Latest / Vocal du Jeudi / Fabriquer son propre logiciel, c'est possible ?
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- On m'a demandé si c'était vrai que quelqu'un avait refait tout Photoshop avec une IA. Alors oui, c'est vrai, et même un peu plus que ça. Début octobre, une petite équipe américaine a publié sept logiciels gratuits qui copient Photoshop, Premiere, Lightroom, Illustrator, After Effects, InDesign et Acrobat. Gratuits, ouverts à tout le monde, et écrits en grande partie avec une IA. Ça a fait le tour du monde, le tour du web, en quelques jours. Mais est-ce que c'est vraiment ça, la nouvelle ? Je pense que non, et je t'explique pourquoi. Les faits d'abord. Le projet s'appelle ArtCraft. Derrière, une équipe de quatre personnes menée par Brandon Thomas, un développeur d'Atlanta qui a déjà quinze ans de métier. Le développement public a commencé fin septembre. Moins de deux semaines plus tard, les logiciels existaient. Et d'après l'historique du projet, plus des trois quarts du code a été écrit avec Claude Opus 5.5, un grand modèle de langage de la société Anthropic. Alors pourquoi ces clones ? Pour le comprendre, il faut revenir au litige entre Adobe et ses clients. Adobe, ou « Adobi » pour les intimes, vend ses logiciels par abonnement. La formule la moins chère, c'est un abonnement annuel payé chaque mois. Ce que beaucoup de gens ne voient pas forcément, c'est que cette formule est en réalité un engagement d'un an. Si tu pars avant la fin, tu paies des frais de résiliation qui peuvent atteindre des centaines d'euros, ou de dollars en l'occurrence. La justice américaine reproche à Adobe de cacher ces frais dans les petites lignes et de compliquer la résiliation. Adobe a été attaqué justement en 2024, et en mars dernier, Adobe a accepté un accord de 150 millions de dollars, dont la moitié en services gratuits pour les clients concernés, tout en niant, bien sûr, avoir mal agi. Brandon Thomas dit avoir lui-même payé ces frais plusieurs fois, et c'était justement son déclic. Du coup, il a commencé son projet. Le résultat ressemble tellement à Photoshop que les menus et les raccourcis sont les mêmes. Tout ce que tu cliques peut aussi être commandé par un script ou par une IA. Le logiciel a été pensé pour être piloté par une machine autant que par un humain. Et l'usage est gratuit. Seule la génération d'images par IA est en option, et elle se paie avec des crédits. C'est de là que vient justement l'argent de l'équipe. Mais attention, et ça, peu de gens le disent : ces logiciels sont en version alpha. Le créateur l'assume lui-même, il dit qu'ils sont loin d'être prêts. Et il promet même d'ailleurs des primes à ceux qui l'aideront à corriger les bugs. Les premiers testeurs parlent de lenteurs, de textes qui s'éditent mal, d'un outil de déformation qui s'annule parfois tout seul. Il annonçait la parité totale avec Adobe en un mois, il parle maintenant de plusieurs mois. Adobe, de son côté, n'a justement rien dit publiquement. Maintenant, pourquoi je trouve ça intéressant ? Pense aux imprimantes 3D. Au début, on sortait des objets déco, des gadgets. Aujourd'hui, quand une pièce en plastique d'un appareil ménager casse, certains la fabriquent eux-mêmes plutôt que de la commander, voire même d'acheter toute la machine. Le logiciel prend le même chemin. Avant, il fallait acheter un programme ou payer un développeur. Aujourd'hui, avec une IA, quelqu'un sans formation technique peut fabriquer le petit programme dont il a besoin. Et l'équipe d'ArtCraft annonce déjà la suite : elle parle déjà de s'attaquer à Office, à AutoCAD et même à SolidWorks. Moi, je le vois sur le terrain, et même à la maison. Ma fille prend le tram pour aller au collège. Je voulais qu'elle sache à quelle minute précise elle doit mettre ses chaussures pour arriver à l'école. Alors tu vas me dire, bien sûr, il y a déjà des applications comme Google Maps qui te permettent de faire ça, ou même les applications des transports locaux. Mais aucune ne connaît son temps pour se préparer. Aucune ne connaît la marge qu'elle veut avant d'arriver à l'école. Et aucune ne connaît le chemin jusqu'à l'arrêt. Alors j'ai demandé à une IA de m'aider à fabriquer un petit outil, branché sur les données ouvertes de la compagnie de transport de ma ville, et il me donne l'information de départ. L'outil est presque terminé. Il me manque encore l'accès aux données en temps réel, pour la prévenir en cas de retard ou de perturbation. Et ce que j'aime, c'est que je n'ai pas besoin d'ajouter une appli sur son téléphone : je peux l'afficher sur un petit écran dans l'entrée, chez moi, voire directement sur sa montre. Voilà, c'est ça, le sur-mesure. Quelqu'un a peut-être déjà fait quelque chose qui s'en rapproche, mais ce qu'on veut, c'est quelque chose qui nous ressemble. Mon avis. Créer un petit outil, oui, je te le conseille. Remplacer un logiciel professionnel, pas maintenant. ArtCraft le prouve lui-même, avec son statut alpha et ses bugs. Et n'oublie pas que Brandon Thomas a quinze ans de métier. Ce n'est pas un débutant, et ça, ça compte. Il y a aussi trois limites à garder en tête. Premièrement, la maintenance : un programme qu'on ne comprend pas, un jour il casse, et on ne sait pas le réparer. Deuxièmement, le droit : copier de très près l'apparence d'un logiciel grand public, d'une grande marque, peut poser des questions juridiques, et des spécialistes les posent déjà. Troisièmement, la confiance : un outil fait en deux semaines n'a pas été éprouvé par des années d'utilisation. Moi-même, avant de faire confiance les yeux fermés à mon outil de tram, je le teste très longtemps. Dans Ratatouille, le chef Gusteau répète que tout le monde peut cuisiner. Et à la fin, le critique Anton Ego nuance : « Tout le monde ne devient pas un grand chef, mais un grand chef peut venir de n'importe où. » C'est exactement ça. Tout le monde peut créer son outil. Ça ne fait pas de nous des éditeurs de logiciels. Alors, on peut maintenant fabriquer son propre programme sans être développeur. Le bon point de départ, c'est un besoin précis, pas de copier un logiciel connu. Un outil sur mesure rend service tout de suite, mais il ne remplace pas un logiciel professionnel. Et si tu as un petit besoin qui traîne, un tri, un calcul, un formulaire, essaie. Essaie de le fabriquer. Explique-le simplement à une IA, et vois ce que ça donne. Et toi, si tu pouvais fabriquer ton propre outil, ce serait quoi ? Viens me le dire sur le compte Instagram du Vocal du Jeudi. Moi, c'est Stéphane, et j'essaie juste de t'aider à avancer dans l'IA sans perdre tes valeurs en route. Allez, à jeudi !