Latest / Archives / La catastrophe du BARRAGE de MALPASSET
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- 0:00Avant de commencer la vidéo, celle-ci est sponsorisée par OLI
- 0:03OLI lance une gamme matcha. 3 produits, l'hydratation,
- 0:07l'énergie et le milkshake. Personnellement j'en utilise 2
- 0:11régulièrement. Il y a l'hydratation que je
- 0:13prends régulièrement après mes sessions foot, c'est du Matcha
- 0:16pomme kiwi, il est vraiment bon et ensuite c'est l'énergie
- 0:18matcha, c'est du matcha avec de la fraise.
- 0:20Oui, je le prends plutôt pour avoir un petit boost d'énergie
- 0:23le soir quand j'ai envie de me poser pour travailler sur mes
- 0:26vidéos parce que vu que je bois pas de café, j'aime pas trop ça.
- 0:28Bah c'est une bonne alternati le matcha classique.
- 0:30C'est pas forcément quelque chose que j'affectionne
- 0:32particulièrement parce que j'aime pas trop le le goût de
- 0:34l'amertume, c'est pas trop mon truc.
- 0:35Pour le coup, je trouve que au niveau de la gamme matcha, le
- 0:37goût est plus rond, il est plus accessible on va dire.
- 0:40Enfin en tout cas, je trouve que le Matcha se Marie bien avec les
- 0:42différents goûts proposés pour chaque peau.
- 0:44Et d'ailleurs si vous êtes vraiment fan de Matcha, Bah YA1
- 0:46Pack XXL avec les 4 saveurs, parce qu'ils avaient déjà sorti
- 0:50en fait un Ice Tea Matcha si trombante qui est aussi très
- 0:53très bon évidemment. Et dans ce pack vous avez aussi
- 0:54les 4 shakers assortis à chaque gamme.
- 0:56Je rappelle, tu prends ton Shaker, tu le remplis d'eau, tu
- 0:59verses ton au lit dedans, tu secoues et tu peux boire
- 1:02directement. Et en ce moment, il faut un give
- 1:04away sur toute la gamme matcha. C'est à dire que chaque commande
- 1:06contenant au moins un produit de la gamme matcha pour un minimum
- 1:09de 10,00€, Ben on vous donne un ticket pour participer à un
- 1:12concours à gagner. Vous avez un voyage au Japon de
- 1:145000,02€ bornes d'Arcade Street Fighter ou 3 Nintendo switch ?
- 1:17C'est du 12 au 31 mai. Il y a une commande par personne
- 1:21et avec mon lien en description ou mon QR code ou encore mon
- 1:24code neo. Et Ben vous avez 10% de
- 1:28réduction tout simplement. Merci à OLI de soutenir la
- 1:31chaîne le 2 décembre 1959 en début de soirée, près de Fréjus,
- 1:38tout semble encore parfaitement normal dans les maisons, les
- 1:40familles terminent leur dîner, les enfants se préparent à aller
- 1:45se coucher et la pluie qui tombe depuis plusieurs jours ne semble
- 1:48inquiéter personne. La vie suit son cours comme
- 1:52n'importe quelle soirée d'hiver. Mais au-dessus de la vallée,
- 1:56dans l'obscurité, un barrage retient en silence une quantité
- 2:00d'eau colossale. Un mur de béton gigantesque,
- 2:04immobile et silencieux. Et ce soir-là, quelque chose a
- 2:08changé. A 21h13, sans véritable
- 2:19avertissement, le barrage de mal passé. 7 en quelques secondes,
- 2:25des dizaines de 1000000 de mètres cubes d'eau sont libérés.
- 2:28D'un seul coup, une vague immense se forme, dévale la
- 2:32vallée à une vitesse folle et arrache tout sur son passage.
- 2:35Et là, c'est une ville entière qui est frappée en pleine nuit.
- 2:39Quand l'autre retire, le silence laisse place à un constat
- 2:42glaçant. Et pendant des années, une
- 2:44question va rester sans réponse claire, parce que ce barrage
- 2:47était censé tenir. Alors comment une structure
- 2:50aussi massive conçue par des spécialistes ?
- 2:53AT elle pu s'effondrer aussi brutalement et surtout qu'est ce
- 2:57qui s'est réellement passé cette nuit-là au barrage de mal
- 3:01passé ? J'ai été voir, il restait au
- 3:04pluriel, plus une trace. Et sa maman ?
- 3:09Elle est morte. Les témoins de ce drame, les
- 3:27survivants de cette effroyable catastrophe, savent à quoi peut
- 3:30ressembler la fin du monde. Chapitre un, une rivière
- 3:37capricieuse. Pour comprendre ce qui a pu se
- 3:40passer au barrage, il faut revenir quelques années en
- 3:43arrière, dans une France qui n'a plus grand chose à voir avec
- 3:46celle d'aujourd'hui. On est en 1946, la guerre vient
- 3:48tout juste de se terminer. Le pays sort d'un conflit
- 3:51dévastateur et concrètement, tout est à reconstruire.
- 3:54Les villes sont en ruines, les infrastructures sont détruites
- 3:56et l'économie tourne au ralenti. Mais en arrière-plan, il y a
- 4:01autre chose, quelque chose de moins visible mais de très
- 4:03puissant. Une vraie envie de repartir, de
- 4:07reconstruire, de prouver que le pays peut se relever, se
- 4:11moderniser et reprendre la main sur son avenir.
- 4:13À cette époque, l'idée de progrès est absolument partout.
- 4:16On croit dans la technique, dans les grands chantiers et dans la
- 4:20capacité des ingénieurs à transformer durablement le
- 4:24territoire. On construit des routes, on
- 4:26développe les réseaux, on équipe les campagnes.
- 4:29Des projets sont lancés pour maîtriser l'eau, produire.
- 4:32De l'électricité et soutenir l'agriculture dans cette France
- 4:35d'après guerre. Un barrage, ça peut représenter
- 4:38un symbole, le symbole d'un pays qui avance.
- 4:41Et dans le Sud est de la France ?
- 4:43Bah cette question de l'eau, elle est loin d'être secondaire.
- 4:46le Var, c'est la Provence, la Garrigue, le soleil, la Côte
- 4:50d'Azur qui commence à attirer du monde.
- 4:52Mais c'est aussi une région agricole avec des vignes, des
- 4:56cultures, des vergers et au milieu de tout ça, une rivière,
- 5:00le reyran. Une rivière qui est compliquée
- 5:03l'été, son lit est complètement sec, on peut littéralement la
- 5:06traverser à pied sans se mouiller les genoux.
