Latest / L'état d'esprit / Jean luc Constanti maître Artisan boulanger-pâtissier en Béarn
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- 0:02Bienvenue dans ce nouvel épisode de l'État d'Esprit avec Jean-Luc Constanti,
- 0:06boulanger,
- 0:07pâtissier,
- 0:08chocolatier,
- 0:08confiseur et glacier qui nous reçoit chez lui,
- 0:13dans une des boutiques à Pau,
- 0:17héritier d'une maison plus que centenaire.
- 0:19Vous êtes profondément attaché à vos racines béarnaises.
- 0:21Vous nous ouvrez aujourd'hui les portes de votre histoire et de votre état d'esprit.
- 0:26Jean-Luc,
- 0:27déjà merci d'avoir accepté cette invitation.
- 0:29Alors si on entend du bruit,
- 0:30c'est pas gênant.
- 0:31c'est la vie d'une boutique.
- 0:34On parle d'une histoire plus que centenaire,
- 0:36102 ans,
- 0:37exactement.
- 0:38Est-ce que vous vous souvenez du moment où vous avez compris que ce nom,
- 0:42ce n'était pas forcément qu'une boulangerie ?
- 0:45D'abord,
- 0:45bonjour Olivier,
- 0:46merci de faire une interview.
- 0:49Alors,
- 0:51oui,
- 0:51effectivement,
- 0:52c'est une histoire familiale qui est devenue plus qu'une boulangerie parce qu'on a fait énormément de créations autour de cette boutique,
- 1:00autour de notre métier.
- 1:01où on s'est beaucoup développé.
- 1:03Donc mes parents avaient déjà fait quelque chose qui était très très important.
- 1:09Et au décès de mon père,
- 1:10malheureusement,
- 1:11j'ai voulu prendre une autre direction avec mon épouse pour développer l'entreprise différemment,
- 1:17l'exporter un petit peu.
- 1:18Donc on s'est installé d'abord à Ouloron.
- 1:21Ensuite,
- 1:22on a fait trois boutiques sur pot.
- 1:24Et ce qui a permis qu'on ait un gros développement par rapport à ça,
- 1:27pour pouvoir exprimer ce que l'on sait faire de mieux dans la maison.
- 1:31Qu'est-ce que cette histoire,
- 1:33justement,
- 1:33dit de la maison Constanti,
- 1:36de l'héritage que l'on peut avoir ?
- 1:38L'héritage pas financier,
- 1:39mais l'héritage de cette réputation.
- 1:42Quand vous êtes le fils d'eux,
- 1:44c'est compliqué,
- 1:45parce qu'il faut rester au niveau.
- 1:49Pour rester au niveau,
- 1:50il faut se former,
- 1:51il faut faire de belles maisons,
- 1:53il faut maintenir le cap tout le temps,
- 1:56il faut être conciliant avec ses salariés,
- 2:00il faut...
- 2:01Vraiment être resté,
- 2:03du moins essayer de rester très très bon tout le temps.
- 2:06On a fait quelque chose de chouette jusqu'à présent.
- 2:11Tout seul non,
- 2:12parce qu'on a besoin aussi des autres.
- 2:14Je pense que ce n'est pas à cause de moi ou grâce à moi,
- 2:18c'est surtout grâce à notre clientèle qui est partie prenante et qui nous fait confiance et qu'on a réussi à fidéliser par rapport aux produits que l'on peut sortir,
- 2:27que ce soit la boulangerie,
- 2:28pâtisserie,
- 2:29chocolaterie,
- 2:30glacerie.
- 2:31On a essayé de garder le cap,
- 2:34on a essayé de satisfaire nos clients parce que ma première priorité,
- 2:38c'est que bien sûr,
- 2:40les produits que je sors de chez moi me satisfassent,
- 2:42mais aussi qu'ils satisfassent aussi mes clients.
- 2:44Alors,
- 2:45je voyais sur votre site que votre grand-père Léon faisait sa tournée dans la vallée avec sa charrette distribuant les coucous aux enfants.
- 2:53Alors,
- 2:53il y avait cette idée de lien et de générosité.
- 2:56Qu'est-ce que vous avez gardé de tout ça ?
- 2:58Alors,
- 2:58c'est un côté mouvant quand même de mon grand-père.
- 3:01Et ce que j'ai gardé de tout ça,
- 3:03je ne sais pas si j'ai...
