Latest / Africa Fashion Tour / Koura-Rosy Kane, strategist + fashion consultante
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- 0:00Lorsqu'on était représentée,
- 0:01au final,
- 0:02c'était d'une manière très dégradante et très mauvaise.
- 0:06Et il y avait toujours aussi cette censure,
- 0:11ce lissage un peu,
- 0:13ce gaze qui était vraiment omniprésent pour la représentation des corps noirs et des femmes noires dans la mode.
- 0:20Et donc,
- 0:21du coup,
- 0:22lorsque j'ai commencé à vouloir travailler dans la mode,
- 0:26Je me suis dit que mon objectif,
- 0:28c'était que les générations après moi,
- 0:30ou alors moi ou nos générations,
- 0:34ne soient pas réprimées,
- 0:37n'aient pas à subir cela,
- 0:38n'aient pas à se dire « pourquoi je ne suis pas représentée ? »
- 0:41« Pourquoi lorsque je suis représentée,
- 0:43c'est de manière très grossière ? »
- 0:44« Ce n'est pas du tout accurate,
- 0:47représentatif de vraiment qui nous sommes ? »
- 0:51Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour.
- 0:55Je vous emmène avec...
- 0:55Moi,
- 0:56à la rencontre de créateurs basés sur le continent africain,
- 0:59je vous invite à voyager à Abidjan,
- 1:01Dakar ou Bamako pour découvrir les parcours de professionnels talentueux,
- 1:06responsables et ambitieux.
- 1:08Au fil des interviews,
- 1:09je me rends compte que chaque entrepreneur veut contribuer au rayonnement de la créativité africaine sur le continent et au-delà.
- 1:16Ce podcast est un moyen de sortir des clichés du boubou et du wax pour représenter un éventail de tissus,
- 1:22de savoir-faire et de créativité.
- 1:25trop souvent sous-représentés.
- 1:27Je suis Ramata Diallo,
- 1:28je suis professeure de marketing dans des écoles de mode parisiennes et je suis également consultante spécialisée dans l'accompagnement de porteurs de projets qui veulent lancer leur marque de mode.
- 1:37En 2017,
- 1:38j'ai assisté à ma première Fashion Week en Afrique et depuis,
- 1:41je voyage régulièrement sur le continent pour aller à la rencontre de ceux et celles qui font la mode en Afrique.
- 1:48Le podcast est le moyen que j'ai trouvé pour partager au plus grand nombre une autre vision de la mode africaine.
- 1:56Aujourd'hui,
- 1:56je suis en compagnie de Koura Rosi Khan.
- 1:58Koura Rosi est consultante spécialisée dans le secteur de la mode.
- 2:01Elle a notamment travaillé pour des cabinets de tendance et des magazines tels que WGSN ou Days Magazine.
- 2:07Elle est également fondatrice de l'agence Platform.
- 2:10Elle s'intéresse particulièrement aux Fashion et Cultural Studies et à la mode africaine.
- 2:15Je l'ai invitée aujourd'hui pour qu'elle puisse nous parler de son travail et de son parcours.
- 2:19Bienvenue Koura Rosi,
- 2:20comment vas-tu ?
- 2:22Merci Ramata,
- 2:23bonjour et oui je vais bien et toi ?
- 2:26Écoute Sana très bien,
- 2:27je suis ravie de te retrouver pour ce nouvel épisode du podcast Africain Fashion Tour.
- 2:31On va démarrer comme je le fais toujours,
- 2:33je vais te demander de te présenter.
- 2:35D'accord,
- 2:35alors merci d'avoir pris le temps pour ce podcast,
- 2:39je suis ravie d'être ici aussi.
- 2:42Alors comme tu l'as dit,
- 2:44je suis à la fois créative stratégiste et consultante dans le secteur de la mode.
- 2:50Donc,
- 2:51j'ai pu travailler avec différentes agences,
- 2:53mais principalement au UK et à Amsterdam.
- 2:59J'ai donc cette activité en freelance.
- 3:02Et à côté de ça,
- 3:03j'ai du coup Platform,
- 3:05qui est une agence qui est focalisée sur les talents émergents et la molle alternative,
- 3:11qui a pour but vraiment de donner une voie et une place.
- 3:15à une narration et à des discours qui sont à l'encontre du discours dominant dans le secteur de la mode.
- 3:21Très bien,
- 3:22merci beaucoup.
- 3:22Écoute,
- 3:23ça va être super intéressant qu'on échange ensemble,
- 3:25puisque moi,
- 3:25je suis vraiment sur ce sujet-là avec Africa Fashion Tour,
- 3:29ce principe de proposer une voie alternative et de mettre en avant des profils,
- 3:35des sujets qu'on n'a pas l'habitude de voir ou d'étudier dans les médias mainstream.
- 3:41Dans un premier temps,
- 3:42moi,
- 3:42ce que j'aimerais savoir,
- 3:43c'est quel a été ton parcours en termes d'études et tes premiers jobs avant d'avoir cette activité de freelance et de fondatrice de ton agence plateforme ?
- 3:55OK.
- 3:55Alors,
- 3:56ce qui est marrant,
- 3:56c'est qu'en soi,
- 3:58depuis le début,
- 3:59je fais du freelance.
- 4:00Et depuis le début,
- 4:00j'ai plateforme,
- 4:02depuis la dernière année de mes études,
- 4:03je dirais.
- 4:04Mais en gros,
- 4:06j'ai fait...
- 4:07Un double diplôme,
- 4:08donc j'ai fait cinq ans un master en communication avec une spécialisation en communication digitale.
- 4:14Et ensuite,
- 4:14je suis partie en bachelor de sociologie pour pouvoir commencer à intégrer en fait de la psychosocialité en activité.
- 4:23Et dès la fin de mes études,
- 4:26donc un an avant la fin de mes études,
- 4:29j'ai commencé plateforme.
- 4:30Donc ça fait déjà depuis 2018.
- 4:32Et à la base,
- 4:33c'était vraiment qu'un magazine où je mettais en avant les marques émergentes,
- 4:39surtout à Londres.
- 4:42Et je n'avais pas forcément de spécialisation encore en Afrique,
- 4:46parce que cette spécialisation s'est faite aussi à travers mon propre parcours personnel.
- 4:50Donc,
- 4:51j'ai débuté Plateforme vraiment avec l'intention de mettre en place un espace pour promouvoir d'autres manières et d'autres approches et d'autres visions de faire de la mode.
- 5:01Ça a inclus l'Afrique,
- 5:02mais ce n'était pas forcément focus que sur l'Afrique.
- 5:05Ça a inclus pas mal la diaspora,
- 5:07notamment.
- 5:08Et du coup,
- 5:10à l'issue de mes études,
- 5:12donc à l'issue du master ainsi que du bachelor en sociologie,
- 5:15j'ai directement commencé mon activité en freelance.
- 5:19J'ai travaillé pour des boîtes telles que WGSN.
- 5:22J'ai également beaucoup travaillé avec une futuriste basée à Londres qui s'appelle Géraldine Wary,
- 5:27qui m'a donné pas mal d'opportunités afin de commencer à poser les premières pierres de mon expertise,
- 5:36notamment avec celle de l'Afrique.
- 5:39J'ai écrit pas mal d'articles pour elle,
- 5:41également pour des magazines comme Metal Magazine.
- 5:46Il y avait également d'autres magazines qui étaient principalement à Londres.
- 5:56Ensuite,
- 5:57j'ai eu l'opportunité de rentrer dans un programme de mentorship à WGSN qui s'appelait les Future Makers pendant le
- 6:04Covid. Ça m'a donné l'opportunité d'approfondir tout ce qui était compétences autour du trend forecasting,
- 6:10research,
- 6:11foresight.
- 6:13sémiotique,
- 6:14ethnographie,
- 6:14etc.
- 6:15Et à l'issue de ce mentorship qui a duré un an,
- 6:20ça m'a permis de postuler à des opportunités un peu plus dans le milieu de la recherche,
- 6:28du consulting,
- 6:30donc j'ai travaillé avec The Future Laboratory,
- 6:33j'ai travaillé avec Onboard,
- 6:35toutes ces agences de tendance qui sont focus vraiment sur le...
- 6:47qui sont basées sur la recherche pour dessiner des futurs potentiels.
- 6:52Et au bout d'un moment,
- 6:57lorsque le Covid a commencé à toucher l'Europe,
- 7:01j'ai décidé de partir au Sénégal.
- 7:05J'ai habité au Sénégal pendant plus de quatre ans.
- 7:09Et là,
- 7:09maintenant,
- 7:09je fais les allers-retours entre le Sénégal et la France.
- 7:13Et cela m'a permis vraiment de pouvoir faire ce qu'on appelle de l'étude ethnographique,
- 7:17donc d'aller directement sur le terrain pour étudier les milieux créatifs,
- 7:21comment ils s'organisent,
- 7:22les valeurs qui sont promues dans ces milieux,
- 7:27quels sont les mécanismes,
- 7:31quels sont les événements,
- 7:32quels sont les acteurs de cette industrie également.
- 7:35Et ça m'a ouvert également la porte sur les milieux créatifs d'Afrique de l'Ouest et puis ensuite de l'Afrique de manière plus générale.
- 7:42Donc,
- 7:42je dirais que mon focus sur
- 7:44African Studies et Cultural Studies s'est vraiment fait au cours,
- 7:49au fil de mon évolution personnelle également.
- 7:52Très bien,
- 7:53super intéressant.
- 7:54Cette première introduction,
- 7:55elle me donne plein de pistes pour pouvoir échanger plus en détail avec toi.
- 8:02Donc,
- 8:02à un moment donné,
- 8:03tu as parlé de la première mission que tu as pu avoir chez WGSN ou chez de futurs laboratoriaux.
- 8:10Donc moi,
- 8:10je suis dans le secteur de la mode,
- 8:11je vois tout à fait de quoi il s'agit.
- 8:13Mais je pense que tu peux prendre le temps pour expliquer en fait ce que sont ces cabinets de tendance et comment ils travaillent afin qu'on puisse mieux comprendre en fait,
- 8:23toi,
- 8:23quelle était ta mission au sein de ces entreprises.
