Latest / Astronomie : Fragments d'Univers / Aube de l'humanité : L'influence des cycles cosmiques sur l'évolution
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- 0:20Speaker 2: Il y a des millions d'années, un événement capital a
- 0:22Speaker 2: eu lieu dans les plaines d'Afrique. Des grands singes quadrupèdes
- 0:28Speaker 2: se sont redressés et ont marché sur leur seule patte arrière.
- 0:34Speaker 2: Ce changement de posture a petit à petit entraîné une
- 0:37Speaker 2: évolution de leur cerveau. Et au fil du temps, ces
- 0:43Speaker 2: singes sont devenus... des hommes. Les scientifiques savaient que la
- 0:51Speaker 2: chose s'était produite, mais ils ignoraient quand et pourquoi. Du
- 0:55Speaker 2: moins jusqu'à aujourd'hui. Dans le Sahara, un fossile vieux de 6
- 1:02Speaker 2: millions d'années baptisé Toumaï... pourrait nous apporter quelques éléments de
- 1:05Speaker 2: réponse
- 1:07Speaker 3: On est en train d'écrire peut-être le premier chapitre, je
- 1:10Speaker 3: ne sais pas, mais on est tout près du départ,
- 1:14Speaker 3: tout près, tout près
- 1:20Speaker 2: De même, les eaux fossilisées d'un enfant mort il y
- 1:23Speaker 2: a 3 300 000 ans pourraient nous fournir des indices sur les prémices
- 1:27Speaker 2: de la pensée humaine. Nous avons pu établir que de
- 1:31Speaker 2: nombreuses espèces dominidées vivaient sur Terre à la même période.
- 1:35Speaker 2: Et nous commençons à comprendre pourquoi toutes se sont éteintes,
- 1:39Speaker 2: sauf une. L'espèce à laquelle nous appartenons, Homo sapiens, est
- 1:44Speaker 2: devenue la seule espèce dominidée présente sur la planète. Quels
- 1:48Speaker 2: sont les facteurs qui ont déterminé une telle évolution? C'est
- 1:55Speaker 2: pour répondre à cette question que des paléontologues passent au
- 1:58Speaker 2: crible les régions les plus isolées du continent africain. Leur
- 2:03Speaker 2: quête a commencé dans le pays Afar, situé dans le
- 2:06Speaker 2: nord-est de l'Ethiopie et dans la vallée du Rift. Une
- 2:10Speaker 2: entaille profonde de plus de 6000 km de long qui menace
- 2:13Speaker 2: de couper l'Afrique en deux. Au fil des bouleversements géologiques,
- 2:22Speaker 2: Des millions d'années d'histoire se sont retrouvées exposées dans les
- 2:25Speaker 2: couches sédimentaires. Cette région est aride et désertique. Elle est
- 2:35Speaker 2: dangereuse aussi. Les rivalités séculaires et les armes modernes ont
- 2:39Speaker 2: transformé le pays Afar en No Man's Land, où les
- 2:42Speaker 2: conflits couvrent en permanence. C'est dans cet environnement inhospitalier que
- 2:49Speaker 2: travaille Zerai Alem Segede. Ce paléontologue recherche inlassablement les vestiges
- 2:59Speaker 2: fossilisés des tout premiers hominidés. Ici, les ossements d'animaux comme
- 3:07Speaker 2: les antilopes, les éléphants et les cochons sauvages abondent. Mais
- 3:13Speaker 2: ceux de nos lointains ancêtres sont extrêmement rares. Un jour,
- 3:20Speaker 2: Zerai Alemseged fait par hasard une découverte incroyable. qui va
- 3:24Speaker 2: éclairer d'un jour nouveau les origines de l'humanité. Cet après-midi-là,
- 3:31Speaker 2: on avait
- 3:31Speaker 4: décidé de quadriller
- 3:32Speaker 2: le flanc de cette
- 3:32Speaker 4: colline.
- 3:35Speaker 2: La première chose qu'on a repérée, c'est l'os d'une
- 3:37Speaker 4: pommette
- 3:41Speaker 2: Le crâne est si petit qu'il doit appartenir à un bébé.
- 3:46Speaker 2: Mais à sa forme, le paléontologue sait déjà qu'il ne
- 3:49Speaker 2: s'agit pas d'un chimpanzé. Le crâne est pris dans une
- 3:55Speaker 2: gangue de grès. Mais en le retournant, Zehraï s'aperçoit qu'il
- 3:59Speaker 2: renferme d'autres eaux
- 4:02Speaker 4: Ils
- 4:03Speaker 2: étaient tout
- 4:04Speaker 4: aplatis contre
- 4:05Speaker 2: la base du crâne et prisonniers du bloc de
- 4:07Speaker 4: grès
- 4:11Speaker 2: Une caractéristique du paysage donne une indication sur l'âge du fossile.
- 4:18Speaker 2: Des couches blanches de cendres volcaniques.
- 4:21Speaker 4: C'est
- 4:23Speaker 2: de la
- 4:23Speaker 4: cendre volcanique qui remonte à 3 400 000 ans
- 4:30Speaker 2: Puisque le fossile était situé au-dessus de cette couche, il
- 4:33Speaker 2: est forcément plus récent. Cet enfant, une petite fille, a
- 4:42Speaker 2: vécu à l'aube de l'évolution humaine, il y a environ 3 300 000 ans.
- 4:49Speaker 2: Zerai Alem Seged la baptise Selam, qui veut dire paix
- 4:54Speaker 2: en langue amérique. Puis il se lance dans une tâche monumentale,
- 5:04Speaker 2: tenter de reconstituer des éléments de sa vie. Son histoire
- 5:08Speaker 2: débute il y a bien longtemps. Prenez la durée totale
- 5:16Speaker 2: de l'histoire écrite de l'humanité. soit environ 5000 ans. Vous remontez
- 5:21Speaker 2: aux pyramides égyptiennes, multipliez par deux, 10 000 ans. La domestication des
- 5:27Speaker 2: plantes et les débuts de l'agriculture. Multipliez encore par deux, 20 000 ans.
- 5:34Speaker 2: Les fresques pariétales saisissantes des chasseurs de l'âge glaciaire. Multipliez
- 5:41Speaker 2: par deux encore six fois, et nous voici il y
- 5:45Speaker 2: a 1 300 000 ans. Époque à laquelle le premier être vivant qui
- 5:50Speaker 2: nous ressemblait vraiment chassait dans les plaines d'Afrique. Remontée encore
- 5:55Speaker 2: de 2 millions d'années. C'est maintenant seulement que nous arrivons à
- 6:00Speaker 2: l'époque où Selam a vécu en Éthiopie, il y a 3 300 000 ans.
- 6:09Speaker 2: A quoi ressemblaient Selam et sa famille? Dans quel environnement vivaient-ils?
- 6:17Speaker 2: Les réponses sont cachées dans les eaux fossilisées de la fillette.