- 5:09Et l'hiver ? Bah c'est plutôt l'inverse.
- 5:10Dès que les pluies tombent sur le massif de l'esterel, l'eau
- 5:14dévale la vallée avec une puissance impressionnante, noie
- 5:18les plaines, emporte les récoltes et ravage les routes.
- 5:21C'est un torrent méditerranéen classique, tout ou rien.
- 5:26Dans ces conditions, l'idée d'un barrage paraît presque évidente.
- 5:30Et en réalité, c'est pas une idée nouvelle.
- 5:32Depuis des décennies, des projets existent déjà.
- 5:35Mais après la guerre, avec ce contexte de reconstruction, le
- 5:38projet prend une toute autre ampleur.
- 5:40Un barrage permettrait de stocker l'eau de l'hiver pour la
- 5:43redistribuer en été, d'irriguer les cultures, d'alimenter les
- 5:48villes et surtout de rendre cette rivière beaucoup plus
- 5:50prévisible. En 1946, ce qui était jusque là
- 5:53une idée devient une vraie décision.
- 5:54Reste alors une question essentielle.
- 5:59Où construire ce barrage ? le Conseil général du Var étudie
- 6:02plusieurs options. Différents sites sont envisagés,
- 6:05plusieurs types d'ouvrages sont comparés et finalement, le choix
- 6:09se porte sur un endroit bien précis, un passage étroit dans
- 6:12la vallée du Reeran, à une douzaine de kilomètres en amont
- 6:15de Fréjus. Ce lieu porte un nom mal passé,
- 6:19un nom hérité du provençal qui signifie littéralement le
- 6:23mauvais passage. Un endroit difficile, resserré,
- 6:27où on circulait autrefois avec prudence.
- 6:30Avec le recul, ça résonne forcément différemment.
- 6:33Mais à l'époque, personne n'y voit un avertissement.
- 6:36Au contraire, le site semble idéal, la vallée se resserre, la
- 6:40roche affleure et pour les ingénieurs, c'est exactement le
- 6:43genre d'endroit parfait pour construire un barrage efficace,
- 6:47capable de retenir beaucoup d'eau avec une structure
- 6:49optimisée. Tout est réuni pour lancer le
- 6:52projet dans cette France qui se reconstruit.
- 6:55Dans ce territoire qui manque d'eau et cherche à s'équiper
- 6:58pour l'avenir, le barrage de Malpasset apparaît comme une
- 7:01évidence. C'est une solution logique, une
- 7:03promesse. Et à ce moment-là, pour les
- 7:05élus, pour les ingénieurs et pour une partie des habitants,
- 7:08ce projet n'a rien d'inquiétant. Personne n'imagine encore que
- 7:12cette promesse va, quelques années plus tard, se transformer
- 7:16en catastrophe. Chapitre 2, l'homme derrière le
- 7:22barrage. Derrière le barrage de
- 7:25Malpasset, il YA1 homme, un ingénieur reconnu, respecté et à
- 7:30l'époque considéré comme l'un des meilleurs dans son domaine.
- 7:32Cet homme, c'est André Couan. Né en 1891, il fait partie de
- 7:36cette génération d'ingénieurs formés au sein du corps des
- 7:39ponts et chaussées, une formation extrêmement exigeante
- 7:41par laquelle sont passés beaucoup de ceux qui ont façonné
- 7:45les grands travaux du 20e siècle.
- 7:46Très tôt dans sa carrière, il participe à des projets
- 7:49d'aménagement importants et. Au fil des années, il va se
- 7:54spécialiser dans un domaine bien précis, la construction de
- 7:58barrages. Et dans ce domaine, son nom va
- 8:00rapidement s'imposer et bien au-delà de la France.
- 8:04Au cours de sa carrière, André Couan conçoit plus de 70
- 8:07barrages répartis dans plus d'une dizaine de pays.
- 8:10Il travaille en Europe, en Afrique, en Amérique du Sud.
- 8:14Il participe notamment à des projets majeurs comme le barrage
- 8:17de Tignes dans les Alpes ou encore le barrage de Cariba sur
- 8:20le fleuve de Zambèze en Afrique. À la fin des années 1940, quand
- 8:23on commence à envisager sérieusement la construction
- 8:25d'un barrage dans la vallée du Reyran, Couan est au sommet de
- 8:29sa carrière, il enseigne, il publie, il conseille des
- 8:32gouvernements et il préside même l'Association internationale des
- 8:35grands barrages. Autrement dit, si on cherche
- 8:39quelqu'un capable de concevoir un ouvrage moderne, ambitieux et
- 8:42techniquement maîtrisé, son profil paraît être le choix
- 8:47idéal. Couan est un technicien, mais
- 8:50aussi un homme qui réfléchit beaucoup à son métier et à ce
- 8:53qu'implique le fait de construire des ouvrages capables
- 8:56de retenir des 1000000 de mètres cubes d'eau.
- 8:58Il a d'ailleurs cette phrase restée célèbre, dans le milieu
- 9:01de tous les ouvrages construits de mains d'homme, les barrages
- 9:04sont les plus meurtriers. Cette phrase, elle est pas là
- 9:07pour choquer, mais plutôt pour rappeler une réalité simple, ce
- 9:10type d'ouvrage repose sur un équilibre extrêmement fragile.
- 9:14Et si quelque chose lâche ? Les conséquences peuvent être
- 9:17immédiates et dévastatrices. Cuan le sait, il sait exactement
- 9:21ce qu'il fait et surtout ce que ça implique.
- 9:24Pour le site de malpasset, il fait le choix d'un type
- 9:27d'ouvrage bien particulier, un barrage voûte.
- 9:30Le principe peut sembler technique, mais en réalité,
- 9:33c'est plutôt simple à comprendre, contrairement à un
- 9:35barrage massif qui résiste à la pression de l'eau,
- 9:37principalement grâce à son poids.
- 9:39Un barrage voûte fonctionne grâce à sa forme.
- 9:42Sa paroi est légèrement courbée, ce qui permet de renvoyer la
- 9:45pression de l'eau vers les côtés de la vallée, c'est à dire vers
- 9:48la Roche. Autrement dit, le barrage ne
- 9:50retient pas l'eau seule, il s'appuie directement sur les
- 9:53flancs de la montagne. Ce type de structure a plusieurs
- 9:56avantages, il demande moins de béton, donc il coûte moins cher
- 10:00à construire et il permet de réaliser des ouvrages beaucoup
- 10:03plus fins tout en restant très résistants.
