Latest / Archives / LE DÉRAILLEMENT DU TGV QUI A CHOQUÉ LA FRANCE (Eckwersheim)
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- 0:09On dirait du Stade de France. On est le 14 novembre 2015.
- 0:16La veille, la France est sous le choc.
- 0:18Les attentats de Paris viennent de frapper 130 morts.
- 0:23L'émotion est immense, tout le pays a les yeux tournés vers la
- 0:27capitale, le monde entier aussi. Et d'un coup, le temps semble
- 0:31s'arrêter. Mais malgré le drame, la vie
- 0:33continue. Les gens sortent avec la peur au
- 0:36ventre. Les trains roulent et dans un
- 0:39coin de l'est de la France, un TGV file à toute vitesse.
- 0:42À l'intérieur, une cinquantaine de personnes, des techniciens,
- 0:46des ingénieurs et quelques invités.
- 0:48Ce n'est pas un train de voyageurs, c'est un test.
- 0:52Un essai avant l'ouverture d'une nouvelle ligne.
- 0:54Tout est prévu, tout est encadré, tout semble maîtrisé.
- 0:59Mais à 15h04, le train à bord d'une courbe beaucoup trop vite,
- 1:03ils déraillent. Plusieurs voitures terminent
- 1:06leurs courses dans un canal. 11 morts, 42 blessés.
- 1:24En quelques secondes, ce qui devait être une simple vérif
- 1:27technique devient l'accident le plus meurtrier de toute
- 1:32l'histoire du TGV. Alors aujourd'hui, on prend le
- 1:36temps de revenir sur ce qu'il s'est passé parce que ce n'est
- 1:40pas juste un fait divers. C'est l'histoire d'un train
- 1:43lancé vers l'avenir et d'un système qu'on pensé infaillible
- 1:47mais qui ce jour-là. À craquer.
- 1:52J'ai beau essayé d'effacer ce que j'ai vu, ce que j'ai
- 1:55entendu, et après le voilà tout le reste.
- 2:00Mais je sais pas. Pardon ?
- 2:17Petite Info, avant de continuer, je vous rappelle que j'ai
- 2:19maintenant un podcast disponible sur Spotify, Chronique obscure
- 2:23qui regroupe mes vidéos enquêtes criminelles.
- 2:26Et catastrophe, si vous voulez vous abonner, c'est gratuit, le
- 2:28lien est en description et j'arrive sur les autres
- 2:31plateformes dans très peu de temps
- 2:42avant de parler d'aigues. Versailles, faut qu'on remonte
- 2:45un peu en arrière parce que ce train qui a déraillé en 2015,
- 2:49c'était pas juste un train. C'était un TGV, le bijou
- 2:53technologique français, un vrai symbole de modernité et de
- 2:57fierté nationale, et surtout un truc qu'on considérait comme
- 3:00ultra fiable jusqu'à ce fameux jour.
- 3:03Tout remonte à 1938, quand l'État crée la SNCF pour
- 3:06rassembler toutes les vieilles compagnies privées de chemin de
- 3:09fer. À l'époque, les trains français,
- 3:11c'est pas fou, ça roule à 100 120 km heure en moyenne.
- 3:18Et même dans les années 50 ou 60, il faut plus de 04h00 pour
- 3:21aller de Paris à Lyon. Bref, pour l'époque c'est lent,
- 3:25très lent. Et puis un jour le Japon sort le
- 3:29shinkansen. On est en 1964, c'est le tout
- 3:32premier train à grande vitesse du monde, il file à 210 km heure
- 3:36en croisière. Et là tout le monde hallucine.
- 3:38en France, c'est un petit coup à l'égo, mais on ne se précipite
- 3:42pas, on observe, on étudie. Et dans les années 70, on se
- 3:49lance pas juste un train rapide, mais aussi des lignes
- 3:52complètement conçues pour ça. Et ça, c'est la vraie
- 3:56révolution. En 1981, le premier TGV entre en
- 3:58service sur la ligne Paris Lyon, le train à grande vitesse.
