Latest / The Forgotten Art / Sortir du Triangle dramatique de Karpman
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- 0:00Bienvenue sur The Forgotten Cast,
- 0:02nous sommes Art et Forgotten.
- 0:05Et aujourd'hui,
- 0:06on s'attaque à une dynamique qu'on a tous vécue.
- 0:08Tu sais,
- 0:09pourquoi est-ce que lorsqu'une dispute éclate avec un proche ou qu'une contrariété survient au bureau,
- 0:14on finit presque toujours par jouer une sorte de pièce de théâtre dont on déteste le scénario ?
- 0:20Oui,
- 0:20on ressasse,
- 0:20on accuse,
- 0:21on justifie.
- 0:22C'est ça.
- 0:23Et à la fin,
- 0:24on en ressort juste complètement vidé.
- 0:26Donc pour cette exploration,
- 0:27on va se baser sur un article vraiment fascinant.
- 0:29publié par The Forgotten Art qui s'intitule Sortir du triangle de Karpman.
- 0:35Et le sous-texte de cette source,
- 0:36c'est ce qu'elle appelle l'art oublié d'être humain.
- 0:38C'est vraiment ça le cœur du sujet.
- 0:40L'idée,
- 0:40ce n'est pas du tout de distribuer des petits conseils de surface sur la gestion des conflits,
- 0:44genre respirer un bon coup et sourier.
- 0:47Non,
- 0:47pas du tout.
- 0:48L'objectif de notre plongée aujourd'hui,
- 0:50c'est de démonter vraiment rouage par rouage les dynamiques toxiques dans lesquelles on s'enferme tous.
- 0:56Et surtout,
- 0:56découvrir...
- 0:57comment reprendre une véritable souveraineté sur notre vie émotionnelle.
- 1:01Et ce mot souveraineté,
- 1:02je crois qu'il est crucial ici.
- 1:04Carrément.
- 1:04Parce que souvent,
- 1:05on aborde la psychologie sous l'angle de la réparation.
- 1:08Comme s'il fallait réparer une machine cassée.
- 1:10Exactement.
- 1:11Alors qu'ici,
- 1:11la perspective apportée par le texte est beaucoup plus radicale.
- 1:14L'enjeu,
- 1:15c'est vraiment de cesser d'être le jouet de son environnement,
- 1:18la marionnette des autres,
- 1:19pour devenir l'architecte conscient de son propre état d'esprit.
- 1:22Du coup,
- 1:23décortiquons ça à la base.
- 1:24Parce que...
- 1:25Pour comprendre comment s'en sortir,
- 1:26il faut d'abord comprendre le piège dans lequel on tombe.
- 1:30Et ce piège,
- 1:31c'est le fameux triangle dramatique de Karpman.
- 1:33Ouais,
- 1:34un concept super connu ici de l'analyse transactionnelle.
- 1:36Pour ceux de notre audience qui découvrent ce terme,
- 1:38l'analyse transactionnelle,
- 1:39en gros,
- 1:41c'est l'étude des jeux psychologiques,
- 1:43souvent invisibles,
- 1:44auxquels on joue quand on communique.
- 1:46Et ce modèle précis décrit trois rôles toxiques qui s'alimentent mutuellement.
- 1:50On a la victime,
- 1:51le persécuteur et le sauveur.
- 1:53Et ce qui est fou...
- 1:54C'est que ces rôles offrent chacun un bénéfice psychologique caché.
- 1:57C'est pour ça qu'ils sont si difficiles à quitter,
- 1:58en fait.
- 1:59Ah bon ?
- 2:00Même la victime y trouve son compte ?
- 2:01Eh oui.
- 2:02La victime,
- 2:03elle se sent impuissante,
- 2:04écrasée par les événements.
- 2:06Mais en échange,
- 2:06elle attire l'attention.
- 2:08Et surtout,
- 2:08elle se dédouane de toute responsabilité.
- 2:11Ah ouais,
- 2:11genre,
- 2:11c'est pas ma faute,
- 2:12c'est le monde qui est contre moi.
- 2:14Exactement.
