Latest / Oser l'efficacité - Les stratégies de ceux qui font l’industrie / Réindustrialisation France : comment convaincre un territoire d'accueillir votre usine
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- 0:00L'industrialisation,
- 0:01c'est un couple,
- 0:01un industriel,
- 0:02un territoire.
- 0:03Cette phrase,
- 0:04c'est celle de mon invité du jour.
- 0:05Et comme dans tous les couples,
- 0:06il faut des discussions,
- 0:07des médiations pour que la relation fonctionne.
- 0:10Imagine,
- 0:10tu es industriel,
- 0:11tu as le produit,
- 0:12tu as la techno,
- 0:12il ne te manque plus que le terrain pour mener ton projet à bien.
- 0:15Et c'est là que les discussions avec les territoires commencent.
- 0:19Parce que que les administrés n'aient pas envie de tes murs gris devant leurs fenêtres ou qu'ils aient été vaccinés des fermetures d'usines précédentes,
- 0:24la tâche s'annonce ardue.
- 0:26Et c'est là que la vraie collaboration commence.
- 0:29Aujourd'hui dans Oser l'Efficacité,
- 0:31je reçois Virginie Saks,
- 0:32co-fondatrice du cabinet Compagnum,
- 0:34qui justement travaille sur cette relation entre territoire et industriel au quotidien.
- 0:38Bienvenue Virginie,
- 0:39bienvenue dans Oser l'Efficacité.
- 0:40Merci Perrine,
- 0:42ravie d'être ici.
- 0:42Moi aussi je suis ravie de te recevoir.
- 0:44Ça faisait longtemps en plus que je voulais t'avoir,
- 0:45on en a discuté il y a un moment déjà.
- 0:47Mais bon,
- 0:48c'est l'occasion,
- 0:48en plus pas le décor habituel,
- 0:50on est sur Global Industrie,
- 0:51là où tout le monde se rencontre finalement.
- 0:54C'est parfait,
- 0:54c'était le timing.
- 0:56Dans la première section,
- 0:56moi je voudrais creuser.
- 0:57ton rapport à l'industrie,
- 0:58ce qui t'a amenée là,
- 0:59jusqu'ici.
- 1:00Donc ça se passe dans notre première section,
- 1:02I need a hero.
- 1:05Comment est-ce que tu tombes au départ dans l'industrie ?
- 1:06Est-ce que c'est un super pouvoir inné ou acquis ?
- 1:09Alors,
- 1:10complètement acquis.
- 1:12Je n'avais absolument pas décidé de tomber dans l'industrie.
- 1:15Je fais une école de commerce,
- 1:16je ne suis pas ingénieur,
- 1:18je ne suis que commerciale.
- 1:20Et je tombe dans l'industrie complètement par hasard.
- 1:23On ne m'a jamais parlé d'industrie.
- 1:26Dans l'école de commerce dans laquelle j'étais,
- 1:30et je commence à faire du conseil en stratégie,
- 1:33comme mes petits camarades,
- 1:35et bien je décide par la force des choses d'aller chercher un peu de passion,
- 1:41un peu d'opérationnel,
- 1:42un peu de territoire,
- 1:44j'en avais envie.
- 1:45Et donc assez naturellement je me dis,
- 1:46bah tiens,
- 1:47pourquoi pas,
- 1:48peut-être que l'industrie c'est fait pour moi.
- 1:51Et là,
- 1:52je postule,
- 1:54en réalité chez mon client.
- 1:56Celui qui était mon client dans le cabinet de conseil dans lequel je travaillais.
- 2:01Et là,
- 2:02c'est une rencontre,
- 2:02une rencontre avec un laminoir.
- 2:05Ce laminoir,
- 2:06au sud de Clermont-Ferrand,
- 2:08que je rencontre,
- 2:09où il y avait marqué US Marshall 1947.
- 2:11Et je ne sais pas pourquoi,
- 2:13je tombe amoureuse de ce laminoir en premier,
- 2:15et puis ensuite de tous ceux qui deviendront mes collègues.
- 2:18Et je rejoins une entreprise qui a un ex-champion industriel français,
- 2:22qui s'appelle Constellium,
- 2:23l'ex-Péchinet.
- 2:24qui fait de l'aluminium pour l'aéronautique.
- 2:26Et c'est l'histoire,
- 2:27le début de l'histoire.
- 2:28Il se trouve que je l'ai visité ce laminoir.
- 2:30Dans une précédente vie aussi,
- 2:32j'avais un projet potentiel d'installation d'un projet SAP chez Constellium.
- 2:37Je ne sais pas si ça correspond au niveau des dates,
- 2:38mais je vois très bien de quel laminoir tu parles.
- 2:42Voilà,
- 2:42et ce laminoir,
- 2:43pour moi,
- 2:44on ne le touchait pas.
- 2:45Alors c'était un laminoir qui générait au demeurant des problèmes qualité,
- 2:50qui avait besoin d'une certaine maintenance,
- 2:52mais qui a...
- 2:53qui était porteur d'un savoir-faire d'alliage propriétaire qui était extrêmement important pour les avions Airbus,
- 2:59les avions en France,
- 3:01mais aussi pour les têtes de fusée de SpaceX par exemple.
- 3:04Du coup,
- 3:04c'est ça le déclic.
- 3:07Tu dis que tu as une envie de territoire au départ,
- 3:09mais vraiment de rassembler industrie et territoire,
- 3:12c'est quand que ça se déclenche ça ?
- 3:14Alors ça,
- 3:16c'est un ensemble de petits moments.
- 3:19Quand j'étais chez Constellium,
- 3:20je m'attendais à trouver une beaucoup plus grande...
- 3:22de territoire dans l'industrie,
- 3:23beaucoup de ce lien,
- 3:24de cet ancrage.
- 3:25Et finalement,
- 3:26je n'en trouvais pas beaucoup,
- 3:27pas assez.
- 3:29Ça m'a interpellée.
- 3:31Et au cours de discussions avec mes collègues à Issoir,
- 3:37qui était cette ville au sud de Clermont-Ferrand,
- 3:42je me rendais compte que finalement,
- 3:44j'étais très passionnée par l'industrie.
- 3:45J'avais envie d'en parler,
- 3:46envie d'en parler au territoire,
- 3:48envie d'en parler également à Paris.
- 3:51de faire monter cette industrie historienne à Paris,
- 3:54de la raconter.
- 3:55Et je me rendais compte que mes collègues n'étaient pas pétris de cette même envie.
- 4:00Peut-être qu'ils avaient perdu la foi,
- 4:02finalement.
- 4:03Et qu'ils se disaient,
- 4:04finalement,
- 4:04et c'était ce qu'ils me disaient,
- 4:06tout le monde s'en fiche,
- 4:07Virginie.
