Latest / L'état d'esprit / L’État d’esprit” – Jean Lassalle : entre politique, humour et humanité
Transcript
- 0:04Bonjour,
- 0:05aujourd'hui j'ai le plaisir d'accueillir une personnalité inclassable,
- 0:09Jean Lassalle.
- 0:09C'est à la fois l'ancien maire,
- 0:11l'ancien député,
- 0:12le candidat à la présidentielle,
- 0:14mais aussi le marcheur infatigable qui a traversé la France pour aller à la rencontre des habitants.
- 0:20L'homme de terrain,
- 0:21des coups d'éclat qui a marqué la vie politique par sa liberté de ton.
- 0:24Et désormais,
- 0:24il se dévoile sous une nouvelle facette,
- 0:27celle d'un artiste.
- 0:28Bonjour Jean Lassalle.
- 0:29Bonjour,
- 0:30bonjour.
- 0:31Alors Jean,
- 0:32vous avez vécu mille vies.
- 0:34Pourquoi avoir choisi aujourd'hui de monter sur scène et de vous livrer un petit peu différemment ?
- 0:41C'est le nouveau moment de ma vie qui s'est présenté à moi.
- 0:45Je ne l'avais absolument pas du tout envisagé.
- 0:48C'est un couple de producteurs,
- 0:52Philippe et Magda,
- 0:55qui ont notamment produit l'immense spectacle de la comédie musicale des Misérables aux Etats-Unis.
- 1:03qui sont venus me voir il y a trois ans,
- 1:06quand j'ai cessé d'être député.
- 1:08Je les ai écoutés attentivement pendant deux jours,
- 1:12ils avaient loué un gîte pas loin pour se donner le temps de parler.
- 1:16Et puis,
- 1:16le dernier jour,
- 1:18ils sont partis,
- 1:19ils étaient partis,
- 1:20j'ai téléphoné,
- 1:20j'ai dit non,
- 1:21non,
- 1:21non,
- 1:21je ne peux pas.
- 1:22Je ressentais pour la première fois une totale inutilité à ma vie.
- 1:30C'est quand même terrible ça.
- 1:32Je les ai rappelés sur les conseils pressants de mes enfants,
- 1:37qui étaient absolument favorables,
- 1:39de ma femme aussi,
- 1:41et même de mon frère,
- 1:42Julien Leverger,
- 1:43qui m'a dit « je ne comprends pas que tu ne donnes pas suite à cette affaire,
- 1:46ça te va très bien » .
- 1:48Je leur ai raconté une bonne trentaine d'anecdotes.
- 1:53On m'a dit « c'est génial,
- 1:57on va faire un spectacle sur un one-man show » .
- 2:00Ça avait déjà été dans l'air,
- 2:02puisque je l'avais déjà annoncé.
- 2:04Qu'est-ce que vous avez ressenti avant de rentrer et pendant le spectacle ?
- 2:11Parce que ce n'est pas tout à fait pareil,
- 2:13votre métier d'avant,
- 2:14si je puis dire,
- 2:16et faire un spectacle.
- 2:17Qu'est-ce que vous avez ressenti avant,
- 2:19pendant et après ?
- 2:20Je me suis toujours fait une telle idée de l'engagement public,
- 2:26celui qui vient de la confiance du peuple.
- 2:30que vraiment j'avais du mal à avoir un brin de sollicitude pour moi de cette histoire.
- 2:42Et j'étais à me demander nuit et jour si j'avais le droit de faire ça.
- 2:49Et bien pendant,
- 2:51il y a quand même la rencontre avec tous ces hommes,
- 2:56ces femmes,
- 2:57ces homo sapiens.
- 2:59qui sont venus à ma rencontre avec...
- 3:02Je l'ai senti,
- 3:03beaucoup de sympathie,
- 3:04mais tu le sens de suite.
- 3:08Tu sens si on veut t'arracher les yeux,
- 3:09ou tu sens si...