- 2:15Le persécuteur,
- 2:15lui,
- 2:15il accuse,
- 2:16il rabaisse,
- 2:17il contrôle.
- 2:18Son bénéfice à lui,
- 2:19c'est le sentiment de puissance.
- 2:21Un sentiment de supériorité qui masque ses propres failles,
- 2:23j'imagine.
- 2:24Tout à fait.
- 2:25Et enfin,
- 2:25on a le sauveur.
- 2:26Celui qui vole à la rescousse de la victime,
- 2:28qui prend tout en charge.
- 2:29Ça a l'air super généreux dit comme ça.
- 2:31En apparence,
- 2:31oui.
- 2:32Mais en réalité,
- 2:34ça crée une énorme dépendance.
- 2:36Ça permet au sauveur de se sentir indispensable,
- 2:38d'exister à travers le besoin de l'autre,
- 2:40tu vois.
- 2:41L'image qui me vient tout de suite en tête quand je lisais la source,
- 2:44c'est celle d'un jeu de chaises musical,
- 2:46mais particulièrement toxique.
- 2:48Ah oui,
- 2:48la métaphore est super parlante.
- 2:49C'est ça.
- 2:50La musique s'arrête,
- 2:51donc un conflit ou un stress survient,
- 2:53et tout le monde se précipite pour s'asseoir.
- 2:56Sauf que chaque chaise est incroyablement inconfortable.
- 2:59Genre remplie de clous,
- 3:00quoi.
- 3:01Voilà,
- 3:01remplie de clous.
- 3:02La logique voudrait qu'on quitte la pièce,
- 3:04qu'on arrête de jouer.
- 3:05Mais non,
- 3:05on préfère continuer à tourner autour des chaises et à changer de place frénétiquement.
- 3:09Et la dynamique est d'autant plus insidieuse que ces rôles,
- 3:13c'est pas des identités fixes.
- 3:14C'est-à-dire ?
- 3:15C'est des postures momentanées.
- 3:17Des costumes qu'on enfile et qu'on retire à la vitesse de l'éclair.
- 3:21Prends une dispute de couple banale sur les tâches ménagères.
- 3:23Le grand classique.
- 3:24Voilà.
- 3:25Quelqu'un se plaint de devoir toujours tout faire.
- 3:28À cet instant précis,
- 3:30cette personne est assise sur la chaise de la victime.
- 3:32D'accord.
- 3:33Le partenaire se sent attaqué,
- 3:34réplique sèchement.
- 3:35Hop,
- 3:36il endosse le rôle du persécuteur.
- 3:38Et là,
- 3:38la première personne change de stratégie.
- 3:40C'est ça.
- 3:41Face à l'agressivité,
- 3:42elle s'excuse.
- 3:44Elle commence à ranger frénétiquement pour apaiser l'autre,
- 3:46devenant ainsi...
- 3:47Le sauveur.
- 3:48En l'espace de trois minutes,
- 3:49la même personne a occupé les trois chaises.
- 3:52C'est juste un ballet épuisant.
- 3:53Mais si on regarde le moteur de cette danse,
- 3:55qu'est-ce qui pousse les gens à s'accrocher à ce jeu ?
- 3:57Selon l'article,
- 3:58c'est une illusion fondamentale.
- 4:00Une attente qui est commune aux trois rôles.
- 4:03Cette petite voix intérieure qui chuchote
- 4:06« lorsque quelque chose changera à l'extérieur,
- 4:08je pourrai enfin me sentir autrement à l'intérieur » .
- 4:11C'est le nœud du problème en fait.
- 4:12On délègue complètement notre météo intérieure aux événements extérieurs.
- 4:16La victime se dit
- 4:18« Quand tu m'aideras,
- 4:19je me sentirai digne d'être aimée. »
- 4:20Exactement.
- 4:21Le persécuteur,
- 4:22lui,
- 4:22se convainc
- 4:23« Lorsque tu m'obéiras,
- 4:25je retrouverai mon calme. »
- 4:26Et le sauveur opère sur la conviction
- 4:28« Lorsque tu auras désespérément besoin de moi,
- 4:31je sentirai que j'ai de la valeur. »
- 4:33Donc on confie aux autres le pouvoir absolu de dicter notre réalité émotionnelle.
