Latest / Entretien avec un dentiste / Mon voyage à travers l' argent en dentisterie - 2/8 Les racines de notre système de santé
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- 0:03Mon voyage à travers l'argent en dentisterie,
- 0:06une série où nous allons plonger dans les eaux profondes et souvent troubles de l'argent.
- 0:11Je suis Florence Echeverry,
- 0:12dentiste et productrice de ce podcast.
- 0:15Je vous invite à explorer avec moi un sujet bien plus complexe et entrelacé que je ne l'aurais jamais imaginé.
- 0:21Quand j'ai commencé à me pencher sur la relation entre l'argent et la dentisterie,
- 0:25j'avais imaginé un chemin clair tracé devant moi.
- 0:27Mais au fur et à mesure que j'avançais,
- 0:29j'ai découvert des intersections et des détours imprévus qui méritaient d'être explorés,
- 0:34reliant des domaines aussi divers que la sociologie,
- 0:36la psychologie,
- 0:37l'économie,
- 0:38l'éthique.
- 0:40Ce voyage,
- 0:40que j'ai entamé à travers des livres,
- 0:42des articles et des conversations,
- 0:44m'a conduit bien au-delà des questions de finances et de frais de cabinet.
- 0:48Il m'a amenée à confronter mes propres valeurs,
- 0:50à questionner mon rapport à l'argent et la manière dont il façonne,
- 0:54silencieusement mais avec force,
- 0:55la pratique de mon art.
- 0:57J'ai été poussée à me questionner sur ce que signifie réellement soigner et sur les dilemmes éthiques que nous,
- 1:02en tant que dentiste,
- 1:03rencontrons chaque jour.
- 1:05Dans cette série,
- 1:06je ne vous offre pas seulement des faits ou des statistiques.
- 1:09Je partage avec vous un périple personnel à travers mes questionnements,
- 1:12mes choix,
- 1:13parfois mes doutes,
- 1:14et mes rencontres faites au cours du chemin.
- 1:18Au fil de cette série,
- 1:19nous découvrirons ensemble des histoires,
- 1:21des perspectives et des insights qui pourraient bien changer notre manière de voir notre profession,
- 1:25et peut-être même notre vie quotidienne.
- 1:27Le nombre précis d'épisodes reste à définir.
- 1:30Chacun est une pièce d'un puzzle,
- 1:31représentant une étape de mon cheminement,
- 1:33et sera crucial dans notre exploration commune.
- 1:37Je vous invite donc à ce dialogue ouvert,
- 1:39non pas pour trouver des réponses absolues,
- 1:41mais pour mieux comprendre les questions elles-mêmes.
- 1:44Car en fin de compte,
- 1:45ce sont nos questions qui nous guident vers une pratique plus consciente et plus réfléchie.
- 1:50Prenons une grande inspiration et plongeons ensemble dans l'univers complexe et fascinant de la dentisterie à travers le prisme de l'argent.
- 1:59C'est un voyage que nous allons faire ensemble et je suis ravie que vous soyez ici pour partager cette aventure.
- 2:06Épisode 2 Les racines de notre système de santé
- 2:15Bonjour à toutes et à tous,
- 2:17si vous nous rejoignez pour la première fois,
- 2:18je vous encourage vivement à écouter d'abord l'épisode 1,
- 2:21le commencement.
- 2:22Cet épisode pose les bases de mon exploration et vous donnera un aperçu des thèmes que nous allons développer.
- 2:38Aujourd'hui,
- 2:39nous allons explorer les racines mêmes de notre système de santé,
- 2:42un voyage à travers le temps et les idéologies qui ont modelé la pratique médicale et dentaire telle que nous la connaissons.
- 2:48Pour ce faire,
- 2:48j'ai le plaisir et l'honneur d'accueillir la Dr Anne-Charlotte Bas,
- 2:51directrice du département d'odontologie de Rouen et économiste en santé.
- 2:55Ensemble,
- 2:56nous avons discuté de la manière dont les événements historiques et les décisions politiques
- 3:00ont non seulement façonné notre accès aux soins,
- 3:02mais ont également influencé la perception générale de ce que devraient être des soins gratuits ou tout du moins accessibles à tous.
- 3:09Quand j'étais jeune collaboratrice,
- 3:11je passais des heures sur des traitements que je trouvais particulièrement difficiles et stressants,
- 3:15des dévitalisations de molaires ou des extractions complexes par exemple,
- 3:18qui nécessitaient parfois plusieurs séances pour une rémunération dérisoire.
- 3:22Je ne comprenais pas ce système que je trouvais particulièrement injuste au vu des années passées à étudier et aussi du niveau de stress ressenti.
- 3:29Et bien que les années d'expérience m'aient rendu plus rapide et précise,
- 3:33la frustration et le manque de reconnaissance face à la faible rémunération des actes dits de base demeurent.
- 3:38C'est pour cette raison que j'ai voulu comprendre un peu mieux l'origine de notre système,
- 3:43que je critique mais que finalement je connais peu,
- 3:45et c'est pourquoi je me suis tournée vers Anne-Charlotte.
- 3:52Avant de plonger dans notre discussion,
- 3:54je tiens à partager quelque chose de très important avec vous.
- 3:57Ce podcast est produit de manière indépendante et sans publicité.
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- 4:04sans compter les frais fixes mensuels qui soutiennent le fonctionnement quotidien du podcast.
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- 4:17grande ou petite,
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- 4:39Vous trouverez le lien pour contribuer dans la description de cet épisode.
- 4:43Merci d'avance pour votre générosité et votre engagement.
- 4:46Maintenant,
- 4:46sans plus tarder,
- 4:47explorons ensemble les racines de notre système de santé avec la Dr Anne-Charlotte Bas.
- 4:56Alors la question du système de santé français et de ses origines,
- 5:03elle vient en effet à la fois de l'industrialisation dans les pays européens et des suites des guerres mondiales.
- 5:12qui a fait émerger le concept d'État-providence.
- 5:16Donc ça vient de l'industrialisation,
- 5:18parce qu'au moment de l'industrialisation,
- 5:20il y a eu beaucoup d'ouvriers,
- 5:22des métiers d'ouvriers qui ont été créés,
- 5:26en fait,
- 5:26ça n'existait pas le statut d'ouvrier avant,
- 5:28et donc des ouvriers qui se retrouvaient tous ensemble,
- 5:31à travailler ensemble à l'usine,
- 5:33et qui sont devenus des forces de groupe.
- 5:37et on a mis en place une solidarité entre ces personnes du même groupe pour leur permettre de se faire soigner,
- 5:46d'être solidaires de ceux travaillant avec ceux ne pouvant pas travailler quand ils sont dans cette situation de maladie.
- 5:53C'est pour ça que ce n'est pas lié juste aux guerres mondiales et à l'arrivée de l'État-providence,
- 5:59c'est lié à l'industrialisation,
- 6:02qui fait qu'il y a eu des regroupements de personnes avec des santé fragiles parce que bon...
- 6:06Le métier d'ouvrier au moment de l'industrialisation,
- 6:09je me suis imaginé que ce n'était pas favorable à la santé.
- 6:13mais qu'on ne voulait pas que non seulement un ouvrier qui ne travaille pas,
- 6:18c'est la production de l'usine qui diminue,
- 6:20mais aussi un ouvrier qui ne travaille pas,
- 6:23il n'a aucun revenu pour se faire soigner.
- 6:25Et un ouvrier qui ne travaille pas,
- 6:27tous ses potes,
- 6:28ils le voient dans une situation absolument déplorable et ils risquent de faire grève,
- 6:33de se rebeller.
- 6:34Donc pour toutes ces raisons déjà,
- 6:36on avait une mise en place d'une protection
- 6:41contre ces aléas de la santé qui étaient au niveau plutôt par usine.
