Latest / ArtEcoVert La voix de la couleur végétale et des plantes tinctoriales / E126 Anne Varichon - Anthropologie de la couleur végétale : Couleurs, matières, peuples, histoires,... transmettons !
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- 0:00Bonjour et bienvenue dans le podcast ARTECOVERT,
- 0:03le podcast qui vous parle d'art,
- 0:05d'écologie et de verdure.
- 0:07Je suis Pauline Leroux,
- 0:09ingénieure agronome passionnée de plantes,
- 0:11et je vous emmène à la découverte de la couleur végétale et de toutes ses applications.
- 0:16Que ce soit dans le textile,
- 0:18l'ameublement,
- 0:19l'artisanat,
- 0:20la décoration et dans d'autres domaines,
- 0:23chaque jeudi et samedi à 7h30,
- 0:26je vous propose des épisodes riches avec des invités passionnants
- 0:30pour approfondir le sujet de la couleur végétale sur toute la chaîne de valeur.
- 0:35Mon but,
- 0:36fédérer et démocratiser la couleur végétale dans le monde.
- 0:40Alors c'est parti,
- 0:41bonne écoute !
- 0:45Donc bonjour à tous,
- 0:46je suis ravie d'accueillir sur le podcast ArtEcoVert Anne Varichon.
- 0:49Bonjour Anne.
- 0:50Bonjour.
- 0:51Alors après de nombreuses péripéties,
- 0:53on a réussi à enregistrer toutes les deux,
- 0:56donc je suis vraiment ravie de t'avoir.
- 0:58Je sais qu'il y a beaucoup d'auditeurs qui attendent avec impatience ton épisode.
- 1:02Ma première question,
- 1:03c'est est-ce que tu peux te présenter et raconter ton parcours dans la couleur,
- 1:08la couleur végétale,
- 1:10pour nos auditeurs ?
- 1:13Alors,
- 1:15donc,
- 1:16je suis anthropologue spécialisée dans les matériaux procédés et pensés de la couleur.
- 1:24Et mon parcours…
- 1:27étrangement à commencer par des études de sage-femme,
- 1:32ce qui est peut-être un peu étonnant,
- 1:34mais voilà,
- 1:35parfois la vie nous conduit sur des chemins,
- 1:37et j'avais vraiment cette envie d'être sage-femme.
- 1:39Bon,
- 1:40ça,
- 1:40ce n'est pas vrai,
- 1:40parce que je n'ai jamais été très très forte en concours.
- 1:43Et du coup,
- 1:46j'ai basculé vers l'archéologie islamique,
- 1:49c'est quand même un grand pas,
- 1:51et dans l'archéologie islamique,
- 1:54en fait,
- 1:55ma conduite...
- 1:55à une discipline qu'on appelle l'ethnoarchéologie,
- 1:58qui est une discipline peu connue mais qui est très intéressante parce qu'elle vise à s'inspirer des scénarios vivants dans des communautés,
- 2:05notamment techniques,
- 2:06pour essayer de mieux comprendre des scénarios fossiles qu'on retrouve dans les fouilles.
- 2:10Donc c'est une discipline qui établit ce lien-là temporel qui est très très riche.
- 2:17Et de là,
- 2:18je suis passée à l'anthropologie.
- 2:20Et donc j'ai soutenu un double cursus universitaire.
- 2:25archéologie et anthropologie,
- 2:29qui très très vite m'a amenée à me poser des questions sur la couleur,
- 2:32parce que c'était une dimension qui était sans cesse invoquée,
- 2:36mais qui n'était jamais contextualisée,
- 2:38c'est-à-dire qu'on ne savait pas qui la faisait,
- 2:40avec quoi,
- 2:41comment,
- 2:42pour qui,
- 2:42pourquoi.
- 2:44Et donc j'ai commencé vraiment à être en alerte sur cette question-là.
- 2:53J'ai rapidement fait...
