Latest / ArtEcoVert La voix de la couleur végétale et des plantes tinctoriales / QAT3 J1 Message d'ouverture de Michel Garcia pour la Quinzaine de l' Agriculture Tinctoriale d'ArtEcoVert
Transcript
- 0:00Je te remercie Pauline pour ce forum parce que c'est très intéressant je trouve d'avoir autant de points de vue parce que finalement c'est un sujet à tiroir,
- 0:10c'est un sujet à multiples facettes et donc à nous tous on a beaucoup plus de perdus bien sûr pour y voir davantage et ça illustre bien aussi cet aspect qui me tient à cœur à moi,
- 0:20c'est la vision holistique d'un sujet pareil.
- 0:24C'est-à-dire que si on perdait de vue le côté écologique ou le côté...
- 0:28de la biologie,
- 0:29même de la botanique et d'autres aspects scientifiques encore,
- 0:34on deviendrait des hyper spécialistes et du coup on tomberait dans tous les pièges de nos prédécesseurs.
- 0:41Vous savez que la couleur végétale,
- 0:43vu du poids du petit bout de la lorniette européenne,
- 0:46si on peut dire,
- 0:48elle a été à plusieurs reprises centrée sur le franco-français.
- 0:52Il fallait le produit français,
- 0:54le riz-tâtre,
- 0:55c'est l'abourrage.
- 0:56le pâturage,
- 0:57les deux mammelles de la France.
- 0:59Donc,
- 0:59il fallait relocaliser.
- 1:02L'indigo tropical arrivait à cette époque,
- 1:04mais on ne le saurait que par le pastel,
- 1:06etc.
- 1:07On comprend très bien,
- 1:08dans les temps troublés dans lesquels nous sommes,
- 1:11qu'il y a toujours cette tentation,
- 1:14évidemment,
- 1:15d'éviter l'hémorragie économique,
- 1:18si on peut dire,
- 1:19en achetant tout à l'étranger et en se retrouvant,
- 1:22disons,
- 1:22dans une balance commerciale déséquilibrée.
- 1:25Donc de là,
- 1:26on est passé historiquement à une autre vision,
- 1:29c'est-à-dire la demande absolument incroyable de susciter les merveilleuses de l'industrie.
- 1:35On parlait par millions de tonnes,
- 1:37donc là on n'en était plus au labourage et au pâturage,
- 1:40là il fallait voir les choses différentes.
- 1:42Ça a été une délégitimation de la colonisation en quelque sorte,
- 1:47donc il fallait chercher des ressources partout,
- 1:51du pillage.
- 1:52Et dans les terres,
- 1:53disons,
- 1:53on pourrait dire un peu neuves,
- 1:54comme les États-Unis,
- 1:56on n'a pas hésité à littéralement éradiquer des ressources précieuses.
- 2:00Le chêne Kercitron,
- 2:01par exemple,
- 2:03a payé du prix de son existence,
- 2:07le développement de l'industrie américaine.
- 2:09C'était un jaune,
- 2:11quand on regarde de plus près,
- 2:12il contient un colorant finalement relativement ordinaire,
- 2:15la Kercitrine,
- 2:17qu'on retrouve dans beaucoup d'autres plantes.
- 2:19À ce moment-là,
- 2:20cette Kercitrine,
- 2:21elle est en...
- 2:22en quantité considérable.
- 2:24Et on a commencé à définir les plantes panctoriales comme étant des plantes qui contiennent des colorants d'intérêt en très grande abondance,
- 2:35ces plantes étant elles-mêmes très disponibles.
- 2:38Alors l'agriculture,
- 2:40elle a joué un rôle très important dans ce secteur,
- 2:46mais il faut bien le dire,
- 2:48on a cultivé ce qu'on considérait comme étant le meilleur.
- 2:52Alors traditionnellement,
- 2:53je vais reparler de la France,
- 2:55mais plutôt de l'Europe,
- 2:56c'est plus juste de parler d'Europe de nos jours.
- 3:00La garance fournissait le rouge végétal le plus solide,
- 3:05le plus beau,
- 3:06et donc les Pays-Bas ont cultivé la garance à une échelle considérable,
- 3:12et puis l'Allemagne aussi,
- 3:13la France bien entendu,
- 3:14surtout le Sud,
- 3:16et là on les a fait ces millions de tonnes.
- 3:19Au prix de l'épuisement des terres,
- 3:21au prix d'une monoculture qui a effectivement été beaucoup controversée,
- 3:26les gens,
- 3:27à l'époque où il n'y avait pas de véhicules motorisés,
- 3:30les gens manquaient de pain parce qu'il y avait trop de terres allouées à la garance et pas assez de terres vivrières.
- 3:37Donc cet équilibre qu'on a un petit peu négligé au niveau du prélèvement des ressources sauvages,
- 3:47Il s'est retrouvé aussi au niveau de la culture.
- 3:52Aujourd'hui,
- 3:52beaucoup de gens ont fait cette étude,
- 3:56si on pourrait dire,
- 3:57de disponibilité à l'époque de Spindigo dans les années
- 4:012003.
- 4:03Et puis,
- 4:04par la suite,
- 4:05si on ne devait faire que du végétal au niveau du tinctorial,
- 4:11sans parler des beaux-arts et autres.
- 4:14il faudrait 10%
- 4:15des terres cultivables du globe.
- 4:17Donc ce n'est pas possible.
- 4:19Pourquoi ?
- 4:20C'était déjà une horreur à l'époque de la colonisation.
- 4:25Après la Révolution française,
- 4:26il y avait à peine plus de 700 millions d'individus sur Terre.
- 4:34Aujourd'hui,
- 4:35il y a 8,2 milliards,
- 4:37donc on est beaucoup plus que 10 fois plus.