- 6:46Ça,
- 6:46c'était surtout sur le modèle bismarckien,
- 6:49donc en Allemagne.
- 6:51Et puis,
- 6:52là-dessus,
- 6:53s'est ajouté les systèmes d'État-providence.
- 6:57Et en effet,
- 6:58ça,
- 6:58c'est au lendemain des guerres mondiales,
- 7:01parce qu'on s'est retrouvés avec des personnes qui ne pouvaient plus participer à l'activité productive du pays.
- 7:07Et donc...
- 7:09qui ne pouvaient plus avoir des revenus et qui pourtant sont sortis de la guerre dans des états de santé très désavantagés,
- 7:18défavorisés.
- 7:20Et donc,
- 7:20on a eu aussi cette notion de tout ce que les personnes ont donné à l'État pendant la guerre,
- 7:27à leur patrie,
- 7:28il y a la nécessité,
- 7:30puisque ça les a rendus par la suite non productifs et donc non en capacité de gagner leur vie et de se faire soigner.
- 7:38la nécessité que l'État rende à ces personnes.
- 7:41Et c'est une des raisons du développement de l'État-providence,
- 7:44notamment en Angleterre.
- 7:47avec le système de Beveridge,
- 7:49qui est une ministre de la Santé.
- 7:50C'est le système beveridgien qui a été mis en place au cours de la Deuxième Guerre mondiale et dont on a des applications chez nous.
- 7:58Nous,
- 7:58on a un mélange entre ces deux systèmes,
- 8:00le système bismarckien et le système beveridgien.
- 8:03On est ce qu'on appelle un modèle mixte,
- 8:05avec un peu d'état-providence et aussi un peu de solidarité au niveau groupal.
- 8:11C'est ce qui donne nos couvertures complémentaires santé.
- 8:14L'état-providence,
- 8:14c'est ce qui donne l'assurance maladie.
- 8:20L'État-providence est un concept où l'État joue un rôle clé dans la protection et la promotion du bien-être économique et social de ses citoyens.
- 8:28Il intervient par le biais de politiques publiques qui assurent des services comme la santé,
- 8:32l'éducation,
- 8:32le logement et la sécurité sociale.
- 8:34L'idée est de fournir un filet de sécurité pour toutes et tous,
- 8:38particulièrement en cas de maladie,
- 8:40de vieillesse,
- 8:40de chômage ou d'autres vulnérabilités.
- 8:43En France,
- 8:44l'État-providence est né avec les sécurités sociales en 1945 et traverse une crise depuis la fin des années 70.
- 8:51Le système bismarckien,
- 8:52du nom du chancelier allemand Otto von Bismarck,
- 8:55qu'il a instauré à la fin du XIXe siècle,
- 8:57repose sur le principe d'assurance sociale.
- 8:59Dans ce modèle,
- 9:00les travailleurs et les employeurs paient des cotisations à des caisses d'assurance maladie.
- 9:05Ces contributions sont proportionnelles aux revenus et servent à financer les soins de santé des membres.
- 9:10Le système est basé sur la solidarité,
- 9:12ceux qui gagnent plus contribuent plus,
- 9:15aidant à couvrir les coûts pour tous.
- 9:17Contrairement au modèle bismarckien,
- 9:19le système beveridgien,
- 9:20du nom de William Beveridge,
- 9:21un économiste britannique,
- 9:23n'est pas fondé sur les cotisations sociales mais sur la fiscalité générale.
- 9:27Mis en place au Royaume-Uni après la Seconde Guerre mondiale,
- 9:30cette approche vise à offrir des prestations universelles pour la santé,
- 9:33l'éducation et plus,
- 9:35indépendamment des contributions individuelles.
- 9:38Cela garantit que chaque citoyen a accès aux services nécessaires sans égard à sa situation financière ou son historique d'emploi.
- 9:48La France,
- 9:48par exemple,
- 9:49utilise un modèle mixte qui combine des éléments des systèmes bismarckiens et beveridgiens.
- 9:54Cela signifie que les soins de santé sont financés à la fois par des cotisations sociales et de contributions de l'État via les impôts.
- 10:00Ce modèle hybride vise à équilibrer la responsabilité individuelle avec la solidarité nationale,
- 10:06offrant ainsi une couverture étendue,
- 10:08tout en maintenant un niveau élevé de soins de santé.
- 10:13Au départ,
- 10:14c'est quelque chose qui se veut être une...
- 10:17une solidarité nationale,
- 10:20comment petit à petit,
- 10:21ça a dévié vers une notion de gratuité en santé ?
- 10:25Alors ça,
- 10:26c'est l'évolution des droits de l'homme,
- 10:29en fait.
- 10:31Initialement,
- 10:32on a le droit à être...
- 10:35On doit tous être égaux en droit.
- 10:38Et le fait est que si tu as plus de sous,
- 10:41eh bien,
- 10:41tu es plus en capacité de payer des choses.
- 10:44et parmi toutes ces choses que tu dois payer,
- 10:47il y a la santé.
- 10:48Et donc,
- 10:49si on est égaux en droits,
- 10:52eh bien,
- 10:52on devrait tous avoir le même droit d'accès à la santé.
- 10:57Et c'est à partir de là qu'on se dit,
- 10:59si on a tous le même droit d'accès à la santé,
- 11:02qu'on voit que la santé,
- 11:04elle est en partie accessible à travers des soins.
- 11:07parce que la santé,
- 11:08ce n'est pas que des soins,
- 11:09mais une partie de la santé,
- 11:11elle est accessible,
- 11:12c'est plutôt pour rétablir l'état de santé,
- 11:15pour lutter contre les maladies,
- 11:16les soins,
- 11:16mais donc une grande partie de la santé,
- 11:18ça passe par les soins.
- 11:19Et puisque les soins,
- 11:21c'est un service que ça coûte de l'argent,
- 11:23eh bien,
- 11:24il faut qu'on ait tous le même accès aux soins.
- 11:27Et donc,
- 11:28si les soins,
- 11:29on y a accès avec de l'argent,
- 11:31et que tout le monde n'a pas d'argent,
- 11:32eh bien,
- 11:33il faut que les soins deviennent gratuits.
- 11:35et donc ça vient de là la question du droit à la santé ça vient directement de on est tous égaux en droit et donc si on est tous égaux en droit aussi bien le riche que le pauvre a le droit à la santé et comment faire pour que le
- 11:52pauvre ait le droit à quelque chose qui passe à travers les soins qui coûtent de l'argent et bien c'est de lui faire gratuitement
- 12:03Comme Anne-Charlotte l'a très justement souligné,
- 12:05la transition vers la notion de gratuité des soins de santé repose sur des principes d'égalité des droits,
- 12:10essentiels dans notre quête collective pour un accès universel aux soins.
- 12:14Cependant,
- 12:14concernant les soins dentaires,
- 12:15cette question de gratuité prend une dimension encore plus spécifique et complexe.
- 12:20En dentisterie,
- 12:21les défis de l'accessibilité et du coût des soins sont particulièrement aigus.
- 12:25Par exemple,
- 12:25bien que le principe de solidarité couvre en théorie chaque citoyen,
- 12:29en pratique,
- 12:30les soins dentaires sont souvent perçus comme moins accessibles.
- 12:32Cela est dû au coût élevé des traitements dentaires spécialisés et à une couverture moins complète par les assurances publiques comparativement à d'autres soins médicaux.
- 12:41Cette situation soulève une question.
- 12:43Si la santé dentaire est essentielle au bien-être général,
- 12:47comment notre système de santé peut garantir que chacun,
- 12:50riche ou pauvre,
- 12:51ait le même accès à des soins dentaires de qualité ?
- 12:57Il est impératif d'examiner comment les politiques de gratuité influencent réellement la pratique dentaire quotidienne et la santé dentaire des populations.
