Latest / Québécois et Canadien / Jean-François Lisée : Faire reconnaître un référendum gagnant
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- 0:00Bonjour et bienvenue au podcast Québécois et
- 0:01Canadiens, on discute des enjeux de notre pays.
- 0:04Aujourd 'hui, on reçoit Jean -François Lisée,
- 0:06ex -chef du Parti québécois et auteur. On a discuté
- 0:09de comment il est devenu souverainiste et du
- 0:11plan qu 'il avait en 1995 pour l 'accession à
- 0:13la souveraineté. Bon épisode! Jean -François
- 0:27Lisée, merci d 'avoir accepté l 'invitation.
- 0:28Merci de m 'inviter. Alors, là, pour nos auditeurs,
- 0:32je les rassure encore une fois, vous et moi,
- 0:35on n 'a pas changé nos orientations politiques.
- 0:38Vous ne faites pas votre coming -out fédéraliste
- 0:40aujourd 'hui. Et moi, je ne serai pas le meilleur
- 0:41souverainiste. Mais vous, vous faites votre coming
- 0:43-out souverainiste. C 'est la condition. Vous
- 0:46l 'avez dit dans le contrat. Peut -être que vous
- 0:47allez me convaincre. Vous me donnez une heure
- 0:50pour vous convaincre. À la fin, je vais aller
- 0:51prendre ma carte du Parti québécois. Merci beaucoup
- 0:54d 'avoir pris le temps d 'expliquer ça. important
- 0:56pour moi, pour nos auditeurs qui viennent de
- 0:58toutes sortes d 'orientations politiques, de
- 1:00prendre la peine de bien expliquer l 'ensemble
- 1:02des positions. Et je crois que la souveraineté
- 1:03du Québec est une des options valables qui s
- 1:06'offre à la nation québécoise. Et je me suis
- 1:08dit, tu sais, il n 'y a pas beaucoup de gens
- 1:10mieux placés que vous pour venir nous parler
- 1:12de ça. Pour commencer, j 'aimerais ça vous demander
- 1:14comment est -ce que vous êtes devenu souverainiste?
- 1:17Je vais d 'abord vous dire la première fois que
- 1:19j 'ai entendu parler de l 'indépendance ou de
- 1:21la séparation. Moi, le cousin de mon père, c
- 1:26'est Doris Lussier. Doris Lussier qui était à
- 1:29la fois le père Gédéon, donc un humoriste, un
- 1:31comédien, mais aussi un philosophe et un ami
- 1:36de René Lévesque, donc très souverainiste depuis
- 1:37la création du PQ. Et c 'était évidemment un
- 1:42personnage très énorme, une présence, un tourbillon
- 1:48à chaque fois qu 'il venait nous voir, ce qui
- 1:49était plusieurs fois par année. Et donc, un jour,
- 1:52mon père me dit, venez les enfants, mon oncle
- 1:56Doris est à la télé. C 'était un événement. Alors,
- 1:59je devais avoir 6 -7 ans et c 'était au moment
- 2:02où ils étaient en train de construire le métro
- 2:05de Montréal et les îles des Expos. Et donc, on
- 2:09voyait à la télé d 'énormes camions charrier
- 2:13la terre excavée pour le métro et la verser dans
- 2:17l 'île Mont -Royal. Alors, j 'ai dit ça parce
- 2:20que, là, je descends, j 'écoute mon oncle Doris,
- 2:22mais il parle de politique. Ça m 'intéresse assez
- 2:24peu, il ne fait pas de blagues. Puis, là, il
- 2:27parle de la séparation du Québec. Moi, dans ma
- 2:30tête d 'enfant, je dis donc qu 'ils vont mettre
- 2:31le Québec dans des gros camions. Puis ils vont
- 2:34l 'amener ailleurs. Alors, quand j 'ai vu Doris
- 2:36la fois suivante, j 'ai dit, « Mon oncle Doris,
- 2:38si vous allez séparer le Québec, pouvez -vous
- 2:41l 'amener plus vers le sud pour qu 'il fasse
- 2:43chaud? » OK? Bon. Alors, vous voyez que j 'étais
- 2:46sceptique. Je n 'avais pas... J 'avais des conditions.
- 2:48J 'étais un surprenant conditionnel. Moi, c 'était
- 2:50la... Je pensais qu 'il allait couper physiquement.
- 2:52Quand il a fait le nombre de catégories, je pensais
- 2:54qu 'il allait passer avec des scies, qu 'il allait
- 2:55physiquement découper le Québec. C 'était ma
- 2:58vision dans 36 ans. C 'était ça. C 'était ça.
- 3:00C 'était notre plan. Mais donc, ensuite, moi,
- 3:04j 'étais à Thetford Mines, une ville syndicale,
- 3:06une ville progressiste, une ville qui a voté
- 3:07PQ. Et donc, adolescent, 14, 15, 16, 17 ans,
- 3:14tout ce qui était progressiste était ensemble.
- 3:16On était pour l 'égalité des hommes et des femmes,
- 3:19on était pour le droit à l 'avortement, on était
- 3:21pour l 'égalité raciale, on était pour le syndicalisme,
- 3:24on était pour le droit du français, pour la laïcité
- 3:27et pour l 'indépendance. Il n 'y avait personne
- 3:30qui n 'était pas dans une de ces cases -là. Tout
- 3:34ça se rejoignait. Puis on était tous ça. Si on
- 3:37était progressiste, si on voulait du changement,
- 3:39on était nécessairement souverainiste. Alors,
- 3:42dans un premier temps, je dois dire que ce n
- 3:43'est pas une question que je... Puis en plus,
- 3:46à l 'époque, nos parents étaient fédéralistes.
- 3:49Donc, on était souverainistes, OK? Il y avait
- 3:51vraiment quelque chose, là. Donc, c 'était l
- 3:54'idée du progrès. Évidemment, René Lévesque était
- 3:56un personnage qu 'on connaissait. Moi, il était
- 3:59venu au cégep. On avait des conférenciers souverainistes,
- 4:01donc tout ça. Et puis, petit à petit, donc, j
- 4:04'ai développé une raison d 'être souverainiste.
- 4:08Mais ma raison, elle est très simple. C 'est
- 4:11qu 'il n 'y a pas de raison que la nation québécoise
- 4:14habite dans la maison de son voisin. Tu sais,
- 4:18je veux dire, on pourrait démontrer des arguments
- 4:21économiques, géopolitiques, culturels, etc.,
- 4:23mais à la fin, il n 'y a pas de raison qu 'on
- 4:26ne se gouverne pas. Il n 'y a pas de raison que
- 4:29je reste dans, moi, jeune adulte, que je reste
- 4:32dans le sous -sol de mes parents toute ma vie.
- 4:34Il n 'y a juste pas de raison. C 'est aussi simple
- 4:37que ça. Ensuite, on peut débattre d 'histoire
- 4:39puis d 'économie puis tout ça, mais la raison
- 4:41fondamentale, c 'est celle -là, c 'est... La
- 4:44responsabilité et la liberté, avec les avantages
- 4:48et les inconvénients, c 'est sûr. Si tu pars
- 4:50de la maison, tu vas faire ton propre lavage,
- 4:53tu vas faire ton ménage, tu vas payer tes impôts,
- 4:56mais tu vas choisir ton horaire, la couleur de
- 5:00tes murs, si tu déménages, si tu agrandis, si...
- 5:04Bon. Alors, pour moi, c 'est la liberté. Si la
- 5:07liberté ne vous intéresse pas, ne soyez pas indépendantiste.
- 5:11Et dites -moi... J 'imagine que vous avez eu,
- 5:15parce que là, quand on parle de cette époque
- 5:17-là, secondaire, on est dans quelles années à
- 5:19peu près? On est au début des années 70. Dans
- 5:21les années 70, là, il y a Trudeau au fédéral,
- 5:25puis il y a eu la commission, le rando, Dunton,
- 5:30c 'est ça? Oui. Oui, exact. À ce niveau -là,
- 5:33il y a quand même pas mal de choses qui se passent,
- 5:35la loi sur les langues officielles. Est -ce qu
- 5:37'à un moment donné, durant votre adolescence,
- 5:39vous dégagez un quelconque attachement au Canada
- 5:41ou est -ce que... Ça a toujours été vu un peu
- 5:44comme des étrangers par vous. C 'est parce que
- 5:46j 'ai une expérience canadienne à la fin de mon
- 5:50adolescence. Alors, on avait fait le grand voyage
- 5:53avec mes parents en train jusqu 'à Vancouver,
- 5:57puis on s 'était arrêtés au Château -Lac -Louise,
- 6:00en Alberta. Puis là, j 'avais vu qu 'il y avait
- 6:02plein de jeunes qui travaillaient au Château
- 6:04-Lac -Louise. Alors, je me suis inscrit pour
- 6:06l 'été suivant, et j 'ai passé une partie de
- 6:08l 'été avec essentiellement des anglophones.
- 6:11à laver de la vaisselle au château de la Cluise.
- 6:14Et ensuite, je m 'étais inscrit à Toronto, à
- 6:16Glendon College, où il y avait des cours de français
- 6:19pour les anglophones et d 'anglais pour les francophones.
- 6:22Et j 'ai perdu ma virginité avec une étudiante
- 6:26ontarienne. Donc, j 'ai eu de très bons rapports
- 6:29avec le Canada anglais. Et j 'ai eu des amis,
- 6:35j 'ai toujours des amis canadiens -anglais. Donc,
- 6:37j 'ai de l 'estime pour le Canada. J 'estime
- 6:40pour la volonté du Canada de rester distinct
- 6:43des États -Unis. Ce n 'est pas simple, en fait.
- 6:46compte tenu des convergences culturelles et autres,
- 6:49c 'est plus difficile pour le Canada d 'être
- 6:50indépendant des États -Unis que pour le Québec
- 6:52d 'être indépendant du Canada. Donc, ils ont
- 6:55du mérite. Donc, j 'ai du respect pour le Canada.
- 6:58Évidemment, il y a certains épisodes historiques
- 7:00qui sont moins respectueux, mais c 'est des voisins.
- 7:05Ce n 'est pas de la famille, c 'est des voisins.
- 7:07Je ne suis pas chez moi, mais c 'est correct.
- 7:10C 'est sûr qu 'au niveau culturel... Moi, je
- 7:13l 'ai vécu un peu en voyageant. Si tu croises
- 7:15un Canadien anglais en Europe, instinctivement,
- 7:20c 'est jamais comme « Ah, il est un Canadien!
- 7:22» Mais quand tu croises un Québécois, peu importe
- 7:23c 'est où, il y a une certaine reconnaissance
- 7:25immédiate. Je l 'ai vécu à travers le voyage,
- 7:30mais ça peut être différent pour différentes
- 7:32personnes. Est -ce que vous considérez votre
- 7:36lien d 'attachement au Canadien au reste du Canada
- 7:40anglais, disons, équivalent à celui que vous
- 7:41avez pour les Américains, ou est -ce qu 'il y
- 7:42a quand même, à cause de notre passé commun à
- 7:45un certain niveau, un attachement peut -être
- 7:47un peu différent avec le reste des Canadiens,
- 7:50même si ce n 'est pas votre peuple? En fait,
- 7:52je suis plus fasciné par les Américains que par
- 7:54les Canadiens anglais. C 'est le cas de l 'évêque
- 7:56aussi. L 'évêque connaissait bien le Canada.
- 7:58Comme journaliste, il était allé souvent. Mais
- 8:00il était plus fasciné par les États -Unis, même
- 8:02s 'il était très critique envers la politique
- 8:05étrangère. Alors, moi, j 'ai vécu aux États -Unis
- 8:08cinq ans. J 'ai vécu en France cinq, six ans.