- 3:11De ce côté-là,
- 3:12j'ai acquis assez de métier pour savoir.
- 3:14Mais non,
- 3:14j'ai senti une immense chaleur humaine.
- 3:17Pendant,
- 3:18je l'ai plutôt senti bien,
- 3:20d'autant que j'ai retrouvé des sensations qui me permettaient d'enquiller les anecdotes et...
- 3:28et de ne pas trop bouger du timing,
- 3:29parce que moi le timing c'est autre chose.
- 3:32Après,
- 3:34je n'en revenais pas.
- 3:36Les témoignages des plus jeunes,
- 3:39mais bon,
- 3:39les jeunes,
- 3:40ça fait un moment que je sentais que ça marchait.
- 3:45Par exemple,
- 3:45les jeunes,
- 3:47on va faire une liste au municipal,
- 3:50parce que vous nous avez boostés.
- 3:52On a envie de reprendre notre avenir,
- 3:54mais alors là,
- 3:54chut !
- 3:56Je lui disais,
- 3:56vous êtes sûr ?
- 3:57Oui,
- 3:57oui,
- 3:57oui,
- 3:58vous êtes sûr que je suis pour quelque chose ?
- 3:59Ah oui,
- 3:59oui,
- 4:00ça a toujours été le sens de ma vie,
- 4:01la transmission,
- 4:04faire passionnément ce que je pressentais devoir faire,
- 4:09et le faire de telle manière que ça donne aussi envie à l'autre de le faire et d'apprendre.
- 4:15Parce que moi,
- 4:15dans le fond,
- 4:16j'avais eu cette immense chance d'être dans un milieu,
- 4:19à l'époque,
- 4:21où on apprenait.
- 4:22Il y avait un savoir vivre,
- 4:24un savoir faire,
- 4:25un savoir être.
- 4:27et quand même des règles quelque part.
- 4:29Justement,
- 4:30vous êtes né ici,
- 4:31on est à Lourdios-Hichère,
- 4:32dans ce très joli village.
- 4:34Vous êtes né dans une famille de bergers.
- 4:36Qu'est-ce que cette enfance dans les Pyrénées,
- 4:38ici à Lourdios,
- 4:40vous a apporté et finalement vous a aidé à vous construire ?
- 4:44Ça a été les bases essentielles.
- 4:47Une famille très aimante.
- 4:49Papa surjouait un peu sa gaieté pour encourager.
- 4:56Il chantait pratiquement tout le temps,
- 5:00et de belles chansons.
- 5:03Lorsqu'il rencontrait ses frères ou beaux-frères,
- 5:05c'était exceptionnel.
- 5:07Maman,
- 5:07c'était pareil.
- 5:09J'ai appris aussi la valeur du débat.
- 5:15Et là,
- 5:15je prenais un plaisir fou.
- 5:17à entendre leur discussion apaisée.
- 5:21Et puis c'était le temps où on commençait à chanter vers la fin de soirée.
- 5:26J'ai lu quelque part que vous étiez timide.
- 5:29Alors on a du mal à le croire.
- 5:30Comment ce garçon,
- 5:32ce jeune garçon réservé,
- 5:33est-il devenu quelqu'un qui paraît peut-être un peu moins timide quand même maintenant ?
- 5:38J'avais six ans,
- 5:38je ne parlais pas un très autre mot de français.
- 5:41Et je ne le comprenais pas davantage.
- 5:44Mais je n'avais pas passé non plus...
- 5:46Ma prime enfance,
- 5:49dans le centre-ville,
- 5:51là qui était plus fourni qu'aujourd'hui,
- 5:54mais là où il y avait beaucoup de gamins de mon âge qui avaient l'habitude de jouer ensemble.
- 6:00Je souffrais du ventre quand je me rendais à l'école,
- 6:02je ne pouvais même pas marcher.