- 8:26Oui,
- 8:26bien sûr.
- 8:27Alors,
- 8:28ces cabinets de tendance,
- 8:29leur objectif,
- 8:30c'est de recommander et de conseiller des grandes marques en général,
- 8:33des grandes institutions sur l'avenir et les changements qui sont prévus ou anticipés dans l'avenir.
- 8:39Donc,
- 8:40mon rôle,
- 8:40en fait,
- 8:40c'était vraiment de démarrer ce qu'on appelle une « desk research » ,
- 8:44qui venait avec un brief.
- 8:46Donc,
- 8:47certaines marques avaient besoin,
- 8:48je ne sais pas,
- 8:48par exemple,
- 8:49de s'implémenter sur un certain territoire,
- 8:51notamment les territoires africains.
- 8:53ou alors pouvoir parler à une audience auxquelles ils n'avaient pas accès jusqu'ici.
- 8:57Et donc,
- 8:58notre mission et ma mission,
- 9:00c'était de faire des tests cuissages,
- 9:02de pouvoir dresser des profils de consommateurs,
- 9:04de pouvoir également dresser la liste des macro-trends qui vont ensuite impacter le secteur en question ou les populations en question,
- 9:14et de ces recherches en déduire des recommandations afin que les marques puissent prendre des décisions stratégiques.
- 9:22Notamment après le Covid,
- 9:23sachant que les marques étaient vraiment perdues en termes de stratégie et d'orientation stratégique,
- 9:30ce genre d'agence et ce genre de pratique a été beaucoup plus investi et important parce qu'il était très difficile pour les marques d'anticiper sur l'avenir.
- 9:41Ils n'avaient pas du tout les données ni les insights nécessaires.
- 9:45Donc,
- 9:46ils faisaient beaucoup appel à des agences de tendance.
- 9:49pour pouvoir ensuite prendre les décisions stratégiques,
- 9:51que ce soit pour le marketing ou pour le développement sur un marché ou un territoire sur lequel ils n'étaient pas.
- 9:57Donc,
- 9:58mon rôle était vraiment de faire les rapports,
- 10:01donc de commencer par la desk research,
- 10:04d'établir les macro-trends,
- 10:06de dresser les profils de consommateurs et ensuite de pouvoir en déduire des...
- 10:13des recommandations stratégiques afin qu'ils puissent les utiliser pour leur propre stratégie marketing de communication.
- 10:20Très bien.
- 10:21Merci d'avoir précisé ce point.
- 10:23Donc,
- 10:24toi,
- 10:26tu t'es intéressée à la mode dans le côté recherche de tendance,
- 10:30explication,
- 10:31un petit peu de mouvement de fond pour pouvoir aider les marques à créer leur collection.
- 10:38Est-ce qu'à un moment donné,
- 10:39toi,
- 10:39tu as eu envie de créer ta propre marque ?
- 10:42Alors,
- 10:44non,
- 10:44je ne pense pas.
- 10:45En fait,
- 10:45j'aime beaucoup le design,
- 10:48mais je n'ai jamais eu cet attrait massif pour devenir designer.
- 10:54J'ai cependant une boutique de secondement à Dakar.
- 11:00Donc,
- 11:01c'est la vente et revente d'habits déjà utilisés qui sont souvent des marques.
- 11:07c'est des marques assez connues mais j'ai jamais eu
- 11:11pour l'instant,
- 11:12l'envie de faire du fashion design.
- 11:14Après,
- 11:14j'ai vraiment toujours été attirée par la dimension culturelle et sociale de la mode.
- 11:18Pour moi,
- 11:18c'est vraiment quelque chose qui m'a directement attirée dès le départ.
- 11:23Je n'ai jamais vraiment été sur la narrative de la mode,
- 11:28ce qui est in,
- 11:29ce qui est out,
- 11:30ce qu'on doit porter,
- 11:30ce qu'on ne doit pas porter,
- 11:31etc.
- 11:32Ce n'était pas ce genre de tendance qui m'attirait.
- 11:34C'était vraiment de comprendre sociologiquement Merci.
- 11:38et culturellement en quoi la mode avait un rôle dans la société,
- 11:41en quoi elle influençait,
- 11:43ce qu'elle pouvait faire,
- 11:45ce qu'elle engendrait,
- 11:46ce qu'elle signifiait pour les personnes de la société.
- 11:49Également,
- 11:50elle a cette fonction de nous relater un peu les faits historiques.
- 11:56Lorsqu'on regarde la mode à une certaine époque,
- 11:59ça nous permet de nous plonger également dans le système de valeurs de cette époque.
- 12:03Donc,
- 12:04c'était...
- 12:04Vraiment cet aspect culturel et sociologique que j'aimais beaucoup dans la mode.
- 12:08Mais je ne ferme pas la porte au fashion design.
- 12:11Mais je pense que j'aurais évidemment besoin d'une équipe et de gens qui sont beaucoup plus experts et expérimentés et qualifiés pour pouvoir faire une collection de A à Z.
- 12:23Mais c'est vrai que j'interviens souvent sur les recommandations pour les collections de marques de plus en plus,
- 12:29pour les guider sur qu'est-ce qui...
- 12:32est possible de faire aujourd'hui en 2025 pour une nouvelle marque ou pour une nouvelle collection ?
- 12:37Très bien,
- 12:37c'est toujours intéressant de poser ces questions-là.
- 12:40Après,
- 12:40peut-être que tu y viendras par la suite,
- 12:43on verra,
- 12:44et probablement en équipe,
- 12:45parce que les compétences qu'on n'a pas,
- 12:46l'idée,
- 12:46c'est de pouvoir s'associer avec des personnes qui les ont.
- 12:50Dans ton parcours,
- 12:51il y a cette partie d'émission auprès de cabinets de tendance,
- 12:55et puis il y a aussi du travail,
- 12:57je pense,
- 12:57un peu d'édito-mode avec des magazines,
- 12:59et notamment,
- 13:00tu viens de partager sur...
- 13:02LinkedIn que tu avais travaillé avec eBay Camara pour un édito pour le magazine Dazed.
- 13:08J'aurais bien aimé que tu nous parles aussi de ce volet-là de ton travail.
- 13:13Oui,
- 13:13alors ce volet-là s'est développé en parallèle,
- 13:16je dirais,
- 13:17de la recherche.
- 13:18Plus je recherchais,
- 13:19parce qu'il y a toute une dimension visuelle que je fais également dans la recherche,
- 13:23donc plus je recherchais de manière générale et plus j'avais cet attrait pour la création visuelle.
- 13:32Mais ça a vraiment...
- 13:33Donc,
- 13:34je commençais à faire des shootings de manière indépendante dès le départ.
- 13:38J'en ai fait à Dakar.
- 13:39J'en ai fait également à Londres,
- 13:41qui ont été publiés dans Tiff Magazine il y a très longtemps.
- 13:45Donc,
- 13:46ça a toujours fait partie de ma pratique.
- 13:48Mais c'est vrai que là,
- 13:48ces dernières années,
- 13:49j'ai observé vraiment un changement et une espèce de professionnalisation de cette pratique de styling,
- 13:58surtout.
- 13:59Et la première grosse expérience que j'ai eue,
- 14:03c'est d'être assistante de Georgia Pendlebury pour le film de Gabriel Moses l'année dernière,
- 14:09fait en collaboration avec Adidas et Pharrell,
- 14:13qui a été filmé à Dakar.
- 14:15et là j'étais en charge de la curation de tous les vêtements.
- 14:21Donc il a fallu que je cherche des vêtements de seconde main de partout à Dakar pour pouvoir...
- 14:27pour pouvoir habiller toutes les personnes du cast.
- 14:30Et récemment,
- 14:30oui,
- 14:32on a shooté le dernier...
- 14:34Parce que c'est sa dernière édito...
- 14:37Enfin,
- 14:37pas collectionnée,
- 14:38pardon,
- 14:38c'est sa dernière couverture de Dazed.
- 14:41Ibé Camara part de Dazed.
- 14:44Il est déjà parti.
- 14:45Donc,
- 14:45on a eu l'opportunité de faire un dernier édito,
- 14:48End of Era,
- 14:50à Dakar.
- 14:50Enfin,
- 14:51non,
- 14:51pas à Dakar,
- 14:51à Saint-Louis.
- 14:53Et là,
- 14:54par contre,
- 14:54c'était totalement un autre volet puisqu'il s'agissait vraiment de vêtements haute couture,
- 15:04voire ready to wear.
- 15:05Donc,
- 15:06c'était vraiment un autre,
- 15:09je dirais,
- 15:10pan de la mode.
- 15:10C'était moins sur le thrift et la seconde hand.
- 15:15C'était vraiment plus...
- 15:18Comme on voit dans les éditos en Europe,
- 15:20en réalité,
- 15:21il y avait vraiment beaucoup plus de marques auxquelles je n'avais pas forcément été confrontée auparavant.
- 15:31C'était super intéressant.
- 15:32Et j'ai également pu faire un édito où j'étais lead stylist à Dakar,
- 15:38toujours.
- 15:39pour Days,
- 15:40et là c'était plus concentré sur le streetwear et la jeunesse,
- 15:43donc voilà mais c'est vraiment dernièrement,
- 15:46cette dernière année plus,
- 15:47je dirais ça fait un ou deux ans où j'ai vraiment développé cette activité de stealing
- 15:53J'espère pouvoir aussi détendre également Creative Direction,
- 15:56c'est quelque chose qui me parle beaucoup parce que je trouve que la recherche alimente beaucoup ce genre de pratiques.
- 16:02Très bien.
- 16:05Toi,
- 16:05j'ai l'impression que presque directement après tes études,
- 16:08tu n'es pas allée vers le salariat,
- 16:13que tout de suite,
- 16:14tu as été dans le freelance et travaillé sur des missions assez variées,
- 16:18variés,
- 16:19avec comment dire...
- 16:22des missions variées et puis dans des zones géographiques aussi variées.
- 16:29Tout de suite,
- 16:30ça n'a pas été « je vais trouver un job à la Défense et puis je ferai 9 to 5 » .
