Latest / Archives / Ils ont trompé tout le MONDE dans le marché de l’ART (Affaire Bill Pallot)
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- 0:00Avant de commencer cet épisode, je voulais vous remercier parce
- 0:02que j'ai été nommé dans la catégorie révélation vidéo de
- 0:05l'année pour les Spotify Podcast Awards.
- 0:07On est 5 dans cette catégorie et vous pouvez voter pour la
- 0:10personne que vous voulez en allant sur Spotify, en tapant
- 0:13Podcast Awards dans la barre de recherche ou en allant
- 0:16directement dans la catégorie PODCAST.
- 0:18Et là vous cherchez la catégorie révélation vidéo de l'année et
- 0:20enfin vous pourrez voter pour moi ou celle que vous voulez.
- 0:23Vous avez le droit à 3 votes par jour et vous avez pas besoin
- 0:26d'avoir un compte pour pouvoir voter normalement.
- 0:28Donc merci à vous pour ça, même si je.
- 0:30Même pas, c'est pas ça. Le plus important c'est le fait
- 0:31d'être nommé dans cette catégorie.
- 0:33Ça montre vraiment l'engouement qu'il y a derrière le podcast et
- 0:35je vous remercie énormément pour ça, même pour les autres
- 0:38plateformes. Vous pouvez voter jusqu'au 5
- 0:40avril et on aura donc les résultats ce soir-là.
- 0:42Merci à vous et on commence l'épisode certaines affaires
- 0:47hypnotisent. Alors pas parce qu'elles sont
- 0:49les plus violentes, les plus morbides, les plus célèbres ou
- 0:52encore les plus mystérieuses, mais parce qu'elles sont si
- 0:55brillantes, si bien ficelées. Qu'on en vient presque à oublier
- 0:58que leurs auteurs sont des criminels, Frank à bagnale,
- 1:01lupin, Bernard Madoff, Danny Ochen.
- 1:04Qu'ils soient en chair et en os ou issus de la fiction, les
- 1:07escrocs fascinent. Mais dans le lot, il y a une
- 1:10catégorie qui intrigue plus que les autres, les escrocs d'art.
- 1:14Pourquoi ? Et Ben parce que les gentlemen
- 1:16et escroqueurs ont pris une part importante dans notre
- 1:18imaginaire, ils ne braquent pas, ne blessent pas, ne tuent pas,
- 1:22ils séduisent. Ils rusent et manipulent leur
- 1:25monde avec une facilité déconcertante.
- 1:28Aujourd'hui, on va plonger dans l'histoire de Bill Palo, un
- 1:31homme en France qui a trompé tout le marché de l'art en
- 1:34vendant des faux meubles. Pendant des années, experts,
- 1:37collectionneurs et même des institutions se sont laissés
- 1:40berner. Et ça tombe bien puisque
- 1:42aujourd'hui, c'est Canal Plus qui sponsorise cette vidéo.
- 1:45Et ce genre de mécanique dont je viens de vous parler est au cœur
- 1:48de la série fake you. Une vraie histoire de faux qui
- 1:50est disponible seulement sur Canal plus.
- 1:53C'est dispo depuis le 25 mars et c'est un docu qui revient sur
- 1:56une affaire bien réelle d'arnaques dans le monde de
- 1:58l'art. Une arnaque construite comme un
- 1:59jeu de rôle avec un artiste punk, un néo faussaire et un
- 2:03ancien chauffeur de la jet SET qui vont réussir à crédibiliser
- 2:06leur faut jusqu'à ce que plus personne ne doute.
- 2:09Et dans cette vidéo, j'ai même pu rencontrer 2 personnes au
- 2:12cœur de cette affaire. Une affaire où tout repose sur
- 2:15un détail. La confiance sur la capacité à
- 2:18convaincre, à raconter une histoire crédible et à évoluer
- 2:21dans un monde où parfois personne ne veut vraiment poser
- 2:24les bonnes questions. Mais avant d'en arriver là, il
- 2:26faut comprendre comment ce genre d'arnaque peut exister et
- 2:30surtout comment elle peut durer. Parce que l'histoire que je vais
- 2:34vous raconter maintenant est sans doute l'une des plus folles
- 2:37du marché de l'art français. Versailles, été 2014.
- 2:56Comme chaque année, le Château est assailli.
- 2:59Galerie des glaces, petit Trianon, appartement du Roi,
- 3:02jardin. La foule est partout, venue des
- 3:054 coins du monde pour admirer ce lieu incontournable de
- 3:08l'histoire française. L'ambiance est à
- 3:10l'émerveillement. On observe les plafonds, on
- 3:13commente les tableaux. On s'attarde devant les
- 3:16sculptures, les miroirs et parfois devant les meubles.
- 3:19Parmi les pièces mises en valeur cet été là, 2 tabourets attirent
- 3:23particulièrement l'attention des sièges du 18e siècle attribués à
- 3:28Nicola Chini Berfolio, l'un des plus grands menuisiers de son
- 3:32époque. Leur histoire à tout d'un roman,
- 3:35ils auraient appartenu à la fille de Louis 15, Louise et
- 3:38Élisabeth de Parme, et pendant des décennies, on les croyait
- 3:41perdus définitivement puis. Au début des années 2010, ils
- 3:46réapparaissent après un long mystère, un miracle pour les
- 3:50passionnés, c'est même inespéré. Les 2 sièges ont été retrouvés
- 3:54ensemble et dans un état de conservation exceptionnel.
- 3:58Malgré les traces du temps, ils témoignent encore du travail
- 4:01minutieux qu'il a fallu pour les concevoir.
- 4:03Face à ces meubles, visiteurs comme spécialistes, tous ont la
- 4:07même conviction, rencontrer l'histoire du moins.
- 4:11C'est ce qu'il croit, car ses sièges sont faux.
- 4:13Dans le monde de l'art, personne n'a vu la supercherie, ni les
- 4:17conservateurs du Château de Versailles, ni les experts.
- 4:20Tout le monde valide l'authenticité des pièces sans
- 4:22la moindre hésitation. Tout le monde, sauf l'Antiquaire
- 4:26Charles Hourman. Lui en tout cas, en est
- 4:29convaincu que ses sièges sont faux.
- 4:31Depuis des mois, il mène un bras de fer discret avec
- 4:34l'institution pour faire connaître la vérité ou au
- 4:37minimum, que les sièges soient à nouveau expertisés.
- 4:40La réponse est systématique, non.
- 4:43Alors une question se pose, personne n'a vu, ou alors
- 4:47personne n'a voulu voir dans les salles pleines à craquer d'un
- 4:50des musées les plus prestigieux du monde.
- 4:53Personne ne peut se douter que ces simples meubles historiques
- 4:56vont déclencher un scandale que le monde de l'art n'est pas prêt
- 4:59d'oublier. En interne, la rumeur enfle
- 5:01doucement. Certains le sentent déjà.
- 5:04On tente encore de contenir l'affaire.
- 5:07Mais elle va bientôt exploser et emporter dans son sillage tout
- 5:10un milieu et un homme au-dessus de tout soupçon.
- 5:18Chapitre 1 1 scandale à Versailles dans le monde de
- 5:26l'art, la discrétion est presque une règle implicite.
- 5:29Dans les années 2010, ce milieu très fermé fonctionne largement
- 5:32à l'écart du regard du grand public.
- 5:34C'est un univers mystérieux, accessible qu'à une poignée
- 5:37d'élus. Les maîtres mots sont
- 5:39réputation, confiance. Prestige et surtout discrétion,
- 5:44c'est un petit monde qui fuit le scandale, quitte à imposer le
- 5:48silence. Retour à l'été 2012, là où tout
- 5:51a commencé pour cet antiquaire, lorsqu'il tombe presque par
- 5:54hasard sur une information qui le secoue en consultant le site
- 5:58spécialisé la tribune de l'art. Une annonce officielle stipule
- 6:01grosso modo que 2 ployants c'est des sièges pliants en gros
- 6:05attribués au grand menuisier du 18e siècle Nicolaki Niberfolio
- 6:09viennent d'être acquis. Par le Château de Versailles.
- 6:14Montant de la transaction, 380000€.