- 6:05Trop de pression,
- 6:07trop de trac,
- 6:07etc.
- 6:08Et ça allait mieux quand je rentrais à la maison,
- 6:11là j'étais vraiment heureux.
- 6:13Il m'a fallu longtemps pour...
- 6:15me guérir de ça.
- 6:17En fait,
- 6:18j'en ai vraiment guéri lorsque j'ai quitté les écoles d'ici et le collège même.
- 6:25J'ai été nommé dans une nouvelle affectation au lycée agricole de Pau-Montardon,
- 6:31à 100 km d'ici.
- 6:32La personne ne me connaissait.
- 6:34Donc,
- 6:36j'ai eu l'impression de naître enfin,
- 6:38définitivement.
- 6:40Vous avez été un des plus jeunes maires de France à l'âge de 21 ans ici,
- 6:45à l'ordre d'aussi cher.
- 6:47Qu'est-ce qui vous a donné cette volonté de vous engager pour la vie publique et ce courage quelque part ?
- 6:54Parce que quand on a 21 ans,
- 6:55ce n'est pas évident de se lancer comme maire.
- 6:57Deux ou trois éléments très simples et à tout jamais marqué dans ma vie.
- 7:01Le premier,
- 7:02c'est que j'ai six ans et je trouvais que le maire de l'époque...
- 7:08Je ne le disais pas parce que je ne le disais rien à personne,
- 7:13mais qu'il était bienveillant.
- 7:15Il me considérait comme un être à part entière.
- 7:20Il me parlait presque comme si j'étais un peu plus vieux que mon âge.
- 7:28Il me parlait toujours comme si j'étais quelqu'un de normal avec qui on parle.
- 7:36Il m'a donné très envie d'être mère.
- 7:40Un peu plus tard,
- 7:41il y a eu l'inauguration de l'église,
- 7:44j'avais 10 ans,
- 7:46et le député de l'époque,
- 7:47qui s'appelait Guy Évrard,
- 7:48pour ne rien cacher,
- 7:51qui était un orateur hors du commun,
- 7:54est arrivé.
- 7:56Il s'était posé à l'aéroport de Pau,
- 7:59son chauffeur avait été le chercher,
- 8:00et il était très heureux de se retrouver parmi nous.
- 8:03J'ai eu furieusement envie de devenir député ce jour-là,
- 8:07j'avais 10 ans.
- 8:08A la fin de l'année,
- 8:09il y avait...
- 8:09les présidentielles.
- 8:11Papa était pour De Gaulle et
- 8:15De Gaulle voulait redresser le pays.
- 8:18Alors j'ai eu très envie de devenir président de la République.
- 8:21Je voulais montrer aussi que j'étais un peu comme les autres.
- 8:25Et peut-être que je serais encore mieux qu'eux.
- 8:28Quel souvenir vous gardez de vos débuts d'élus ?
- 8:31Je me souviens surtout de la campagne.
- 8:35Alors là,
- 8:36c'est un souvenir de passion irrésistible.
- 8:40Je voulais à tout prix gagner.
- 8:42Donc je réunissais mes troupes presque tous les soirs parce que j'avais peur qu'elles passent à la concurrence.
- 8:48Et je leur expliquais deux choses.
- 8:49La première,
- 8:50c'est que si on était élu,
- 8:52la première chose qu'on ferait,
- 8:53c'est le cimetière.
- 8:54Parce que chaque fois qu'on enterrait quelqu'un,
- 8:56il fallait en couper quatre ou cinq autres.
- 8:59Et ça mettait une ambiance délétère dans le village.
- 9:04Et le soir de l'élection,
- 9:05j'ai passé une très mauvaise nuit.
- 9:08Je me suis dit,
- 9:08mais c'est pas possible ce que t'as fait.
- 9:10Le maire sortant m'avait remis l'écharpe tricolore,
- 9:13la clé,
- 9:14le seau de la mairie,
- 9:16et puis on a fait la fête.
