Latest / Le Café du Sport Business / Pourquoi les banques françaises règnent-elles chacune sur leur propre territoire sportif ?
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- 0:03Le café du sport business on parle pas des scores du weekend
- 0:06hein ? Non, on parle des enjeux
- 0:07financiers, du marketing, des médias.
- 0:11Toute l'arrière boutique économique du sport en fait.
- 0:18Bonjour, bienvenue au café du sport business.
- 0:21C'est un sujet que tous les étudiants en management du sport
- 0:24connaissent. La stratégie sponsoring très
- 0:26segmentée et très identifiée du secteur bancaire en France.
- 0:30C'est un sujet fascinant effectivement, et pour poser le
- 0:34cadre d'emblée, on parle d'enjeux financiers
- 0:37gigantesques. Absolument.
- 0:38D'ailleurs, si on regarde l'étude récente menée
- 0:41conjointement par Sportsora et Nielsen Sports, les chiffres
- 0:44parlent d'eux mêmes, en 2025, le marché des partenariats du sport
- 0:48professionnel français pèse 1,78 milliards d'euros.
- 0:52C'est un volume global énorme. Et dans ce marché, les services
- 0:56financiers, donc banques et assurances, jouent un rôle
- 1:00colossal, ils captent à eux seuls 8% du total de ces
- 1:04investissements. Ce qui les place directement en
- 1:062e position des investisseurs les plus puissants du secteur.
- 1:09On ne parle pas de petits acteurs isolés, en fait.
- 1:11Pas du tout. L'ossature de ce financement
- 1:14repose sur 3 géants incontournables, le Crédit
- 1:17Agricole, le groupe BPCE et BNP Paribas.
- 1:20Et ces 3 là figurent solidement dans le top 10 global des
- 1:23sponsors en France. C'est une omniprésence qui ne
- 1:25date pas d'hier. Et notre mission pour cette
- 1:27exploration, c'est justement de comprendre la mécanique derrière
- 1:30tout ça. On va décortiquer comment ce
- 1:32gâteau a été divisé entre les acteurs et pourquoi cette
- 1:35stratégie fonctionne avec une telle précision depuis près de
- 1:3850 ans. Voilà et il sera surtout
- 1:40question d'analyser comment l'émergence d'un nouveau secteur
- 1:43numérique vient totalement bouleverser cet équilibre qui
- 1:46semblait parfait. Exactement alors commençons par
- 1:48le commencement, la division des disciplines.
- 1:51C'est un véritable inventaire de chasses gardés historiques, avec
- 1:55des territoires parfaitement délimités.
- 1:57C'est le mot des chasses gardés. La géographie de ce sponsoring
- 2:00est d'une fixité qu'on voit très rarement ailleurs.
- 2:03Par exemple, le Crédit Agricole verrouille le football depuis
- 2:061974. La société générale, c'est le
- 2:09rugby. Depuis 87BNP Paribas s'est
- 2:12installée dans le tennis en 73. Le LCL dans le cyclisme en 81 et
- 2:17la Banque populaire avec la voile en 89, ce qui est.
- 2:19Fascinant ici. C'est que cette stabilité
- 2:22financière des banques dans les années 70 coïncide exactement
- 2:26avec les tout débuts du marketing sportif professionnel.
- 2:29Elles étaient là dès la fondation du marché, en somme.
- 2:31Tout à fait, elles ont structuré le secteur et il faut bien
- 2:34mesurer qu'il existe très peu d'entreprises dans toute
- 2:37l'économie globale, capables de maintenir 50 ans de présence
- 2:40continue dans un même domaine. Décortiquons un peu tout ça.
- 2:43C'est plus comparable à un mariage de longue durée qu à une
- 2:46romance de vacances. On pourrait se demander pourquoi
- 2:48le temps est la variable absolue dans leur modèle plutôt que de
- 2:51surfer sur les tendances du moment.
- 2:53La réponse se trouve du côté de la science et du comportement.
- 2:57L'auteur et chercheur Florian Escoube à notamment travaillé
- 3:00sur ce sujet et il est démontré scientifiquement que
- 3:03l'efficacité d'un partenariat s acquiert par la durée.
- 3:05Donc le zapping publicitaire serait contre-productif pour
- 3:08elle. C'est ça ?
- 3:10Les banques ne cherchent pas un affichage éphémère, elles visent
- 3:13un engagement authentique qui est perçu inconsciemment par les
- 3:16spectateurs. Au bout de 10, 20 ou 30 ans, la
- 3:19reconnaissance de marque s'installe profondément.