- 8:11J 'ai beaucoup voyagé en Europe, un tout petit
- 8:14peu en Asie, etc. Évidemment, j 'ai plus d 'identité
- 8:23canadienne en moi. Je dis ça, puis je ne suis
- 8:26pas sûr. Je pense que j 'ai autant d 'influence
- 8:30américaine et canadienne que canadienne dans
- 8:35la construction de ma culture. Évidemment, j
- 8:37'écoute des Sowers, 22 Minutes. Je sais ce qui
- 8:42se passe au Canada anglais, plus que la moyenne
- 8:44des francophones. Mais non, je dirais que...
- 8:53Je dirais que je suis plus intéressé, plus lié,
- 8:57puis même culturellement influencé par les Américains
- 8:59que par le Canada anglais. C 'est intéressant,
- 9:01puis c 'est une question que je me suis déjà
- 9:03posée, moi, nonobstant la situation sur la question
- 9:06nationale. Puis j 'ai passé quand même pas mal
- 9:10de temps au Nouveau -Brunswick. Je dirais que
- 9:11j 'ai toujours ressenti un certain attachement
- 9:13vers les gens dans les maritimes, Terre -Neuve
- 9:15particulièrement. Je trouve qu 'il y a une culture
- 9:16qui a beaucoup de similitudes avec ce qu 'on
- 9:19a. peut -être un peu moins en Ontario, peut -être
- 9:22un peu moins également la Colombie -Britannique,
- 9:25qui a une philosophie, je trouve, très, très
- 9:28Pacific Northwest. Je dirais, pour avoir passé
- 9:31quand même du temps là, les gens en Colombie
- 9:33-Britannique... La culture va beaucoup ressembler
- 9:36à celle de l 'État de Washington. Comme nous,
- 9:41on a peut -être plus de similitudes avec le Vermont
- 9:43qu 'on pourrait avoir avec l 'Alberta, peut -être,
- 9:45au niveau culturel. C 'est sûr que c 'est une
- 9:49réflexion, je pense, que comme fédéraliste, il
- 9:51faut avoir aussi pour savoir. C 'est une chose
- 9:53de défendre le Canada. Mais qu 'est -ce qu 'on
- 9:55défend? C 'est quoi la culture nationale du Canada?
- 9:58Je pense que, comme vous le dites, c 'est un
- 9:59défi que le Canada a et va toujours avoir de
- 10:02comment distinguer la culture canadienne de la
- 10:05culture américaine et comment conjuguer aussi
- 10:07des cultures qui sont assez différentes, parce
- 10:09que les cultures des maritimes, du Québec, de
- 10:12l 'Ontario et de l 'Ouest canadien, ce n 'est
- 10:13pas nécessairement uniforme à ce niveau -là en
- 10:16fonction des disparités régionales. Je pense
- 10:18que c 'est peut -être une des raisons pourquoi
- 10:19la fédération, initialement, c 'était ça l 'objectif.
- 10:22Quoi qu 'après ça, on peut débattre de si la
- 10:24fédération est aussi décentralisée qu 'elle devrait
- 10:26l 'être, mais c 'est nouveau. Très intéressant.
- 10:28Et expliquez -moi un peu comment vous en venez
- 10:32à vous impliquer en politique au sein du Parti
- 10:34québécois. Ah bien, il y a deux phases. D 'abord,
- 10:37lorsque je suis à Thetford, moi, je deviens membre
- 10:40du Parti québécois à 14 ans. C 'est illégal.
- 10:45Enfin, c 'est légal, selon les règles, c 'est
- 10:47contraire aux règles du parti, mais je n 'ai
- 10:50peut -être pas indiqué au crayon très clairement
- 10:53ma date de naissance. Il fallait 16 ans, je pense
- 10:57que c 'est toujours le cas. Et je suis membre
- 11:00de l 'exécutif à Thetford et je suis le plus
- 11:04jeune délégué, là j 'ai 16 ans, le plus jeune
- 11:06délégué au congrès de, je ne me souviens plus,
- 11:0973 -74, où on adopte l 'étapisme. J 'étais d
- 11:13'accord avec l 'idée qu 'il y ait un référendum
- 11:15distinct de l 'élection. C 'était un gros débat.
- 11:17Ça m 'a fasciné énormément. Donc, j 'allais aux
- 11:21conseils nationaux, puis je m 'impliquais. J
- 11:26'étais bénévole lorsqu 'il y avait une campagne
- 11:29électorale. Et ensuite, je suis allé à l 'université.
- 11:33Là, j 'ai eu ma phase maoïste. Là, c 'était bizarre
- 11:36parce que quand t 'étais maoïste, t 'étais pour
- 11:39l 'unité canadienne. Moi, je n 'étais pas complètement
- 11:42convaincu que c 'était une bonne idée. Puis heureusement,
- 11:44j 'en suis sorti avant le référendum. Mao en
- 11:47Chine. Mao Tse -tung, c 'est ça. On était Mao
- 11:50Tse -tung. On était contre l 'Union soviétique.
- 11:52Moi, j 'étais personnellement contre Staline,
- 11:54etc. C 'est le côté communiste. C 'est ça. Il
- 11:59avait réussi à nous convaincre que la Chine,
- 12:04la révolution culturelle, c 'était une énorme
- 12:06démocratie. où tout était décidé ensemble. C
- 12:09'était une entreprise de propagande. Mais il
- 12:15y avait plein de... Il y avait des livres de
- 12:20Français, d 'Italiens qui étaient en rupture
- 12:22avec les anciens communistes, qui étaient allés
- 12:24en Chine, qui s 'étaient fait expulser par le
- 12:27Parti communiste. Puis il y avait Joris Evans,
- 12:29qui était un documentariste hollandais qui avait
- 12:34fait une série de 22 heures. Moi, je pense que
- 12:37je les ai tous vus. Je veux dire, c 'est... Bon.
- 12:39Et puis là, on s 'est dit... Je me suis rendu
- 12:42compte, lorsqu 'il y a eu les règlements de comptes
- 12:44après la mort de Mao, que c 'était le contraire
- 12:46d 'une démocratie. Puis comme j 'étais étudiant
- 12:47en droit... Là, j 'ai dit, OK, je vais m 'asseoir,
- 12:50puis je vais lire la Constitution chinoise, puis
- 12:52je vais lire la Constitution du Parti communiste
- 12:55chinois. Puis là, juste à la lecture, je me suis
- 12:58dit, mais c 'est une dictature! On m 'a trompé!
- 13:01Et là, leur théorie, c 'est que ça prenait l
- 13:07'unité du prolétariat canadien contre la classe
- 13:10dominante canadienne et que le Québec avait,
- 13:14la question nationale existait, mais il ne fallait
- 13:16pas que ça empêche la révolution. J 'étais content
- 13:19de sortir à temps pour voter oui au référendum.
- 13:21Là, je n 'étais plus du tout impliqué dans le
- 13:23PQ. J 'étais journaliste pendant plusieurs années.
- 13:27Je n 'avais pas ma carte, je ne faisais pas de
- 13:29donation. J 'étais un peu frustré en 1980 de
- 13:31ne pas pouvoir participer, mais c 'est ça. J
- 13:33'avais fait mon choix d 'être journaliste. J
- 13:36'ai été ensuite correspondant à Paris, puis j
- 13:39'ai été correspondant à Washington pour la presse.
- 13:42Je suis revenu ici, j 'ai écrit quelques bouquins.
- 13:49que j 'étais convaincu que l 'indépendance était
- 13:54à portée de la main, que là, j 'ai voulu faire
- 13:56partie de l 'équipe qui la ferait. Vous avez
- 14:00quitté votre emploi de journaliste. Oui. Vous
- 14:03avez commencé à vous impliquer. J 'ai été conseiller
- 14:06de M. Parizeau, c 'est ça. Et parlez -moi un
- 14:09peu du contexte. Je veux dire, le contexte historique,
- 14:11je pense que les gens le connaissent. Il y a
- 14:13eu Me, Church or the Town, une certaine frustration.
- 14:16Robert Bourassa quitte. Daniel Johnson perd l
- 14:18'élection contre M. Parizeau. Comment ça se met
- 14:22en branle? Parce que là, félicitations à un nouveau
- 14:24gouvernement du Parti québécois. On a un projet
- 14:26assez ambitieux de faire un référendum sur la
- 14:28souveraineté. À quoi ressemblent les premiers
- 14:31mois du mandat de 1995? Bon, alors, la réalité
- 14:35est toujours plus compliquée que la simplification
- 14:38qu 'on en fait avec le recul. C 'est normal qu
- 14:41'on simplifie parce qu 'on ne peut pas tout avoir
- 14:42ça sur notre disquature en même temps. Donc,
- 14:45lorsque, en 1990, le Canada anglais a refusé
- 14:49de reconnaître même comme société distincte l
- 14:51'existence du Québec au sein du Canada, il y
- 14:53a eu un rejet, un ressac tellement fort qu 'en
- 14:561991, au maximum, il y a eu 67 % de tous les
- 15:01Québécois qui voulaient voter oui. Et Robert
- 15:04Bourassa a réussi, en jouant avec les mots, son
- 15:08objectif, c 'était qu 'on se calme. Les Québécois
- 15:10vont finir par se calmer. Puis ça s 'est calmé,
- 15:14mais ça a pris du temps pour se calmer. Le référendum
- 15:16de Charlottenham en 92, donc le seul moment où
- 15:19les Québécois ont été consultés sur la constitution
- 15:21actuelle du Canada, ils ont été 57 % à refuser
- 15:24une version améliorée de la constitution. Donc
- 15:28ça, j 'appelle ça le référendum refoulé. parce
- 15:32que les Québécois ont dit non à la Constitution
- 15:35du Canada. Donc, elle n 'a aucune base démocratique.
- 15:38Ce n 'est pas seulement qu 'on n 'a pas été consulté
- 15:40et que notre Assemblée nationale n 'a pas voté
- 15:42pour. Lorsqu 'on a été consulté en disant qu
- 15:44'on a réparé des bouts, on a dit non à 57 %.
- 15:48Et donc, l 'illégitimité de la loi fondamentale
- 15:52du Canada, elle ne fait aucun doute. Mais ensuite,
- 15:55donc, le Bloc québécois a été élu. Et le temps
- 15:59passant, s 'éloignant du choc de Meach et de
- 16:02Charlottetown, bien, les Québécois se sont calmés.
- 16:05Et lorsque le Parti québécois a été élu en 1994,
- 16:08en septembre, la souveraineté n 'est plus au
- 16:11-dessus de 50 %. Elle est en bas de 50 %. Et
- 16:15donc, on a même notre défi. C 'est comment remettre
- 16:20la souveraineté au cœur du débat national, parce
- 16:23qu 'il l 'a été, mais il ne l 'est plus. C 'était
- 16:27certain qu 'on gagnait le référendum n 'importe
- 16:29quand en 90, 91, 92, 93, mais plus en 94 et peut
- 16:35-être pas en 95. Et donc, moi, quand je suis
- 16:38arrivé, la préparation qui avait été faite par
- 16:42une équipe avec des gens du Bloc québécois, du
- 16:44Parti québécois, Louis Bernard, qui avait été
- 16:47secrétaire général, puis de M. Lévesque, qui
- 16:52est toujours dans le portrait, un homme remarquable.