- 4:01En octobre 81, la partie sud sera mise en service à partir de
- 4:06Saint Florentin dans l'Yonne. Ils roulent entre 240 et 260 km
- 4:17heure en croisière, plus du double de ceux qu'on
- 4:20connaissait. Et là, c'est le choc, c'est
- 4:23fluide, silencieux, pile à l'heure et surtout ça va très
- 4:28très vite. Les voyageurs sont bluffés, le
- 4:30pari est réussi. À partir de là, le réseau
- 4:33s'agrandit, Lille, Marseille, Strasbourg et les ingénieurs,
- 4:38eux, s'éclatent. Ils veulent aller.
- 4:40Toujours plus loin, en 1990, un TGV modifié atteint 515 km heure
- 4:43pendant un test record mondial à l'époque.
- 4:46Depuis, le Japon a repris l'avantage avec son maglev, un
- 4:51train à lévitation magnétique qui a tapé 603 km heure en
- 4:55essai. Mais bon, c'est juste pour
- 4:57montrer ce qu'on sait faire, pas pour transporter des gens tous
- 5:01les jours bien évidemment. Parce qu'en vrai, ce que les
- 5:03ingénieurs cherchent aujourd'hui.
- 5:08C'est pas de battre des records hein, c'est d'avoir des trains
- 5:10qui roulent vite, tout le temps, sans aucun problème.
- 5:13Et c'est là qu'on rejoint le Japon.
- 5:15Même en 2025, le shinkansen et le TGV roulent à la même vitesse
- 5:19en service, c'est à dire 320 km heure maximum, pas plus parce
- 5:24que c'est le bon compromis, rapide mais stable, sûr et pas
- 5:29trop cher à entretenir. le Japon teste des prototypes capables de
- 5:32400 km heure, comme l'alpha X. Mais ils ne sont pas encore
- 5:36utilisés en service régulier. Donc aujourd'hui le TGV c'est
- 5:40toujours un modèle rapide, confortable, ponctuel et surtout
- 5:44ultra sûr depuis 1981. 0 accident mortel à bord 0.
- 5:47On en a même pris l'habitude. C'est devenu normal, acquis.
- 5:52Et c'est bien pour ça que ce qui s'est passé à Eggersheim a
- 5:57choqué le monde. Parce que dans nos têtes, un
- 6:01TGV, ça ne déraille pas. Depuis le lancement du TGV dans
- 6:10les années 80, la France n'a pas arrêté d'étendre son réseau.
- 6:13Et parmi les projets les plus ambitieux, il y a la LGV.
- 6:17La ligne à grande vitesse est européenne.
- 6:18L'idée, c'était simple, relier Paris à Strasbourg en grande
- 6:23vitesse et surtout ouvrir la porte vers l'Allemagne, le
- 6:26Luxembourg, la Suisse. En gros, connecter l'est de la
- 6:30France au reste de l'Europe. Aussi vite qu'on le fait déjà
- 6:35pour Lyon ou encore Marseille. Un projet comme ça, ça se fait
- 6:39pas d'un coup hein. Le chantier s'est donc fait en 2
- 6:42étapes. La première, entre vaires sur
- 6:45Marne et Beaurecourt en Moselle, est mise en service en 2007.
- 6:48Résultat, le Paris Strasbourg passe sous la barre des 3 h.
- 6:52C'est déjà énorme, mais il reste un souci, le dernier tronçon
- 6:57avant Strasbourg est encore sur une vieille ligne classique.
- 7:01Pas de grande vitesse sur cette partie là.
- 7:03Alors, une 2e phase lancée, construire la portion manquante
- 7:07entre baudaucourt et vendenheim, juste à côté de Strasbourg.
- 7:12Le but est clair, terminer la ligne et surtout offrir un Paris
- 7:16Strasbourg entièrement en LGV, en moins d'une heure 50.
- 7:20Une vraie prouesse technique et un gros symbole politique et
- 7:24économique. La mise en service est prévue
- 7:27pour 2016. Mais avant ça, comme toujours,
- 7:31il faut faire des tests, ce qu'on appelle la phase
- 7:34d'homologation, on fait rouler des trains, on vérifie tout, les
- 7:38rails, les signaux, les automatismes, les systèmes de
- 7:41sécurité. Bref, on s'assure que tout est
- 7:44nickel. Et c'est justement ce qui est
- 7:46prévu le 14 novembre 2015 du côté d'Eggersheim, une petite
- 7:49commune du Bas-Rhin, à une quinzaine de kilomètres au nord
- 7:52de Strasbourg. Ce jour-là, on teste une courbe
- 7:55bien précise, juste avant le raccordement avec la ligne
- 7:58classique vers la gare de Wendenheim.