- 6:17Sur le papier, rien d'inhabituel, les sommes ne sont
- 6:20pas particulièrement choquantes et les musées annoncent
- 6:24régulièrement ce type d'acquisition.
- 6:26Pour le grand public, c'est même un non événement.
- 6:28Mais dans le milieu du mobilier ancien, ces annonces sont
- 6:32scrutées de près, surtout par les spécialistes comme hourman.
- 6:36Et justement, ces sièges, il les connaît déjà.
- 6:39Il les a examinés quelques mois plus tôt et pour lui il y a
- 6:42aucun doute, ce sont des faux. Alors apprendre qu'ils viennent
- 6:45d'entrer dans les collections de Versailles, Ah Bah ça passe
- 6:48absolument pas pour lui, des faux dans l'art, il le sait, il
- 6:51y en a, mais là c'est plus seulement une affaire de marché
- 6:54de l'art, c'est désormais une acquisition nationale financée
- 6:58par de l'argent public, autrement dit par les impôts.
- 7:02Pour lui, c'est inadmissible, le public est trompé et l'État
- 7:05vient de payer très cher pour du faux.
- 7:11Sans qu'il ne se rende compte vraiment, Charles est passé de
- 7:14simple antiquaire à lanceur d'alerte.
- 7:16Et souvent, Eh Ben, ça n'annonce rien de bon.
- 7:19Sa première démarche, la plus logique, avertir les
- 7:22conservateurs du Château. Sauf qu'en face, l'accueil est
- 7:26glacial. Pour la direction du musée,
- 7:28l'idée même qu'une erreur de cette ampleur ait pu être
- 7:30commise est inaudible, parce que ce serait pas un expert qui se
- 7:34serait trompé. Mais au moins 5, dont des
- 7:37conservateurs du patrimoine, des gens dont l'expertise est hors
- 7:40pair. On lui fait donc comprendre que
- 7:43le dossier d'acquisition a été validé par un comité
- 7:45scientifique rigoureux et en plus, qu'il s'appuie sur
- 7:49l'expertise de l'homme qui fait autorité sur le sujet.
- 7:52Bill Pallot face à lui, celui qu'on surnomme le Père Lachaise
- 7:56urman n'est perçu que comme un petit antiquaire isolé.
- 8:00En résumé, vous n'êtes personne, circulez.
- 8:03Pour l'institution, l'enjeu dépasse la simple authenticité
- 8:07des tabourets. Reconnaître l'erreur
- 8:09signifierait admettre une faille béante dans le système de
- 8:12certification nationale et décrédibiliser l'ensemble de la
- 8:16profession. Versailles choisit de faire
- 8:19corps avec son expert et de garder la tête haute.
- 8:22Urban ne se décourage pas et au contraire, il part au combat.
- 8:2740, c'est le nombre de mails qu'il envoie au conservateur du
- 8:30musée. Tous sont détaillés et précis.
- 8:34Aux yeux du personnel du Château, cet acharnement est
- 8:36presque drôle. Un passionné de plus persuadé
- 8:39d'avoir découvert une erreur. Bref, un fou qui a que ça à
- 8:42faire. Pourtant, le contenu de ces
- 8:44messages est difficile à ignorer.
- 8:46Hurman y accumule des arguments techniques que seul un expert
- 8:50peut maîtriser. Autant d'éléments qui, peu à
- 8:53peu, sème le doute. Il émet tout son savoir et toute
- 8:56sa bonne foi. D'ailleurs, l'objectif de
- 8:58Charles est tout sauf mal intentionné.
- 9:00Il veut pas provoquer de scandale, il veut simplement que
- 9:03les sièges soient retirés et examinés de nouveau
- 9:06discrètement, mais il est face à un mur.
- 9:08Plutôt que d'explorer cette possibilité pour le musée,
- 9:12l'hypothèse est rapidement écartée.
- 9:14En septembre 2013, enfin, il obtient un rendez-vous avec la
- 9:19directrice de la conservation de Versailles.
- 9:22Enfin, il va pouvoir prouver ce qu'il s'efforce de leur dire et
- 9:26enfin cette histoire sera derrière lui.
- 9:30Sauf que rien ne se passe comme prévu.
- 9:31Ils l'ont pas invité, ils l'ont convoqué pour le faire taire,
- 9:36ils ont peur qu'il en parle à la presse.
- 9:38Résultat, le Château lui met un énorme coup de pression et le
- 9:41menace de le poursuivre pour diffamation.
- 9:43Il le sait, face à un mastodonte culturel pareil, il ne fait pas
- 9:47le poids. Charles note le message et
- 9:50contacte la presse, pas de suite, mais l'histoire, elle en
- 9:53tout cas fuite. Pour autant, le scandale ne
- 9:57prend pas vraiment et pourtant les éléments troublants sont
- 10:00multiples. Dans le milieu, beaucoup
- 10:01commencent à s'interroger car en quelques années, c'est près de 5
- 10:05sièges disparus qui refont miraculeusement surface.
- 10:08Un, c'est déjà très rare. 5 pour eux, c'est de l'ordre de
- 10:12l'impossible. Mais c'est pas tout.
- 10:14Parce qu'en 2013, une autre affaire vient jeter de l'huile
- 10:16sur le feu. Cette année-là, un ensemble de
- 10:19sièges ayant appartenu à Marie Antoinette au petit Trianon sont
- 10:23mis à la vente. Évidemment, Versailles souhaite
- 10:26les acquérir, mais le prix demandé est colossal, près de
- 10:294000000 d'euros. Le musée renonce.
- 10:33Pourtant, les experts sont formels, ces sièges seraient
- 10:36d'une importance historique exceptionnelle, à tel point
- 10:39qu'ils sont classés Trésor national en France.
- 10:43En gros, ce statut, il est rarissime et il est réservé aux
- 10:46œuvres jugées essentielles pour le patrimoine.
- 10:48Il bloque toute exportation et donne aux institutions un délai
- 10:52pour tenter de les acheter. L'État considère donc
- 10:55officiellement ces sièges comme un élément majeur du patrimoine
- 10:59français. Alors, avec une telle
- 11:01certification, il y a aucun doute, leur authenticité est
- 11:04approuvée et dans le monde de l'art, personne ne les conteste,
- 11:08pas même Charles hourman. Cette vente n'a rien à voir avec
- 11:12l'affaire pour laquelle il se bat.
- 11:14Malgré tout, l'acheteur final des sièges n'est pas français.
- 11:17Il s'agit d'un collectionneur venu des Émirats.
- 11:20Il les achète pour près de 2000000 d'euros.
- 11:22Mais avant de conclure l'opération, il fait quand même
- 11:25examiner les meubles au cas où il est serein.
- 11:28Les conservateurs aussi. Y a aucune raison de se méfier,
- 11:31mais la conclusion tombe comme une déflagration.
- 11:34Les sièges sont des faux. Après l'apparition de doutes sur
- 11:39l'authenticité des sièges, la galerie Kramer, qui les avait
- 11:42vendus, accepte finalement de les racheter aux
- 11:45collectionneurs. La transaction est donc annulée
- 11:48discrètement et l'affaire s'arrête là, sans annonce
- 11:51publique, les sièges disparaissent du marché aussi
- 11:54vite qu'ils étaient apparus, et ça aussi pour les connaisseurs
- 11:57du milieu, c'est suspect en général.
- 11:59Une galerie qui rachète. Eh Ben c'est qu'elle a quelque
- 12:03chose à se reprocher et il pensait pas si bien dire.
- 12:06Et du côté de Versailles ? Eh Ben rien, aucune action.
- 12:10L'affaire ne lui fait même pas sourciller.
- 12:12Il lance une expertise d'un autre siège provenant du même
- 12:16vendeur. La conclusion, et Ben il y en a
- 12:19pas. Le rapport ne statue ni sur un
- 12:21faux ni sur un vrai. À aucun moment, il n'est
- 12:24question de remettre en doute l'analyse des experts, même
- 12:27après l'erreur des sièges de Marie Antoinette.
- 12:31Les sièges restent donc exposés et pire, ils continuent d'être
- 12:35restaurés. De l'argent est dépensé pour
- 12:38entretenir des meubles dont l'authenticité est désormais
- 12:40contestée. Pour ormann, ça va trop loin,
- 12:44mais il ne peut rien faire. Charles ormann a tenté pendant
- 12:47plus de 2 ans de se faire entendre.