- 4:40Même si les technologies étaient vraiment balbutiantes à l'époque de la Révolution,
- 4:45il faut bien s'imaginer qu'un facteur de 10,
- 4:51c'est énorme.
- 4:52Donc voilà,
- 4:53la place même de la couleur végétale dans le monde.
- 4:58Elle est à discuter.
- 4:59Parce qu'est-ce qu'il faut des objets de consumérisme ?
- 5:03C'est quelque chose d'important.
- 5:05Je me souviens,
- 5:06donc,
- 5:06ces travaux que j'ai pu faire avec des collègues qui font un travail remarquable,
- 5:11Trade of Life,
- 5:12qui font un travail remarquable sur la valorisation du patrimoine local de l'Indonésie.
- 5:18Et donc,
- 5:19le Simplocos,
- 5:21une variété de Simplocos,
- 5:22Simplocos coccinensis,
- 5:24avait un...
- 5:25un rôle crucial,
- 5:26historique,
- 5:27dans l'État traditionnel.
- 5:31Et donc,
- 5:31il était plus ou moins négligé quand Trade of Life s'y intéressait.
- 5:35Donc,
- 5:36c'était extrêmement noble et beau de redévelopper ça,
- 5:39de dire aux gens,
- 5:39ne cultivez pas,
- 5:41ne coupez pas ces arbres.
- 5:43Entretenez-les comme une culture,
- 5:44en fait,
- 5:45une sorte d'arbre,
- 5:46d'arbre culture.
- 5:48Entretenez-les et ramassez les feuilles tombées,
- 5:51parce que le jour où vous le couperez,
- 5:52il n'y aura plus aucune feuille,
- 5:54bien sûr.
- 5:55Vous aurez peut-être un bois de charpente ou autre,
- 5:58mais tant qu'il sera vivant,
- 6:00il vous donnera quelque chose.
- 6:02C'est l'image de la Noix-de-Galle également,
- 6:04les Noix-de-Galle d'Alep en Syrie,
- 6:05en Turquie et dans tout le Proche-Orient.
- 6:08Évidemment,
- 6:09il ne faut surtout pas abîmer les arbres parce qu'on aura des galles tout le temps que ces arbres vivront.
- 6:14Donc ce sont de belles images,
- 6:17des images de pérennité.
- 6:19Et aujourd'hui,
- 6:20je pense que le premier critère qui nous intéresse,
- 6:23c'est le critère...
- 6:24durable.
- 6:26Vous savez tous que bien sûr le bois de Brésil était un bois extraordinaire donc ces alpiniens et quinatas extraordinaires trouvés par les portugais sur les côtes du Brésil et donc il a très très vite remplacé le
- 6:41bois de sapin qui arrivait d'encore plus loin et qui était plus cher en quelque sorte et donc on a littéralement démoli toutes les forêts du Brésil l'arbre aujourd'hui est en danger,
- 6:53il est menacé.
- 6:54C'est très difficile de refaire des forêts une fois qu'on les a coupées.
- 6:58Et le problème se pose encore,
- 7:00je dirais aujourd'hui,
- 7:02d'une façon aiguë avec le Ngalama,
- 7:05le boulot d'Afrique.
- 7:06C'est la base du Bogolan ouest-africain.
- 7:10C'est un peu le mordant canique,
- 7:12si on peut dire,
- 7:13sur lequel on fait tous ces dessins.
- 7:16Et ça,
- 7:17c'est quand même quelque chose d'extraordinaire parce qu'en voulant encourager les artisans et les artistes
- 7:23d'Afrique de l'Ouest.
- 7:27Je me souviens,
- 7:27il y a quelques années,
- 7:28j'étais allé là-bas avec le professeur Andari.
- 7:33On avait donc proposé aux artisans locaux de financer ou de co-financer de la mise en culture de ces arbres.
- 7:41Et on leur a dit,
- 7:41vous ne voyez pas tout de suite,
- 7:43mais dans 20 ans,
- 7:44vous aurez presque tout coupé parce que vous ramassez les feuilles.
- 7:47Déjà,
- 7:48effeuiller un arbre au Sahel,
- 7:50c'est compromettre un peu,
- 7:51évidemment,
- 7:52son existence.
- 7:52Mais...
- 7:53Vu la pression sur une ressource rare,
- 7:55vous coupez les branches pour aller plus vite,
- 7:58parce qu'on n'a pas le temps d'effeuiller les feuilles sur place.
- 8:00Et donc,
- 8:00on mutile maintenant de plus en plus,
- 8:03et donc l'arbre devient rare.
- 8:05Et qu'est-ce qui va se passer ?
- 8:06Encore une avancée du Sahara.
- 8:08Donc,
- 8:08vous voyez,
- 8:09ce n'est pas seulement ces salauds de colonisateurs qui ont fait dans le passé des choses irrémédiables.
- 8:14C'est un réflexe naturel de dire,
- 8:17bon,
- 8:18ma situation familiale s'est améliorée depuis que je fais de l'artisanat.
- 8:22d'art,
- 8:23disons,
- 8:24je ne le fais pas seulement pour une nécessité ménagère d'avoir des textiles à la maison,
- 8:31je le fais pour un export.
- 8:33Il s'est créé un marché.
- 8:34Donc finalement,
- 8:35j'ai une plus grosse demande de matériaux parce qu'il y a une plus grosse demande de mon art.
- 8:40Et voilà,
- 8:41c'est très compliqué.
- 8:42C'est très,
- 8:42très compliqué.
- 8:44Et donc,
- 8:44c'est l'histoire de la juste mesure.
- 8:46La place à la couleur végétale,
- 8:49c'est extrêmement important.
- 8:50En Asie,
- 8:51c'est les mangroves,
- 8:52vous savez,
- 8:52les mangroves qui retiennent la mer par rapport au tsunami,
- 8:55qui protègent les côtes des raz-de-marée et autres.