- 6:26Speaker 2: Addis Abeba, la capitale éthiopienne. C'est ici que Zeraï a
- 6:32Speaker 2: d'abord fait des études en géologie. Il fait partie d'une
- 6:35Speaker 2: nouvelle génération de scientifiques africains qui tentent de percer les
- 6:38Speaker 2: mystères des origines de l'humanité. Après avoir rapporté son précieux
- 6:44Speaker 2: fossile au musée national d'Addis Abeba, il entreprend de libérer
- 6:50Speaker 2: les ossements de son enveloppe de grès. Très vite, il
- 6:59Speaker 2: établit que ces lames appartient à une espèce dont la
- 7:01Speaker 2: majorité des spécialistes pensent que nous sommes issus. Australopithecus afarensis,
- 7:09Speaker 2: un hominidé bipède de petite taille qui ressemblait à un chimpanzé.
- 7:14Speaker 2: C'est aussi l'espèce à laquelle appartenait la célèbre Lucy, découverte
- 7:17Speaker 2: en 1974 par une équipe dont faisait partie Donald Johanson
- 7:22Speaker 5: Lucy a été très importante parce qu'elle est un mélange
- 7:25Speaker 5: de caractéristiques humaines et simiesques
- 7:30Speaker 4: Les spécimens comme Selam et Lucy sont extraordinaires simplement parce
- 7:34Speaker 4: qu'en les regardant, on suit le processus de l'évolution.
- 7:37Speaker 3: Mais suivre le
- 7:38Speaker 2: processus Les lames sont une masse solide emprisonnée dans une
- 7:47Speaker 2: coque de grès tendre. Le nettoyage du crâne est une
- 7:49Speaker 2: opération longue et délicate. Ça nous a pris des heures,
- 7:50Speaker 2: des jours, des années. J'ai retiré le grès grain par grain,
- 7:51Speaker 2: jour après jour. Au total, 8 années de travail seront nécessaires.
- 8:17Speaker 2: Mais le résultat est à la hauteur des efforts fournis.
- 8:22Speaker 2: Petit à petit, le paléontologue dégage un crâne quasiment complet.
- 8:29Speaker 2: Avec presque soudé à sa base, la majeure partie de
- 8:32Speaker 2: la colonne vertébrale et les deux homoplates. D'autres os ont
- 8:37Speaker 2: été mis au jour dans le même périmètre.
- 8:41Speaker 4: Un pied quasiment complet. Et là, la rotule et
- 8:49Speaker 2: le
- 8:49Speaker 4: tibia
- 8:53Speaker 2: Jusqu'alors, on n'avait jamais retrouvé de squelette d'enfant aussi âgé
- 8:56Speaker 2: et aussi complet. Les os de ses lames ont beau
- 8:59Speaker 2: tenir dans une boîte à chaussures, il renferme une quantité
- 9:02Speaker 2: colossale d'informations sur sa vie. Par exemple, afin de déterminer
- 9:07Speaker 2: à quel âge elle est morte, Zehra Yalem Seged étudie
- 9:10Speaker 2: ses dents. Pas ses dents de lait qui sont encore
- 9:13Speaker 2: sur la mâchoire, mais ses dents définitives, qui avaient commencé
- 9:18Speaker 2: à pousser dans l'os et sont visibles au scanner. Selam
- 9:24Speaker 2: avait trois ans au moment de sa mort. Comme Lucie,
- 9:33Speaker 2: Selam est le témoin d'une étape critique dans notre évolution.
- 9:38Speaker 2: A la différence des grands singes, Ces hominidés marchaient debout,
- 9:42Speaker 2: comme l'a clairement montré le fossile découvert par Donald Johanson
- 9:48Speaker 5: Ça dépassait du sol comme
- 9:49Speaker 7: ça.
- 9:50Speaker 5: Je l'ai tapoté tout doucement de ma chaussure et voilà
- 9:53Speaker 5: ce que j'ai
- 9:54Speaker 7: trouvé
- 9:55Speaker 5: L'extrémité supérieure du tibia. La rotule viendrait se placer juste ici.
- 10:04Speaker 5: Tout près de là, j'ai aussi retrouvé cet os en
- 10:06Speaker 5: deux morceaux. Quand on les réunit, on voit bien comment
- 10:09Speaker 5: ils s'articulent. Tout indique un individu bipède
- 10:17Speaker 2: D'autres zoos confirment que Lucy marchait debout, comme nous
- 10:22Speaker 5: Voilà le bassin de Lucy. Il est très différent de
- 10:25Speaker 5: celui d'un chimpanzé
- 10:28Speaker 5: De même, regardez l'orientation des zoos iliaques. Chez le chimpanzé,
- 10:34Speaker 5: ils font face au sens de la marche.
- 10:36Speaker 7: Et
- 10:37Speaker 5: ça, c'est ce sur quoi vous êtes tous assis
- 10:42Speaker 5: Ils ne sont pas
- 10:42Speaker 7: identiques,
- 10:44Speaker 5: mais il y a nettement plus de similitudes entre ces
- 10:47Speaker 5: deux-là qu'entre l'un ou l'autre et le bassin d'un grand
- 10:54Speaker 5: singe
- 10:57Speaker 2: De la taille jusqu'au pied, Lucy était comme nous. Mais
- 11:01Speaker 2: de la taille à la tête, ceux de son espèce
- 11:03Speaker 2: ressemblaient clairement à des singes. Le squelette de ces lames
- 11:08Speaker 2: présente les mêmes caractéristiques. Des homoplates de chimpanzés qui lui
- 11:12Speaker 2: donnent l'amplitude de mouvement nécessaire pour grimper et se balancer.
- 11:18Speaker 2: Ces hominidés passaient vraisemblablement du temps dans les arbres. Peut-être
- 11:24Speaker 2: y dormaient-ils pour échapper aux prédateurs. Mais dans la journée,
- 11:29Speaker 2: ils se déplaçaient sur leurs deux membres postérieurs. Manifestement, ils
- 11:34Speaker 2: étaient aussi à l'aise dans les deux postures. Mais dans
- 11:38Speaker 2: quel habitat vivaient-ils? Un habitat certainement très différent de la
- 11:49Speaker 2: vallée du Rift que nous connaissons actuellement. De l'autre côté
- 11:54Speaker 2: de la frontière, au Kenya, s'étend une des régions les
- 11:57Speaker 2: plus chaudes et les plus arides du monde. Faites de
- 12:00Speaker 2: roches volcaniques et de déserts brûlants. Du moins aujourd'hui. Car
- 12:10Speaker 2: les recherches tendent à prouver que pendant la majeure partie
- 12:13Speaker 2: de son histoire, cela n'a pas été le cas. Par
- 12:18Speaker 2: des températures accablantes dépassant les 37 degrés, les scientifiques ont recueilli
- 12:24Speaker 2: des indices d'une transformation spectaculaire dans la vallée de Suguta.
- 12:32Speaker 6: La vallée de Suguta était submergée jusqu'à une altitude de 580 mètres.
- 12:35Speaker 6: Il faut imaginer que toute la vallée était recouverte par
- 12:41Speaker 6: un lac immense
- 12:42Speaker 2: Un lac plus profond qu'aucun des grands lacs africains actuels.
