Latest / À propos / Paris : récit d’un week-end de manifestation et de violences - « À propos », le podcast du Soir
Transcript
- 0:00Le soir,
- 0:04repensons notre
- 0:05quotidien. Bonjour,
- 0:10vous écoutez " À propos",
- 0:11le podcast d'actualité du journal Le
- 0:13Soir. Tous les jours,
- 0:14c'est l'expertise de notre rédaction dans vos
- 0:16oreilles. Ça devait être un weekend de manif et de mobilisation.
- 0:27Au final,
- 0:27beaucoup ne retiendront que les violences.
- 0:30Retour sur un weekend qui a mis la France sans dessus dessous.
- 0:33Je m'appelle Pierre Fagnard.
- 0:34À propos,
- 0:35voici l'actualité comme vous l'entendez.
- 0:39Grand angle.
- 0:41Des affrontements violents,
- 0:42des commerces pillés et des bâtiments incendiés.
- 0:44Paris et la France dans son ensemble ont connu un weekend entre émeutes et violences,
- 0:49avec au milieu des manifestants contre la vie chère qui
- 0:52ont vu leur cause et leurs revendications réduites au silence.
- 0:55Alors, que s'est-il passé
- 0:56ce weekend dans les rues de Paris ?
- 0:57Joëlle Meskens,
- 0:58notre envoyée permanente,
- 0:59était sur le terrain samedi et dimanche.
- 1:01On l'a appelée pour qu'elle nous raconte.
- 1:03Bonjour Joëlle,
- 1:04bonjour Pierre.
- 1:05Comment s'est
- 1:06réveillée la France ce matin,
- 1:08ce lundi matin,
- 1:09après ces 2 journées de violence,
- 1:10samedi et dimanche ?
- 1:12Évidemment, on l'a écrit dans le journal,
- 1:14c'est un
- 1:14un réveil avec la gueule de bois,
- 1:15si on peut utiliser cette expression.
- 1:18Écoutez, c'est toujours la sidération.
- 1:20Même 48 h
- 1:21après, après ces événements,
- 1:23ce sont des images d'une violence inouïe qu'on n'oubliera pas,
- 1:26que ce soit à Paris ou dans les villes de
- 1:28province. On a vu ces dernières années
- 1:31déjà des débordements en marge de manifestations
- 1:34ou des
- 1:34émeutes, que ce soit
- 1:36les émeutes de banlieue en 2005 ou celles qui ont suivi la mort
- 1:40de Nahel
- 1:41il y a
- 1:413 ans.
- 1:42Mais là,
- 1:42on est encore dans quelque chose d'une dimension qui est encore supérieure.
- 1:46On est vraiment dans une forme.
- 1:48D'ultra violence et qui s'est répandue.
- 1:50Et c'est peut être ça la spécificité
- 1:52dans de
- 1:52très nombreuses
- 1:54villes, y compris des petites villes
- 1:56du pays.
- 1:57Oui, c'est ça.
- 1:58Il y a eu
- 1:59quand même
- 1:59un un ensemble d'événements sur plus ou moins l'ensemble du territoire.
- 2:03On va reprendre les choses de
- 2:05façon chronologique.
- 2:06Vous, samedi,
- 2:07vous êtes
- 2:08à Paris et
- 2:09au départ pour
- 2:10une journée de reportage dans
- 2:12un cortège
- 2:13normal, presque.
- 2:14Oui, j'étais
- 2:15dans le cortège,
- 2:17même dans la fin du cortège,
- 2:20aux alentours du lieu de dispersion qui était à la place de Clichy.
- 2:24Et de fait,
- 2:25la manifestation était très
- 2:27pacifiste. Elle était très bon enfant.
- 2:29Il y avait vraiment
- 2:31un cortège hétéroclite.
- 2:32Il y avait à la fois des lycéens,
- 2:34des gilets jaunes,
- 2:35des enseignants,
- 2:36des parents aussi.
- 2:37Donc c'était un cortège
- 2:38très bon enfant,
- 2:39même si on se sentait déjà
- 2:42au lieu d'arriver,
- 2:43donc à la place de Clichy,
- 2:44Tensions parce qu'on voyait très bien,
- 2:46ils sont reconnaissants
- 2:47entre 1000,
- 2:48les fameux black blocs qui faisaient face
- 2:50aux forces
- 2:51de l'ordre.
- 2:52Et à ce moment-là,
- 2:53effectivement, les tensions étaient déjà à leur comble,
- 2:56quelques centaines de mètres ou un ou 2 km
- 2:58plus loin,
- 3:00à hauteur de la
- 3:01place de la République.
- 3:02Et ça n'a pas cessé pendant des heures et même pendant la nuit.
