Latest / À propos / Hantavirus : pourquoi il est différent du covid ? - « À propos », le podcast du Soir
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- 0:00Le soir,
- 0:04repensons notre quotidien.
- 0:09Bonjour, vous écoutez " À propos" le podcast d'actualité du journal Le Soir.
- 0:14Tous les jours,
- 0:15c'est l'expertise de notre rédaction dans vos oreilles.
- 0:25Une maladie respiratoire qui se transmet rapidement sur un bateau,
- 0:28une maladie transmise à la base par un animal.
- 0:31Le foyer D hantavirus sur un navire de croisière
- 0:34a rappelé de mauvais souvenirs à tout le monde.
- 0:36On va voir dans un instant si
- 0:37on a raison d'être un peu stressé.
- 0:39Je m'appelle Pierre Fagnard.
- 0:41À propos,
- 0:42voici l'actualité comme vous l'entendez.
- 0:45Grand angle,
- 0:48le navire MV Hondius,
- 0:49sur lequel passagers et membres d'équipage sont confinés à cause d'un foyer d'hantavirus,
- 0:54est en route pour Tenerife,
- 0:55dans l'archipel espagnol des Canaries.
- 0:57Les passagers devraient pouvoir débarquer quelques jours plus tard.
- 1:00Les pays de l'Union européenne devront prendre en charge leurs ressortissants.
- 1:04L'évacuation des passagers extra-européens est-elle toujours en préparation ?
- 1:08On précise que 3 personnes sont mortes depuis le début de la.
- 1:11Croisière. Alors,
- 1:12la question que tout le monde s'est posé quand
- 1:14il a lu cette nouvelle faut-il craindre une pandémie ?
- 1:17Quels sont les points communs,
- 1:18les différences avec le COVID-19 ?
- 1:20On a posé toutes ces questions à Nicolas Dauby,
- 1:23spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital Saint Pierre.
- 1:27Bonjour Nicolas Dauby.
- 1:28Bonjour Pierre.
- 1:30Vous êtes
- 1:30spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Pierre de Bruxelles.
- 1:34Première chose,
- 1:35quand vous avez entendu parler pour la première fois de ce
- 1:38foyer d'antavirus sur un bateau de croisière,
- 1:41ça a été quoi votre première pensée ?
- 1:43J'ai dit,
- 1:44je me suis dit,
- 1:45ça y est,
- 1:46ça recommence.
- 1:47Encore une croisière qui termine mal.
- 1:50Non, en fait,
- 1:51on n'est pas très étonné de voir
- 1:53des épidémies sur des croisières.
- 1:54C'est quelque chose qu'on enseigne
- 1:56aux étudiants en médecine.
- 1:57Les croisières,
- 1:58c'est vraiment
- 1:59l'endroit idéal
- 2:00pour que des infections virales
- 2:02se propagent de manière efficace.
- 2:05Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu'on entend justement dans ce cas-ci par hantavirus ?
- 2:09C'est quoi un hantavirus ?
- 2:11En fait,
- 2:11il y a pas un hantavirus,
- 2:13c'est vraiment une très grande famille
- 2:15de virus qu'on va trouver
- 2:17de manière assez large
- 2:19sur le globe,
- 2:20avec, selon
- 2:22la zone géographique
- 2:24endémique, eh bien,
- 2:25des manifestations cliniques
- 2:27totalement différentes
- 2:28d'un endroit à l'autre.
- 2:29Donc il n'y a pas un antivirus,
- 2:31il y en a plusieurs,
- 2:32ce sont des maladies
- 2:33différentes, ce sont des virus différents également.
- 2:35Ça veut dire que si on a fait un hantavirus,
- 2:37on ne va pas être protégé contre un hantavirus
- 2:39de l'Amérique du Sud par exemple.
- 2:41Ici justement,
- 2:42on parle de la souche des
- 2:44Andes, actif au Chili et dans le sud de l'Argentine.
- 2:48C'est quoi ses particularités ?
- 2:50Mais d'abord,
- 2:51déjà, comme tous les tous les hantavirus,
- 2:53c'est un virus zoonotique,
- 2:54c'est à dire
- 2:55le réservoir va être
- 2:56des animaux et le cas échéant,
- 2:58et comme dans
- 3:00comme c'est le cas pour tous les
- 3:01hantavirus, ce sont des
- 3:02espèces de rongeurs.