- 12:47Speaker 2: En fait, le continent tout entier était beaucoup plus humide
- 12:50Speaker 2: que maintenant. Il y a des millions d'années, bien avant
- 12:55Speaker 2: la naissance de Selam et Lucie, l'Afrique était couverte de
- 12:58Speaker 2: forêts tropicales humides. C'est ici qu'ont vécu les ancêtres de
- 13:09Speaker 2: Selam et Lucie. Et ils ressemblaient probablement beaucoup plus à
- 13:15Speaker 2: des singes. Puis le climat en Afrique est devenu de
- 13:20Speaker 2: plus en plus sec. Peu à peu, la forêt a reculé.
- 13:32Speaker 2: A l'époque de Selam, il y a entre 3 et 4 millions d'années,
- 13:35Speaker 2: La vallée du Rift était une mosaïque de biotopes très différents.
- 13:44Speaker 2: Nous le savons grâce aux fossiles des animaux qui ont
- 13:46Speaker 2: vécu ici. Leurs ossements jonchent
- 13:53Speaker 4: le sol
- 13:56Speaker 4: Ça, c'est une canine d'hippopotame
- 13:58Speaker 4: Il y a sans doute tout le squelette. Vous imaginez
- 14:02Speaker 4: trouver un hippo ici? Une
- 14:06Speaker 2: belle
- 14:06Speaker 4: antilope?
- 14:08Speaker 2: Ce sont les témoins d'un environnement aujourd'hui disparu. La
- 14:11Speaker 4: mâchoire inférieure d'une antilope
- 14:17Speaker 2: Il y a 3 millions d'années, la vallée du Rift était
- 14:20Speaker 2: une succession de plaines herbeuses et de zones boisées avec
- 14:24Speaker 2: des lacs et des rivières
- 14:28Speaker 4: Un paysage très différent de ce qu'on voit aujourd'hui
- 14:31Speaker 2: Oh, un cochon! D'après les paléontologues, Nos ancêtres ont évolué
- 14:36Speaker 2: au fil des transformations de leur habitat. Pendant longtemps, ils
- 14:43Speaker 2: ont passé le plus clair de leur temps dans les arbres,
- 14:45Speaker 2: comme les chimpanzés et les orangs-outans actuels. Mais la diminution
- 14:51Speaker 2: des forêts a contraint certains d'entre eux à acquérir une
- 14:54Speaker 2: caractéristique que l'on pourrait croire innée. La bipédie, un des
- 15:01Speaker 2: traits distinctifs de l'être humain. Mais comment cette caractéristique s'est-elle développée?
- 15:12Speaker 2: Et pourquoi
- 15:15Speaker 2: La bipédie
- 15:16Speaker 10: est très inhabituelle
- 15:18Speaker 10: À part nous, il n'existe pas d'autres mammifères qui marchent
- 15:21Speaker 10: sur deux pattes. C'est justement
- 15:24Speaker 2: ce qui la rend difficile à expliquer. Différentes théories ont
- 15:29Speaker 2: pourtant été avancées.
- 15:33Speaker 10: Certains pensent qu'ils se sont redressés pour voir au-dessus des
- 15:35Speaker 10: herbes hautes
- 15:37Speaker 11: D'autres, qu'ils
- 15:38Speaker 10: se sont mis debout pour attraper les fruits sur les
- 15:40Speaker 10: branches basses des arbres
- 15:41Speaker 10: comme les chimpanzés aujourd'hui
- 15:45Speaker 10: D'autres encore disent que c'était pour se rafraîchir plus efficacement
- 15:50Speaker 11: pour exposer une surface
- 15:51Speaker 10: moindre au
- 15:52Speaker 11: soleil
- 15:56Speaker 6: L'hypothèse la plus séduisante est que c'était pour dépenser moins d'énergie.
- 16:01Speaker 2: L'énergie est cruciale pour la survie d'une espèce. Repartons dans
- 16:09Speaker 2: les forêts épaisses où vivaient nos ancêtres primates il y
- 16:11Speaker 2: a 10 millions d'années. Comme de nombreux singes, ils étaient parfaitement
- 16:21Speaker 2: adaptés à leur existence arboricole.
- 16:23Speaker 6: Ils étaient très doués pour grimper dans les arbres.
- 16:30Speaker 2: Au sol, ces hominidés pouvaient vraisemblablement marcher sur leurs pattes
- 16:34Speaker 2: arrière sur de courtes distances, quand ils voulaient transporter des
- 16:37Speaker 2: choses
- 16:41Speaker 6: Des grimpeurs exceptionnels, capables aussi de marcher et de courir vite,
- 16:45Speaker 2: mais pas de façon
- 16:45Speaker 6: économique
- 16:47Speaker 2: Marcher est fatigant
- 16:49Speaker 6: mais ils n'avaient pas à aller très loin. Quand on
- 16:52Speaker 6: est un chimpanzé et qu'on ne parcourt que 3 km par jour,
- 16:55Speaker 6: ça n'a pas de grosses conséquences sur vos réserves énergétiques.
- 17:00Speaker 2: Avec la réduction de la forêt, leurs besoins en énergie
- 17:03Speaker 2: ont cependant augmenté. Peu à peu, nos ancêtres ont été
- 17:07Speaker 2: obligés de marcher davantage.
- 17:10Speaker 6: Ils ont dû aller plus loin pour trouver des zones
- 17:12Speaker 6: à fruits, par exemple
- 17:17Speaker 2: Spécialiste de la bipédie, Daniel Lieberman pense que les hominidés
- 17:22Speaker 2: se sont mis debout pour économiser leur énergie. Quand on
- 17:28Speaker 2: compare la consommation d'énergie des humains et celle des chimpanzés,
- 17:32Speaker 2: le résultat est très net. Les chimpanzés ne sont pas
- 17:36Speaker 2: des modèles anti-gaspi. Ils dépensent environ 4 fois plus d'énergie qu'un
- 17:42Speaker 2: homme pour marcher
- 17:46Speaker 2: Qu'ils se déplacent sur 4 pattes ou sur 2, un chimpanzé ne
- 17:51Speaker 2: peut pas rivaliser avec un humain. Il n'est pas taillé
- 17:59Speaker 6: physiquement pour résister à la gravité.