- 9:17Je me suis dit,
- 9:18mais t'es fou !
- 9:18Mais ça a été le cas d'ailleurs,
- 9:20je l'ai constaté,
- 9:22pour toutes mes élections du CCDNAU,
- 9:24les premières.
- 9:26Première élection du conseiller général.
- 9:28Est-ce que je vais être capable ?
- 9:29J'ai 24 ans.
- 9:31Ensuite,
- 9:32député.
- 9:32J'ai eu le temps de mourir un peu,
- 9:33mais enfin,
- 9:35est-ce que je serai capable ?
- 9:36Mais par contre,
- 9:36ce n'était pas le cas après.
- 9:39pour les autres,
- 9:41parce qu'il y en avait tellement qui voulaient me piquer à la place que je n'étais pas mécontent de les battre.
- 9:47Vous avez marqué votre carrière d'élu par des...
- 9:52On va dire des actions fortes,
- 9:53grève de la faim,
- 9:54une marche à la rencontre des Français,
- 9:57parfois des coups de gueule à l'Assemblée.
- 9:59D'où vient cette force ou cette capacité à aller jusqu'au bout finalement de vos convictions,
- 10:04quitte notamment au moment de la grève de la faim,
- 10:06à mettre votre vie en danger ?
- 10:09D'une certaine idée de la responsabilité qu'on m'avait confiée,
- 10:13qui à mes yeux était,
- 10:15bon ça crée le trame,
- 10:16c'est peut-être un peu fort,
- 10:17mais je ne la voyais pas comme ça.
- 10:19Le suffrage universel m'avait choisi.
- 10:21Je ne pouvais pas décevoir.
- 10:23Et puis derrière,
- 10:23il y avait quand même ma famille.
- 10:25Il y avait mon père,
- 10:27qui est toujours resté un résistant dans l'âme,
- 10:32qui ne supportait pas l'injustice et qui ne supportait pas le déclassement.
- 10:39Et moi,
- 10:39ça,
- 10:39ça a été une idée très forte,
- 10:42toujours.
- 10:43Je ne supportais pas que certains puissent être traités différemment que d'autres.
- 10:49Et on avait dit à un moment donné que j'étais la voix des sans-voix.
- 10:52C'est même pas moi qui avais trouvé ça.
- 10:55C'est cette volonté d'être un bouton de panurge qu'on me menait à sa guise.
- 11:03J'ai fait une très forte idée de suffrage universel,
- 11:07du peuple,
- 11:09du choix des peuples à s'autodéterminer,
- 11:14à décider de leur destin.
- 11:16Et quand ça n'allait pas dans ce sens-là...
- 11:19Je ne pouvais pas faire autrement.
- 11:21En tout cas,
- 11:22il y a une chose qui est certaine,
- 11:23je n'ai jamais voté le contraire de ce que je pensais.
- 11:28Ça,
- 11:28c'est sûr.
- 11:29Est-ce qu'il y a eu des moments où vous avez douté,
- 11:31eu peur,
- 11:35songé à renoncer finalement à tous ces engagements ?
- 11:38Ah non,
- 11:38pas du tout,
- 11:39non.
- 11:39Plus ça allait,
- 11:40et plus j'avais envie d'aller un peu plus loin,
- 11:45parce qu'il me semblait que...
- 11:48quand je commençais à faire le tour de mes nouvelles responsabilités,
- 11:51que ce n'était pas le bon niveau pour changer.
- 11:53C'est pour ça que j'ai été deux fois candidat à l'élection présidentielle,
- 11:58comme je l'avais pressenti en étant tout jeune.
- 12:01Bon,
- 12:03ça n'a pas marché,
- 12:04mais ça ne pouvait pas marcher non plus.
- 12:06Mais c'est ça,
- 12:07oui,
- 12:08je voulais,
- 12:10à l'intérieur de ce pays,
- 12:11on puisse échanger passionnément,
- 12:14parce que nous sommes un peuple de passionnés.
