Latest / Parler comme les Français / Où en sont nos libertés? Nos victoires, nos défaites.. le monde évolue-t-il bien?
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- 0:00SPEAKER_00: Bonjour à tous, aujourd'hui j'ai envie de parler de ma perspective comme boomer.
- 0:08SPEAKER_00: Dieu sait que les boomers sont très critiqués par certaines générations et certaines personnes.
- 0:18SPEAKER_00: Comme si nous étions tous des nantis.
- 0:22SPEAKER_00: ceux qui avaient tout gagné.
- 0:26SPEAKER_00: Bon, je ne ferai pas de commentaire là-dessus, je veux simplement donner mon avis sur l'évolution de la société, les victoires et les défaites du monde dans lequel nous vivons.
- 0:38SPEAKER_00: C'est-à-dire que je me rends compte à mon âge certain que nous avons gagné des batailles.
- 0:48SPEAKER_00: Nous nous sommes battus pour des causes très importantes, les libertés, les droits humains.
- 0:57SPEAKER_00: Et aujourd'hui, je ne veux pas paraître pessimiste, car c'est un peu ce qui ressort de toutes les analyses des gens qui ont un certain âge.
- 1:11SPEAKER_00: Nous voyons toujours le monde à travers le prisme de notre jeunesse et nous trouvons que le monde n'évolue pas bien ou nous sommes effrayés de ce qui nous arrive.
- 1:24SPEAKER_00: C'est un peu quand même ce qui se passe quand on...
- 1:27SPEAKER_00: On a vécu déjà, comme moi, plus de 70 ans.
- 1:36SPEAKER_00: On a eu le temps de passer des réformes, de passer des grandes périodes historiques.
- 1:43SPEAKER_00: Aussi, on a eu le temps de voir évoluer les technologies, la science, et donc, par là même, les sociétés.
- 1:57SPEAKER_00: J'ai vécu toute ma jeunesse avec des idéaux de liberté, de lutte contre l'oppression, quelle que soit l'oppression, et d'émancipation.
- 2:13SPEAKER_00: Les années 70, c'était des années de liberté et de libération.
- 2:22SPEAKER_00: C'est-à-dire que les femmes se sont libérées à cette époque.
- 2:29SPEAKER_00: La loi sur l'avortement en France, en 1973, on a autorisé l'avortement.
- 2:35SPEAKER_00: C'était un grand pas en avant pour la liberté des femmes.
- 2:39SPEAKER_00: Je défends encore aujourd'hui ce droit pour l'avortement.
- 2:43SPEAKER_00: la liberté des femmes en général, la liberté, leur statut, l'évolution de leur statut dans la société, leur position, l'occupation aujourd'hui de postes à haute responsabilité, de plus en plus dans des domaines même techniques et scientifiques qui au départ, dans l'armée aussi, au départ leur étaient refusés.
- 3:11SPEAKER_00: Donc nous avons vu évoluer des choses en ce qui concerne les femmes, en ce qui concerne les droits humains en général, nous avons quand même obtenu des résultats.
- 3:24SPEAKER_00: Donc si on regarde les choses d'une certaine manière, je ne veux pas encore une fois paraître pessimiste, mais si on regarde les choses d'une certaine manière, nous nous sommes battus et nous avons gagné certaines choses.
- 3:38SPEAKER_00: Certains droits ont été acquis et je pense qu'aujourd'hui, les générations actuelles nous en sont reconnaissantes.
- 3:52SPEAKER_00: Cela dit, je constate dans la société d'aujourd'hui comme une régression en ce qui concerne les...
- 4:07SPEAKER_00: Les droits à l'expression.
- 4:12SPEAKER_00: La liberté d'expression est compromise à bien des niveaux.
- 4:18SPEAKER_00: Le monde en général régresse pour ces raisons-là.
- 4:21SPEAKER_00: Quand on voit que la liberté de la presse est menacée dans beaucoup d'endroits, y compris dans les pays occidentaux, on a beaucoup de mal à accepter ça, parce que nous nous sommes battus pour justement ne plus avoir d'oppression et avoir cette liberté d'expression.
- 4:39SPEAKER_00: La liberté d'expression en général est la liberté de réagir, de donner son opinion, de parler librement de certaines choses.
- 4:51SPEAKER_00: Alors, je ne vis pas en Europe, je vis aux États-Unis, donc c'est un peu différent, le discours n'est pas le même et les tabous ne sont pas les mêmes.
- 5:01SPEAKER_00: Je constate que la langue, par exemple française, a beaucoup évolué et ma génération, nous parlons librement.