- 16:36Comment tu expliques ce choix-là que je trouve assez audacieux et qui ne va pas forcément dans le sens dans lequel,
- 16:44déjà,
- 16:44ce n'est pas vraiment français en termes de mentalité d'être comme ça.
- 16:48Et puis,
- 16:48ce n'est pas…
- 16:49quand on finit ses études ou autre,
- 16:50ce n'est pas vraiment le choix vers lequel on nous invite à aller.
- 16:54On a tendance à vouloir nous...
- 16:56Et c'est probablement pour nous protéger,
- 16:57que ce soit au niveau des écoles ou même dans notre famille.
- 17:00On va plutôt nous inviter à prendre un job safe,
- 17:049 to 5,
- 17:05et comme ça,
- 17:05tu seras en sécurité.
- 17:09Oui,
- 17:09alors,
- 17:10c'est très intéressant comme question.
- 17:12J'avoue,
- 17:12encore aujourd'hui,
- 17:13après avoir...
- 17:14J'ai fini mes études il y a peut-être plus de
- 17:177 ans.
- 17:18Et j'avoue que j'ai commencé directement,
- 17:21c'est vrai,
- 17:22en freelance.
- 17:22J'ai été un an,
- 17:25onze mois plus précisément,
- 17:27dans une agence à Amsterdam.
- 17:29Et même là,
- 17:30j'étais sous un contrat de freelance pour des questions administratives.
- 17:33Mais j'ai quand même pris le temps de déménager.
- 17:35C'était la plus longue relation avec une entreprise que j'ai eue.
- 17:39Mais en fait,
- 17:40mes études,
- 17:41durant mes études,
- 17:42moi,
- 17:42j'ai toujours été un peu la...
- 17:46La personne qui ne faisait jamais vraiment comme les autres,
- 17:48par exemple,
- 17:48on avait pas mal de stages,
- 17:50surtout en communication,
- 17:51et beaucoup faisaient des stages en France,
- 17:53et moi je ne voulais absolument pas rester en France,
- 17:55même si le corps de professeur me disait souvent « Non,
- 18:01pour pouvoir écrire ta thèse,
- 18:02il faudrait que tu restes ici,
- 18:03ça serait plus facile,
- 18:03etc. »
- 18:04Moi j'ai toujours challengé cette idée qu'on devait rester dans notre cadre pour pouvoir valider notre année.
- 18:10Donc j'ai directement dit à mon professeur que moi...
- 18:13peu importe ce qui se passe,
- 18:14je dirais à l'étranger pour les stages.
- 18:16Je fais mes études en France parce que je suis française en partie et qu'il était plus facile au niveau administratif de rester en France et que les études en France sont vachement plus abordables que dans d'autres pays.
- 18:29Donc,
- 18:29c'est pour ça que j'ai fait le choix de rester en France pour mes études.
- 18:31Mais en ce qui concerne les stages,
- 18:33je les ai toujours faits à l'étranger.
- 18:36Et je trouvais surtout,
- 18:37alors la France est en train de changer,
- 18:39mais lorsque j'ai fait mes études,
- 18:41c'était dans les années 2016,
- 18:422018,
- 18:43etc.
- 18:44On était quand même assez arriérés en termes professionnels.
- 18:48Donc,
- 18:49je trouvais que c'était vraiment important de pouvoir aller voir autre part,
- 18:52que ce soit aux États-Unis ou au Canada.
- 18:53J'ai fait aussi des stages là-bas et au UK,
- 18:58où ils étaient beaucoup plus progressifs.
- 19:00Et surtout parce que le trend forecasting,
- 19:02le foresight,
- 19:03etc.,
- 19:03c'était vraiment des disciplines qui étaient vachement...
- 19:06plus avancé là-bas.
- 19:07En France,
- 19:08c'était encore un peu une niche.
- 19:11Ça s'est développé récemment.
- 19:13Donc,
- 19:14c'est pour ça que j'ai décidé de faire mes études à l'étranger,
- 19:16principalement.
- 19:17Et puis,
- 19:18non pas que je juge les personnes sous le salariat.
- 19:22Je pense que c'est quelque chose qui est totalement normal.
- 19:25Mais ce n'était vraiment pas fait pour moi.
- 19:27Je ne suis vraiment pas une personne faite pour le salariat.
- 19:30Je l'ai compris très rapidement.
- 19:33Et malgré le fait que...
- 19:35Le freelance,
- 19:36c'est quelque chose de très difficile,
- 19:37même encore aujourd'hui,
- 19:38parce que ce n'est pas constant.
- 19:41C'est beaucoup d'instabilité.
- 19:43Ça demande énormément de travail pour se faire des contacts,
- 19:48savoir qui contacter,
- 19:51avoir les opportunités,
- 19:53etc.
- 19:53C'est vraiment un challenge quotidien.
- 19:55Mais j'ai préféré faire ce choix et braver ces challenges plutôt qu'être dans une entreprise et être sous le salariat parce que ce n'était vraiment pas quelque chose qui correspondait à ma personnalité.
- 20:09Je n'arrive pas vraiment à m'investir dans le cadre du salariat.
- 20:13Je ne comprends pas trop le...
- 20:19Ce n'est pas que je ne comprends pas le but,
- 20:21mais je ne comprends pas le rôle individuel de chaque salarié.
- 20:24Je comprends que collectivement,
- 20:26on a un seul et même but,
- 20:28mais de manière individuelle,
- 20:29je n'arrive pas vraiment à me motiver pour le salariat.
- 20:34J'ai eu la chance de pouvoir continuer de freelance.
- 20:39Ce n'est pas une chose facile.
- 20:42J'ai eu quand même pas mal de support familial et ça,
- 20:45c'est totalement un privilège.
- 20:47J'en suis totalement consciente.
- 20:49Mais le...
- 20:51Le freelance était vraiment l'option,
- 20:53je pense,
- 20:54la plus adéquate pour mon caractère et ma personnalité et ce que je voulais faire,
- 20:59en fait.
- 21:03Et vu que j'avais aussi également un pan qui était autour de la décolonisation et déconstruction des systèmes autour du trend forecasting,
- 21:13du foresight,
- 21:14parce que je pense que c'est très important de pouvoir transporter ces disciplines dans des contextes qui ne sont pas forcément occidentaux,
- 21:21Vu que j'avais cette motivation,
- 21:23je n'avais pas vraiment le choix que d'être en indépendant pour développer des modèles et des mécanismes qui n'étaient pas forcément eurocentrés.
- 21:33C'est pour ça que j'ai continué en freelance,
- 21:36mais ça n'a vraiment pas été facile.
- 21:38J'ai voulu abandonner plusieurs fois,
- 21:40j'ai beaucoup été dans le doute,
- 21:44beaucoup été dans le stress financier,
- 21:47etc.
- 21:48Encore aujourd'hui.
- 21:49Mais aujourd'hui,
- 21:50pour rien au monde,
- 21:50par contre,
- 21:52je changerai cette position.
- 21:55J'aime beaucoup être en freelance et j'aime beaucoup avoir mes projets et les mener tel que je le veux.
- 22:03Très bien.
- 22:04Je voulais en venir maintenant à,
- 22:06je l'appellerais ça,
- 22:07ta troisième activité,
- 22:08puisqu'on a évoqué le trend forecasting.
- 22:10On a évoqué également ton travail avec les éditomates pour des magazines.
- 22:15Tu es à l'origine de la création...
- 22:17d'abord d'un média et qui aujourd'hui est en train de se transformer en agence de conseil qui s'appelle Plateforme.
- 22:23Est-ce que tu peux nous en parler ?
- 22:25Oui,
- 22:26alors Plateforme,
- 22:26je l'ai fait du coup dans ma dernière année d'études,
- 22:29comme je disais.
- 22:30Vraiment à la base,
- 22:31c'était vraiment basé sur de la curation et ça a bien pris parce que je trouve,
- 22:36je pense que les gens étaient prêts à avoir d'autres esthétiques et d'autres approches et visions de la mode à l'époque où je l'ai commencé.
- 22:44Et du coup,
- 22:45ça m'a menée vraiment dans des endroits très intéressants.
- 22:48J'ai pu interviewer beaucoup de marques qui n'étaient pas forcément alignées au discours dominant.
- 22:54J'ai fait des très belles rencontres de designers,
- 22:56très belles rencontres de créatifs.
- 22:58À un moment,
- 22:59il y avait beaucoup de créatifs et de designers avec qui je travaillais,
- 23:02qui étaient principalement à Londres parce que j'y vivais et que la mode à Londres était vraiment avant-gardiste avant que le Brexit arrive.
- 23:09Donc,
- 23:10c'était vraiment chouette.
- 23:12Le magazine,
- 23:12progressivement,
- 23:14s'est transformé.
- 23:15J'ai commencé à faire mes shootings.
- 23:18J'ai pu commencer à être de plus en plus dans la création de contenus,
- 23:25d'esthétiques et de visuels,
- 23:27au-delà des articles qui étaient écrits.
- 23:31Ensuite,
- 23:32de plus en plus,
- 23:33je me suis rendue compte que...
- 23:35L'expertise et les informations que je développais et que j'avais réussi à récolter au fil des années sous le pan du magazine étaient vraiment utiles pour pouvoir supporter les talents émergents et
- 23:51la mode alternative,
- 23:52donc peut-être les marques un peu plus indépendantes qui ne sont pas soumises au calendrier de la mode ou aux normes et aux dictats du système de la mode.
- 24:03et surtout c'était intéressant parce que ça me permettait d'aller voir dans des endroits qui n'étaient pas forcément considérés comme fashionable.
- 24:11Donc c'était très important pour moi de démocratiser la mode et de dire que la mode n'était pas une question de ville ni une question de pays,
- 24:20mais qu'elle se développait de manière différente dans différents contextes et différentes cultures.
- 24:26Donc au terme de ça,
- 24:28avec les recherches et les interactions que j'ai pu avoir avec les créatifs,
- 24:32les designers,
- 24:33je me suis rendu compte qu'il y avait vraiment un besoin de guidance et de support pour ces personnes qui n'étaient pas forcément dans le champ de la mode dominante.
- 24:47Donc,
- 24:48j'ai commencé à me dire que je pouvais faire plus du consulting,
- 24:53parce que je pouvais en fait allier la recherche avec la stratégie.