- 2:55pris des responsabilités comme commissaire d'exposition,
- 2:58notamment à l'Institut du monde arabe,
- 3:01au Louvre,
- 3:02au musée du Petit Palais.
- 3:03Et en fait,
- 3:05je faisais dans ce cadre là aussi des terrains ethnographiques.
- 3:09Et donc,
- 3:09j'ai commencé vraiment à être très,
- 3:10très attentive à ce qui se passait autour de la couleur.
- 3:13Et à partir de la fin du milieu des années 80,
- 3:17j'ai commencé à dédier vraiment mes terrains de recherche à la couleur et notamment au Maroc,
- 3:21puisque j'étais
- 3:23Je parlais un peu l'arabe et puis je savais le lire.
- 3:26Et c'est un pays que je connaissais bien,
- 3:28dont je connaissais bien aussi la culture,
- 3:29la culture arabo-islamique qui est très riche en différentes techniques artisanales et artistiques.
- 3:37Donc,
- 3:37je suis un peu partie de là.
- 3:41Et donc,
- 3:42j'ai fait plusieurs terrains au Maroc.
- 3:43Et peu à peu,
- 3:44en fait,
- 3:44j'ai dessiné ce qui s'est avéré être une forme de cartographie d'un impensé.
- 3:50Il y a quelque chose qui est extrêmement présent.
- 3:53dans le discours,
- 3:55dans les écrits,
- 3:55etc.,
- 3:56mais qui n'est jamais travaillé en profondeur.
- 3:59Du coup,
- 4:00en fait,
- 4:02j'ai cherché des ouvrages qui répondent à la question que je me posais.
- 4:06Et à cette époque-là,
- 4:08donc fin des années 80 jusqu'au milieu des années 90,
- 4:12il n'y avait pratiquement rien sur la couleur à part des ouvrages d'ésotérisme,
- 4:15ce qui n'était vraiment pas ma tasse jetée.
- 4:19Et je me suis dit,
- 4:20si ce livre n'existe pas,
- 4:21tant pis,
- 4:21je vais l'écrire.
- 4:26Et c'est vraiment quelque chose qui était inscrit en moi,
- 4:28parce que j'ai toujours énormément travaillé la matière.
- 4:32J'ai beaucoup bricolé,
- 4:33j'avais une vieille voiture.
- 4:35À une époque,
- 4:35j'avais une aronde,
- 4:36je réparais mon aronde.
- 4:37C'était assez simple,
- 4:38c'était de la mécanique de base.
- 4:39Je fabriquais des meubles,
- 4:41je manipulais énormément la matière.
- 4:43Et j'ai toujours eu une confiance totale dans ce dialogue qui se lie avec les choses,
- 4:49qui guide le geste en fait.
- 4:51qui donne la bonne procédure.
- 4:52Il suffit de se laisser guider.
- 4:54Et en fait,
- 4:55j'ai abordé la recherche exactement de la même façon.
- 4:57Donc,
- 4:58j'aborde le terrain.
- 4:59Et là,
- 4:59surgit des hypothèses que j'ai retravaillées et construire un peu à peu une recherche.
- 5:05Et dans ce même mouvement,
- 5:06en fait,
- 5:07puisque ce livre n'existait pas,
- 5:08comme si les choses dont j'avais besoin n'existaient pas,
- 5:11tant pis,
- 5:11je les ai fabriquées.
- 5:12Et c'est comme ça que j'ai publié « Couleur » ,
- 5:14qui est sorti en 2000,
- 5:17qui a été rapidement traduit en…
- 5:19en anglais,
- 5:20en japonais,
- 5:21en coréen.
- 5:23en espagnol aussi.
- 5:25Et en fait,
- 5:26je me suis retrouvée,
- 5:29pas vraiment,
- 5:30de façon un peu,
- 5:31sans même l'avoir imaginée,
- 5:33spécialiste de la couleur.