- 5:10SPEAKER_00: Ça ne nous dérange pas d'utiliser de gros mots, d'utiliser des mots qui ne sont pas véritablement corrects quand nous parlons avec des amis, entre nous.
- 5:20SPEAKER_00: Je ne parle pas en général dans nos professions.
- 5:24SPEAKER_00: Bien entendu, ce n'est pas conseillé.
- 5:26SPEAKER_00: Mais je veux dire, il y a une certaine liberté d'expression qui accompagne bien entendu, les sujets que nous abordons.
- 5:35SPEAKER_00: Or, comme je disais, les tabous ne sont pas les mêmes aux États-Unis et, par exemple, en France, d'où je viens, ou dans les pays où j'ai vécu, en Afrique du Nord, en Afrique en général, en Amérique du Sud.
- 5:51SPEAKER_00: Il y a des choses en France, j'estime, qui sont moins taboues qu'ici.
- 5:57SPEAKER_00: aux États-Unis.
- 5:58SPEAKER_00: Par exemple, en France, nous aimons parler politique.
- 6:01SPEAKER_00: Nous en parlons trop, même, pour ceux qui nous visitent.
- 6:05SPEAKER_00: Tout le monde a son avis sur la politique.
- 6:08SPEAKER_00: Mais je pense que c'est bien.
- 6:10SPEAKER_00: Je pense que c'est montré, en tout cas, c'est une preuve de l'intérêt que nous portons à nos institutions et à l'évolution de notre pays et à ceux qui nous gouvernent.
- 6:27SPEAKER_00: états unis j'ai toujours constaté que la politique quand on en parlait il fallait être presque en parler à mot couvert c'est à dire presque chuchoter les choses nos opinions sur des personnes ou des sujets par contre je constate que contrairement à la france où la religion n'est pas un sujet de conversation véritablement permanent ici nous nous avons une prédominance du sujet religieux.
- 7:04SPEAKER_00: Aux États-Unis, la religion, pas seulement dans le sud des États-Unis, mais dans l'ensemble du pays, a sa place, une place prédominante.
- 7:15SPEAKER_00: Et on en parle.
- 7:17SPEAKER_00: On en parle même de manière complètement absurde.
- 7:22SPEAKER_00: dans les derniers événements qui se sont déroulés et les altercations entre le gouvernement américain et le pape Léon XIV, nous avons constaté que les discussions qui avaient lieu, pour moi en tout cas, avaient un côté...
- 7:49SPEAKER_00: C'était un peu comme si les rôles étaient renversés.
- 7:55SPEAKER_00: Dans ces discussions, l'administration américaine donnait des leçons au pape sur sa façon de considérer l'Église catholique et la théologie en général.
- 8:11SPEAKER_00: Donc ça m'a amusée, et en même temps, ça m'a fait réfléchir.
- 8:18SPEAKER_00: La politique et la religion ont toujours été mêlées, même si beaucoup de gouvernements ont essayé de séparer l'Église et l'État.
- 8:27SPEAKER_00: Mais c'est l'histoire de nos civilisations.
- 8:31SPEAKER_00: La religion a toujours eu un rôle à jouer et quand elle avait encore plus de pouvoir et qu'elle était proche de la politique, dans l'Ancien Régime par exemple en France, la religion jouait son rôle.
- 8:46SPEAKER_00: complètement et avait un pouvoir reconnu donc la religion pour parler comme un boomer une boumeuse Eh bien, je dirais que la religion revient au grand galop.
- 9:09SPEAKER_00: Elle revient parce que le monde ressent beaucoup d'insécurité, que les gens se raccrochent aux choses qui les rassurent et que la religion fait partie de ces choses qui rassurent.
- 9:22SPEAKER_00: Pour ceux qui croient, pour ceux qui ont la foi dans une religion, eh bien, la religion est un bâton.
- 9:30SPEAKER_00: de secours, une béquille, comme l'on dit, quelque chose auquel on peut s'accrocher.
- 9:40SPEAKER_00: Et je crois que c'est ce qui se passe dans beaucoup de pays, pas seulement aux États-Unis.
- 9:46SPEAKER_00: Pourquoi a-t-on ce regain de...
- 9:51SPEAKER_00: de soif en tout cas, de spiritualité, ou plutôt, je dirais, de dogme que de spiritualité.
- 10:01SPEAKER_00: C'est-à-dire, on a envie que le monde soit peut-être plus ordonné.
- 10:17SPEAKER_00: On a envie que les gens suivent des règles.
- 10:20SPEAKER_00: on a envie évidemment que les gens suivent les mêmes règles que nous.
- 10:26SPEAKER_00: Donc c'est ce que procure ou permet la religion, puisqu'il y a des règles de vie.