- 4:08L'usine,
- 4:08elle est là depuis 100 ans,
- 4:09elle sera là dans 100 ans.
- 4:11Et à Paris,
- 4:12on s'en fiche de ce qu'on fait,
- 4:13nous,
- 4:13dans les territoires.
- 4:15J'étais fondamentalement,
- 4:16complètement opposée et choquée de cette...
- 4:20Perte de confiance,
- 4:21je dirais.
- 4:22Et c'est ça,
- 4:23c'est ce déclic-là qui m'a donné envie de redonner la fierté à l'industrie,
- 4:29d'être sur son territoire,
- 4:31de parler à son territoire,
- 4:32de parler aussi jusqu'à Paris,
- 4:34mais de redonner aussi la fierté au territoire de sa propre industrie.
- 4:38Et c'est ce moment-là,
- 4:39peut-être ces déclics-là,
- 4:40ces discussions,
- 4:41cet ensemble de discussions et enfin,
- 4:43une discussion.
- 4:45Je me souviens qu'elle m'a fait décider que j'allais partir et que j'allais m'intéresser au développement des territoires par l'industrie à ce moment-là.
- 4:52Et c'était la fin momentanée de l'histoire de l'industrie parce que j'ai quitté l'industrie pour aller m'intéresser au développement territorial.
- 4:59J'ai monté un institut de formation territorial que j'ai dirigé jusqu'en 2020 et en 2020 avec Compagnum,
- 5:04je suis revenue à l'industrie et au territoire pour faire ce lien.
- 5:11Et Compagnum,
- 5:12c'est finalement aujourd'hui une partie de ton activité,
- 5:14tu as aussi énormément d'engagement associatif.
- 5:16Comment tu choisis aujourd'hui ce à quoi tu donnes la priorité ?
- 5:19Où est-ce que tu t'investis ?
- 5:21C'est quoi le lien fort finalement ?
- 5:24Alors tous mes engagements...
- 5:27porte ce message de collaboration entre l'industrie et son écosystème,
- 5:33qu'il soit territorial ou filière.
- 5:36C'est ce que je fais aussi sur Global Industrie,
- 5:38par exemple.
- 5:40Pour Global cette année,
- 5:42nous avons chez Compagnum créé les rencontres de la collaboration industrielle entre des donneurs d'ordre et des PME.
- 5:49C'est de la collaboration.
- 5:51Le cahier de tendance que nous faisons pour Global Industrie cette année,
- 5:54qui est un engagement aussi,
- 5:55c'est...
- 5:56de la collaboration entre des donneurs d'ordre,
- 5:59des PME,
- 5:59des territoires.
- 6:01Tout ce que je fais porte cette logique de collaboration.
- 6:05Et puis ensuite,
- 6:06je vais aller regarder où est-ce que,
- 6:08il y a beaucoup d'intuition,
- 6:10où est-ce que je sens que je vais avoir le plus d'impact et tous les engagements partent des tripes.
- 6:15Donc par exemple,
- 6:18pour Startup Industries,
- 6:20l'association des startups industrielles,
- 6:22on a créé la commission territoire.
- 6:24Oui,
- 6:24il faut...
- 6:25Accélérer cette collaboration,
- 6:28start-up,
- 6:29collectivité.
- 6:30Pourquoi ?
- 6:31Parce que les collectivités ont absolument besoin d'étincelles,
- 6:35d'innovation.
- 6:36On sent que ça manque dans les territoires,
- 6:37donc il faut créer cette commission.
- 6:40Donc on l'a créée,
- 6:41on l'a présidée.
- 6:43Autre exemple,
- 6:45j'ai dit que j'avais fait une école de commerce,
- 6:47j'ai fait l'ESSEC.
- 6:47On ne m'a jamais parlé d'industrie à l'ESSEC.
- 6:51Un jour,
- 6:52j'ai décidé que c'était le moment.
- 6:54de monter l'association des industriels de l'ESSEC,
- 6:56de montrer qu'on existe et avec l'école de créer la filière Deep Tech Industrie du futur parce qu'il faut maintenant arrêter ce cercle qui consiste à ne pas parler d'industrie aux étudiants de l'ESSEC et donc de finalement ne
- 7:13pas faire de l'industrie un parcours d'excellence.
- 7:16Donc il y a autant de cette ADN,
- 7:19collaboration,
- 7:20cette intuition qui est que...
- 7:21Là,
- 7:21maintenant,
- 7:22on va avoir plus d'impact.
- 7:23Et puis,
- 7:23parfois,
- 7:23un ras-le-bol.
- 7:24Bon,
- 7:24là,
- 7:24ça suffit maintenant.
- 7:26Voilà.
- 7:27Les industriels,
- 7:27c'est la même chose.
- 7:28C'est l'opportunité qui fait que là,
- 7:30on pense qu'on va avoir de l'impact.
- 7:31C'est le moment de parler.
- 7:33C'est le moment d'activer le capital sympathique de l'industrie.
- 7:36Il le faut.
- 7:36On en a besoin.
- 7:38Donc,
- 7:38j'y vais.
- 7:39Voilà.
- 7:40Parfois,
- 7:41ce n'est pas téléguidé.
- 7:42Parfois,
- 7:42je me trompe.
- 7:42Eh bien,
- 7:44quand je me trompe,
- 7:44je m'arrête.
- 7:47C'est cool.
- 7:47Enfin,
- 7:47c'est...
- 7:48T'as l'impression que tu veux adresser le sujet de 360° à toi toute seule,
- 7:53c'est une force d'énergie.
- 7:54C'est un petit peu le problème,
- 7:55alors j'ai mon pouvoir magique quand même.
- 7:58C'est exactement la prochaine question que j'allais te poser,
- 8:00c'est quoi ton super pouvoir de reine de l'industrie ?
- 8:03Mon super pouvoir de reine de l'industrie,
- 8:05c'est le roi de l'industrie qui est à côté de moi et qui me guide,
- 8:09c'est-à-dire que quand j'ai mes mille idées à la seconde...
- 8:13J'ai ma petite voix qui me dit tu es sûr que c'est vraiment ce que tu dois faire maintenant.
- 8:19Et moi je pense que là où tu as de l'impact,
- 8:22c'est là et j'ai mon ange gardien qui est à côté de moi,
- 8:26qui est à la fois mon associé,
- 8:30qui est bien plus que ça,
- 8:31et qui me guide et qui m'aiguille dans ses choix parce que cette intuition d'impact...
- 8:41Qu'on mène ensemble,
- 8:42on partage exactement cette ADN d'impact,
- 8:45cette volonté,
- 8:46cette ADN de collaboration aussi.
- 8:49On la mène avec Compagnum,
- 8:50on la mène dans nos engagements respectifs.
- 8:52Et je ne sais pas comment on peut être entrepreneur,
- 8:56engagé,
- 8:57sans avoir mon alter ego qui peut vraiment guider et dire là je pense qu'on se trompe de chemin.