- 13:06En outre,
- 13:06les innovations en dentisterie,
- 13:08comme les traitements orthodontiques et les implants dentaires,
- 13:11posent des questions sur leur intégration dans le modèle de soins financés par l'État.
- 13:15Le coût de ces technologies et la manière dont elles sont rémunérées peuvent créer des barrières à l'accès allant à l'encontre du principe d'égalité d'accès pour tous.
- 13:25Ce débat sur l'équilibre entre accessibilité,
- 13:28qualité et coût nous invite à réfléchir aux valeurs que nous souhaitons privilégier dans notre système de santé et aux compromis qui nous sommes prêts à accepter pour maintenir la santé dentaire à un niveau optimal pour tous.
- 13:44Aborder la gratuité des soins m'amène à réfléchir aux engagements éthiques des professionnels de santé.
- 13:50Parmi ses engagements,
- 13:51le serment d'Hippocrate,
- 13:52qui date de l'Antiquité,
- 13:53promet parfois de fournir des soins gratuits aux plus démunis,
- 13:56mettant en lumière un idéal d'accès universel à la santé.
- 14:00Je me demande donc comment ces promesses anciennes se traduisent dans notre système de santé moderne.
- 14:05Les serments d'Hippocrate,
- 14:06maintenant,
- 14:06il y a quand même un certain nombre de serments d'Hippocrate différents qui circulent sur les réseaux.
- 14:12Donc,
- 14:13c'est difficile de le commenter en lecture de texte.
- 14:16Par contre,
- 14:17c'est sûr que...
- 14:20il en a circulé un où on dit que je rendrai les soins gratuits à l'indigent.
- 14:27Ça,
- 14:28c'est un idéal de soins qui va dans le sens des droits de l'homme,
- 14:34donc du droit d'accès à la santé,
- 14:36mais qui ne va pas dans les sens de nécessairement… Ce n'est pas nécessairement directement éthique de faire ça,
- 14:43puisqu'on nous dit aussi que chacun…
- 14:47que les soins doivent être honorés.
- 14:50Et donc,
- 14:51quand on dit qu'un soin doit être honoré,
- 14:53ça ne veut pas dire qu'il doit être payé,
- 14:55en fait.
- 14:56Donc la question de la gratuité,
- 14:58elle est là aussi.
- 14:58Est-ce qu'on est en train de parler d'une gratuité financière ?
- 15:01C'est-à-dire,
- 15:02est-ce que la gratuité,
- 15:04c'est de ne pas payer ?
- 15:06Est-ce que la gratuité,
- 15:08c'est que quelqu'un d'autre paye pour toi ?
- 15:10Parce que là,
- 15:10par exemple,
- 15:11MT-Dent,
- 15:12tous les dentistes connaissent le programme de prévention qui est gratuit pour les enfants.
- 15:17Là,
- 15:17on doit mettre des guillemets parce que le programme de prévention MT-Dent,
- 15:22il est payé.
- 15:23il n'est juste pas payé par l'usager,
- 15:28de l'usager au dentiste,
- 15:31mais il est payé par la sécurité sociale au dentiste,
- 15:36sécurité sociale qui elle-même est financée par la collectivité.
- 15:41Donc,
- 15:43moi je pense que...
- 15:45Le soin gratuit à l'indigent,
- 15:47il a une portée qui est symbolique et qui n'est pas nécessairement dans le fait de la gratuité financière.
- 15:55Parce que ça nécessite forcément une redistribution.
- 15:58Peut-être qu'il y a d'autres moyens de rémunérer un soin qu'un avantage financier.
- 16:04donc cette notion de gratuité puisque c'est un terme qui revient quand même souvent,
- 16:12donc peut-être qu'il devrait être changé je pense que la notion de gratuité c'est une facilité de terme,
- 16:19même presque une facilité marketing en fait,
- 16:22la gratuité c'est un terme qui peut se rapporter à beaucoup de choses jamais c'est vrai qu'un soin il est gratuit parce qu'il coûte de l'énergie à la personne qui le prodigue
- 16:33et donc il y a un coût même si on ne prend pas en compte les éléments financiers il y a un coût non financier de fait même s'il n'y a pas eu de mobilisation financière l'acte
- 16:48il a été prodigué,
- 16:49il a été fait il a été réalisé et donc ça a forcément coûté quelque chose ne serait-ce que de l'effort à la personne qui le prodigue et donc à partir de là c'est pour ça qu'il y a une nécessité d'honorer ce soin et bien
- 17:01C'est vrai que la façon dont on l'honore,
- 17:03ça peut être financé,
- 17:04ça peut être non financier.
- 17:06C'est vrai que dans notre société,
- 17:08le soignant a son coût de production qui contient les coûts fixes,
- 17:17qui contient aussi l'effort,
- 17:19les connaissances et les compétences sollicitées le temps passé.
- 17:24et qui fait qu'il y a une nécessité qu'il y ait une rétribution financière pour compenser tous ces coûts.
- 17:31MTDans,
- 17:31ce n'est pas gratuit.
- 17:33Les soins qui sont prodigués,
- 17:35tout ça,
- 17:36c'est pris en charge à 100%.
- 17:38Et ce serait dommage de ne pas avoir l'effort qui est derrière.
- 17:41C'est beau l'effort qui est derrière de toute la collectivité,
- 17:45qui met de l'argent,
- 17:46qui met des impôts,
- 17:47des comptisations sociales et d'autres contributions publiques pour pouvoir financer pour tout le monde à égalité une prise en charge de soins avec une prise en charge totale.
- 18:01Certes,
- 18:01c'est la sécurité sociale,
- 18:0370% et les mutuelles,
- 18:0430%,
- 18:05qui vont financer,
- 18:06qui vont donner des sous,
- 18:07qui vont honorer le dentiste,
- 18:09par exemple.
- 18:10C'est pas gratuit en fait.
- 18:14En explorant les nuances de la gratuité dans les soins de santé,
- 18:17Anne-Charlotte met en lumière un aspect que je trouve souvent sous-estimé.
- 18:21Les coûts non financiers tels que l'effort,
- 18:22le temps et l'expertise des soignants.
- 18:25Ces dimensions,
- 18:26bien qu'essentielles à la prestation des soins de qualité,
- 18:28ne sont pas toujours visibles ni pleinement reconnues dans nos modèles de financement.
- 18:33Il est important de noter un changement significatif dans notre système de santé depuis notre conversation avec Anne-Charlotte.
- 18:38Au moment de l'enregistrement il y a un an,
- 18:40la sécurité sociale couvrait 70% des soins dentaires de base,
- 18:44mais récemment cette prise en charge a été réduite à 60%.
- 18:48Face à ces défis,
- 18:49nous devons nous demander comment notre système peut non seulement reconnaître,
- 18:53mais aussi valoriser de manière plus équitable et efficace,
- 18:56le travail essentiel des professionnels de santé.
- 18:59Cela est crucial,
- 19:00non seulement pour le bien-être des soignants que l'on sait aujourd'hui en péril,
- 19:04mais aussi pour assurer que tous les citoyens aient accès à des soins de santé de qualité sans que cela représente une charge financière insurmontable.
- 19:14Finalement,
- 19:14est-ce que c'est notre système qui est...
- 19:18critiquable ou qui est mauvais comme on pourrait l'entendre parfois ?
- 19:23Ou est-ce que c'est son interprétation ?
- 19:25Et en fait,
- 19:26il y a un manque de pédagogie,
- 19:28de prise de conscience civique derrière tout ça.
- 19:33Moi,
- 19:34je ne comprends pas ça.
- 19:35Moi,
- 19:35je ne pense pas que notre système soit mauvais.
- 19:39Je pense que notre système est perfectible.