- 9:00Si on coupe ces mangroves,
- 9:01on coupe finalement,
- 9:03il y en a aussi en Afrique et aux Antilles,
- 9:07des mangroves et ailleurs.
- 9:09Mais si on coupe cette protection,
- 9:11parce que ces arbres contiennent des taux extraordinaires de tannin,
- 9:16le critère de l'abondance n'est pas le seul critère.
- 9:20Je dirais qu'avant toute démarche,
- 9:23il faut regarder,
- 9:25de s'intéresser bien sûr à des plantes qui contiennent assez de colorants et que ces colorants soient intéressants.
- 9:31Parce qu'on va cultiver,
- 9:33je dirais,
- 9:34nos plantes,
- 9:34mettons le recoup,
- 9:36il y a son rôle à jouer dans la cosmétique,
- 9:39parce qu'on ne se maquille pas pour les six prochaines années à venir.
- 9:42On renouvelle le maquillage,
- 9:44donc les problèmes de durabilité ne sont pas les mêmes que ceux du textile.
- 9:49Mais voilà,
- 9:50ça va concerner des niches de marché,
- 9:51mais dès qu'on voudra l'étendre au textile,
- 9:54on aura des problèmes de solidité.
- 9:56parce que ce sont des absorbeurs d'UV qui vont se détruire au contact des UV progressivement.
- 10:02La plante y trouve son intérêt,
- 10:03mais nous,
- 10:04pour le textile,
- 10:04on veut que ça dure,
- 10:05le textile.
- 10:07Que la couleur se maintienne un certain temps.
- 10:10Les exemples pourraient être multipliés.
- 10:12Il faut très bien choisir quelles plantes on va exploiter,
- 10:17dans quelles mesures,
- 10:18et lesquelles on va cultiver,
- 10:20parce que c'est une question aussi de performance.
- 10:23Alors,
- 10:24durable...
- 10:25qualitatif,
- 10:26bien entendu,
- 10:28et patrimonial,
- 10:29parce que ce qui convient à un endroit du monde,
- 10:34je ne vais peut-être pas prendre d'exemple,
- 10:35parce que je ne vais pas me substituer aux intervenants,
- 10:39mais disons qu'une plante locale,
- 10:41même endémique,
- 10:42qui n'est pas spécialement rare,
- 10:43mais qui est endémique quand même,
- 10:46et qui serait liée à une pratique locale extrêmement emblématique.
- 10:52Pourquoi priver les...
- 10:54les natifs de cette ressource.
- 10:59Je pense au Mexique,
- 11:00quand j'étais,
- 11:01puisque j'ai rencontré par visio ma collègue mexicaine tout à l'heure,
- 11:05quand je suis allé à Oaxaca,
- 11:07on a discuté des plantes accumulatrices d'aluminium.
- 11:10Et alors,
- 11:10il y en a une qui s'appelle la lengua de vaca,
- 11:13la langue de vache.
- 11:14Alors,
- 11:15le nom populaire,
- 11:16vous voyez,
- 11:17j'ai demandé à plusieurs personnes,
- 11:19est-ce que vous connaissez la lengua de vaca ?
- 11:21Oh oui,
- 11:21oui,
- 11:22voilà.
- 11:22Alors,
- 11:23on me montrait un...
- 11:24un rumex,
- 11:25on me montrait un arbuste de tel et tel.
- 11:27Et en fait,
- 11:28ce que je cherchais,
- 11:29bien sûr,
- 11:29c'était le Miconia argentea.
- 11:31Mais enfin,
- 11:32comme chaque vache a sa langue,
- 11:34vous voyez,
- 11:35c'était un petit peu compliqué de tomber d'accord avec des noms populaires.
- 11:40Mais on a très vite identifié la ressource et on s'est dit,
- 11:44c'est une plante remarquable.
- 11:45Elle sert de mordant dans des régions où on n'a pas celle d'aluminium ou autre,
- 11:50pour stabiliser les couleurs.
- 11:52Mais alors,
- 11:52si ça venait...
- 11:54à se développer.
- 11:55Et s'il y a des gens qui prenaient l'idée de commercialiser ça,
- 11:58parce qu'il y a un business,
- 11:59un loisir énorme avec la couleur végétale,
- 12:02il y a du consumérisme,
- 12:04tout le monde veut s'amuser,
- 12:05faire de l'art avec...
- 12:07Alors qu'est-ce qui va se passer ?
- 12:08On va commencer à couper,
- 12:09à exploiter ces arbres.
- 12:11Il faut que ces arbres restent,
- 12:13comme on pourrait dire,
- 12:14la propriété morale,
- 12:16philosophico-morale,
- 12:17culturelle,
- 12:17patrimoniale des artisans locaux.
- 12:20Ça ne veut pas dire qu'il ne faut plus jamais en utiliser.
- 12:23Ça veut dire que ce n'est pas à nous de les utiliser.
- 12:25Donc,
- 12:26vous voyez,
- 12:26il y a une dimension déontologique à rajouter à tout ça.
- 12:30Et donc,
- 12:30ce qui est très bien pour l'un n'est pas forcément approprié pour l'autre.
- 12:35Donc,
- 12:36une pratique telle que la teinture végétale,
- 12:39elle est patrimoniale.
- 12:41Alors,
- 12:41vous allez me dire,
- 12:42oui,
- 12:42mais alors l'indigo qui est complètement mondial et tout ça.
- 12:46Oui,
- 12:47on ne peut pas toujours généraliser et on ne peut même jamais généraliser.
- 12:51Mais l'indigo est un exemple de culture,
- 12:53la plante la plus cultivée au monde.
- 12:56Oui,
- 12:56effectivement.
- 12:57Alors là,
- 12:59on va aborder un autre aspect.
- 13:01Je vais très vite parce que je vais devoir partir,
- 13:03j'ai une autre vision derrière.