- 12:16Nous sommes certainement...
- 12:17un des peuples qui aime le plus la politique.
- 12:21Et je voyais qu'on commençait à la détester.
- 12:24Parce que,
- 12:25bien des fois,
- 12:26nous avions une attitude détestable.
- 12:30Et enfin,
- 12:32je me suis toujours fait une très haute idée de mon pays.
- 12:35Et du fait de le servir.
- 12:37Donc non,
- 12:37je n'ai jamais eu envie de renoncer,
- 12:38au contraire.
- 12:40A votre avis,
- 12:41quelle est votre plus grande victoire politique ?
- 12:44Et votre plus grande,
- 12:45alors pas défaite,
- 12:46mais désillusion ?
- 12:47ou déception.
- 12:48Les victoires sont démenteuses d'une certaine manière parce que tu te laisses prendre par leur charme.
- 12:57Tu te dis tellement bon et tu ne fais pas gaffe que les victoires d'aujourd'hui peuvent préparer les terribles déroutes de demain.
- 13:08Par contre,
- 13:10ce que j'ai découvert très tard,
- 13:12c'est-à-dire très longtemps après avoir connu les victoires.
- 13:16Victoire et tout ce que vous venez de rappeler.
- 13:21C'est le sentiment d'inutilité dont je parlais au début et que je n'avais jamais connu depuis,
- 13:29disons,
- 13:29l'âge de 15 ou 16 ans.
- 13:31Vous avez été parfois,
- 13:34on a un peu l'impression d'être incompris,
- 13:37d'être aussi un électron libre.
- 13:39Comment vous avez vécu cette image que vous aviez,
- 13:44l'impression qu'on reprenait de vous ?
- 13:46Est-ce que vous la compreniez ou est-ce que vous ne vous retrouviez pas dans tout ce qu'on disait de vous ?
- 13:51Non,
- 13:52je ne me retrouvais pas dans tout ce qu'on disait de moi et j'avais même le sentiment que c'était parfaitement faux.
- 13:57Il y a eu l'accent,
- 14:00mais j'ai fait des décennies sans que personne ne me parle de mon accent.
- 14:04Qu'est-ce qu'on aurait dit puisque j'étais à table l'autre soir de l'accent de Duclos,
- 14:11qui a été quand même candidat à la présidence de la République,
- 14:13si mes souvenirs sont bons.
- 14:15qui était premier secrétaire du Parti communiste avant Marché,
- 14:19qui avait l'accès à couper au couteau.
- 14:22Qu'est-ce qu'on aurait dit de Pascua sur notre registre ?
- 14:25Et qu'est-ce qu'on dirait encore de certains orateurs venus des îles ?
- 14:32Après,
- 14:33on a dit,
- 14:33on ne comprend rien à ce qu'il dit.
- 14:36Ça,
- 14:36ça m'a touché.
- 14:38Et je me suis dit que ce n'était pas totalement faux.
- 14:41Il est vrai,
- 14:42quand je mettais un peu moins de passion,
- 14:44Ou quand je mets un peu moins de passion,
- 14:47un peu moins de régularité,
- 14:50ma voix tendance à ronronner.
- 14:52Alors,
- 14:52cette espèce de ronronnement,
- 14:54cette voix basse,
- 14:55en plus de l'accent,
- 14:57bon,
- 14:58ça,
- 14:59je l'ai admis,
- 14:59je l'ai compris.
- 15:01Par contre,
- 15:03on a voulu accréditer l'idée que j'étais un clown,
- 15:08alors que je respecte tellement les clones,
- 15:10il faut tellement de talent pour être un clown.
- 15:12Et j'avais encore plus le sentiment que c'était un faux procès.
- 15:17Et justement,
- 15:17à ce moment-là,
- 15:18comment vous faites pour vous...