- 5:35Et je me suis retrouvée actrice d'une discipline qu'on peut appeler l'anthropologie de la couleur,
- 5:43ce qui est un peu un pléonasme,
- 5:45dans la mesure où,
- 5:46dès qu'il y a...
- 5:47Enfin,
- 5:47l'anthropologie culturelle de la couleur,
- 5:49c'est un peu un pléonasme,
- 5:50parce que dès qu'il y a couleur,
- 5:51il y a culture.
- 5:52et dès qu'il y a culture,
- 5:53il y a couleur.
- 5:54Mais bon,
- 5:55bref,
- 5:55j'ai développé quand même des méthodes spécifiques pour aborder ces terrains.
- 5:59Et donc,
- 6:00j'ai publié plusieurs autres ouvrages,
- 6:03énormément de communications scientifiques.
- 6:07Et puis un jour,
- 6:08je m'étends peut-être un peu trop là,
- 6:10non ?
- 6:10Non,
- 6:10non,
- 6:10non,
- 6:10au contraire.
- 6:11Vas-y,
- 6:11Anne,
- 6:12c'est hyper passionnant.
- 6:13Non,
- 6:14et en fait,
- 6:14un jour,
- 6:15j'ai eu le projet de valider une thèse sur publication.
- 6:19C'est une…
- 6:20une possibilité ouverte à des chercheurs qui ont déjà énormément publié,
- 6:24plutôt que d'ouvrir une nouvelle recherche,
- 6:26de reprendre leurs travaux et d'en tirer une sorte de condensé.
- 6:31Donc c'était assez cool,
- 6:32je pouvais boucler le truc en six mois et puis en fait j'ai basculé sur un autre projet qui me tenait à cœur et j'ai décidé de travailler sur l'échantillonnage de la couleur.
- 6:43Donc en 2007 j'ai attaqué ce gros chantier de travailler sur l'échantillonnage de la couleur.
- 6:49et là ils se sont ouverts quatre années de travail acharné.
- 6:52À une époque j'avais des enfants petits où je travaillais énormément,
- 6:55mais bon voilà j'ai fait ça et ça a donné lieu à une thèse de doctorat que j'ai soutenue à Toulouse sur l'échantillonnage de la couleur et les nuanciers.
- 7:05Et il m'a fallu plus de dix ans pour en tirer un ouvrage destiné au grand public.
- 7:11On pourra peut-être y revenir puisque pour moi c'est vraiment presque de l'ordre du militantisme.
- 7:18Et voilà,
- 7:19donc depuis,
- 7:20je continue mes recherches toujours sur ce thème.
- 7:23D'accord.
- 7:23Voilà,
- 7:23en gros.
- 7:24Donc,
- 7:24c'est un parcours,
- 7:25c'est vrai,
- 7:25qui est un petit peu atypique.
- 7:29Bon,
- 7:29voilà.
- 7:30C'est top.
- 7:33J'ai plein de questions,
- 7:34du coup.
- 7:34Je vais reprendre du début.
- 7:37Tu t'es posé une question quand tu faisais de l'ethno-archéologie.
- 7:41Pour qui,
- 7:41pourquoi,
- 7:43comment ils faisaient la couleur ?
- 7:44Est-ce que tu peux nous dire un petit peu ?
- 7:45Parce qu'effectivement...
- 7:48À quel moment c'est apparu ?
- 7:50Quelles étaient les couleurs utilisées à l'époque ?
- 7:53Je sais aussi qu'on m'a parlé beaucoup des couleurs minérales qui sont apparues.
- 7:58Est-ce qu'elles sont arrivées avant ?
- 7:59Après,
- 8:00est-ce qu'on sait un petit peu ça ?
- 8:02On m'a parlé que c'était d'abord le minéral,
- 8:05puis on a mis des jus de plantes,
- 8:06puis on s'est rendu compte que les plantes...