- 24:57donc ce qui est intéressant dans toute cette approche c'est de pouvoir avoir
- 25:01avoir la dimension recherche,
- 25:03donc pouvoir interroger leur audience potentielle,
- 25:13pouvoir faire de la recherche visuelle,
- 25:15pouvoir faire de la recherche culturelle,
- 25:17sociale,
- 25:17ethnographique,
- 25:18sémiotique,
- 25:18etc.
- 25:19et ensuite le transformer en recommandations.
- 25:21Et de ces recommandations,
- 25:22faire ensuite des stratégies actionnables,
- 25:25donc travailler avec eux sur que ça soit leur collection,
- 25:28l'émergence de leurs marques,
- 25:34la diffusion de leurs messages auprès des audiences ciblées,
- 25:39la promotion sur des plateformes qui correspondent également à leurs audiences,
- 25:44etc.
- 25:46De plus en plus,
- 25:47je me suis rendu compte qu'il y avait vraiment une pertinence à pouvoir accompagner les marques du début jusqu'à la fin en leur recommandant de commencer par la recherche.
- 25:57Parce que pour moi,
- 25:58même si la création visuelle est totalement différente,
- 26:02je pense qu'elle s'inspire beaucoup de la recherche,
- 26:08qu'elle soit insight,
- 26:10textuelle,
- 26:10mais également visuelle.
- 26:12pour ensuite la transformer en concept viable et tangible pour les marques.
- 26:19Très bien,
- 26:20super intéressant.
- 26:22Aujourd'hui,
- 26:23c'est un profil multi-passettes,
- 26:27mais en même temps,
- 26:27ça reste quand même concentré dans le secteur de la mode.
- 26:32Tu parles beaucoup de cette notion que tu avais dès le départ pendant tes études de décolonisation,
- 26:38de déconstruction,
- 26:39d'un petit peu…
- 26:41de certains messages mainstream qui sont un peu toujours les mêmes et qui font parfois quand on va balayer différents magazines,
- 26:47balayer les pages de différents magazines,
- 26:49on va un peu avoir l'impression de voir tout le temps la même chose.
- 26:52Toi,
- 26:52comment est-ce que c'est venu au départ cette volonté d'être dans cette logique de décolonisation des constructions ?
- 27:00Est-ce que c'est à force de voir des magazines qui présentaient toujours la même chose,
- 27:04de dire « moi,
- 27:05j'ai envie » .
- 27:05Je pense qu'il y a tout un autre
- 27:08plein d'autres univers qui ne sont pas explorés,
- 27:10je trouve ça dommage.
- 27:11Est-ce que tu as toujours eu ça ou est-ce que c'est quelqu'un qui t'a sensibilisé à ces questions-là,
- 27:15à ce sujet-là ?
- 27:17Alors non,
- 27:18j'ai toujours eu ça,
- 27:19mais en fait,
- 27:19je ne l'avais pas vraiment conscientisé.
- 27:21Donc,
- 27:22le problème,
- 27:22c'est que quand on est racisé ou noir,
- 27:25je vais dire,
- 27:26en France,
- 27:27qu'on vient de parents descendants africains ou caribéens,
- 27:32parce que moi,
- 27:33je suis à moitié guadeloupéenne et à moitié sénégalaise.
- 27:36Lorsque je feuilletais les magazines,
- 27:39je n'avais aucune représentation,
- 27:41donc c'était très difficile pour moi de me projeter.
- 27:43Et en fait,
- 27:44je me suis rendue compte que ce n'était pas immédiat.
- 27:47J'ai beaucoup essayé de fitter dans les standards.
- 27:50J'étais très complexée,
- 27:51j'étais très aliénée.
- 27:56J'ai eu des traumas vis-à-vis de la mode parce qu'il y avait ce problème de représentation.
- 28:00Et lorsqu'on était représentée,
- 28:02au final,
- 28:02c'était...
- 28:04d'une manière très dégradante et très mauvaise.
- 28:07Et il y avait toujours aussi cette censure,
- 28:09ou ce lissage un peu,
- 28:14ce gaze qui était vraiment omniprésent pour la représentation des corps noirs et des femmes noires dans la mode.
- 28:20Et donc du coup,
- 28:22en fait,
- 28:23lorsque j'ai commencé à vouloir travailler dans la mode,
- 28:26je me suis dit que mon objectif,
- 28:29c'était que les générations...
- 28:30après moi ou alors moi ou nos générations ne soient pas réprimées,
- 28:35n'aient pas à subir cela,
- 28:38n'aient pas à se dire pourquoi je ne suis pas représentée,
- 28:41pourquoi lorsque je suis représentée,
- 28:43c'est de manière très grossière,
- 28:45ou ce n'est pas du tout accurate,
- 28:47représentatif de vraiment qui nous sommes,
- 28:50et ce n'est pas du tout diversifié,
- 28:51c'est vraiment orienté et curate selon un goût européen.
- 28:55Et du coup,
- 28:56en fait,
- 28:56progressivement,
- 28:57je me suis rendue compte que
- 28:59déjà ça c'était lié à un plus grand problème,
- 29:03ce n'était pas que la mode,
- 29:04c'était lié à un plus grand problème social,
- 29:06donc lié à la colonisation et au néocolonialisme qui est présent aujourd'hui.
- 29:13Et du coup,
- 29:15progressivement,
- 29:16je me suis rabattue sur ces questions de la représentation,
- 29:20de l'esthétique,
- 29:22de l'oppression des minorités,
- 29:25des personnes racisées dans le secteur de la mode.
- 29:29et de juste pouvoir laisser place à un discours qui était véhiculé par les personnes concernées,
- 29:36mais pas véhiculé par d'autres personnes parce que le problème est qu'on a souvent des personnes hors de cette communauté qui parlent pour nous.
- 29:43Donc pour moi,
- 29:44c'était vraiment un problème.
- 29:46Et j'ai voulu vraiment dépasser ces mécanismes qui étaient normalisés dans le secteur de la mode pendant un très long moment et qui le sont encore aujourd'hui.
- 29:55On n'est pas sortis de l'auberge.
- 29:57Je veux dire,
- 29:58le changement systémique est encore pas loin.
- 30:02Il est en train d'être fait,
- 30:03mais il a encore besoin d'être vraiment investi.
- 30:07Il a besoin d'être encore...
- 30:11Juste...
- 30:13Comment je pourrais dire ?
- 30:14On a besoin encore de travailler pour un changement systémique profond.
- 30:18Donc,
- 30:19vraiment,
- 30:19ça a été vraiment progressif d'après mon expérience.
- 30:22J'ai pu aussi...
- 30:23J'ai eu l'occasion,
- 30:24comme je te disais,
- 30:25de...
- 30:25de partir au Sénégal et d'y vivre.
- 30:27Donc,
- 30:27je me suis rendue compte qu'en fait,
- 30:30on nous mentait totalement sur nos cultures,
- 30:33ce qui m'a permis vraiment,
- 30:34moi-même,
- 30:35de déconstruire mes biais.
- 30:38Parce que la diaspora aussi a des biais.
- 30:40Le fait qu'on soit nés sur le territoire européen et qu'on ait internalisé beaucoup de choses nous place également dans une catégorie différente que des personnes qui sont nées sur le territoire africain qui ont en eux...
- 30:54une certaine perception que nous,
- 30:56nous n'avons pas et des priorités que nous n'avons pas,
- 30:58etc.
- 30:59Donc,
- 30:59il y a eu tout un travail que j'ai dû faire également de décolonisation de ma psyché lorsque je suis arrivée au Sénégal pour ne pas être problématique face aux populations locales.
- 31:09Donc,
- 31:10oui,
- 31:10ça s'est fait vraiment de manière progressive.
- 31:12Ce n'est pas forcément une personne.
- 31:14Je dirais que c'est vraiment mes origines qui m'ont guidée jusqu'à présent.
- 31:17Et le fait vraiment que je voulais,
- 31:18en fait...
- 31:19pouvoir participer à ce mouvement de représentation plus juste et également que les générations d'après n'aient pas à subir ce que nous,
- 31:29on a vécu avec ce racisme systémique et ces représentations totalement erronées de nos communautés.
- 31:37Très bien.
- 31:39Alors,
- 31:40il y a des points sur lesquels j'ai envie de rebondir avec toi.
- 31:43Est-ce que toi,
- 31:43tu peux donner peut-être des exemples de...
- 31:47Quand tu parles de représentations erronées ou de représentations qui ne nous correspondaient pas,
- 31:52est-ce que tu peux donner des exemples,
- 31:54soit des campagnes,
- 31:55soit peut-être des souvenirs que tu peux avoir de certains magazines ou de certains défilés ou autres qui t'ont particulièrement marqué en fait et qui sont un peu,
- 32:06je dirais pour toi aujourd'hui,
- 32:07le symbole de comment ça se passait avant et c'est déjà cette première question-là.
- 32:13Ok,
- 32:14alors
- 32:16En termes,
- 32:17il y en a plein.
- 32:17Alors,
- 32:18je ne veux pas tout confondre parce que je sais que c'est quelque chose d'autre,
- 32:22mais que ça fait partie également du discours des coloniales.
- 32:25Tout ce qui est autour de l'appropriation culturelle,
- 32:29ça pour moi,
- 32:29ça a été un élément déclencheur parce que je me suis souvent vue voir l'utilisation des produits culturels africains de manière générale utilisés dans les collections sans crédit,
- 32:42sans rien.
- 32:44sans argent et bénéfices économiques reversés aux populations qui ont été l'inspiration de ces collections.
- 32:51Par exemple,
- 32:52Dior,
- 32:53avec leur collection avec Maria Grazia,
- 32:55je crois que c'était en croisière 2020 ou quelque chose comme ça,
- 32:59qui avait pris clairement des tissus et qui avait dit qu'elle s'était inspirée,
- 33:03mais sans vraiment donner de données.
- 33:08ou d'insights tangibles sur le reversement des profits faits par cette collection sur les communautés.
- 33:13Donc ça,
- 33:14pour moi,
- 33:14ça a été vraiment un problème.