- 10:33SPEAKER_00: Et ces règles de vie, elles sont communes à tous ceux qui ont la même religion.
- 10:37SPEAKER_00: Donc ce qui m'inquiète, dans le point que je fais dans cet épisode, c'est de voir que toutes les libertés que nous avons acquises, aujourd'hui semblent être...
- 10:49SPEAKER_00: Remise en question.
- 10:50SPEAKER_00: Et il va falloir que nous nous battions de nouveau pour les mêmes choses.
- 10:55SPEAKER_00: On dit que le monde évolue de manière cyclique, mais c'est véritablement ce qui se passe.
- 11:00SPEAKER_00: C'est-à-dire qu'en France, par exemple, je ne dis pas aux États-Unis, mais en France, la religion a régressé.
- 11:06SPEAKER_00: Toute ma génération a abandonné les cultes ou s'en est trouvée d'autres.
- 11:12SPEAKER_00: C'est-à-dire que, par exemple, moi j'ai été élevée catholique, mais je ne suis pas catholique.
- 11:17SPEAKER_00: J'ai abandonné, j'ai rejeté la religion.
- 11:20SPEAKER_00: J'ai une autre forme de spiritualité.
- 11:24SPEAKER_00: Je crois en d'autres choses.
- 11:28SPEAKER_00: Je lis beaucoup sur des tas de choses qui concernent les croyances dans les autres pays.
- 11:39SPEAKER_00: La religion m'intéresse, d'une certaine manière, jusqu'au point où elle ne devient pas Un carcan où elle n'empêche pas les gens de vivre et de décider pour eux-mêmes.
- 11:54SPEAKER_00: Je refuse les religions qui s'imposent ou que l'on impose.
- 12:00SPEAKER_00: Que l'on impose aux populations pour les contrôler.
- 12:07SPEAKER_00: Or, j'ai l'impression, là, aujourd'hui, que la religion, en tout cas, les religions, la religion chrétienne, est en plein essor, que beaucoup de jeunes s'y raccrochent.
- 12:19SPEAKER_00: Alors, peut-on dire qu'ils s'y raccrochent, comme je l'ai dit, pour des questions d'insécurité, parce qu'ils ne savent pas très bien à quoi leur avenir va ressembler
- 0:00UNKNOWN: ?
- 12:32SPEAKER_00: Et ça, je le comprends.
- 12:34SPEAKER_00: Et aussi besoin, peut-être, d'un certain ordre dans le monde qui semble déréglé.
- 12:41SPEAKER_00: Effectivement, le monde est déréglé dans le sens où on ne reconnaît plus les mêmes idéaux.
- 12:48SPEAKER_00: Il semble qu'il y ait un regain ou une espèce de...
- 12:55SPEAKER_00: de volonté de vouloir réglementer les choses au niveau des sociétés, de vouloir contrôler les attitudes, les comportements.
- 13:07SPEAKER_00: Alors bon, il y a des choses très bien qui se sont passées, des choses qui...
- 13:14SPEAKER_00: ont évolué et ont permis de dénoncer certaines choses qui étaient dissimulées, cachées par nos gouvernements, par nos sociétés, qui étaient taboues.
- 13:28SPEAKER_00: Donc aujourd'hui, par exemple, je citerai un exemple, le mouvement MeToo a apporté beaucoup, beaucoup de satisfaction et de soulagement aux victimes d'abus sexuels, entre autres.
- 13:42SPEAKER_00: Et donc, là, de ce point de vue-là, nous sommes dans, je dirais, dans le positif de l'évolution.
- 13:51SPEAKER_00: À condition, pour moi, à condition que ces luttes pour la dénonciation, contre le harcèlement, contre les abus...
- 14:03SPEAKER_00: sexuels notamment, ne deviennent pas des chasses aux sorcières.
- 14:10SPEAKER_00: Et j'ai l'impression que c'est ce qui se passe aussi.
- 14:14SPEAKER_00: C'est-à-dire qu'on n'arrête plus la dénonciation.
- 14:18SPEAKER_00: Elle est constante, elle est présente.
- 14:21SPEAKER_00: Alors je ne dis pas, il y a effectivement beaucoup de choses qui ont été dissimulées.
- 14:26SPEAKER_00: Parce que moralement, on ne pouvait pas dénoncer l'inceste, l'abus sexuel, le viol de la même manière qu'on le fait aujourd'hui.
- 14:35SPEAKER_00: Mais du coup, on a des victimes, on a des cibles.
- 14:38SPEAKER_00: Et ces cibles-là, eh bien, elles ont beaucoup de difficultés probablement à se défendre.