- 19:41Et du coup,
- 19:42je ne comprends pas ce qui est censé être mauvais ou pas assez pédagogique.
- 19:48Alors,
- 19:48peut-être que ce qui serait perçu comme mauvais,
- 19:53c'est que le patient ne serait pas suffisamment conscient que derrière la gratuité pour son portefeuille,
- 20:00à l'instant où il se fait soigner,
- 20:03il n'est pas conscient des dépenses que ça implique,
- 20:05c'est ça ?
- 20:06Anne-Charlotte défend l'idée que notre système de santé n'est pas intrinsèquement mauvais,
- 20:09mais plutôt perfectible,
- 20:11soulignant que l'une des principales difficultés réside dans la prise de conscience par le patient des coûts réels des soins de santé.
- 20:20Elle évoque la dévaluation perçue des actes médicaux,
- 20:23en particulier ceux dont les tarifs sont fixés bas par les politiques publiques,
- 20:27malgré la complexité et la difficulté technique de ces interventions.
- 20:32Cette situation découle de la nécessité de rendre ces soins essentiels accessibles à tous,
- 20:37financés par de ressources publiques limitées.
- 20:40Je comprends les observations d'Anne-Charlotte,
- 20:42qui raisonne avec l'objectif louable de notre système de santé d'assurer l'accès universel aux traitements absolument nécessaires.
- 20:48Cependant,
- 20:48en tant que praticienne exerçant en cabinet libéral,
- 20:51je fais face à une réalité souvent difficile.
- 20:53Les coûts de fonctionnement d'un cabinet sont élevés,
- 20:56et les revenus provenant des actes à faible valeur ajoutée,
- 20:59qui sont pourtant essentiels,
- 21:00ne suffisent souvent pas à couvrir ces dépenses.
- 21:07Dans la pratique quotidienne,
- 21:08un dentiste qui prend le temps d'écouter ses patients,
- 21:10de fournir des soins de qualité et d'accepter tous les patients indépendamment de leurs revenus,
- 21:14se trouve dans une position financièrement précaire s'il ne pratique pas également des actes à haute valeur ajoutée,
- 21:19tels que des implants,
- 21:20de l'esthétique ou de l'orthodontie.
- 21:22Ce déséquilibre financier peut contraindre les dentistes à orienter leurs pratiques vers des spécialisations plus lucratives ou à limiter le nombre de patients à faible revenu qu'ils peuvent se permettre de traiter.
- 21:33Ça c'est très intéressant.
- 21:35parce qu'il y a des actes dont le prix est fixé,
- 21:40et souvent il est donc fixé assez bas.
- 21:43En tout cas,
- 21:44c'est l'avis du plus grand nombre des praticiens.
- 21:47Et il y a des actes dont les tarifs sont libres,
- 21:50et donc c'est à chaque praticien d'évaluer le tarif qu'il va fixer.
- 21:57C'est hyper intéressant ça,
- 22:00parce que c'est vrai qu'il y a des actes qui sont de grande difficulté,
- 22:04ou alors qui sont considérés par un certain nombre comme étant difficiles techniquement.
- 22:09On pense par exemple au traitement endodontique de Moller.
- 22:14C'est souvent l'argument qui revient en disant Mais ça,
- 22:17c'est un prix fixe,
- 22:18il est très bas,
- 22:19je vous passe des heures.
- 22:21Vraiment,
- 22:22je trouve que mon travail est dévalorisé.
- 22:24Ce qui est sûr,
- 22:25c'est que c'est vrai qu'il y a des actes qui sont techniques,
- 22:30qui sont compliqués,
- 22:32et dont le prix est fixe et peut paraître bas.
- 22:35Mais pourquoi c'est le cas ?
- 22:37C'est parce qu'on pense que ces soins sont absolument indispensables et que tout le monde doit avoir l'accès.
- 22:45et donc comme tout le monde c'est trop important ces actes là c'est trop nécessaire c'est pas possible que les gens ils doivent y renoncer c'est quelque chose,
- 22:54on s'est dit,
- 22:54c'est des actes il faut absolument les assurer pour tous mais comme il faut absolument les assurer pour tous et que c'est de l'argent public,
- 23:02c'est de l'argent de la collectivité donc on en a pas beaucoup il faut faire très très attention,
- 23:07euro par euro il faut compter,
- 23:08mais par contre il faut quand même que tous ces actes,
- 23:10tout le monde puisse les avoir
- 23:12Et donc forcément,
- 23:14puisqu'il faut que tout le monde puisse les avoir et que ça puisse être financé et qu'on n'a pas beaucoup de sous,
- 23:19ces trois éléments font que ces actes ont un prix qui est relativement bas parce qu'on va devoir le financer.
- 23:27Et donc forcément,
- 23:29on se retrouve avec tous les soins qui ont été définis comme indispensables au moment des négociations,
- 23:35ils ont des prix fixes et relativement bas.
- 23:40Dans cette quête continue d'efficacité et de réduction des coûts dans le système de santé,
- 23:44un aspect me semble pourtant largement sous-valorisé,
- 23:47la prévention.
- 23:48Ayant un exercice d'omnipratique orienté en parodontologie,
- 23:52j'observe quotidiennement les bénéfices significatifs d'une approche préventive.
- 23:55Chaque patient que je reçois passe environ une heure à apprendre l'hygiène buccodentaire.
- 23:59Je tiens absolument à cette éducation et la réitère régulièrement.
- 24:03Avec le temps,
- 24:04j'ai vu des patients qui auparavant nécessitaient des interventions fréquentes pour des caries ou des extractions,
- 24:09revenir simplement pour faire des visites où je peux leur dire que tout va bien.
- 24:13La prévention a donc un impact spectaculaire sur la réduction des coûts à long terme.
- 24:17Toutefois,
- 24:18malgré ces évidences,
- 24:19je remarque que les actes de prévention ne sont pas suffisamment mis en avant ou valorisés financièrement à leur juste valeur par notre système.
- 24:26Cela me pousse à me demander pourquoi ne mettons-nous pas davantage l'accent sur la prévention dans notre stratégie de santé ?
- 24:32Pourquoi n'est-elle pas mieux intégrée et récompensée ?
- 24:34Alors ça,
- 24:35c'est une des grandes questions.
- 24:38De fait,
- 24:39c'est quelque chose qui doit faire l'objet de négociations conventionnelles puisqu'on est en train de parler du fait que la prévention
- 24:46et une valorisation financière,
- 24:48et soit un acte présent dans la TCAM.
- 24:51Il y a certainement plusieurs raisons pour lesquelles ce n'est pas fait pour l'instant.
- 24:56Il y a notamment la question,
- 25:01qui est sous-jacente aussi,
- 25:02c'est des actes qui sont difficiles à évaluer,
- 25:05qui vont être évalués par l'efficacité,
- 25:07l'état de santé à terme du patient.
- 25:11Si la prévention,
- 25:12les visites de prévention étaient bien faites,
- 25:14normalement vous allez avoir l'année prochaine et l'année d'après pas besoin de faire de soins en fait.
- 25:19Ça peut être évalué comme ça par exemple.
- 25:21Et donc,
- 25:22dans ce cas-là,
- 25:23on se pose la question de peut-être différencier la rémunération.
- 25:27Est-ce qu'on fait ça à l'acte ou est-ce qu'on fait un forfait ?
- 25:31Et c'est là qu'arrive la question de la rémunération des chirurgiens dentistes.
- 25:37Il y a beaucoup de façons différentes de rémunérer un professionnel de santé.
- 25:43Le professionnel de santé,
- 25:45il y a des pays où il est payé à la capitation.
- 25:50ça veut dire quoi ?
- 25:52La capitation,
- 25:53ça veut dire qu'il est payé au nombre de patients dans sa patientèle.
- 25:58Et donc,
- 26:00pourquoi il est payé comme ça ?