- 16:54Donc, ils avaient dit, on va faire, pour rassurer
- 16:58les Québécois, puis pour répondre aux arguments
- 17:01fédéralistes de la dernière fois, on va mettre
- 17:05dans un projet de loi. Le fait que si le Québec
- 17:08devient souverain, toutes les pensions fédérales
- 17:12vont être payées par le Québec. Puis l 'assurance
- 17:14chômage fédérale va être payée par le Québec.
- 17:16Vous avez fait comme un checklist des préoccupations,
- 17:18puis vous avez mis ça dans le projet. Exact.
- 17:20Et puis la théorie fondée sur des sondages qualitatifs
- 17:24et quantitatifs, c 'était que les Québécois indécis,
- 17:28ils sont aussi normatifs. Ça ne suffit pas de
- 17:31leur promettre de le faire. Si on l 'écrit dans
- 17:34un projet de loi, c 'est plus convaincant. Et
- 17:36donc, cette opération -là était importante et
- 17:39se posait la question, une fois qu 'on va sortir
- 17:42le projet de loi, on va discuter du projet de
- 17:44loi, comment en discuter? Puis des gens disaient,
- 17:47bien, on devrait faire comme Bélanger -Campo.
- 17:50Bélanger -Campo avait été organisé par Bourassa
- 17:52et Parizeau pour faire le tour du Québec, puis
- 17:55pour conclure qu 'il fallait soit la souveraineté,
- 17:58soit une réforme en profondeur du Canada. Évidemment,
- 18:01on n 'est ni l 'un ni l 'autre. Puis moi, je
- 18:04dis, bien, on ne peut pas toujours faire deux
- 18:05fois la même chose. Et puis en plus, si on veut
- 18:11percoler, moi, je suis aussi un communicateur.
- 18:14Il ne faut pas seulement faire les choses et
- 18:17dire les choses et écrire les choses. Il faut
- 18:19trouver un mécanisme qui fait en sorte qu 'on
- 18:22occupe l 'espace et que les gens... Il faut plusieurs
- 18:26jours, il faut que ce soit un processus, il faut
- 18:28que les gens puissent s 'exprimer, poser des
- 18:30questions. Et c 'est là qu 'on a créé les commissions
- 18:32régionales sur l 'avenir du Québec. qui en avait
- 18:36une par région, puis il y en avait une pour les
- 18:38jeunes, puis il y en avait une pour les vieux,
- 18:39pour les aînés, et puis qui faisaient ces consultations
- 18:43-là. Et ça nous permettait, parmi les commissaires,
- 18:46parce que là, la situation était très polarisée
- 18:48dès l 'élection du PQ, le Parti libéral ne voulait
- 18:52rien faire avec nous, bien sûr, puis c 'était
- 18:55difficile pour les gens intermédiaires de les
- 18:59mobiliser. Mais là, si on faisait une commission...
- 19:01puis qu 'on convainquait Mario Dumont de l 'ADQ
- 19:04de participer, bien là, on dépéquisait un peu.
- 19:09Moi, c 'était mon affaire. Il faut dépéquiser
- 19:11la souveraineté. Il faut élargir le bassin. C
- 19:14'est ça. Et donc, il y a des commissaires. Alors,
- 19:15Françoise Boivin, par exemple, qui est au Mordu
- 19:17avec moi, qui a été députée libérale et NPD fédérale,
- 19:21elle était... à la commission. On avait des anciens
- 19:25aléristes, des anciens conservateurs, des anciens...
- 19:27T 'as pas besoin de prendre ta carte du PQ, t
- 19:29'as même pas à dire que t 'es pour la souveraineté.
- 19:32Ta job, c 'est de consulter le public sur le
- 19:35projet. Voilà. Puis évidemment, à mesure qu 'ils
- 19:39vont consulter le public, ils vont devenir souverainistes.
- 19:41Puis à la fin des commissions, la plupart de
- 19:44ces gens -là vont devenir des porte -paroles
- 19:46pour le oui, ce qui a été le cas. Alors, la commission
- 19:49a été un succès pour ça. Elle a été un échec
- 19:52pour la mobilisation. C 'est -à -dire qu 'on
- 19:54n 'a pas augmenté le vote pour le oui, en fait,
- 19:56dans le détail. On est en bas de 50 % au moment
- 20:00de l 'élection de 1994. L 'élection, il y a juste
- 20:0444 ou 45 % des gens qui votent pour le PQ, puis
- 20:07ils sont très, très déçus de ça au moment de
- 20:11l 'élection. Ensuite, en décembre... La souveraineté
- 20:17sans association ou partenariat est à 50 -52
- 20:20% en décembre 1994. Au début de 1995, là, on
- 20:25a une série de problèmes gouvernementaux, des
- 20:28démissions, etc., et là, on rebaisse. Parce que
- 20:32la popularité du gouvernement en basse. La popularité
- 20:35du gouvernement en basse tire ça vers le bas.
- 20:39Et ensuite, on a un sondage, à mon avis bidon,
- 20:42mais extraordinairement publicisé, qui dit qu
- 20:45'on est retombé à 40. Bon, nous, notre sondage
- 20:48interne montrait qu 'on était plus haut que ça,
- 20:51peut -être à 47, 48. Mais en tout cas, là, tout
- 20:54le monde s 'est écrit en première page de la
- 20:56presse. Le référendum a eu lieu, il a été perdu.
- 21:00Et là, on passe dans une phase où tout le monde
- 21:03prévoit qu 'on va perdre. C 'est un printemps
- 21:06très, très difficile. On parle printemps 95.
- 21:09Printemps 95. Puis d 'ailleurs, M. Parizeau s
- 21:11'était engagé à tenir le référendum dans 12 à
- 21:1518 mois. Donc, 12 mois, c 'était septembre, mais
- 21:20il y avait même, il y aurait eu une possibilité
- 21:22dans 12 à 18 mois maximum. Donc, il y avait...
- 21:26On aurait pu faire ça au printemps 95 ou à l
- 21:29'automne 95, c 'était les deux plages, donc assez
- 21:31rapidement, on se rend compte que ce n 'est pas
- 21:32possible de faire au printemps. Et il y a un
- 21:36moment où ça va tellement mal pour la souveraineté,
- 21:39puis on pourrait penser que ce serait la même
- 21:42chose aujourd 'hui, en juin 2026, qu 'on décide
- 21:49de faire une campagne d 'affichage, de T -shirt,
- 21:52qui dit « le oui va gagner ». Parce que si, nous,
- 21:56on ne le dit pas, personne ne le dit. OK? Alors,
- 22:00c 'était vraiment... Il y avait quelque chose
- 22:01à la fois de déconnecté et c 'était un peu désespéré.
- 22:06C 'est comme un peu l 'expression « gas, gas,
- 22:07l 'a été », c 'est comme ça. On va dire à tout
- 22:09le monde, on va gagner. C 'est la méthode Coué.
- 22:11C 'est la méthode Coué. Parce que plus personne
- 22:13ne le dit. Je me souviens, M. Parizeau nous a
- 22:16fait venir, on était trois dans son bureau, puis
- 22:18il dit « Y a -t -il encore quelqu 'un qui veut
- 22:21un référendum sur la souveraineté? » En 1995.
- 22:26Puis je dis, M. Parizeau, oui, ils sont tous
- 22:28dans cette pièce. Et puis là, il y a eu M. Bouchard
- 22:32qui avait été malade, qui est revenu, qui a dénoncé
- 22:35la stratégie. Et là, donc, il y a eu cette énorme
- 22:38chicane, très dangereuse. Puis ensuite, il y
- 22:40a eu la réconciliation. Il n 'y a rien de mieux
- 22:42dans un arc dramatique. Il y a des gens qui ont
- 22:45pensé qu 'on avait fait exprès. Si on avait pensé
- 22:48que ça pouvait marcher, on aurait pu penser de
- 22:49faire ça. Mais on n 'a pas fait exprès. C 'est
- 22:51qu 'ils se sont chicanés au bord de la rupture.
- 22:54On a réussi à les raccommoder. Là, ils ont signé
- 22:57une entente avec les deux, Bouchard, Parizeau
- 22:59et Dumont. Là, on est devenus majoritaires, dans
- 23:02l 'opinion, pendant l 'été 95. Début septembre
- 23:071995, on a une tuile terrible. On a un scandale
- 23:10sur de l 'argent pour les études de la souveraineté
- 23:13qui ont été détournées. C 'est 20 000 $ avec
- 23:15un haut fonctionnaire. Mais c 'est comme si le
- 23:18Titanic avait frappé l 'iceberg. Puis là, ça
- 23:20va très mal. Les fédéralistes entrent sur la
- 23:25glace. On avait été comme tout seul sur la glace
- 23:27pendant quelques mois. Et ce qui fait que, donc,
- 23:31sur tous les poteaux de téléphone, une semaine
- 23:33avant le moment légal, d 'ailleurs, ils écrivent
- 23:35la sépanoration, vous venez, la sépanoration,
- 23:38bon, et là, on recule. On commence la campagne
- 23:43électorale, on réussit à gagner des points, mais
- 23:46c 'est clair qu 'on ne se rendra pas. Et c 'est
- 23:49le moment où on décide de désigner Lucien Bouchard
- 23:52comme négociateur en chef, qui donne un nouvel
- 23:55élan à la campagne. Là, on prend des points.
- 23:58Et la dernière phase de la campagne qui nous
- 24:00amène à la quasi -égalité, c 'est l 'opération
- 24:03convaincre. Quand M. Parizeau dit, bon, tous
- 24:05les Québécois qui ont décidé de voter oui, trouvez
- 24:08un indécis, puis convainquez -le. On a testé,
- 24:11nous, immédiatement après le référendum, les
- 24:14francophones qui ont voté oui et non, combien
- 24:16avaient été contactés par quelqu 'un pour les
- 24:18convaincre. Puis c 'était comme du 3 pour 1 des
- 24:21francophones du oui qui ont été contactés par
- 24:23rapport aux francophones du non. Alors ça, c
- 24:27'est les vrais états. qui nous ont menés aux
- 24:29résultats qu 'on connaît. Et, bon, il y a des
- 24:32résultats extrêmement serrés. C 'est quoi l 'état
- 24:37d 'esprit ou c 'est quoi la première chose qui
- 24:40vous passe par la tête la journée après le référendum?
- 24:44Nous, on s 'était donné la permission de croire
- 24:47à la victoire seulement dans les derniers 48
- 24:50heures. Et donc, le jour du vote, on pense gagner.
- 24:55Mais on s 'était préparé pour les scénarios de
- 24:59l 'après -oui pendant des mois. Le niveau de
- 25:02responsabilité de chef d 'État de M. Parizeau,
- 25:05de préparer l 'après -oui, parce que notre hypothèse
- 25:08de travail, c 'est que si on gagnait, Jean -Christian
- 25:12refuserait de reconnaître la décision politique
- 25:14et d 'engager des négociations. Et donc, il plongerait
- 25:18le Canada politique et économique dans un moment
- 25:21d 'insécurité massif. Et nous, notre projet,
- 25:25qui était vraiment préparé jour après jour après
- 25:31jour, c 'est de créer un grand mouvement de ralliement
- 25:35pour le respect de la décision. Donc, dès le
- 25:38lendemain, on avait 144... leader, représentant,
- 25:45dont beaucoup de gens, quelques personnes de
- 25:47la communauté anglophone et des gens de la communauté
- 25:49allophone, qui disaient, respectons la décision.