- 12:49Aucune de ces alertes n'a fait le poids face aux institutions
- 12:52et aux grandes figures du marché parce qu'elle dérange.
- 12:56Alors, face au poids des institutions, il finit par
- 12:59baisser les armes. Il capitule.
- 13:05Chapitre 2, un compte suspect. L'affaire aurait pu s'arrêter
- 13:12là. Mais en 2015, Charles Hormann
- 13:14est enfin interrogé par la police.
- 13:16Mais pas pour les fautes de Versailles.
- 13:18Non, pour une affaire qui n'a rien à voir avec Versailles, du
- 13:21moins à première vue. Les enquêteurs ne cherchent ni
- 13:25des fauteuils du 18e siècle ni un trafic d'antiquités.
- 13:29À ce moment-là, il travaille sur tout autre chose, une enquête
- 13:33pour fraude et blanchiment d'argent.
- 13:35Et c'est précisément cette piste financière qui va, presque par
- 13:38accident, faire remonter toute l'affaire des faux sièges quand
- 13:42Charles est approché. Ça fait plus d'un an que les
- 13:44équipes du Tracfin, le service anti-blanchiment de Bercy, sont
- 13:48sur la piste d'un cas de fraude à plusieurs 1000000 d'euros en
- 13:512014, il détecte un mouvement bancaire suspect.
- 13:54Un virement de plus de 500000€. L'émetteur est un compte Suisse
- 13:57et le destinataire est un certain Stefan, un homme
- 14:01d'origine portugaise qui vit en région parisienne.
- 14:03Cet argent vient de lui servir à acheter une maison à Sarcelles.
- 14:07Pour l'instant, rien d'incriminant, mais pour les
- 14:11enquêteurs, il sent quelque chose qui cloche.
- 14:14En creusant le profil de cet homme, les agents découvrent un
- 14:17écart colossal entre ce qu'ils déclarent et son train de vie
- 14:21réel. Sur le papier, Stephan R est un
- 14:24simple chauffeur livreur qui gagne 2500€ par mois.
- 14:27Pourtant, l'examen de son patrimoine révèle une fortune
- 14:29immobilière qui dépasse les 1,2 1000000 d'euros.
- 14:31Sans héritage familial, sans gain au loto et sans autre
- 14:36activité professionnelle déclarée.
- 14:37Une question les obsède, d'où vient cet argent ?
- 14:40Ils trouvent vite la réponse, l'homme est un chauffeur pour
- 14:43une maison de vente. Mais il découvre qu'il agit en
- 14:48réalité. Pour Bruno Desnou, un ébéniste
- 14:50très réputé de Paris, le virement vient d'un de ses
- 14:53comptes en Suisse. Et ce mouvement, c'est sûrement
- 14:56la seule erreur, la seule négligence jamais commise par
- 15:00les auteurs du trafic. Sans elle, les enquêteurs
- 15:02n'auraient peut être jamais mis la main, dès 2015, sur l'une des
- 15:06plus grandes fraudes de l'histoire du marché de l'art
- 15:09français. Le dossier est laissé entre les
- 15:11mains de l'Office central de lutte contre le trafic des biens
- 15:13culturels, l'o CBC, l'unité de police spécialisée dans les
- 15:18atteintes au patrimoine. Le chauffeur n'était que la base
- 15:20d'un château de cartes et son arrestation a fait tomber toutes
- 15:23les autres en remontant la piste des meubles.
- 15:26Un autre nom apparaît dans le dossier, celui d'un expert
- 15:30réputé du mobilier du 18e siècle, une figure bien connue
- 15:33du marché de l'art parisien. Bill pallot aussi connu comme le
- 15:38Père Lachaise, son étiquette est impressionnante, conseiller de
- 15:42l'État pour les acquisitions et auprès des douanes, professeur à
- 15:45la Sorbonne, proche d'Épinau ou encore de Karl Lagerfeld dans le
- 15:50milieu, il est considéré comme l'un des seuls véritables
- 15:52spécialistes du siège du 18e siècle, une référence.
- 15:56Les enquêteurs décident alors de les placer sous surveillance.
- 15:59L'enquête va durer plusieurs mois.
- 16:02Le 7 juin 2016, les policiers passent à l'action.
- 16:05C'est l'heure des perquisitions et des arrestations.
- 16:09Lors de l'opération, il découvre l'appartement hallucinant de ce
- 16:13personnage hors du commun. Des tableaux d'art, partout, des
- 16:17sculptures, mais ce qui marque les policiers, c'est une
- 16:20collection de 140 crânes humains issus de différentes cultures,
- 16:23chez des nous, c'est pas les objets qui les arrêtent, c'est
- 16:26bien plus incriminant. Ce sont plus de 200000€ en
- 16:29liquide, mais aussi plusieurs meubles anciens en cours de
- 16:32construction. Dont des sièges du 18e siècle.
- 16:37L'affaire change immédiatement de dimension, on ne parle plus
- 16:41de fraude fiscale, mais de trafic de biens culturels.
- 16:44Quand ils interpellent Bill Palo, ils s'attendent à devoir
- 16:47lutter. Mais surprise, il avoue de
- 16:50suite, il ne nie pas et au contraire, il reconnaît la
- 16:53paternité de ses crimes sans aucun problème.
- 16:55Ces arrestations dans le domaine de l'art, elles ne surprennent
- 16:59personne, pas même Charles hourman.
- 17:02Il savait déjà depuis 2012 qui était coupable.
- 17:11Chapitre 3, la déception d'un admirateur.
- 17:16Retour en 2012, au tout début de cette affaire.
- 17:19On est en plein Paris. François Hollande vient d'être
- 17:22élu président des Français. les Parisiens ont déserté la
- 17:24canicule, mais les touristes, eux, sont bien là.
- 17:27Dans chaque musée, au Louvre, à Orsay, au Quai Branly, le monde
- 17:30de l'art brille à Paris. Et ce n'est pas près de
- 17:33s'arrêter. Du moins, c'est ce que l'on
- 17:35croit fermement. Dans une galerie du 8e
- 17:37arrondissement. Comme tous les jours, Charles
- 17:39Roman part de son appartement pour faire le tour des galeries
- 17:42d'art. Il s'arrête au 152, boulevard
- 17:44Haussmann, dans le 8e arrondissement, dans une adresse
- 17:47qu'il connaît très bien, la galerie Didier.
- 17:49À Aaron. Il entre, observe comme toujours
- 17:53les biens proposés, des lampes, des tapes, des fauteuils, des
- 17:56chaises. Rien qui sorte du lot, mis à
- 17:59part 2 ployants. Des chaises pliantes attribuées
- 18:04à un très grand Ébéniste, Nicolas Kiniberfolio.
- 18:08Des pièces exceptionnelles. Charles a du mal à y croire,
- 18:12c'est un rêve pour se passionner.
- 18:14Mais en les regardant de plus près, quelque chose cloche.
- 18:18Les ployants sont beaux mais peut être un peu trop beaux.
- 18:23Il observe attentivement, le bois paraît trop 9 et il la
- 18:26voit. La marque du faux, celle d'un
- 18:29outil moderne. Au départ, il doute.
- 18:32Puis très vite, il a la certitude, son expertise, elle
- 18:36ne sort pas de nulle part. Il a étudié à la Sorbonne avec
- 18:40pour professeur nul autre que Bill Pallot.
- 18:44Même dans le milieu universitaire, l'homme est très
- 18:47admiré. Sa carrière en dit long, mais
- 18:49ses récompenses encore plus. En 97, il est fait chevalier des
- 18:54arts et des lettres. Il réalise donc l'impensable,
- 18:57l'une des plus prestigieuses galeries d'art de Paris propose
- 19:00des faux, son monde s'écroule. Pas parce que la galerie aurait
- 19:04pu se tromper. Non, ça c'est impossible.
- 19:06Le responsable de la collection, c'est justement Bill Pallot, la
- 19:10personne qui lui a appris à détecter des contrefaçons.
- 19:13Non, son monde s'écroule parce que la galerie les vend
- 19:17intentionnellement. Le choc est d'une violence
- 19:20absolue pour se passionner. Ce jour-là, il était d'ailleurs
- 19:23venu voir son professeur devenu presque un ami, il ne le verra
- 19:27plus jamais comme avant. C'est tellement énorme qu'il
- 19:30essaye une dernière fois de se raisonner.