- 8:00Une courbe de 945 M de rayon bien identifiée, bien connue.
- 8:07Ça a été un petit peu compliqué par rapport aux autres essais.
- 8:11Il était quand même assez stressé, fatigué, on il avait
- 8:15décidé d'arrêter les essais. Une RAM TGV flambant neuve est
- 8:18lancée pour un essai en conditions réelles.
- 8:20Mais ce test là n'est pas tout à fait comme les autres.
- 8:23Parce que ce jour-là, il n'y a pas que des techniciens à bord,
- 8:27il y a aussi des invités, des collègues, des conjoints, des
- 8:31enfants de cheminots. L'ambiance est sérieuse mais un
- 8:35peu détendue aussi, un peu comme une répétition générale.
- 8:40Un moment de fierté. Le train s'appelle TGV Duplex
- 8:43744, à son bord, 53 personnes et détails importants.
- 8:46Les systèmes automatiques de contrôle de vitesse, comme le
- 8:50TVM 430 ou encore le RTMS sont désactivés.
- 8:52C'est normal lors de certains essais en survitesse pour garder
- 8:54plus de souplesse. Mais ça veut surtout dire une
- 8:59chose, ce jour-là, tout repose sur les humains.
- 9:21En temps normal, un TGV roule à 320 km heure sur ce type de
- 9:24ligne. Mais pendant les tests, on peut
- 9:26monter un peu plus haut et c'est ce qui se passe ce jour-là.
- 9:30La rame grimpe jusqu'à 360 km heure 2 Min avant le drame.
- 9:37Et jusque là, tout se passe bien, mais à l'approche de la
- 9:41fameuse courbe, quelque chose cloche.
- 9:44Un petit coup de poing un petit coup de poing, ouais.
- 9:48Maintien au freinage, 230 à 232 100.
- 10:05Fallait le garder, fallait pas le lâcher.
- 10:08Le, le freinage est lancé mais un peu trop tard.
- 10:12Le train est encore beaucoup trop rapide pour prendre ce
- 10:14virage en sécurité et en quelques secondes, ce qui devait
- 10:18être une formalité se transforme en catastrophe.
- 10:31Le train arrive sur une courbe serrée.
- 10:34Près d'eggersheim, une courbe connue avec un rayon de 945 M et
- 10:37une vitesse limite fixée à 176 km heure.
- 10:40Sauf que le train est encore à 265 km heure.
- 10:44Le freinage est enclenché mais avec un kilomètre de retard et à
- 10:48cette vitesse là, chaque 2nde compte.
- 10:51Cette fois, il est trop tard. La physique fait son travail.
- 10:55Les bougies, c'est à dire les chariots sous les wagons.
- 11:02Ne tiennent plus la pression, les roues ne restent plus
- 11:05collées au rail. Le train se soulève puis
- 11:08déraille. Plusieurs voitures basculent,
- 11:11l'une percute un pont de plein fouet, une autre est projetée
- 11:17dans le canal de la Marne au Rhin.
- 11:18La rame se tord, se disloque, se casse en morceaux.
- 11:23J'ai couru vers le portillon arrière et en sortant, j'ai déjà
- 11:26vu un gros nuage noir. L'arrière de la motrice de tête
- 11:44heurte le parapet en béton. Le Beaugie s'encastre.
- 11:48La structure RIP glisse avant de s'arrêter 150 M plus loin.
- 11:53Le transformateur casse, l'huile s'échappe.
- 11:56Un incendie se déclenche en quelques secondes.
- 12:00C'est un chaos mécanique. Les images vues du ciel
- 12:04montreront une scène surréaliste, des wagons
- 12:07éventrés, certains à moitié dans l'eau, d'autres renversés.
- 12:11Entre les voies, de la fumée des débris, un silence pesant.