- 9:09Heureusement qu'il est là.
- 9:12pour me guider.
- 9:12Virginie est une super héroïne qui travaille en binôme.
- 9:16C'est important de souligner.
- 9:18Ok,
- 9:19super.
- 9:19Justement,
- 9:20vu que ton métier au quotidien,
- 9:22c'est d'aller défaire les mythes qu'on trouve sur le terrain et sur l'industrie,
- 9:26je te propose d'aller débunker ces mythes sur l'ancrage territorial,
- 9:30entre autres.
- 9:31Et ça se passe dans la séquence Mythes ou Réalités.
- 9:37Mon premier mythe,
- 9:38c'est la réindustrialisation française.
- 9:39C'est très présent dans les campagnes électorales,
- 9:41mais absent du terrain.
- 9:44Alors,
- 9:46je dirais que c'est peut-être plutôt l'inverse,
- 9:48en fait.
- 9:49C'est très présent sur le terrain.
- 9:50Je pense que quand on sait poser les bonnes questions aux citoyens sur les marchés...
- 9:59Si l'industrie pouvait faire ses tracts sur les marchés,
- 10:01ce serait la première allée donnée.
- 10:03Je pense qu'en fait l'industrie est très présente sur le terrain,
- 10:06parce qu'on sait ce que ça veut dire que de produire,
- 10:07parce qu'on a tous un oncle,
- 10:09un ami,
- 10:10un parent,
- 10:12un enfant qui travaillent dans l'industrie ou proches de l'industrie.
- 10:16C'est juste que les Français ne parlent pas de réindustrialisation.
- 10:20Oui,
- 10:20c'est ça.
- 10:21Au déjeuner du dimanche,
- 10:22ils utilisent d'autres termes.
- 10:24Ils ne parlent pas nécessairement d'industrie non plus,
- 10:26ils parlent de made in France,
- 10:28ça ils connaissent,
- 10:29ils parlent d'usine.
- 10:31Pas nécessairement dans les termes les plus fleuris possibles,
- 10:33mais c'est une réalité de terrain,
- 10:36donc elle existe.
- 10:37Par contre,
- 10:38dans les campagnes électorales,
- 10:41je trouve qu'on ne l'adresse pas beaucoup ou pas assez bien.
- 10:46Alors dans les campagnes électorales nationales,
- 10:48dans les campagnes qui s'annoncent,
- 10:50en particulier dans les présidentielles.
- 10:52Oui,
- 10:53on va en parler de manière très macro,
- 10:55sous un angle finalement très politique national.
- 10:59Moi,
- 10:59je trouve que dans les campagnes municipales,
- 11:00on n'en a pas fait assez du tout sur l'industrie.
- 11:03Donc,
- 11:03un mythe va complètement à l'inverse.
- 11:06Et je pense qu'en fait,
- 11:08les élus municipaux devraient en parler beaucoup plus.
- 11:10C'est un thème de campagne municipale.
- 11:11Oui,
- 11:12ça,
- 11:12c'est intéressant.
- 11:13Mais justement,
- 11:14ce que j'allais dire,
- 11:14le fait qu'on en parle quand même dans des campagnes nationales...
- 11:18C'est plutôt pas suivi d'actes.
- 11:20Qu'est-ce qu'on en fait derrière ?
- 11:22Comment on l'apporte sur le terrain ?
- 11:23Mais oui,
- 11:24c'est l'existence.
- 11:24Ça existe sur le terrain en termes de discours.
- 11:26Ça,
- 11:26j'entends.
- 11:27Oui,
- 11:27parce qu'encore une fois,
- 11:28les discours politiques sur l'industrie,
- 11:30c'est vraiment un cadre national.
- 11:32On en a absolument besoin.
- 11:33Et l'État l'a fait.
- 11:35C'est-à-dire qu'on a une loi industrie verte qui a reposé un cadre.
- 11:38Et puis maintenant,
- 11:39il faut que ça redescende dans les territoires.
- 11:40Donc c'est quand même un sujet politique éminemment local.
- 11:45Mon deuxième mythe,
- 11:45c'est que la France est devenue un pays de service.
- 11:47Les Français ne veulent plus travailler en usine,
- 11:48c'est culturel,
- 11:49on ne le changera plus.
- 11:51Je te donne les gants de boxe,
- 11:52tu veux ?
- 11:52Évidemment que non,
- 11:53bien sûr qu'on le changera.
- 11:55Je pense que les Français ont vécu dans leur chair les impacts de la désindustrialisation.
- 12:01Elle n'est plus à prouver.
- 12:03Maintenant,
- 12:04ce qu'on doit faire,
- 12:04c'est leur prouver que l'industrie qu'on amène aujourd'hui n'est pas celle d'hier.
- 12:10Elle n'a rien à voir.
- 12:11Et donc ça,
- 12:12c'est aussi à nous de prouver que...
- 12:14Les Français n'ont pas envie que de services,
- 12:17mais ils ont envie d'une certaine industrie et de leur montrer que c'est bien cette industrie-là qu'on leur amène.
- 12:23Quand on dit que les Français ne veulent pas d'industrie à côté de chez eux,
- 12:26ils ne veulent pas d'une certaine industrie à côté de chez eux.
- 12:29Et je pense qu'ils ont raison.
- 12:31Je pense qu'ils ont aussi raison de dire ce qu'ils veulent.
- 12:34Et il se trouve que c'est ce qu'on amène,
- 12:37mais que parfois on ne sait pas exactement le dire.
- 12:39Donc,
- 12:41l'industrie n'est pas que,
- 12:42la France n'est pas que un pays de service,
- 12:44c'est aussi un pays qui aime faire,
- 12:48qui a une tradition de savoir-faire,
- 12:52d'ailleurs le savoir-faire,
- 12:53le terme savoir-faire est l'un des préférés,
- 12:55l'une des locutions préférées des Français.
- 12:58Donc on a vraiment cette culture du savoir-faire,
- 13:02mais là où c'est important,
- 13:03c'est que cette culture,
- 13:05c'est quand même très enraciné,
- 13:07c'est très profond de la culture.
- 13:09Ça ne vient pas avec des politiques industrielles.
- 13:12La politique industrielle,
- 13:13c'est une vision,
- 13:14mais qui est assez courte finalement.
- 13:16Elle dure un mandat.
- 13:17Ça,
- 13:17ce n'est pas de la culture.
- 13:19Quand on veut faire revenir une culture,
- 13:23on parle d'image,
- 13:24on parle d'identité.
- 13:26C'est du temps long.
- 13:27C'est ce capital sympathie qu'on doit recréer.
- 13:31Ça,
- 13:31c'est le job des industriels,
- 13:34de l'image de l'industrie.