- 14:57SPEAKER_00: Donc ça, c'est la ligne...
- 15:01SPEAKER_00: Évidemment, comme on dit en anglais« the fine line», c'est très difficile ou c'est en tout cas très compliqué d'accepter qu'il faut dénoncer sans pour autant vouloir accuser à tout prix.
- 15:26SPEAKER_00: Et c'est ce qui se passe.
- 15:27SPEAKER_00: C'est ce qui se passe.
- 15:28SPEAKER_00: On a effectivement beaucoup de gens qui aujourd'hui accusent veulent punir.
- 15:37SPEAKER_00: Donc on a l'impression que la société se trouve des justiciers.
- 15:42SPEAKER_00: On a des justiciers qui veulent à tout prix défendre des causes.
- 15:48SPEAKER_00: Ce que je conçois, puisque moi-même, je me bats pour les mêmes causes.
- 15:54SPEAKER_00: Mais je veux dire, entre se battre pour les causes et en faire un...
- 15:59SPEAKER_00: un chef de bataille, mais vraiment et surtout vouloir à tout prix avoir des cibles, c'est autre chose, c'est une autre démarche.
- 16:13SPEAKER_00: Je crois qu'il est bon d'être très prudent.
- 16:19SPEAKER_00: Donc je donnais juste cet exemple-là, mais il y en a d'autres.
- 16:24SPEAKER_00: Il y en a d'autres, puisqu'on revient aujourd'hui sur beaucoup de choses que je trouve tout à fait, là encore une fois, légitimes, comme la lutte des populations qui ont été colonisées pour une reconnaissance aujourd'hui.
- 16:43SPEAKER_00: Ça, je suis tout à fait pour, évidemment.
- 16:49SPEAKER_00: J'ai souvent dénoncé La colonisation et ce qu'elle a apporté, les conséquences qu'elle a eues pour les populations qui ont été sous le joug d'autres gouvernements, d'autres pays.
- 17:08SPEAKER_00: Donc les altérations, les aliénations des populations colonisées, c'est un effet et un drame à long terme.
- 17:24SPEAKER_00: C'est un désastre.
- 17:27SPEAKER_00: Donc ça, il faut le dénoncer, bien entendu, et il faut l'analyser.
- 17:30SPEAKER_00: Maintenant, parmi les conséquences, je dirais, et je ne citerai pas d'autres exemples, parmi les conséquences que nous avons, nous avons une division entre les populations, puisqu'il y a les populations qui dénoncent ce qu'elles ont subi, Et bien entendu, les populations qui en fassent nient les faits, ou en tout cas ne veulent pas savoir, et veulent oublier, et veulent tourner la page.
- 18:00SPEAKER_00: Et donc au milieu de tout ça, on a des groupes qui se créent, qui se constituent, avec des gens qui s'opposent.
- 18:08SPEAKER_00: et qui estiment aujourd'hui qu'on ne peut pas s'entendre.
- 18:12SPEAKER_00: Donc ce qui me fait peur pour conclure, et bien c'est déjà un point que j'ai soulevé, c'est qu'au lieu de se rassembler et de se réunir pour pouvoir s'entendre, et bien nous aboutissons à une suite, une liste incalculable de luttes contre des phénomènes qui ont été portés particulièrement désastreux pour les populations.
- 18:44SPEAKER_00: Une liste incroyable Et donc aujourd'hui, une liste incroyable de revendications, bien entendu pour le mal qu'on leur a fait.
- 18:54SPEAKER_00: Et je trouve aussi ça tout à fait normal.
- 18:56SPEAKER_00: Cependant, comme pour ce que je disais à propos du mouvement MeToo, il y a une ligne peut-être à éviter si on veut que nos sociétés ne soient pas en permanence divisées ou véritablement se battent entre elles et que l'on aboutisse à des luttes féroces.
- 19:22SPEAKER_00: Il faut éviter ça.
- 19:25SPEAKER_00: Donc je pense qu'il faut comprendre un peu tout cela avant de dénoncer des choses, avant de porter des jugements.
- 19:34SPEAKER_00: Et aussi, il faut que les générations, et je le vois déjà, puissent s'entendre.
- 19:38SPEAKER_00: C'est-à-dire qu'il faut que les jeunes générations n'en veuillent pas aux précédentes.
- 19:44SPEAKER_00: Et il faut commencer par là.
- 19:47SPEAKER_00: Et il faut commencer par comprendre ce qui s'est passé avant pour savoir pourquoi on en est là.
- 19:53SPEAKER_00: Donc donnez-moi votre avis et nous en reparlerons.
- 19:58SPEAKER_00: Ça me fera très plaisir.