- 33:15C'est-à-dire que les gens s'inspiraient vraiment beaucoup des cultures africaines,
- 33:19des tissus.
- 33:21Ça a commencé par les tissus et ensuite ne reversaient absolument rien aux communautés concernées.
- 33:27Donc ça,
- 33:27moi,
- 33:28la dimension financière,
- 33:29c'est quelque chose qui m'a vraiment intéressée,
- 33:31qui m'a vraiment motivée déjà pour...
- 33:34pour ce genre d'approche.
- 33:36Et puis,
- 33:37en termes de collection,
- 33:38bien évidemment,
- 33:39on a eu des choses comme Marc Jacobs avec les dreads qui étaient juste scandaleux.
- 33:45Il y avait eu...
- 33:48Il y a eu tellement de choses,
- 33:50des représentations avec des Noirs avec des signes d'esclaves.
- 33:56On a aussi le problème à une période où on éclaircissait les peaux des mannequins noirs.
- 34:04Maintenant,
- 34:04après,
- 34:04on est passé également à le fait qu'on les rendait plus foncés.
- 34:09Il y a eu tellement d'étapes,
- 34:10il y a eu tellement d'étapes de bafouement de notre communauté,
- 34:14d'exploitation des biens culturels de notre communauté,
- 34:19qu'en fait,
- 34:20je ne saurais même pas par où commencer.
- 34:23En tout cas,
- 34:23dans les magazines,
- 34:24que ça soit Vogue,
- 34:26que ça soit Elle,
- 34:27à un moment,
- 34:27il y avait Jalouse aussi,
- 34:28que je lisais énormément.
- 34:32Lorsqu'on était représentés,
- 34:33c'était vraiment selon des standards eurocentrés.
- 34:36quoi donc euh
- 34:37C'était vraiment une dimension très unilatérale de la représentation de la femme noire.
- 34:44Et puis,
- 34:44lorsqu'elle n'était pas dans cette dimension,
- 34:46on ne la calculait simplement pas,
- 34:48ou on disait qu'elle était sauvage.
- 34:50Je ne sais pas,
- 34:50il y avait tellement de...
- 34:52Il y avait cette espèce de symbolique autour de la femme noire et de l'homme...
- 34:58Je ne parle pas forcément de l'homme noir,
- 35:00parce que,
- 35:01pour le coup,
- 35:02j'ai l'impression qu'il a été moins...
- 35:06enfin pas moins bafouée,
- 35:07c'est pas ça,
- 35:08mais que ces dernières années,
- 35:10on lui a laissé plus de place que la femme noire.
- 35:13Mais que vraiment,
- 35:15en fait,
- 35:16les communautés noires,
- 35:17sans parler de genre,
- 35:19ont été vraiment,
- 35:20je dirais,
- 35:21exploitées.
- 35:21C'est-à-dire que les Américains disent souvent qu'ils adorent notre culture,
- 35:24mais qu'ils ne nous aiment pas,
- 35:25nous.
- 35:25Et je trouve que c'est très révélateur.
- 35:27C'est-à-dire qu'ils prennent beaucoup de choses qui...
- 35:31et qui émanent de nos cultures,
- 35:33mais sans nous prendre nous,
- 35:34en fait.
- 35:35Donc,
- 35:36sans nous mettre,
- 35:37nous inviter à la table,
- 35:38que ce soit dans les cohortes décisionnelles,
- 35:41etc.
- 35:42On a eu tout un moment aussi où on voyait énormément de mannequins noirs dans les publicités,
- 35:48les campagnes de mode.
- 35:50Mais lorsqu'on faisait un peu de recherche...
- 35:53On voyait que dans les organes décisionnels,
- 35:56dans les bureaux,
- 35:56etc.,
- 35:57il n'y avait aucune diversité.
- 35:59Donc,
- 35:59c'était vraiment du tokenisme.
- 36:01Et il y en a tellement,
- 36:04même encore aujourd'hui,
- 36:05que c'est difficile pour moi de dire un seul exemple.
- 36:08Mais oui,
- 36:08je dirais qu'il y a eu Dior,
- 36:10il y a eu Marc Jacobs,
- 36:11il y a eu tous les magazines de Vogue,
- 36:14il y a eu Jalouse,
- 36:15il y a eu tellement de scandales,
- 36:17il y en a eu tellement que c'est difficile d'en citer un seul.
- 36:20Très bien,
- 36:21mais déjà dans le CT3,
- 36:23c'est déjà beaucoup.
- 36:24Et à un moment donné,
- 36:26tu parles de tokenism,
- 36:28de token.
- 36:28Est-ce que tu peux expliciter ce concept qui n'est peut-être pas compris ou entendu par tous ?
- 36:35Oui,
- 36:36alors le tokenism,
- 36:37c'est le fait de prendre une personne qui est faisant partie,
- 36:41donc je n'aime pas dire des minorités,
- 36:43mais des personnes de la communauté racisée,
- 36:44donc du groupe qui n'est pas dominant.
- 36:47de l'insérer dans un contexte du groupe dominant et de dire aux personnes qui ne sont pas du groupe dominant,
- 36:54regardez,
- 36:55on a pris l'un de vous,
- 36:57nous sommes vachement dans la diversité et l'inclusion.
- 36:59Alors que lorsqu'on fouille un peu,
- 37:02la diversité s'arrête vraiment en termes d'images,
- 37:05c'est-à-dire qu'elle ne traverse pas,
- 37:07comme je disais,
- 37:08les organes décisionnels dans les bureaux,
- 37:14dans les cohortes décisionnelles,
- 37:16que ce soit pour la Fédération de la mode de la couture,
- 37:20par exemple,
- 37:20en France,
- 37:20ou aussi FDA aux États-Unis,
- 37:23le British Fashion Council.
- 37:25En fait,
- 37:25lorsqu'on regarde les personnes qui travaillent dans ces organes,
- 37:30dans ces institutions,
- 37:31elles sont principalement blanches et du groupe dominant.
- 37:34Mais lorsqu'il s'agit de communiquer,
- 37:36par contre,
- 37:36sur ces...
- 37:39sur ces organes ou sur ces entreprises,
- 37:42ils vont toujours mettre en avant une personne avec soit des origines ou une personne noire,
- 37:47etc.,
- 37:48comme si leur diversité s'arrêtait vraiment à l'image.
- 37:51Très bien,
- 37:52je te remercie d'expliquer ce point un peu plus en détail,
- 37:55puisqu'on peut aborder des concepts qui peuvent être extrêmement bien compris par une partie de mon audience et pas forcément par une autre.
- 38:02Donc,
- 38:03quand on sent un engagement assez fort qui est né,
- 38:06je pense,
- 38:06de...
- 38:07En tout cas,
- 38:07tu l'as évoqué,
- 38:08je pense,
- 38:09tu l'as évoqué de vraiment ton histoire personnelle et de certaines batailles que tu as dû mener pour toi.
- 38:15Et à un moment donné,
- 38:17l'idée,
- 38:17c'est que tu t'en es quelque part servi pour te dire,
- 38:21moi,
- 38:21je vais aller vers des missions qui vont me permettre d'apporter des solutions,
- 38:28de proposer,
- 38:30de travailler sur la représentation de façon à ce que moi,
- 38:33ce que j'ai pu...
- 38:34souffrir en étant petite,
- 38:35en grandissant,
- 38:36ça n'arrive pas à d'autres.
- 38:39Aujourd'hui,
- 38:39est-ce que tu peux nous parler,
- 38:41évoquer des exemples,
- 38:43soit de campagne,
- 38:44soit de mission que tu as pu avoir,
- 38:46ou tu as le sentiment que sur la question de la décolonisation,
- 38:50déconstruction,
- 38:51ou ces notions de tokenisation,
- 38:54il y a eu un travail de fait où on intègre la diversité de manière qualitative et inclusive ?
- 39:03Oui,
- 39:04alors est-ce que c'est plutôt par rapport à d'autres marques ou est-ce que je peux citer des exemples d'initiatives que moi j'ai faites ?
- 39:11Le mieux,
- 39:11c'est que tu parles de toi,
- 39:12mais c'est comme tu veux.
- 39:14Ok,
- 39:15allons-y.
- 39:16Alors,
- 39:17tout d'abord,
- 39:18je pense que les nouvelles générations,
- 39:20celles qui sont nées,
- 39:22je dirais,
- 39:22dans les années 90 et celles qui sont nées dans les années 2000,
- 39:25ont permis aussi de démocratiser en quelque sorte ce genre d'initiative,
- 39:31dans le sens où les nouvelles générations ne sont pas du tout désolées d'être noires,
- 39:36ni d'être racisées,
- 39:37ni d'être quoi que ce soit.
- 39:38Donc,
- 39:39en fait,
- 39:39elles vont s'imposer au système.
- 39:41en termes de
- 39:44d'initiatives.
- 39:45Moi,
- 39:45ce que j'ai fait,
- 39:47et là,
- 39:47c'était assez récemment,
- 39:49l'année dernière,
- 39:50durant la Biennale de Dakar,
- 39:52j'ai fait un talk,
- 39:56un panel discussion autour de la décolonisation des narratives dans le secteur de la mode.
- 40:02Et ce qui nous a permis de vraiment créer des espaces de discussion qui encouragent le changement social.
- 40:08structurelle,
- 40:08parce que moi,
- 40:09en fait,
- 40:09ce qui m'intéresse,
- 40:10c'est vraiment le changement structurel,
- 40:11c'est que la structure bouge afin que chacun puisse naviguer la structure de manière équitable,
- 40:19sereine et saine.
- 40:21Donc,
- 40:21du coup,
- 40:22je pense que c'est très important pour nous et tout type de communauté non blanche de s'informer sur que ce soit les mécanismes,
- 40:29l'histoire et les solutions.
- 40:32Donc,
- 40:33en créant ce type d'événement,
- 40:35donc bien évidemment,
- 40:36c'est à Dakar,
- 40:37mais Merci.
- 40:39Pour moi,
- 40:39il est important de le faire directement sur le territoire parce que malheureusement,
- 40:42surtout dans les secteurs de la mode,
- 40:44nous prenons souvent en modèle de référence le modèle occidental,
- 40:48alors qu'il ne peut pas vraiment être appliqué dans des milieux tels que le Sénégal ou dans toute l'Afrique ou l'Afrique de l'Ouest.