- 8:09Qu'est-ce que toi,
- 8:09tu perçois là-dessus ?
- 8:14C'est ton idée,
- 8:15ton ressenti,
- 8:17ton analyse.
- 8:18En fait,
- 8:18il y a un biais qui est lié à la matérialité de la couleur.
- 8:24La couleur végétale va pouvoir imprégner des bois,
- 8:27des cheveux,
- 8:29des fibres de différentes natures,
- 8:32mais ce sont souvent des matériaux périssables,
- 8:36plus périssables en tout cas que les pigments,
- 8:39qui eux vont pouvoir durer sur des durées extrêmement longues.
- 8:44Je pourrais te dire...
- 8:46je dis de mémoire,
- 8:47je ne voudrais pas dire des bêtises,
- 8:48mais les premières traces d'un contact entre l'embryon d'humanité,
- 8:55on est vraiment très très loin,
- 8:56je crois que c'est il y a plus d'un million d'années,
- 8:59dans les grottes de l'Aube-Doubaille,
- 9:02où on a retrouvé des traces de nos ancêtres,
- 9:06très très lointains,
- 9:06et des traces d'ocre.
- 9:08Voilà,
- 9:09on ne sait absolument pas du tout comment ce lien s'est tissé,
- 9:13mais il y a…
- 9:14La seule chose qu'on peut dire,
- 9:15c'est qu'il y a côtoiement de couleurs et d'embryons d'humanité.
- 9:20Ensuite,
- 9:20à partir,
- 9:24dans les périodes suivantes,
- 9:25et notamment,
- 9:27il y a un site qui s'appelle Rav Sed,
- 9:28en Israël,
- 9:29où on a retrouvé dans le cadre du rite funéraire des sépultures,
- 9:35à partir du moment où les communautés humaines cessent de laisser le mort là où il est tombé,
- 9:41il va y avoir souvent accompagnement.
- 9:43avec des objets,
- 9:44différentes choses.
- 9:46On a retrouvé l'ocre,
- 9:48beaucoup.
- 9:48L'ocre rouge ou du cinâtre,
- 9:50d'ailleurs souvent rouge aussi,
- 9:51des pigments souvent rouges,
- 9:53mais on sait très peu de choses et on ne sait surtout pas s'il n'y avait pas de la fourrure,
- 9:59des herbes,
- 9:59des fleurs,
- 10:00des aliments.
- 10:02On ne retrouve que ce que la nature,
- 10:04que ce que le temps a pu préserver.
- 10:06Donc il y a ce biais qui est très important,
- 10:09qu'il faut prendre en compte.
- 10:11Dire que la teinture végétale est avant ou après la couleur minérale,
- 10:19je pense que j'aurais tendance à dire que...
- 10:24que la teinture végétale quand même,
- 10:26obligeant souvent à des techniques assez abouties,
- 10:32complexes,
- 10:35c'est quand même plus facile de prendre une poignée de sable au creux et d'en frotter une peau ou sa peau que de faire,
- 10:43ne serait-ce que faire bouillir de l'eau,
- 10:44ce n'est pas évident,
- 10:45pour pouvoir faire une décoction des colorants végétaux.
- 10:51Mais là,
- 10:51je dis ça vraiment,
- 10:52c'est une intuition qui n'est absolument pas étayée,
- 10:54que j'aurais quand même tendance à dire que la couleur minérale est plus accessible,
- 11:00parce qu'en plus,
- 11:00elle est visible.
- 11:01La couleur végétale,
- 11:02elle est pratiquement tout le temps cachée.
- 11:04Donc,
- 11:06en se remettant un petit peu dans cette aube de l'humanité,
- 11:10je pense que quand même la couleur minérale a précédé.
- 11:14D'accord.