- 3:05C'est vraiment
- 3:06l'un qui suit l'autre,
- 3:07entre guillemets,
- 3:08un un
- 3:08cortège presque bon enfant qui se déroule bien.
- 3:11Et puis une fois que le cortège est dispersé,
- 3:13le. La place à
- 3:15une violence où c'est parfois difficile de trouver des mots pour la décrire.
- 3:19Eh bien non,
- 3:19et c'est ça qui a fait la différence
- 3:21aussi de cette journée,
- 3:23c'est que effectivement,
- 3:23ce que vous décrivez,
- 3:24c'est le scénario habituel.
- 3:26C'est en fin de manifestation,
- 3:27il y a des débordements.
- 3:28Là, c'était
- 3:29dès la matinée.
- 3:30En fait,
- 3:30dès la matinée,
- 3:32les casseurs sont
- 3:34sont venus défier les forces de l'ordre à place de la République,
- 3:37si bien que la manifestation
- 3:39n'a même pas pu démarrer
- 3:40de l'endroit où elle devait démarrer.
- 3:42Il a fallu effectivement.
- 3:44Percer des cortèges
- 3:45dans les quartiers avoisinants pour
- 3:47faire partir la manifestation.
- 3:48Mais donc dès la matinée,
- 3:50et ça c'est exceptionnel,
- 3:52les casseurs étaient déjà en place,
- 3:54donc c'était quelque
- 3:54chose de
- 3:55très structuré,
- 3:56de très organisé en amont et que les forces de l'ordre,
- 3:58les services de renseignement
- 4:00n'avaient pas anticipé.
- 4:02S'en est suivi
- 4:04une nuit,
- 4:04vous l'avez
- 4:05évoqué, une
- 4:06nuit de violence entre la nuit de samedi à dimanche.
- 4:09Dimanche matin,
- 4:10c'est déjà un petit peu la sidération avant le retour de la violence.
- 4:14Oui, complètement.
- 4:15Moi, j'étais sidérée en arrivant dimanche matin
- 4:18dans le quartier
- 4:19de la République où en fait,
- 4:20on voyait encore les
- 4:22fumerolles de
- 4:24des incendies en cours,
- 4:26du mobilier urbain brûlé.
- 4:28Il y avait donc des
- 4:30feux qui étaient mis à des déchets,
- 4:31des poubelles,
- 4:32des choses comme ça.
- 4:33Et malgré tous les efforts des services de la ville qui
- 4:36se sont déployés même pendant la nuit pour tenter de nettoyer
- 4:39Paris, tout,
- 4:40toute cette zone de Paris était complètement sacrée.
- 4:44avec des vitres brisées,
- 4:46des commerçants complètement dépités.
- 4:48Et alors,
- 4:48ce spectacle place de la République,
- 4:50moi qui m'a beaucoup frappé,
- 4:52où les gens venaient photographier
- 4:53cette fameuse
- 4:54colonne avec la statue
- 4:56de Marianne,
- 4:57comme si en fait ils ne parvenaient pas à croire ce qu'ils voyaient.
- 5:00Parce que
- 5:00pour ceux qui n'auraient
- 5:02éventuellement celles et ceux qui
- 5:03n'auraient éventuellement
- 5:04pas vu ces images,
- 5:05ça ressemblait à quoi à
- 5:06ce moment-là,
- 5:06la place de la République,
- 5:07le dimanche ?
- 5:08Mais le sol est encore jonché de
- 5:10détritus, de morceaux de débris métalliques et puis de.
- 5:14Vous savez,
- 5:14les petites pipettes qu'on met dans les yeux pour faire face aux gaz
- 5:17lacrymogènes. Et puis c'était des tags absolument partout,
- 5:21partout sur
- 5:24la fameuse statue
- 5:25de Marianne,
- 5:26dans les commerces aux alentours.
- 5:28Et donc il y avait vraiment
- 5:30une sensation
- 5:32de désarroi et vraiment d'incrédulité parce que on ne s'imaginait pas vivre quelque
- 5:37chose comme ça,
- 5:37même si ça pouvait rappeler en certains aspects ce
- 5:40qu'on avait déjà vécu au moment des gilets jaunes.
- 5:43À l'hiver 2018,
- 5:452019, vous l'avez dit,
- 5:47le les
- 5:48autorités ont été
- 5:50un petit peu prises de court,
- 5:51alors que
- 5:52pourtant cette date du 17 octobre,
- 5:53elle était,
- 5:54elle était notée.
- 5:55On pouvait savoir,
- 5:56on pouvait se douter qu'il allait,
- 5:58qu'il allait se passer quelque chose.