- 26:01Parce que ça crée un intérêt pour le praticien à ce que son patient ne soit pas malade.
- 26:08C'est un problème parce que du coup,
- 26:09il n'a pas très envie de prendre des malades chroniques.
- 26:12Mais par ailleurs,
- 26:13si je fais bien de la prévention auprès de mes patients,
- 26:18eh bien,
- 26:19à chaque fois qu'ils vont venir,
- 26:20je n'aurai pas grand-chose à faire.
- 26:22Ils ne seront pas malades,
- 26:23je serai tranquille,
- 26:24je n'aurai pas trop de boulot.
- 26:25Donc,
- 26:26la capitation sert à ça.
- 26:27Elle sert à avoir une prise en charge globale du patient où l'intérêt commun est que le patient soit en bonne santé pour avoir le moins de travail possible.
- 26:37Ce ne sont pas des systèmes qui marchent tout seuls.
- 26:40La capitation,
- 26:41ça ne marche pas en solo.
- 26:42Par exemple,
- 26:43parce que ça n'a pas d'intérêt de prendre des malades chroniques.
- 26:48Alors tu peux faire des forfaits par dessus,
- 26:50tu mixes.
- 26:52En plus,
- 26:54tu te payes selon le nombre de patients que tu as,
- 26:57donc ton intérêt c'est de les garder en bonne santé.
- 27:01Et puis comme dans ce cas-là,
- 27:03tu ne vas pas trop aimer avoir des malades chroniques,
- 27:05je te rajoute un forfait malade chronique.
- 27:07Je te donne plus de sous selon le nombre de patients malades chroniques que toi.
- 27:11mais c'est pas encore suffisant.
- 27:14Il y a d'autres façons de payer,
- 27:16par exemple la tarification à l'acte qu'on a chez nous.
- 27:20La tarification à l'acte,
- 27:21c'est tu fais un acte,
- 27:23on te paye.
- 27:24Le problème de la prévention,
- 27:26c'est est-ce que c'est logique de faire un acte pour lequel on te paye alors que les outcomes,
- 27:31les effets,
- 27:32on va les avoir plus tard ?
- 27:35La prévention,
- 27:35c'est compliqué à payer en acte.
- 27:38Un,
- 27:38parce que c'est difficile à définir comme acte,
- 27:41en disant comment certifier que cet acte a été délivré,
- 27:46ce moment de prévention.
- 27:47Et deux,
- 27:48parce que la logique est à terme.
- 27:51Donc la prévention,
- 27:53ça pourrait plutôt marcher dans le temps,
- 27:56en disant peut-être qu'il y a un forfait prévention qui fait que si l'état de santé du patient ne s'est pas dégradé,
- 28:02eh bien là,
- 28:02tu touches ton forfait.
- 28:04C'est des questions qui se posent et qui sont en cours d'étude.
- 28:08Mais vous voyez que le paiement à l'acte,
- 28:10il n'est pas fait pour la prévention parce que c'est un paiement qui incite au volume.
- 28:15Alors que la prévention,
- 28:17c'est quelque chose qui va avoir des impacts dans le temps.
- 28:21Est-ce que c'est négatif ?
- 28:22Ça reste à prouver.
- 28:24Parce que c'est quand même bien d'être productif,
- 28:25de faire beaucoup d'actes.
- 28:27Ça veut dire éventuellement que tu vois beaucoup de patients ou que tu soignes beaucoup de problèmes.
- 28:30Donc,
- 28:31ça a ce côté aussi très positif,
- 28:33le paiement à l'acte,
- 28:34parce que ça augmente la productivité,
- 28:36et c'est encore ce qu'on recherche de la part de tout professionnel.
- 28:44La réponse d'Anne-Charlotte met en lumière un dilemme central dans notre système de santé concernant la valorisation et la rémunération des soins préventifs.
- 28:52Elle souligne que bien que la prévention soit cruciale pour réduire les coûts à long terme et améliorer l'état de santé global des patients,
- 28:58elle n'est pas toujours facile à intégrer dans les structures de paiement existantes.
- 29:02Les défis résident notamment dans la difficulté d'évaluer immédiatement l'efficacité des actes préventifs et dans la conception des systèmes de rémunération qui encouragent suffisamment ces pratiques.
- 29:13Elle discute...
- 29:13De différents modèles de paiement,
- 29:15comme la capitation,
- 29:16qui peut motiver les soignants à maintenir leurs patients en bonne santé,
- 29:19mais qui présente aussi des inconvénients,
- 29:21notamment une réticence à prendre en charge des patients avec des conditions chroniques complexes,
- 29:26la tarification à l'acte,
- 29:27prédominante dans notre système,
- 29:29favorise la productivité et peut inciter à une augmentation du volume des soins prodigués,
- 29:34ce qui n'est pas nécessairement aligné avec les objectifs de la prévention.
- 29:38Ce débat sur la rémunération soulève des questions fondamentales.
- 29:41Comment pouvons-nous ajuster nos systèmes pour mieux soutenir la prévention ?
- 29:46Est-ce possible de développer des modèles qui récompensent les soignants non seulement pour le volume des soins prodigués,
- 29:51mais aussi pour la qualité et l'efficacité des soins à long terme ?
- 29:55La réflexion d'Anne-Charlotte nous invite à considérer des solutions innovantes,
- 29:59telles que les forfaits de prévention,
- 30:00qui pourraient être ajustés selon l'état de santé du patient au fil du temps.
- 30:04Ce serait un moyen de reconnaître et de récompenser les efforts de prévention qui maintiennent les patients en bonne santé,
- 30:10réduisant ainsi la nécessité de traitements futurs plus coûteux.
- 30:19Tout cela montre combien il est essentiel de continuer à discuter et à réformer les méthodes de rémunération dans le domaine de la santé.
- 30:26En tant que praticien,
- 30:27notre objectif est de fournir les meilleurs soins possibles,
- 30:30mais cela doit être soutenu par un système qui valorise réellement la prévention et la santé à long terme.
- 30:35Il s'agit d'un challenge complexe,
- 30:37mais nécessaire pour l'avenir de notre système de santé.
- 30:43La tarification à l'acte,
- 30:44tout en augmentant la productivité,
- 30:46peut également mener à des dérives notables.
- 30:48Comme l'explique Anne-Charlotte,
- 30:49ce modèle incite les professionnels de santé à multiplier les actes,
- 30:53ce qui maximise leurs revenus.
- 30:55Cette incitation peut non seulement pousser à un plus grand volume d'actes,
- 30:58mais aussi à une sélection des actes les plus rémunérateurs,
- 31:01parfois au détriment de la qualité des soins et du temps consacré à chaque patient.
- 31:05Anne-Charlotte note également que bien que les professionnels de santé soient guidés par des principes de déontologie,
- 31:11L'attrait de la rémunération plus élevée pour certains actes pourrait détourner l'attention des soins véritablement nécessaires.
- 31:17Elle soulève une question critique.
- 31:19Jusqu'à quel point peut-on compter sur l'autorégulation professionnelle pour contrebalancer ces incitations financières ?
- 31:26Et quelles alternatives pourrions-nous envisager pour aligner plus étroitement les modèles de rémunération avec les objectifs de soins centrés sur le patient et de qualité ?
- 31:36Alors la tarification à l'acte,
- 31:38ça a plein d'avantages,
- 31:39plein d'inconvénients.
- 31:41Je parle de ce théorique.
- 31:44Quand on est dans de la tarification à l'acte,
- 31:48ça nécessite un acte égal à un paiement.
- 31:51Forcément,
- 31:52tu as envie de faire plein d'actes,
- 31:53parce que du coup,
- 31:55si tu multiplies les actes,
- 31:56tu multiplies les paiements.
- 31:58Ça,
- 31:58c'est normal.