- 3:05Je ne peux pas me comparer à mon grand-père et à mon père parce que je pense qu'ils étaient bien meilleurs que moi.
- 3:10Je me souviens,
- 3:11j'étais tout gamin,
- 3:12mon grand-père et ma grand-mère,
- 3:13Lucie,
- 3:14recevaient les clients et on mangeait la chingare,
- 3:16les œufs.
- 3:17Donc,
- 3:17on s'asseyait à table.
- 3:20Donc,
- 3:21mon père,
- 3:21ça a été la même chose.
- 3:22Tous les dimanches matin,
- 3:23on faisait le petit déjeuner au fournil.
- 3:25Et moi,
- 3:25en fait,
- 3:27j'ai mis un arrêt à tout ça.
- 3:29Une maison ouverte,
- 3:30c'est toujours très agréable.
- 3:31Mais à un moment donné,
- 3:33on ne peut pas rester tout le temps comme ça.
- 3:35Il faut qu'on dresse des règles.
- 3:37Il faut qu'il y ait d'autres objectifs.
- 3:40Et c'est vrai que c'est moi qui étais le vilain petit canard,
- 3:44qui ai mis un stop,
- 3:45un arrêt à tout ça.
- 3:46Mais bon,
- 3:46on ne m'en a pas voulu.
- 3:48Tout va bien.
- 3:49Alors,
- 3:49vous avez appris le métier chez un autre pâtissier qui s'appelait Andrieux.
- 3:54Qu'est-ce que ces années d'apprentissage vous ont apporté ?
- 3:57Petite question toute simple,
- 3:58pourquoi vous n'avez pas fait l'apprentissage avec votre père ou votre grand-père ?
- 4:03Alors,
- 4:04mon père et mon grand-père,
- 4:06c'était la boulangerie,
- 4:07donc que le salé.
- 4:09Et un jour,
- 4:09à 15 ans,
- 4:11mon père me dit,
- 4:11écoute,
- 4:11il serait bien que tu partes ramener le sucré à la maison.
- 4:16Donc,
- 4:16il avait un copain qui fréquentait notre établissement pendant la chasse à la palombe,
- 4:20qui était Ernest Andrieux,
- 4:21de l'époque,
- 4:23et qui lui avait dit,
- 4:24un jour,
- 4:24écoute,
- 4:24ton fils,
- 4:24quand il sera...
- 4:26À l'âge de venir chez moi,
- 4:27je te le prenais à l'apprentissage.
- 4:29Donc,
- 4:29tout est parti comme ça.
- 4:31Donc,
- 4:31je suis allé apprendre le sucré.
- 4:33Et en plus,
- 4:34qui plus est,
- 4:35la maison Andrieux de l'époque,
- 4:36c'était la meilleure pâtisserie déjà de peau.
- 4:39Et j'irais même,
- 4:40pas parce que je les adore,
- 4:42j'irais même que c'était certainement la meilleure pâtisserie du 64.
- 4:46Donc,
- 4:46je suis tombé dans une maison qui assume...
- 4:52me prendre,
- 4:53parce que sorti de l'embarretus pour arriver à la ville à 15 ans,
- 4:56je vous assure que c'est quand même costaud.
- 5:00Étant donné que j'étais quand même un garçon assez introverti,
- 5:03pour moi ça a été un cap à franchir.
- 5:06Pour partir dans une grande maison où il y avait déjà beaucoup de salariés,
- 5:09où il y avait déjà des gens en place,
- 5:11où je ne connaissais rien au métier.
- 5:13Donc ça a été très compliqué de se mettre au travail.
- 5:16Mais j'ai eu une chance inouïe,
- 5:18c'est de rencontrer Bernard Andrieux,
- 5:20le fils de monsieur,
- 5:22et Jacques Labarbe de l'époque,
- 5:24qui était mon référent,
- 5:26qui était mon chef,
- 5:27qui a su me faire aimer ce métier.
- 5:30Qu'est-ce que vous avez appris ?
- 5:32Tout.
- 5:33La rigueur,
- 5:35la précision,
- 5:38être sociable.
- 5:39Parce que vivre avec des mecs
- 5:428 heures par jour,
- 5:45qui pour quelques-uns,
- 5:45j'étais un fils de vache,
- 5:46c'est comme ça qu'on m'appelait,
- 5:47parce que j'étais un fils de patron.
- 5:48Et vous savez,
- 5:49les fils de patron,
- 5:50à l'époque,
- 5:51quand on rentre dans un milieu où il y a énormément d'ouvriers,
- 5:54très politisés,
- 5:56c'est compliqué.