- 18:02Speaker 2: Il doit
- 18:03Speaker 6: faire un effort musculaire énorme pour ne pas s'effondrer en
- 18:05Speaker 6: un petit tas à
- 18:06Speaker 2: chaque pas. D'après Daniel Lieberman, de petites différences anatomiques ont
- 18:12Speaker 2: permis une grosse économie d'énergie. Et ont mis nos ancêtres
- 18:18Speaker 2: sur le chemin de la bipédie, un chemin qui mène
- 18:22Speaker 2: jusqu'à nous. Mais combien de temps cela a-t-il pris? Quand
- 18:31Speaker 2: l'espèce à laquelle Lucie appartenait a été découverte, beaucoup ont
- 18:34Speaker 2: cru tenir le fameux chaînon manquant entre les grands singes
- 18:37Speaker 2: et les humains. Mais les avancées dans le domaine de
- 18:42Speaker 2: la génétique, notamment la technique de l'horloge moléculaire, ont remis
- 18:46Speaker 2: cette hypothèse en cause. Aujourd'hui, en comparant l'ADN d'espèces apparentées,
- 18:53Speaker 2: Les biologistes peuvent déterminer à quel moment elles se sont
- 18:56Speaker 2: scindées à partir d'un ancêtre commun
- 19:01Speaker 12: L'idée est très simple. Le rythme auquel les séquences d'ADN
- 19:04Speaker 12: mutent est plus ou moins régulier dans le temps. C'est
- 19:08Speaker 12: extraordinaire parce que ça nous permet d'établir quand deux espèces
- 19:12Speaker 12: ont partagé un ancêtre commun pour la dernière fois
- 19:18Speaker 2: Les formes de vie évoluent parce que l'ADN mute parfois
- 19:21Speaker 2: spontanément en se répliquant. Or, ces modifications apparaissent à un
- 19:31Speaker 2: rythme étonnamment régulier. En comptant les différences entre le code
- 19:36Speaker 2: génétique des chimpanzés et des humains, on peut calculer depuis
- 19:40Speaker 2: combien de temps ces deux espèces ont suivi une évolution
- 19:42Speaker 2: différente
- 19:45Speaker 12: Les dates sur lesquelles on retombe tournent presque toujours autour
- 19:49Speaker 12: de 5 à 7 millions d'années
- 19:54Speaker 2: C'est donc la preuve que l'espèce humaine a divergé de
- 19:57Speaker 2: celle des grands singes Cela montre aussi que Lucie et
- 20:05Speaker 2: ses lames étaient nettement plus éloignées des chimpanzés qu'on le supposait.
- 20:11Speaker 2: Elles étaient même peut-être plus près de nous que du
- 20:13Speaker 2: premier ancêtre de l'humanité. Mais qui y avait-il avant elles?
- 20:22Speaker 2: Qui était notre premier ancêtre? Jusque dans les années 1990, on
- 20:31Speaker 2: ne disposait d'aucune archive fossile. Les paléontologues avaient passé la
- 20:38Speaker 2: vallée du Rift est-africain au peigne fin, mais ils n'avaient
- 20:41Speaker 2: pas réussi à trouver des fragments de plus de 4 millions d'années.
- 20:49Speaker 2: Puis en 1997, Michel Brunet décide de tenter sa chance ailleurs.
- 20:58Speaker 3: Nous avons décidé d'aller en Afrique, mais à l'ouest, à
- 21:06Speaker 3: l'ouest du
- 21:07Speaker 2: Grand Rift. A 2600 kilomètres à l'ouest, à la lisière du Sahara,
- 21:14Speaker 2: au nord du Tchad
- 21:17Speaker 3: Et c'était drôle. Si on va sur le terrain uniquement
- 21:23Speaker 3: en Afrique orientale, Alors on ne connaît des fossiles qu'en
- 21:27Speaker 3: Afrique orientale. Telle était la situation
- 21:34Speaker 2: L'anthropologue trouve quelques rares fossiles d'animaux qui remontent à environ 6
- 21:37Speaker 2: millions d'années. Mais personne n'imagine qu'il puisse y avoir des
- 21:47Speaker 2: fossiles humains dans des couches aussi anciennes. Il disait non.
- 21:54Speaker 2: Il n'y a pas de fossiles. Michel Brunet ne se
- 21:59Speaker 2: laisse pas décourager pour autant. Pour beaucoup, son entêtement confine
- 22:03Speaker 2: à la folie. Avec son équipe, il passe des années
- 22:08Speaker 2: dans le désert à chercher des traces de nos ancêtres.
- 22:13Speaker 2: Sans résultat. C'est au cours de leur 26e campagne, en 2001,
- 22:19Speaker 2: qu'il met au jour un crâne déformé, vieux de 6 millions d'années.
- 22:32Speaker 2: Il l'appelle Saelanthropus chadensis. À part le crâne, il ne
- 22:36Speaker 2: retrouve aucun autre ossement. S'agit-il d'un hominidé ou d'un singe?
- 22:44Speaker 2: Le crâne est tellement abîmé que c'est difficile à dire.
- 22:49Speaker 2: Il va d'abord falloir le reconstituer. L'anthropologue commence par porter
- 23:00Speaker 2: le crâne baptisé Toumaï à l'ESRF de Grenoble, qui dispose
- 23:05Speaker 2: d'un synchrotron à rayon X. Plus d'un millier de photos
- 23:12Speaker 2: du fossile sont prises, et la structure est ensuite reconstruite
- 23:16Speaker 2: en 3D. Sur la base de cette image virtuelle, le
- 23:21Speaker 2: crâne est réassemblé dans sa forme originale. Puis il est
- 23:26Speaker 2: reproduit par stéréolithographie, un procédé qui permet de fabriquer un
- 23:29Speaker 2: moulage à partir d'images numériques. Lorsqu'il émerge de la machine,
- 23:36Speaker 2: le crâne en résine de Toumaille est prêt à être
- 23:38Speaker 2: étudié sous toutes les coutures. Grâce à ce moulage, Michel
- 23:48Speaker 2: Brunet va pouvoir répondre à une question cruciale. Cette hominide
- 23:52Speaker 2: démarchait-il déjà debout des millions d'années avant Célam et Lucie?
- 24:00Speaker 2: C'est l'angle selon lequel le crâne est rattaché à la
- 24:02Speaker 2: colonne vertébrale qui est
- 24:03Speaker 3: déterminant.
- 24:06Speaker 2: Or, la forme même du crâne permet de déterminer cet
- 24:09Speaker 3: angle
- 24:12Speaker 2: Si on pose le crâne de Toumaï sur le squelette
- 24:14Speaker 2: d'un singe quadrupède, les orbites pointent vers le bas, ce
- 24:18Speaker 2: qui n'est pas anatomiquement cohérent. Mais si on pose ce
- 24:22Speaker 2: même crâne sur la colonne vertébrale d'un bipède, les orbites
- 24:25Speaker 2: sont orientées vers l'avant. Pour le paléontologue, c'est la preuve
- 24:29Speaker 2: que Toumaille marchait debout
- 24:32Speaker 3: Anatomiquement parlant, il a un arrière-crâne de bipède. Son arrière-crâne
- 24:39Speaker 3: n'est pas un arrière-crâne de type gorille, comme certains veulent
- 24:45Speaker 3: le dire. Non, non, il s'agit simplement de regarder
- 24:52Speaker 2: Aujourd'hui, certains continuent de s'interroger sur la bipédie de Toumaille.
- 24:58Speaker 2: Mais si Michel Brunet a raison, son fossile âgé de 6
- 25:01Speaker 2: millions d'années pourrait en toute logique prétendre au titre de
- 25:04Speaker 2: premier ancêtre de l'humanité. Les découvertes de ce genre transforment
- 25:10Speaker 2: notre vision de l'évolution humaine. Les chercheurs ont longtemps défendu
- 25:18Speaker 2: une idée assez simple. L'expansion des prairies herbeuses avait poussé
- 25:22Speaker 2: nos ancêtres à descendre des arbres. Ils étaient devenus bipèdes
- 25:26Speaker 2: et peu après, la taille de leur cerveau avait augmenté.