- 25:53Le maire de Montréal... Qui aurait reconnu un
- 25:55vote de oui, même s 'ils avaient perdu, eux autres
- 25:57avaient voté non. Exact. Alors, la carte maîtresse,
- 26:00c 'était Claude Castonguay. qui, à l 'époque,
- 26:03était le genre de personnage extraordinairement
- 26:07influent dans la famille libérale, qui, dès le
- 26:09lendemain, allait dire « Moi, j 'ai voté non,
- 26:11il faut respecter le oui, et je vais travailler
- 26:14au comité de surveillance des négociations qu
- 26:18'on avait créé. » Le maire de Montréal, qui était
- 26:21resté neutre, allait appeler à se rallier, et
- 26:23l 'archevêque de Montréal. Je veux dire, on en
- 26:27avait pour tous les jours, là. Bon. Puis notre
- 26:29idée, c 'était que face à Chrétien qui avait
- 26:31dit non, évidemment, Jacques Chirac, le président
- 26:33français, lui, pendant que Chrétien refusait
- 26:35de reconnaître, bien, la quatrième puissance
- 26:38mondiale reconnaissait la décision. On avait
- 26:40négocié son texte pendant la semaine qui précédait.
- 26:44Et notre idée, c 'était que s 'il y avait un
- 26:47sondage le vendredi suivant... le oui aurait
- 26:50monté de 4 -5 points et la volonté de faire respecter
- 26:54le oui serait à, je ne sais pas, 70 %. Pour forcer
- 26:58le Canada, pour montrer, regardez, c 'est irréversible.
- 27:01Vous voulez le renverser, on sait ça. On savait
- 27:04qu 'il y avait des hypothèses de tenir un référendum
- 27:07fédéral avec une question plus dure ou faire
- 27:09un renvoi à la Cour suprême qui aurait pris un
- 27:11an. Non, ce n 'est pas possible. La seule façon
- 27:14de sortir de cette crise, c 'est que vous signez
- 27:17un communiqué conjoint entre les deux ministres
- 27:20des Finances en disant qu 'on reconnaît la dette
- 27:22commune, qu 'on garde le dollar canadien et qu
- 27:24'on engage des négociations. Si vous voulez calmer
- 27:27les marchés, si vous voulez que la... Les parts
- 27:31de la Banque royale, les actions de la Banque
- 27:33royale et la Banque TD qui viennent de chuter
- 27:35de 25 points remontent. C 'est la seule chose
- 27:38à faire. C 'était ça le plan. Parce que, puis
- 27:41ils se sont exprimés par la suite, puis il y
- 27:43a eu la loi sur la clarté, puis il y a eu la
- 27:45décision de la Cour suprême. Sur la clarté, je
- 27:47pense qu 'il est parfois mal comprise parce que...
- 27:50ultimement, le Québec a fait l 'équivalent de
- 27:52cette loi -là au Québec pour faire reconnaître
- 27:55le 50 % plus 1, puis dire que nous, au Québec,
- 27:58c 'est ce qu 'on considère comme étant suffisant.
- 28:00Eux, ils ont régi ce que le fédéral ferait dans
- 28:03un cas futur, mais il y a quand même des obligations
- 28:05en vertu de... Ils n 'ont rien régi, ils ont
- 28:07dit on va en discuter. Oui, exact, c 'est ça.
- 28:09Puis après ça, il faut que le Parlement vote
- 28:10là -dessus, puis après ça, la Cour suprême pourrait
- 28:13dire qu 'ils ont l 'obligation constitutionnelle
- 28:14de négocier. Ils l 'ont déjà dit. On peut entrer
- 28:18dans ce détail -là. Mais ultimement, ce que je
- 28:24voulais discuter avec vous, ce que je voulais
- 28:25voir, c 'est s 'il y a 70 -80 % des Québécois
- 28:31qui votent pour la séparation, je ne vois pas
- 28:35comme un politicien fédéral peut dire que ce
- 28:36n 'est pas une majorité suffisante. Si le débat
- 28:39est perdu, bien là, ou si ça accroche, pas de
- 28:42problème. Dans l 'éventualité où c 'est vraiment,
- 28:45vraiment, vraiment très serré, puis qu 'on se
- 28:47retrouve dans une situation où le fédéral dit,
- 28:50moi, je ne reconnais pas ce vote -là, on a peut
- 28:52-être... pas assez d 'arguments, ou en tout cas,
- 28:55c 'est hasardeux d 'aller voir la Cour suprême
- 28:57pour lui dire, bien, force le gouvernement fédéral
- 28:59de négocier. Fait que l 'objectif, pas l 'objectif,
- 29:02mais le plan, c 'est un peu d 'utiliser un peu
- 29:04de la pression populaire des Québécois pour forcer,
- 29:07non pas juridiquement, mais politiquement, le
- 29:09gouvernement fédéral à négocier avec le Québec.
- 29:11C 'était ce qu 'on avait prévu, puis je pense
- 29:15que c 'est une partie de la réponse qu 'il faut
- 29:18faire la prochaine fois, parce que... Moi, j
- 29:20'estime que même cette idée de 50 % plus 1 est
- 29:24mieux acceptée par les fédéralistes québécois,
- 29:26provinciaux, qu 'elle ne l 'était à l 'époque.
- 29:29Ils avaient dit ça. Ils avaient dit ça, mais
- 29:31je sentais que c 'était quand même un peu plus
- 29:33meuble. Mais là, il y a eu un genre de distinction
- 29:35entre les libéraux fédéraux et provinciaux sur
- 29:38cette question -là. Même Charles Millard, récemment,
- 29:41s 'est vraiment engagé. Il a dit, regarde, c
- 29:42'est 50 % plus 1, c 'est tout. Bon, ça n 'empêche
- 29:46pas que, moi, je dis... à mes amis souverainistes
- 29:49qui disent que la loi sur la clarté, c 'est une
- 29:50loi fédérale, ils n 'ont rien à voir là -dedans.
- 29:53Bien, c 'est leur problème, mais c 'est un peu
- 29:58aussi notre problème. Parce que si on veut, puis
- 30:03vous avez raison, moi, je pense qu 'en haut de
- 30:0655 %, il n 'y a aucun doute, la réalité politique
- 30:09s 'impose, peu importe les obligations absurdes
- 30:12que la loi sur la clarté a imposées au Parlement
- 30:14canadien. Mais c 'est entre 50 ,1 et 53 que le
- 30:21problème se pose et que là, des politiciens canadiens
- 30:24vont dire qu 'on est capable de renverser ça.
- 30:27On est capable de le renverser et on va essayer
- 30:29de le renverser. C 'est là la zone dangereuse.
- 30:32Et la loi sur la clarté a été conçue pour ça,
- 30:35pour donner aux fédérales la capacité de refuser
- 30:38un verdict majoritaire, mais pas suffisamment
- 30:42majoritaire. Donc, je tiens à rappeler que 12
- 30:47ans après la loi sur la clarté, une des maires
- 30:50patries du Canada, le Royaume -Uni, a eu à discuter
- 30:54de cette question -là avec l 'Écosse. Jean Chrétien
- 30:57est allé en Écosse à Londres leur dire d 'adopter
- 31:01la loi C -20. Ils l 'ont regardée, ils l 'ont
- 31:04mise aux poubelles. Ils l 'ont mise aux poubelles,
- 31:06OK? Pour eux, c 'était 50 % plus 1. Ils se sont
- 31:10même entendus avec l 'Écosse dans un accord écrit.
- 31:13où il disait, bien, l 'Écosse va proposer la
- 31:16question, nous sommes d 'accord sur un tiers,
- 31:20pas le Parlement britannique, sur un tiers crédible.
- 31:22Dans leur cas, la Direction générale des élections
- 31:26britanniques est une institution que les Écossais
- 31:28considèrent crédible. Donc, le DGE britannique
- 31:31va se prononcer sur la lisibilité, l 'intelligibilité
- 31:35de la question, proposer des changements peut
- 31:37-être, ça ne va pas poser de problème. Et ensuite,
- 31:40le référendum va avoir lieu. Londres va respecter
- 31:45les plafonds de dépenses référendaires, le contraire
- 31:48du Canada en 1980 -1995, et va respecter la décision
- 31:53et négocier. Alors ça, c 'est l 'anti -loi sur
- 31:57la clarté. La vraie entente claire, c 'est celle
- 32:00-là. Contrairement, puis Chrétien a dit qu 'il
- 32:03était très fâché que les Britanniques n 'aient
- 32:06pas suivi sa loi. Mais là, la loi existe. Alors,
- 32:11elle impose d 'abord au Parlement, lorsque le
- 32:15Québec aura choisi sa question, de valider si
- 32:19la question est correcte. Puis au moins, là,
- 32:20la loi a des critères. La loi va être validée
- 32:23si elle établit clairement que le Québec va quitter
- 32:27le Canada, mais il est interdit de proposer une
- 32:32autre forme d 'association, de partenariat. Donc,
- 32:35moi, je suis le rédacteur de la... Question de
- 32:3995. Il y a des gens qui trouvent que ce n 'était
- 32:41pas clair et trop long. Je dis, écoutez, notre
- 32:43projet, notre projet, c 'était de faire la souveraineté
- 32:47et de proposer un partenariat au Canada. C 'était
- 32:49ça, notre projet. C 'était ça, la question. C
- 32:50'est ça, la question. Là, il nous dit, vous n
- 32:53'avez pas le droit d 'avoir ce projet -là. Vous
- 32:55n 'avez pas le droit. Bon. Moi, je me dis, OK.
- 32:59Je dis, OK. Bon. Parce que... D 'abord, je me
- 33:03suis convaincu que peu importe les sondages qu
- 33:06'on fait sur la question au début, à la fin,
- 33:08les gens votent sur l 'indépendance oui ou non.
- 33:11À la fin, ils votent pour ça. Il y a un reliquat
- 33:15de voteurs stratégiques. Moi, je l 'ai testé.
- 33:17C 'est à peu près 7 % des gens qui disent « Je
- 33:19vote oui en espérant une réforme du Canada. Je
- 33:22sais que j 'ai voté oui. » C 'est comme je vote
- 33:24pour la grève en espérant qu 'on règle. Mais
- 33:26je sais que ça se peut qu 'on soit en grève.
- 33:29Alors la loi sur la clarté a été conçue pour
- 33:32essayer de nous convaincre que les votes stratégiques
- 33:34ne sont pas des votes pour l 'indépendance. Tu
- 33:36as voté pour la grève, mais tu ne voulais pas
- 33:37de grève, donc je ne reconnais pas que tu veux
- 33:39la grève. Donc je t 'empêche de faire la grève.
- 33:41Ce n 'est pas comme ça que ça marche, la démocratie.
- 33:43On doit respecter les stratégies des votes stratégiques.
- 33:46Ils savent ce qu 'ils votent. Il y a juste 3
- 33:48% de la totalité des électeurs qui sont perdus.
- 33:53Mais compte tenu des problèmes de santé mentale
- 33:55généraux en Occident, je trouve que ce n 'est
- 33:57pas beaucoup. Alors, dans le processus, moi,
- 34:01je parle à titre purement personnel. Donc, je
- 34:07suis arrivé à la conclusion que ça ne sert à
- 34:08rien d 'essayer de gagner deux points en ne mettant
- 34:11pas le mot pays, etc. Ça peut faciliter le processus
- 34:15d 'indépendance, de juste mettre la question.
- 34:17Je trouve que ça ne change rien pour le résultat.
- 34:21Donc, disons, souhaitez -vous que le Québec devienne
- 34:24indépendant, devienne un pays indépendant et
- 34:27quitte la Fédération canadienne, par exemple.
- 34:29Ça, ça passe. Là, le Parlement fédéral va valider
- 34:33la question. Ça, c 'est très important pour le
- 34:36« quand du oui », parce que tout notre objectif,
- 34:38c 'est de rassurer les indécis et les gens qui
- 34:42ont peur du risque. Regardez, le Parlement canadien
- 34:46vient de valider notre question. Oui, puis il
- 34:49y aurait une absurdité. Est -ce que la question
- 34:51qui est essentiellement calquée sur la loi sur
- 34:53la clarté soit refusée par le Parlement canadien?