- 3:03Ici c'est bien,
- 3:05c'est important de souligner que ce sont des espèces de rongeurs aussi qui
- 3:07sont spécifiques
- 3:08de l'Amérique
- 3:09du Sud,
- 3:10du Chili,
- 3:10de l'Argentine mais il y a aussi également des cas
- 3:12en Bolivie
- 3:13décrits. Après la transmission,
- 3:15elle est assez classique pour les
- 3:16hantavirus, c'est vraiment des personnes qui sont en contact avec l'environnement,
- 3:20contaminés par des excréments
- 3:23Ces rongeurs qui sont
- 3:24infectés de manière chronique
- 3:26et donc le cas classique,
- 3:27bah c'est
- 3:28les gens qui travaillent à la campagne,
- 3:30les fermiers ou les gens qui se baladent
- 3:32dans la campagne,
- 3:33dans les zones rurales,
- 3:34comme on a comme
- 3:36c'est ça a l'air d'être le cas
- 3:37ici. Enfin
- 3:37pour le cas Index,
- 3:38évidemment. Et
- 3:40cette souche des Andes,
- 3:41elle provoque quoi comme
- 3:43type de
- 3:44maladie derrière ?
- 3:45Ça ressemble,
- 3:46entre guillemets,
- 3:46à quel type de maladie qu'on connaît ?
- 3:48Bah déjà,
- 3:48il faut
- 3:49préciser que ce sont
- 3:50des maladies assez rares.
- 3:51Il y a
- 3:52eu. quelques centaines de cas décrits depuis
- 3:54les décennies qu'on connaît ces virus,
- 3:56donc il
- 3:57faut remettre
- 3:58l'églisse au milieu du village,
- 4:00c'est pas
- 4:00des infections fréquentes.
- 4:02Ensuite c'est des infections qui peuvent être
- 4:04de fait
- 4:04associées à une grande
- 4:05mortalité avec une atteinte de plusieurs
- 4:07organes. Ils sont
- 4:10classiquement décrits pour provoquer des problèmes au niveau pulmonaire avec des insuffisances
- 4:14respiratoires, mais globalement ça va être des
- 4:16atteintes de tous les organes avec des saignements notamment,
- 4:19donc ça se rapproche un peu en fait des
- 4:21Des fièvres hémorragiques
- 4:22qui sont décrites
- 4:23en Amérique du Sud,
- 4:24mais que en Europe,
- 4:24on connaît surtout par rapport évidemment aux
- 4:27infections à virus Ebola dont on entend régulièrement parler,
- 4:30par exemple en
- 4:31République démocratique du Congo ou en Afrique de l'Ouest,
- 4:35comme ça a été le cas il y a une dizaine d'années.
- 4:37Ouais, il y a
- 4:38quelque chose qui,
- 4:38il me semble,
- 4:39ressort de
- 4:39tous les articles qui ont été publiés depuis la découverte de ce foyer,
- 4:43c'est que ici en Europe,
- 4:45on est très étonné,
- 4:46mais en Amérique du Sud notamment,
- 4:47ce sont des maladies qu'on connaît et donc qu'on
- 4:50est presque habitué à traiter,
- 4:52entre guillemets,
- 4:52enfin en tout cas contre lesquelles on sait
- 4:54réagir. Oui,
- 4:55c'est ça.
- 4:55Les cliniciens là-bas,
- 4:56ben face à
- 4:58une suspicion,
- 4:58un cas suspect,
- 4:59donc avec
- 5:00des symptômes
- 5:01qui ressemblent à l'hantavirus et une exposition probable,
- 5:05notamment Quelqu'un qui habite à la campagne,
- 5:07Ben ils vont tout de suite
- 5:08évidemment suspecter cette
- 5:09maladie. Ils vont évidemment prendre les précautions
- 5:12d'usage pour ce genre
- 5:14de pathogènes
- 5:15contagieux à haut risque,
- 5:16comme on dit,
- 5:18et donc des
- 5:19équipements de protection individuelle et des masques.
- 5:22comme. Comme nous,
- 5:24on est préparé ici à Bruxelles,
- 5:26dans mon hôpital,
- 5:27ça fait 20 ans qu'on est préparé pour prendre en charge ce genre de
- 5:30pathogènes hautement contagieux,
- 5:31comme on dit.
- 5:32On a eu plusieurs entraînements avec
- 5:34justement l'épidémie à virus Ebola que je mentionnais il y a
- 5:37une dizaine d'années en Afrique de l'Ouest.