- 25:32Speaker 2: L'évolution vers ce qui allait devenir l'espèce humaine était lancée.
- 25:39Speaker 2: Cette théorie a prévalu pendant plus d'un siècle
- 25:43Speaker 5: Pour Darwin, on était descendu des arbres, on s'était mis debout,
- 25:46Speaker 5: on avait fabriqué des outils, notre cerveau avait grossi et
- 25:50Speaker 5: nos canines diminuaient. Tout
- 25:51Speaker 2: ça en même temps. Mais rien ne dit que la
- 25:55Speaker 2: bipédie ait automatiquement entraîné la croissance du cerveau. D'ailleurs, entre
- 26:01Speaker 2: Toumaï et ses lames, tous les deux bipèdes, le cerveau
- 26:04Speaker 2: est resté relativement petit. Et ils n'étaient pas les seuls
- 26:08Speaker 2: dans ce cas. Sur une période couvrant des millions d'années,
- 26:12Speaker 2: on a recensé une foule de bipèdes aux noms compliqués
- 26:15Speaker 2: dont le cerveau avait la taille de celui d'un chimpanzé.
- 26:22Speaker 2: Il y a une véritable floraison d'espèces
- 26:24Speaker 6: différentes.
- 26:27Speaker 2: Ardipithecus ramidus
- 26:29Speaker 6: Mais il faut bien reconnaître que ces différences ne sont
- 26:31Speaker 6: pas très marquées.
- 26:34Speaker 2: Australopithecus africanus. Ce sont tous des
- 26:38Speaker 6: bipèdes aux museaux massifs
- 26:39Speaker 2: dotés d'un cerveau de la taille
- 26:40Speaker 6: de celui
- 26:40Speaker 2: d'un
- 26:40Speaker 6: chimpanzé. Kenyanthropus platyops. Cette succession d'adaptations a duré des millions
- 26:51Speaker 2: d'années. Les paléontologues continuent de débattre pour savoir qui était
- 26:56Speaker 2: notre ancêtre direct parmi ces hominidés bipèdes à petits cerveaux.
- 27:01Speaker 2: En tant que groupe, ils ont fait preuve d'une longévité remarquable.
- 27:05Speaker 2: Alors que notre propre espèce n'est sur la Terre que
- 27:07Speaker 2: depuis 200 000 ans, ils se sont maintenus environ 25 fois plus longtemps.
- 27:14Speaker 2: Ils ont survécu. Bien que la taille de leur cerveau
- 27:17Speaker 2: ait cessé d'évoluer pendant près de 4 millions d'années. Mais cela
- 27:28Speaker 2: ne veut pas dire que rien d'autre en eux n'a changé.
- 27:33Speaker 2: Ils ont peu à peu commencé à présenter certaines caractéristiques humaines.
- 27:41Speaker 2: Une différence essentielle entre les humains et les grands singes
- 27:43Speaker 2: est la durée de l'enfance. Mais que savons-nous de l'enfance
- 27:50Speaker 2: de nos ancêtres les plus anciens
- 27:54Speaker 2: On savait à peu près tout sur les adultes, mais
- 27:56Speaker 2: pas grand-chose sur les enfants. Le cerveau d'un bébé chimpanzé
- 28:02Speaker 2: croît rapidement. Il est presque entièrement développé quand l'animal atteint
- 28:07Speaker 2: l'âge de 3 ans. Chez l'homme, cette croissance est beaucoup plus
- 28:12Speaker 2: lente et prend une vingtaine d'années. Qu'en était-il de celui
- 28:20Speaker 2: de Selam, il y a 3 300 000 ans
- 28:25Speaker 2: Son crâne nous fournit toutes les informations nécessaires. Nous avons
- 28:30Speaker 2: ses dents de lait, et ses dents définitives, qui nous
- 28:35Speaker 2: indiquent son âge, 3 ans. Et nous disposons d'un moulage endocranien
- 28:43Speaker 2: qui nous renseigne sur son cerveau.
- 28:45Speaker 8: Quand vous avez la tâche,
- 28:48Speaker 4: Avec ceci, on a pu évaluer quelle taille son cerveau
- 28:52Speaker 4: faisait quand elle avait 3
- 28:53Speaker 2: ans. Et en comparant avec d'autres fossiles, on peut calculer
- 29:00Speaker 2: quelle taille il aurait fait si ces lames avaient atteint
- 29:02Speaker 2: l'âge adulte. Zehra Yalem Seged a donc pu calculer à
- 29:07Speaker 2: quel stade de développement en était son cerveau quand elle
- 29:10Speaker 2: est morte. Il connaît déjà la réponse dans le cas
- 29:16Speaker 2: d'un chimpanzé.
- 29:17Speaker 4: À trois ans, le cerveau d'un chimpanzé serait formé à
- 29:21Speaker 4: plus de 90%.
- 29:24Speaker 2: Celui de Selam n'était qu'à 75% de sa taille adulte,
- 29:29Speaker 2: ce qui semble indiquer un développement plus lent. L'enfance de
- 29:38Speaker 2: Selam a sans doute été une période d'apprentissage, pendant laquelle
- 29:41Speaker 2: elle a acquis les techniques de survie dont son groupe
- 29:44Speaker 2: familial avait besoin dans ce monde dangereux. Ceci préfigurait peut-être
- 29:52Speaker 2: déjà l'enfance prolongée des humains actuels, qui est une période
- 29:55Speaker 2: de transmission et d'éducation. Mais y a-t-il d'autres éléments qui
- 30:04Speaker 2: montrent que ces lames s'humanisaient? Pour le savoir, il faut
- 30:12Speaker 2: comparer un cerveau humain avec celui d'un chimpanzé.
- 30:17Speaker 6: Voilà le cerveau de notre cousin le plus proche,
- 30:19Speaker 3: le chimpanzé.
- 30:21Speaker 6: Il est légèrement plus gros, proportionnellement
- 30:23Speaker 11: à sa taille.
- 30:28Speaker 2: Les scientifiques cherchent des indices de l'évolution du cerveau dans
- 30:31Speaker 2: les circonvolutions et les sillons de sa surface. L'un d'eux
- 30:35Speaker 2: s'appelle le sulcus lunatus, ou sillon lunaire
- 30:40Speaker 12: Chez de nombreux primates, on
- 30:41Speaker 6: trouve ce sillon profond, appelé le sulcus lunatus.