- 34:55C 'est sûr que non. Là, ce serait un scandale.
- 34:57Ça mousserait probablement la souveraineté. C
- 34:59'est sûr. Là, ils ne respectent même pas l 'ordre.
- 35:02Ce passage -là, je pense qu 'on peut le franchir
- 35:05et je pense qu 'il est bon pour le temps du oui.
- 35:08Parce que l 'Assemblée nationale, enfin l 'opposition,
- 35:12n 'avait pas validé la question ni du 94 ni du
- 35:1595. Peu importe. Mais je pense, juste pour le
- 35:18processus démographique et démocratique, le fait
- 35:21que tout le monde s 'entende sur la question,
- 35:22je pense que c 'est essentiel. C 'est un gain.
- 35:24Et on sait que la communauté internationale,
- 35:26dans tous les référendums du type, il y en a
- 35:29quelques -uns quand même, préfère lorsqu 'il
- 35:33y a une entente entre les partis. Alors, puis
- 35:35au Québec, on est les champions de la médiation
- 35:37dans le divorce, alors je ne sais pas pourquoi
- 35:39on ne veut pas l 'essayer. La deuxième étape
- 35:42est plus compliquée. Parce que là, la question
- 35:44va être posée. Est -ce que vous allez respecter
- 35:46les plafonds de dépense? Parce que depuis le
- 35:48référendum de 1995, il y a eu une cause en Cour
- 35:50suprême. La Cour suprême a dit que le respect
- 35:53du plafond de dépense dans un référendum est
- 35:57une condition essentielle de la démocratie. Alors
- 36:01ça, on ne l 'a jamais testé depuis sur... La
- 36:04volonté fédérale d 'investir ou non. Alors moi,
- 36:07je dis à mes amis souverainistes, mais ça, appuyez
- 36:10-vous sur l 'édition de la Cour suprême pour
- 36:12obliger le fédéral à respecter les plafonds de
- 36:15défense. Juste une parenthèse là -dessus, parce
- 36:17que je me souviens que l 'enjeu qu 'il y a, c
- 36:19'est le gouvernement du Québec continue à opérer
- 36:22durant la campagne, le gouvernement du Canada
- 36:23continue à opérer durant la campagne. Qu 'est
- 36:25-ce qui est une dépense gouvernementale? Qu 'est
- 36:27-ce qui est une dépense électorale? J 'imagine
- 36:30qu 'il y a une certaine... C 'est le DGE qui
- 36:33est le juge de ça. et tu dois avoir l 'autorisation
- 36:36du DGE pour faire une dépense. Mais moi, j 'ai
- 36:38déjà écrit que je mettrais dans une loi, il faut
- 36:43réformer la loi sur les consultations populaires,
- 36:45de toute façon, le DGE nous l 'a dit, puis la
- 36:47Cour suprême nous l 'a dit, mettre dans une loi
- 36:49que le gouvernement québécois ou tout gouvernement
- 36:53hors du Québec n 'a pas le droit de faire de
- 36:56publicité au Québec pendant la campagne électorale,
- 37:00sauf en cas de santé publique. autorisé par le
- 37:05DGE. Ah, on va l 'écrire. C 'est ça. Puis à ce
- 37:09moment -là, ce qu 'on fait, c 'est qu 'on ne
- 37:11peut pas empêcher le Canada d 'acheter de la
- 37:13publicité. Par exemple, en 1995, ils avaient
- 37:15acheté tous les panneaux, tous les grands panneaux.
- 37:21Au Québec, tous ceux qui étaient, ils les avaient
- 37:23tous achetés. C 'est pour ça que lorsqu 'on a
- 37:25voulu en acheter, on ne pouvait plus. Alors,
- 37:27on était très présents sur les autobus parce
- 37:29qu 'on ne pouvait plus. Alors, on ne peut pas
- 37:31empêcher Ottawa d 'acheter ça, mais on peut empêcher
- 37:35les propriétaires québécois de panneaux, d 'accepter
- 37:40la commande. Ah, bien, c 'est ça. Bien, là, il
- 37:42faut trouver comment obliger Ottawa à respecter
- 37:45la démocratie. Donc, il y a toutes ces choses
- 37:46-là qui sont à faire. Ensuite, il y a la campagne.
- 37:49Moi, je n 'ai aucun problème. Le premier ministre
- 37:51du Canada va participer à la campagne, puis tous
- 37:53les premiers ministres, c 'est la liberté d 'expression.
- 37:56dans le respect des dépenses électorales. De
- 37:59toute façon, on n 'a même pas à se poser la question
- 38:01combien coûterait un levine en 2030, parce qu
- 38:05'il n 'y en aura pas de levine. Dans ce cas -ci,
- 38:06je ne pense pas que l 'opinion canadienne -anglaise,
- 38:09mais j 'ai lu des Canadiens anglais là -dessus,
- 38:10ça n 'existera plus. De toute façon, je peux
- 38:12m 'assurer qu 'avoir une gang de personnes de
- 38:13la Saskatchewan qui débarquent à Québec, ce n
- 38:16'est peut -être pas la meilleure façon. Mais
- 38:19donc, s 'il y a ce respect des dépenses électorales,
- 38:22si tu veux organiser ça, il faut le prévoir en
- 38:25amont. que tu vas avoir une grosse dépense avec
- 38:27du monde dont tu vas payer les billets d 'avion
- 38:29pour venir de Vancouver pour faire une manif.
- 38:31Très bien, ils peuvent la faire, qu 'ils la fassent
- 38:34dans le respect des règles. Là, le problème qui
- 38:36se pose, c 'est que le soir du référendum, on
- 38:38a, disons, 50 ,5 %. Là, la loi sur la clarté...
- 38:43Alors, nous, on déclare pas l 'indépendance le
- 38:46soir du... On n 'a jamais dit ça. On dit... Le
- 38:49Québec a décidé, les Québécois ont décidé, et
- 38:52donc... On se donne un an pour négocier la souveraineté
- 38:56avec le Canada. Et dans un an, on va déclarer
- 38:59l 'indépendance. Puis si le Canada se traîne
- 39:01les pieds ou refuse de négocier, bien là, on
- 39:04verra. Bon. Là, disons que M. Carney, c 'est
- 39:07lui qui est là, puis c 'est bien parti. Il dit,
- 39:10bien, ça ne suffit pas. Mais de toute façon,
- 39:12je n 'ai même pas à vous le dire parce que la
- 39:13loi m 'oblige à soumettre au Parlement l 'évaluation
- 39:17de est -ce que la majorité est suffisante. Et
- 39:20la loi oblige le Parlement. à écouter toutes
- 39:23les parties, c 'est -à -dire le camp du non,
- 39:25peut -être qu 'ils vont inviter le camp du oui,
- 39:27les Autochtones, les Anglophones, les autres
- 39:29provinces, pour décider. Et ce qui est pour moi,
- 39:33je veux dire, honteux, moi je suis un démocrate
- 39:40avant tout, et là, Chrétien et Dion ont créé
- 39:43une situation où les députés fédéraux, qui voudraient
- 39:48respecter la démocratie, voudraient dire que
- 39:50ça suffit. sont mis dans la situation où ils
- 39:54ont le choix politique d 'accepter ou non le
- 39:57départ d 'une province et que ce choix va être
- 40:01mis à... Ils vont être accusés par leurs opposants
- 40:05s 'ils acceptent la démocratie québécoise. C
- 40:07'est la fin de leur carrière politique, OK? Parce
- 40:10qu 'ils ont le choix, parce que la loi leur donne
- 40:13le choix de sauver le Canada contre le vote du
- 40:16Québec, même s 'ils ont accepté la question.
- 40:19Et donc, c 'est un piège à démocrate qui a été
- 40:23créé. Une vraie loi sur la clarté ou l 'entente
- 40:25du Royaume -Uni ou ce que fait l 'ONU dans plusieurs
- 40:28pays, c 'est, écoutez, 50 % de personnes, c 'est
- 40:31comme ça. Vous n 'avez pas le choix. C 'est ça,
- 40:34la clarté. Puis même si vous perdez votre majorité
- 40:37au Parlement fédéral parce que vous perdez vos
- 40:39députés québécois, c 'est un automatisme. L 'automatisme,
- 40:43dans ce cas -là, c 'est la démocratie. Et là,
- 40:45donc, ils ont un énorme problème. Ils ont un
- 40:48problème qui est difficile à régler. Qui est
- 40:50notre problème aussi parce que leur désorganisation
- 40:54ou leur désordre devient celui du Québec souverain.
- 40:57Le Québec qui veut devenir souverain. Pour que
- 40:59le Québec devienne vraiment souverain, il faut
- 41:01qu 'il y ait un moment où le Canada dise oui.
- 41:03Parce qu 'on n 'a pas les clés du port de Montréal.
- 41:07On ne peut pas convaincre... des compagnies d
- 41:11'arrêter d 'envoyer leurs impôts au fédéral parce
- 41:13que nous, on a décidé de les prendre, mais c
- 41:15'est toujours la loi fédérale, etc., puis on
- 41:18ne peut pas prendre le contrôle de la base de
- 41:21Valcartier, etc. Non, la souveraineté effective,
- 41:25on peut faire une souveraineté légale, on peut
- 41:27déclarer l 'indépendance, il y a des gens qui
- 41:29vont nous reconnaître, mais la souveraineté ne
- 41:31sera effective qu 'au moment où le Canada dit
- 41:33oui. Puis il y a probablement des pays à l 'international
- 41:35qui vont attendre que le Canada dise oui avant
- 41:37de reconnaître. C 'est clair, c 'est clair. Mais
- 41:39tout ça, toute l 'opération de reconnaissance
- 41:42internationale n 'a d 'importance que parce qu
- 41:45'on est dans l 'hypothèse où le Canada refusera
- 41:47de reconnaître la démocratie québécoise. Si on
- 41:50avait la certitude, on n 'aurait pas besoin de
- 41:53convaincre personne. C 'est parce qu 'il faut
- 41:55créer une situation où on dit aux Québécois,
- 41:57regardez, la France nous reconnaît, la Belgique
- 42:00nous reconnaît, 12 pays africains nous reconnaissent,
- 42:02le Brésil nous reconnaît, je ne sais pas pour
- 42:05le Brésil, mais en tout cas, regardez, eux, ils
- 42:07disent oui, puis c 'est juste le Canada qui dit
- 42:09non. Pourquoi on fait ça? C 'est pour faire pression
- 42:11pour le Canada. Puis là, on sait que la position
- 42:13américaine, c 'était, nous, on ne s 'en mêle
- 42:17pas. essentiellement. Avec Trump, ça va peut
- 42:20-être changer. Bien, Trump, ça va peut -être
- 42:21changer. Mais en tout cas, la situation, disons,
- 42:23normale américaine, c 'est, écoutez, nous, on
- 42:26espère que le Canada va rester uni. On respecte
- 42:29la démocratie. Le soir du référendum, on dit
- 42:32rien. Puis là, on regarde ce qui se passe. Puis
- 42:35si, effectivement, ça crée une crise économique
- 42:37immédiate, le dollar chute, les actions chutent,
- 42:41tant qu 'on ne stabilise pas la situation, puis
- 42:44à un moment donné, ils se rendent compte que
- 42:44la seule façon de stabiliser la situation, c
- 42:46'est d 'accepter. de commencer à négocier. C
- 42:48'est une entente Québec -Ottawa sur le fait qu
- 42:51'il faut négocier. Exact. C 'est ça que ça prend.