- 13:04Excusez-moi,
- 13:05c'est un peu cavalier.
- 13:08Mais du coup,
- 13:08il y a un autre aspect,
- 13:09c'est cette dimension de covalorisation.
- 13:12Vous savez qu'en France et dans pas mal d'autres endroits d'Europe et du monde,
- 13:18on s'intéresse bien entendu...
- 13:20Au co-valorisation,
- 13:21c'est-à-dire que je cultive déjà une plante,
- 13:24mettons une plante légumière ou fourragère,
- 13:27ou une plante d'intérêt agricole avéré,
- 13:31et voilà qu'elle engendre beaucoup de déchets.
- 13:33Et ces déchets,
- 13:34il se trouve qu'ils ont des colorants.
- 13:37Alors,
- 13:37s'ils en ont insuffisance,
- 13:39ça paye l'extraction,
- 13:41et donc ça peut être très intéressant.
- 13:43Mais il y a d'autres intérêts,
- 13:45disons,
- 13:45on va dire des intérêts conjugués.
- 13:48C'est par exemple quand la plante améliore le sol.
- 13:51Alors l'indigotier,
- 13:52c'est typiquement une plante qui améliore le sol.
- 13:54Pourquoi ?
- 13:55Elle fait une mycorhize,
- 13:57c'est-à-dire qu'elle s'associe avec des micro-organismes du sol pour apporter de l'azote dans la terre.
- 14:05Et donc une terre pauvre dans laquelle on va cultiver de l'indigotier,
- 14:11elle va s'enrichir progressivement en azote.
- 14:14Et donc on pourrait dire à cet égard que...
- 14:17Un indigotier est une plante pionnière qui va enrichir le sol pour d'autres cultures.
- 14:22Donc,
- 14:22c'est la notion d'assolement que tous les agriculteurs connaissent.
- 14:25On ne va pas faire une monoculture pendant trop longtemps au même endroit,
- 14:28bien sûr,
- 14:29vu que si on a bonifié le sol,
- 14:31c'est pour y mettre autre chose.
- 14:33Il y a d'autres plantes moins bien connues.
- 14:36Par exemple,
- 14:36le datisca.
- 14:38Le datisca,
- 14:38c'est une plante vivace d'une petite famille pas très connue.
- 14:44Les datisca,
- 14:44c'est bon.
- 14:45C'est une endémique de la crête qui a été transportée dès l'âge du bronze dans plusieurs régions du monde pour sa valeur pictoriale jusqu'en Inde.
- 14:58Et donc ce datiscaille,
- 14:59il rajoute de l'azote dans le sol également.
- 15:02C'est très intéressant parce que la plante est vivace,
- 15:06donc on peut la garder quelques années.
- 15:09Et quand on l'exploite,
- 15:12les feuillages contiennent un très beau jaune,
- 15:15très solide.
- 15:17La datiscaïne,
- 15:17c'est un peu comme la morine du murier.
- 15:19Mais il vaut mieux planter des datiscaïnes que des muriers.
- 15:22Parce que couper un arbre pour avoir son bois de cœur,
- 15:25c'est quand même quelque chose.
- 15:27Et le murier des Tinturiers a beaucoup souffert aussi.
- 15:30l'industrialisation,
- 15:31bien sûr.
- 15:32Là,
- 15:32c'est des colorants assez similaires par leur structure,
- 15:36mais la plante est une herbacée qui rejette à 3-4 mètres de haut,
- 15:41et on peut la couper,
- 15:42elle repoussera,
- 15:44et la racine est encore plus riche que le reste.
- 15:46Donc,
- 15:47voilà.
- 15:47Donc,
- 15:48cultiver,
- 15:48ça veut dire aussi penser un petit peu dans un paysage agricole,
- 15:54un paysage où la plante fait partie de l'assolement,
- 15:57finalement.
- 15:59Donc voilà,
- 16:00ce sont quelques pistes,
- 16:02c'est assez difficile de résumer tout ça,
- 16:05mais je voulais aborder un dernier aspect aussi,
- 16:08c'est celui de la façon dont on va utiliser ces colorants.
- 16:12Alors,
- 16:13je dirais que c'est assez dommage de passer à côté d'une ressource précieuse,
- 16:21mais ce n'est pas toujours facile d'encerner les contours,
- 16:24parce que les...
- 16:26Le synonyme de végétal,
- 16:27c'est vraiment diversité.
- 16:29Il y a 280 000 plantes vasculaires dans le monde,
- 16:35des espèces sans compter les variétés.
- 16:38Sur ces 280 000 plantes vasculaires,
- 16:40il y a environ 10%
- 16:42qui contiennent des quantités significatives de colorant.
- 16:46C'est énorme,
- 16:47ça veut dire qu'on a potentiellement 28 000 plantes utilisables en teinture.
- 16:51Oui,
- 16:52potentiellement seulement.
- 16:53Parce que là,
- 16:54c'est à la notion de criblage que je voudrais arriver,
- 16:59parce que finalement,
- 17:00on est devant un très vaste potentiel,
- 17:03mais si on y adapte tous les critères qu'on a déjà abordés,
- 17:09le critère identitaire,
- 17:11patrimonial,
- 17:12rare et précieux,
- 17:13il devrait être laissé seulement aux populations en place,
- 17:20si on peut dire.
- 17:21Le critère de solidité.
- 17:23Le critère d'abondance,
- 17:24parce qu'à quoi bon avoir deux semi-remorques au plein d'une plante pour en sortir quelques grammes de couleur ?
- 17:33Ça ne paye pas évidemment ni la transformation,
- 17:36ça ne légitime pas le massacre,
- 17:38la dépense énergétique,
- 17:39etc.