- 31:58Je veux dire,
- 31:59moi,
- 32:00j'ai très envie d'avoir plein de sous,
- 32:01donc j'ai très envie de faire plein d'actes.
- 32:04Ensuite,
- 32:05il y a un deuxième degré.
- 32:07En plus d'un acte,
- 32:08un paiement,
- 32:09C'est selon l'acte,
- 32:10tu gagnes plus ou moins.
- 32:12Donc,
- 32:13qu'est-ce que j'ai envie de faire,
- 32:14moi ?
- 32:14J'ai envie de faire l'acte qui me prend le moins de temps et qui me rapporte le plus de sous possible.
- 32:19Je suis quelqu'un de rationnel.
- 32:21Donc,
- 32:22on a du coup cette incitation non seulement à faire du volume,
- 32:27c'est-à-dire beaucoup d'actes pour avoir beaucoup de sous,
- 32:29mais en plus d'orienter ce volume de soins vers les actes qui vont être le plus rémunérateur.
- 32:36Et ça,
- 32:36c'est la logique,
- 32:37c'est la rationalité.
- 32:39Alors oui,
- 32:40ça peut créer des problèmes.
- 32:42On compte forcément sur la déontologie des professionnels de santé.
- 32:47On se dit que du coup,
- 32:48quand on est dans ce genre d'incitation pour des professionnels de santé,
- 32:52eux,
- 32:52ils vont s'autoréguler grâce aux règles de déontologie.
- 32:55Ça n'en reste pas moins que les travers du paiement à l'acte,
- 33:03ça pourrait être...
- 33:05Si on dépasse les bornes de la déontologie et de l'autocontrôle professionnel médical,
- 33:11le paiement à l'acte peut avoir des dérives comme du volume en excès,
- 33:17c'est-à-dire de la demande induite,
- 33:20ce qui veut dire que ce sont des actes que le patient n'aurait pas demandé s'il était parfaitement au courant.
- 33:28Donc ça veut dire plus de volume que l'aurait désiré un patient.
- 33:32bien informé.
- 33:34Donc l'excès de volume,
- 33:36ça pourrait être une dérive.
- 33:38Et l'autre dérive,
- 33:40en effet,
- 33:41c'est de proposer des actes plus rémunérateurs que d'autres.
- 33:45Donc une orientation de l'activité vers certains actes plutôt que d'autres.
- 33:50Et donc évidemment,
- 33:52faire du volume,
- 33:52c'est très bien.
- 33:53La productivité,
- 33:55c'est important,
- 33:56mais il y a un risque que ça dépasse les bornes.
- 34:00Et donc...
- 34:01Il y a une espèce de limite qu'il ne faut pas franchir entre l'augmentation de la productivité souhaitable et celle qui devient diatrogène.
- 34:14Anne-Charlotte nous a éclairé sur les complexités inhérentes à la tarification à l'acte,
- 34:18mettant en lumière les risques de démarches induites et de surtraitement que ce modèle peut engendrer.
- 34:23Lorsque les professionnels de santé sont payés par acte,
- 34:25il existe une incitation naturelle
- 34:27non seulement à augmenter le nombre d'actes réalisés,
- 34:30mais aussi à favoriser ceux qui sont les plus rentables.
- 34:33Cette réalité peut malheureusement conduire à des pratiques où la quantité prévaut sur la qualité des soins.
- 34:41Le phénomène de demande induite,
- 34:43où des actes médicaux sont proposés non pas en réponse à un besoin réel du patient,
- 34:48mais plutôt en raison des incitations financières,
- 34:51soulève de sérieuses questions éthiques.
- 34:53Comment pouvons-nous garantir que les décisions prises sont véritablement dans le meilleur intérêt du patient ?
- 34:59Comment le système peut-il maintenir un équilibre entre rentabilité et responsabilité éthique ?
- 35:04De plus,
- 35:05le surtraitement,
- 35:06une conséquence directe de l'excès de volume,
- 35:08non seulement augmente les coûts globaux pour le système de santé,
- 35:12mais peut aussi exposer le patient à des risques inutiles de complications et d'effets secondaires.
- 35:17Ce dilemme souligne l'importance cruciale de repenser notre approche de la rémunération des soins
- 35:22pour favoriser une médecine plus prudente et centrée sur le patient.
- 35:27Face à ces défis,
- 35:28il devient impératif de considérer des modèles alternatifs de rémunération,
- 35:32tels que des paiements forfaitaires ou les systèmes basés sur la qualité des soins qui peuvent réduire les incitations à la surproduction tout en encourageant les soins de haute qualité.
- 35:41Explorer ces alternatives pourrait aider à aligner plus étroitement les pratiques médicales avec les principes de déontologie et l'intérêt supérieur des patients.
- 35:50assurant ainsi que notre système de santé reste non seulement efficace,
- 35:54mais aussi éthiquement plus solide.
- 35:56La demande induite,
- 35:58c'est du surtraitement.
- 35:59La demande induite est très très compliquée à démontrer,
- 36:05parce que,
- 36:06par définition,
- 36:08c'est le praticien qui propose ces traitements,
- 36:11et le patient souvent donne son accord.
- 36:14Il va donner d'autant plus son accord qu'il a une faible participation financière.
- 36:20Donc,
- 36:20l'induction du volume au-delà du raisonnable,
- 36:24eh bien,
- 36:25il est plus susceptible d'arriver concernant des soins qui sont totalement présents en charge.
- 36:33On va voir qu'un patient qui n'a pas à déverser,
- 36:40à utiliser son propre portefeuille,
- 36:42eh bien,
- 36:42va avoir moins tendance à...
- 36:47discuter les plans de traitement qui sont proposés.
- 36:51C'est normal,
- 36:52c'est rationnel.
- 36:53Quand c'est toi qui utilises ton portefeuille pour payer quelque chose,
- 36:57tu vas plus te rechigner,
- 37:00tu vas négocier,
- 37:01tu vas dire je voudrais que ce soit un peu moins cher,
- 37:03je vais en prendre moins si c'est trop cher tout ça.
- 37:06Moi,
- 37:06ce que j'utilise souvent,
- 37:07c'est que je parle des stylos.
- 37:11S'il n'y a pas besoin de payer les stylos et que j'ai toutes les couleurs de stylos,
- 37:15je vais prendre toutes les couleurs de stylos.
- 37:17Par contre,
- 37:18si c'est moi qui paye,
- 37:20je vais choisir que quelques stylos.
- 37:23Et puis,
- 37:24je vais négocier leur prix.
- 37:25Parce que comme je veux avoir le plus de stylos au prix le moins cher possible,
- 37:29je vais négocier.
- 37:30Tandis que si je n'ai pas besoin de payer,
- 37:32je prends tous les stylos et je prends toutes les couleurs.
- 37:35Et donc,
- 37:36c'est pareil dans une relation de soins.
- 37:38Si tu ne payes pas,
- 37:40je vais moins remettre en question ce qu'on me propose.
- 37:44Je vais me dire,
- 37:45de toute façon...
- 37:47Le médecin me propose tout ça,
- 37:50je n'ai pas besoin de payer,
- 37:51je dis ok à tout.
- 37:53Peut-être que si le patient doit mettre la main à son portefeuille,
- 37:59il ne négocierait plus,
- 38:02il discuterait plus la proposition du praticien et on se retrouverait avec un volume de soins peut-être moins important.
- 38:09Ça,
- 38:09on ne peut pas le savoir.
- 38:11C'est en théorie ce qui peut arriver quand on a une prise en charge extérieure.
- 38:16On a une tierce personne qui paye.
- 38:20C'est très dur à prouver.
- 38:22Il faut avoir des données très spécifiques pour pouvoir prouver de la demande induite comme ça.
- 38:29Là où c'est prouvé,
- 38:30c'est dans les scandales sanitaires.