- 11:14mais je ne suis pas du tout préhistorienne non non c'est ton intuition et c'est intéressant d'échanger alors ensuite j'ai parcouru tes livres comme je t'ai dit j'ai pas eu le temps de tout lire mais c'est vraiment mon objectif parce que je suis très très étonnée de tous
- 11:32les pays tous les peuples tous les liens à la couleur que tu as pu faire j'hallucine vraiment je me dis mais combien de vie à Anne en vrai donc ce que je voulais te demander c'est de
- 11:44Donc,
- 11:45ces plantes utilisées,
- 11:49est-ce que ce sont les mêmes qu'aujourd'hui ?
- 11:51Ou est-ce qu'il y a eu des changements,
- 11:55des grandes évolutions ?
- 11:56Ou est-ce qu'en fait,
- 11:57avant,
- 11:58on utilisait finalement les mêmes ressources tinctoriales en termes de plantes qu'aujourd'hui ?
- 12:03Alors,
- 12:04il faut quand même vraiment que je précise que je ne suis pas du tout spécialiste de teinture végétale.
- 12:08Moi,
- 12:08je suis spécialiste de la couleur,
- 12:09c'est-à-dire que la teinture végétale,
- 12:12j'en identifie vraiment la richesse.
- 12:14en termes de procédés,
- 12:15de techniques,
- 12:16de savoir-faire,
- 12:17de savoir-faire,
- 12:18de la transmission aussi,
- 12:19c'est quelque chose de très très important.
- 12:22Mais ce n'est jamais qu'un moyen parmi d'autres,
- 12:26dans mes recherches,
- 12:27de conférer de la couleur à quelque chose ou à quelqu'un pour délivrer un élément de culture.
- 12:32Et moi,
- 12:33ma recherche,
- 12:34elle porte sur l'élément de culture.
- 12:36Donc,
- 12:38la teinture végétale,
- 12:39il y a des gens qui sont bien bien plus pertinents que moi.
- 12:43Je pense qu'il est difficile d'imaginer qu'il y ait une constante dans l'emploi des teintures végétales parce que le climat change,
- 12:51que ne serait-ce que de passer de la plaine au piémont,
- 12:55on ne va pas du tout avoir les mêmes plantes.
- 12:57Je pense qu'on a repéré des plantes qui donnaient plus de la couleur que d'autres,
- 13:03qui étaient peut-être aussi plus faciles d'accès,
- 13:05mais ça dépend tellement des critères liés au climat,
- 13:09à l'altitude,
- 13:10etc.
- 13:12que je pense qu'il y a eu énormément de modifications au cours des temps,
- 13:17et puis surtout sur l'ensemble de la planète,
- 13:19on a un panorama absolument colossal.
- 13:21Ce qui est,
- 13:22à mon avis,
- 13:23important de comprendre,
- 13:24c'est que partout,
- 13:25dans les contrées les plus dépourvues de ressources,
- 13:29comme par exemple les milieux de l'Arctique,
- 13:34on va avoir quand même recherche de choses qui colorent,
- 13:36ne serait-ce que du sang qui est en ce...
- 13:40En s'occidant,
- 13:40on va laisser une trace marron,
- 13:42donc c'est une couleur qui n'est pas vraiment vive,
- 13:44mais qui est une couleur quand même,
- 13:45une trace.
- 13:47Et partout,
- 13:47partout,
- 13:48je pense qu'il y a eu recherche de couleurs pour signifier,
- 13:51mettre en avant quelqu'un pour le magnifier ou au contraire pour signaler sa position d'exclu dans une communauté.
- 13:59Voilà,
- 14:00donc c'est vraiment le signal majeur qu'utilisent des communautés pour trier les individus.
- 14:07C'est ça que j'allais te demander dans ton livre.
- 14:10Donc,
- 14:12j'ai pu le titre où tu parles énormément des hommes et de la couleur.
- 14:17Est-ce que tu peux nous dire,
- 14:19donc là,
- 14:19tu viens un peu de nous titiller en nous disant,
- 14:21voilà,
- 14:21on signifie la place de l'homme dans la communauté.