- 3:21Le. Logo de la Banque devient
- 3:22presque un élément naturel du décor sportif plutôt qu'une
- 3:25publicité intrusive. Exactement, c'est une stratégie
- 3:28de mémorisation passive extrêmement redoutable.
- 3:32Ce qui nous amène à une question de fond puisque ces partenariats
- 3:35durent des décennies. Pourquoi avoir choisi
- 3:38spécifiquement le sport pâle ? Après tout, le cinéma ou
- 3:42l'industrie musicale touchent aussi des 1000000 de personnes
- 3:45pour. Comprendre ça.
- 3:46Il faut analyser la nature même d'un produit bancaire, une
- 3:49banque, par définition, vend de l'immatériel.
- 3:52Elle commercialise de la confiance au sein d'un système
- 3:55complexe et hyper réglementé. Et c'est un secteur où la
- 3:58différenciation par le produit est presque impossible, un
- 4:01compte courant ou un crédit immobilier reste
- 4:03fonctionnellement le même, peu importe l'enseigne.
- 4:06Absolument. Il n'y a pas d'avantage
- 4:08technologique flagrant. De plus, la finance souffre
- 4:11souvent d'une image perçue comme austère, voire négative pour
- 4:15certains clients. C'est vrai, la Banque est
- 4:17souvent associée aux frais, aux démarches administratives.
- 4:20C'est un rapport très utilitaire et parfois tendu.
- 4:23Voilà pourquoi le sport et l'antidote parfait, il apporte
- 4:26une caution de sympathie instantanée en s associant au
- 4:28sport, la banque met en place une véritable stratégie de
- 4:30déculpabilisation. Elle s'achète un supplément
- 4:33d'âme, en fait. C'est l'idée.
- 4:35Les banques se positionnent en partenaires désintéressés.
- 4:38Que l'équipe gagné ou perde, que le sportif réussit sous échoué,
- 4:40la Banque est là pour soutenir la passion.
- 4:42C'est un vecteur émotionnel très puissant et on le voit bien
- 4:45quand on observé comment elles utilisent ce canal sportif pour
- 4:48incarner leurs valeurs sociétales.
- 4:50La fameuse RSE, la responsabilité sociétale des
- 4:53entreprises, trouve un écho formidable ici.
- 4:55C'est un terrain d'expression idéal pour l'égalité, la santé
- 4:58ou le handicap. On a des exemples très forts de
- 5:00cette incarnation. L'un des plus marquants, c'est
- 5:02l'initiative de la société générale avec le 15 de France.
- 5:06Oui, ce clip magnifique où les joueurs du 15 de France
- 5:10interprètent la Marseillaise en langue des signes.
- 5:12C'est une activation qui dépasse largement le cadre d'un simple
- 5:15match de rugby. Ça associé la puissance
- 5:17médiatique de l'équipe nationale.
- 5:19Un message d'inclusion très clair un autre exemple fort de
- 5:23cette fidélité à toute épreuve, c'est le LCL avec le Tour de
- 5:26France. C'est un pas d'école.
- 5:28Le cyclisme a traversé des heures extrêmement sombres,
- 5:31notamment avec les scandales de dopage majeurs à la fin des
- 5:34années 90 et au début des années 2000.
- 5:37Et dans ce genre de tempête médiatique, beaucoup de marques
- 5:40auraient rompu leur contrat pour préserver leur image.
- 5:42Logiquement oui, mais le LCL est resté fidèle au maillot jaune en
- 5:46traversant ces crises sans retirer son financement.
- 5:49La Banque à prouvé de manière éclatante qu'elle n'était pas un
- 5:51sponsor opportuniste. C'est un message indirect de
- 5:54fiabilité très fort envoyé à ses propres clients.
- 5:57On ne vous abandonné pas quand ça va mal.
- 5:59Exactement, c'est l'illustration parfaite du partenaire
- 6:02authentique. Mais pour que cette image
- 6:03d'authenticité fonctionne à plein régime et ne paraisse pas
- 6:06artificielle, on se doute qu'il ne suffit pas d'apposer son logo
- 6:10sur le maillot de l'équipe nationale.
- 6:11À la télé, il faut occuper le terrain.
- 6:13C'est une règle d'or. La présence doit se déployer du
- 6:16sommet de la pyramide jusqu'à la base la plus locale.
- 6:18Et cette toile est tissée à tous les échelons.
- 6:20Si on reprend le pas du Crédit Agricole avec le football, ils
- 6:23sont avec la FFF et la Coupe de France au niveau professionnel.