- 17:40Donc une plante qui a des colorants d'intérêt au niveau qualité et solidité,
- 17:44une plante qui a une certaine concentration de ça,
- 17:52une plante facile d'obtention,
- 17:54que ce soit ramassage,
- 17:55entretien,
- 17:56culture,
- 17:57covalorisation,
- 17:59tout ça,
- 17:59ça tourne autour.
- 18:00Il y a la question des savoirs.
- 18:04Vous savez,
- 18:05il y a un des pièges les plus terribles que j'ai rencontré dans le monde de la couleur végétale depuis que je m'y intéresse.
- 18:10Je suis sur mes 70 ans,
- 18:12je suis tombé dans à l'âge de 17 ans par pur hasard,
- 18:16mais il y a eu une rupture quand même.
- 18:18J'ai dû gagner ma vie,
- 18:18j'ai un peu abandonné à une époque.
- 18:21J'ai eu l'occasion finalement de voir différentes choses.
- 18:24Le pire piège,
- 18:25c'est de se dire qu'il y a les plantes de grand teint et les plantes de petit teint.
- 18:29Ça semble se légitimer par le fait que,
- 18:31par exemple,
- 18:32certains caroténoïdes sont si fragiles comme ceux du safran que ce serait vraiment dommage de faire toute une collection,
- 18:39mettons,
- 18:39de foulards précieux teints au safran,
- 18:42puisque si je les mets à la lumière,
- 18:43en quelques heures,
- 18:44la couleur disparaît.
- 18:46Donc ça,
- 18:46on va dire oui,
- 18:47d'accord,
- 18:47petit teint,
- 18:48on comprend par rapport à...
- 18:49au réséda pour des jaunes qui tiennent.
- 18:51Bon,
- 18:51d'accord.
- 18:52Mais c'est un petit peu plus délicat que ça parce que finalement,
- 18:57même dans des plantes qui ont des structures relativement stables,
- 19:02si je ne sais pas y faire,
- 19:04je n'aurai pas systématiquement quelque chose de bien,
- 19:07quelque chose de bon.
- 19:08J'ai ma meilleure garance,
- 19:09je la confie à 3,
- 19:104 ou 5 d'entre nous,
- 19:12on aura 5 résultats différents.
- 19:14On n'aura pas forcément les mêmes solidités.
- 19:18la même qualité de couleur,
- 19:20la même densité,
- 19:21parce que tout le monde aura une approche un petit peu différente,
- 19:24et puis il y en a qui passeront un peu à côté de la bonne opportunité de stabiliser le colorant.
- 19:31Donc il y a cette dimension de savoir-faire qui est très importante,
- 19:35et il faut vraiment communiquer sur cet aspect multiple des savoir-faire aussi,
- 19:42parce que finalement,
- 19:43si on se contente de recettes de base,
- 19:45On va classer les bons et les mauvais en se disant que les mauvais,
- 19:49c'est ceux qu'on ne sait pas utiliser finalement.
- 19:51Mais ça ne les rend pas mauvais pour autant.
- 19:53Il y a finalement un tout petit peu de biologie,
- 19:58un tout petit peu de botanique,
- 19:59un tout petit peu de phytochimie.
- 20:02Ça nous éclaire sur cet aspect-là.
- 20:05J'ai récemment travaillé sur un sorgho.
- 20:07On pourrait se dire,
- 20:08oui,
- 20:08puisqu'il existe du sorgho rouge teinturier,
- 20:11tous les sorghos iront très bien comme ça à partir du moment où il y a un peu de rouge dessus.
- 20:16Mais il y en a qui contiennent donc un colorant,
- 20:18beaucoup d'entre eux contiennent un colorant lapigénidine,
- 20:22qui n'est pas aussi facile à utiliser que la luthéolignidine,
- 20:27le colorant le plus stable du genre sorgho.
- 20:31Et du coup,
- 20:33il y a une astuce,
- 20:34il faut combiner ça avec certains tannins.
- 20:36Sinon,
- 20:37la couleur n'apparaît même pas sur le tissu.
- 20:40Donc,
- 20:40il ne suffit pas d'avoir un sorbo dont le nom du genre,
- 20:43il faut avoir la bonne espèce.
- 20:45Et si vraiment on ne l'a pas,
- 20:46mais qu'on a tout ce qu'il faut parce qu'on fait du fourragé et que là,
- 20:49du déchet fourragé,
- 20:50on en a plein,
- 20:51plein,
- 20:51plein.
- 20:52Donc,
- 20:52ce serait dommage de passer à côté.
- 20:54Mais alors du coup,
- 20:54il faut développer des savoirs spécifiques.
- 20:57Il faut comprendre que là,
- 20:58du coup,
- 20:58il y a une recette.
- 20:59très spéciale pour ce sorgho qui ne sera pas la recette pour n'importe quel sorgho et ainsi de suite donc on rentre dans un monde immense c'est pour ça qu'on a besoin de tout le monde parce qu'il y en a qui vont se trouver un peu plus la fibre phytochimie végétale sur mon vignage je suis un peu dans ce cas là je m'intéresse de plus en plus à ces combinaisons à ces copigmentations on dirait bien sûr c'est
- 21:23le gros manque parce que quand on est atelier on s'en fiche un peu de tout ça parce que
- 21:29On n'a pas le temps.
- 21:30On a un travail déjà délicat.
- 21:31On a un travail qui est très préprenant.
- 21:34Voilà.
- 21:35Un pharmacien,
- 21:36il n'a pas le temps de faire de la couleur végétale.
- 21:38Pourtant,
- 21:39enfin,
- 21:39pas tout le monde,
- 21:40puisque Henri en fait quand même.
- 21:42Mais je veux dire,
- 21:43ce n'est pas forcément dans sa vocation première.
- 21:47Lui,
- 21:47il fait des médecines,
- 21:48etc.