- 12:15Certains passagers sont éjectés, d'autres coincés dans les
- 12:18voitures. L'un d'eux sera retrouvé
- 12:20immergé, toujours vivant mais en état critique.
- 12:24Les secours arrivent en moins de 10 Min.
- 12:27Pompiers, gendarmes, plongeurs. Le Plan rouge est déclenché à
- 12:3217h45. Un poste de commandement est
- 12:33installé sur place. Le canal est profond, l'eau est
- 12:36trouble et une partie du train est coincée dans la berge et le
- 12:40fond. Les plongeurs posent des filets
- 12:42de sécurité puis plongent dans les rames immergées à la
- 12:45recherche de survivants. Pendant ce temps, sur la terre
- 12:48ferme, d'autres équipes désincarcèrent les blessés avec
- 12:50des brancards, des cordes, des pinces.
- 13:13Certains sont en état de choc, d'autres gravement touchés.
- 13:17Au total, ce sont 291 pompiers venus du Bas-Rhin, de la Moselle
- 13:21et du Haut Rhin qui vont se relayer pendant plus de 30 h.
- 13:27Je pense qu'on était pas loin de 400 sauveteurs et forces de
- 13:30l'ordre sur le sinistre. Une intervention énorme dans des
- 13:33conditions difficiles, mais une mobilisation qui a permis
- 13:36d'éviter un bilan encore plus lourd.
- 13:38Malgré tout, 11 personnes ne survivront pas.
- 13:42Et dès le lendemain de l'accident, Ségolène Royal,
- 13:45ministre des Transports à l'époque, s'était rendue sur
- 13:48place elle aussi. Parce que derrière tous ces
- 13:51chiffres, il y avait des gens et ce qui marque dans cette
- 13:54tragédie. C'est que ce n'était ni une
- 13:57collision, ni un problème de signalisation.
- 14:01Ce n'était pas un accident de circulation à proprement parler,
- 14:06c'était un test, un moment qui devait être parfaitement
- 14:10contrôlé. Mais ce jour-là, un retard dans
- 14:13le freinage, une vitesse mal anticipée et c'est tout un
- 14:18symbole de fiabilité qui en un instant s'est effondré.
- 14:45Sa douleur tous les jours. Faut pas cacher médecin mon
- 14:50épouse. Bon bah toujours rééducation euh
- 14:54voilà c'est c'est. Les psychiatres, un peu tout,
- 14:57quoi. Après le choc, après les images,
- 15:03après l'urgence, vient le moment des questions.
- 15:06Et très vite, une chose est claire, ce n'est pas un problème
- 15:10de matériel. 2e constat, il n'a été.
- 15:13Identifié, aucun. Élément de défaillance dans la
- 15:17rame d'essais techniques. Le TGVA déraillé parce qu'il
- 15:21allait trop vite et le freinage a été lancé.
- 15:25Trop tard ? Mais comment c'est possible ?
- 15:27Comment ? Dans un test aussi encadré, avec
- 15:30une cinquantaine de personnes à bord, dont des techniciens, des
- 15:33cadres, des experts, on peut louper un point aussi essentiel,
- 15:38l'enquête commence très rapidement.
- 15:41En fait, y en a 3, une enquête judiciaire, une enquête
- 15:45technique menée par la BEATT, le bureau d'enquête sur les
- 15:48accidents de transport terrestre, et une enquête
- 15:50interne de la SNCF. Et ce qu'elles vont révéler,
- 15:55c'est pas une énorme faute isolée, c'est une suite de
- 15:59petites erreurs accumulées, des imprécisions, des habitudes, des
- 16:04automatismes, des détails, mais qui ensemble ont tout fait
- 16:08basculer. D'abord, il y a le plus visible,
- 16:11le freinage a été lancé 12 secondes trop tard et à cette
- 16:15vitesse 12 secondes, c'est absolument énorme.
- 16:18Le train devait commencer à freiner au point kilométrique
- 16:21400. Il le fait au point kilométrique
- 16:24401. Résultat, il entre dans une
- 16:26courbe prévue pour 176 km heure à 265 km heure.
