- 1:00:47rapportés dans une année. Fait que tu sais, il
- 1:00:51y a pas un meurtre par district. au Québec par
- 1:00:55semaine. C 'est pas ça, la réalité. Merci beaucoup
- 1:00:59Gabriel d 'avoir pris le temps. Ça fait plaisir.
- 1:01:01Prochaine. Merci d 'avoir été avec nous. Si vous
- 1:01:04avez aimé l 'épisode, abonnez -vous, laissez
- 1:01:05-nous vos commentaires pour qu 'on puisse s 'améliorer.
- 1:01:07À la semaine prochaine.