- 5:57Mais,
- 5:58vous savez,
- 5:58il y a prescription maintenant,
- 6:01mais il y a des jours,
- 6:03je rentrais en pleurant dans mon appartement,
- 6:04parce que c'était quand même costaud d'avoir affaire à des mecs beaucoup plus âgés que nous,
- 6:10où il fallait comprendre vite.
- 6:13Et ce n'est pas facile,
- 6:14ce n'est pas toujours facile,
- 6:15parce que le métier de pâtissier,
- 6:17je ne vais pas dire que c'est un métier dur,
- 6:18il n'y a aucun métier de dur,
- 6:20mais il faut arriver à le comprendre rapidement et à s'y mettre rapidement.
- 6:25Et comment on s'accroche ?
- 6:27Alors,
- 6:27il y a plusieurs...
- 6:30Moi,
- 6:30ma technique à moi a été de regarder et d'écouter.
- 6:36Voilà.
- 6:36Je pense que c'est le moyen,
- 6:40la solution la plus intelligente pour pouvoir déjà avoir le respect des autres et montrer qu'on n'est pas si con que ça.
- 6:47On sait regarder,
- 6:48on sait écouter et on sait reproduire ce qu'on nous demande.
- 6:51Et après,
- 6:51il y a tout l'aspect,
- 6:54je dirais,
- 6:55passion.
- 6:56qu'il faut que l'on ait dans nos métiers-là,
- 6:58dans ces métiers-là.
- 6:59Si on n'est pas passionné par ce job,
- 7:01il faut passer à autre chose,
- 7:02il faut faire autre chose.
- 7:04Quand vous parlez d'Ernest Andrieux,
- 7:05vous parlez de monsieur,
- 7:07vous parlez de vos maîtres de stage ou d'apprentissage,
- 7:11on sent beaucoup de respect.
- 7:13Qu'est-ce que vous leur devez encore aujourd'hui ?
- 7:16Je leur dois tout,
- 7:16je leur dois ma carrière professionnelle,
- 7:19puisque c'est grâce à eux que j'ai pu faire ce que je fais maintenant.
- 7:22Peut-être que j'aurais pu le faire aussi avec quelqu'un d'autre.
- 7:25Mais j'ai cette vision de la maison Andrieux parce que c'était plus,
- 7:29ça a été aussi ma deuxième famille.
- 7:31Vous savez,
- 7:32quand je travaillais chez moi,
- 7:33j'ai commencé à 12 ans.
- 7:34Je roulais les couches avec mon père à 12 ans pendant les périodes de vacances scolaires.
- 7:40Et monsieur Andrieux s'était rendu compte à l'époque que je travaillais beaucoup parce que les seuls congés payés que j'avais à la maison Andrieux,
- 7:47qui étaient quatre semaines au mois de juillet,
- 7:50il savait très bien que j'allais les passer chez moi à aider mon père.
- 7:52Donc,
- 7:52je n'avais aucune coupure en fait pour me reposer.
- 7:55Donc,
- 7:55il s'était permis un jour de me prendre et de partir en vacances avec lui à Arcachon,
- 7:59parce qu'à l'époque,
- 7:59ils avaient une maison à Arcachon.
- 8:01Donc,
- 8:01vous voyez,
- 8:02il m'avait vraiment pris sous le rail,
- 8:07parce que certainement qu'il m'aimait bien,
- 8:09et pour me faire respirer aussi un petit peu,
- 8:12pour aussi voir qu'ailleurs,
- 8:14on peut prendre des vacances,
- 8:15on peut être avec des gens pour se reposer,
- 8:17pour en profiter.
- 8:19Est-ce qu'à 15 ans,
- 8:20vous avez eu vraiment le choix ?
- 8:21Non,
- 8:22non,
- 8:23en fait,
- 8:23on ne m'a pas laissé le choix.
- 8:24Mes parents m'ont dit,
- 8:24écoute,
- 8:25va essayer.
- 8:27Essaye.
- 8:27Ça ne te plaît pas.
- 8:29Pars sur ce que tu veux faire.
- 8:31En sachant très bien que derrière,
- 8:33le petit truc qui ne se disait pas,
- 8:35c'est que j'espère que tu vas tenir le coup pour pouvoir reprendre la boutique.
- 8:39Voilà.
- 8:39Vous ne vous regrettez pas ?