- 42:53Et donc, ça prend un moment où le Canada dit
- 42:55OK, on va s 'asseoir, mais on va négocier. C
- 42:57'est comme ça qu 'on stabilise la situation.
- 42:59Alors, donc, c 'est pour ça que j 'ai écrit récemment
- 43:02dans Le Devoir une lettre ouverte à M. Carney
- 43:06en présumant qu 'il est au fond un démocrate.
- 43:10Il était présent au moment de l 'Écosse. D 'ailleurs,
- 43:12il y avait comme... président de la Banque centrale
- 43:16du Royaume -Uni, il avait fait une démonstration
- 43:18que les Écossais seraient mieux d 'avoir leur
- 43:20propre monnaie que de garder la livre. Ça, je
- 43:22trouvais ça excellent. Je pense que ça s 'applique
- 43:25très bien au Québec. Alors, je dis, la seule
- 43:27façon d 'obtenir la capacité politique d 'amender
- 43:35la loi sur la clarté, c 'est si vous faites une
- 43:37entente avec le Québec, comme celle de Londres
- 43:41et de l 'Écosse. Cette entente existante, là
- 43:45où vous arrivez au Parlement, puis avec votre
- 43:46majorité, l 'entente prend la place de la loi
- 43:49sur la clarté, puis là où vous êtes sauvé du
- 43:52piège chrétien. Moi, évidemment, je pense que
- 43:56c 'est un secret pour personne. Moi, j 'ai un
- 43:58attachement au Canada. Je veux qu 'on reste dans
- 44:00le Canada. Je pense que c 'est la meilleure situation
- 44:02pour le Québec. Ça, c 'est ma position. Nonobstant
- 44:05ma position, si je me fais imposer la séparation
- 44:08parce que je n 'ai pas gagné mon vote à ce niveau
- 44:11-là, ce qui me préoccupe, et c 'est pour ça que
- 44:13je suis content qu 'on ait cette discussion -là,
- 44:14ce qui me préoccupe, c 'est dans une situation
- 44:17où Ottawa ne reconnaîtrait pas l 'indépendance,
- 44:20qu 'un gouvernement du Parti québécois, par exemple,
- 44:23un peu trop pressé, décide que lui, il ne veut
- 44:25pas négocier. Je pense que ça s 'est peut -être
- 44:27discuté. Ce n 'est pas arrivé parce que le vote
- 44:30n 'est pas arrivé, mais de décider d 'unilatéralement.
- 44:33De toute façon, je n 'ai pas vraiment besoin
- 44:34d 'Ottawa. Je vais unilatéralement décréter l
- 44:38'indépendance du Québec, sans négociation, puis
- 44:40on s 'arrangera après. Puis là, tu arrives un
- 44:42peu dans une situation où, concrètement, si tu
- 44:46veux rendre ça effectif, cette indépendance -là,
- 44:49il faut que tu commences à prendre des actions
- 44:50gouvernementales qui sortent du cadre canadien.
- 44:54où, par exemple, tu vas refuser justement de
- 44:56payer des impôts fédérales ou tu vas refuser
- 44:58d 'appliquer certaines lois fédérales parce que
- 44:59tu considères que ce ne sont pas des lois qui
- 45:01doivent s 'appliquer là. Puis là, tu te retrouves
- 45:02un peu dans un limbo juridique, si on peut dire,
- 45:06où ce n 'est pas trop clair à court et à moyen
- 45:08terme jusqu 'à temps qu 'on résoudre la situation
- 45:11et qu 'on ait une entente avec le Canada. C 'est
- 45:13quoi l 'état de droit au Québec? Comment ça se
- 45:15passe? Tout ça. Moi, comme fédéraliste, dans
- 45:20la transition vers un Québec souverain, c 'est
- 45:22ce qui me préoccupe le plus. De ce que je comprends
- 45:25de la discussion qu 'on vient d 'avoir, essentiellement,
- 45:27le plan en 1995, c 'était vraiment d 'essayer
- 45:31d 'utiliser un pouvoir politique pour mettre
- 45:33de la pression sur Ottawa parce qu 'il y avait
- 45:35une reconnaissance. Avec raison, je crois que
- 45:37tant pour le Québec que pour Ottawa, c 'est dans
- 45:40l 'intérêt de tout le monde de négocier une sortie,
- 45:42si sortie il y a. Non seulement vous avez raison,
- 45:46mais ça a toujours été... Comme c 'est René Lévesque
- 45:49qui a créé le mouvement indépendantiste moderne,
- 45:51après le RIN, la négociation a toujours été au
- 45:56cœur, la négociation avec le Canada, a toujours
- 45:58été au cœur du projet souverainiste. Ensuite,
- 46:01on a calibré la négociation, association, partenariat.
- 46:06En 80, c 'était on ne peut pas faire la souveraineté
- 46:09sans l 'association. En 95, c 'était… On peut
- 46:12faire la souveraineté, on espère le partenariat,
- 46:15puis si on n 'a pas de partenariat, on fait la
- 46:16souveraineté. Partenariat, ça ne veut pas dire
- 46:18pas de négociation pour la souveraineté. Et donc,
- 46:21dans la loi sur l 'avenir du Québec, c 'était
- 46:23écrit qu 'on donnait un an de négociation. On
- 46:26avait créé un comité de surveillance des négociations
- 46:29sur lequel il y avait des non -alignés, puis
- 46:31que M. Castonguay allait probablement présider.
- 46:34pour justement démontrer notre réelle volonté
- 46:37de négociation. Alors, les chefs fédéraux du
- 46:40nom, Pierre Trudeau puis Jean Chrétien, eux,
- 46:42ils disaient, non, non, on ne va pas négocier
- 46:44de toute façon, on n 'a pas d 'affaires à négocier.
- 46:46Et là, la Cour suprême leur a dit, en répondant,
- 46:49vous avez une obligation de négocier de bonne
- 46:51foi, si la question est claire et que la réponse
- 46:53est claire. Et la Cour a décidé de ne pas, puis
- 46:56ils en ont discuté, on a su ensuite qu 'ils avaient
- 46:58discuté, est -ce qu 'on met un chiffre? Puis
- 47:01on dit non, on ne met pas de chiffres. Moi, je
- 47:04serais très curieux de savoir quel vote ils ont
- 47:06eu sur les différents chiffres. Mais en tout
- 47:08cas, il y a des gens... En tout cas, ce qu 'on
- 47:10en sait, c 'est qu 'ils ont refusé de mettre
- 47:12un chiffre. Mais évidemment, ça dépend. Si la
- 47:14question est claire, on n 'a pas besoin de mettre
- 47:16un chiffre plus élevé. Il y a la question qui
- 47:18a été soulevée par M. Carney, la participation.
- 47:21OK? Bien, ça, c 'est une bonne question. Je suis
- 47:23sûr que le Québec pourrait dire oui, oui, nous,
- 47:26on considérera le référendum valide s 'il y a
- 47:29au moins 66 % de participation. On est certain
- 47:32qu 'il va y en avoir 80 %. Alors, bon. 95, c
- 47:37'est 14 %. Alors, donc, et en fait, je sais que
- 47:42ça circule dans le milieu fédéraliste, que Parizeau
- 47:45avait dit qu 'il allait déclencher unilatéralement.
- 47:47C 'est faux. Je connais très bien ce qui s 'est
- 47:49passé. Dans un livre qui a été publié deux ou
- 47:53trois ans après par Michel Vastel, il a dit,
- 47:56bien, on allait faire voter par la Sémé nationale
- 47:59une motion de déclaration. unilatérale suspensive.
- 48:05Bon, alors j 'ai reparlé à M. Parizeau, puis
- 48:07il a précisé, j 'ai dit, regardez, c 'était pas
- 48:10une déclaration unilatérale suspensive. On faisait
- 48:12voter par l 'Assemblée une motion qui reconnaissait
- 48:16le résultat référendaire, ce qui aurait posé
- 48:19énormément de problèmes au Parti libéral. Les
- 48:21libéraux ont dit que le caucus libéral se serait
- 48:23scindé au moment de cette motion -là. Bon, alors,
- 48:27ce qui aurait participé, évidemment, à la...
- 48:30à l 'élan post -référendaire. Mais donc, j 'étais
- 48:34présent. Aucun scénario dans la tête de M. Parizeau
- 48:38n 'était différent de ce que je viens de vous
- 48:40expliquer. Et évidemment, on ne veut pas, mais
- 48:45légalement, si le Canada refuse de négocier,
- 48:50se traîne les pieds, etc., il y a un moment...
- 48:52où il faut dire, bien, ça suffit, on déclare
- 48:54notre indépendance. Puis effectivement, là, ça
- 48:56devient compliqué pendant une période où il faut
- 48:59convaincre le Canada de respecter la démocratie.
- 49:02Moi, je pense, je connais assez le Canada pour
- 49:04savoir qu 'on ne se rendra jamais là, OK? Jamais
- 49:07ça n 'arrivera. Moi, je vois difficilement le
- 49:09Canada déployer l 'armée. Ah non, ça n 'arrivera
- 49:12jamais. Ça n 'arrivera jamais. Mais juste de
- 49:14créer ce vide juridique. Puis ce n 'est pas parce
- 49:17que, par bonté... C 'est que ça coûte trop cher
- 49:22au Canada. Cette incertitude va coûter très cher.
- 49:26On le voit avec l 'ALENA, avec l 'ACM. Il y a
- 49:28un traité qui n 'est peut -être pas renouvelé,
- 49:29puis l 'économie est plombée. Je ne m 'en gêne
- 49:31pas une province qui veut se séparer. Alors,
- 49:32je vous invite à lire dans le livre de Chantal
- 49:35Hébert et Jean Lapierre, qui ont fait un travail
- 49:37extraordinaire d 'interview au poste référendaire.
- 49:40Puis je l 'ai repris, j 'ai fait un genre de
- 49:42synthèse de ce qu 'on sait dans mon livre « Octobre
- 49:4595, tous les espoirs, tous les chagrins ». Bay
- 49:48Street, à Toronto. Et eux, ça circulait que si
- 49:55le oui gagnait, Chrétien voudrait faire un autre
- 49:57référendum, etc. Puis Bay Street disait non,
- 49:59non, non. S 'ils disent oui, il faut négocier
- 50:03tout de suite, puis qu 'ils s 'en aillent. On
- 50:04va négocier durement. On ne fera pas de cadeau
- 50:06au Québec. Le Québec ne veut pas de cadeau. Bon,
- 50:09mais donc, il n 'y a pas de base économique au
- 50:12Canada pour refuser la décision, parce que ces
- 50:15gens -là savent qu 'ils perdent de l 'argent.
- 50:18Tant que ce n 'est pas réglé, ils perdent de
- 50:20l 'argent. Je pense que c 'est un peu la... Je
- 50:24ne vais pas trop passer le temps sur le mouvement
- 50:26référendaire albertain, où on fait un référendum
- 50:29sur des arguments économiques en oubliant qu
- 50:35'il y a des impacts économiques. Je pense qu
- 50:37'on a des motifs culturels au Québec qui sont
- 50:39différents de ce qu 'eux autres ont là -bas.