- 15:19Pour vous protéger à titre personnel,
- 15:21mais aussi,
- 15:22est-ce que ça a eu un impact sur votre famille ?
- 15:25Vous parlez de votre épouse,
- 15:26vous parlez de vos enfants,
- 15:26est-ce que ça a eu un impact sur eux ?
- 15:29Oh oui,
- 15:30oui.
- 15:31Ma femme a souffert,
- 15:33et mes fils aussi.
- 15:36Mais qu'est-ce que vous voulez,
- 15:37on ne fait pas d'emblée,
- 15:38on s'en casse les deux,
- 15:39et c'était ce que je leur disais.
- 15:41Et je disais,
- 15:43bon,
- 15:43mais je vais aussi très loin,
- 15:45moi,
- 15:45parfois,
- 15:47dans ma critique.
- 15:49ma manière de dire non.
- 15:55Donc après tout,
- 15:56peut-être que c'est normal que je le fasse observer,
- 16:02mais c'était injuste quand même.
- 16:04Il y a eu des fois où c'était très injuste,
- 16:07trop injuste.
- 16:08Vous avez rencontré dans votre vie de nombreuses personnalités.
- 16:12Est-ce qu'il y en a certaines qui vous ont marquées positivement ou négativement ?
- 16:18Moi je n'ai pas rencontré
- 16:20De Gaulle parce que je n'étais pas à l'âge de pouvoir le rencontrer.
- 16:24Mais quand j'écoute encore ce qu'il disait,
- 16:26ces conférences de presse,
- 16:27que je l'ai fait d'ailleurs écouter à mes fils,
- 16:30eux-mêmes me disent que c'est incroyable l'extraordinaire lucidité et précision de langage.
- 16:36Parce que les deux n'ont pas souvent ensemble,
- 16:38de cet homme,
- 16:40son courage et qu'en fait,
- 16:43ce qu'il faisait,
- 16:45il le disait.
- 16:45Il a dit un jour,
- 16:46à foutre les Américains dehors et les Amis dehors.
- 16:48Enfin,
- 16:49le verre,
- 16:49quand même.
- 16:51Il est sorti de l'automne.
- 16:53Lui,
- 16:55dans mon mini-panthéon intérieur,
- 16:57il est hors nord.
- 17:00Ensuite,
- 17:00assez étonnamment,
- 17:02j'avais été étonné par celui qu'il avait tant combattu.
- 17:05C'est Mitterrand.
- 17:07Mitterrand avait eu l'obligation de me sauver deux fois.
- 17:13Peut-être trois.
- 17:14Deux fois,
- 17:14je m'en souviens très bien.
- 17:16Et il m'avait marqué dans le fond parce que quand on discutait,
- 17:25il me parlait avec simplicité.
- 17:29J'avais aimé
- 17:31Bayrou du début.
- 17:32Et on a d'ailleurs été François Bayrou.
- 17:34On a été élu conseiller général le même jour.
- 17:39Bon,
- 17:39il avait pris un peu d'avance sur la politique nationale parce que moi j'avais beaucoup de mal à m'engager.
- 17:46Je n'aimais aucun des partis.
- 17:48Je trouvais que leur père ne ressemblait pas du tout au gaullisme.
- 17:52Le PS ne me convenait guère.
- 17:56J'avais trouvé le centrisme mou.
- 18:00Heureusement,
- 18:01les extrêmes n'étaient pas au niveau où ils sont aujourd'hui.
- 18:04J'ai eu du mal.
- 18:05Et puis finalement,
- 18:08j'ai suivi Bayrou,
- 18:09qui au départ m'a étonné.
- 18:12Après,
- 18:12nous nous sommes séparés il y a déjà très longtemps.
- 18:15Parce que je trouvais que ce qu'on se disait ne ressemblait plus à la réalité.
- 18:22Justement,
- 18:23quel est le regard que vous avez sur la vie politique actuelle ?