- 5:40Et puis de manière peut-être anecdotique,
- 5:42mais ça fait peut-être écho
- 5:44à cette histoire,
- 5:45nous en 2020,
- 5:46au début de l'année 2020,
- 5:47on a
- 5:48pris en
- 5:49charge un cas de fièvre hémorragique d'origine argentine aussi.
- 5:52Donc ça rappelle un peu
- 5:53cette histoire,
- 5:54c'est un peu un accident,
- 5:55mais ça illustre un peu
- 5:58le fait qu'on soit dans un monde hyper connecté et que
- 6:01des infections virales qui sont
- 6:04jamais vues dans nos contrées peuvent être
- 6:06importées via un avion,
- 6:07en ce qui nous concerne en 2020
- 6:09pour notre cas,
- 6:09soit ici
- 6:11via un bateau de croisière.
- 6:12Donc on vit dans un monde hyper connecté
- 6:15et des pathogènes très graves peuvent
- 6:17manière accidentelle
- 6:19arriver dans nos contrées.
- 6:20Donc je crois que le message,
- 6:21en tout cas pour nos
- 6:22hôpitaux, c'est qu'il faut
- 6:23de fait être
- 6:24toujours préparé.
- 6:25Et nous,
- 6:25dans notre hôpital,
- 6:25on est préparé,
- 6:27que ce soit les infirmiers,
- 6:27les équipes de soins intensifs,
- 6:29les équipes des
- 6:29urgences, à prendre en charge ce
- 6:31genre de
- 6:32patients. Et je pense que le risque,
- 6:35voilà, il est réel.
- 6:37Il est évidemment très faible pour
- 6:39pour la population générale,
- 6:41il est surtout pour les équipes soignantes qui doivent prendre en charge
- 6:43ce genre de patients,
- 6:44comme on l'a vu sur ce bateau.
- 6:48Mais le risque va augmenter parce qu'on a de plus en plus d'interactions avec l'environnement,
- 6:53l'urbanisation croissante,
- 6:55les villes qui
- 6:57s'étendent en milieu rural,
- 6:59la déforestation,
- 7:00donc ça fait que
- 7:01les proliférations de populations de rongeurs qui peuvent transmettre ce genre d'infections graves.
- 7:06Vous comprenez la réaction des autorités capverdiennes qui
- 7:10avaient refusé,
- 7:12enfin empêché les passagers de débarquer du bateau,
- 7:14vraisemblablement pour
- 7:15se protéger ?
- 7:17Oui, parce qu'il
- 7:18faut derrière quand même un système de
- 7:20soins qui soit
- 7:21compétent, qui soit de qualité.
- 7:23On n'a pas de traitement antiviral,
- 7:25on n'a
- 7:26pas de vaccin.
- 7:26Donc ça
- 7:27veut dire que votre
- 7:28c'est surtout pour protéger ses médecins
- 7:30et ses infirmières,
- 7:31je pense.
- 7:31Oui, le système
- 7:32dans son ensemble.
- 7:34Voilà, parce que comme je le dis,
- 7:35il vous faut des équipements de protection,
- 7:38il vous faut
- 7:38potentiellement de
- 7:40quoi transfuser ces patients,
- 7:42de quoi faire des dialyses,
- 7:43de quoi éventuellement les
- 7:44intuber. Et donc si vous êtes dans un pays où ces ressources
- 7:48sont manquantes,
- 7:49je peux comprendre.
- 7:50Et si vous avez d'autres priorités sur le terrain
- 7:53en termes sanitaires,
- 7:54je peux tout à fait comprendre
- 7:55ce genre
- 7:56de réaction.
- 7:57Voilà. Et
- 7:59les passagers de la croisière qui
- 8:02devraient arriver
- 8:03ce week-end
- 8:04sur l'île de Tenerife,
- 8:05aux Canaries,
- 8:06il faut les traiter comment ?
- 8:08Évidemment, on repense à l'épidémie de coronavirus et donc on pense à des quarantaines.
- 8:13C'est ce type
- 8:14de mesure qui peut être pris aussi ?
- 8:16Alors oui et non.
- 8:18C'est clair qu'il faudra les
- 8:19isoler de manière stricte.
- 8:22Il faudra surveiller l'apparition des symptômes.
- 8:23S'il y a des symptômes,
- 8:24il faudra d'office tester ça.
- 8:26Je pense que ça fait partie
- 8:28des règles de base.