- 13:35La politique,
- 13:37c'est une vision.
- 13:38relativement court terme.
- 13:40Maintenant,
- 13:41faire revenir la culture de l'industrie,
- 13:43c'est aussi faire revenir l'usine au centre du village.
- 13:47Ça,
- 13:47c'est vraiment profondément de la culture.
- 13:49Et ça met du temps,
- 13:50beaucoup de temps.
- 13:51Il n'y avait pas une église avant au centre de Rue d'Arc ?
- 13:54Tu la pousses ?
- 13:57En fait,
- 13:57c'est intéressant parce que c'est une conférence qu'on a faite au CNAM récemment.
- 14:03En fait,
- 14:03je suis convaincue que...
- 14:05Il y a des lieux avec différentes fonctions au centre du village.
- 14:08Il y a l'église,
- 14:09il y a l'école,
- 14:09il y a la mairie et l'usine.
- 14:11Mais elle a été au centre du village.
- 14:15Dans Astérix,
- 14:16il y a le forgeron.
- 14:16Le forgeron,
- 14:18c'est un personnage secondaire,
- 14:20mais qui a quand même sa place.
- 14:22En fait,
- 14:22l'usine,
- 14:24elle était au centre du village.
- 14:25Il faut la faire revenir avec sa fonction de notable.
- 14:28L'industriel,
- 14:29c'est un notable.
- 14:30Et quand on aura réussi ça,
- 14:32alors la culture industrielle,
- 14:33elle sera revenue.
- 14:35Très clair,
- 14:36ça va.
- 14:37Mon troisième mythe,
- 14:37c'est un industriel qui arrive avec du cash et des emplois,
- 14:40il sera forcément le bienvenu sur le territoire.
- 14:43Oui,
- 14:43non,
- 14:43non plus,
- 14:44pas du tout.
- 14:46Pas du tout,
- 14:47alors il y a le cash et les emplois.
- 14:51En fait,
- 14:51il y a des industriels qui apportent du cash,
- 14:54beaucoup de cash et pas d'emplois.
- 14:57Eh bien,
- 15:00ils ne sont pas nécessairement les bienvenus parce que c'est vrai que l'industrie a une fonction sociale.
- 15:06Elle a une fonction très importante,
- 15:08c'est d'apporter des emplois diversifiés à tout profil au sein de la population française.
- 15:17La vertu emploi de l'industrie,
- 15:18elle est très ancrée dans notre culture.
- 15:22Apporter du cash,
- 15:23pas d'emploi,
- 15:24ça ne marche pas nécessairement très bien.
- 15:26Apporter du cash et des emplois quand l'industrie n'est pas durable et qu'en fait elle va apporter des nuisances visuelles,
- 15:34sonores,
- 15:34olfactives ou simplement une identité qui n'est pas durable,
- 15:40qui n'est pas ce que les Français attendent,
- 15:42non.
- 15:43Elle ne sera pas bienvenue sur le territoire parce qu'elle va générer un manque d'acceptabilité tout simplement.
- 15:49Il faut regarder la transition énergétique.
- 15:51Il faut regarder certains territoires comme Fos-sur-Mer,
- 15:53qui ont absolument besoin de transformer leur industrie,
- 15:56d'être décarbonées.
- 15:58Il y a des projets industriels qui s'implantent,
- 15:59qui apportent du cash,
- 16:00qui apportent des emplois.
- 16:02Mais tant qu'ils n'ont pas fait le travail de pédagogie,
- 16:04si on ne les comprend pas bien,
- 16:05non,
- 16:05ils ne sont pas les bienvenus.
- 16:06Donc en fait,
- 16:07il n'y a pas de raccourci.
- 16:09L'industrie,
- 16:09elle ne peut pas faire de raccourci.
- 16:11Elle ne peut pas dire,
- 16:12j'apporte 500 emplois,
- 16:13déroulez-moi le tapis rouge.
- 16:14Ça ne marche pas.
- 16:16On en a besoin,
- 16:16mais ça ne suffit pas.
- 16:18Et donc c'est là où il y a quand même un...
- 16:20Tout un travail d'image,
- 16:22de discours,
- 16:23de montrer pas de blanche.
- 16:25Encore une fois,
- 16:25je pense que c'est normal de le faire,
- 16:28mais les industriels n'ont pas été habitués à le faire.
- 16:31Ils ne savent pas nécessairement le faire,
- 16:32ils n'ont pas nécessairement les codes.
- 16:34Je suis industrielle,
- 16:35je sais produire,
- 16:36je ne sais pas nécessairement parler.
- 16:37Ce n'est peut-être pas mon sujet,
- 16:39je n'ai peut-être pas non plus envie de passer dans ça.
- 16:42Et on en aura besoin.
- 16:45C'est quand même là-haut.
- 16:47terrible aussi de dire que les Français veulent pouvoir consommer les produits de la France,
- 16:52mais ils ne veulent pas même plus cueillir les îles dans leur jardin.
- 16:55C'est vraiment...
- 16:56Est-ce qu'on ne peut pas se dire qu'on ne peut consommer que ce qu'on accepte d'avoir sur son territoire ?
- 17:02Alors les Français sont pétris de contradictions.
- 17:04Et en même temps,
- 17:05il faut aussi se rappeler,
- 17:07je pense,
- 17:08que dans nos cultures françaises,
- 17:11l'industrie,
- 17:12et en particulier sur certains territoires,
- 17:13je mentionnais Faust-sur-Mer,
- 17:14ça a été le cas.
- 17:16L'industrie est arrivée il y a quelques décennies,
- 17:20parachutée depuis Paris.
- 17:22Et je pense que les Français ne veulent plus de ça.
- 17:24Donc il y a aussi un certain passé qui se réactive,
- 17:29que je comprends.
- 17:31Je pense qu'il faut beaucoup d'humilité aussi,
- 17:33auprès à la fois des industriels mais des Français.
- 17:35Il faut comprendre ça,
- 17:36de toute façon on n'a pas le choix,
- 17:38et se dire qu'on ne peut plus réindustrialiser comme on l'a fait il y a quelques décennies,
- 17:42et que là maintenant on va partir du bas,
- 17:43partir du terrain.
- 17:47Parfois,
- 17:48on a besoin d'implanter certaines usines,
- 17:50donc on va expliquer.
- 17:51On peut se dire qu'on va y arriver,
- 17:53on va l'implanter cette usine,
- 17:54mais il faut quand même déployer les bons efforts de pédagogie.
- 17:58Et puis,
- 17:59juste se dire qu'on ne le fera pas comme avant.
- 18:00Mon quatrième mythe,
- 18:01c'est que les territoires sont de base contre l'implantation de nouvelles usines.
- 18:04On ne se doit pas se mettre l'administration.
- 18:07Non plus,
- 18:07je pense que ce n'est pas vrai non plus.
