Latest / Des voix et des droits, le podcast de la LDH / Épisode 7.2 ” Des voix et des droits”, le podcast de la LDH, avec Arié Alimi, membre du Bureau national de la LDH (2ème partie)
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- Dans la première partie de ce numéro du podcast des voies et des droits de la LDH, Arie Halimi nous a exposé les grands axes du contenu de son essai, qui vient de sortir aux éditions La Découverte, l'État hors la loi, logique des violences policières. Cet essai, signé donc d'un avocat, qui est aussi membre du Bureau National de la Ligue des Droits de l'Homme, tend à théoriser la brutalisation du maintien de l'ordre en France et parallèlement la prise de conscience des populations de cette évolution et de la réalité désormais documentée de ces brutalités policières. Un constat qui serait bien sinistre, s'il ne permettait pas aussi de poser les bases des possibilités d'action, notamment, comme nous l'ont déjà rappelé les autres membres du Bureau National de la LDH, les actions légales et l'application de la loi. Arie Halimi. Évidemment que ça a toujours été l'un des axes de la Ligue des Droits de l'Homme de défendre la liberté d'expression et la liberté de manifester. Après, il ne suffit pas de parler, il ne suffit pas de dire on protège. Il faut savoir comment protéger. Et aujourd'hui, on a besoin de réponses, on a besoin de propositions, on a besoin de stratégies, on a besoin d'actions. C'est sur la base d'abord des constatations et de la réflexion sur les phénomènes que nous vivons en matière de restriction de liberté, en matière d'augmentation de la violence de l'État à l'égard de la population. Au moment où on se rend compte qu'il y a une forme d'adversité qui a été créée par l'État à l'égard de la population, et évidemment de la société civile, que l'on peut échafauder des plans d'action. L'une des choses que je propose, ça correspond très exactement à l'axe de la Ligue des Droits de l'Homme, mais c'est discuter, c'est-à-dire effectivement l'arme du droit, à savoir déposer des plaintes, à savoir poursuivre les policiers, à savoir essayer de mener une bataille alors même que, comme vous le disiez, l'institution judiciaire est prise dans ce phénomène de protection, d'illégalisme des violences policières, parce qu'elle travaille évidemment avec les policiers, parce qu'il y a une proximité, parce que sans les policiers, la justice n'existerait pas, et qu'évidemment c'est difficile de se sortir de sa propre famille, pour résumer. Mais je crois vraiment qu'il y a une possibilité de prise de conscience, et je le vois, j'y crois parce que je le vois. D'abord, je crois en la possibilité de mener des batailles juridiques, articulées avec des actions politiques et médiatiques, et que sans ces trois armes, on n'arrive à rien. Il faut articuler ces trois types d'actions ensemble. Donc quand on a un dossier de violence policière, s'adjoindre le collectif politique et les journalistes qui travaillent avec nous et qui font le même métier que nous, ils révèlent, ils permettent au grand public de comprendre ce qui reste dans la vase de la Seine, par exemple, comme en 67. Donc c'est une première méthode d'action, après c'est un travail de longue haleine, mais ce qui me rassure également dans la possibilité que nous puissions aboutir à quelque chose de mieux, déjà, c'est nos aînés, comme Henri Leclerc, comme Gisèle Halimi, comme tous ces avocats militants qui nous ont précédés, qui ont mené des combats et qui, je le pense, devaient sentir notre impuissance au quotidien dans la possibilité que ça aboutisse. Mais ne baissaient pas les bras. Mais ne baissaient pas les bras et qui, finalement, sont arrivés à des évolutions sociales fondamentales qui font la beauté de notre pays, qui ont rayonné à travers le monde. Évidemment, je pense à Badinter et à l'abolition de la peine de mort qui fait l'honneur de la France, même si on n'était pas forcément les premiers. Mais voilà, ce sont des batailles de vie, voire de plusieurs vies, je pense, de plusieurs générations. On fait partie de... On est les chaînons, les maillons d'une chaîne, notamment à la Ligue des Droits de l'Homme. Avant nous, on a eu évidemment Michel Toubienna qui nous a donné beaucoup, qui nous a appris beaucoup, qui nous a transmis, et bien d'autres depuis l'affaire Dreyfus qui ont créé cette Ligue des Droits de l'Homme qui est un endroit de bienveillance et de protection collective. Ou ceux qui partagent... Excusez-moi, je suis un peu dému quand je parle de la Ligue des Droits de l'Homme. Parce qu'avant de connaître la Ligue des Droits de l'Homme, je menais des combats, mais seul, et on se cassait la tête contre les murs. Et à partir du moment où on se retrouve avec beaucoup d'autres qui partagent, déjà, on ne se sent plus seul. On sait qu'il y a beaucoup de gens qui pensent comme nous. Et déjà, ça nous conforte dans la possibilité de mener ces combats et de ne pas être fou. Parce qu'on peut se considérer à certains moments comme fou en se disant que finalement, c'est peut-être la sécurité. C'est peut-être qu'on se trompe. Peut-être que l'ordre tel qu'il est conçu par l'État est préférable à ces combats pour les libertés. Vraiment, il y a des moments où, à force de ne pas y arriver, à force de voir les discours, à force de voir les injures, à force de voir les attaques personnelles ou collectives, eh bien oui, on perd quelquefois la foi dans un mieux en termes de liberté. Et à la Ligue des Droits de l'Homme, il y a tout cet accueil bienveillant, doux. Je ne dis pas que tout évolue très vite à la Ligue, mais la Ligue fait évoluer le pays depuis toujours. Oui, puis marcher sur les traces des noms que vous avez cités juste avant, ça rassure. Ça réconforte dans la possibilité d'un aboutissement. Je pense que c'est important de savoir qu'on ne fait pas tout ça pour rien. Et évidemment, en termes d'action, pour finir, je crois vraiment que le droit est le cœur de l'action. Parce que le droit, même s'il est un outil répressif créé par l'État, objectivement pour réprimer et pour maintenir et conserver le pouvoir, le droit, c'est aussi une langue commune et universelle, parce que vous avez du droit dans toutes les civilisations, à toutes les époques. C'est aussi un outil qui est une partition qu'on peut interpréter, que le juge interprète et que les avocats ou d'autres, que la personne peut faire évoluer en termes d'interprétation, de la même manière que le compositeur est interprété par le musicien, par la suite. Et puis surtout, oui, c'est un outil et tout dépend de celui qui s'en sert. Donc je crois vraiment que c'est par le droit, avec l'action commune du politique, au sens noble du terme, et des médias, de l'information, du droit à l'information, qu'on y arrivera. Notamment grâce à la Ligue des droits de l'homme et avec bien d'autres avec lesquelles on doit continuer à travailler. C'était donc Harry Halimi, avocat et membre du Bureau national de la Ligue des droits de l'homme, dont l'essai « L'État hors la loi, logique des violences policières » est édité par La Découverte.