- 16:30Même les calculs les plus tolérants disaient que cette
- 16:33courbe ne devait jamais être prise à plus de 220 km heure-là,
- 16:38on est largement au-dessus. Le déraillement devient
- 16:41inévitable. Ensuite, il y a le contexte du
- 16:44test. Ce jour-là, c'est le premier
- 16:51essai en survitesse à cet endroit précis.
- 16:54Et pour ça, comme souvent dans ces cas-là, les systèmes
- 16:57automatiques de contrôle de vitesse sont coupés.
- 17:00C'est normal dans ce genre de manœuvre, mais ça veut dire une
- 17:03chose, la sécurité repose uniquement sur l'équipe à bord.
- 17:07Le cadre transport traction, celui qui supervise l'essai
- 17:11prend une décision. Il repousse le freinage d'un
- 17:14kilomètre en pensant que ça passe.
- 17:17Mais il ne s'est pas que plus tôt dans la journée, un freinage
- 17:20avait commencé à 2,5 km avant ce qu'il pensait.
- 17:23Autrement dit, il base son calcul sur une INFO fausse et ça
- 17:27change tout. Autre point important, il avait
- 17:30déjà prévenu sa hiérarchie des flous dans des consignes.
- 17:33Plusieurs semaines avant, il avait remonté l'info, mais ça
- 17:36n'avait pas bougé. Et puis il y a la cabine, ce
- 17:39jour-là, ils sont 7 à l'avant du train.
- 17:43Certains debout, d'autres en train de filmer.
- 17:47C'est pas le bazar, mais c'est pas le calme absolu non plus.
- 17:51Et dans un moment aussi technique qu'un freinage à 360
- 17:54km heure, chaque distraction peut compter.
- 17:58À cela s'ajoutent les documents de bord.
- 18:01Feuille de route, consigne de freinage, briefing.
- 18:03Beaucoup de choses pas claires. Même la boîte noire du train,
- 18:07censée enregistrer tout, ne peut pas donner la position exacte du
- 18:11train parce que le point kilométrique 0 est mal défini.
- 18:14Et il y a cette fameuse vidéo filmée 3 jours avant un autre
- 18:19essai, pas celui du drame, mais déjà on voit des invités à bord
- 18:24et une ambiance un peu trop détendue.
- 18:27Cette vidéo, pour les enquêteurs, c'est un symbole.
- 18:31Elle montre qu'une certaine routine s'est installée, que la
- 18:34vigilance n'était plus au même niveau.
- 18:36Une suite de décisions humaines prises un peu trop vite, avec
- 18:41des infos pas toujours bonnes dans un cadre pas assez strict.
- 18:44Et cette fois, ça ne pardonne pas.
- 18:47Il y. A eu des manques de briefing, il
- 18:53y a eu des tas de choses qui n'ont pas fonctionné, donc il y
- 18:56a. La SNCF 6 sera une grande
- 18:59responsabilité dans ce drame. Après l'enquête, c'est la
- 19:01justice qui prend le relais. Il aura fallu attendre presque 9
- 19:05ans pour que les responsabilités soient vraiment jugées.
- 19:08Le procès s'ouvre en mars 2024 au tribunal correctionnel de
- 19:11Paris. Dans le box, on retrouve les 3
- 19:14grands noms du ferroviaire français, la SNCFSNCF réseau et
- 19:17Systra. La Systra, c'est une boîte
- 19:19d'ingénierie spécialisée dans les transports ferroviaires.
- 19:21En gros, ce sont ceux qui bossent sur la conception, les
- 19:25essais et la sécurité des lignes.
- 19:30Souvent aux côtés de la SNCF et 2 personnes physiques, le
- 19:33conducteur de la rame et le cadre transport traction, celui
- 19:36qui avait validé le freinage tardif.
- 19:38Pendant plusieurs semaines, le tribunal décortique tous les
- 19:41détails, les vitesses, les décisions prises, les échanges
- 19:45entre les équipes. Ce qui ressort de tout ça, c'est
- 19:47un fonctionnement où tout le monde a un rôle, mais où
- 19:50personne n'assume vraiment. La défense, elle revient souvent
- 19:54à la même idée. Ce n'était pas moi, ce n'était
- 19:57pas mon poste, ce n'était pas ma responsabilité.