- 14:25La couleur,
- 14:25elle servait globalement à quoi ?
- 14:28On a,
- 14:30voilà,
- 14:30comme première idée,
- 14:32des rites.
- 14:34des ornements,
- 14:35etc.
- 14:36Est-ce qu'on est dans le juste ou est-ce qu'il y a aussi un biais ?
- 14:38Est-ce qu'on a fait des raccourcis ?
- 14:40Et à quoi sert la couleur pour toi,
- 14:43pour les peuples ?
- 14:45Et est-ce qu'il y a des points communs,
- 14:47en fait ?
- 14:47Est-ce qu'il y a un usage de la couleur commun entre tous les peuples du monde ?
- 14:51Vaste question !
- 14:54La couleur,
- 14:55c'est une pellicule d'une apparence visuelle qui est apposée sur un bâti.
- 15:03une peau,
- 15:04un tissu,
- 15:07un lieu,
- 15:08pour le mettre en évidence.
- 15:15Cette propriété de ce que j'appelle le signal majeur,
- 15:19c'est un signal majeur parce qu'il est très efficace.
- 15:21Notre système visuel est parfaitement performant pour aller repérer une couleur dans un environnement donné.
- 15:28Donc évidemment,
- 15:29dans un environnement très vert,
- 15:31il y a des couleurs qui vont émerger.
- 15:33Dans un environnement très bleu,
- 15:34ce sont d'autres couleurs.
- 15:35Ça,
- 15:36c'est lié vraiment à la physiologie du système visuel.
- 15:38Mais cette propriété qu'on appelle les propriétés classificatoires de la couleur,
- 15:44a vraisemblablement été repérée très tôt parce qu'elle fait vraiment partie de la substance,
- 15:52des techniques de survie,
- 15:53de pouvoir aller repérer le fruit mûr de celui qui ne l'est pas et à partir de là,
- 15:57établir une catégorie.
- 15:59La framboise est mûre quand elle est rouge,
- 16:02la mûre est mûre quand elle est noire.
- 16:05On va établir comme ça des catégories sur ce que j'appelle le mode de lecture de l'environnement.
- 16:09Mais on peut aussi écrire son environnement.
- 16:12Et là,
- 16:13il y a,
- 16:14je pense,
- 16:14de façon très très très commune,
- 16:17un usage de la couleur,
- 16:18parce qu'on peut y avoir un accès quand même assez aisé,
- 16:24et que ça va permettre d'être un repère très pratique pour signaler la prostituée,
- 16:30pour signaler le fou,
- 16:32pour signaler le chef évidemment,
- 16:38le pauvre,
- 16:39celui qui est étranger,
- 16:40etc.
- 16:42se servir de la couleur pour signifier,
- 16:45pour que dans une foule on puisse repérer du premier coup d'œil comment s'organisent un peu les choses et se mettre en posture de vigilance si c'est l'étranger,
- 16:53parce qu'on sait très bien que l'étranger c'est forcément une menace,
- 16:57ou alors au contraire se mettre en attitude de dévotion face à un personnage important.
- 17:05Mais ça peut être aussi,
- 17:06en Inde les femmes portent ce qu'on appelle le sari debout,
- 17:09les femmes hindoues.
- 17:10Quand elles perdent leur mari,
- 17:11elles arborent à ce moment-là un sari blanc,
- 17:15qui est le sari où il y a eu pendant très très longtemps en Europe occidentale la coutume de porter un brassard noir quand on était en deuil.
- 17:27Et ça veut dire quoi ?
- 17:31À ce moment-là,
- 17:32la couleur a quoi comme rôle ?
- 17:34Elle a le rôle de dire
- 17:36« attention, je suis affligée,
- 17:39je suis… »
- 17:39fragilisé.
- 17:42Et en fait la communauté détectant ce signal va pouvoir jouer son rôle aussi de soutien.