- 4:38Mais là,
- 4:38je vais jouer un peu l'avocat du diable.
- 4:40Vas-y,
- 4:40je t'écoute.
- 4:41Admettons que quelqu'un subisse une vraie injustice.
- 4:44Une trahison au boulot ou une remarque super cruelle d'un ami,
- 4:47c'est quand même parfaitement naturel,
- 4:49non,
- 4:49d'attendre des excuses pour pouvoir se sentir mieux ?
- 4:51C'est un réflexe psychologique très courant,
- 4:53oui.
- 4:54Mais c'est précisément là que le piège se referme sur nous.
- 4:56Pourquoi ?
- 4:58C'est un peu le fondement de la justice sociale,
- 4:59pourtant.
- 5:00Parce que si on décortique froidement le mécanisme,
- 5:03exiger des excuses pour aller mieux,
- 5:05ça revient littéralement à donner les clés de notre propre prison émotionnelle à la personne qui vient nous y enfermer.
- 5:11C'est dû conférer un pouvoir démesuré.
- 5:14Confier aux circonstances la mission de produire notre état d'être,
- 5:18ça nous condamne à une attente perpétuelle.
- 5:21Et le plus tragique,
- 5:21c'est que même si la condition est remplie,
- 5:24l'apaisement est totalement illusoire.
- 5:26Illusoire ?
- 5:27Mais...
- 5:28S'il a mis sa excuse,
- 5:29on se sent soulagé sur le coup,
- 5:30non ?
- 5:31Sur le coup,
- 5:31oui.
- 5:32Mais le soulagement est super éphémère.
- 5:34Parce que ce besoin de validation,
- 5:37quand il est projeté vers l'extérieur,
- 5:39c'est comme le tonneau des Danaïdes.
- 5:41Ça se vide sans fin.
- 5:42C'est ça.
- 5:43Les excuses arrivent,
- 5:45mais très vite le mental s'interroge.
- 5:46C'était vraiment sincère ?
- 5:48Il ne va pas recommencer demain ?
- 5:49Et paf,
- 5:50une nouvelle exigence apparaît.
- 5:52Il faut une nouvelle preuve,
- 5:53une nouvelle réassurance.
- 5:54Voilà.
- 5:55Le sentiment de manque persiste.
- 5:57Parce qu'on cherche à l'extérieur une plénitude qu'on n'a pas appris à générer depuis sa propre conscience.
- 6:02C'est une perspective qui bouscule pas mal d'idées reçues pour quiconque nous écoute.
- 6:06Tant que la couleur de notre humeur dépend du pinceau des autres,
- 6:10on reste une toile vulnérable au moindre coup de vent.
- 6:14C'est une très belle image.
- 6:15Mais du coup,
- 6:16si attendre que l'extérieur change,
- 6:18c'est voué à l'échec,
- 6:20comment on inverse la machine ?
- 6:21Et c'est là qu'intervient ce que la source appelle un renversement de paradigme total.
- 6:25L'art oublié d'être humain ?
- 6:27Exactement.
- 6:28Si l'erreur,
- 6:28c'est d'attendre que l'expérience colore notre conscience,
- 6:31la solution,
- 6:31c'est de s'entraîner à colorer notre expérience par notre conscience,
- 6:35avec un grand C.
- 6:36Il faut modifier notre point de départ,
- 6:38en fait.
- 6:38Totalement.
- 6:39On cesse de demander à la réalité de nous fournir un sentiment.
- 6:43On décide en amont de l'état d'être avec lequel on va accueillir cette réalité.
- 6:47J'adore ce changement de question de départ dans le texte.
- 6:50Au lieu de se lever le matin en se demandant,
- 6:52avec angoisse,
- 6:53« Que doit-il m'arriver aujourd'hui pour que je me sente en paix ? »
- 6:56On se demande,
- 6:57depuis quel état d'être est-ce que je choisis de colorer ce qui va m'arriver ?
- 7:01La paix devient une orientation.
- 7:03C'est ça,
- 7:04une boussole interne.
- 7:05Pas une récompense lointaine une fois que tous les problèmes seront réglés.