- 20:00C'est effectivement un travail d'amateur.
- 20:02Ils disent très clairement que Systrat, mais aussi la SNCF,
- 20:06n'ont pas agi conformément aux règles de l'art, à ce qui aurait
- 20:11dû être leur savoir faire, qu'il y a eu des incompétences
- 20:14lourdes, qu'il y a eu des méconnaissances.
- 20:20Mais ce qui revient aussi, c'est que si une seule personne avait
- 20:23agi différemment, l'accident aurait probablement pu être
- 20:27évité. Un élément devient central dans
- 20:29ce procès, vous vous en doutez, la fameuse vidéo tournée 3 jours
- 20:33avant le drame. Ce jour-là, l'équipe avait eu du
- 20:36mal à respecter la vitesse demandée à un autre point du
- 20:39parcours, il. Faut que 390 quand je sois 230 à
- 20:42330. Donc il faudra qu'on prenne
- 20:44avant c'est sûr. Ouais mais après c'est 230 moi
- 20:46qui va écrire plus de 500 km heure.
- 20:48À perdre sur un kilomètre 700. Ah ça se perd.
- 20:52Ah bon ? Bah c'est bon.
- 20:54Du côté des experts, les conclusions sont sans ambiguïté.
- 20:57La BEATT parle d'une vitesse excessive dans une courbe
- 20:59serrée. La cause directe de l'accident,
- 21:02c'est un freinage mal enclenché, trop tardif.
- 21:04Les experts judiciaires vont encore plus loin.
- 21:07Ils découvrent une erreur dans la feuille de route, le freinage
- 21:11était censé commencer à un endroit précis, mais il était en
- 21:15fait placé un kilomètre trop loin.
- 21:18On sera meilleur samedi, on a. Meilleur.
- 21:21Terrain. Mais non, on sera pas meilleur.
- 21:22Pourquoi ? On était très bien.
- 21:24Ah oui, c'est bien. Oui oui mais.
- 21:25On peut être meilleur. Il y a aussi le sujet du poids.
- 21:27La RAM était un TGV duplex, donc à 2 étages, et ce jour-là,
- 21:31plusieurs invités étaient installés à l'étage.
- 21:34Ce poids supplémentaire en hauteur aurait pu relever le
- 21:38centre de gravité du train. Ça ne change pas la cause
- 21:41principale, mais ça a pu aggraver les effets du
- 21:44déraillement. Le 10 octobre 2024, le verdict
- 21:46tombe, la SNCF est condamnée à 400000€ d'amende, systra à
- 21:49225000€ d'amende, SNCF réseau à 150000€ pour les personnes
- 21:53physiques. Le conducteur est reconnu
- 21:54coupable mais bénéficie de circonstances atténuantes.
- 22:04Il écope de 7 mois de prison avec sursis.
- 22:07Le cas de traction, lui, reçoit 15 mois avec sursis.
- 22:10Pas de prison ferme, pas de sanction spectaculaire, mais un
- 22:14message clair, ce drame aurait pu être évité.
- 22:19Dans la salle d'audience, les familles des victimes assistent
- 22:22au procès. Silencieuses, elles
- 22:25n'attendaient pas de vengeance, ni même des peines très lourdes.
- 22:28Ce qu'elle voulait, c'était qu'on reconnaisse ce qui s'est
- 22:31passé. Un accident aussi grave dans un
- 22:54système aussi cadré, ça peut pas juste passer sous silence alors
- 22:58qu'est ce qui a changé depuis eggersheim ?
- 23:00Est ce qu'il y a eu un avant et un après ?
- 23:03Et surtout, est ce que les gens ont perdu confiance dans le
- 23:06TGV ? La réponse est un peu étrange.
- 23:08Côté grand public, l'impact est resté très discret.
- 23:12Déjà, le train ne transportait pas de passager classique,
- 23:15c'était un test, pas une rame commerciale.
- 23:18Et surtout, l'accident a eu lieu le lendemain des attentats du 13
- 23:22novembre à Paris. toute la France et le monde entier
- 23:25étaient encore sous le choc. L'émotion, l'actualité,
- 23:28l'attention. Tout était ailleurs.