- 18:09Alors,
- 18:11il faut un tout petit peu de nuance.
- 18:13Alors,
- 18:14quand on parle des territoires,
- 18:15les territoires,
- 18:16c'est quoi un territoire ?
- 18:17En fait,
- 18:18vous administrez,
- 18:19c'est en partie la définition du territoire.
- 18:21Le territoire,
- 18:21c'est un collectif d'acteurs.
- 18:24Dans ta question,
- 18:26quand tu parles des territoires,
- 18:27tu parles des collectivités,
- 18:28mais même les collectivités,
- 18:29c'est un collectif d'acteurs.
- 18:30On a souvent dans une collectivité une intercommunalité,
- 18:33il peut y avoir 500,
- 18:341000 personnes qui travaillent.
- 18:35C'est un collectif d'acteurs et dans ce collectif,
- 18:37il y a aussi des élus.
- 18:40Les élus...
- 18:41Les directeurs générales des services,
- 18:44ils ont aussi leurs propres convictions.
- 18:46Donc il y a des industries qu'ils aiment,
- 18:47des industries qu'ils n'aiment pas.
- 18:49Et donc ça,
- 18:50c'est vrai.
- 18:51Il y a des industries qu'ils n'ont pas envie de voir sur leur territoire parce que ce sont aussi leurs propres convictions.
- 18:57Ça,
- 18:57c'est vrai.
- 18:57De manière générale,
- 18:58l'ensemble des territoires en France veulent des industries durables.
- 19:01Bon,
- 19:01ça,
- 19:01ok.
- 19:02Je pense qu'on est tous d'accord.
- 19:06Maintenant,
- 19:07dans ce panorama-là...
- 19:09Il y a des élus qui sont absolument convaincus qu'il faut une industrie sur leur territoire parce qu'elle correspond à leurs atouts et à leur vision de l'avenir.
- 19:19Par exemple,
- 19:20la transition énergétique,
- 19:21par exemple le nucléaire innovant.
- 19:24Et à partir du moment où ça correspond à leur vision,
- 19:27ils vont faire ce qu'il faut pour déployer les bons efforts de pédagogie auprès de leurs administrés pour que ça passe.
- 19:35Et ce ne sont pas des élus qui...
- 19:38Je pense uniquement à l'aune de ce que les administrés vont penser parce qu'ils sont absolument convaincus que c'est une vision à porter sur le territoire.
- 19:47Et c'est le cas,
- 19:49je parle de nucléaire et de vent,
- 19:51c'est le cas pour la Normandie par exemple.
- 19:52Vous allez prendre un Hervé Morin,
- 19:53il est convaincu.
- 19:55Et il porte son discours sur le nucléaire en Normandie,
- 20:00et pas que le nucléaire,
- 20:01la transition énergétique en Normandie et d'autres secteurs.
- 20:04Et il est absolument convaincu de cette vision.
- 20:06Après,
- 20:07tu vas avoir d'autres élus,
- 20:08d'autres collectivités qui savent que l'industrie n'est pas nécessairement acceptée,
- 20:14que la culture industrielle n'est pas nécessairement bien installée sur leur territoire.
- 20:18Et eux,
- 20:18ils vont faire attention en effet à ce que les citoyens vont penser.
- 20:22Par exemple,
- 20:23en tant que période électorale,
- 20:24et c'est vrai que là,
- 20:25l'industriel va arriver dans un terrain un peu plus miné qu'ailleurs.
- 20:30Et il faut faire attention.
- 20:30Et puis après,
- 20:31il y a des élus qui n'aiment juste pas l'industrie,
- 20:33qui préfèrent implanter des logements.
- 20:35Mais bon,
- 20:36là,
- 20:36c'est leur vision aussi du territoire.
- 20:37Ils n'ont pas du tout envie de générer des remous,
- 20:40de déployer des efforts de pédagogie.
- 20:42Ce n'est pas leur sujet,
- 20:43ils en ont d'autres.
- 20:44Bon,
- 20:44là,
- 20:45oui,
- 20:45en effet,
- 20:46quand on arrive dans ce territoire,
- 20:47pour un industriel,
- 20:48on rame,
- 20:49clairement.
- 20:50Bon,
- 20:50voilà,
- 20:51ça arrive.
- 20:52C'est comme dans tous les types de partenariats,
- 20:55parfois on n'est pas aimé de tout le monde,
- 20:58c'est comme ça.
- 21:00Pas être aimé de tout le monde,
- 21:01c'est la base.
- 21:02C'est vrai tout le temps ça.
- 21:05Pour la prochaine section,
- 21:05je vais te proposer des façons de prendre la parole pour un industriel et de préparer son implantation dans un territoire.
- 21:14Certaines classiques,
- 21:15d'autres un peu moins.
- 21:16Tu me diras à chaque fois si c'est classe,
- 21:18ça doit se faire ou ça s'essaye au moins.
- 21:20Ou ça casse,
- 21:21on oublie,
- 21:22vraiment,
- 21:22tout de suite.
- 21:23Ça se passe dans le C-Class ou ça casse.
- 21:29Alors ma première proposition,
- 21:30c'est envoyer un communiqué de presse nationale pour annoncer ton intention.
- 21:35Comme ça,
- 21:35tout le monde est au courant en même temps,
- 21:36il n'y a pas à s'embêter.
- 21:38Alors moi,
- 21:39j'aurais plutôt dit ça casse.
- 21:41Clairement,
- 21:41ça casse.
- 21:42J'explique pourquoi un petit peu.
- 21:44Oui,
- 21:44voilà.
- 21:45Ça casse pourquoi ?
- 21:46Parce qu'en fait,
- 21:48il y a quand même des acteurs à prévenir un petit peu en avance de phase,
- 21:52de manière privilégiée.
- 21:54C'est normal,
- 21:54ils ont peut-être un avis à donner.
- 21:56C'est pas mal d'impliquer le terrain,
- 21:59d'appliquer le territoire et puis ensuite,
- 22:01collégialement,
- 22:02collectivement,
- 22:03d'aller dire au monde,
- 22:04nous sommes fiers ensemble d'implanter notre industrie sur tel territoire.
- 22:09Ça,
- 22:09c'est plutôt classe.
- 22:10Très bien,
- 22:12on prend la consigne.
- 22:13Organiser une réunion publique ouverte à tous les riverains avant même le dépôt du permis de construire.
- 22:18Alors moi j'aime bien quand on est transparent,
- 22:21j'aime bien quand on inclut les riverains,
- 22:23j'aime bien quand on les implique dès le départ.
- 22:26C'est dangereux avant le permis de construire parce que d'une part il n'est pas nécessairement accordé,
- 22:34il peut y avoir des délais,
- 22:37des impondérables,
- 22:38il peut y avoir des recours avant le permis de construire.