- 10:05A mal passé, cette logique est poussée assez loin.
- 10:08Le barrage doit mesurer environ 66 M de haut pour 200 M de long,
- 10:13avec une épaisseur réduite au strict nécessaire, plusieurs
- 10:15mètres à la base, mais à peine plus d'un mètre au sommet.
- 10:19Pour les ingénieurs de l'époque, c'est une véritable prouesse
- 10:22technique. Mais cette finesse impose une
- 10:24condition essentielle. Pour que tout tienne, les 2
- 10:28flancs rocheux sur lesquels repose la voûte doivent être
- 10:30parfaitement solides. Parce que si la roche bouge,
- 10:33même légèrement, le barrage perd son appui et toute la structure
- 10:37peut être fragilisée avant la construction.
- 10:39Des études géologiques sont bien réalisées sur le site.
- 10:42Elles permettent d'analyser la nature de la roche et de
- 10:45vérifier qu'elle peut supporter ce type d'ouvrage.
- 10:48Avec les connaissances disponibles au début des années
- 10:5050, rien ne semble suffisamment inquiétant.
- 10:53Pour remettre en cause le projet, certaines particularités
- 10:56sont bien observées, mais elles sont pas forcément interprétées
- 11:00comme des signaux de danger majeurs.
- 11:02Le projet peut donc avancer. À ce moment-là, tout paraît
- 11:05cohérent, le site semble adapté, l'ingénieur est expérimenté, la
- 11:10conception est maîtrisée. Rien ne laisse penser que
- 11:13quelques années plus tard, ce même barrage deviendra le centre
- 11:17de l'une des plus grandes catastrophes civiles françaises
- 11:19du 20e siècle. Chapitre 3, la construction au
- 11:31début des années 50, le projet est désormais validé,
- 11:35l'emplacement est choisi, le type de barrage est défini et
- 11:38les travaux peuvent commencer. Le chantier débute en avril 1952
- 11:40dans un site qui n'a rien de simple.
- 11:42La vallée est étroite, le terrain accidenté et il faut
- 11:45d'abord aménager les accès avant même de pouvoir construire.
- 11:50Des pistes sont tracées, les premières installations sont
- 11:53mises en place et peu à peu, ce coin encaissé se transforme en
- 11:56véritable zone de chantier. Pendant plus de 2 ans, ouvriers,
- 12:00ingénieurs et techniciens vont se relayer pour donner forme à
- 12:04cet ouvrage qui doit transformer durablement la région.
- 12:07Le principe de construction repose sur ce choix fait par
- 12:10André Couan, un barrage en béton voûte.
- 12:13Le béton est coulé progressivement par sections
- 12:16successives afin de former cette grande paroi légèrement courbée
- 12:21qui va venir s'appuyer sur les 2 flancs rocheux de la vallée.
- 12:24Jour après jour, la structure prend forme.
- 12:27À mesure que le barrage s'élève, on voit apparaître cette courbe
- 12:30élégante qui barre la vallée du Reeran.
- 12:33L'ouvrage n'a rien d'un mur massif, au contraire, il est
- 12:36relativement fin, presque aérien dans sa silhouette, ce qui peut
- 12:39surprendre quand on pense à la quantité d'eau qu'il est censé
- 12:42retenir. Sauf que cette finesse n'est pas
- 12:45une faiblesse. Elle fait partie du principe
- 12:47même du barrage voûte. Plus l'eau exerce une pression
- 12:50sur la paroi, plus cette pression est redistribuée vers
- 12:53la roche sur les côtés, ce qui renforce l'ensemble de la
- 12:57structure. Lorsque les travaux s'achèvent
- 12:59en décembre 1954, le barrage de Malpassait est considéré comme
- 13:01un ouvrage moderne, conçu selon les méthodes les plus avancées
- 13:05de l'époque. Pour les équipes qui ont
- 13:07participé au chantier, c'est l'aboutissement de plusieurs
- 13:10années de travail. Et pour la région, c'est un
- 13:14équipement attendu depuis longtemps.
- 13:16Le Reran va enfin être maîtrisé, mais une fois le barrage
- 13:20terminé, une situation assez inattendue va s'installer.
- 13:24Le barrage est prêt à retenir l'eau et pourtant, pendant
- 13:28plusieurs années, il ne va presque pas se remplir.
- 13:31La raison est simple et assez ironique, les pluies sont
- 13:35insuffisantes. Entre le milieu des années 50 et
- 13:38la fin de la décennie, la région connaît plusieurs saisons
- 13:41relativement sèches. Le Ran, qui est déjà une rivière
- 13:44irrégulière, n'apporte pas assez d'eau pour remplir rapidement la
- 13:48retenue. Le niveau du lac Monte lentement
- 13:51par petites étapes, sans jamais atteindre la capacité maximale
- 13:54prévue par les ingénieurs. En apparence, rien d'anormal,
- 13:57mais en réalité, ce détail est essentiel pour comprendre la
- 14:01suite. Pour un barrage, le premier
- 14:03remplissage complet est un moment crucial.
- 14:05C'est la première fois que l'ouvrage va être soumis à la
- 14:08pression maximale pour laquelle il a été conçu.
- 14:11C'est à ce moment-là que l'on vérifie concrètement comment la
- 14:14structure et ses fondations réagissent.
- 14:16Si un point faible existe, c'est généralement à ce moment-là
- 14:19qu'il apparaît a mal passé. Ce test grandeur nature n'a
- 14:23jamais vraiment eu lieu pendant plusieurs années.
- 14:25Le barrage fonctionne, il retient de l'eau, mais il ne
- 14:28travaille jamais à pleine charge.
- 14:30Autrement dit, pendant près de 5 ans, personne ne sait réellement
- 14:34comment il va se comporter dans des conditions extrêmes et YA1.
- 14:37Autre élément beaucoup plus discret, qui va jouer un rôle
- 14:40important. Habituellement, lorsqu'on
- 14:42construit un barrage, on détourne le cours d'eau à l'aide
- 14:45d'un tunnel provisoire creusé dans la roche.
- 14:48Ce tunnel permet non seulement de laisser passer l'eau pendant
- 14:51les travaux, mais aussi d'observer l'intérieur du massif
- 14:54rocheux, de repérer d'éventuelles failles et de
- 14:57mieux comprendre. La structure du terrain a mal
- 15:00passé. Ce tunnel n'est pas réalisé.
- 15:02Le rang étant à sec une grande partie de l'année, il n'est pas
- 15:05nécessaire de détourner son cours.