- 38:32mais pas dans les données médico-administratives sur lesquelles je travaille.
- 38:36Mais il y a plusieurs scandales sanitaires qui montrent qu'il y a eu du surtraitement,
- 38:39en plus de piètre qualité,
- 38:41dans des cas de demandes induites.
- 38:43Est-ce qu'on peut dire que le système économique actuel met un peu en péril la relation de confiance entre le dentiste et le patient ?
- 38:51Parce qu'on sent qu'il y a quand même...
- 38:54Donc tu disais qu'il y avait cette demande induite,
- 38:56elle est difficile à mettre en exergue,
- 38:59mais d'un autre côté,
- 38:59les patients,
- 39:02font preuve de plus en plus de défiance vis-à-vis des professionnels de santé.
- 39:05Alors,
- 39:07dentistes,
- 39:07peut-être en premier,
- 39:08parce que c'est des soins qui sont coûteux et moins bien remboursés que les autres.
- 39:12Donc,
- 39:12quand ils viennent,
- 39:13ils ont déjà une appréhension.
- 39:15Ils commencent maintenant à avoir peur qu'on leur survende des traitements ou qu'on leur fasse faire des choses dont ils n'ont pas besoin.
- 39:24Alors,
- 39:24moi,
- 39:24je ne suis pas sûre que ça concerne...
- 39:26Beaucoup de patience.
- 39:28Mais ce qui est sûr,
- 39:29c'est que la complexité du système engendre nécessairement de la défiance parce qu'il est trop compliqué à comprendre.
- 39:36On a des informations,
- 39:38elles sont parcellaires.
- 39:41On a des effets d'annonce,
- 39:43RAC0.
- 39:44L'effet d'annonce de RAC0,
- 39:46100% santé,
- 39:47c'est je ne vais rien payer en allant chez le dentiste
- 39:49Est-ce que c'est vrai ça ?
- 39:51Non,
- 39:51ce n'est pas vrai.
- 39:52Je ne vais pas rien payer en allant chez le dentiste.
- 39:54Ça dépend de beaucoup,
- 39:55beaucoup de choses.
- 39:56Et donc forcément,
- 39:57quand tu as lu dans un site internet ou tu as vu à la télé je ne vais rien payer chez le dentiste quand tu arrives chez le dentiste et qu'il te demande de payer,
- 40:05là,
- 40:06il y a un choc.
- 40:08Et ce choc,
- 40:09il est au détriment du dentiste,
- 40:11parce que c'est plutôt une surprise désagréable.
- 40:15Et ce n'est pas la télé qui va la vivre,
- 40:17c'est la surprise désagréable.
- 40:18C'est le dentiste qui se retrouve dans cette situation désagréable de rétablir en réalité la réalité sur les règles.
- 40:25Et donc oui,
- 40:26ça c'est certain que ça crée une défiance.
- 40:30Je voulais savoir si tu avais des modèles de systèmes étrangers dont on pourrait s'inspirer pour justement avancer vers un système plus simple.
- 40:41Alors je pense au contraire,
- 40:43qu'un système plus vertueux serait plus compliqué.
- 40:47Donc je pense que si on complexifiait un petit peu le système encore,
- 40:51on le corserait,
- 40:52ce serait plus vertueux.
- 40:54Pourquoi ?
- 40:55Parce que,
- 40:55comme je vous l'ai dit,
- 40:56il y a plusieurs modes de rémunération.
- 40:59Et je pense que si on associe les différents modes de rémunération,
- 41:04on peut inciter à la fois à être productif et à la fois à être vertueux et dans la prévention.
- 41:11Donc,
- 41:11par exemple,
- 41:11mettre à la fois de la capitation du forfait et de l'acte ensemble,
- 41:17je pense que ce serait vertueux.
- 41:18Et là,
- 41:19on est dans des systèmes qui sont très compliqués,
- 41:21qui demandent notamment beaucoup d'informations.
- 41:24Parce que pour pouvoir faire marcher tout ça ensemble,
- 41:28et pour pouvoir faire tomber les financements qui correspondent à la capitation ou au forfait,
- 41:34il faut qu'il y ait un très grand suivi des données de chaque dentiste.
- 41:38Et donc,
- 41:39c'est pour ça que pour l'instant,
- 41:39on n'est pas en mesure de le faire.
- 41:41Je pense que le système de rémunération devrait être complexifié pour être plus vertueux.
- 41:46Par contre,
- 41:47je pense que le système devrait être plus transparent.
- 41:52Parce que l'effet,
- 41:54il est politique,
- 41:55le message qui passe là,
- 41:58aller chez le dentiste,
- 41:58c'est gratuit.
- 41:59C'est un effet politique pour dire,
- 42:01regardez,
- 42:01on a vraiment fait bouger les choses.
- 42:02Il y a des choses qui ont bougé,
- 42:03c'est vrai.
- 42:05Mais on s'en fiche que ce soit aux dentistes de rétablir la réalité sur les règles.
- 42:11Et ça,
- 42:11ce n'est pas juste.
- 42:12Les dentistes,
- 42:13il n'y a pour rien qu'à la télé,
- 42:14on dise,
- 42:16c'est gratuit,
- 42:17allez-y,
- 42:17c'est gratuit.
- 42:18Et donc,
- 42:19la transparence,
- 42:19elle doit être...
- 42:20À l'avantage de chacun,
- 42:22pas juste,
- 42:23en l'occurrence,
- 42:25regardez l'effet gouvernemental,
- 42:27on est très très fort.
- 42:29Il faut qu'on rappelle un peu les règles.
- 42:32En l'occurrence,
- 42:32c'est gratuit pour les soins de premier recours.
- 42:39La réponse à Anne-Charlotte nous amène à réfléchir sur une approche potentiellement contre-intuitive.
- 42:43Complexifier le système de rémunération pour qu'il soit plus vertueux.
- 42:48Elle suggère que l'intégration de divers modes de rémunération,
- 42:51comme la capitation,
- 42:52les forfaits et la tarification à l'acte,
- 42:55pourrait encourager à la fois la productivité et à la vertu,
- 42:58notamment dans la prévention.
- 43:00Cependant,
- 43:01cela nécessiterait un suivi extrêmement détaillé des données de chaque praticien pour être efficace,
- 43:05une tâche qui,
- 43:06selon elle,
- 43:07est actuellement hors de portée en raison des limites de nos systèmes d'information.
- 43:13En plus de la complexité,
- 43:14Anne-Charlotte souligne l'importance de la transparence dans le système de santé.
- 43:18Elle critique l'usage politique des annonces comme celle du 100% santé,
- 43:22qui peuvent être trompeuses en suggérant que les soins dentaires sont entièrement gratuits,
- 43:26alors que ce n'est pas nécessairement le cas.
- 43:28Cette approche peut malheureusement laisser les dentistes seuls pour expliquer les réalités financières à leurs patients,
- 43:34ce qui peut nuire à la confiance.
- 43:36Cette discussion soulève une question importante.
- 43:39Comment pouvons-nous concevoir un système qui non seulement encourage les bonnes pratiques médicales,
- 43:44mais qui est également clair,
- 43:45juste et transparent pour les patients et les soignants ?
- 43:48Il semble que,
- 43:49bien que plus complexe,
- 43:50un système diversifié de rémunération pourrait offrir des solutions à condition qu'il soit accompagné d'une amélioration significative de la clarté et de l'accessibilité de l'information pour tous les acteurs impliqués.
- 44:09Passons maintenant à une tendance émergente dans le monde de la dentisterie,
- 44:12le salariat.
- 44:13Historiquement,
- 44:14la profession a largement privilégié le mode libéral.
- 44:16Mais récemment,
- 44:17j'observe un intérêt croissant pour le salariat,
- 44:19particulièrement parmi les jeunes diplômés.