- 22:42C'est un peu dangereux de le faire.
- 22:44Après,
- 22:47ça passe ou ça casse.
- 22:48Parce que si on anticipe des possibles recours et qu'on pense qu'on peut les débuguer,
- 22:54les déminer par des discussions en amont,
- 22:58pourquoi pas ?
- 23:00Mais risqué.
- 23:01Ça peut faire naître des recours à l'inverse.
- 23:05De toute façon,
- 23:05dans tout process d'implantation,
- 23:07il y a nécessairement une étape d'enquête publique.
- 23:09Mais le faire trop tôt...
- 23:12Ça peut clairement casser.
- 23:14Ça dépend du projet.
- 23:17Envoyer une lettre manuscrite au riverain à l'heure de l'IA,
- 23:19ça prouve l'engagement.
- 23:21Moi j'aime bien.
- 23:22Moi j'aime bien écrire.
- 23:24Alors après,
- 23:24honnêtement,
- 23:25des riverains,
- 23:25il y en a beaucoup.
- 23:28Moi j'adore.
- 23:29Après,
- 23:29il faut savoir que l'industriel aura une petite tendinite.
- 23:33Mais après,
- 23:34on peut aussi aller finalement travailler avec les écoles du coin et faire quelques petits ateliers d'écriture.
- 23:41C'est pas mal ça !
- 23:42Vos enfants vous disent que...
- 23:45Non mais en tout cas,
- 23:46ce qui est important dans ce que tu dis,
- 23:47c'est au-delà du manuscrit,
- 23:49c'est qu'en fait faire de la concertation citoyenne,
- 23:53c'est aller chercher tous les canaux qui permettent d'aller toucher l'ensemble des citoyens.
- 23:58Parce que le pire dans une enquête publique,
- 24:00c'est quand il y a six personnes qui viennent et que c'est toujours les mêmes.
- 24:03Ça,
- 24:04c'est pas de la concertation.
- 24:05Donc,
- 24:06aller écrire.
- 24:08Faire du publipostage,
- 24:09ce que tous les industriels ou tous les territoires ne vont pas faire.
- 24:13Essayer d'aller trouver des canaux un petit peu différents pour avoir vraiment les Français,
- 24:18ça c'est important.
- 24:19Du coup,
- 24:20s'associer à un influenceur pour formuler tes messages grand public,
- 24:23est-ce que c'est une option du coup ?
- 24:24Oui,
- 24:25ça je pense que c'est bien.
- 24:26Je pense que c'est bien,
- 24:28c'est aussi l'ADN des industriels,
- 24:29mais en tout cas aller chercher d'autres codes de communication,
- 24:35je pense que c'est essentiel.
- 24:37Parce que,
- 24:38d'une part,
- 24:38parce que les industriels ne sont pas naturellement tous des communicants.
- 24:43Quand je fais une grande généralité,
- 24:45j'évite,
- 24:46mais de manière générale,
- 24:47ce ne sont pas tous des communicants.
- 24:49Et même quand nous sommes des communicants,
- 24:51parce que je vais aussi vous inclure dedans,
- 24:53on n'a pas donc,
- 24:54nous,
- 24:54tous les codes.
- 24:56Même quand on est des communicants,
- 24:59pour certains publics,
- 25:00en particulier les jeunes,
- 25:02on sait que certains codes,
- 25:03on les a pas.
- 25:04Et bien il faut aller les chercher où ils sont,
- 25:07donc pas chez nous.
- 25:08Dans la prochaine section,
- 25:09je voudrais qu'on s'intéresse à ton expérience justement d'accompagnement de ce lien industriel-territoire.
- 25:16J'aimerais qu'on aille chercher des leçons que t'as pu apprendre sur le terrain,
- 25:20des choses qui se sont plus ou moins bien passées,
- 25:21où finalement...
- 25:22Pour les gens qui nous écoutent,
- 25:24de se dire qu'ils vont repartir avec la leçon sans avoir eu à vivre l'expérience qui va avec.
- 25:28Ça se passe dans la partie cheat code.
- 25:33Est-ce que spontanément comme ça,
- 25:34il y a un événement auquel tu penses,
- 25:37où tu t'es dit à la fin,
- 25:38ça faut que je le garde,
- 25:39cette leçon-là,
- 25:40il faut que je la garde ?
- 25:41Oui.
- 25:43Alors ça peut peut-être paraître un petit peu général,
- 25:45mais en fait dans la relation industrie-territoire,
- 25:48il y a énormément de préjugés,
- 25:50des deux côtés.
- 25:52Du côté de l'industriel,
- 25:54les territoires,
- 25:55on ne sait pas trop ce qu'ils font,
- 25:55où ils travaillent,
- 25:56mais en même temps,
- 25:57c'est lent,
- 25:58ça n'aboutit pas.
- 26:00Et puis du côté du territoire,
- 26:01les industriels,
- 26:03ils ne se préoccupent pas nécessairement de ce qui se passe autour d'eux.
- 26:08Peut-être qu'ils ne font pas attention à l'impact qu'ils ont sur le territoire.
- 26:14Des deux côtés,
- 26:15c'est faux et c'est préjugé.
- 26:17Je pense qu'il faut en prendre conscience tout de suite et lutter contre.
- 26:21À partir du moment où on se dit,
- 26:24le territoire,
- 26:25mais qu'est-ce qu'ils font ?
- 26:26C'est vraiment trop long.
- 26:28Ah,
- 26:28attention,
- 26:28préjugés.
- 26:29Préjugés qui nous conditionnent dans une relation qui ne va pas bien se passer.
- 26:36Et donc,
- 26:36je pense qu'il faut lutter contre ces préjugés.
- 26:38Pour moi qui ai vu les deux côtés,
- 26:41je pense que dans la très,
- 26:43très,
- 26:43très,
- 26:44très,
- 26:44très grande majorité des cas,
- 26:46les deux côtés ont envie de bien faire les choses.
- 26:48Et à partir du moment où on fait tomber les préjugés...
- 26:50c'est dingue comme la relation va beaucoup plus vite.
- 26:54Et je l'ai vécu moi,
- 26:55parce que moi-même,
- 26:56j'ai eu les préjugés.
- 26:57Je l'ai vécu en tant que médiatrice aussi.
- 27:00Et donc,
- 27:01voilà,
- 27:02essayons de se dire que juste,
- 27:05on s'apprécie.
- 27:06Voilà.
- 27:07Jusqu'à propre du contraire.
- 27:08Essayons de parler ensemble et sans s'écherper tout de suite.
- 27:11Mais écoute,
- 27:11ça me va bien de laisser tomber les préjugés.
- 27:14C'est un bon conseil.
- 27:18Dans la prochaine section...
- 27:19Je vais te poser mes questions qui sont un petit peu plus inconfortables.