- 15:08Les travaux peuvent se faire directement dans le lit de la
- 15:10rivière. Sans passer par cette étape sur
- 15:13le moment, ça simplifie le chantier.
- 15:15Mais avec le recul, cette absence de galeries
- 15:17d'exploration prive les ingénieurs d'une observation
- 15:20précieuse du sous-sol. Une partie des particularités
- 15:23géologiques du site reste donc invisible, sans que personne ne
- 15:27s'en rende compte. Certaines informations
- 15:29importantes passent à côté, le barrage est terminé, il est en
- 15:33place, il remplit sa fonction. Tout semble parfaitement normal
- 15:38jusqu'à l'automne 1959. Et là, en quelques jours, tout
- 15:43va changer. années, le barrage de Malpasset
- 15:59fait presque oublier son existence.
- 16:00Il est là, posé dans la vallée, discret, et rien ne semble
- 16:05vraiment perturber son fonctionnement.
- 16:06Puis. Arrive l'automne 1959 et cette
- 16:10fois, la situation change complètement.
- 16:12Après 5 années de pluies insuffisantes, la région est
- 16:15frappée par un automne exceptionnel.
- 16:17Depuis le 27 novembre, des pluies torrentielles s'abattent
- 16:20sur la côte méditerranéenne et sur le Var.
- 16:23Au début, rien d'exceptionnel dans le Sud est de la France.
- 16:28Ce type d'épisode arrive régulièrement à cette période de
- 16:30l'année. Mais les jours passent et les
- 16:32pluies ne s'arrêtent pas. Les précipitations deviennent
- 16:38continues, parfois très intenses, les sols se saturent
- 16:42progressivement, les cours d'eau gonflent et les petits affluents
- 16:46qui alimentent leur errant commencent à déverser de plus en
- 16:49plus d'eau dans la vallée. Le paysage change complètement.
- 16:52Ce qui était sec depuis des années se transforme peu à peu.
- 16:55L'eau s'accumule, s'écoule, se concentre et tout finit par
- 16:59converger vers la retenue du barrage.
- 17:02Le veyran, habituellement si calme, reprend son comportement
- 17:05de torrent méditerranéen et le niveau du lac commence à monter.
- 17:10Au début, la montée est progressive.
- 17:12Rien d'anormal pour un ouvrage conçu précisément pour retenir
- 17:15l'eau. Le barrage remplit son rôle,
- 17:18mais très vite, le rythme s'accélère.
- 17:20En l'espace de quelques jours, le niveau gagne plusieurs
- 17:23mètres, une situation inédite depuis la mise en service du
- 17:26barrage. Pour la première fois, mal
- 17:28passé, s'approche réellement de sa capacité maximale.
- 17:31Sur place, le gardien du barrage, André Ferro, surveille
- 17:34la situation près. Son travail consiste à effectuer
- 17:38des relevés réguliers, à observer le comportement de
- 17:41l'ouvrage et à signaler toute anomalie.
- 17:44À mesure que l'eau monte, certains phénomènes
- 17:46apparaissent. En aval, de petites
- 17:47infiltrations se forment dans la roche.
- 17:50Au départ, ce sont de simples suintements, discrets comme de
- 17:53fines traces d'humidité. Mais avec le temps, ils
- 17:56deviennent plus visibles, plus présents.
- 17:58Ce type de phénomène n'est pas forcément alarmant en soi.
- 18:02Sur beaucoup de barrages, une partie de l'eau s'infiltre
- 18:04naturellement dans les fissures de la roche.
- 18:06Mais ici, quelque chose évolue, le niveau continue de monter,
- 18:10les infiltrations augmentent et pour la première fois.
- 18:13Le barrage est confronté à une situation qu'il n'avait encore
- 18:16jamais connue. Dans une situation classique,
- 18:19lorsque le niveau de l'eau augmente trop rapidement, il est
- 18:21possible d'ouvrir les dispositifs de vidanges pour
- 18:24relâcher une partie de la retenue et stabiliser l'ensemble
- 18:28à mal passé. Cette option existe, mais elle
- 18:30pose un problème en aval du barrage, à environ un kilomètre
- 18:34de distance. Un chantier est en cours, celui
- 18:36d'un pont pour la future autoroute esterel Côte d'Azur.
- 18:40Le béton de certaines structures vient d'être coulé et une
- 18:43arrivée d'eau trop importante risquerait d'endommager
- 18:45l'ouvrage en construction. Alors, on hésite.
- 18:48Ouvrir la vanne, c'est protéger le barrage, mais risquer
- 18:51d'abîmer le chantier ? Attendre, c'est préserver les
- 18:54travaux, mais laisser l'eau continuer de monter.
- 18:57Pendant plusieurs jours, la décision est repoussée et
- 19:00Pendant ce temps, le niveau du lac continue de grimper.
- 19:03Le 2 décembre, en fin d'après 12h00, la décision est
- 19:06finalement prise d'ouvrir la vanne.
- 19:08Mais à ce moment-là, le niveau est déjà très élevé.
- 19:12L'eau qui s'échappe reste faible comparée à celle qui continue
- 19:15d'arriver. L'équilibre ne se fait plus.
- 19:18Au même moment, d'autres signes apparaissent.
- 19:20Des infiltrations plus marquées, parfois localisées entre la
- 19:24roche et le béton. Des phénomènes visibles mais
- 19:26difficiles à interpréter avec les connaissances de l'époque.
- 19:29On observe, on note, mais on ne comprend pas encore.
- 19:33Le soir du 2 décembre, le barrage retient une quantité
- 19:36d'eau qu'il n'avait jamais supportée auparavant.
- 19:39Et dans la vallée, la pluie continue de tomber.
- 19:44Chapitre 5, la nuit du 2 décembre 1959. 21 h, à Fréjus,
- 19:50une soirée de décembre banale. On se blottit chez soi, au
- 19:53chaud, devant l'émission la piste aux étoiles.
- 19:55Achille Zavatta effectue une cascade avant qu'une coupure
- 19:59d'électricité vienne interrompre le programme.
- 20:01C'est ça, pour certains, la dernière image normale de cette
- 20:04soirée, un clown sur un écran de télé.
- 20:07Et puis le noir. Au même moment, dans la vallée
- 20:18du Reyran, à quelques kilomètres de là, après plusieurs jours de
- 20:21pluie torrentielle, le barrage se rond.
- 20:23Lors de son premier remplissage complet, ce qui se passe en
- 20:27quelques secondes est presque impossible à visualiser.