- 23:31Cet accident, pourtant le plus meurtrier de toute l'histoire du
- 23:35TGV, est passé presque inaperçu dans les médias.
- 23:38Les trains ont continué à rouler, les réservations n'ont
- 23:41pas baissé et dans la tête de beaucoup, le TGV est resté ce
- 23:44qu'il a toujours été, un moyen de transport rapide, moderne et
- 23:47sûr. Mais dans les coulisses, c'est
- 23:51une autre histoire. L'ouverture officielle de la 2e
- 23:54partie de la LGV est prévue pour avril 2016.
- 23:59A été décalé de 3 mois. Le tronçon accidenté, sous
- 24:03scellée judiciaire, a d'abord été contourné.
- 24:06Les trains circulaient sur une seule voie, avec des limitations
- 24:09spécifiques. En attendant que les enquêtes se
- 24:11terminent. Tous les essais ont été stoppés,
- 24:14puis ils ont repris, mais avec des règles bien plus strictes.
- 24:18Désormais, même en phase de test, les systèmes de contrôle
- 24:22automatique de la vitesse doivent rester activés.
- 24:25Les essais en survitesse sont encore possibles.
- 24:29Mais beaucoup mieux encadrées, les feuilles de route sont
- 24:31vérifiées, les consignes de freinage précises et les équipes
- 24:35sont formées de façon plus rigoureuse et surtout plus
- 24:39d'invités à bord. Même pas pour faire plaisir.
- 24:43Depuis eck Versheim, la SNCFA interdit les invitations non
- 24:47professionnelles pendant les essais, notamment en survitesse
- 24:52même les enfants de cheminots qui faisaient parfois partie de
- 24:55ce genre de moment symbolique. Ne sont plus autorisés à monter
- 24:58dans ces rames de test. Officiellement, c'est fini.
- 25:01Ce qu'on a retenu de cet accident, c'est pas juste une
- 25:04question de vitesse, c'est la routine, le petit relâchement,
- 25:09l'impression que tout est sous contrôle alors que le cadre ne
- 25:12l'était plus vraiment dans le milieu ferroviaire, eckwersheim
- 25:16a laissé une trace, pas un traumatisme visible, mais une
- 25:20vraie cicatrice, une piqûre de rappel.
- 25:24Qu'on n'oublie pas parce qu'on a vu ce qu'un simple écart de
- 25:27quelques secondes ou de quelques kilomètres heure pouvait
- 25:30provoquer. Et que versheim, ce n'est pas
- 25:33une cassure dans l'histoire du TGV, c'est un avertissement.
- 25:35Un rappel que même les systèmes les plus fiables, les machines
- 25:39les plus performantes peuvent se briser quand l'humain, lui, se
- 25:43dit qu'il n'y a plus de risque. Et c'est peut être ça, au fond,
- 25:48la vraie leçon. Un an après l'accident, un
- 25:51jardin du souvenir a été aménagé sur le lieu du drame.
- 25:54Une stèle a été posée en hommage aux victimes.
- 25:57Le 14 novembre 2016, une cérémonie a été organisée.
- 26:01Il y avait les familles, les collègues, les proches, ceux qui
- 26:05ont vécu ça de près. Aujourd'hui encore, le TGV reste
- 26:17l'un des moyens de transport les plus sûrs au monde.
- 26:19Mais cet accident rare et marquant a laissé une trace.
- 26:23Il a permis de corriger des failles, de revoir des pratiques
- 26:27et de rappeler que même dans des environnements ultra encadrés,
- 26:30la rigueur ne doit jamais devenir une routine.
- 26:34Merci d'avoir suivi cette vidéo jusqu'au bout, si le sujet vous
- 26:37a intéressé, n'hésitez pas à laisser un commentaire pour
- 26:39partager vos impressions. Ou vos souvenirs sur cette
- 26:43période. Et comme toujours, pensez à
- 26:45liker, à vous abonner si c'est pas encore fait hein.
- 26:47C'est vraiment un énorme soutien pour ma chaîne et vous pouvez
- 26:50mettre la cloche pour ne rater aucune vidéo.
- 26:52À très vite pour une nouvelle histoire, c'était néoxy.