- 50:40Eux autres, on semble ça faire principalement
- 50:43pour faire des pipelines, ce qui est un peu absurde
- 50:46quand tu te sépares pour qu 'un pipeline passe
- 50:48dans un autre pays. Mais au -delà de ça, ils
- 50:51vont le ressentir économiquement cette année,
- 50:54l 'impact à ce niveau -là. Puis je pense qu 'au
- 50:55Québec, historiquement, en 95, en 80, c 'est
- 50:59quelque chose qui est admis qu 'il y aurait une
- 51:01certaine période de transition, que le référendum
- 51:04soit positif ou négatif. C 'est très difficile
- 51:06à démontrer. Tout le monde dit ça, puis c 'est
- 51:10comme intuitif, mais c 'est très difficile à
- 51:12démontrer. que si tu compares l 'économie ontarienne
- 51:15et québécoise dans ces années -là, que malgré
- 51:18l 'existence d 'un référendum, la croissance
- 51:22économique a été plus faible au Québec qu 'au
- 51:24Canada. C 'est très difficile à démontrer. Et
- 51:26même si tu as les chiffres, c 'est très difficile
- 51:28à convaincre un fédéraliste que c 'est le cas.
- 51:30Oui, puis c 'est sûr que, je ne sais pas, la
- 51:33BMO, Manu Livy qui change son siège social, c
- 51:36'est des exemples qui marchent. Dans l 'après
- 51:38-souveraineté, la Banque de Montréal. dont le
- 51:43siège social est à Québec seulement parce que
- 51:46les impôts sur les profits sont plus faibles,
- 51:48va... Évidemment, c 'est une banque canadienne
- 51:50maintenant. C 'est pour ça qu 'il s 'appelle
- 51:51BMO. Donc, on va perdre une couple de sièges
- 51:53sociaux avec quelques dizaines d 'employés. Ça
- 51:57a été complètement évité. Alors, moi, je suis
- 52:00capable de faire mon deuil de ça. Puis si, effectivement...
- 52:03des gens qui sont clients à la Banque de Montréal,
- 52:06moi, je suis client chez la Banque de Montréal
- 52:07et chez Desjardins, puis que la Banque de Montréal
- 52:10décide de quitter, bien, je vais transférer chez
- 52:12Desjardins. Ça fait que c 'est correct. Je pense
- 52:15qu 'on va s 'en tirer. Je pense qu 'on peut survivre
- 52:18sur la Banque de Montréal, mais d 'ailleurs,
- 52:20pour la petite parenthèse, j 'ai appelé, puis
- 52:22le message en français était dans un français
- 52:25un peu... Ah bon? Il aurait peut -être dû travailler
- 52:29un peu sur le traducteur, en espérant qu 'il
- 52:31ne me poursuive pas au podcast. Mais ce que j
- 52:34'apprécie de notre discussion, c 'est que je
- 52:36pense qu 'on peut voir au -delà d 'un référendum
- 52:38ce qui pourrait arriver là -dedans. Ce que je
- 52:40trouve dommage sur le débat en général sur la
- 52:42question nationale, puis je le reproche aux deux
- 52:46camps, c 'est que ce n 'est pas nécessairement
- 52:49une discussion qui est basée sur des arguments
- 52:50rationnels, dans le sens que du côté fédéraliste,
- 52:54ce que je reproche aux camps fédéralistes, c
- 52:56'est que souvent... On laisse sous -entendre
- 52:58que la souveraineté du Québec, ce serait comme
- 53:00les chevaliers de l 'apocalypse qui débarqueraient,
- 53:02puis le Québec serait dans un état pitoyable
- 53:06quand je pense qu 'on a tous les outils pour
- 53:08survivre comme nation, peu importe les troubles
- 53:11économiques que ça peut engendrer pendant la
- 53:13transition. Moi, je n 'ai pas peur qu 'un Québec
- 53:15souverain est capable de survivre économiquement.
- 53:18Je pense que la majorité des fédéralistes reconnaissent
- 53:20que le Québec a ses outils. On est déjà un palier
- 53:24de gouvernement. Ce n 'est pas comme si on était
- 53:26une nation sans aucune entité gouvernementale.
- 53:29On a déjà une certaine expertise. Même dans la
- 53:32finance, dans les grands postes, on peut travailler
- 53:34en français aujourd 'hui. Cette élite, si je
- 53:38peux dire, politique et économique pour survivre
- 53:41comme nation. D 'un côté, le scénario de l 'apocalypse,
- 53:44je trouve ça un peu dommage. De l 'autre côté,
- 53:46ce que je reprocherais au mouvement souverainiste,
- 53:47c 'est des fois de simplifier. Je pense que...
- 53:51Ça peut être facile, dans les clips de 15 secondes,
- 53:53de dire que c 'est génial. Moi, j 'ai entendu
- 53:54des clips. C 'est une des inspirations du podcast.
- 53:56C 'est quelqu 'un qui disait que le jour où on
- 53:58vote oui au référendum, le lendemain, le Canadien
- 54:00est obligé de nous céder son armée ou la portion
- 54:02québécoise de l 'armée. Des choses qui sont quand
- 54:04même assez... On va se baser sur des obligations
- 54:06en droit international de nous donner des soldats
- 54:08et des tanks. C 'est un peu particulier. On peut
- 54:12parler de ça spécifiquement? Oui. Parce que c
- 54:14'est vrai. Au moment de la séparation... C 'est
- 54:19comme dans un couple, OK? Là, il y a un comptable
- 54:22ou un médiateur qui dit, bon, qu 'est -ce qui
- 54:23appartient à qui et qui a payé quoi? Alors, il
- 54:26y a une dette commune, il y a des actifs communs.
- 54:29Qui seraient séparés. Qui seraient séparés. Par
- 54:31négociation. Bien, d 'abord, tu... Toutes les
- 54:35évaluations qui ont été faites par Bélanger -Campo,
- 54:39donc on avait Bélanger, un grand économiste fédéraliste,
- 54:43puis Campo, un grand économiste souverainiste,
- 54:45avec Henri -Paul Rousseau, qui était leur secrétaire,
- 54:47qui a été président de la Caisse, en utilisant
- 54:51la matrice la plus régulièrement utilisée, c
- 54:54'est d 'abord qu 'on calcule quelle est la part
- 54:57des actifs du Canada qui est dans la province
- 55:00qui veut quitter. Bon, on avait calculé qu 'il
- 55:03y avait 17 % des actifs. Les actifs, c 'est les
- 55:05immeubles fédéraux, les aéroports, le port, les
- 55:08bureaux de poste, les bases de l 'armée canadienne
- 55:13et les équipements militaires canadiens en sol.
- 55:18Et d 'ailleurs, ils ont, dans la semaine qui
- 55:21a précédé le référendum, ils ont pris des F -18
- 55:23du Saguenay pour les amener. Hé, ça sert à rien,
- 55:26là, parce que quand on va faire le calcul, ça
- 55:28va être le port d 'attache du F -18. Bon. Alors
- 55:31ça, ça fait partie. Alors on dit que c 'est 17
- 55:33-18 %. OK. On va négocier. Moi, je pense qu 'on
- 55:37va aller en médiation internationale de toute
- 55:38façon. Mais donc, c 'est à peu près ça. Maintenant,
- 55:41quelle est la part... On utilise ça pour dire,
- 55:43bien, voici la part de la dette. dont nous devons
- 55:47assumer, pas la charge totale, mais la gestion
- 55:52ou la payer. On prend notre part du service de
- 55:59la dette. C 'est -à -dire qu 'il n 'y a aucun
- 56:00moment où notre part de la dette fédérale devient
- 56:02de la dette québécoise. Ça n 'arrivera jamais.
- 56:04Mais on dit qu 'il y a 17 % de la dette fédérale,
- 56:07que jusqu 'à ce qu 'elle s 'éteigne, enfin ces
- 56:09bons -là, nous allons... On va avoir une obligation
- 56:13envers le gouvernement fédéral du Canada pour
- 56:16payer notre part de chacun des bons d 'obligation
- 56:18jusqu 'à ce que ce soit zéro. Ça peut prendre
- 56:2075 ans, OK? Mais vous n 'allez pas nous envoyer
- 56:24aucun chèque de rien. C 'est nous, pendant 75
- 56:26ans, on va vous envoyer ce chèque -là. Bon, et
- 56:29là, le Canada dit non, non, non, non, ça ne sera
- 56:31pas 17 %. Vous êtes 19 % de la population. Donc,
- 56:35vous allez payer 19 % de la dette. On se dit
- 56:38très bien, mais il nous manque 2 % d 'actifs.
- 56:40Qu 'est -ce que vous nous donnez? L 'ambassade
- 56:44du Canada. L 'ambassade du Canada à Paris. La
- 56:47résidence de l 'ambassade. C 'est magnifique.
- 56:49Moi, ce serait les deux premiers journalistes.
- 56:52Ou bien une rocheuse. Parce qu 'il y a des gens
- 56:56qui sont attachés. C 'est ça, la discussion.
- 56:59Je pense que c 'est légitime d 'exposer ça. Ce
- 57:04que je trouve dommage, puis je ne veux pas généraliser
- 57:07à tout le mouvement souverainiste, parce que
- 57:08visiblement, vous êtes ici, puis vous me l 'expliquez
- 57:10ouvertement, puis il n 'y a pas de cachette.
- 57:12Ce que je voudrais éviter, moi, comme Québécois,
- 57:16disons, voyons ça comme ça, parce que contrairement
- 57:19à ce que certaines personnes ont dit, les fédéralistes
- 57:21sont des Québécois, nous autres aussi. Absolument,
- 57:23non, mais il n 'y a aucun doute là -dessus. Mais
- 57:24ce que je voudrais éviter, c 'est que là, tu
- 57:28sais, tout le monde... vote pour le référendum,
- 57:30on se ramasse avec un vote de peu importe, 51,
- 57:3255, peu importe. Puis là, le jour 2 de la chose,
- 57:36le monde a eu une surprise. Je pense qu 'il faut
- 57:37qu 'on soit tous à la même longueur d 'onde.
- 57:40Si on fait collectivement ce choix -là, on le
- 57:42fait. Puis je pense que de clairement exposer,
- 57:45comme vous l 'avez fait, qu 'on va négocier avec
- 57:47le Canada, que c 'est dans l 'intérêt du Canada
- 57:48de le faire, qu 'on a un plan au niveau de la
- 57:50pression politique pour faire ça, qu 'au niveau
- 57:52international, il va y avoir de la pression de
- 57:53le faire également. On ne peut pas dire exactement
- 57:56ça va être quoi le... L 'image finale, je ne
- 57:59peux pas vous dire exactement ça va être quoi
- 58:01la dette du Québec, ça va être quoi les actifs
- 58:03du Québec, ça va être quoi... On a une fourchette
- 58:05raisonnable. On a une fourchette, on a une idée,
- 58:07on pense que ça va être en tel et tel, parce
- 58:08qu 'il faut que ça soit acceptable pour nous
- 58:10aussi. De dire ça, je pense que c 'est une bonne
- 58:14chose pour le débat. Tant d 'un bord de ne pas
- 58:17se sursimplifier et de faire des campagnes de
- 58:20peur. Je pense qu 'on est capable de se parler.
- 58:22C 'est une des discussions les plus enrichissantes
- 58:24que j 'ai eues sur la souveraineté du Québec
- 58:25depuis que je suis dans la politique. Je vous
- 58:27en remercie. Merci beaucoup. C 'est ça. En terminant,
- 58:35j 'aimerais qu 'on prenne quelques minutes pour
- 58:37parler. du référendum. Je sais que vous l 'avez
- 58:40vécu. On n 'a pas énormément de temps, mais j
- 58:42'aimerais commencer par vous poser la question.
- 58:43Vous, vous avez été chef du Parti québécois.