- 21:50Et donc,
- 21:51en fait,
- 21:51les passerelles entre les mondes,
- 21:53je dirais que c'est ce qui nous manquera le plus aujourd'hui.
- 21:56Et là,
- 21:56on verra les choses avec un regard neuf.
- 21:59Et je vais juste finir en présentant,
- 22:03vous connaissez ce bouquin,
- 22:04ce livre de Dominique Cardon,
- 22:06qui est un très très bon bouquin.
- 22:08Là,
- 22:08les plantes du patrimoine,
- 22:09vous les avez.
- 22:10Les plantes qui ont une histoire,
- 22:12une belle histoire par rapport au peuple.
- 22:14On pourrait bidouiller deux,
- 22:16trois pages de plus,
- 22:17etc.
- 22:18Laissons le son à l'auteur de le faire,
- 22:20parce que c'est déjà une somme.
- 22:22On avait besoin d'une somme pour parler de patrimoine.
- 22:25parler de ces connaissances.
- 22:28Aujourd'hui,
- 22:30pour covaloriser des déchets,
- 22:32on n'a pas besoin de ça parce qu'il y a des tas de plantes qui ne sont pas dans ce livre parce qu'elles n'ont aucun intérêt patrimonial,
- 22:41parce que ce sont des redécouvertes ou des visions orientées vers cette possibilité de revaloriser.
- 22:47Et là,
- 22:47du coup,
- 22:48il nous manquera quelque chose.
- 22:50Il nous manquera de nous repérer un petit peu.
- 22:52La botanique va nous dire un peu déjà les probabilités de ce qu'on peut trouver dedans par famille.
- 22:58Donc,
- 22:58on ne doit pas être complètement réfractaire à cette botanique moderne,
- 23:03puisqu'elle est prédictive en fonction du lien de parenté génétique,
- 23:08si on peut dire,
- 23:09entre les familles.
- 23:10On a déjà une forte probabilité d'y trouver plutôt une chose ou une autre.
- 23:16Ça,
- 23:16c'est important.
- 23:17Je vous prends l'exemple,
- 23:20l'ordre botanique des cariophilages.
- 23:22C'est un très très gros or.
- 23:23Il y a 10 000 espèces de plantes là-dedans.
- 23:27Et donc c'est quand même très important.
- 23:29Les cactus,
- 23:30les amarantes,
- 23:31les chénopodes,
- 23:33voilà,
- 23:34beaucoup de choses.
- 23:35Mais là,
- 23:35la botanique nous dit qu'à un moment donné de l'histoire biologique,
- 23:39il y a une petite branche de plantes qui s'est développée en développant des stratégies originales.
- 23:45Elles ont fait des colorants azotés très spéciaux,
- 23:47basés sur l'azote.
- 23:49qui sont finalement des colorants ioniques,
- 23:52c'est-à-dire chargés électriquement,
- 23:55les bétalaïnes.
- 23:56Ils sont chargés électriquement,
- 23:58ils aident la plante pour tout un tas de trucs,
- 24:00au niveau de son énergie,
- 24:01etc.
- 24:01Ce sont des sortes de photopiles,
- 24:04en quelque sorte.
- 24:06C'est très très bien du point de vue de la plante,
- 24:08mais pour nous,
- 24:08ce n'est pas très bien.
- 24:10Parce qu'une pile,
- 24:10le problème qu'elle a,
- 24:11c'est qu'elle se décharge si personne ne la recharge.
- 24:14Et ces colorants ioniques,
- 24:16il y a une deuxième...
- 24:18catégorie que tout le monde connaît,
- 24:19ce sont les anthocyanes.
- 24:21C'est beau les couleurs des fleurs,
- 24:23c'est beau les couleurs des baies,
- 24:24vous savez,
- 24:26les myrtilles,
- 24:26les mûres,
- 24:27etc.
- 24:28Mais ce sont des colorants chargés électriquement.
- 24:30Ils se déchargent.
- 24:31Je vous fais une métaphore,
- 24:33s'il y a des vrais chimistes,
- 24:34ils trouveront ça un peu abusif,
- 24:36mais il faut bien faire des métaphores.
- 24:37Ça se décharge et donc ces couleurs feignent très vite et elles sont versatiles.
- 24:42Le teinturier est balotté,
- 24:43alors il a fait un joli vert avec des anthocyanes et puis voilà.
- 24:47Elle tourne au rose dès qu'il fait une tache dessus,
- 24:50puis ça retourne au gris dès qu'il le lave.
- 24:53Et voilà,
- 24:53donc c'est très difficile,
- 24:55un colorant qui n'est pas fiable.
- 24:56Il n'est pas contractuel.
- 24:58Ça peut aller pour un artiste,
- 25:00chacun fait ce qu'il veut,
- 25:01mais si c'est pour être conforme à un catalogue,
- 25:04vous imaginez,
- 25:05si un catalogue c'est vert,
- 25:06et vous le recevez,
- 25:07le premier accident que vous avez,
- 25:10virou rose.
- 25:12Donc,
- 25:13un petit peu de chimie,
- 25:14un petit peu de ces connaissances.
- 25:16Donc,
- 25:16la botanique nous apprend ça.
- 25:17Cherchons au bon endroit.
- 25:19À partir d'une plante donnée,
- 25:20on sait forcément qu'elle appartient à un groupe,
- 25:23et qu'on peut en déduire déjà.
- 25:25Mais il y a d'autres aspects de la vie.
- 25:27qui nous montre,
- 25:30par exemple,
- 25:31comment on pourra extraire ces colorants.
- 25:33Ces colorants,
- 25:34ils voisinent aussi dans la plante avec des quantités d'autres choses.
- 25:37Des fois des colorants,
- 25:39et puis des fois des choses qui pouvaient être indésirables.
- 25:42Alors,
- 25:43je prends l'exemple,
- 25:44je ne sais pas moi,
- 25:44des pots d'agrumes.