- 20:30Le rocher situé sous la rive gauche a sauté comme un bouchon
- 20:34et le barrage s'est ouvert comme une porte, un mur de béton de 66
- 20:38M de haut qui s'ouvre brutalement.
- 20:40Un volume considérable de fondations a été soulevé,
- 20:43entraînement avec lui le barrage situé au-dessus.
- 20:47La voûte s'est ouverte en rive gauche, puis s'est cassée en
- 20:50rive droite. En quelques secondes, 50000000
- 20:53de mètres cubes d'eau sont libérés.
- 20:55Dans la maison du gardien, située à environ 2 km et demi en
- 20:59aval, André Ferraud entend le grondement, un bruit inhabituel,
- 21:03profond, qui se rapproche rapidement.
- 21:06Il comprend que quelque chose de grave est en train de se
- 21:10produire et se réfugie à l'étage de sa maison.
- 21:13Il a compris que c'était arrivé. Et à ce moment-là, il m'a saisi.
- 21:17Il a appelé ma mère qui a qui a le surnom de RINA et il a dit Il
- 21:25faut sortir. Le barrage a cassé.
- 21:27Quelques instants plus tard, l'onde de crue traverse les
- 21:30lieux, emportant tout sur son passage.
- 21:32Féraud survit, mais la vague continue sa course.
- 21:36La masse d'eau est debout, déferle dans l'étroite vallée du
- 21:39Reyran. A une vitesse de 70 km heure,
- 21:42balayant tout sur son passage, elle rase le hameau de
- 21:45malpasset, emporte le chantier de l'autoroute A 8 en contrebas,
- 21:48puis atteint la plaine de Fréjus environ 20 Min après la rupture.
- 21:52La vague entraîne au passage comme des brindilles, 14 piles
- 21:56du pont de l'autoroute en construction, 85 tonnes chacune.
- 21:59Dans Fréjus, quelqu'un appelle la gendarmerie.
- 22:02Le gendarme de permanence comprend ce qui se passe.
- 22:05Il faut alerter la ville. Le gradé de permanence à la
- 22:09gendarmerie se précipite chez le curé, faites sonner le tocsin
- 22:13pendant que le tocsin retentit, la vague emporte tout sur son
- 22:16passage. Le tocsin, la cloche de
- 22:18l'Église, c'est ça le système d'alerte en 1959, dans une ville
- 22:21de 13500 habitants aujourd'hui, une telle catastrophe
- 22:23déclencherait des sirènes, des alertes sur téléphone, des
- 22:26messages d'urgence diffusés partout.
- 22:28Mais cette nuit-là, il n'y a que le bruit de la cloche et celui
- 22:32de la vague, et ça sonne. Certains l'entendent, certains
- 22:34le comprennent. Ils se lèvent, ils prennent
- 22:39leurs enfants, ils montent sur les meubles, ils montent dans
- 22:41les étages, ils fuient dans les voitures.
- 22:43Un survivant racontera plus tard avoir fui dès les premières
- 22:45cloches avant d'être rattrapé par la vague.
- 22:49D'autres n'entendent rien, tout simplement parce qu'il dort 20
- 22:52Min. Après la rupture, la vague
- 22:53arrive sur la ville. Bien qu'amortie, elle mesure
- 22:56encore plusieurs mètres de haut lorsqu'elle submerge les
- 22:59quartiers ouest de la ville. Elle détruit des centaines de
- 23:01bâtiments, des fermes, des routes et des ponts avant de
- 23:04finir sa course meurtrière dans la mer.
- 23:06Et puis les Lumières sont coupées.
- 23:07Il n'y a plus rien, ni électricité, ni téléphone, ni
- 23:11eau potable. La ville est coupée du monde.
- 23:14Personne ne connaît encore l'ampleur du drame, mais dans la
- 23:17vallée du Reeran et dans les quartiers touchés de Fréjus, la
- 23:20catastrophe vient de faire des centaines de victimes.
- 23:23Dans l'une de ces maisons, il y a Simone Mercier, qui a 12 ans
- 23:27ce soir-là, elle est avec sa famille.
- 23:29Dehors, il pleut depuis des jours, mais à l'intérieur, la
- 23:33soirée est calme. Et puis d'un coup, un énorme
- 23:36grondement se fait entendre. Simone expliquera plus tard
- 23:38qu'elle n'a même pas le temps de comprendre ce qui se passe.
- 23:41Le bruit se rapproche à une vitesse folle, puis le mur de la
- 23:45maison s'effondre sous la pression de l'eau.
- 23:47La vague traverse absolument tout.
- 23:50Elle est emportée avec les meubles, la boue et les morceaux
- 23:53de la maison. À un moment, elle perd
- 23:55connaissance et quand elle se réveille plus tard dans le noir,
- 23:58elle est seule, blessée, couverte de boue et autour
- 24:01d'elle, il ne reste presque plus rien.
- 24:04Cette nuit-là, Simone Mercier devient orpheline.
- 24:07Elle perd ses parents, un oncle, une tante et 2 cousines.
- 24:11En seulement quelques minutes. Une grande partie de sa famille
- 24:13disparaît dans la catastrophe. Après avoir frappé une colline,
- 24:17la vague se sépare en 2. Une partie emporte le reste de
- 24:21sa famille avant de finir sa course dans la mer.
- 24:23Simone et ses frères, eux, sont projetés vers la nationale 7,
- 24:27près de la Villa Aurélienne. C'est ce qui leur sauve la vie.
- 24:31Des années plus tard, Simone racontera que cette nuit-là ne
- 24:33s'est jamais vraiment terminée pour elle.
- 24:35Parce qu'après la vague, il faut continuer à vivre avec ce qu'il
- 24:38reste, grandir sans ses parents, revenir dans une ville détruite
- 24:42et essayer de reconstruire une vie alors que tout a disparu en
- 24:46quelques secondes. Chapitre 6, la ville dévastée.
- 24:58Les témoins de ce drame ? Les survivants de cette
- 25:01effroyable catastrophe savent à quoi peut ressembler la fin du
- 25:05monde. Le 3 décembre 1959, au levier du
- 25:07jour, les premiers secours arrivent dans la vallée du
- 25:10Reyran et dans les quartiers touchés de Fréjus.
- 25:12La nuit a été chaotique, les communications sont coupées, les
- 25:16routes sont impraticables par endroits et beaucoup d'habitants
- 25:19ne savent toujours pas ce qui s'est réellement produit.