- 30:49Speaker 2: Ce sillon forme une séparation entre les aires de la
- 30:50Speaker 2: vision et le reste du néocortex où s'opèrent des processus
- 30:52Speaker 2: plus complexes. Sur le cerveau humain, ce sillon n'existe pas
- 30:54Speaker 2: et le néocortex est plus important que les aires de
- 30:55Speaker 2: la vision qui ont été reléguées davantage à l'arrière. Le
- 30:56Speaker 2: cerveau de Selam présentait-il le sillon lunaire et le petit
- 30:57Speaker 2: néocortex typique d'un chimpanzé? Où avait-il déjà évolué? Un cerveau
- 31:22Speaker 2: ne peut pas se fossiliser. Mais le crâne de Selam
- 31:25Speaker 2: était remarquablement complet. Les spécialistes ont tout de même trouvé
- 31:28Speaker 2: le moyen d'analyser les différentes structures de son cerveau. Un
- 31:33Speaker 2: moulage endocranien permet de voir les reliefs qui figuraient à
- 31:37Speaker 2: la surface du cerveau. Ralph Holloway possède une collection de 300
- 31:44Speaker 2: moulages endocraniens de divers hominidés.
- 31:51Speaker 8: En tant que paléoneurologue,
- 31:54Speaker 13: je cherche sur ces moulages des indications d'une réorganisation. Et
- 32:01Speaker 13: c'est pour ça que le fameux sulcus lunatus est aussi important.
- 32:05Speaker 2: D'après Ralph Holloway, à mesure que les hominidés proches des
- 32:12Speaker 2: chimpanzés ont évolué vers des espèces comme celles de Selam
- 32:14Speaker 2: et Lucie, le sillon lunaire qui délimitait l'air de la
- 32:18Speaker 2: vision s'est déplacé vers l'arrière, ce qui laissait de la
- 32:21Speaker 2: place pour un néocortex plus gros
- 32:29Speaker 13: Si on regarde attentivement, on voit une dépression qui pourrait
- 32:33Speaker 13: bien être le
- 32:33Speaker 8: sulcus lunatus.
- 32:37Speaker 13: Cela suggère que pendant la période où ont vécu les
- 32:39Speaker 13: australopithèques
- 32:41Speaker 13: ces hominidés étaient plus intelligents que nos chimpanzés actuels. Si
- 32:50Speaker 2: c'est le cas, cela signifie que même s'il était encore
- 32:53Speaker 2: de la même taille que celui d'un chimpanzé, le cerveau
- 32:55Speaker 2: de Selam avait évolué. Mais il lui restait du chemin
- 32:59Speaker 2: à parcourir. L'espèce à laquelle appartenait Selam était encore très simiesque.
- 33:13Speaker 2: Et il faudra encore un million d'années avant que les
- 33:15Speaker 2: germes d'humanité contenus dans le minuscule squelette de la fillette
- 33:19Speaker 2: ne portent leurs fruits. C'est une période qui reste entourée
- 33:26Speaker 2: de mystères. Car sur un intervalle de près de 500 000 ans,
- 33:31Speaker 2: les archives fossiles sont quasi inexistantes. Pourtant, des évolutions se
- 33:36Speaker 2: sont indéniablement produites. Dans les couches sédimentaires datant de 2,5 millions d'années,
- 33:44Speaker 2: Les paléontologues commencent à trouver des éléments nouveaux. On serait
- 33:49Speaker 2: tenté de parler de simples cailloux, mais en réalité, ils
- 33:52Speaker 2: ont été taillés. Ce sont les premiers outils en pierre.
- 33:59Speaker 10: Comment sait-on qu'il s'agit d'un outil et pas d'un bout
- 34:02Speaker 10: de roche cassé?
- 34:03Speaker 11: Parce que la cassure est très particulière
- 34:06Speaker 10: Les éclats ont été enlevés alternativement dans ce sens-là
- 34:09Speaker 10: puis dans
- 34:09Speaker 11: celui-là.
- 34:12Speaker 10: Il
- 34:12Speaker 11: y a une méthode
- 34:12Speaker 10: dans la façon dont il a été taillé.
- 34:15Speaker 11: Ça
- 34:15Speaker 10: n'a pas été fait au hasard
- 34:21Speaker 2: Il est peu probable qu'il soit l'œuvre d'un Australopithèque, l'espèce
- 34:24Speaker 2: à laquelle appartenait Lucie. Les australopithèques ont
- 34:29Speaker 10: vécu 2 millions d'années et ne taillaient pas d'outils en pierre.
- 34:34Speaker 10: Dans ce cas,
- 34:35Speaker 2: qui les a faits? C'est difficile à dire du fait
- 34:40Speaker 2: de l'interruption dans les archives fossiles. Mais cela n'est pas étonnant.
- 34:45Speaker 2: Les outils se conservent assez bien. Les eaux, beaucoup moins.
- 34:52Speaker 2: Et puis, les paléontologues ont fini par mettre au jour
- 34:55Speaker 2: des crânes différents de ceux découverts jusqu'alors. Ils appartiennent à
- 34:59Speaker 2: une espèce inconnue qui marque l'avènement d'une ère nouvelle, il
- 35:03Speaker 2: y a 2 millions d'années. C'est le début de notre ère
- 35:12Speaker 2: et du genre homo, l'homme. Homo habilis, le tailleur de
- 35:19Speaker 2: ces outils primitifs, est le premier de la lignée.
- 35:24Speaker 10: On a la preuve que ces outils en pierre servaient
- 35:28Speaker 10: à briser les os longs des animaux de manière à
- 35:31Speaker 10: en récupérer la
- 35:31Speaker 11: moelle. On a retrouvé des
- 35:34Speaker 10: traces d'entailles sur des os de tortues marines, de crocodiles,
- 35:38Speaker 10: d'antilopes et même d'hippopotames
- 35:40Speaker 10: des bêtes d'une taille respectable.
- 35:42Speaker 11: Ça indique que la viande
- 35:44Speaker 10: occupait une place importante dans le régime
- 35:45Speaker 2: alimentaire d'Homo
- 35:46Speaker 10: habilis.
- 35:50Speaker 2: Le premier fossile correspondant à cette espèce comprenait 21 os de
- 35:53Speaker 2: la main. D'où le nom qu'on lui a donné, homme
- 35:56Speaker 2: habile
- 35:59Speaker 11: Ce petit os est
- 36:00Speaker 10: celui qui se trouve à l'extrémité du pouce
- 36:03Speaker 10: Et chez Homo
- 36:03Speaker 11: habilis, comme chez
- 36:04Speaker 10: tous les humains, il est très large. Ça veut dire
- 36:08Speaker 10: que la pulpe du pouce elle-même était très large, avec
- 36:10Speaker 10: une surface importante pour une saisie
- 36:14Speaker 11: précise
- 36:15Speaker 2: Grâce à ses mains plus habiles, les représentants de cette
- 36:18Speaker 2: espèce étaient capables de fabriquer de meilleurs outils. Mais à
- 36:23Speaker 2: quoi ressemblaient-ils? Les quelques os mis au jour montrent qu'ils
- 36:28Speaker 2: étaient bien plus petits que nous, à peu près de
- 36:30Speaker 2: la même taille que les Australopithèques comme Célam et Lucie,
- 36:34Speaker 2: entre 91 cm et 1,20 m. Homo habilis possédait encore de nombreux
- 36:43Speaker 2: traits simiesques, mais avec une différence essentielle.