- 19:32L'erreur est humaine, mais au fond, il n'y croit pas.
- 19:35Pour en avoir le cœur net, il le signale directement à Bill.
- 19:39Il comprend alors qu'il ne s'était pas trompé, Bill tente
- 19:42de le baratiner. Il nie, mais c'est évident.
- 19:45Charles repart dépité, mais il ne dit rien.
- 19:49La coutume dans ce milieu, Bill pallot en face, n'a pas l'air
- 19:53inquiet, il le sait, son nom le protège.
- 19:56Pourtant, cet épisode qui aurait pu être anodin révèle une chose,
- 20:00le maître dans l'art du faux a commis des erreurs et l'une
- 20:03d'elle, c'est d'avoir été peut être un trop bon professeur.
- 20:07Il ne pouvait pas savoir qu'en formant des classes entières à
- 20:10avoir son œil. Il allait lui même aiguiser le
- 20:13couteau qui allait l'arrêter ? Preuve ironique que son
- 20:16expertise, elle n'est pas une arnaque.
- 20:22Chapitre 4, un lupin de la vie réelle.
- 20:27Dans certaines interviews, Bill Pallot aime se comparer à un
- 20:31personnage de Balzac, Rastignac. En résumé, un jeune provincial
- 20:35qui arrive à Paris avec l'ambition de conquérir le
- 20:37monde. La comparaison n'est pas
- 20:39exagérée, c'est exactement ce qu'il va faire.
- 20:41Et la première étape de cette conquête commence par un détail
- 20:43symbolique, changer de nom. Parce que Bill Pallot, Eh Ben il
- 20:47s'appelle en réalité George Boris Pallot.
- 20:49Il est né en 1964 en Bourgogne, loin du faste parisien, mais il
- 20:52a déjà les pieds dans le monde de l'art.
- 20:55Parce que ses parents sont antiquaires, le monde des vieux
- 20:58objets, il est né dedans et très vite, il développe une
- 21:01expertise, une capacité à évaluer des meubles anciens.
- 21:05Dans le milieu, on appelle ça avoir l'œil adolescent, il est
- 21:08déjà à part pendant que les autres parlent de télévision, de
- 21:12musique ou de cinéma. Bah lui, il fréquente les salles
- 21:15de vente ou encore les musées. Il accumule une connaissance
- 21:18impressionnante du mobilier ancien.
- 21:20Comme si il savait déjà que sa vie en dépendait quand il arrive
- 21:23à la Sorbonne pour ses études d'histoire de l'art.
- 21:25Il fait un choix stratégique, il comprend que pour exceller, il
- 21:29ne faut pas avoir de concurrence.
- 21:31Quoi de mieux que de sélectionner un domaine où y en
- 21:33a pas, ou alors très peu ? Ce sera le siège du 18e siècle.
- 21:38Le terrain est presque vierge. Il sait qu'il pourra s'imposer,
- 21:41pas uniquement dans le monde universitaire, non.
- 21:44Parce que ça chiffre pas assez. Mais dans le marché de l'art, un
- 21:47milieu qui est fermé, très lucratif, où les acheteurs sont
- 21:50tellement riches qu'il n'est jamais vraiment question
- 21:53d'argent, ça niche trouvé. Il ne lui manque plus qu'à
- 21:56rentrer dans les plus hautes sphères et il va y arriver, mais
- 21:59sans aucun problème avec son caractère, sa détermination, son
- 22:03sens de la formule et son humour.
- 22:05Il marque les esprits, rien ne semble lui résister.
- 22:08Il valide aussi son doctorat sans grande difficulté.
- 22:11Tout semble lui sourire, mais il va beaucoup plus loin parce
- 22:14qu'il a compris quelque chose d'essentiel.
- 22:16La connaissance et l'expertise sont une chose, mais ce sont les
- 22:19réseaux qui donnent le pouvoir. Et à seulement 23 ans, celui qui
- 22:23se fait désormais appeler Bill Pallot publie son premier livre,
- 22:26l'art du siège, au 18e siècle. Dans le milieu, l'ouvrage est
- 22:30considéré comme une véritable Bible, une référence
- 22:33internationale. Bill Pallot vient de franchir
- 22:36une nouvelle étape de son plan, la reconnaissance.
- 22:39La même année, en 1987, ce livre lui ouvre les portes de l'une
- 22:42des galeries les plus prestigieuses de Paris, Didier à
- 22:45Aaron, au 152 boulevard Haussmann.
- 22:47Cet antiquaire de renom voit en ce jeune prodige son fils
- 22:51spirituel dans un milieu où la réputation se construit
- 22:54normalement sur plusieurs décennies.
- 22:58L'arrivée d'un jeune à peine sorti de l'université fait
- 23:01beaucoup parler. Ce qui aurait pu déstabiliser
- 23:03n'importe quel autre jeune homme semble au contraire renforcer
- 23:07Palo. Une seule chose l'intéresse, son
- 23:09nom circule. Et surtout, il vient de réaliser
- 23:12sa 2e étape, mettre un pied dans ce milieu prestigieux.
- 23:15Dans ces cercles très fermés, Palo cultive un personnage,
- 23:18celui d'un expert brillant, élégant, capable de raconter
- 23:22l'histoire d'un fauteuil comme on raconterait celle d'un Trésor
- 23:24Royal. Toujours en costume 3 pièces,
- 23:27cheveux longs, petites lunettes rondes, il se fabrique une
- 23:30silhouette immédiatement reconnaissable, comme si il
- 23:33créait son personnage. Et ça marche.
- 23:35Pour la galerie Didier Aaron, qui a parié sur lui, c'est une
- 23:38aubaine. Son quotidien bascule peu à peu
- 23:40dans un univers de luxe. Il déjeune et dîne dans les
- 23:43grandes tables parisiennes, accompagne ses clients dans les
- 23:46ventes prestigieuses, roule en porche décoré par l'artiste
- 23:49vasarelli, remplit son appartement d'objets hors de
- 23:53prix. Il passe ses weekends au golf
- 23:55avec certaines des familles les plus puissantes du pays.
- 23:58Mais surtout, il devient le petit protégé de Maryvonne
- 24:01Pineau, l'épouse du milliardaire François Pinault, qui raffole
- 24:05justement des sièges du 18e. Mais c'est pas tout.
- 24:08Dans son carnet, un autre très grand personnage, Karl
- 24:11Lagerfeld, qui tirera d'ailleurs son portrait visible sur son
- 24:15Wikipédia. Ceux qui le connaissent disent
- 24:18qu'il charme et qu'il embobine. Tout le monde le sait et dans ce
- 24:21milieu, beaucoup apprécie le personnage.
- 24:23Bill Pallot mène la grande vie et pourtant, officiellement, au
- 24:27début des années 2000, son salaire tourne autour des 3500€
- 24:30par mois. Alors comment finance t il ce
- 24:34train de vie ? Derrière cette vie de paillette
- 24:36se cache un stratège. Un homme qui a compris que cet
- 24:39univers de prestige et de confiance est sa meilleure carte
- 24:42à jouer dans ce monde de luxe, d'influence et de réputation.
- 24:46Il va lentement élaborer l'une des fraudes les plus
- 24:48spectaculaires du marché de l'art français.
- 24:50Personne n'imagine alors que derrière ce dandy érudit se
- 24:53cache un véritable lupin, un escroc de très haut vol, un
- 24:58criminel qui ne tue pas, qui ne vole pas avec un pistolet mais
- 25:02avec son intelligence, sans violence, sans effraction, mais
- 25:07des sommes astronomiques. Et pendant longtemps, il est
- 25:10persuadé qu'il ne tombera jamais.
- 25:12Il aurait pu continuer longtemps s'il ne s'était pas attaqué à
- 25:15l'argent public. Il aurait très bien pu traiter
- 25:18avec l'étranger, bien plus difficile à tracer.
- 25:20Mais il choisit de jouer en France à la vue de tous, par
- 25:23inconscience, par défi ou encore par égo.