- 7:08La paix devient le socle depuis lequel on aborde le conflit.
- 7:12Pareil pour l'amour ou la dignité.
- 7:14Ce ne sont plus des denrées rares qu'on espère recevoir passivement.
- 7:18Ce sont des qualités de présence qu'on s'efforce d'incarner,
- 7:21indépendamment de la météo extérieure.
- 7:23C'est la souveraineté à l'état pur.
- 7:25ne plus subir l'atteinte de l'événement,
- 7:27mais lui imposer notre clarté.
- 7:29Voilà.
- 7:30Sauf que,
- 7:31bon,
- 7:31je dois amener une contradiction forte ici pour éviter tout malentendu.
- 7:34Je sens que tu vas parler de positivité toxique.
- 7:37Carrément.
- 7:38Parce que sur le papier,
- 7:38c'est hyper séduisant.
- 7:40Mais quand on parle de décider de colorer son expérience avec la paix,
- 7:44on s'imagine vite ces discours où il faut sourire à tout prix.
- 7:47Oui,
- 7:47le fameux « good vibes only » .
- 7:49Voilà.
- 7:50Répéter des affirmations devant son miroir,
- 7:52s'auto-persuader que tout va bien alors qu'on boude rage ou tristesse à l'intérieur.
- 7:57Est-ce qu'on peut vraiment décréter
- 7:58« je suis en paix »
- 7:59par la force de la volonté et s'attendre à ce que la colère disparaisse ?
- 8:03C'est une excellente question et l'auteur de l'article est très clair là-dessus.
- 8:07Cette distinction est vitale.
- 8:09Le renversement dont on parle,
- 8:10ce n'est absolument pas recouvrir une émotion douloureuse d'un vernis de fausse sérénité.
- 8:14Ce serait juste du déni habillé en spiritualité.
- 8:17Exactement.
- 8:18La positivité toxique exige qu'on ampute une partie de notre expérience humaine.
- 8:23La souveraineté,
- 8:24au contraire,
- 8:25exige qu'on l'embrasse totalement.
- 8:27Donc il faut d'abord accepter ce qui nous traverse.
- 8:30C'est l'étape non négociable.
- 8:32L'article dit explicitement qu'on ne peut pas déclarer « je suis en paix »
- 8:36si on refuse de rencontrer la colère qui gronde en soi.
- 8:39Et pour illustrer ça,
- 8:40il y a cette métaphore absolument frappante dans la source 2.
- 8:44L'enfant qui pleure.
- 8:45J'adore ce passage.
- 8:47L'idée,
- 8:47c'est d'arrêter de voir nos émotions dites négatives,
- 8:49genre la honte,
- 8:51la rage,
- 8:51la peur,
- 8:52comme des anomalies à éradiquer.
- 8:54Il faut les voir comme de jeunes enfants en larmes,
- 8:57terrifiés,
- 8:57qui viennent frapper à notre porte pour chercher le réconfort de leurs parents.
- 9:01Et le parent responsable ici,
- 9:02c'est notre conscience.
- 9:03C'est ça.
- 9:04Quand tu visualises une émotion comme ça,
- 9:07la dynamique change instantanément.
- 9:09Face à un enfant en pleine crise d'angoisse,
- 9:11hurler pour qu'il se taise ou l'enfermer dehors,
- 9:13ça fait qu'aggraver la panique.
- 9:14Il n'a pas besoin qu'on lui dise « mais non,
- 9:16tout va bien,
- 9:16souris » .
- 9:17Non,
- 9:17il a besoin d'un accueil inconditionnel.
- 9:20Pour voir dire à cette colère
- 9:22« je te vois,
- 9:24tu peux être là,
- 9:26tu n'as pas besoin de disparaître pour que je t'accorde mon attention » .
- 9:28C'est un acte de vulnérabilité énorme.
- 9:31On ne cherche plus un coupable à l'extérieur,
- 9:33on prend la responsabilité de border l'émotion,
- 9:38comme on borde un enfant agité dans son lit.
- 9:40Et cette notion de border...
- 9:42Ça rejoint ce que l'auteur appelle la digestion émotionnelle.