- 40:54Donc,
- 40:56le but,
- 40:56c'était vraiment de pouvoir engager la discussion sur quels sont les fondements du secteur ou de la mode.
- 41:05hors du
- 41:07Western gaze,
- 41:08du European gaze,
- 41:09sans prendre en compte le modèle dominant autour de la mode.
- 41:14Donc,
- 41:15j'ai eu l'occasion d'inviter trois personnes.
- 41:19Il y avait Devyn Hurst,
- 41:21qui est une Américaine,
- 41:22mais qui a vécu et fait des ethnographies auprès des communautés,
- 41:26par exemple,
- 41:27qui récoltent le sel au nord du Sénégal.
- 41:32et leur rapport aux vêtements.
- 41:33Donc,
- 41:33le fait qu'ils utilisent des vêtements,
- 41:34par exemple,
- 41:35pour couvrir les table-celles,
- 41:36etc.
- 41:37Donc,
- 41:37c'était très intéressant.
- 41:38Elle fait des études très intéressantes sur les communautés qui utilisent les vêtements,
- 41:42mais pas forcément dans le cadre de la mode.
- 41:45On a eu Cher Kébé qui,
- 41:46lui,
- 41:46pour le coup,
- 41:47était vraiment dans le secteur de la mode pure et dure au Sénégal puisqu'il a une marque qui s'appelle Maison Kébé.
- 41:53Et on avait également Toby
- 41:54Onalubu qui est un artiste ghanéen qui travaille au Bénin et autour du Vaudou.
- 42:01Donc vraiment,
- 42:02c'était pour pouvoir mettre en concordance différentes pratiques,
- 42:06différents points de vue,
- 42:07différentes expertises,
- 42:08pour montrer à quel point toutes ces expertises et ces pratiques peuvent nous aider à redéfinir,
- 42:15de manière endogène,
- 42:18nos esthétiques et nos narratives autour de la mode et du milieu créatif de manière plus générale.
- 42:24Donc je dirais que c'est ce genre d'initiative,
- 42:26je pense que la création d'espaces de discussion est fondamentale pour un changement profond et structurel.
- 42:33Et je pense également qu'il faut qu'on ait un regard très critique sur nous-mêmes,
- 42:37surtout si on vient de la diaspora et qu'on souhaite faire des choses en Afrique.
- 42:42Je pense qu'il faut être conscient qu'on a,
- 42:44comme je disais,
- 42:44on a internalisé certains biais,
- 42:46donc il ne faut pas qu'on arrive comme des néocolons.
- 42:50en mode,
- 42:50ouais,
- 42:51la mode,
- 42:51c'est comme ça,
- 42:52c'est comme ça,
- 42:52c'est comme ça,
- 42:53vous devriez faire comme ça,
- 42:54comme ça,
- 42:54comme ça.
- 42:55Bien au contraire,
- 42:55je pense qu'il faut vraiment s'insérer dans le milieu et le contexte culturel et local,
- 42:59et ensuite essayer de naviguer ce contexte culturel et local en fonction des réalités,
- 43:05des valeurs,
- 43:06des approches,
- 43:06etc.
- 43:08Donc voilà,
- 43:10j'ai tant à faire de plus en plus d'événements comme ça.
- 43:12Pour moi,
- 43:12c'est très important qu'on ait des espèces de discussions.
- 43:15Notamment,
- 43:16c'est bien...
- 43:17Internet,
- 43:17c'est chouette et ça permet de diffuser l'information de manière très massive.
- 43:22Mais je pense que le physique et les expériences physiques sont très importantes pour nos communautés.
- 43:26Donc,
- 43:27il est important pour moi de les encourager.
- 43:29Très bien.
- 43:30Moi,
- 43:30ce que je ferais,
- 43:30je partagerais les liens vers ta plateforme et vers également,
- 43:34j'imagine,
- 43:34tes réseaux sociaux.
- 43:35De toute façon,
- 43:36à ce que mon audience puisse être informée des différentes initiatives et des différents événements que tu peux...
- 43:44promouvoir et mettre en place.
- 43:45Et puis après,
- 43:46si c'est à Dakar,
- 43:47si c'est à Londres ou Paris,
- 43:49on saura où te trouver puisque moi,
- 43:50j'ai une communauté qui suit le podcast,
- 43:53qui est assez internationale avec une partie de la population que je salue,
- 43:58qui est à Paris,
- 43:59qui est à Dakar,
- 44:01qui est à Abidjan.
- 44:02Donc,
- 44:03c'est ça la force aussi du podcast,
- 44:05c'est qu'on peut toucher des gens à travers le monde.
- 44:10Donc,
- 44:11tu l'as évoqué plusieurs fois,
- 44:13tu as passé quatre ans au
- 44:15Sénégal et donc,
- 44:17nous avons pu travailler avec des marques sur place,
- 44:21avec des professionnels du secteur des industries culturelles et créatives.
- 44:26est-ce que tu peux du coup parler un petit peu de cette expérience-là,
- 44:30de ce volet-là et de ce que ça peut t'apporter aujourd'hui dans ton quotidien quand tu vas travailler pour WGSN ou tu vas travailler pour un magazine
- 44:40comment est-ce que ça te nourrit et comment est-ce que du coup ça t'enrichit par rapport à d'autres profils qui n'auraient pas ce background.
- 44:48Ok,
- 44:49très intéressant.
- 44:49Alors,
- 44:50je continue à partager mon temps entre le Sénégal et la France.
- 44:55Idéalement,
- 44:55sincèrement,
- 44:56j'aimerais pouvoir naviguer entre les deux de manière super fluide.
- 45:01Mais je continue à vivre à moitié à Dakar.
- 45:03J'y étais il n'y a pas très longtemps,
- 45:06j'y vais assez souvent.
- 45:07Mais sincèrement,
- 45:08ça a changé ma vie.
- 45:10Je ne vais pas mentir.
- 45:12Comme je disais,
- 45:13quand on est niais en France,
- 45:14le truc,
- 45:14c'est qu'on intègre beaucoup le fait que l'Afrique,
- 45:17c'est pas bien,
- 45:18l'Afrique,
- 45:18c'est sauvage,
- 45:19l'Afrique,
- 45:19c'est le bantel,
- 45:20l'Afrique,
- 45:20c'est la misère,
- 45:21l'Afrique,
- 45:22la nina,
- 45:22là.
- 45:23Et donc,
- 45:23du coup,
- 45:23en fait,
- 45:24on a tendance à y croire,
- 45:25mais on sait,
- 45:25au fond de nous,
- 45:26que c'est un discours très colonial et qu'il faut pour nous,
- 45:30en tant que personnes de descendance africaine,
- 45:33de pouvoir le vivre par nous-mêmes.
- 45:35Donc,
- 45:35le fait d'y être allée,
- 45:37d'avoir vu les réalités,
- 45:38donc tout n'est pas parfait,
- 45:39bien évidemment,
- 45:40il y a des gros problèmes.
- 45:41Que ça soit économique,
- 45:42que ça soit au niveau de la santé,
- 45:44que ça soit au niveau de l'éducation,
- 45:45il y a des vrais problèmes et des choses à améliorer qui sont factuelles,
- 45:53c'est véridique.
- 45:55Mais cependant,
- 45:56moi,
- 45:56ça a changé ma vie parce que je me suis rendue compte qu'en fait,
- 45:59on n'était pas du tout obligé de vivre comme en Occident.
- 46:01C'était vraiment un modèle qui nous avait été appris,
- 46:05mais que ce modèle n'était déjà pas un pas universel,
- 46:08pas le meilleur.
- 46:09qui n'était pas le plus naturel également pour nous,
- 46:13parce que pour certains,
- 46:16nos parents ne sont pas nés sur le territoire français.
- 46:18Donc,
- 46:20ils sont venus ici pour des raisons bien spécifiques.
- 46:24Et donc,
- 46:24on a toujours su en nous,
- 46:26parce qu'on était nés dans des foyers pas forcément occidentaux,
- 46:29qu'il y avait autre chose.
- 46:33au-delà de la manière de vivre en Occident.
- 46:36Et je dois avouer que moi,
- 46:37quand je suis en France,
- 46:38je m'ennuie parfois beaucoup.
- 46:41C'est des réalités qui sont...
- 46:42Il y a beaucoup d'opportunités en France,
- 46:44je ne dis pas le contraire.
- 46:45Même en Europe,
- 46:45il y a beaucoup d'opportunités.
- 46:46Aux États-Unis,
- 46:47il y a beaucoup d'opportunités.
- 46:48C'est là où,
- 46:49je dirais,
- 46:50les principales...
- 46:52Oui,
- 46:53les entreprises sont ici.
- 46:55Cependant,
- 46:56la vie,
- 46:57j'ai l'impression d'avoir redécouvert...
- 46:59la vraie vie quand je suis allée en Afrique de l'Ouest et que j'ai pu voir les gens vivre de manière très humaine en communauté.
- 47:06Le sens de la communauté est totalement différent,
- 47:08donc ça fait du bien.
- 47:10Les gens vivent vraiment,
- 47:12que ce soit l'espace urbain,
- 47:14à l'extérieur,
- 47:17la dimension corporelle,
- 47:18la communication corporelle des gens que je trouve beaucoup plus naturelle également.
- 47:23parce qu'en Occident,
- 47:24j'ai l'impression qu'on est vraiment réprimé et contrôlé et que ça se voit aussi sur notre manière de bouger,
- 47:29notre communication non-verbale.
- 47:31Et en termes de travail,
- 47:32ce que ça m'a apporté,
- 47:34c'est que vraiment,
- 47:35ça m'a permis de dire à toutes ces entreprises,
- 47:37que ce soit WGSN ou d'autres entreprises avec qui j'ai pu travailler,
- 47:41de dire,
- 47:41écoutez,
- 47:42c'est bien de vouloir faire des choses sur le continent africain,
- 47:45mais en fait,
- 47:45il ne va pas falloir le faire de manière néocoloniale.