- 18:26C'est le résultat d'une longue agonie et que nous avons abandonné nos idées.
- 18:34Non débat passionné pour sombrer dans,
- 18:42comment je devrais dire...
- 18:43Merci.
- 18:45Parfois la vulgarité est très souvent le superflu.
- 18:54Alors que notre pays aime tant le débat à l'idée.
- 19:00Le débat où on se ferait tendre le cou pour défendre son point de vue.
- 19:08Et tout ça,
- 19:09petit à petit,
- 19:10ça s'est défiloché dans la classe politique.
- 19:14Et puis ça s'est déflanché très fort au niveau du peuple souverain qui votait.
- 19:22Ce qui fait que maintenant,
- 19:23on ne sait plus comment on vote,
- 19:25on ne sait plus qu'est-ce que c'est,
- 19:28ça se traduit.
- 19:30par un retour aux républiques antérieures,
- 19:33avec pourtant une république qui avait été taillée sur mesure pour avoir une stabilité,
- 19:39aussi bien au niveau de l'exécutif pour le président que sur le plan législatif.
- 19:44Et tout ça est remis en cause.
- 19:47Alors avec Jean dans la salle,
- 19:49mes anecdotes d'une vie,
- 19:50vous racontez avec humour et émotion vos souvenirs.
- 19:53Vous avez parlé tout à l'heure de transmission.
- 19:56Est-ce que finalement cette...
- 19:58cet exercice ou en tout cas ce spectacle au théâtre est un moyen pour vous de transmettre ?
- 20:03Il est trop tôt pour moi,
- 20:04très sincèrement,
- 20:06vu les dernières semaines que je viens de vivre,
- 20:09pour y répondre très sincèrement.
- 20:13Je sais la magie dont peuvent être porteurs des hommes et des femmes,
- 20:25habitées par le talent.
- 20:27qui montent sur les planches.
- 20:29Des exemples sont au foison.
- 20:31Je suis tellement admiré d'Ipiaf.
- 20:34Je vais admirer quelqu'un dont j'ai,
- 20:38d'une certaine manière,
- 20:40partagé les mêmes impressions,
- 20:44même si moi,
- 20:45je n'ai pas écrit.
- 20:48Il était une fois à mon guide,
- 20:51Nathalie.
- 20:54Et on s'est rendu compte
- 20:57Lorsque j'ai fait sa connaissance à l'Olympia,
- 20:59il y a si longtemps déjà,
- 21:01qu'on avait été à
- 21:03Russie et à Moscou à la même époque.
- 21:08Mais il y avait une différence considérable entre nous.
- 21:12Et c'est là que je dis que c'est aussi très difficile d'arriver à l'émotion,
- 21:17ce niveau d'émotion,
- 21:18quand on est sur les planches,
- 21:20c'est l'émotion qu'il dégage quand il l'interprète,
- 21:24lui qui est parti il y a si longtemps déjà.
- 21:26Parmi toutes les anecdotes que vous racontez dans ce spectacle,
- 21:30laquelle peut révéler le mieux l'homme que vous êtes ?
- 21:36Je suis un des tout premiers à me rendre dans ce qu'on a appelé l'ex-Youroslavie,
- 21:43à rencontrer le maréchal Tito par l'intermédiaire de sa petite-fille,
- 21:49qui est venue à Pau.
- 21:51Grâce à ce voyage,
- 21:53j'ai notamment rencontré...
- 21:55Le Marshal Tito,
- 21:56mais j'ai fait la connaissance de quelqu'un qui allait s'illustrer un peu plus tard,
- 22:00et qui était le commandant Massoud,
- 22:03qui était lui aussi de passage à Yougoslavie à cette époque-là.
- 22:09Et on s'est rencontrés dans la même discothèque à
- 22:123h du matin,
- 22:15qui est devenu un grand ami.
- 22:17Comme l'était devenu,
- 22:19mais pas dans les mêmes circonstances,
- 22:21le premier président.