- 27:22Ça se passe sur le grill.
- 27:27Est-ce qu'il y a des territoires qui ne peuvent pas être réindustrialisés où tu décourages tes clients d'aller,
- 27:33par exemple ?
- 27:34Non,
- 27:34aucun,
- 27:35parce que je pense qu'il y a une industrie qui correspond à chaque territoire et je ne pense pas qu'il y ait des...
- 27:43Je ne pense pas qu'il y ait des territoires qui ne puissent pas être industrialisés.
- 27:46Par contre,
- 27:47dans la définition même de l'industrie,
- 27:49l'industrie c'est des filières,
- 27:50donc il y a des secteurs d'activité,
- 27:52et puis c'est aussi attaché à une notion de taille,
- 27:55donc il y a de la taille d'entreprise.
- 27:58Certains territoires vont plutôt se rapprocher du gros artisanat que de l'industrie lourde,
- 28:06ou l'industrie plus massive.
- 28:07Ça,
- 28:08oui,
- 28:10mais non,
- 28:11je pense que...
- 28:12Il faut juste savoir pourquoi on veut remettre de l'industrie sur son territoire.
- 28:17S'il n'y a pas d'objectif sociétal,
- 28:20environnemental ou de souveraineté,
- 28:23mais c'est souvent quand même sociétal,
- 28:26alors là,
- 28:27oui,
- 28:27c'est comme si on activait...
- 28:30On avait un tournevis et on ne sait pas où on veut visser.
- 28:32Là,
- 28:32ça ne marche pas.
- 28:34Donc ça,
- 28:34je peux déconseiller s'il n'y a pas d'objectif.
- 28:37Mais du coup,
- 28:37ça t'est déjà arrivé de refuser ?
- 28:40Un industriel à accompagner parce que tu savais que son projet était mauvais pour le territoire ?
- 28:44Des perceptions que tu as ou tu fais abstraction de ça quand tu accompagnes ?
- 28:48Alors,
- 28:50très souvent quand j'accompagne un industriel dans son implantation,
- 28:53je vais lui conseiller les territoires qui vont lui correspondre.
- 28:56Quand j'accompagne une collectivité,
- 28:57je vais lui conseiller les industries qui peuvent lui correspondre.
- 29:01Donc,
- 29:02je ne peux pas dire que je dis non,
- 29:04mais j'écarte de facto puisque je choisis.
- 29:06Voilà,
- 29:07ça oui.
- 29:09Est-ce que tu as déjà eu des élus locaux très investis en période électorale et qui vont disparaître après,
- 29:14qui sont plus joignables sur tes thématiques ?
- 29:18Non,
- 29:18je n'ai jamais eu par contre des élus,
- 29:23en tout cas des territoires sur lesquels les élus sont très partants sur l'industrie ou sur du développement économique de manière générale et où il y a un changement d'exécutif et où là,
- 29:35c'est plus du tout le sujet.
- 29:37Oui.
- 29:40Plus dans les changements de gouvernance.
- 29:43Est-ce qu'il y a une erreur que tu as faite en accompagnement que tu regrettes ?
- 29:50Tu as beaucoup appris,
- 29:51peut-être,
- 29:52pour la suite ?
- 29:53Dans les méthodes qu'on a développées avec Compagnum,
- 29:55on les a développées de manière à ce qu'elles s'appliquent de la manière la plus générale à des entreprises industrielles ou à des territoires industriels.
- 30:05C'est-à-dire que vraiment,
- 30:05on essaye de faire en sorte que nos méthodes soient simples,
- 30:09elles puissent s'adapter à tout type d'entreprise,
- 30:13tout type de territoire,
- 30:15par exemple sur de l'implantation industrielle.
- 30:17C'est-à-dire qu'on a vraiment notre démarche.
- 30:19Nos conseils,
- 30:21et nous on considère que très peu d'industriels ne peuvent pas en bénéficier.
- 30:26Sauf que certains industriels considèrent qu'ils sont toujours différents,
- 30:31que leur modèle est différent,
- 30:33que leur approche est différente,
- 30:35que leur territoire est différent.
- 30:38Et bon,
- 30:40moi je ne pense pas,
- 30:44parce que nos méthodes s'adaptent aux spécificités.
- 30:46Mais parfois,
- 30:47j'ai tendance à dire aux industriels qu'en fait,
- 30:50non,
- 30:50ils ne sont pas toujours spécifiques,
- 30:53eux,
- 30:54et que parfois,
- 30:55il faut qu'ils acceptent de rentrer dans un moule.
- 31:00Et ça peut embrusquer certains qui ont vraiment très envie de garder cette impression fondamentale de spécificité.
- 31:08Et je les heurte en leur disant que non,
- 31:11en fait,
- 31:11l'industrie est quand même...
- 31:13Une,
- 31:13il y a quand même une identité,
- 31:15ils n'ont pas du tout envie de rentrer dans cette identité.
- 31:17Je comprends maintenant,
- 31:19je dis qu'ils sont très spécifiques,
- 31:20mais que nos méthodes sont aussi très spécifiques.
- 31:22Très bien,
- 31:23c'est une petite question de discours.
- 31:25Question un peu plus orientée sur le futur maintenant.
- 31:28Est-ce que tu penses que la génération qui arrive,
- 31:30la génération de futurs entrepreneurs,
- 31:32elle va nativement plus intégrer cette relation territoire-industrie parce qu'elle a été baignée en permanence dans...
- 31:39ces notions de souveraineté,
- 31:40de local,
- 31:41d'impact ?
- 31:43Oui,
- 31:44je pense.
- 31:44Il y a deux sujets dans ta question.
- 31:46Il y a le territoire et la production.
- 31:49Sur le territoire,
- 31:50oui,
- 31:50fondamentalement,
- 31:51parce que depuis le Covid,
- 31:54les territoires sont quand même revenus en force.
- 31:58On a redécouvert l'ancrage territorial.
- 32:01Je pense qu'on a une génération d'entrepreneurs qui est beaucoup plus locale.
- 32:04Et à partir du moment où elle est plus locale...
- 32:06Elle est aussi tournée vers les savoir-faire locaux et donc vers une certaine logique de production.
- 32:12Et puis maintenant,
- 32:13il suffit de regarder les start-upeurs industriels.
- 32:17La start-up industrielle qui est quand même un concept assez nouveau.
- 32:20Enfin,
- 32:21il y a 15 ans,
- 32:22parler de start-up et d'industrie,
- 32:23c'était complètement antinomique.
- 32:26Et on voit que cette génération de start-up industrielle qui a notre âge,
- 32:31plus jeune,
- 32:32plus âgé,
- 32:33Elle est naturellement portée vers...
- 32:36des propositions de solutions tournées vers la transition environnementale,
- 32:41tournées vers la souveraineté,
- 32:43en tout cas tournées vers le faire,
- 32:46la production comme une solution aux défis de notre temps.