- 8:29Il faudra les isoler en milieu hospitalier pour éviter la transmission
- 8:32secondaire et
- 8:33surtout la transmission du
- 8:34personnel soignant,
- 8:35évidemment, qui est en première ligne.
- 8:37Mais il faut relativiser.
- 8:39Je veux dire,
- 8:39la transmission elle est
- 8:40elle est pas comme
- 8:42le SARS COV 2,
- 8:42donc l'agent du COVID-19 de manière aérosol,
- 8:45c'est pas un virus qui va persister dans l'air,
- 8:47il faut vraiment.
- 8:48des contacts très étroits,
- 8:50quelqu'un qui vous postionne dessus,
- 8:52vraiment des mains souillées,
- 8:54et cetera.
- 8:56Donc je pense qu'on n'est
- 8:58pas vraiment dans le même cas
- 8:59qu'en 2020 avec
- 9:02le début de la
- 9:03pandémie COVID-19.
- 9:05Et pour revenir à notre cas de fièvre hémorragique argentine que nous on
- 9:08avait pris en charge en début 2020,
- 9:10juste avant le COVID,
- 9:11on était exactement dans la même situation.
- 9:14On avait une patiente qui revenait d'Argentine,
- 9:16qui a présenté des symptômes
- 9:18hémorragiques et qui,
- 9:20juste avant,
- 9:21avait pris
- 9:22un train,
- 9:23avait pris un bus,
- 9:24avait séjourné dans
- 9:24un Airbnb.
- 9:25Donc on a dû faire tout ce travail de
- 9:27ce qu'on appelle de tracing
- 9:29pour s'assurer qu'aucun de
- 9:31des contacts
- 9:32développe la
- 9:32maladie. Et heureusement,
- 9:34ça n'a pas été le cas.
- 9:36Juste pour terminer,
- 9:37alors vous l'avez dit,
- 9:38on peut évidemment
- 9:40être rassurant
- 9:41quant au mode de transmission.
- 9:42En tout cas,
- 9:43on n'est pas sur un
- 9:44un une ressuscée du COVID,
- 9:46mais vous pouvez comprendre le sentiment général que
- 9:48en voyant ce type d'information,
- 9:50bah le traumatisme lié au COVID remonte en quelques
- 9:52instants au sein de la population.
- 9:57Bah ça je veux dire,
- 9:58c'est le rôle des médias et dans la manière dont vous traitez les informations
- 10:01par rapport aux épidémies
- 10:02de maladies infectieuses.
- 10:04Franchement, en 2025,
- 10:06il y a eu des milliers de cas de fièvre hémorragique Lhassa au Nigeria.
- 10:10Est-ce que
- 10:10quelqu'un a entendu parler de ça ?
- 10:11Il y a eu des centaines de morts et encore maintenant
- 10:13personne n'en parle.
- 10:14Alors, est-ce que c'est parce que ce sont des Européens qui sont tout d'un coup,
- 10:17par malchance,
- 10:18ont attrapé un virus
- 10:19en tas
- 10:20extrêmement rare ?
- 10:22Est-ce que c'est pour ça qu'on se focalise là-dessus ?
- 10:24Je sais pas.
- 10:25Voilà, je veux dire,
- 10:26les croisières c'est connu comme étant des moyens
- 10:29d'incuber les
- 10:29maladies virales.
- 10:30Ici, c'est la faute à pas de chance,
- 10:33voilà. Mais
- 10:35je pense qu'on n'est pas du tout dans
- 10:36une même situation que la pandémie
- 10:37Covid-19. Pour revenir sur notre maladie infectieuse,
- 10:40la tuberculose fait un million de morts par
- 10:42an. C'est la population de Bruxelles
- 10:44au niveau mondial qui meurt à cause de la tuberculose.
- 10:47Est-ce qu'on en parle tous les jours ?
- 10:47Non, on devrait peut-être.
- 10:50Merci beaucoup en tout cas pour toutes ces explications,
- 10:52Nicolas Dauby.
- 10:54Avec plaisir.
- 10:54Bonne journée.
- 11:00À propos,
- 11:00c'est fini pour aujourd'hui,
- 11:01mais on revient demain matin.
- 11:03Merci de votre écoute.
- 11:04Si vous en voulez encore,
- 11:06tous nos podcasts sont disponibles dans l'application du soir.
- 11:09Rendez-vous dans le store de votre smartphone
- 11:11ou de votre tablette