- 25:26En tout cas, son plus grand tour de force réside peut être plus
- 25:29dans la légende qu'il a su créer plus que d'avoir vendu des
- 25:33meubles faux à Versailles. Et c'est bien ça qui pose
- 25:35problème dans cette affaire, c'est que ce genre d'escroc qui
- 25:38a pourtant arnaqué la France entière.
- 25:40Fascine les foules. Chapitre 5, une arnaque à plus
- 25:47de 12000000 difficile de dire Si Bill Pallot a toujours su que
- 25:54son ambition le pousserait à l'illégalité.
- 25:55Mais une chose est sûre, c'est qu'il n'a pas attendu longtemps
- 25:59avant de se lancer. Les enquêteurs découvrent que
- 26:01l'expert EN art n'en est pas à son coup d'essai.
- 26:04Dans les années 2000, il est déjà connu pour avoir tenté de
- 26:07vendre des faux. Mais les affaires ne font pas
- 26:09grand bruit et même dans le milieu, peu de monde semblent au
- 26:12courant ou sont formalisés. Si beaucoup de ces premiers
- 26:16essais échouent, Bill Pallot en retient une leçon essentielle,
- 26:19sa parole a du poids dans ce milieu, son expertise est
- 26:23devenue une garantie presque absolue.
- 26:25Les collectionneurs lui font confiance.
- 26:27Il est le spécialiste reconnu, celui dont la vie fait foi.
- 26:31Autrement dit, quand il affirme qu'un meuble est authentique,
- 26:34personne ne le contredit. Mais il lui manque encore une
- 26:37pièce maîtresse, l'artisan capable de donner corps à ses
- 26:41idées en exécutant à la hauteur de son savoir cet homme, il
- 26:45finira par le trouver en la personne de Bruno Dédou.
- 26:49C'est en 2007 que les 2 hommes se rencontrent.
- 26:51Le courant passe immédiatement. À cette époque, Bruno Desnou est
- 26:55meilleur ouvrier de France et est déjà une référence dans son
- 26:59domaine. Son talent est reconnu et les
- 27:01grandes institutions n'hésitent pas à faire appel à son atelier.
- 27:03Installé faubourg Saint Antoine, c'est le quartier historique des
- 27:07artisans de bois à Paris. Lorsque l'affaire éclate en
- 27:112016, l'Ébéniste est notamment connu pour avoir restauré le lit
- 27:13de Louis 16 pour le Château de Versailles.
- 27:17Une commande exceptionnelle, le genre de projet qui marque toute
- 27:21une carrière et qui se présente qu'une seule fois dans une vie.
- 27:23Cette rencontre va tout changer. Bill Pallot comprend
- 27:26immédiatement le potentiel de son nouvel allié et il devine
- 27:29aussi une chose, franchir certaines lignes ne semble pas
- 27:33l'effrayer. Pourquoi ?
- 27:35Bah parce qu'ensemble, ils peuvent être intouchables.
- 27:37L'un possède la main capable d'imiter à la perfection les
- 27:40meubles du 18e siècle. L'autre bénéficie d'une
- 27:43réputation d'expert qui protège sa parole.
- 27:46De son côté, Bruno Denoux ne part jamais de 0 pour obtenir
- 27:49l'aspect du bois ancien, il achète d'authentiques chaises du
- 27:5218e siècle, souvent sans grande valeur, qu'il démonte et
- 27:56retravaille. Puis il sculpte, fait doré et,
- 27:59surtout patine le meuble. L'étape la plus importante reste
- 28:02le vieillissement. Parce qu'il faut recréer 2
- 28:04siècles d'usure, Palo supervise tout avec une précision presque
- 28:08clinique. Parfois, ils demandent même
- 28:10d'ajouter un défaut, une rayure, un trou de ver, juste assez pour
- 28:14tromper l'œil des experts. Dans le marché de l'art, un
- 28:17objet trop parfait paraît suspect, et eux l'ont
- 28:20parfaitement compris. Au total, la fabrication d'un de
- 28:23ces sièges coûte environ 50000€, une somme déjà conséquente mais
- 28:27infime comparée au prix de revente.
- 28:29L'expertise de dénu est telle que lorsque certaines de ces
- 28:33chaises sont présentées à Versailles.
- 28:35Les commentaires des spécialistes sont exceptionnels,
- 28:37on fait les louanges de l'extrême qualité et finesse du
- 28:41décor sculpté, les caractéristiques des productions
- 28:44de Folio, la Virtuosité du Sculpteur ou encore l'intérêt
- 28:48majeur pour le patrimoine national.
- 28:50Les 2 hommes ont réussi un véritable tour de force.
- 28:53Un crime presque parfait. Mais pour Palo, le meuble ne
- 28:57suffit pas, il faut aussi l'histoire, le storytelling en
- 29:01gros estampille, ébéniste, archives, provenance supposée,
- 29:04documentation retraçant le parcours de la pièce depuis le
- 29:0818e siècle. Rien n'est laissé au hasard.
- 29:11Grâce à sa connaissance des inventaires et des ateliers
- 29:13royaux, il construit des provenances crédibles et
- 29:16rattachent chaque siège à une commande qui a réellement existé
- 29:20dans le passé, un lieu ou encore une personne prestigieuse.
- 29:23Il va donc jusqu'à consulter les archives de Versailles, dans
- 29:25lesquelles il repère une série de 13 sièges commandés pour
- 29:29Marie Antoinette. 10 sont connus, 3 ont disparu.
- 29:33Un escroix ordinaire aurait tenté de recréer 2 paires
- 29:35complètes Papalo. Ce serait trop visible.
- 29:38Alors il procède autrement, une paire, puis un siège isolé,
- 29:43juste assez pour combler les vides des collections et jamais
- 29:46assez pour éveiller les soupçons.
- 29:48Les meubles apparaissent à des moments différents, accompagnés
- 29:50de provenances plausibles, comme si ces pièces perdues
- 29:53refaisaient lentement surface dans l'histoire.
- 29:55Parfois, l'explication est presque trop banale, une vieille
- 29:59dame de Neuilly qui lui aurait confié un siège en paiement
- 30:02d'une dette ancienne. Une histoire floue mais
- 30:04suffisante pour justifier l'absence de traces.
- 30:07Et à chaque fois, le scénario fonctionne, les meubles sont
- 30:10vendus, expertisés et ce qui est fou, malgré toutes les mains
- 30:14expertes dans lesquelles il passe, personne ne voit rien.
- 30:18Et c'est cette prudence, ce sens du détail et cette compréhension
- 30:22intime du système qui vont lui permettre de tromper pendant des
- 30:25années. Collectionneurs, marchands et
- 30:27même les institutions publiques, l'argent afflue sans problème.
- 30:31Mais avec ces réussites, ils en veulent toujours plus.
- 30:34La vente frauduleuse de 380000€ au Château de Versailles est
- 30:37loin d'être leur plus gros coup. Très, très loin.
- 30:40Au total, Bill Pallot et l'Ébéniste Bruno Denoux auraient
- 30:43escroqué près de 12000000 d'euros.
- 30:47L'enquête retient 7 faux sièges du 18e siècle fabriqués par le
- 30:50duo. Tous sont présentés comme
- 30:53provenant de grands ébénistes royaux.
- 30:55Folio, Jacob, Senay ou Delannoy. Parmi les ventes les plus
- 30:58spectaculaires figurent forcément les fausses chaises de
- 31:01Marie Antoinette, vendues près de 2000000 d'euros, mais aussi
- 31:05les chaises dites de la comtesse du Barry, favorite de Louis 15,
- 31:09achetées 1,60 8000000 d'euros par le Château de Versailles.
- 31:13Et à tout ça, on ajoute encore un autre siège attribué à Marie
- 31:17Antoinette, vendu 420000€. Tous ces meubles passent par des
- 31:22galeries et des maisons de vente.
- 31:24Certaines sont rapidement auditionnées par les enquêteurs,
- 31:26soupçonnées d'avoir fermé les yeux sur l'origine des pièces.
- 31:29Toutes affirment avoir été trompées.
- 31:31Selon elles, les faux étaient tout simplement indétectables et
- 31:34bientôt l'impensable se produit. Leurs chaises sont classées
- 31:38trésors nationaux, un lupin, du mobilier ancien.