- 22:26Indien,
- 22:26c'était Evo Morales,
- 22:28mais j'avais rencontré et beaucoup fréquenté
- 22:33Chavez au Venezuela.
- 22:35Et j'ai eu la chance de rencontrer
- 22:37Nelson Mandela.
- 22:39J'ai croisé
- 22:40Bill Clinton,
- 22:41j'ai trouvé d'ailleurs ce type extrêmement sympa.
- 22:44Je crois que d'ailleurs ma femme y était quand je l'ai rencontré,
- 22:47parce qu'on avait été distingués par Crans-Montana au même moment.
- 22:53Moi,
- 22:53après ma guerre de la faim...
- 22:56Bon,
- 22:56on peut comprendre que Nelson Mandela le fut.
- 23:00Et après tout,
- 23:00Clinton,
- 23:01on peut en passer ce qu'on veut,
- 23:02mais quand même,
- 23:03il avait marqué.
- 23:05Donc voilà,
- 23:06c'est des effets étonnants.
- 23:10Vous me demandiez,
- 23:12bien sûr j'en ai d'autres,
- 23:13mais cela me vient intimidatoire à l'esprit.
- 23:16Ce podcast s'appelle « L'état d'esprit » ,
- 23:18justement.
- 23:18Quel est l'état d'esprit qui vous a animé,
- 23:21qui vous anime toujours ?
- 23:25dans votre vie professionnelle,
- 23:27on va dire,
- 23:28et vie personnelle.
- 23:30Très longtemps,
- 23:31une forme,
- 23:33une joie intérieure,
- 23:35une jubilation intérieure.
- 23:39J'étais joyeux intérieurement,
- 23:42et ce sentiment que rien ne pouvait m'arriver.
- 23:46J'ai eu la chance de connaître des choses que je n'aurais pas imaginé connaître,
- 23:50et que je n'aurais pas connues si j'avais dit non.
- 23:55Aussi en me disant,
- 23:57j'ai vu beaucoup de mes copains qui pouvaient,
- 23:59mais ils s'arrêtaient.
- 24:01Tu sais,
- 24:01il y avait un saut à franchir d'un mètre et demi à certains moments,
- 24:07et puis il y avait un vide immense.
- 24:08Il fallait faire le saut.
- 24:11Et j'ai été frappé de voir le nombre de copains qui étaient plus doués que moi,
- 24:16sportivement,
- 24:17intellectuellement,
- 24:18etc.,
- 24:18et qui ne le faisaient pas.
- 24:20Tu sais quoi,
- 24:20c'est de la volonté,
- 24:22c'est une envie aussi d'être un peu...
- 24:25de liberté aussi.
- 24:27Ah ben la liberté absolue,
- 24:29oui.
- 24:29Ah oui,
- 24:29oui.
- 24:31Je ne supportais pas d'avoir,
- 24:35comme disait le vieux dicton Béarné,
- 24:37ni seigneur ni maître.
- 24:38Mais ce n'était pas seigneur au sens du ciel,
- 24:41mais de seigneur tout court.
- 24:43Voilà.
- 24:44J'estimais que je devais du respect aux autres,
- 24:48mais ils me devaient aussi le même.
- 24:50Et que j'avais le droit d'entreprendre ce que je pensais.
- 24:54Alors ça,
- 24:54ça a été pour moi le...
- 24:56L'essence,
- 24:57ça a été le carburant de toute ma vie.
- 25:01Qu'est-ce que vous aimeriez qu'on dise de vous ?
- 25:04Il a été un homme.
- 25:07Il a été un fils.
- 25:09Tu seras un homme,
- 25:10mon fils.
- 25:11J'ai beaucoup aimé ce poète.
- 25:14J'ai essayé de ressembler à ce que je rêvais d'être.
- 25:20Merci Jean Rassel.
- 25:21Merci à vous.
- 25:21C'est une bonne question.