- 8:40Non,
- 8:40surtout pas.
- 8:41Je reproduis la même chose.
- 8:43Avec mon fils,
- 8:44j'ai reproduit la même chose.
- 8:45Mais je pense qu'il ne s'en plaint pas non plus.
- 8:47La seule chose dont il peut se plaindre,
- 8:49c'est de bosser avec un mec comme moi.
- 8:50Parce que c'est très compliqué.
- 8:52Vous lui avez donné le choix ou pas ?
- 8:55Non.
- 8:55Ma femme va être folle quand elle va me donner ça.
- 8:58Parce qu'un jour,
- 8:59je l'ai pris dans ma voiture à la sortie de l'école.
- 9:02Je lui ai dit,
- 9:02écoute,
- 9:02Louis,
- 9:03il va falloir que tu fasses comme ton père.
- 9:05C'est une maison intergénérationnelle.
- 9:08Et si tu veux perdurer ce que font tes parents,
- 9:12ce qu'ont fait ton grand-père et ton arrière-grand-père,
- 9:14il va falloir que tu sois au taf,
- 9:15il va falloir que tu sois au travail.
- 9:16J'ai mis un petit peu la pression quand même.
- 9:18Et qu'est-ce qu'il vous a dit ?
- 9:19Bien.
- 9:22Il était trop petit pour me dire quelque chose.
- 9:24Il n'osait pas.
- 9:25Maintenant,
- 9:25il est plus grand.
- 9:26Ah,
- 9:26maintenant,
- 9:26voilà.
- 9:27Ce n'est peut-être pas le moment de lui dire,
- 9:29tu vas faire ci,
- 9:30tu vas faire ça.
- 9:30Parce qu'il sait quand même me recadrer et me remettre sur les rails.
- 9:34Et pourquoi c'est important pour vous que je travaille avec vous ?
- 9:38Parce qu'il y a ce côté sentimental,
- 9:42vous savez.
- 9:44Moi,
- 9:44je fonctionne beaucoup au sentiment.
- 9:48Je ne voyais pas quelqu'un d'autre.
- 9:51Quand je serai six pieds sous terre,
- 9:53il fera ce qu'il voudra.
- 9:55Mais tant que je suis dedans,
- 9:57j'aimerais que ça se passe bien et que ça se passe comme ça.
- 10:00comme ça,
- 10:00et qui puisse développer l'entreprise comme on l'a fait.
- 10:04Peut-être différemment,
- 10:05parce qu'ils ont,
- 10:06les jeunes maintenant,
- 10:07ces générations,
- 10:08ces jeunes Z,
- 10:09ils ne fonctionnent pas comme nous.
- 10:12Donc c'est à moi de l'accepter,
- 10:14c'est dur.
- 10:15C'est dur de l'accepter,
- 10:16parce que quand on a un certain caractère,
- 10:19une certaine assise dans les choses,
- 10:20on n'a pas tout le temps envie d'écouter les autres,
- 10:23aussi,
- 10:23avec leur façon de voir les choses.
- 10:25Alors le côté intelligent que je n'avais pas à cette époque,
- 10:28maintenant je commence à l'avoir.
- 10:30Parce que je suis obligé,
- 10:30en fait,
- 10:31d'en passer par là.
- 10:33Et comment on arrive à travailler avec son fils ?
- 10:35Alors,
- 10:36comment son fils arrive à travailler avec son père ?
- 10:39C'est plus ou moins l'inverse,
- 10:40d'accord.
- 10:41Donc,
- 10:42écoutez,
- 10:43mon épouse a eu ce côté,
- 10:45je parlais du côté intelligent.
- 10:47Mon épouse a eu ce côté intelligent en me disant,
- 10:50écoute,
- 10:51il faut que tu sortes des laboratoires.
- 10:54Parce que si tu continues à rester dans les laboratoires,
- 10:57tu ne vas travailler avec personne.
- 10:58Tu ne travailleras tout seul.
- 10:59Mon côté exigeant fait que...
- 11:05L'exigence,
- 11:06ce n'est pas contre les gens.
- 11:08C'est parce que je veux qu'il y ait de la cohérence dans notre métier.
- 11:11Je veux qu'il y ait de la logique.
- 11:13Et la logique,
- 11:14c'est une forme d'intelligence.
- 11:15J'ai fait un gros travail sur moi-même pour essayer de me tempérer.
- 11:20Parce que c'est vrai que je suis un sanguin.