- 25:46J'utilise beaucoup les pots d'agrumes pour les pectines.
- 25:49C'est très bien pour monter des cuves d'indigo,
- 25:51par exemple.
- 25:51C'est des réducteurs remarquables.
- 25:53Alors,
- 25:53je mange ces gros pamplemousses chinois,
- 25:55vous savez,
- 25:55les gros gros,
- 25:56là,
- 25:56d'hiver.
- 25:57Je garde les peaux et avec ça,
- 25:59je l'entretiens ou je monte les cuves d'un petit pot.
- 26:02Voilà.
- 26:03Mais périodiquement,
- 26:04on me dit,
- 26:04ouais,
- 26:04mais il y a de la couleur là-dessus.
- 26:06On ne pourrait pas extraire la couleur.
- 26:08Oui,
- 26:09bien sûr.
- 26:09Alors,
- 26:10elle n'est pas soluble dans l'eau.
- 26:12Et donc,
- 26:13il faut l'extraire.
- 26:14On ne va pas commencer à aller chercher des semi-remorques d'alcool pour faire une activité industrielle.
- 26:20Donc,
- 26:20qu'est-ce qu'on va faire ?
- 26:21On va prendre...
- 26:22un alcalie,
- 26:22un petit peu de cristaux de soude,
- 26:24vous voyez,
- 26:24ça se dissout très bien.
- 26:26Seulement,
- 26:26voilà,
- 26:26on sort aussi les pectines,
- 26:28et quand on récupère le bain colorant,
- 26:32on a une espèce de gelée énorme,
- 26:34avec trois molécules de couleur qui se battent en duel.
- 26:37Voilà,
- 26:38donc la composition des plantes joue aussi un rôle.
- 26:40Voilà,
- 26:41donc alors,
- 26:42pour que j'arrive à faire une petite synthèse de tout ce que je vous ai dit là,
- 26:47nous soyons très vigilants pour la sélection des plantes à cultiver.
- 26:51Inscrivons-les dans le vraisemblable.
- 26:54On est dans un monde de consumérisme,
- 26:56on va acheter des t-shirts,
- 26:57on va jeter...
- 26:59On nous les offre même sous forme publicitaire ou autre,
- 27:02tellement le travail humain ne vaut rien dans certaines régions.
- 27:06Ce qui est absolument à dénoncer et à surtout pas cautionner.
- 27:10Donc le monde du consumérisme,
- 27:12il ne faudrait pas qu'il gagne la couleur végétale.
- 27:15Parce que finalement,
- 27:15comme on parle de slow food,
- 27:17on pourrait parler de slow fiber,
- 27:19on ferait attention.
- 27:20à nos choses,
- 27:21à nos affaires.
- 27:22C'est précieux,
- 27:23il y a un respect.
- 27:24Vous voyez,
- 27:24un peu comme les peuples mésolithiques,
- 27:27un peu comme les peuples amérindiens où on remerciait la Terre avant de prélever ce qui nous était nécessaire.
- 27:33Et seulement ça,
- 27:34quelque part,
- 27:35c'est une image,
- 27:35c'est peut-être une métaphore pour le monde d'aujourd'hui qui ne permet plus ça aussi facilement.
- 27:42Mais n'empêche que c'est quand même un petit peu ça,
- 27:44de ça qu'il s'agit,
- 27:46la sobriété.
- 27:47Donc le développement durable,
- 27:49la chimie verte.
- 27:50sont basés sur la sobriété.
- 27:52Donc,
- 27:52cultivons de notre mieux les meilleures choses pour éviter des surdépenses en eau,
- 27:58en énergie,
- 27:59pour l'extraction,
- 28:00bien sûr.
- 28:01Apprenons surtout à s'en servir du mieux que l'on peut.
- 28:05Et moi,
- 28:05il ne me restera pas beaucoup d'années,
- 28:07je pense,
- 28:07à travailler là-dessus,
- 28:08parce qu'il y a le poids des gens qui se fait sentir,
- 28:12et puis,
- 28:12voilà,
- 28:13on n'est pas en bronze non plus.
- 28:15Mais ce que j'aimerais faire,
- 28:16là,
- 28:16je reprends un petit peu l'analyse par chromatographie.
- 28:19Grâce à certains collègues,
- 28:20j'ai eu la chance d'être initié à cette technique d'analyse.
- 28:26Une plante,
- 28:27d'abord,
- 28:28cette technique vous montre la composition d'une plante.
- 28:31Une plante n'est pas une molécule chimiquement pure.
- 28:33C'est un ensemble de choses incroyables qui interagissent dans la plante.
- 28:38Et nous,
- 28:38on va tout démonter et on voudrait remonter une couleur en rajoutant des éléments comme des mordants,
- 28:45des tannins.
- 28:47des acides,
- 28:47des bases,
- 28:48etc.
- 28:48Mais on ne la remonte pas comme elle est dans la plante non plus.
- 28:51Alors,
- 28:52un tout petit peu de phytochimie,
- 28:54la CCM nous montre,
- 28:56nous trie les molécules par polarité,
- 28:58c'est-à-dire nous les décrit comme une échelle à barreaux,
- 29:03les couleurs les plus solubles se retrouvent en bas,
- 29:05les moins solubles se retrouvent en haut.
- 29:07Donc,
- 29:08on a une idée de la polarité des colorants,
- 29:11on a une idée de la nécessité aussi peut-être de traiter un tout petit peu.
- 29:15petit peu la plante d'une façon ou d'une autre.
- 29:18Il y a des plantes qu'on torréfie légèrement avant de s'en servir comme le Sophora,
- 29:22il y a des plantes qu'on va laisser cramper pour laisser les enzymes travailler,
- 29:26etc.