- 31:42Mais derrière le personnage se cache surtout un escroc, et ça,
- 31:45il faut pas l'oublier. Lorsque Bill Palo est arrêté, la
- 31:48complexité de la fraude fascine presque trop.
- 31:51Dans le milieu de l'art, certains semblent plus
- 31:53admiratifs que choqués. Son arrestation ne marque pas
- 31:56vraiment une chute spectaculaire.
- 31:58Au contraire, elle lui permet d'asseoir sa légende.
- 32:00Même derrière les barreaux, Palo continue de cultiver son
- 32:03personnage. Chapitre 6, Tintin en milieu
- 32:09carcéral lorsque Bill Palo est mis derrière les barreaux à la
- 32:15maison d'arrêt d'Hosni, la scène est presque surréaliste.
- 32:19Il est en costume 3 pièces, les autres détenus en jogging.
- 32:22L'ambiance est très loin des salons parisiens, le bruit est
- 32:25constant, les installations minimales, les murs sont froids,
- 32:29blancs et à l'opposé de son appartement surchargé d'objets
- 32:32et de couleurs. Bill Pallot à la prison, c'est
- 32:35véritablement 2 mondes qui se rencontrent à son arrivée.
- 32:38Les remarques des autres détenus montrent bien que Bill est un
- 32:40prisonnier pas comme les autres. Eh Monsieur, on vous a serré à
- 32:43la sortie d'un mariage. Fidèle à son personnage, il se
- 32:46démonte pas, arrivé en prison, hein ?
- 32:47Au contraire, justement, il décide de vivre cette expérience
- 32:50jusqu'au bout, comme une étude sociologique.
- 32:52Dans plusieurs interviews, il va jusqu'à résumer sa période avec
- 32:55une formule comme lui seul sait le faire.
- 32:58Il se décrit comme Tintin en milieu carcéral, une image à la
- 33:02fois absurde mais révélatrice. Palo ne se voit pas comme un
- 33:05détenu ordinaire. Il se présente plutôt en fait
- 33:07comme un observateur plongé dans un univers étrange, un
- 33:11explorateur de prison. À aucun moment, en gros, il a
- 33:13l'impression d'appartenir à ce milieu.
- 33:16Pourtant bah lui aussi c'est un criminel comme les autres.
- 33:18Cette différence est quitte ou double, soit les autres détenus
- 33:22l'acceptent, soit il le rejette et finalement bah c'est la
- 33:26première option. Peu à peu, il trouve sa place,
- 33:29il participe à la vie de la détention et devient rapidement
- 33:32celui qui rédige les lettres pour les autres.
- 33:34Il tente aussi de se mettre en place un atelier pour les aider
- 33:37à faire leur CV. Et demande régulièrement l'accès
- 33:40à la bibliothèque. Mais cette distance, cette
- 33:42manière de transformer la prison en expérience presque
- 33:45intellectuelle repose aussi sur une réalité plus terre à Terre,
- 33:49Palo n'est pas un détenu comme les autres.
- 33:51Son parcours, son niveau de vie et son réseau le placent dans
- 33:54une situation très différente. De celles de la plupart des
- 33:57prisonniers, là où beaucoup purgent des peines longues, sans
- 34:00ressources ni appui. Lui, il sait qu'il retrouvera
- 34:02rapidement son monde dans ce contexte.
- 34:04Ses propos sur son expérience de Tintin en milieu carcéral ont
- 34:08fait sourire dans certains cercles cultivés.
- 34:11Mais ils ont aussi agacé ceux qui y voient les paroles d'un
- 34:13privilégié, mais surtout d'un criminel qui ne voit pas le mal
- 34:16qu'il a fait. Et il avait raison de ne pas
- 34:19s'inquiéter. Après tout juste 4 mois de
- 34:21détention préventive, il est libéré contre une caution de
- 34:2440000€. Étonnamment, à sa sortie de
- 34:26prison, le monde de l'art parisien ne lui tourne pas le
- 34:28dos. Bien au contraire.
- 34:29Dans ce petit monde où les réseaux et les réputations
- 34:31comptent parfois plus que les scandales, Bill pallot et
- 34:34rapidement, de tous les vernissages, il continue d'aller
- 34:37de soirée en soirée, comme si il ne lui est jamais rien arrivé.
- 34:41Comme si finalement il n'avait rien fait.
- 34:45De l'extérieur, c'est complètement lunaire.
- 34:47L'épisode carcéral est relégué à une simple parenthèse.
- 34:50Pour certains, l'affaire est presque du divertissement.
- 34:53Il continue d'apprécier le personnage, ses anecdotes et
- 34:56attendent même de voir ce qu'il fera ensuite.
- 34:59Pallot fascine et c'est sans doute l'une des clés pour
- 35:01comprendre l'homme. Mais d'autres voix s'élèvent,
- 35:04car pour beaucoup de professionnels, Bill Pallot a
- 35:07fait beaucoup de mal au métier. Chapitre 7, le procès.
- 35:14Il aura fallu presque 10 ans d'enquête pour que l'affaire
- 35:17arrive enfin devant la justice. Le 25 mars 2025, le procès
- 35:22s'ouvre au tribunal correctionnel de Pontoise.
- 35:24Sur le banc des accusés, entre autres complices, Bill Pallot et
- 35:28Bruno Desnou, 2 hommes désormais sexagénaires.
- 35:31Les charges sont lourdes, blanchiment à gravé, escroquerie
- 35:35en bande organisée et recel. Face à eux, le banc des parties
- 35:38civiles est plutôt intimidant, l'État français, le Château de
- 35:42Versailles et plusieurs collectionneurs privés, dont la
- 35:45famille Hermès. Tous estiment avoir été trompés.
- 35:49Parce que, au-delà des 1000000 d'euros en jeu, ce qui est jugé
- 35:52ici, c'est aussi l'humiliation pour le patrimoine français.
- 35:56Pendant des années, des faux sièges ont été achetés,
- 35:59expertisés et parfois exposés comme des chefs d'œuvre du 18e
- 36:03siècle. À la barre, Bill Palot ne se
- 36:05démonte pas, au contraire, il fait le show, costume
- 36:08impeccable, ton calme, étalage de science.
- 36:11Fidèle à son personnage, il transforme presque l'audience en
- 36:14conférence d'histoire de l'art. Ce qui choque l'Assemblée, c'est
- 36:17qu'il n'est pas venu en accusé. Il est venu en expert, heureux
- 36:20de raconter son exploit, il étale sa science sans l'once
- 36:23d'un remords. Il ne nie pas les faits, il les
- 36:25explique. Selon lui, tout cela relève
- 36:28presque du défi intellectuel. On s'est dit qu'on allait faire
- 36:30ça par jeux, pour voir si le marché de l'art voyait ou ne
- 36:33voyait pas. Et c'est passé comme une lettre
- 36:35à la poste. Pour la défense, l'affaire n'est
- 36:37pas vraiment une question d'argent.
- 36:39Il dit avoir voulu tester un système devenu aveugle, un monde
- 36:43où la réputation d'un expert pèse parfois plus lourd que
- 36:46l'examen des objets. Pour un des avocats, Emmanuel
- 36:49Pierrat, Bill Palo, au fond, c'est un gentlemen cambrioleur,
- 36:53un Arsène lupin que tout le monde admire.
- 36:55Pour eux, en fait, c'est juste une sorte de jeu d'égo.
- 36:58L'argument pourrait presque sembler crédible, mais un détail
- 37:01le contredit. L'existence d'un compte en
- 37:04Suisse de société écran et d'un montage offshore au Panama est
- 37:09révélé par le monde en 2017. Difficile de dire que Bill Palo
- 37:12n'est pas porté sur l'argent. La défense ne s'avoue pas
- 37:16vaincue pour autant. Si l'objectif avait été
- 37:18uniquement l'argent, expliquent les avocats.
- 37:21Palo aurait vendu ses pièces à l'étranger, là où il aurait été
- 37:24bien plus difficile de remonter jusqu'à lui.
- 37:27Mais une autre lecture est possible.
- 37:28Peut être que s'il est resté au cœur du marché français, c'est
- 37:31peut être simplement parce qu'il se pensait plus fort que tout le
- 37:34monde, plus fort que les enquêteurs, plus fort que les
- 37:36experts, plus fort que le système lui même.