- 47:47Il va falloir venir avec une conscience que...
- 47:50ces personnes ont leur propre modèle,
- 47:52que vous n'essayez pas de les changer,
- 47:53que vous essayez au pire de les soutenir.
- 47:56Mais même ça,
- 47:57je trouve que c'est parfois encore très problématique.
- 47:59Mais que vous essayez à la limite de vous insérer dans le champ et les réalités locales,
- 48:04il n'y a pas de problème,
- 48:05mais d'imposer des modèles qui sont externes pour leur dire que ça,
- 48:08c'est mieux,
- 48:08etc.
- 48:08Ça,
- 48:09c'est hors de question.
- 48:09Donc,
- 48:10ça m'a permis vraiment d'introduire cette dimension de décolonisation auprès de ces entreprises,
- 48:15qu'elles veuillent l'entendre ou pas.
- 48:16Ça,
- 48:17moi,
- 48:17après,
- 48:17ça m'est un peu égale.
- 48:19Je ne vais pas forcément me vendre et leur faire plaisir pour alimenter le néocolonialisme.
- 48:24Ce n'est pas mon but dans la vie.
- 48:25Donc voilà,
- 48:26ça m'a permis de juste faire en sorte et de m'assurer que certaines personnes arrivent avec la bonne mentalité et pas avec cette mentalité néocoloniale.
- 48:38Et je pense à l'avenir,
- 48:39moi,
- 48:39il y a quelque chose que j'aimerais beaucoup faire à l'avenir,
- 48:42c'est en fait pouvoir participer à toute cette régulation et cette mouvance de policies,
- 48:49donc de manière plus légale et juridique pour protéger nos communautés,
- 48:52que ce soit au niveau de l'utilisation des patterns ou des tissus ou du textile ou des pratiques ou des approches qui sont typiquement...
- 49:03qui viennent du continent,
- 49:04de les réguler afin que les gens qui sont externes à ces communautés puissent à la limite les utiliser,
- 49:10mais dans un cadre légal bien spécifique.
- 49:14Moi,
- 49:14à terme,
- 49:15je pense que c'est quelque chose qui m'intéresse vraiment et je pense qui est vraiment lié à ma pratique de recherche.
- 49:19C'est,
- 49:20oui,
- 49:20développer des policiers qui peuvent protéger les communautés sur le continent et pouvoir être toujours dans l'échange,
- 49:29pourquoi pas,
- 49:29mais le respect le plus important et surtout
- 49:32pouvoir faire en sorte qu'il n'y ait pas de dégradation des biens culturels,
- 49:38pas de dégradation de l'environnement non plus,
- 49:40parce qu'on sait que...
- 49:41Avec la seconde main,
- 49:43on a un vrai problème.
- 49:45L'Occident,
- 49:45on voit beaucoup de seconde main en Afrique et malheureusement,
- 49:49ça pollue énormément.
- 49:50Et il n'y a pas que les vêtements,
- 49:52il y a aussi l'électronique,
- 49:53etc.
- 49:53Donc vraiment,
- 49:54si je peux à terme participer à cette régulation de manière légale ou à mon niveau,
- 50:00au niveau de la recherche,
- 50:02etc.,
- 50:03je pense que c'est quelque chose qui me ferait vraiment plaisir et que ce serait vraiment un but,
- 50:08un accomplissement assez important,
- 50:10je pense.
- 50:12Très intéressant.
- 50:13Est-ce qu'il y a des...
- 50:15Dans ce que tu dis,
- 50:16je me retrouve un petit peu dans...
- 50:18Moi,
- 50:18j'ai voyagé sur le continent assez tard dans ma vie par rapport à toi.
- 50:23Alors,
- 50:23moi,
- 50:23je suis de Rochelle-Guinéenne,
- 50:24mais le premier voyage que j'ai fait,
- 50:28pas accompagné par les parents,
- 50:30seul pour aller...
- 50:31Je l'ai appelé Africa Fashion Tour et ça a été un voyage d'un mois à travers quatre capitales.
- 50:36que j'ai appelé les capitales de la mode africaine.
- 50:39J'ai commencé par Conakry parce que je suis d'origine guinéenne.
- 50:41Ensuite,
- 50:41j'ai fait Abidjan,
- 50:43Accra et l'Écosse.
- 50:44Et c'est vrai que ça a complètement changé ma perspective sur l'Afrique,
- 50:50sur toutes les représentations que je pouvais avoir.
- 50:53Et même dans ma manière d'en parler,
- 50:55je fais attention parfois quand je parle d'Afrique à vraiment toujours ajouter le continent aux 54 pays,
- 51:01parce qu'à chaque fois,
- 51:02je me dis,
- 51:03le vocabulaire qu'on utilise,
- 51:05il est tellement réducteur
- 51:06par rapport à tout ce qu'il y a comme richesse créative sur place.
- 51:11Et du coup,
- 51:12j'entends dans ce que tu dis,
- 51:15ce que tu évoques,
- 51:16on a besoin d'avoir un autre storytelling,
- 51:19d'autres discours,
- 51:20avec d'autres visions.
- 51:22On a la vision de l'Occident,
- 51:23il est temps d'avoir d'autres voix qui racontent d'autres histoires,
- 51:27en fait.
- 51:27Et on va se rendre compte qu'elles sont opposées,
- 51:30qu'elles sont différentes.
- 51:31Mais en tout cas,
- 51:32on a besoin de multitude de points de vue et de perspectives pour
- 51:35pouvoir se faire sa propre idée.
- 51:37Et donc,
- 51:38j'aime beaucoup ta démarche et la façon de le décrire.
- 51:40Et je pense que parfois,
- 51:43quand tu es en Occident,
- 51:44tu dois avoir le mal du pays.
- 51:45Oui,
- 51:46tellement.
- 51:47Non,
- 51:48mais quand tu y vas,
- 51:49après,
- 51:49tu ne peux plus,
- 51:50en fait.
- 51:51Au bout de trois mois ici,
- 51:52tu te dis,
- 51:52mais il faut que je prenne un billet,
- 51:53ce n'est pas possible.
- 51:55Non.
- 51:56Et ça,
- 51:56vraiment,
- 51:56il n'y a que nous qui pouvons comprendre,
- 51:58en fait.
- 51:59Que ceux qui font aller,
- 52:01parce qu'après,
- 52:01ce n'est pas un truc,
- 52:02je pense,
- 52:02que de...
- 52:04Je pense ceux qui sont allés et qui sont tombés amoureux là-bas.
- 52:07Oui,
- 52:08vraiment.
- 52:10Après,
- 52:11tellement il y a de bonheur sur place,
- 52:14tu ne peux pas rester ici sans ressentir un vrai manque.
- 52:20Exact.
- 52:20Mais c'est que la vie ici,
- 52:21elle est trop cadrée.
- 52:22Elle est plus naturelle,
- 52:23elle est trop organisée.
- 52:25Tandis que j'ai l'impression d'avoir redécouvert ce que c'était de vivre.
- 52:32que ça soit le sens de la communauté,
- 52:34comme je te disais,
- 52:35le rapport que tu as à ton corps lorsque tu es là-bas.
- 52:39Les cheveux,
- 52:39n'en parlons pas.
- 52:40Les cheveux,
- 52:41je crois que ça a été ma plus grande révélation,
- 52:43le fait qu'on n'avait pas du tout un cadre pour prendre soin de nos cheveux en Occident.
- 52:47C'est un cas de verre.
- 52:48Alors peut-être que les Américains en ont un peu plus parce que les Afro-Américains ont vraiment créé leur communauté à eux propres.
- 52:55Mais en France,
- 52:56c'est une catastrophe.
- 52:57Si tu n'es surtout pas née à Paris,
- 52:58parce que moi,
- 52:59je ne suis pas née à Paris, ...
- 53:01les opportunités pour les cheveux,
- 53:03c'est une horreur.
- 53:05C'est un enfer.
- 53:06Ça me stresse,
- 53:06moi,
- 53:06encore aujourd'hui.
- 53:09Et tu as totalement raison.
- 53:11Le champ lexical est très important.
- 53:12C'est pour ça que je précise tout le temps l'Afrique de l'Ouest,
- 53:16Afrique de l'Ouest ou continent africain.
- 53:18Pour moi,
- 53:18c'est des terminologies qui sont importantes à distinguer parce qu'en effet,
- 53:21on a souvent cette narrative de l'Afrique,
- 53:23le pays,
- 53:23comme si c'était un bloc monolithique,
- 53:25alors que c'est tellement divers et varié.
- 53:28qu'il serait impossible pour nous de...
- 53:31On a des similarités,
- 53:33bien évidemment,
- 53:33parce qu'on est sur le même continent,
- 53:35mais c'est impossible de dresser un profil commun d'un Africain,
- 53:40ça ne veut strictement rien dire.
- 53:41Non,
- 53:41mais après,
- 53:42moi,
- 53:42je...
- 53:42Et puis ça,
- 53:43en fait,
- 53:43on va dire les Occidentaux ou les Européens,
- 53:45ils arrivent à le comprendre quand on leur dit qu'on est bien d'accord qu'un Suédois et un Portugais,
- 53:49ça n'a rien à voir.
- 53:51Donc,
- 53:52quand on ramène...
- 53:53En fait,
- 53:53tout le monde est capable de le comprendre,
- 53:55mais c'est vrai que...
- 53:56Et c'est là qu'on...
- 53:57Donc,
- 53:57ils se rendent compte qu'ils parlent d'Europe,
- 54:00certes,
- 54:00mais pas tant que ça.
- 54:01Ou pas avec la même facilité avec laquelle ils vont parler d'Afrique.
- 54:06Ils vont beaucoup moins dire Europe qu'ils vont dire Afrique pour désigner,
- 54:09dans des situations vraiment à des contextes très précis,
- 54:11ils mettront les noms des quatre pays dont ils veulent parler.
- 54:13Ils vont parler de l'Europe côté méditerranéen ou les pays du Nord.
- 54:18Et on sait qui est-ce qu'on désigne,
- 54:20mais on ne dit pas Europe à tout bout de champ,
- 54:22comme si ça regroupait,
- 54:23comme si ça…
- 54:25tout le monde se ressemblait et se connaissait.