- 6:26Mais ils sont aussi partenaires de la Kings League pour toucher
- 6:30des cibles plus jeunes et surtout, ils financent
- 6:33massivement les clubs amateurs partout sur le territoire.
- 6:35La caisse d'épargne applique exactement le même schéma pour
- 6:38le basket et le handball de l'équipe de France jusqu'au
- 6:41petit club de quartier. Et si on veut parler de
- 6:43l'implication ultime sur le terrain, l'exemple de la Banque
- 6:47populaire dans le monde de la voile est sans doute le plus
- 6:49abouti. C'est vrai que leur modèle va
- 6:51beaucoup plus loin qu'un simple sponsoring financier.
- 6:53Ils sont devenus un véritable armateur.
- 6:55La Banque ne se contente pas de mettre son nom sur une coque.
- 6:58Elle gère une équipe d'une vingtaine de personnes basées à
- 7:00Lorient, des ingénieurs, des techniciens, des navigateurs.
- 7:04C'est la création et la démonstration physique de leur
- 7:06engagement, ils fabriquent l'outil de performance.
- 7:10C'est là que ça devient vraiment intéressant d'un point de vue
- 7:11stratégique. Sur quel aspect précisément ?
- 7:15Sur la question du retour sur investissement local, si on est
- 7:18cynique une 2nde, financer un jeu de maillot pour un petit
- 7:21club de rugby dans un village du sud-ouest, ça semble inefficace
- 7:25à petite échelle. En terme de visibilité
- 7:27nationale, oui, l'impact de ce petit club est nul.
- 7:30Voilà, mais en le faisant systématiquement partout en
- 7:34France, ont tous la clientèle de manière très personnelle.
- 7:38Le parent qui voit le logo de la Banque sur le maillot de son
- 7:40enfant le samedi après 12h00 développé une connexion
- 7:43affective forte. C'est un maillage de proximité
- 7:46redoutable et en parallèle de cette proximité, il y a la
- 7:49puissance de frappe visuelle sur les grands événements et là la
- 7:53rentabilité est calculée à la 2nde près.
- 7:55C'est l'exemple de BNP Paribas à Roland Garros, dont les chiffres
- 7:58sont assez édifiants. Totalement salon les analyses de
- 8:01visibilité, la marque BNP Paribas est visible en moyenne.
- 8:0633 secondes par minute de jeu pendant le tournoi.
- 8:09C'est un ratio d'exposition qui explique parfaitement la
- 8:12rentabilité de l'opération sur les bâches de fond de cours,
- 8:14c'est une présence visuelle continue et tout.
- 8:16Cet écosystème de l'amateur jusqu'au Grand Chelem fonctionne
- 8:20dans un respect absolu des territoires.
- 8:22Il n'y a pas de guerre fratricide entre les banques.
- 8:24C'est un point très juste. Quand de nouveaux entrants ont
- 8:27voulu s investir, ils n'ont pas essayé de déloger les acteurs
- 8:29historiques. Le Crédit Mutuel a pris l
- 8:31athlétisme et le volley Ball. Des espaces encore libres.
- 8:33Le CICA fait de même avec la natation et le cyclisme.
- 8:35En complément, personne ne se vampirise, car une guerre des
- 8:38enchères ne ferait que détruire la valeur de leur
- 8:40investissement. Donc, si on résume la situation
- 8:43jusqu'ici, le monde du sport traditionnel est un écosystème
- 8:47pacifié où chacun respecte le territoire de l'autre, selon un
- 8:51véritable gentleman's agreement. C'est le modèle parfait en place
- 8:54depuis 50 ans. Sauf qu'une nouvelle discipline
- 8:57est émergée récemment et vient faire voler ce pacte en éclats.
- 9:00Parlons de les sports, le sport électronique.
- 9:03Ah les sports. C'est le grand bouleversement.
- 9:05C'est le nouveau terrain de lutte qui brise toutes les
- 9:08règles établies. On assisté à une véritable
- 9:10brûlée vers l'or numérique. Les sports, c'est la cible reine
- 9:13pour capter les 10835 ans. Et soudainement, au lieu de se
- 9:16répartir sagement les territoires, toutes les banques
- 9:18se marchent sur les pieds au même endroit.
- 9:21C'est une congestion totale de l'espace.
- 9:23La société générale s'est associée très tôt à Gamers
- 9:26Origin, devenue gallions, et a lancé un championnat étudiant
- 9:29sur League of Legends. De son côté, le Crédit Agricole
- 9:32est partenaire de la TEAM vitality.
- 9:34La Banque postale sponsorise la Coupe de France De League of
- 9:37Legends, le Rocket League, Paris Major et même la zélane.