- 25:22Peu à peu, avec la lumière du matin, l'ampleur de la
- 25:25catastrophe apparaît. La vallée du Reyran est
- 25:29méconnaissable. Là où se trouvait le barrage de
- 25:32Malpasset, il ne reste plus rien de la structure.
- 25:35Des blocs de béton gigantesques arrachés à la voûte sont
- 25:38dispersés sur plusieurs centaines de mètres.
- 25:41Certains ont été projetés très loin en aval par la force de
- 25:44l'eau. Entre ces fragments, la vallée
- 25:46est recouverte de boues de roches, de troncs d'arbres et de
- 25:49débris. Plus bas dans la plaine, les
- 25:52secours découvrent des paysages tout aussi dévastés.
- 25:55Des maisons ont été entièrement détruites.
- 25:58D'autres ne sont plus que des façades éventrées.
- 26:00Des voitures sont renversées, coincées dans des arbres ou
- 26:04contre des murs. Des portions de route ont
- 26:06disparu partout, la boue recouvre tout.
- 26:09Dans certains secteurs, la vague a déplacé des objets d'un poids
- 26:12considérable. Des éléments du chantier de
- 26:15l'autoroute, des machines, des blocs de béton ont été
- 26:18transportés sur plusieurs dizaines de mètres.
- 26:21Les piles du pont en construction ont été renversées
- 26:23ou emportées. Les secours doivent avancer
- 26:26lentement, parfois à pied, pour atteindre les zones les plus
- 26:29touchées. Très vite, les recherches
- 26:32commencent, on fouille les décombres, on dégage les
- 26:35habitations effondrées, on appelle les survivants.
- 26:38Des habitants, des pompiers, des militaires et des bénévoles
- 26:41participent aux opérations. Mais très rapidement, le bilan
- 26:44humain commence à apparaître. La catastrophe a fait 423 morts,
- 26:48Parmi eux, 151 enfants. J'ai été voir, ils restaient au
- 26:53pluriel. Une trace ?
- 26:58Et sa maman ? Elle est morte.
- 27:01Pour une ville qui compte à peine plus de 13000 habitants à
- 27:04l'époque, le choc est immense. Presque toutes les familles
- 27:07connaissent quelqu'un qui a disparu, un voisin, un collègue,
- 27:10un parent, un camarade d'école. En plus des victimes, des
- 27:14milliers de personnes se retrouvent sans logement.
- 27:16On estime qu'environ 4000 habitants sont directement
- 27:19touchés par la catastrophe, ayant perdu leur maison ou leur
- 27:22bien. Parmi les immeubles, 951 furent
- 27:25touchés dont 155 entièrement détruits.
- 27:26Dans la plaine agricole, les dégâts sont également
- 27:30considérables. Des exploitations entières ont
- 27:31été détruites. Pas moins de 1350 hectares
- 27:35furent sinistrés, dont 1030 hectares totalement 2,5 km de
- 27:37voies ferrées ont été arrachées, 50 fermes soufflées, 1000
- 27:41moutons et 80000 hectolitres de vin perdus.
- 27:43La catastrophe dépasse très vite le cadre local.
- 27:53Dans toute la France, les images et les témoignages provoquent
- 27:56une immense émotion. Des collectes de vêtements et de
- 27:59nourriture sont organisées dans les écoles et les associations.
- 28:02Les secours s'organisent à grande échelle, les équipes
- 28:05militaires participent aux opérations, des hélicoptères
- 28:08survolent la zone pour repérer les secteurs isolés.
- 28:11Des médecins et des infirmiers viennent renforcer les équipes
- 28:14locales. Face à l'ampleur du désastre, la
- 28:17solidarité s'organise rapidement en France et même à l'étranger.
- 28:21Des collectes sont organisées partout et au total, plusieurs
- 28:24milliards d'anciens francs sont réunis pour venir en aide aux
- 28:28sinistrés. Sur place, les secours sont
- 28:29renforcés par l'armée et par des équipes étrangères, notamment
- 28:33américaines, qui participent au ravitaillement en eau, en
- 28:36nourriture et au soutien sanitaire.
- 28:39Quelques jours après la catastrophe, le président de la
- 28:41République Charles de Gaulle se rend à Fréjus.
- 28:44Il découvre une ville profondément marquée par la
- 28:47catastrophe. Et à l'issue de sa visite, il
- 28:50laisse une phrase rester célèbre, que Fréjus renaisse.
- 28:58Chapitre 7, pourquoi maintenant ?
- 29:02On va vraiment comprendre ce qui s'est passé, parce que mal
- 29:05passé, c'est aussi une histoire scientifique.
- 29:08La première question que tout le monde s'est posé au lendemain de
- 29:10la catastrophe, c'est comment est ce possible ?
- 29:13Comment un barrage conçu par le meilleur ingénieur du monde,
- 29:16construit avec les meilleurs matériaux.
- 29:19Inspecter régulièrement peut-il s'effondrer comme ça ?
- 29:22La réponse est en plusieurs parties.
- 29:25Pour répondre à cette question, les autorités lancent
- 29:27immédiatement une vaste enquête technique.
- 29:29Des ingénieurs, des géologues et des experts en hydraulique se
- 29:32rendent sur place pour examiner les ruines du barrage et
- 29:35analyser les conditions de la rupture.
- 29:37Très vite, un premier constat s'impose, le problème ne vient
- 29:40pas du béton lui même. Malgré la violence de
- 29:43l'événement, les fragments retrouvés montrent que la voûte
- 29:45du barrage était correctement construite.
- 29:48Sa conception n'était pas en cause.
- 29:50Le matériau n'a pas cédé par faiblesse.
- 29:52Autrement dit, le barrage n'a pas cassé parce qu'il était mal
- 29:55fait. Le problème se situe donc
- 29:57ailleurs. Il se trouve dans les
- 29:59fondations, c'est à dire dans la roche sur laquelle le barrage
- 30:02reposait. Les investigations révèlent que
- 30:04le versant gauche de la Vallée était traversé par plusieurs
- 30:07failles naturelles, des fractures anciennes dans la
- 30:10roche. Ces fissures n'étaient pas
- 30:12forcément visibles en surface et n'avaient pas été identifiées
- 30:16comme un danger majeur au moment des études initiales, mais
- 30:19lorsque le lac s'est rempli presque complètement à l'automne
- 30:2359. Une situation particulière s'est
- 30:25produite, l'eau de la retenue ne s'est pas simplement appuyée
- 30:29contre le barrage. Une partie de cette eau s'est
- 30:31infiltrée dans les fissures de la Roche, sous l'ouvrage et
- 30:35autour de lui. En pénétrant dans ses fractures,
- 30:37l'eau a exercé une pression dans des zones invisibles depuis
- 30:40l'extérieur et à mesure que l'eau du lac montait, cette
- 30:44pression interne augmentait elle aussi.