- 36:48Speaker 10: L'évolution d'Homo habilis est marquée par une croissance du cerveau
- 36:51Speaker 10: par rapport à Australopithecus
- 36:54Speaker 10: Voilà un crâne d'Australopithecus
- 36:56Speaker 11: On
- 36:57Speaker 10: voit qu'il n'a pas de front
- 36:58Speaker 11: Le
- 36:58Speaker 10: crâne s'arrondit juste derrière les orbites.
- 37:01Speaker 11: Alors
- 37:01Speaker 10: que chez Homo
- 37:02Speaker 11: habilis
- 37:02Speaker 10: le front est plus marqué. De même, chez les Australopithèques
- 37:09Speaker 11: on
- 37:09Speaker 10: note un resserrement de la zone post-orbitaire liée à une
- 37:12Speaker 10: zone frontale étroite.
- 37:14Speaker 11: Par contre, chez Homo habilis, ce resserrement est moins
- 37:17Speaker 10: marqué,
- 37:18Speaker 11: ce qui tend
- 37:18Speaker 10: à indiquer
- 37:19Speaker 11: des
- 37:19Speaker 10: capacités cognitives plus élevées
- 37:22Speaker 10: L'ère du raisonnement s'est étendue.
- 37:26Speaker 2: Cette expansion correspond à un doublement du volume cérébral.
- 37:32Speaker 8: On
- 37:33Speaker 13: passe de 400 cm3 chez les Australopithèques à 700 ou 800 cm3 chez
- 37:38Speaker 13: Homo habilis. C'est un net accroissement de la capacité cognitive.
- 37:46Speaker 2: Outre son cerveau plus gros, Homo habilis commence de plus
- 37:50Speaker 2: en plus à ressembler à un humain. La structure des
- 37:55Speaker 2: crânes fossiles a permis au paléo-artiste Victor Dick de révéler
- 38:00Speaker 2: le visage des tout premiers hommes. Chez Homo habilis, la
- 38:09Speaker 2: mâchoire prognate du singe s'efface pour faire place à un
- 38:12Speaker 2: contour plus humain. Mais cela soulève une nouvelle question. Après
- 38:28Speaker 2: des millions d'années sans évolution notable, pourquoi la taille du
- 38:31Speaker 2: cerveau et la capacité mentale des hominidés se sont-elles brusquement développées?
- 38:41Speaker 2: Qu'est-ce qui a bien pu relancer l'évolution de l'espèce humaine
- 38:45Speaker 2: il y a 2 millions d'années? Les scientifiques tentent de trouver
- 38:54Speaker 2: des réponses à travers toute l'Afrique. C'est au Kenya, à
- 39:00Speaker 2: la pointe méridionale de la vallée du Rift, qu'ils vont
- 39:02Speaker 2: en trouver certaines. Car ici... les couches sédimentaires très anciennes
- 39:07Speaker 2: sont remontées à la surface sous l'effet d'une activité tectonique intense.
- 39:13Speaker 2: Il y a 10 millions d'années, l'Afrique était nettement plus humide.
- 39:19Speaker 2: Une jungle tropicale qui n'a pas cessé de s'assécher depuis.
- 39:27Speaker 2: Mais au Kenya, ces roches révèlent que cette tendance a
- 39:30Speaker 2: été ponctuée par des changements climatiques soudains. Comme nous l'explique
- 39:34Speaker 2: Rick Potts, pour qui ces strates n'ont plus de secret
- 39:42Speaker 11: Cette couche représente environ 1000 ans de stabilité géologique. Ensuite, il
- 39:47Speaker 11: y a eu une éruption volcanique brutale, puis la formation
- 39:50Speaker 11: d'un lac pendant 500 ans, suivi d'une sécheresse. Puis le lac
- 39:53Speaker 11: est revenu. Dans certains cas de figure, on peut voir
- 39:58Speaker 11: tout ça dans les couches de sédiments.
- 40:04Speaker 2: Grâce à son œil exercé, Rick Potts est capable de
- 40:08Speaker 2: distinguer dans les couches successives le fond d'un lac, un
- 40:11Speaker 2: désert de sable ou encore une éruption volcanique. Autant d'instantanées
- 40:15Speaker 2: correspondant à un million d'années d'histoire du climat. Ses observations
- 40:22Speaker 2: lui ont inspiré une théorie nouvelle et surprenante. Ses changements
- 40:26Speaker 2: rapides seraient le catalyseur de l'évolution humaine. J'ai commencé à
- 40:32Speaker 2: me dire que le facteur
- 40:33Speaker 11: important n'était
- 40:34Speaker 2: peut-être pas la savane
- 40:36Speaker 11: mais plutôt la tendance au changement de l'habitat lui-même. Se
- 40:42Speaker 2: pourrait-il que la nécessité de survivre à de violentes fluctuations
- 40:45Speaker 2: du climat ait poussé nos ancêtres à s'adapter? Venu d'Allemagne,
- 40:54Speaker 2: une équipe de scientifiques va tenter de découvrir si ces
- 40:56Speaker 2: variations climatiques étaient aussi marquées. Aussi incroyable que cela paraisse,
- 41:07Speaker 2: ces immenses formations rocheuses sont constituées de l'enveloppe siliceuse d'organismes
- 41:11Speaker 2: unicellulaires microscopiques, les diatomées. Il en existe de nombreuses espèces,
- 41:19Speaker 2: mais toutes sont aquatiques. Ces enveloppes se sont accumulées pendant
- 41:26Speaker 2: des millions d'années jusqu'à former une roche sédimentaire. Preuve que
- 41:30Speaker 2: cette vallée fut autrefois un lac gigantesque. Annette Junginger analyse
- 41:38Speaker 2: des échantillons de roches au microscope
- 41:49Speaker 14: J'ai découvert que ces couches blanches étaient constituées d'une espèce
- 41:51Speaker 14: particulière de diatomée qui ne vit que dans des lacs
- 41:55Speaker 14: profonds
- 41:58Speaker 2: Mais entre ces couches, elle a également trouvé d'autres espèces qui, elles,
- 42:02Speaker 2: ne vivent que dans des eaux peu profondes. Cela signifie
- 42:09Speaker 2: qu'à cet endroit, un lac s'est formé et a disparu
- 42:12Speaker 2: à de nombreuses reprises.
- 42:17Speaker 6: Ces lacs étaient
- 42:18Speaker 12: immenses.
- 42:19Speaker 6: Ce n'étaient pas des petites
- 42:20Speaker 12: mares. Et on
- 42:22Speaker 6: a pu constater qu'ils apparaissent de façon cyclique.
- 42:28Speaker 12: C'était des lacs d'eau douce de la taille du lac Victoria,
- 42:31Speaker 12: qui remplissaient toute la vallée du Rift, puis disparaissaient. Énorme
- 42:35Speaker 12: quantité
- 42:36Speaker 6: d'eau qui submergeait la région. Une succession permanente de changements.