- 6:00Cette Alors,
- 6:01je vais pas parler de manque de préparation,
- 6:02mais en tout cas cet cet étonnement par
- 6:04rapport à la situation telle qu'elle a été,
- 6:06c'est quelque chose qui était aussi partagé par les Parisiens,
- 6:09par les gens dans le cortège.
- 6:10Si on prend pas le point de vue des autorités,
- 6:12mais le point de vue des participants,
- 6:13ils s'attendaient à ce que ça tourne comme ça.
- 6:16Oui, alors
- 6:17peut être pas dans la manifestation,
- 6:18mais peut être plus
- 6:20au niveau des riverains qui étaient aux alentours de la manifestation.
- 6:23Il y a un clair sentiment.
- 6:25Moi, j'ai eu pas mal de témoignages comme ça que les
- 6:28policiers n'étaient pas là où ils devaient se trouver en fin
- 6:30de compte,
- 6:30qu'il y en avait beaucoup trop place de la République.
- 6:33Et certains m'ont dit que
- 6:35les forces de l'ordre ont vraiment nassé
- 6:37les manifestants.
- 6:38qui étaient un.
- 6:39Qui était dans l'impossibilité même de
- 6:41démarrer, de commencer la manifestation,
- 6:43qui était piégée en quelque sorte avec les casseurs,
- 6:46alors que dans les rues
- 6:47adjacentes, où ils sont des rues parfois pavées,
- 6:50où y a des choses qui peuvent être déterrées,
- 6:51et cetera.
- 6:52Et là,
- 6:53par contre,
- 6:54les policiers n'étaient pas là où n'étaient pas suffisamment en nombre.
- 6:57Pour revenir aider des commerçants ou même des riverains.
- 7:00Tout simplement parce qu'il y a aussi
- 7:01des casseurs qui se sont
- 7:02introduits dans les
- 7:04immeubles, dans les cours des immeubles.
- 7:04Et on a eu des témoignages de gens qui avaient été vraiment
- 7:08terrifiés par ce qui s'était passé
- 7:11lundi matin.
- 7:12C'était c'était quel sentiment qui prédominait après ces
- 7:152 journées et ces
- 7:172 nuits
- 7:18d'incident ? Ben,
- 7:19on est maintenant un petit peu dans une phase qui est un peu différente,
- 7:22même si ce n'est peut être qu'un répit avant
- 7:24de nouvelles manifestations qui sont
- 7:26qui sont déjà annoncées.
- 7:27Mais on est plutôt dans l'analyse politique et la réaction politique depuis l'intervention d'Emmanuel Macron
- 7:33dimanche soir.
- 7:33Mais ce qui
- 7:34me frappe moi,
- 7:35c'est l'impuissance dans laquelle il se trouve aujourd'hui.
- 7:38Et d'ailleurs,
- 7:38Emmanuel Macron n'est même pas à Paris.
- 7:40C'est hallucinant.
- 7:41En fait,
- 7:42il avait un déplacement qui était prévu
- 7:44de longue date
- 7:44au au Moyen-Orient pour tenter
- 7:47de faire baisser les prix des.
- 7:49et il a maintenu
- 7:51ce déplacement,
- 7:52laissant son Premier ministre seul au front.
- 7:54C'est assez
- 7:56surprenant. Et on
- 7:58voit ce Premier ministre qui s'était déjà
- 8:00qualifié lui-même,
- 8:01Sébastien Lecornu,
- 8:02au moment où il avait été nommé de
- 8:03ministre le plus faible de la 5e République.
- 8:05Et ben on en a maintenant toute la démonstration.
- 8:08Il réunit ses ministres,
- 8:09il fait ce qu'il peut et
- 8:10même il en appelle
- 8:12aux maires,
- 8:12aux préfets,
- 8:13toutes ces instances que finalement le pouvoir macroniste
- 8:15n'a pas beaucoup sollicité pendant ces deux mandats.
- 8:18Le Vous retenez quoi de l'intervention de l'allocution d'Emmanuel Macron
- 8:22dimanche soir?
- 8:22? Encore une fois,
- 8:23son impuissance.
- 8:25Donc il était dans l'énonciation
- 8:27de la condamnation en fin de
- 8:29compte des casseurs.
- 8:31Il a mis alors
- 8:33en cause lui-même
- 8:34les failles
- 8:35de la sécurité,
- 8:36demandant que toute la transparence soit faite.
- 8:39Et puis encore une fois,
- 8:40quelques heures plus tard,
- 8:41quand son ministre de l'Intérieur lui présente sa démission,
- 8:43et bien lui refuse.
- 8:45Donc en quelque sorte,
- 8:46il n'a pas d'alternative.