- 9:45Ah oui,
- 9:46ce temps sans rythme imposé.
- 9:49Notre époque,
- 9:49elle nous vend l'idée qu'on devrait pouvoir gérer un deuil ou un licenciement en cinq étapes rapides.
- 9:55Et être productif le lendemain,
- 9:56bien sûr.
- 9:56Mais la réalité psychologique est tout autre.
- 9:58Border une émotion,
- 9:59ça nécessite de s'asseoir avec elle,
- 10:01de localiser où ça se crispe dans le corps,
- 10:04de respirer sans chronomètre.
- 10:06La véritable paix,
- 10:08c'est pas l'absence de tempête.
- 10:10C'est l'espace capable de contenir la tempête sans s'effondrer.
- 10:13Voilà.
- 10:14La conscience,
- 10:15c'est comme un ciel immense.
- 10:17L'orage peut être violent,
- 10:19mais il menace jamais l'intégrité du ciel.
- 10:22C'est magnifique.
- 10:23Et ça permet de répondre à une crainte légitime.
- 10:25Accueillir la colère,
- 10:26c'est pas s'y soumettre.
- 10:27Recevoir un enfant capricieux à bras ouverts,
- 10:29ça veut pas dire lui donner les clés de la voiture,
- 10:31quoi.
- 10:31Tout à fait.
- 10:32C'est la ligne de crête de l'intelligence émotionnelle.
- 10:35On valide l'intensité de l'émotion,
- 10:37mais on garde la direction de nos actions.
- 10:39Bon,
- 10:40mettons cette théorie élégante à l'épreuve du réel.
- 10:42L'article donne l'exemple du vol d'un portefeuille.
- 10:45Un exemple très pragmatique.
- 10:47Oui,
- 10:47parce que là,
- 10:47c'est factuel.
- 10:48Tu sors d'un café,
- 10:49on t'a volé ton portefeuille.
- 10:51Perte matérielle,
- 10:52cauchemar administratif pour les papiers,
- 10:54et fatalement,
- 10:55stress.
- 10:56colère,
- 10:57sentiments d'injustice.
- 10:58Comment on réagit face à ça sans tomber dans le triangle Karpman et sans devenir un pseudo-sage passif ?
- 11:05Observons la réaction automatique d'abord.
- 11:07La personne va sûrement osciller entre la victime qui se lamente et le persécuteur qui maudit le voleur,
- 11:13la ville ou même le pauvre serveur du café.
- 11:16L'énergie est entièrement tournée vers l'extérieur.
- 11:18C'est ça.
- 11:19La colère devient le filtre exclusif de toute la journée.
- 11:22On hurle sur le banquier au téléphone,
- 11:24on est agressif en rentrant chez soi.
- 11:26L'apaisement est suspendu à un truc improbable.
- 11:28Je serai calme quand la police retrouvera mes affaires.
- 11:31Ce qui n'arrivera sans doute jamais.
- 11:32Donc,
- 11:33frustration infinie.
- 11:35Alors que la voie de la souveraineté,
- 11:36elle,
- 11:36propose un chemin différent.
- 11:37Et attention,
- 11:38on ne joue pas aux moines zen invulnérables.
- 11:41La première étape,
- 11:42c'est la validation.
- 11:43L'enfant qui pleure.
- 11:44Oui,
- 11:45je suis en colère.
- 11:46J'ai peur pour mes données bancaires.
- 11:48Ça m'a atteint.
- 11:49Exactement.
- 11:50Le basculement,
- 11:51il vient après cet accueil.
- 11:53On accepte la présence de la colère.
- 11:54sans pour autant légitimer ou excuser le vol.
- 11:57On digère l'événement à l'intérieur,
- 11:59au lieu de le vomir sur son entourage.
- 12:02Et ça contredit l'idée que l'acceptation mène à l'inaction.
- 12:04On ne dit pas qu'il faut s'asseoir sur un banc pendant que quelqu'un vide notre compte en banque.
- 12:08Bien sûr que non.
- 12:09L'article mentionne explicitement qu'on va porter plainte,
- 12:12voire contre X,
- 12:13mais sur une fréquence différente.