- 29:27Donc il y a tout un savoir-faire à défendre parce que défendre une flore,
- 29:33surtout une flore endémique,
- 29:35mais défendre la flore c'est défendre aussi les savoirs qui sont associés à cette ressource.
- 29:41La ressource n'est pas qu'une ressource monétaire,
- 29:43bien sûr,
- 29:44ou une ressource identitaire,
- 29:46c'est aussi l'ensemble des savoirs associés.
- 29:50Et je pense qu'aujourd'hui,
- 29:51ce monde des passerelles,
- 29:53avec la biologie,
- 29:55la phytochimie,
- 29:56la botanique,
- 29:57etc.,
- 29:57Il se fait ressortir d'une façon spéciale pour éviter justement de faire des erreurs.
- 30:05J'ai vu récemment quelqu'un qui a fait une grosse extraction pour faire un extrait de sorgho,
- 30:12mais il s'est trompé de sorgho.
- 30:14J'ai vu il y a quelques années quelqu'un qui ne voulait pas rentrer dans le monde des variétés,
- 30:19des espèces et tout ça.
- 30:20Il avait commandé des graines de Reseda,
- 30:22sans préciser,
- 30:23il a eu du Reseda luthéa.
- 30:25Il a fait trois hectares de résidence littérale qui ne lui servait à rien du tout.
- 30:30Parce que ce n'est pas le tinctorial,
- 30:32ça en est un autre.
- 30:33Et donc il a payé cher son erreur.
- 30:36Et des erreurs comme ça,
- 30:38le plus terrible,
- 30:39c'est que parfois,
- 30:42elles sont légitimées par de bonnes causes.
- 30:46Je me souviens de m'être passionné pour les tapis marocains,
- 30:51et ça m'intéresse toujours bien sûr,
- 30:53et leur histoire.
- 30:55à une époque de l'histoire du protectorat français,
- 30:58qu'on peut contester,
- 30:59ce n'est pas le cœur du sujet là,
- 31:01bien sûr.
- 31:02Mais l'idée,
- 31:03c'était de survaloriser des produits authentiques et de mettre une espèce de label,
- 31:09un plomb d'authenticité sur des tapis qui avaient été faits de manière absolument traditionnelle,
- 31:15sans occidentalisation,
- 31:18si on peut dire.
- 31:19Donc,
- 31:19ça partait de quelque chose de louable.
- 31:22Puisque la personne qui respectait et qui s'intéressait à ses propres traditions,
- 31:26elle avait une espèce de survalorisation de ses produits.
- 31:30Donc,
- 31:30qu'est-ce qui s'est passé ?
- 31:31Les tapis berbères ont eu une cote extraordinaire,
- 31:34parce qu'il y avait de réels savoirs originaux dans l'Atlas.
- 31:39On avait des systèmes pour fixer les couleurs qui n'avaient rien à voir avec les mordants occidentaux,
- 31:43des choses absolument passionnantes qui ont fait que le marché s'est développé.
- 31:48Les pauvres ont gardé plus de moutons.
- 31:51forcément,
- 31:52puisque du coup,
- 31:53il faut plus de laine,
- 31:54on fait plus de tapis,
- 31:55on met plus de moutons.
- 31:56Mais les moutons,
- 31:58ils bougent tout ce qu'ils trouvent,
- 32:00et l'Atlas qui était déjà passablement déboisé,
- 32:03pelé et tout,
- 32:04s'est désertifié progressivement,
- 32:07parce qu'une génération a vu son quotidien amélioré,
- 32:11parce qu'au lieu de faire un tapis par an pour la maisonnée,
- 32:14parce que quelqu'un,
- 32:17le grand-fils se met en ménage,
- 32:19peu importe,
- 32:20en renouvelle.
- 32:22Là,
- 32:22du coup,
- 32:22on en a fait pour l'export,
- 32:23pour la vente,
- 32:24pour le commerce,
- 32:25un peu comme mon histoire de Beauvolent,
- 32:27mais on n'a pas vu l'écosystème.
- 32:29On n'a pas imaginé que mettre 1 000 moutons en plus,
- 32:33ça va bouffer 1 000 fois plus qu'un mouton,
- 32:35évidemment.
- 32:36Et donc,
- 32:36au bout d'un moment,
- 32:37quand on s'est retourné,
- 32:39c'était un petit peu trop tard,
- 32:41parce que les gens qui ont fait ça étaient morts depuis très longtemps.
- 32:43Ce n'était plus la peine de leur jeter des bières.
- 32:45D'ailleurs,
- 32:46il ne restait plus que ça,
- 32:46des bières.
- 32:47Alors,
- 32:48ce n'était pas la peine non plus.
- 32:50Et voyez,
- 32:51la vision à long terme,
- 32:52cette notion d'écosystème,
- 32:54cette notion de covalorisation et de bénéfice pour les générations futures,
- 32:59c'est ça le durable.
- 33:01Et la sobriété,
- 33:03c'est ça la chimie verte.
- 33:05Ne rien mettre dont on n'a pas besoin et optimiser tout.
- 33:09Voilà.
- 33:10Donc,
- 33:10ces deux notions,
- 33:11pour moi,
- 33:11c'est vraiment,
- 33:13disons,
- 33:13à intégrer dans votre forum et dans votre conversation.
- 33:17Et je vous remercie beaucoup.
- 33:19tout ça,
- 33:19d'avoir eu la patience,
- 33:20d'écouter jusque-là,
- 33:21voilà. Savoir si vous allez aimer, les mots clés du podcast ArtEcoVert : teinture végétale plantes tinctoriales indigo garance encre végétale couleur végétale colorants végétaux pigments végétaux coloration capillaire végétale fibres naturelles colorants biosourcés tanins teinture naturelle plantes artecovert couleurs de plantes design végétal couleur jardin agriculture tinctoriale indigo tendance innovation nuances