- 37:39À ses côtés, Bruno Denoux affiche la même assurance.
- 37:42Il a presque 70 ans lors du procès, mais il ne plie pas
- 37:46devant les accusations. L'ébéniste ne minimise rien ou
- 37:48au contraire, hein ? Il revendique la qualité de son
- 37:50travail avec beaucoup de fierté. Lorsque certains experts
- 37:53affirment à l'audience que la fraude aurait pu être détectée
- 37:55avec plus de vérification par le Château de Versailles, Eh Ben il
- 37:59est outré. Il le vit comme une attaque
- 38:01personnelle. Pour lui, ses sièges ne sont pas
- 38:03des copies grossières, ce sont des œuvres d'art d'une
- 38:05technicité exceptionnelle. Et d'une certaine manière, bah,
- 38:09difficile de lui donner complètement tort.
- 38:11Dans son esprit, il est pas un faussaire, il est un artisan
- 38:15capable de rivaliser avec les maîtres du 18e siècle.
- 38:18Au fil des audiences, l'affaire éclabousse largement le marché
- 38:21de l'art. Galeries, maison de vente,
- 38:23expert. Plusieurs acteurs sont
- 38:25auditionnés, certains ont été soupçonnés d'avoir fermé les
- 38:28yeux, mais la plupart affirment tout simplement avoir été
- 38:31trompés. Enfin, le 11 juin 2025, le
- 38:34verdict tombe, Bill Palo est condamné à 4 ans de prison dont
- 38:374 mois fermes, déjà purgé lors de sa détention provisoire.
- 38:41Il écope également de 200000€ d'amende, d'une interdiction
- 38:43d'exercer comme expert pendant 5 ans et doit verser plus d'un
- 38:481000000 de dommages et intérêts aux victimes.
- 38:50Bruno Desnou est condamné à 3 ans de prison dont 4 mois ferme,
- 38:55ainsi qu'à des amendes. Mais pour Versailles, le statut
- 38:57de victime n'est pas totalement reconnu.
- 38:59Le tribunal relève des négligences dans le processus
- 39:03d'acquisition, l'institution ayant ignoré certaines alertes.
- 39:06Une phrase de Palau résume presque toute l'affaire.
- 39:10Si l'on est expert en faux, c'est qu'on est d'abord expert
- 39:14en vrai. Une formule provocatrice est
- 39:17peut être la clé pour comprendre comment pendant des années, 2
- 39:21hommes ont réussi à tromper tout un système dans le monde de
- 39:24l'art. Cette phrase choc, pour certains
- 39:26professionnels, cette affaire a profondément abîmé la
- 39:29crédibilité de toute une profession.
- 39:31L'expertise repose largement sur la confiance et en prouvant
- 39:35qu'un expert reconnu pouvait faire entrer des faux dans les
- 39:37collections les plus prestigieuses du pays.
- 39:40Pallot a jeté un doute durable sur tout le système et surtout,
- 39:44il a mis dans la tête du public que la contrefaçon n'est pas
- 39:47détectable et que donc les experts ne servent presque à
- 39:49rien. Beaucoup estiment donc que les
- 39:52sanctions restent relativement faibles au regard de l'ampleur
- 39:55du scandale. Car au final, Bill pallot ne
- 39:58retourne pas en prison. Mais c'est aussi parce que le
- 40:00montant total de l'arnaque est estimé à plus de 12000000
- 40:03d'euros. Autrement dit, même en étant
- 40:06condamnés, les 2 restent largement gagnants.
- 40:11Billpalo, vous l'avez compris, appartient à cette catégorie
- 40:14très particulière de personnages que l'on croirait sorti d'un
- 40:17roman. 2 hommes dont on admire presque le génie alors même
- 40:21qu'ils ont commis un crime. Peut être parce qu'ici il n'y a
- 40:24pas de violence ni brutalité, seulement de l'intelligence, de
- 40:28la méthode et un système bien pensé que peu de gens auraient
- 40:32imaginé qu'il puisse exister. Avec billpalo, on a parfois
- 40:36l'impression d'être dans un scénario de film.
- 40:38Et je dois l'avouer, bah je suis sans doute le premier à être
- 40:41fasciné par ce genre d'histoire. Leur seule véritable erreur dans
- 40:44toute cette affaire, c'est un détail presque banal, un
- 40:47virement bancaire entre la Suisse et le chauffeur de la
- 40:50maison de vente, le seul domaine où ils n'étaient pas experts.
- 40:53Et c'est précisément là que tout s'est effondré.
- 40:56En lisant le déroulé du procès, on a presque l'impression qu'ils
- 40:59savaient que l'histoire finirait ainsi.
- 41:01Comme si, d'une certaine manière, cela faisait partie du
- 41:04jeu depuis le début. Comme si ils attendaient ce
- 41:05moment où tout serait dévoilé. Où le système comprendrait enfin
- 41:09comment il avait été trompé et où l'ampleur de leur coup serait
- 41:13enfin révélé au grand jour. Et avec leur génie villepalo, à
- 41:17la fin du procès, conclut l'affaire avec une audace qui
- 41:20lui ressemble parfaitement, une simple phrase, on aurait pu
- 41:23faire mieux. Cette phrase, elle est
- 41:26fascinante parce qu'elle résume presque toute l'ambiguïté de ses
- 41:28affaires, d'un côté un crime et de l'autre bah une forme de
- 41:33performance. Et c'est peut être ça le plus
- 41:34troublant. Cette frontière très floue entre
- 41:37l'arnaque et le défi. Mais derrière ces histoires
- 41:39presque romanesques, il y a aussi une réalité beaucoup plus
- 41:42concrète, beaucoup plus humaine. Parce que toutes les
- 41:45escroqueries dans le monde de l'art ne sont pas menées par des
- 41:48figures comme Bill Palo. Certains sont plus proches, plus
- 41:51actuels. Et justement, pour comprendre
- 41:53comment on entre vraiment dans ce type d'affaire, Eh Ben j'ai
- 41:56voulu poser la question à 2 personnes qui l'ont vécu de
- 41:59l'Intérieur. Parmi les affaires plus
- 42:01récentes, il y a celle de Yaël Marciano, Jean Charles Villa et
- 42:04Éric le Thiec. Qu'on peut notamment retrouver
- 42:06dans le docu fake you, une vraie histoire de faux, disponible sur
- 42:10Canal plus. Dans cette affaire, chacun a un
- 42:13rôle assez clair. On a Éric le Thiec, qui est le
- 42:15faussaire, celui qui est déjà dedans et qui transmet son
- 42:18savoir, Yaël marciano, le vendeur, celui qui présente les
- 42:22pièces et qui convainc, et Jean Charles Vila, l'artisan, celui
- 42:26qui fabrique une grande partie de ce qu'ils font, tourne autour
- 42:30d'œuvres attribuées à César parce que l'artiste vient de
- 42:32disparaître. Les prix montent alors du coup
- 42:35ils en profitent, ils produisent des copies mais aussi des
- 42:38fausses nouvelles œuvres qui font passer pour authentiques et
- 42:41très vite. Et bah le système prend, les
- 42:43ventes s'enchaînent, l'argent circule et la frontière entre le
- 42:46vrai et le faux devient de plus en plus flou.
- 42:49Et c'est ça que j'ai voulu comprendre avec.
- 42:51Eux, c'est plus une question d'argent.
- 42:54Ou alors plutôt de frissons et d'une envie en fait de de
- 42:57d'avoir des de l'adrénaline de faire quelque chose d'un petit
- 43:00peu fou. Moi je pense que c'est au départ
- 43:02c'est c'est la curiosité le truc où oui y a l'argent mais non
- 43:05c'est pas là finalité, elle est pas au départ pour.
- 43:06L'argent ? C'est le truc.
- 43:08Ah non mais c'est trop drôle. Ah ouais, d'accord, OK.
- 43:10Ah moi c'était ça le challenge quoi.
- 43:11Et je vais faire de plus en plus gros jusqu'à ce jusqu'à ce que
- 43:13ça pète en fait et ça pétait pas.
- 43:15Quand vous faisiez bah certaines heures, est ce que vous cherchez
- 43:18à ce que chaque œuvre soit parfaite, absolument parfaite ?
- 43:23Ou alors non que ça soit. Tout simplement crédible.