- 30:46Aujourd'hui ce phénomène est bien connu des ingénieurs on
- 30:50parle de sous pression c'est un peu comme si l'eau s'accumulait
- 30:53sous une dalle tant que la pression reste faible la
- 30:56structure tient mais si cette pression augmente suffisamment
- 31:00elle peut finir par soulever la base sur laquelle repose
- 31:02l'ouvrage a mal passé c'est exactement ce qui semble s'être
- 31:05produit sous la rive gauche du barrage l'eau s'est infiltrée
- 31:08dans une zone fracturée de la roche la pression s'est
- 31:11accumulée dans ces fissures jusqu'à déstabiliser une partie
- 31:14de la fondation lorsque cette portion de roche a cédé ?
- 31:16Le barrage a perdu son appui et pour un barrage voûte, perdre
- 31:20l'un de ses appuis est catastrophique.
- 31:22La voûte a alors basculé et s'est disloquée en quelques
- 31:25secondes, libérant instantanément la retenue.
- 31:28Ce phénomène était extrêmement difficile à prévoir avec les
- 31:31connaissances disponibles. Au début des années 50.
- 31:34La mécanique des roches, qui étudient précisément le
- 31:36comportement des massifs rocheuses sous pression, était
- 31:39encore une discipline relativement récente.
- 31:41Les outils d'analyse géologique utilisés à l'époque ne
- 31:44permettaient pas toujours de détecter ce type de
- 31:46configuration en profondeur. Avec le recul, les experts
- 31:50identifieront aussi plusieurs facteurs qui ont pu aggraver la
- 31:53situation. La montée très rapide du niveau
- 31:55de l'eau après plusieurs jours de pluie, la présence de
- 31:58fractures dans la roche et l'absence d'un système
- 32:01permettant d'évacuer rapidement de très grands volumes d'eau en
- 32:04cas de crues exceptionnelles. Mais au moment de la
- 32:06construction, ces éléments n'apparaissaient pas comme des
- 32:09signaux suffisamment alarmants pour remettre en cause le
- 32:12projet. En réalité, la catastrophe de
- 32:14Malpasset va révéler quelque chose d'essentiel pour le monde
- 32:17de l'ingénierie. Construire un barrage ne
- 32:18consiste pas seulement à maîtriser le béton et
- 32:21l'hydraulique. Il faut aussi comprendre en
- 32:22profondeur le compte, le compte, le compte, le compte, le compte,
- 32:23le compte, le compte cont. Comportement de la roche sur
- 32:25laquelle il repose. Et c'est précisément cette leçon
- 32:28qui va marquer durablement l'histoire de l'ingénierie des
- 32:30barrages. Chapitre 8, le procès les
- 32:35hommes, les leçons après la catastrophe, la justice se met
- 32:39en marche et très vite, une question s'impose à tout le
- 32:42monde. Qui est responsable ?
- 32:44Pendant des années, les enquêtes s'enchaînent, les expertises se
- 32:47multiplient et les meilleurs ingénieurs et géologues du pays
- 32:50sont mobilisés pour tenter de comprendre ce qui s'est
- 32:53réellement passé. Après le bilan des experts qui
- 32:55confirme que la catastrophe est liée à une zone géologique
- 32:58particulière, on se demande est ce que ce phénomène pouvait être
- 33:02prévu au moment de la construction ?
- 33:04Après des années d'analyses et de débats, les conclusions
- 33:07convergent. Ce qui s'est produit a mal passé
- 33:09résulte d'une combinaison de facteurs géologiques très
- 33:12spécifiques. Associés à des phénomènes encore
- 33:14mal compris dans les années 50. En 1967, près de 8 ans après la
- 33:17catastrophe, la décision finale est rendue.
- 33:19Aucune faute pénale n'est retenue contre les concepteurs
- 33:22ou les constructeurs du barrage. Pour les familles des victimes,
- 33:26cette conclusion est évidemment difficile à accepter.
- 33:28Parce que derrière cette catastrophe d'une telle ampleur,
- 33:31on attend forcément des responsabilités claires.
- 33:34Mais du côté des experts, le constat est sans appel avec les
- 33:38connaissances scientifiques de l'époque.
- 33:42Le danger qui se cachait sous la fondation du barrage était
- 33:44extrêmement difficile à détecter.
- 33:46Et au milieu de tout ça, il y a aussi des hommes.
- 33:49André Couan, l'ingénieur à l'origine du barrage, figure
- 33:52majeure de l'ingénierie des barrages au niveau mondial,
- 33:55décède environ 6 mois après la catastrophe.
- 33:58Il n'assistera jamais aux conclusions définitives de
- 34:01l'enquête et son nom restera malgré lui associé à l'un des
- 34:04drames les plus marquants du 20e siècle.
- 34:06La catastrophe a fait 423 victimes cette nuit-là.
- 34:10Mais ses conséquences ne s'arrêtent pas à ce bilan.
- 34:12Elle marque durablement une ville entière, elle bouleverse
- 34:16les familles et elle laisse une trace profonde chez tous ceux
- 34:18qui ont été liés de près ou de loin, à cet événement.
- 34:21Et pourtant, ce drame va aussi provoquer une prise de
- 34:23conscience majeure. À partir des années 60, la
- 34:26manière de concevoir les barrages évolue profondément.
- 34:30Les études géologiques deviennent beaucoup plus
- 34:32poussées. Les ingénieurs multiplient les
- 34:34forages, analysent les failles, cherchent à comprendre
- 34:37précisément les comportements des roches en profondeur.
- 34:40Aujourd'hui, ça peut sembler évident.
- 34:42Avant de construire un barrage, il faut savoir exactement sur
- 34:45quoi on le pose. Mais dans les années 50, ces
- 34:47phénomènes sont encore mal maîtrisés, les outils sont
- 34:50limités et certaines réactions du sous-sol restent difficiles à
- 34:53anticiper. Les dispositifs de sécurité
- 34:56évoluent eux aussi. Les barrages modernes sont
- 34:58désormais équipés de systèmes de surveillance permanents qui
- 35:02permettent de mesurer les infiltrations, les déplacements
- 35:05et les pressions internes. Le premier remplissage, moment
- 35:08critique dans la vie d'un ouvrage, est encadré avec une
- 35:11attention particulière et des plans d'alerte sont mis en place
- 35:15pour prévenir les populations en cas de danger.