- 11:22Et que des fois,
- 11:24j'arriverai à faire des choses qu'il ne faut pas que je fasse.
- 11:26Je vais reparler de mon épouse.
- 11:27Je sais qu'elle n'aime pas ça.
- 11:29Mais c'est elle qui m'a aidé à me maîtriser.
- 11:33C'est mon épouse qui va plus être sur le management,
- 11:38plus sur les relations avec l'humain que moi.
- 11:40Moi,
- 11:40je suis beaucoup plus tourné vers la création des produits.
- 11:44Je suis plus dans le leadership.
- 11:46J'ai le cerveau tout le temps en effervescence.
- 11:49Parce que je m'emmerde vite.
- 11:51Il faut tout le temps que ça bouge.
- 11:52Ce qui crée la différence,
- 11:53c'est justement la différence.
- 11:55Donc,
- 11:56il ne faut pas être comme les autres.
- 11:58Moi,
- 11:58je ne suis pas là pour faire la même chose que mon voisin,
- 12:01parce que je ne vois pas l'intérêt.
- 12:03Notre maison a été reconnue à cause de ça aussi.
- 12:06C'est que nous sommes très différents des autres.
- 12:09Vous avez travaillé dans des belles maisons,
- 12:11des grands noms.
- 12:12Oui.
- 12:12Pierre-Hermé,
- 12:13Le Notre,
- 12:14à Paris.
- 12:14Oui.
- 12:15Et puis,
- 12:15vous êtes revenu ici.
- 12:16Oui.
- 12:16Alors déjà,
- 12:16pourquoi vous êtes parti là-bas et pourquoi être revenu ?
- 12:20Pourquoi je suis parti là-bas ?
- 12:21Parce que j'ai été repéré par Gaston Le Notre.
- 12:26Après mon apprentissage,
- 12:27parce que j'ai fait le concours de meilleur apprenti de France,
- 12:30donc j'ai fini second,
- 12:32je suis parti à plaisir me former avec Philippe Gourbet,
- 12:37qui était le mof de l'époque.
- 12:40Et puis j'ai voulu revenir à la maison.
- 12:44De là,
- 12:46j'ai voulu aller me former chez les grands meuniers de France pour apprendre toute la technologie de la farine,
- 12:51parce que notre premier métier c'est la boulangerie.
- 12:54Donc,
- 12:55je suis parti en Sologne apprendre la technologie.
- 12:59Après,
- 13:01au décès de mon père,
- 13:04j'ai pété un plomb,
- 13:06littéralement.
- 13:06Le ciel m'est tombé sur la tête et j'ai voulu prendre l'air.
- 13:09Donc,
- 13:09je suis parti chez Pierre Hermé quelques temps.
- 13:12Et qu'est-ce que vous avez appris justement de ces expériences dans ces belles maisons ?
- 13:18C'est surtout les plus grandes maisons.
- 13:23Je n'aime pas aller,
- 13:24ce n'est pas prétentieux ce que je dis,
- 13:26mais je préfère aller chez les très grands,
- 13:29les très bons,
- 13:30plutôt que les végétés.
- 13:32J'avais envie d'aller me former dans ces maisons pour ramener cette gamme parisienne à la campagne.
- 13:38Et pourquoi partir ?
- 13:40Parce que Paris m'attirait.
- 13:42Je trouve que Paris,
- 13:43voilà,
- 13:43Paris c'est Paris.
- 13:45Ce n'est pas que la ville des amoureux,
- 13:47c'est la ville de la gastronomie,
- 13:49c'est la ville du réseau.
- 13:52de plein de choses.
- 13:54Moi,
- 13:54ça m'a apporté énormément,
- 13:56énormément.
- 13:59Je veux dire que j'ai changé totalement d'état d'esprit,
- 14:03totalement de mentalité quand je suis revenu à la campagne.
- 14:07Mais totalement,
- 14:07parce que j'ai voulu mettre un coup de pied au cul à tout ce que l'on faisait en disant,
- 14:11ben voilà,
- 14:12pam,
- 14:12maintenant,
- 14:13je suis allé me former là-bas.
- 14:15J'ai vu de tellement belles choses.
- 14:17J'ai vu de tellement beaux clients.
- 14:19qu'il faut qu'on refasse,
- 14:20qu'il faut qu'on essaye de prendre ce petit morceau de Paris et qu'on le remette à l'âne,
- 14:25à Ouloran et à Pau.