- 43:25Et en fait, c'est l'histoire qu'on va raconter derrière qui
- 43:27va vraiment pousser l'œuvre à à être vendue ou.
- 43:30Alors justement pour pour pour les faux justement, il faut pas
- 43:32faire du parfait. OK donc il faut pas surtout pas
- 43:35faire du propre en fait l'artiste il est pas on n'est
- 43:38pas propre. Ouais ouais bah on peut y avoir
- 43:40des tâches donc il faut pas se focaliser là-dessus.
- 43:42Il faut comprendre en fait, pour moi c'est c'est vraiment
- 43:44mathématique, les premiers peintres du 7e, ils calculaient
- 43:47en fait pour les proportions, et cetera.
- 43:48Et donc moi je marche comme ça. Bah il y a le personnage aussi
- 43:50hein, il y a la façon de de voilà de trouver la carte un
- 43:54petit peu d'un fils héritier un peu barge qui dilapidée, c'est
- 43:57ça aussi qui qui leur plaisait aussi.
- 43:59Ils disaient alors le tort. Ils aimaient bien jouer un peu
- 44:01ce personnage, ils essaient de raconter des, des, des, des
- 44:03choses d'envelopper. Bah là c'était pour arriver à
- 44:06mes fins mais mais c'est vrai que moi je trouve que la vie
- 44:08elle est. Voilà, elle est un peu pâle
- 44:10quoi. Si, si, on s'amuse.
- 44:12Pas quoi. Voilà vous inventez un
- 44:13personnage, donc Alexandre, et est ce que ?
- 44:16Bah à ce moment-là le fait de vous créer un personnage ça vous
- 44:19aide à vous détacher un petit peu.
- 44:22Ce que de ce que vous faisiez c'est un personnage, ça existe
- 44:24pas et là. Ah bah c'était ça.
- 44:26Ah bah c'était là là là je raconte ce que je veux et j'y
- 44:29allais. Mais mais j'étais moins moins
- 44:31serein quand même. Et ce que disait Jean Charles
- 44:33tout à l'heure très justement, c'est que quand tu vas vendre,
- 44:36c'est pas tant l'œuvre en elle même.
- 44:38C'est évidemment ça vient, c'est l'histoire autour.
- 44:41Vous avez déjà culpabilisé ? Ou alors pas du tout par rapport
- 44:45à être impliqué dans l'affaire, de se dire est ce qu'on va se
- 44:47faire choper ? Bah moi j'ai moi, j'ai
- 44:49culpabilisé, grave. Parce que de base vous étiez pas
- 44:53de nescroc vous, mais non. Pas du tout.
- 44:54Pas du tout. Ça m'amène sur une autre
- 44:56question du coup, c'est qu'à partir du moment où vous étiez,
- 44:58bah voilà on s'était lancé, vous étiez impliqué dans toute cette
- 45:02affaire que on va tout rouler. C'est une double question.
- 45:05C'est déjà est ce que votre entourage il était au courant ?
- 45:08Et est ce que ça a créé des tensions dans votre famille ?
- 45:11Bah moi moi ma famille c'est mon père, il a jamais fumé un
- 45:14pétard, mon père ma mère. Et c'est des gens de roi qui ont
- 45:18toujours travaillé, toujours payé leurs impôts, enfin qui ont
- 45:20jamais fait un truc de traviol. Je leur dis pas quoi en fait ?
- 45:23Je veux pas du tout les mêler à ça et voilà, je veux surtout les
- 45:26laisser loin de ça. Est ce que aujourd'hui, avec le
- 45:29recul, ça vous a vraiment plus rapporté de l'argent ou alors
- 45:34vous êtes perdant au final ? Oui, je suis perdant.
- 45:37Ça c'est clair, je suis perdant parce que parce que ça colle
- 45:41hein l'histoire donc même encore pour qu'on tapait mon nom sur
- 45:44Google, Ben Bon hop donc n'importe quelle affaire, moi
- 45:47j'ai fait un jeu, après j'ai inventé un jeu, j'ai gagné des
- 45:49concours et cetera. le PDG de windev il me il me dans son
- 45:52bureau, il me dit mais un mec comme toi t'es intelligent et
- 45:53tout t'es tu tu vas tout me voler en 5 Min et là moi j'étais
- 45:56surpris quoi, parce que moi je suis pas comme ça, c'est pas
- 45:58moi, je suis pas un escroc en fait, je suis pas un voleur.
- 46:01Non, moi ça m'a bousillé moi, moi, Éric, 2 ans, avec Éric.
- 46:05Ça m'a, ça m'a fait perdre la notion de l'argent parce que moi
- 46:07j'avais j'avais pas leur âge hein, j'avais 23 ans.
- 46:09Moi j'étais un monde. Moi ça m'a hanté et ça m'a ça
- 46:13m'a un peu disjoncté la tête aussi hein, parce que on a on a
- 46:16beaucoup abusé de de drogue, de machin.
- 46:18Et puis l'argent trop facile quand tu l'as trop jeune.
- 46:20Va travailler après pour 231000 balles du matin au soir à te
- 46:24faire parler à machin à truc. On vend ça à certains
- 46:27professionnels, à certaines personnes, et les experts ne le
- 46:30détectent pas vraiment. Est ce que ça vous ?
- 46:32C'est un peu l'ego, mais de se dire que on est en train de de
- 46:34de duper des personnes qui normalement ont les compétences
- 46:38pour ne pas être duper et détecter que c'est du vrai.
- 46:41Moi j'étais, je me disais, mais mais c'est c'est incroyable, les
- 46:44plus grands experts. Et ils le savent encore pas.
- 46:46Tu sais qu'y en a plein sur le marché même aujourd'hui il parle
- 46:49de la fiac mais tu vas encore aujourd'hui dans des stands.
- 46:52YAY en a plein, ils ont pas, ils ont pas tout, ils ont pas pu
- 46:54tout récupérer, c'est des vrais faux en fait mais que ils
- 46:57s'étaient tellement bien fait. T'es en fait pendant un an tu
- 47:00peux pas être tranquille tant qu'il y a pas eu le procès, tu
- 47:02sais pas si tu. Vois bien sûr ou pas.
- 47:04Donc ça a été 9 ans atroce. Donc à vivre.
- 47:06Non, je le je, j'ai pas envie de le revivre quoi.
- 47:09Ça a été des années terribles. Serons la conclusion est ce que
- 47:11vous êtes fier au final de de de tout ce qui s'est passé ?
- 47:14Moi, quand je suis fier de moi, je suis fier de moi.
- 47:15Si je gagne une course de moto, je suis un compétiteur.
- 47:18Ouais là non, je suis pas très fier de moi parce que je me suis
- 47:21fait attraper quoi hein ? Quand on se retrouve en prison,
- 47:23on a tout. Perdu hein ?
- 47:24Bah merci beaucoup Jean Charles pour le les réponses aux
- 47:26questions. Merci beaucoup pour toutes les.
- 47:28Réponses, merci à toi. Au fond, dans toutes ces
- 47:31affaires, il y a toujours la même mécanique.
- 47:33On pourrait croire que tout repose sur le faux, mais en
- 47:35réalité, tout repose sur la confiance, la confiance dans une
- 47:39parole, dans une image, dans une réputation.
- 47:42Et c'est souvent ça qui rend ces histoires aussi fascinantes.
- 47:45C'est parce que c'est tout un système entier qui à un moment
- 47:48arrête de vérifier. Dans le monde de l'art, il
- 47:50suffit parfois qu'une chose ait l'air crédible pour qu'elle le
- 47:52devienne aux yeux de tout le monde.
- 47:54Et c'est là que ça devient troublant.
- 47:56Parce que derrière le côté presque romanesque de ces
- 47:58affaires, bah faut pas oublier une chose, ça reste des crimes.
- 48:01Des crimes sans violence peut être, mais ça reste des crimes
- 48:05quand même. Et si l'affaire de Yaël Marciano
- 48:07et Jean-Claude Villa vous intrigue, Eh Ben vous pouvez
- 48:09découvrir leur histoire dans fake you, une vraie histoire de
- 48:12faux disponible sur Canal plus. Le lien est en description, on
- 48:17se retrouve très vite pour une prochaine vidéo et son équipe.