- 32:52Et donc oui,
- 32:53moi je pense que,
- 32:54assez naturellement,
- 32:56on intègre cette logique de production chez nous.
- 33:00Et j'ai même envie de dire que l'industrie aujourd'hui,
- 33:03elle ne se pense pas sans service.
- 33:06C'est-à-dire qu'on va produire sans penser à l'usage,
- 33:10à la fin de vie,
- 33:11à toute la maintenance,
- 33:12tout le service qui accompagne.
- 33:13Et de la même manière,
- 33:15je pense qu'en balancier,
- 33:17le service va aussi devoir se penser avec une certaine logique de production.
- 33:25Quand tu penses service,
- 33:26que tu penses data,
- 33:28que tu penses cloud,
- 33:30de plus en plus maintenant,
- 33:31tu penses quand même infrastructure.
- 33:33Elles seront mes données.
- 33:35Elles sont physiquement quelque part.
- 33:37Et comme elles sont physiquement quelque part,
- 33:38c'est de l'industrie.
- 33:40Et elles sont physiquement en France ou pas en France.
- 33:43Donc tu es forcément souveraine ou pas souveraine.
- 33:44Et donc du coup,
- 33:45je ne pense plus que demain,
- 33:48en tout cas je souhaite qu'on arrête d'en parler comme ça,
- 33:51qu'on ne différencie plus le secteur tertiaire du secondaire,
- 33:56du primaire.
- 33:58D'ailleurs,
- 33:58primaire,
- 33:59secondaire,
- 33:59tertiaire,
- 33:59c'est quand même,
- 34:00je pense,
- 34:01ce qui nous a amené à penser que le tertiaire était le Graal.
- 34:04et qu'on ne voulait plus de secondaire,
- 34:05ni de primaire du coup.
- 34:07Mais je pense qu'il faut arrêter ces différenciations.
- 34:09Il n'y a pas de tertiaire sans secondaire,
- 34:10il n'y a pas de secondaire sans tertiaire,
- 34:11il n'y a pas de primaire sans secondaire.
- 34:13Voilà,
- 34:13maintenant,
- 34:13c'est tout.
- 34:16Du coup Virginie,
- 34:16on arrive à la fin de cette émission.
- 34:18Il ne me reste plus qu'à te poser mes questions signatures.
- 34:20Ce serait quoi ta première mesure si tu étais ministre de l'Industrie ?
- 34:23La première chose,
- 34:24ce serait de prendre la parole auprès de nos industriels et de nos territoires pour leur dire,
- 34:30réindustrialiser,
- 34:31on sait faire.
- 34:32On sait faire.
- 34:34On a pris l'un d'exemples,
- 34:36réussi.
- 34:36Prends l'exemple des fermetures de sites.
- 34:39Des sites qui ferment,
- 34:40on en a eu,
- 34:41on en aura.
- 34:42Mais ce qui est génial,
- 34:44c'est que reconvertir un site,
- 34:47penser la reprise d'un site avant même qu'il ferme.
- 34:50Anticiper la fermeture d'un site avec des signaux faibles,
- 34:53mais on sait faire !
- 34:55Génial !
- 34:56C'est quand même super de savoir qu'on a un problème et qu'on a la solution.
- 34:59Et bien prenons conscience du fait qu'on sait faire.
- 35:01Le conseil que tu te donnerais à toi juste avant de lancer Compagnum,
- 35:05avec ton recul aujourd'hui ?
- 35:06Le petit truc pour pousser peut-être ?
- 35:08Pas vouloir trop en faire tout de suite.
- 35:11Accepter d'être patient,
- 35:14être patient,
- 35:15voilà.
- 35:16Accepter de phaser le développement à la fois d'une entreprise.
- 35:20compagnon,
- 35:22mais aussi accepter que l'industrie,
- 35:25les territoires ont besoin de temps,
- 35:27eux aussi,
- 35:27pour changer,
- 35:28et qu'attendre un an,
- 35:30ce n'est pas très long à l'échelle de ce qu'on est en train de faire.
- 35:35C'est quoi pour toi,
- 35:35oser l'efficacité ?
- 35:38C'est oser aller chercher d'autres regards.
- 35:41C'est aller chercher une tierce personne quand on pense qu'on est tanké sur un sujet.
- 35:47C'est aller chercher...
- 35:50des étudiants,
- 35:51des jeunes,
- 35:51des enfants qui vont te parler autrement de ce que tu es en train de faire.
- 35:55Je suis toujours bluffée quand mon fils de 6 ans me donne des conseils sur ma relation avec mes clients.
- 36:01C'est pas mal parfois,
- 36:03vraiment pas mal.
- 36:04Et c'est aussi ce que je fais quand des clients,
- 36:08des entreprises,
- 36:08des partenaires viennent nous voir avec les sexes et qu'on va aller chercher d'autres profils,
- 36:14d'autres regards,
- 36:15ne pas avoir peur de les écouter.
- 36:17Dès qu'on a la méthode,
- 36:18et maintenant,
- 36:19chez Compagnon,
- 36:21et puis dans mes autres engagements,
- 36:23les méthodes,
- 36:24on les a construites,
- 36:25on les a.
- 36:26À partir du moment où elles sont là,
- 36:28on va avoir peur de s'ouvrir.
- 36:30Tout est positif.
- 36:32Voilà,
- 36:32c'est peut-être...
- 36:34C'est ça,
- 36:34aux efficacités,
- 36:35pour moi.
- 36:35Ça marche.
- 36:36Comment est-ce qu'on travaille avec toi ?
- 36:37Comment on te contacte ?
- 36:38C'est quoi le moyen de te sentir ?
- 36:39Ah ben,
- 36:40on m'écrit un petit mail ou un
- 36:43WhatsApp, parce que je travaille beaucoup sur WhatsApp.
- 36:46Et...
- 36:47A priori,
- 36:48je réponds à tous mes mails.
- 36:51LinkedIn,
- 36:51ça commence à être difficile en ce moment.
- 36:53Très bien.
- 36:53Mais tous mes mails.
- 36:54En tout cas,
- 36:54on mettra ton adresse mail dans la description.
- 36:56Simplement.
- 36:57Très bien.
- 36:58S'il n'y avait qu'une seule chose à retenir de cet échange,
- 37:00ce serait quoi ?
- 37:03On sait faire.
- 37:04On sait faire.
- 37:05Très bien,
- 37:05on sait faire.
- 37:06Merci Virginie d'avoir été avec moi.
- 37:10Quant à vous,
- 37:11je vous dis à la semaine prochaine pour une nouvelle vidéo.
- 37:13D'ici là,
- 37:13on s'abonne pour ne pas rater la suivante et surtout,
- 37:16on ose l'efficacité.