- 44:22Ces nouveaux venus dans le domaine semblent rechercher des opportunités de soigner sans la pression des enjeux financiers liés à la gestion d'un cabinet.
- 44:30Cette évolution m'amène à me demander si un modèle de salariat bien structuré pourrait représenter une solution viable pour la vie de la profession dentaire.
- 44:37Le salariat s'exerce de plusieurs façons.
- 44:40Le salariat s'exerce à l'heure dans le menu hospitalier,
- 44:44ce qui a un grand nombre d'avantages,
- 44:48et notamment qui incite à la qualité parce qu'il n'y a pas de pression sur le volume.
- 44:52Il y a aussi le salariat qui s'exerce finalement à l'acte,
- 44:59et c'est celui qu'on rencontre dans les centres de santé le plus souvent.
- 45:03Ce salariat-là,
- 45:04il a les mêmes incitations que le paiement à l'acte,
- 45:07puisque finalement le revenu est en rapport avec le nombre d'actes générés.
- 45:11Ce salariat-là,
- 45:12c'est celui qui est quand même le plus facile d'accès.
- 45:15Quand on parle de salariat à l'heure,
- 45:17c'est quand même beaucoup plus marginal.
- 45:21Mais le salariat avec une rétribution au prorata du nombre d'actes,
- 45:26il est en effet de plus en plus attractif.
- 45:29Il est de plus en plus attractif pour de nombreuses raisons.
- 45:33Un,
- 45:33parce qu'il permet l'exercice de groupe.
- 45:35L'exercice de groupe est attractif parce qu'on est une profession ultra-libérale,
- 45:39très isolée les uns des autres,
- 45:41mais aussi vis-à-vis des autres professions médicales.
- 45:45Et donc,
- 45:45il y a un souhait de travailler en groupe,
- 45:48soit en interprofessionnel,
- 45:49soit entre dentistes,
- 45:51qui ont des avantages très différents par ailleurs.
- 45:54Mais le souhait de travailler en groupe permet,
- 45:57un,
- 45:58d'échanger et de se sentir rassurée dans sa pratique.
- 46:01Donc ça,
- 46:02c'est très attractif,
- 46:03bien sûr.
- 46:04Mais ça peut permettre aussi de diluer la responsabilité vis-à-vis des patients.
- 46:09Parce qu'on a eu un effet de collectivité,
- 46:13où on a l'impression que la responsabilité,
- 46:16elle est diluée entre tous les praticiens du groupe.
- 46:19Ça,
- 46:19c'est le cas dans des grands centres de santé dentaire,
- 46:23où il y a beaucoup de monde,
- 46:25et on a l'impression que finalement,
- 46:27c'est la structure qui prend la responsabilité.
- 46:29Ça,
- 46:29c'est un écueil,
- 46:30par contre.
- 46:31parce que ce n'est pas vrai.
- 46:32La responsabilité,
- 46:33elle est à chacun.
- 46:35Mais je ne dis pas que tous ces salariés-là l'oublient.
- 46:40Mais en tout cas,
- 46:40ça peut être un écueil.
- 46:42Cette perte de la sensation de responsabilité face aux patients,
- 46:45ça,
- 46:46c'est un écueil.
- 46:47Ça a eu des conséquences.
- 46:49On espère que ça en aura le moins possible par la suite.
- 46:52Il y a des nouvelles règles,
- 46:53d'ailleurs,
- 46:53dans les centres de santé.
- 46:55On espère que ça va s'améliorer.
- 46:57L'autre avantage,
- 46:58En dehors du travail de groupe,
- 47:00c'est l'avantage de la responsabilité financière qui est engagée.
- 47:04Quand on est dans un centre de santé,
- 47:05on arrive,
- 47:07on nous prête le matériel,
- 47:09on nous gère les assistantes,
- 47:12les secrétaires,
- 47:14on gère les prises de rendez-vous.
- 47:16On est dans une responsabilité financière et managériale qui est déportée aussi sur la structure.
- 47:23C'est la structure qui finance les coûts fixes et les coûts de fonctionnement.
- 47:28Ces coups fixes et ces coups de fonctionnement,
- 47:30dans le cadre de la chirurgie dentaire,
- 47:32qui a un plateau technique extrêmement onéreux,
- 47:35c'est très important à prendre en compte.
- 47:39Est-ce qu'on doit assumer quand même,
- 47:40les chirurgiens dentistes libéraux doivent assumer,
- 47:43un coût d'investissement initial,
- 47:46puis un coût de fonctionnement très important ?
- 47:49Ça,
- 47:50ça fait peur.
- 47:51C'est une pression financière qu'on prend sous forme de prêts le plus souvent.
- 47:55Mais on doit assumer ce prêt de nombreuses années et donc ça génère une pression financière importante.
- 48:02Et en plus du prêt,
- 48:03on doit assumer les coûts de fonctionnement qui sont imputés sur le chiffre d'affaires jour après jour.
- 48:11Et donc cette pression-là,
- 48:13qui est à mettre en balance avec l'autonomie et le fait que tu es ton propre patron et que tu fais ce que tu veux,
- 48:19et puis zut alors,
- 48:22ça reste quelque chose qui n'est pas anodin.
- 48:24C'est une responsabilité intense qui pèse sur les épaules au jour le jour.
- 48:29Et c'est ça aussi qu'on évite.
- 48:32Au moins quand on commence sa carrière dans une structure groupale,
- 48:37éventuellement un centre de santé.
- 48:39Ce n'est pas un choix qu'on fait comme ça et puis on verra bien dans cinq ans quand.
- 48:42Et donc c'est normal quand on est jeune,
- 48:44quand on a aussi grandi dans une société où les gens font de plus en plus des boulots différents.
- 48:50On voit beaucoup de gens,
- 48:51toi,
- 48:52moi,
- 48:53qui font des choses différentes à différentes étapes de leur vie.
- 48:56Et là,
- 48:57on leur demande de s'endetter pour
- 49:0015, 20,
- 49:0030 ans.
- 49:01C'est normal que ça ne fasse pas sens pour les générations qui arrivent en tout cas.
- 49:05En plus,
- 49:06quand on voit que ceux qui partent à la retraite,
- 49:08ils ont des galères pour revendre leur cabinet.
- 49:11Donc,
- 49:11ce n'est pas un investissement qui est sexy et attractif quand même.
- 49:19Nous arrivons à la fin de cet épisode dans lequel nous avons plongé dans l'histoire et les fondements de notre système de santé avec la docteure Anne-Charlotte Bas.
- 49:26J'espère que cette discussion vous a offert des éclairages sur comment nos soins sont structurés et perçus dans notre société.
- 49:34Pour notre prochain épisode,
- 49:35nous changerons de perspective pour explorer l'expérience des patients eux-mêmes,
- 49:39en particulier ceux qui luttent pour accéder à des soins dentaires de qualité en raison de contraintes financières.
- 49:44J'aurai l'honneur d'accueillir Olivier Siran,
- 49:47auteur du livre Sur les dents qui apportera un regard critique sur les difficultés rencontrées par les patients moins privilégiés.
- 49:53Olivier partagera avec nous ses observations et ses recherches sur les défis et les barrières qu'on rencontre ces individus,
- 49:59ajoutant une dimension humaine et sociale à cette grande discussion sur l'argent en dentisterie.
- 50:06Merci à Camille Covez qui a réalisé l'illustration,
- 50:10à Maxime Moitieu pour la composition musicale et bien sûr à Pauline Bussy pour le montage.
- 50:16N'oubliez pas de soutenir le podcast si vous appréciez son contenu et souhaitez continuer cette exploration ensemble.
- 50:23Merci d'avoir écouté et à très bientôt pour continuer notre voyage à travers l'argent en dentisterie.