- 58:46J 'imagine que la question référendum, pas référendum
- 58:49comme chef du Parti québécois, ça va être une
- 58:50question extrêmement difficile parce que votre
- 58:52base de parti veut un référendum. Il y a des
- 58:55situations gagnantes, pas gagnantes. Comment
- 58:57est -ce qu 'on gère ça comme chef du PQ? D 'abord,
- 59:01on est là pour ça. Moi... S 'il n 'y avait pas
- 59:05l 'idée de la souveraineté, est -ce que je me
- 59:06serais engagé en politique? Je n 'en suis pas
- 59:08certain. Et le Président Perpermondon dit souvent,
- 59:14Alexandre Boissonneau, tel autre, ils se présentent
- 59:20parce qu 'ils veulent l 'indépendance, puis c
- 59:22'est vrai. Donc, on a une partie de notre élite
- 59:24politique au Québec qui n 'est en politique pour
- 59:27servir le Québec que... Parce qu 'il y a l 'idée
- 59:29d 'indépendance. Puis évidemment, il y a plein
- 59:31de monde au Parti québécois. Bon, ils sont d
- 59:33'accord avec la position sur la social -démocratie,
- 59:36sur la langue, sur la laïcité, mais essentiellement,
- 59:39ils sont là pour l 'indépendance. Alors évidemment,
- 59:41quand tu es chef de parti, comme moi, par exemple,
- 59:44Parizeau, il arrive en 88 -89, il y a l 'élection
- 59:48de 89, il sait bien que la souveraineté, écoute,
- 59:51ça va tellement mal que les sondeurs ont arrêté
- 59:54de poser la question. Il y a plusieurs années...
- 59:57entre, je ne sais pas, 82 et 87, 88, on n 'a
- 1:00:01pas de données. Ils arrêtent de poser la question
- 1:00:04tellement c 'est sûr que ça ne reviendra jamais.
- 1:00:07Puis là, lui, il sait que ce n 'est pas le moment
- 1:00:10de proposer un référendum. Ils sont en train
- 1:00:12de négocier Meach. Tout le monde pense que ça
- 1:00:15va marcher. On ne demande tellement rien. Société
- 1:00:19distante, on n 'a même pas osé demander d 'être
- 1:00:20reconnu comme nation. Alors, donc, il trafique
- 1:00:25son truc, puis il dit, bon, on va faire des référendums
- 1:00:27sectoriels. On va demander la main -d 'oeuvre,
- 1:00:30puis ensuite, on va demander la culture. Puis
- 1:00:33on disait, oui, M. Parizeau, mais vous demandez
- 1:00:34la main -d 'oeuvre, puis s 'ils ne vous la donnent
- 1:00:36pas, on verra. Il n 'y avait pas de bonne réponse.
- 1:00:38C 'était juste une façon de dire, bien, on ne
- 1:00:41fera pas de référendum sur la souveraineté dans
- 1:00:43le mandat. Jacques Parizeau. Mais comme Parizeau
- 1:00:47est à Parizeau, tout le monde dit qu 'on sait
- 1:00:49bien qu 'il veut faire la souveraineté, peu importe
- 1:00:50ce qu 'il dit. Alors moi, quand je suis arrivé,
- 1:00:54c 'était clair que les libéraux de M. Couillard
- 1:00:57étaient détestés à bon droit, à mon avis. Puis
- 1:01:01l 'idée, c 'était que les gens voulaient se débarrasser
- 1:01:03des libéraux. Puis l 'indépendance, ce n 'était
- 1:01:06pas du tout. On était dans un moment de ressac
- 1:01:08profond. puis de rejet quasi viscéral. Moi, j
- 1:01:12'ai diagnostiqué, j 'ai écrit un livre qui s
- 1:01:14'appelle Qui veut la peau du Parti québécois?
- 1:01:16Puis ma lecture, c 'est que le deuil de 95 n
- 1:01:20'était non seulement pas terminé, mais que la
- 1:01:23génération qui avait vécu 95, d 'ailleurs qui
- 1:01:26a arrêté d 'en parler à ses enfants, les enfants
- 1:01:28disent qu 'il y a une période de refus de revenir
- 1:01:31là -dessus à cause de la tristesse puis de la
- 1:01:36douleur. Les gens ont vécu ça comme une douleur.
- 1:01:39Il faut dire que 60 % des francophones ont voté
- 1:01:41oui. Ça veut dire que la majorité de la majorité
- 1:01:44ont vécu la douleur, puis parmi la minorité qui
- 1:01:47a voté contre, il y en a qui ont trouvé ça douloureux
- 1:01:49aussi. Et donc, je me suis rendu compte que peu
- 1:01:52importe ce que le chef du Parti québécois disait,
- 1:01:54peu importe que les gens étaient d 'accord avec
- 1:01:56nos propositions, notre simple existence était
- 1:01:59un rappel de la douleur. Et il voulait écarter
- 1:02:03la douleur. Là, on a eu cette phase -là où tout
- 1:02:05le monde nous voulait mort. Ils parlaient tellement
- 1:02:07de notre mort. Je sais, la disparition du PQ,
- 1:02:09ça sortait quand même assez souvent. Moi, j 'étais
- 1:02:13là. J 'encaissais ça tous les jours. Puis ça
- 1:02:19allait au -delà du débat politique. Alors, donc,
- 1:02:22j 'ai diagnostiqué que c 'était une phase. Et
- 1:02:25quand Paul Saint -Pierre -Permondon est arrivé,
- 1:02:27c 'est comme s 'il y avait suffisamment de temps
- 1:02:29qui était passé, il y avait une idée générationnelle
- 1:02:32aussi, il n 'avait pas été associé à 95, et que
- 1:02:34là, on est passé dans une autre étape. Et donc,
- 1:02:39je ne me souviens absolument pas de votre question.
- 1:02:42Mais essentiellement, le défi de faire ou non
- 1:02:44un référendum. Alors donc, moi, j 'avais dit,
- 1:02:46bon, ça ne sert à rien. Si on propose un référendum,
- 1:02:48c 'est sûr que les libéraux gagnent ou la CAQ
- 1:02:50gagne. Pour moi, c 'était clair. Donc, j 'ai
- 1:02:52dit, il faut faire en deux étapes. D 'abord,
- 1:02:56chasser les libéraux, premier mandat. Faire la
- 1:02:59souveraineté, deuxième mandat. Évidemment, pendant
- 1:03:01le premier mandat, on s 'engage à ne pas tenir
- 1:03:03de référendum, mais on va préparer le terrain,
- 1:03:06on va faire les études, on aurait fait une campagne
- 1:03:09sur l 'identité, puis sur la langue, puis sur
- 1:03:11la laïcité, on aurait tout fait ça. Pas des commissions
- 1:03:13régionales? Non, mais pas sur l 'indépendance.
- 1:03:15Il n 'y aurait pas eu de fonds publics pour l
- 1:03:17'indépendance, mais on aurait essayé de raviver...
- 1:03:19La flamme nationaliste. La flamme nationale,
- 1:03:23c 'est ça. Ce que je remercie de M. Legault d
- 1:03:26'avoir fait pendant huit ans. Il faut se souvenir,
- 1:03:28sous Philippe Couillard, la fierté nationale,
- 1:03:33je l 'aime bien, ce n 'est pas un incompétent,
- 1:03:37mais il y a un jour, je lui ai dit, écoutez,
- 1:03:41en période de questions, une enquête vient de
- 1:03:45démontrer que 50 % des offres d 'emploi à Montréal
- 1:03:48réclament une connaissance de l 'anglais, y compris
- 1:03:51pour pelleter de la neige. Bon, ça, à sa face
- 1:03:54même, c 'est une infraction de la loi 101. C
- 1:03:57'est ça que je lui dis. Qu 'allez -vous faire?
- 1:03:59Puis moi, je m 'attends à ce que le premier ministre
- 1:04:00dise, écoutez, c 'est clairement une infraction.
- 1:04:02Je demande à la ministre de la langue de regarder
- 1:04:05ça. Non, non. Il a dit, ah, c 'est ça. Le PQ
- 1:04:08toujours a agité le chiffon linguistique. Mais
- 1:04:14t 'es premier ministre du Québec, là. T 'es pas
- 1:04:16censé mépriser le fait qu 'on veuille pouvoir
- 1:04:20travailler en français à Montréal. C 'est qu
- 1:04:23'on est passé d 'une période de... de minoration
- 1:04:28de la fierté nationale, etc. Écoute, son objectif,
- 1:04:32c 'était qu 'on soit dans la moyenne canadienne.
- 1:04:34J 'aime mieux Charest. Il disait « briller parmi
- 1:04:37les meilleurs ». Ça, j 'aime bien mieux ça. Alors
- 1:04:40donc, on a ce rétablissement. Moi, c 'est ce
- 1:04:42que je voulais, mais je constate que ce message
- 1:04:46était très difficile à faire passer parce que
- 1:04:50les gens disaient « ah, lisez à abandonner la
- 1:04:52souveraineté ». Bien, je disais « mais non, c
- 1:04:54'est un, deux, à... » Ils ont accrédité l 'idée,
- 1:04:58évidemment tes adversaires politiques veulent
- 1:05:00te nuire. Puis là, je me suis dit, bon, ça va
- 1:05:02peut -être aider, finalement, si des gens qui
- 1:05:04pensent plus... Je pense que je suis plus vraiment
- 1:05:05souverainiste. Mais non, ça n 'a pas aidé. Puis
- 1:05:08je me suis rendu compte que dans l 'environnement
- 1:05:11polarisant, c 'est pas... Puis il y a des indépendantistes
- 1:05:16convaincus qui sont suspicieux aussi. Ils disent,
- 1:05:20mais c 'est une façon de dire non, etc. Ça fait
- 1:05:23que c 'était pas gagnant. Je pense pas qu 'il
- 1:05:26y avait de stratégie gagnante. pour gagner l
- 1:05:28'élection de 2018. Mais en tout cas, celle -là
- 1:05:32n 'était pas probable. Merci beaucoup, M. Lisée.
- 1:05:34C 'est vraiment apprécié. C 'est moi qui vous
- 1:05:36remercie. Et puis, vous vouliez dire à tout le
- 1:05:38monde d 'acheter mon livre à la fin, c 'est ça?
- 1:05:39Oui, c 'est ça. Oui, un livre super intéressant
- 1:05:41sur la relation entre M. Lévesque et M. Trudeau.
- 1:05:45D 'ailleurs, j 'ai été au lancement de votre
- 1:05:46deuxième tombe. Puis, il y avait des petits passages
- 1:05:48intéressants que vous avez lus sur la relation
- 1:05:50que j 'ignorais qu 'il y avait entre eux parce
- 1:05:52qu 'ils sont... On n 'a plus de temps, mais vite,
- 1:05:54vite, parce qu 'ils ont grandi à peu près dans
- 1:05:57les mêmes époques. Ils sont nés à quelques années
- 1:05:59de différence. Ils se connaissaient. Et puis,
- 1:06:01ils se rencontraient tous les deux vendredis
- 1:06:03quand l 'évêque était ministre. Et, en un sens,
- 1:06:05Trudeau était le conseiller du ministre libéral
- 1:06:09René Lévesque. Alors, je vous encouragerais à
- 1:06:11aller lire le livre qui est très bon. J 'en suis
- 1:06:15sûr, je ne l 'ai pas lu encore. Il faut que je
- 1:06:16le fasse. Merci beaucoup pour votre présence.
- 1:06:18Merci. Merci d 'avoir été avec nous. Si vous
- 1:06:20avez aimé l 'épisode, abonnez -vous et laissez
- 1:06:22-nous vos commentaires pour qu 'on puisse s 'améliorer.
- 1:06:23À la semaine prochaine.