- 14:27Aujourd'hui,
- 14:27la maison
- 14:28Constanti, c'est une cinquantaine de salariés,
- 14:32cinq établissements et créations qui voyagent bien au-delà du Bern.
- 14:37Quand vous regardez ce chemin,
- 14:39vous vous dites quoi ?
- 14:41Je me dis que ce n'est pas trop mal.
- 14:45Je me dis que j'ai eu de...
- 14:48Sacré coup de pouce pour le développement sur l'extérieur grâce à l'Office du tourisme de l'Oron qui un jour m'a demandé de venir faire une conférence de presse à Paris avec eux.
- 15:00Nous sommes partis dans un établissement qui appartenait à Eddie Mitchell à l'époque,
- 15:04où il y avait
- 15:0640 chefs.
- 15:08Le seul pâtissier,
- 15:09c'était Constantine.
- 15:11Donc déjà pour moi c'était un honneur de faire partie de ces gens-là.
- 15:17Et puis voilà,
- 15:17j'ai rencontré plein de chefs cuisiniers qui m'ont fait confiance,
- 15:21qui m'ont dit un jour,
- 15:23on travaillera ensemble un jour à Paris,
- 15:24on prendra ton pain,
- 15:25tu nous expédieras ton pain.
- 15:27Parce qu'on a un best-seller à la maison qui est le maïs épicé.
- 15:30Donc,
- 15:30qui était connu déjà par quelques-uns et qui ont été surpris de me voir là.
- 15:34Donc,
- 15:34ils se sont dit,
- 15:35putain,
- 15:35qu'est-ce qu'il fout ce mec ?
- 15:36Il n'est pas cuisinier,
- 15:37il n'est pas tissier.
- 15:38Mais en fait,
- 15:38ça m'a ouvert énormément de portes.
- 15:40Il n'y a que le travail qui m'intéresse,
- 15:41en fait.
- 15:41Il n'y a que le travail qui m'intéresse.
- 15:43Il n'y a que ça qui me fait vibrer.
- 15:46Je n'ai pas regardé du rugby toute la journée.
- 15:48parce que le rugby,
- 15:49je l'ai pratiqué et j'adore encore le rugby.
- 15:52Mais c'est vrai que je n'ai aucun hobby à part mes copains.
- 15:57et ma famille,
- 15:59et surtout mon travail.
- 16:01Alors,
- 16:01je ne vais pas vous donner le bon ordre,
- 16:03parce que ça ne va pas le faire,
- 16:06mais voilà.
- 16:06Donc,
- 16:07je me vois encore,
- 16:08allez,
- 16:09je vais dire,
- 16:09au mieux des cas,
- 16:10pour aider mon fils une bonne dizaine d'années.
- 16:13Après,
- 16:14voilà,
- 16:15après,
- 16:15poum,
- 16:16tu me fous dans un placard si tu veux,
- 16:18j'aurai fait ce que je peux,
- 16:20j'aurai tout fait pour,
- 16:21parce que je ne le fais pas spécialement pour moi,
- 16:24et c'est ça mon côté altruiste.
- 16:28Je le fais pour les autres.
- 16:30Moi,
- 16:30en fait,
- 16:31ce qui me nourrit,
- 16:32c'est ce que je fais pour les autres.
- 16:35Et ça,
- 16:35pour moi,
- 16:35c'est important.
- 16:37Ce podcast s'appelle L'État d'Esprit.
- 16:39Quel est l'état d'esprit qui vous anime au quotidien ?
- 16:43Alors,
- 16:43l'état d'esprit qui m'anime au quotidien,
- 16:45c'est...
- 16:46Alors,
- 16:46j'ai pris quelques notes,
- 16:47parce que vous savez que la dernière question,
- 16:49ça a été celle-là.
- 16:51Donc,
- 16:52c'est l'exigence.
- 16:56Je pense...
- 16:58être quelqu'un de libre,
- 17:01un électron libre,
- 17:02parce que c'est important dans mon métier qu'on ne soit pas attaché à qui que ce soit,
- 17:06ni à quoi que ce soit.
- 17:08J'aime bien l'esprit conquérant aussi,
- 17:10et surtout,
- 17:12quand on me connaît un peu,
- 17:13je suis un peu rock'n'roll.
- 17:15Donc,
- 17:16mon état d'esprit,
- 17:17c'est plus celui-là.
- 17:18Merci beaucoup Jean-Luc Constanti.
- 17:20Merci à vous.