- 8:48possible. Il sait très bien déjà que ce n'est pas au
- 8:50milieu de la crise qu'il faut changer évidemment le commandant,
- 8:52donc il
- 8:54est obligé de composer avec lui,
- 8:55mais ça montre surtout qu'il
- 8:57n'a plus de moyens.
- 8:58Il n'a plus de moyens non plus pour éteindre l'incendie social
- 9:02puisque c'est ça
- 9:02aussi qui apparaît aujourd'hui et qui devient très prégnant,
- 9:05c'est qu'il
- 9:06n'y a pas de réponse politique à ces mouvements.
- 9:09Aux lycéens,
- 9:10ça fait maintenant un mois qu'ils manifestent.
- 9:13Il n'y a pas de réponse qui est apportée,
- 9:15tout simplement parce que les caisses de l'État sont vides.
- 9:18Les lycéens réclament 10 milliards d'euros.
- 9:20Bon, c'est un peu un chiffre qui a
- 9:22été donné comme ça
- 9:24sans qu'il corresponde à quelque chose de
- 9:25très précis.
- 9:26Mais c'est totalement impossible
- 9:28à l'État de dégager aujourd'hui
- 9:3010 milliards alors qu'il est
- 9:31en déficit record
- 9:32et qu'il peine déjà,
- 9:34avec toutes les difficultés du monde,
- 9:35à tenter
- 9:36de boucler un budget pour l'an prochain.
- 9:38Ça peut
- 9:39aussi poser question évidemment de voir
- 9:42dans cette allocution
- 9:44Une condamnation unanime
- 9:46des actes des casseurs,
- 9:48condamnation que
- 9:49l'on comprend évidemment,
- 9:50mais au final,
- 9:51très peu de mots pour la colère de la rue,
- 9:53très peu de mots pour dire que.
- 9:55À côté des casseurs,
- 9:55on a quand même entendu les manifestants contre la vie chère,
- 9:58les manifestants lycéens
- 9:59par exemple.
- 10:00Oui, il a fait très clairement la distinction.
- 10:02Il a dit qu'il ne fallait pas confondre
- 10:04les revendications légitimes
- 10:06des lycéens avec les exactions
- 10:09des casseurs.
- 10:10Il a invité à de nouvelles réunions,
- 10:12à de nouvelles discussions,
- 10:13un dialogue
- 10:14avec les forces en présentes,
- 10:16les représentants des lycéens,
- 10:17mais aussi les syndicats classiques,
- 10:19etc. Mais encore une fois,
- 10:21ce n'est pas la première fois que ce dialogue est ouvert et il
- 10:23n'y a pas de carburant à leur
- 10:25Il n'y a pas de munitions à leur donner,
- 10:26donc c'est là que
- 10:28se trouve aujourd'hui la difficulté.
- 10:30Il ne peut même pas
- 10:31lâcher une réforme qui aurait été introduite,
- 10:33etc. puisque c'est un mouvement qui est né spontanément
- 10:36d'un mal-être qui couvait en réalité depuis des années.
- 10:40Juste pour
- 10:40terminer, là maintenant,
- 10:42il faut
- 10:42s'attendre à
- 10:43un tour de vis sécuritaire en France,
- 10:46ne serait-ce que pour
- 10:47enrayer la spirale des violences et la spirale des manifestations.
- 10:51En tout cas,
- 10:51le gouvernement ne peut pas du tout se permettre
- 10:54un bis repetita de ce qui s'est passé ce week-end.
- 10:56Donc il va tout faire pour
- 10:58l'empêcher. On voit encore une fois que
- 11:02la main est étendue
- 11:04aux préfectures,
- 11:05aux maires qui
- 11:08sont finalement sollicités pour être en
- 11:10ligne pourra
- 11:11mettre en place des couvre-feux,
- 11:12etc., pour
- 11:14essayer de limiter la casse.
- 11:15On verra ce qu'il en
- 11:17est lors des prochaines
- 11:18manifestations. Il est probable qu'effectivement,
- 11:21la doctrine
- 11:23sera plus ou moins revue
- 11:25et corrigée pour
- 11:26ne pas,
- 11:28encore une fois,
- 11:28que se reproduise ce qu'on a vu le week-end dernier.
- 11:31Merci beaucoup,
- 11:31Joël. Merci,
- 11:32Pierre. À propos,
- 11:37c'est fini pour aujourd'hui mais on revient demain matin.
- 11:40Merci de votre écoute.
- 11:41Si vous en voulez encore,
- 11:42tous nos podcasts sont disponibles dans l'application du soir.
- 11:46Rendez-vous dans le store de votre smartphone
- 11:48ou de votre tablette pour la télécharger.
- 11:50À demain.