- 35:17Autrement dit, après mal passé, la manière de concevoir les
- 35:20barrages ne sera plus jamais tout à fait la même.
- 35:23Le nom de malpasset devient une référence dans le monde de
- 35:26l'ingénierie, un cas d'école étudié pour comprendre les
- 35:29limites et le savoir technique face à la complexité du réel.
- 35:34Pendant ce temps, Fréjus se reconstruit face à l'ampleur du
- 35:37désastre. La solidarité dépasse largement
- 35:40le cadre local dans toute la France mais aussi à l'étranger.
- 35:44Des dons affluent et au total, plusieurs milliards d'anciens
- 35:48francs sont réunis pour venir en aide aux sinistrés.
- 35:51Sur place, les secours s'organisent dans l'urgence avec
- 35:54l'appui de l'armée et des renforts étrangers.
- 35:56Notamment américains qui participent au ravitaillement en
- 35:59eau, en nourriture et au soutien sanitaire.
- 36:01Les habitations sont reconstruites, les
- 36:03infrastructures réparées, les terres agricoles remises en
- 36:06état. Dans les années qui suivent, des
- 36:08centaines de milliers d'arbres fruitiers sont replantés dans la
- 36:10plaine, comme pour redonner vie à un territoire entièrement
- 36:14ravagé par la vague. Quelques années plus tard, un
- 36:17nouveau barrage est construit dans la région, le lac de Saint
- 36:20Cassien. Mais cette fois, le contexte a
- 36:22changé. Les leçons de mal passées sont
- 36:24passées par là. Et plus aucun projet de ce type
- 36:27n'est abordé de la même manière. au-delà de la reconstruction, il
- 36:31reste la mémoire. Chaque année, les 2 et 3
- 36:34décembre, la ville rend hommage aux victimes à travers des
- 36:37cérémonies commémoratives. Un mémorial a été érigé pour
- 36:41rappeler ce qui s'est passé avec les noms des victimes gravées
- 36:44dans la Pierre. Pour François Léotard, ancien
- 36:47maire de Fréjus, dont le père André Léotard était en poste au
- 36:50moment de la catastrophe et a participé à la gestion du drame.
- 36:54Cette nuit du 2 décembre 1959 est une blessure dans l'histoire
- 36:57de Fréjus. D'autres rappellent une idée
- 36:59simple mais essentielle, le véritable danger, avec le temps,
- 37:03c'est l'oubli. Aujourd'hui encore, dans la
- 37:05vallée du Reyran, les traces sont visibles, les blocs de
- 37:08béton arrachés à la voûte reposent toujours dans le lit de
- 37:12la rivière, parfois à plusieurs centaines de mètres de leur
- 37:14point d'origine. Je pense que ça doit faire écho
- 37:16à un certain nombre de personnes qui regardent cette vidéo.
- 37:20Si vous habitez dans le coin, vous les avez certainement déjà
- 37:22vus. N'hésitez pas d'ailleurs à
- 37:23témoigner en commentaire si vous avez des proches qui ont été
- 37:26victimes justement de cette catastrophe ou à donner
- 37:29n'importe quel autre témoignage. C'est ultra intéressant et
- 37:31enrichissant pour la vidéo. En plus de celle-ci, la nature a
- 37:34donc repris ses droits. Les pins poussent entre les
- 37:37rochers, les oiseaux nichent dans les ruines mais ces blocs
- 37:41eux n'ont donc pas bougé. Ils sont donc devenus un lieu de
- 37:44mémoire, un rappel silencieux de ce qui s'est produit dans la
- 37:47nuit du 2 décembre 1959. L'histoire du barrage de mal
- 37:51passé c'est celle d'une catastrophe mais aussi celle
- 37:53d'une époque une époque où on construisait beaucoup où l'on
- 37:57croyait profondément dans le progrès technique et dans la
- 38:00capacité des ingénieurs à transformer le territoire
- 38:03partout la reconstruction d'après guerre reposait sur
- 38:06cette confiance dans la science et dans la technique le barrage
- 38:09de mal passé faisait partie de ce mouvement un projet sérieux
- 38:13conçu par des ingénieurs expérimentés construits pour
- 38:16répondre à un besoin bien réel. Stocker l'eau, soutenir
- 38:20l'agriculture, accompagner le développement d'une région
- 38:23entière. Et pourtant, en quelques
- 38:25secondes, tout disparaît pour produire l'exact inverse mal
- 38:28passé. C'est une histoire que j'ai
- 38:30envie de vous résumer en une seule idée.
- 38:31André Couan était un ingénieur expérimenté, respecté dans le
- 38:35monde entier. Les équipes qui ont construit ce
- 38:37barrage savaient ce qu'elles faisaient et les décisions
- 38:39prises dans les jours précédents n'avaient pas pour objectif de
- 38:42mettre qui que ce soit en danger.
- 38:44Le projet n'était pas bâclé. Ce qui s'est joué ici est
- 38:47complètement différent. C'est une limite, la limite de
- 38:51ce que l'humanité savait à ce moment précis, sur la mécanique
- 38:54des roches, sur les phénomènes qui se produisent en profondeur
- 38:57là où personne ne voit, là où les instruments de l'époque ne
- 39:01pouvaient pas mesurer. Et c'est pour ça que cette
- 39:03catastrophe est importante en tant qu'exemple de ce que ça
- 39:06coûte quand on construit à la limite du savoir, quand on
- 39:10avance dans des zones que la science n'a pas encore
- 39:12cartographié. 423 personnes. 151 enfants.
- 39:18Ils nous ont appris quelque chose, quelque chose qu'on
- 39:20n'aurait jamais appris autrement.
- 39:22Et aujourd'hui, leur disparition a tragiquement permis de faire
- 39:25évoluer les connaissances, permettant à des 1000000 de
- 39:28personnes dans le monde de vivre en sécurité en aval de barrages
- 39:32mieux conçus, mieux contrôlés, mieux protégés.
- 39:39Mesdames et Messieurs, l'histoire du barrage de mal
- 39:42passé touche à sa fin. Un grand merci à vous d'avoir
- 39:44suivi cette histoire, merci de nous écouter sur les plateformes
- 39:47de podcast et encore un Merci à OLI d'avoir sponsorisé la vidéo.
- 39:51Je vous rappelle avec mon code néoxy vous avez 10% de réduction
- 39:54Mesdames et Messieurs, c'était néoxy et son équipe.