- 9:41Sans oublier le CIC qui est très présent sur la Ligue française
- 9:45de League of Legends, la fameuse LFL, et qui accompagné la
- 9:48carmine Corp si. On observé bien, on a 4
- 9:51institutions bancaires majeures qui ciblent les mêmes jeux, les
- 9:54mêmes compétitions. Et donc la même audience si.
- 9:57On relie ça à la situation globale qu'on vient de décrire
- 10:00sur le sport traditionnel. On fait face à une contradiction
- 10:03stratégique majeure au sein même du secteur bancaire, YA1 grand
- 10:06débat interne sur la viabilité de cette approche.
- 10:09Oui, 2 visions s'affrontent assez ouvertement, d'un côté, on
- 10:13a une vision optimiste portée par des responsables comme
- 10:16Thomas Salvigio de la Banque postale.
- 10:18Sa thèse est qu'on peut s'imposer dans les sports par la
- 10:20continuité. En maintenant des activations
- 10:23larges et durables, l'objectif est de s'imprimer dans l'esprit
- 10:26des 10835 ans avec la même force que dans le sport classique.
- 10:29C'est le pari de la fidélité. En espérant que le temps fera
- 10:32son œuvre. Mais de l'autre côté, il y a une
- 10:34vision beaucoup plus pragmatique, défendue notamment
- 10:36par Claude Coesner, le directeur général du CIC.
- 10:39Et il apporte une contradiction fondamentale à cet optimisme,
- 10:42salon lui devenir l'acteur hégémonique de l'esport, de la
- 10:45même manière que le Crédit Agricole l'Est dans le football
- 10:48par exemple. C'est tout simplement
- 10:49impossible. Et c'est là qu'il faut
- 10:50comprendre ce qui rend les sports si différents
- 10:52structurellement du sport traditionnel.
- 10:54Qu'est ce qui bloqué cette hégémonie ?
- 10:56La clé du problème, c'est le pouvoir des éditeurs de jeux
- 10:58vidéo. Les sports est une discipline
- 11:00fermée régie par la propriété intellectuelle.
- 11:03Ce qui n'existe absolument pas dans le sport classique,
- 11:06personne ne possède les droits d'auteur sur la forme d'un
- 11:08ballon de foot ou sur les règles du rugby.
- 11:11Exactement, le football appartient au domaine public,
- 11:14mais League of Legends appartient exclusivement à Riot
- 11:17Games. Rocket League appartient à Epic
- 11:20Games. Donc s'associer à un éditeur
- 11:22pour préempter un jeu demande des budgets d'un tout autre
- 11:26niveau. Ce sont des budgets colossaux à
- 11:28l'échelle mondiale, les banques françaises, même très puissantes
- 11:31sur leur territoire national, n'ont pas la capacité de
- 11:34s'offrir l'exclusivité totale d'un jeu auprès de ces géants
- 11:37mondiaux du divertissement. Ça empêche donc tout acteur
- 11:40financier de verrouiller complètement l'espace médiatique
- 11:42de la même façon qu'à Roland Garros.
- 11:43C'est structurellement impossible aujourd'hui.
- 11:46C'est ce qui rend cette analyse si captivante.
- 11:49Pour faire la synthèse de notre parcours aujourd'hui, on a
- 11:52exploré un système de sponsoring bancaire vieux d'un demi-siècle,
- 11:55minutieusement bâti sur la fidélité, sur le temps long et
- 11:59sur une volonté de réparation d'image à travers l'émotion
- 12:02sportive. Un modèle qui a prouvé son
- 12:05efficacité de manière magistrale sur le terrain.
- 12:08Et pourtant, on voit que ce modèle se heurté aujourd'hui de
- 12:11plein fouet aux réalités économiques et structurelles de
- 12:13l sport. Ce qui laisse planer une
- 12:15question très ouverte pour la réflexion future, on sait que
- 12:18les éditeurs de jeux vidéo possèdent des droits absolus de
- 12:21leur création et qu'ils peuvent décider de changer les règles ou
- 12:24même de fermer un jeu du jour au lendemain.
- 12:26Une instabilité inhérente au produit numérique.
- 12:29Tout à fait dès lors le modèle de fidélité à la française qui a
- 12:33tenu 50 ans dans le sport traditionnel.
- 12:35Pourra-t-il seulement survivre dans la culture éphémère et
- 12:38propriétaire du sport numérique ?
- 12:40C'est un défi stratégique monumental pour ses marques dans
- 12:43les années à venir. À très vite pour un nouveau
- 12:45podcast du café du sport business.