- 42:40Speaker 6: Une période pour le moins pénible. Des changements dans les
- 42:43Speaker 6: deux
- 42:43Speaker 2: sens. Malgré une tendance générale à un assèchement, l'Afrique a
- 42:51Speaker 2: connu une succession cyclique de changements du climat. Humide, sec,
- 42:56Speaker 2: humide à nouveau... parfois en l'espace de seulement 1000 ans. Des
- 43:01Speaker 2: sécheresses terribles alternaient avec des épisodes orageux et des moussons.
- 43:06Speaker 2: Des rivières et des forêts apparaissaient avant de céder brutalement
- 43:09Speaker 2: la place à des prairies desséchées.
- 43:15Speaker 12: Ça a bouleversé nos théories. Plus d'assèchement progressif, mais une
- 43:19Speaker 12: alternance incroyable de périodes sèches et humides. Quelles ont été
- 43:24Speaker 12: les conséquences
- 43:25Speaker 2: pour nos ancêtres? Ces époques d'instabilité climatique pourraient-elles expliquer le
- 43:32Speaker 2: bond dans le processus d'évolution entre les petits hominidés bipèdes
- 43:35Speaker 2: et Homo habilis? Pour répondre à cette question, les chercheurs
- 43:44Speaker 2: avaient besoin de données plus anciennes que celles fournies par
- 43:47Speaker 2: les diatomées. Des données qui remontent à l'époque d'Homo habilis,
- 43:51Speaker 2: il y a 2 millions d'années. Or, il n'y a qu'un
- 43:56Speaker 2: seul endroit où les trouver. le fond des océans. Les
- 44:01Speaker 2: couches de sédiments marins racontent une histoire vieille de millions d'années.
- 44:05Speaker 2: Mais pour la lire, il est nécessaire d'effectuer des carottages.
- 44:13Speaker 2: Dans un laboratoire dans l'état de New York, Peter de
- 44:16Speaker 2: Menocal conserve des milliers de colonnes de sable, de limon
- 44:19Speaker 2: et de roche. Une véritable bibliothèque de carottes océaniques.
- 44:26Speaker 15: Une des L'un des intérêts des sédiments océaniques, c'est qu'ils
- 44:30Speaker 15: s'accumulent très lentement, mais de façon
- 44:32Speaker 3: graduelle et continue
- 44:38Speaker 2: Chaque carotte de 90 cm de long contient les archives des
- 44:41Speaker 2: poussières transportées par le vent depuis l'Afrique jusqu'à l'océan, au
- 44:44Speaker 2: fond duquel elles se sont ensuite déposées. Il faut être
- 44:51Speaker 2: un spécialiste pour distinguer les différentes couches. Épaisse les années
- 44:55Speaker 2: de sécheresse quand la poussière vole facilement, plus mince les
- 44:59Speaker 2: années humides. En mesurant chacune d'elles, les scientifiques parviennent à
- 45:04Speaker 2: établir à quel moment le climat était sec ou humide.
- 45:08Speaker 15: On lit ces strates de sédiments presque comme un livre
- 45:11Speaker 15: sur l'histoire des changements climatiques de la Terre
- 45:14Speaker 2: Afin de les déchiffrer, il faut déterminer les périodes pendant
- 45:17Speaker 2: lesquelles les poussières ont été entraînées vers les océans. Pour cela,
- 45:21Speaker 2: il suffit de dater les coquilles des minuscules animaux marins
- 45:24Speaker 2: qui ont été emprisonnés dans chaque couche. On a à
- 45:29Speaker 15: la fois la date et la nature du climat
- 45:34Speaker 2: Peter Demenocal a comparé cet historique extrêmement détaillé du climat
- 45:38Speaker 2: avec la grande courbe de l'évolution humaine. Au cours des 3
- 45:43Speaker 2: millions d'années qui séparent Toumaï et Selam, période pendant laquelle
- 45:46Speaker 2: le cerveau des hominidés n'a pas évolué, le climat africain
- 45:49Speaker 2: a été très stable, sec, avec une tendance à l'assèchement.
- 45:55Speaker 2: Puis il y a eu 200 000 ans de variations climatiques mouvementées,
- 45:59Speaker 2: avec des oscillations imprévisibles entre des épisodes de sécheresse et d'humidité.
- 46:05Speaker 2: C'est pendant cette période que sont apparus les premiers outils
- 46:08Speaker 2: en pierre, fabriqués par des hominidés aux cerveaux plus gros.
- 46:13Speaker 2: Mais l'Afrique était peuplée par de nombreuses autres espèces humaines.
- 46:17Speaker 2: Toutes ont dû affronter les fluctuations climatiques.
- 46:21Speaker 15: Durant ces périodes où le climat africain a été très instable,
- 46:25Speaker 15: toutes les formes de vie ont été obligées de s'adapter.
- 46:30Speaker 2: Celles qui n'y sont pas parvenues se sont éteintes, comme
- 46:32Speaker 2: les espèces auxquelles Selam et Lucy appartenaient. D'autres se sont
- 46:36Speaker 2: montrées plus réactives et ont survécu, comme Homo habilis. Les
- 46:45Speaker 2: découvertes récentes sur l'histoire des variations climatiques ont conduit Rick
- 46:49Speaker 2: Potts à élaborer une théorie audacieuse sur l'évolution de l'homme.
- 46:57Speaker 11: D'après l'idée communément admise, le moteur de l'évolution humaine a
- 47:01Speaker 11: été la savane, ces prairies émaillées de quelques arbres. Depuis,
- 47:07Speaker 11: nous avons découvert que le climat changeait sans arrêt. Et
- 47:11Speaker 11: la théorie que nous avons émise, c'est que la cause
- 47:13Speaker 11: première de l'évolution, c'est ce changement lui-même. C'est à lui
- 47:18Speaker 11: que nos ancêtres se sont adaptés.
- 47:26Speaker 2: C'est une thèse simple, mais révolutionnaire. Notre évolution est le
- 47:30Speaker 2: résultat des caprices de la nature. L'homme ne s'est pas
- 47:35Speaker 2: adapté à un habitat ou à un climat. Il est
- 47:39Speaker 2: le fruit du changement climatique
- 47:44Speaker 12: Nous devrions prendre exemple sur nos ancêtres et leur évolution
- 47:47Speaker 12: en Afrique orientale. Voilà comment ils ont survécu
- 47:50Speaker 11: Et
- 47:50Speaker 12: nous survivrons nous aussi parce que nous sommes une espèce
- 47:53Speaker 12: assez maligne pour ça
- 47:57Speaker 2: Aujourd'hui, le changement climatique semble menacer l'espèce humaine. Pourtant, c'est
- 48:05Speaker 2: peut-être ce même phénomène qui explique comment nous sommes devenus
- 48:08Speaker 2: ce que nous sommes. Car ces bouleversements spectaculaires n'ont pas
- 48:14Speaker 2: cessé brusquement il y a deux millions d'années. Ils ont
- 48:17Speaker 2: continué pendant encore un million et demi d'années. Propulsant nos
- 48:23Speaker 2: ancêtres sur une voie qui, au bout du compte, a
- 48:26Speaker 2: mené à l'animal le plus intelligent de la planète. C'est parti!