- 12:15C'est-à-dire ?
- 12:16L'action n'est plus propulsée par la haine ou la panique.
- 12:19Elle est organisée depuis un espace de clarté.
- 12:22Tu parles au policier avec dignité.
- 12:24Tu agis avec fermeté,
- 12:25mais tu retires à ce vol le pouvoir disproportionné de devenir la couleur unique de ton existence.
- 12:30On refuse de prolonger l'incident contre soi-même en fait.
- 12:33On s'évite la double peine.
- 12:34La peine matérielle est là,
- 12:36mais on s'épargne la souffrance de la rumination.
- 12:38C'est exactement ça.
- 12:40Ce qui nous amène à la destination finale de cette pratique.
- 12:43Parce que si on s'entraîne,
- 12:44si on arrive à ne plus dépendre des autres pour ressentir la paix,
- 12:48le texte introduit une idée assez vertigineuse.
- 12:50Le solitaire de l'être.
- 12:52Un terme qu'il faut bien définir,
- 12:54pour ne pas faire de contresens.
- 12:56Oui,
- 12:56on ne parle pas de devenir un ermite dans une grotte,
- 12:58sans relation sociale.
- 13:00Surtout pas.
- 13:01Ni de cultiver un cynisme froid envers l'humanité.
- 13:04Devenir le solitaire de l'être,
- 13:06ça commence au moment où on cesse de faire peser sur les autres la lourde mission de maintenir notre équilibre intérieur.
- 13:11C'est une vraie libération relationnelle.
- 13:14On continue d'aimer,
- 13:15d'avoir des amis,
- 13:16de bosser en équipe,
- 13:18mais on arrête d'exiger qu'ils soient les béquilles de notre valeur personnelle.
- 13:21On arrête d'attendre du partenaire parfait,
- 13:23qui nous donne la permission d'exister.
- 13:25La relation n'est plus un lieu où l'on vient puiser désespérément pour se remplir.
- 13:30C'est un espace où l'on vient partager ce qu'on a déjà cultivé en soi.
- 13:33On arrête d'attendre que quelqu'un d'autre donne,
- 13:35comme dit la source,
- 13:36du panache à notre être.
- 13:38C'est joliment dit.
- 13:40L'individu découvre son propre trône de souveraineté.
- 13:43Pas pour dominer les autres,
- 13:45mais pour régner sur son royaume intérieur.
- 13:47En fin de compte,
- 13:48on passe d'une posture de mendiant à une posture de créateur.
- 13:51Dans le triangle dramatique,
- 13:52on supplie le monde de s'aligner avec nos désirs.
- 13:55Dans la souveraineté,
- 13:56on devient la source.
- 13:57On accueille le chaos,
- 13:58on le digère,
- 13:59et on choisit la couleur qu'on veut projeter.
- 14:02Et c'est un voyage conceptuel d'une immense cohérence.
- 14:05D'ailleurs,
- 14:05si on pousse cette idée jusqu'au bout,
- 14:07il y a une réflexion assez provocatrice qui émerge pour nous tous.
- 14:10Ah ?
- 14:11Laquelle ?
- 14:12Si on admet que notre état profond ne dépend vraiment plus des comportements des autres,
- 14:16quelle proportion de nos conflits quotidiens n'est,
- 14:19au final,
- 14:20qu'une simple lutte ?
- 14:21contre nos propres émotions qu'on refuse d'accueillir.
- 14:25C'est vertigineux de réaliser à quel point on utilise parfois les autres comme des boucliers pour ne pas affronter notre propre météo interne.
- 14:32C'est une sacrée invitation à s'observer soi-même.
- 14:34Dès la prochaine conversation difficile,
- 14:36non ?
- 14:36Tellement.
- 14:37Au lieu de se jeter sur la chaise de la victime ou du persécuteur,
- 14:40on pourrait juste prendre un instant,
- 14:42identifier l'émotion qui pleure,
- 14:44l'aborder et décider de notre propre couleur.
- 14:48Merci d'avoir partagé ce moment de réflexion.
- 14:51Passionnant !
- 14:51À la prochaine plongée dans les sources.