- 54:29Pour l'Afrique,
- 54:30c'est encore plus fort les différences qu'il peut y avoir.
- 54:34C'est important.
- 54:34Ce sont des différences qui font la richesse du continent.
- 54:37C'est des choses dont il est important de s'emparer.
- 54:42écoute pour conclure toi ce que tu dis c'est que tu fais beaucoup d'aller-retour entre entre je m'imagine Dakar et Paris pour quelqu'un qui s'intéresse à la mode et qui prépare un voyage à Dakar qu'est-ce que tu nous conseilles quels sont les endroits alors qui s'intéresse à la mode à la culture quels sont les endroits où toi si tu dois nous donner un peu the place to be in Dakar où est-ce qu'il faut aller ah
- 55:08Il y en a tellement,
- 55:09mais je dirais que s'il s'intéresse à la mode,
- 55:12déjà au niveau de la consommation,
- 55:14je lui dirais déjà d'expérimenter les marchés.
- 55:17Parce que contrairement à l'Occident,
- 55:19comme d'habitude,
- 55:20on n'a pas de...
- 55:22En fait,
- 55:23tout est beaucoup plus informel,
- 55:24comme tu le sais.
- 55:25Donc du coup,
- 55:25les marchés,
- 55:26c'est vraiment une expérience sociale qui pour moi est très importante dans l'expérience en Afrique de l'Ouest,
- 55:32parce qu'elle permet à la fois de comprendre comment les gens s'habillent,
- 55:37comment ils consomment des habits,
- 55:39comment l'impact des déchets textiles va impacter les communautés locales,
- 55:45et aussi toute l'expérience sociale,
- 55:47donc d'être dans les marchés,
- 55:49être avec les gens,
- 55:50les marchands,
- 55:51les gens qui crient.
- 55:52C'est toute une expérience,
- 55:53une ambiance,
- 55:54que ce soit l'expérience sonore,
- 55:56sensorielle,
- 55:57auditive,
- 55:59bref.
- 56:00Je recommanderais quand même d'aller dans des marchés,
- 56:01que ce soit Gueule Tapée,
- 56:03Marché Colobane,
- 56:05Saldaga.
- 56:06Après,
- 56:06il y a des collectifs qui font des ateliers de poterie,
- 56:16qui sont aussi sous une association pour les personnes handicapées.
- 56:20C'est au Mamel,
- 56:22à Wacam,
- 56:23c'est très intéressant,
- 56:25parce que ça permet de faire de la poterie et de donner de l'argent à une association.
- 56:30Il y a aussi le Ban Café qui est...
- 56:32un peu plus formel,
- 56:34mais qui est très intéressant également.
- 56:37Il y a des collectifs comme Doucement,
- 56:40qui donnent des cours,
- 56:41par exemple,
- 56:42de DJing,
- 56:44qui est très intéressant.
- 56:45Bien évidemment,
- 56:46il y a la Ro
- 56:46Compagnie, qui avait été créée par Koyo
- 56:49Péasounam, qui est un espace superbe.
- 56:53Je crois que c'est l'un de mes espaces préférés à Dakar,
- 56:55parce qu'il y a une bibliothèque très exhaustive.
- 56:59Les expositions sont très intéressantes,
- 57:01la team est superbe également.
- 57:03Et puis,
- 57:05il y a vraiment beaucoup de choses.
- 57:08Il y a des centres culturels un peu plus réservés à une population expatriée,
- 57:15mais qui sont quand même intéressants d'aller voir.
- 57:18C'est Espaces Tram.
- 57:21Qu'est-ce qu'on a d'autre ?
- 57:22On a le musée des civilisations africaines,
- 57:25des civilisations noires.
- 57:27Et puis aussi sortir un peu de Dakar,
- 57:31pourquoi pas aller visiter aussi Saint-Louis,
- 57:33c'est une très intéressante ville,
- 57:35c'est l'ancienne capitale coloniale bien évidemment,
- 57:37mais l'ambiance est totalement différente,
- 57:38l'architecture est totalement différente,
- 57:40le chemin vers Saint-Louis est génial.
- 57:43Donc voilà,
- 57:45qu'est-ce qu'il y a d'autre ?
- 57:46Je réfléchis,
- 57:47je réfléchis,
- 57:47mais principalement,
- 57:49sincèrement,
- 57:49je pense que de toute façon,
- 57:51à Dakar,
- 57:53le monde créatif est quand même...
- 57:54BÊT
- 57:55C'est grand,
- 57:56mais ce n'est pas à l'échelle des grandes...
- 58:01Ça ne s'organise pas de la même façon qu'en Occident.
- 58:05Ce sont des secteurs qui sont encore très...
- 58:12Je dirais pas nouveaux,
- 58:14mais les gens investissent de plus en plus leur effort dans ces milieux créatifs.
- 58:18De plus en plus,
- 58:19la jeunesse se mobilise dans ces milieux créatifs,
- 58:22ce qui n'était pas forcément le cas avant.
- 58:25Après,
- 58:25à la personne,
- 58:25je lui dirais par exemple d'aller aussi au marché artisanal vers Sunbejun.
- 58:30C'est très intéressant.
- 58:32Il y a beaucoup de choses à boire.
- 58:34Sunbejun aussi,
- 58:35qui est le marché aux poissons,
- 58:36c'est très intéressant.
- 58:39Oui,
- 58:39c'est principalement ça que j'ai en top of mind.
- 58:43Ben écoute,
- 58:44c'est déjà pas mal,
- 58:45super.
- 58:45Moi,
- 58:46il y a pas mal de choses que j'ai déjà fait de la carte plusieurs fois,
- 58:47mais je n'ai pas encore fait toute la liste de ce que tu suggères là.
- 58:51Donc,
- 58:52du coup,
- 58:52moi,
- 58:52ça me fait ma petite liste pour mon prochain voyage.
- 58:55Ben écoute,
- 58:56on arrive à la fin de cette interview.
- 58:57Moi,
- 58:57j'ai été ravie de pouvoir échanger avec toi et d'avoir en fait un petit peu ton point de vue qui part de ton histoire et de la manière dont ça a pu te guider sur l'évolution de ta carrière.
- 59:11dans le milieu créatif et ta volonté d'être engagée dans ce que tu crées,
- 59:16dans ce que tu veux proposer et un petit peu de challenger des idées reçues et des institutions,
- 59:23qu'il s'agisse des médias ou des cabinets de tendance.
- 59:24C'est vrai qu'ils ne font pas forcément la part belle à la représentation de la diversité.
- 59:29Et toi,
- 59:29en travaillant de l'intérieur,
- 59:32tu peux ouvrir des portes campagne après campagne,
- 59:36édito après édito,
- 59:37initiative après initiative.
- 59:39Et c'est comme ça que les choses vont bouger
- 59:41Petit à petit,
- 59:42mais il faut des gens dans l'intérieur de ces cercles qui soient conscients de ces sujets-là pour pouvoir faire bouger les lignes.
- 59:51Donc,
- 59:52pour ça,
- 59:53merci et bravo,
- 59:54j'ai envie de dire.
- 59:55Merci,
- 59:56c'est très gentil.
- 59:56Et puis,
- 59:57ton travail également est important.
- 59:58Diffuser les histoires qui ne sont pas dominantes,
- 1:00:01c'est super important.
- 1:00:03On a besoin de...
- 1:00:04Ça crée aussi des archives pour le futur.
- 1:00:07Donc,
- 1:00:07je trouve que c'est un travail...
- 1:00:09ethnographique,
- 1:00:10digital,
- 1:00:10très important.
- 1:00:13Je trouve ça fantastique que tu puisses interviewer des gens de la diaspora comme du continent et également c'est une approche assez très sociologique également que je trouve très pertinente dans le champ actuel.
- 1:00:28C'était exactement,
- 1:00:29merci beaucoup,
- 1:00:29c'est exactement le chemin que j'ai pris quand j'ai lancé ce média,
- 1:00:34c'était l'information à laquelle je n'ai pas accès facilement
- 1:00:39je vais la rendre accessible à d'autres qui pourraient un jour se poser les mêmes questions que moi.
- 1:00:44Et j'avais envie de le faire d'une manière qui soit gratuite pour diffuser le plus possible cette parole-là qui est encore aujourd'hui invisibilisée.
- 1:00:57Et après,
- 1:00:58moi,
- 1:00:58chaque jour,
- 1:00:59quand je vois l'audience du podcast qui monte,
- 1:01:03je me dis que ce n'est pas un sujet de niche,
- 1:01:05en fait,
- 1:01:05pas du tout.
- 1:01:07ça peut être
- 1:01:07peut avoir l'air d'être un sujet de niche quand on se place d'un point de vue occidental en fait,
- 1:01:12mais si on se place d'un point de vue afrique-francophone,
- 1:01:15c'est pas du tout un sujet de niche et donc moi,
- 1:01:18petit à petit,
- 1:01:18je vois l'audience monter et je me dis,
- 1:01:22voilà,
- 1:01:22c'est un travail de fourmi mais il n'y a pas de raison que ça ne paye pas,
- 1:01:25il faut aller à ces sujets-là en étant déterminé et serein dans le fait que ces sujets-là et sinon,
- 1:01:35et sinon.
- 1:01:37je ne vais pas dire porteurs,
- 1:01:38mais ils sont importants en tout cas.
- 1:01:40Totalement,
- 1:01:40ils sont fondateurs en tout cas.
- 1:01:43Ça,
- 1:01:43c'est clair.
- 1:01:44Écoute,
- 1:01:45moi,
- 1:01:45j'étais ravie de cet échange.
- 1:01:47Je te dis à très vite à Dakar,
- 1:01:49Voyeur.
- 1:01:51Oui,
- 1:01:51à très vite et merci beaucoup,
- 1:01:52Ramata.
- 1:01:57Merci d'avoir écouté l'épisode jusqu'au bout.
- 1:01:59Je vous invite à pratiquer quelques petits gestes à impact fort pour m'aider à gagner de la visibilité sur ce podcast.
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- 1:02:16Je vous dis à très vite,
- 1:02:18en Afrique ou ailleurs.