- 17:51On ne va pas s'adresser à quelqu'un qui est manifestement en deuil comme on s'adressera à quelqu'un qui visiblement ne l'est pas.
- 17:57Et donc cet ensemble de signes ténus participent à un fonctionnement de la société et pour reprendre cet exemple du brassard noir ou de la bille de deuil,
- 18:07ça a complètement disparu.
- 18:09Si bien que ce rôle de soutien à la société face à une personne qui est fragile a disparu avec.
- 18:18C'est-à-dire qu'on se retrouve dans la foule,
- 18:20sans que personne ne sache qu'on est triste et qu'on est fragile.
- 18:24Et du coup,
- 18:26ce Ausha ne joue pas.
- 18:28C'est ce que j'allais te dire.
- 18:29Je trouve qu'aujourd'hui,
- 18:30la couleur est faite pour se faire remarquer,
- 18:35mais pas forcément signifier quelque chose de particulier.
- 18:39On parle beaucoup de colorimétrie en fonction de tes cheveux,
- 18:42tes trucs,
- 18:43etc.
- 18:43Plus dans l'esthétisme que dans vraiment,
- 18:46comme tu dis,
- 18:48indiquer une difficulté ou une communauté.
- 18:51Tu vois,
- 18:52aujourd'hui,
- 18:52ça n'existe plus vraiment,
- 18:54ça.
- 18:55Si,
- 18:55ça existe.
- 18:58Tous les mouvements minoritaires vont se saisir de la couleur,
- 19:02en premier,
- 19:03souvent,
- 19:04pour montrer leur différence.
- 19:06Par exemple...
- 19:07les gothiques vont renverser les codes chromatiques habituels pour témoigner du fait qu'ils sont en marge des options classiques mais ce faisant,
- 19:22partageant dans le cadre par exemple de ces communautés gothiques un même code renversé de la pratique des couleurs,
- 19:30ils recréent une communauté en fait.
- 19:33Ils s'affichent comme communauté.
- 19:35On va reconnaître dans la rue
- 19:36des gothiques parce qu'ils partagent tous ce même code.
- 19:40Donc ces codes servent encore énormément mais souvent dans les marges.
- 19:43Bon c'est toute la question aussi du voile islamique qui,
- 19:50je pense que si les voiles que portent les jeunes femmes qui souhaitent se présenter comme adoptant la loi islamique
- 20:03étaient de toutes les couleurs,
- 20:04étaient de couleurs très variées,
- 20:06ça ne serait pas du tout la même chose.
- 20:08Il n'y aurait pas cette réticence.
- 20:12face à ces vêtements.
- 20:14Enfin,
- 20:15voilà,
- 20:15la couleur,
- 20:16elle continue à servir.
- 20:17Et le fait que beaucoup,
- 20:19beaucoup de personnes s'habillent en noir,
- 20:21ce sont aussi des éléments d'information que lit l'anthropologue.
- 20:25Alors qu'on ne lit pas forcément dans la foule,
- 20:28mais actuellement,
- 20:29porter beaucoup de noir,
- 20:30ça veut dire quoi ?
- 20:31Ça veut dire qu'on préfère ne pas être trop visible,
- 20:36justement.
- 20:36Oui,
- 20:36ne pas sortir du lot.
- 20:37Voilà.
- 20:38Il y a une forme de timidité,
- 20:40de crainte.
- 20:42Il y a aussi des questions économiques là-dessous,
- 20:44parce qu'un tissu noir va afficher de façon moins évidente son usure,
- 20:50voire sa salissure,
- 20:51qu'un tissu clair.
- 20:53Donc en fait,
- 20:53il y a des quantités de choses qui sont sous-jacentes à la couleur,
- 20:56qui sont toujours très présentes,
- 20:58je pense,
- 20:59en fonctionnement des sociétés,
- 21:00qui ne sont pas forcément travaillées autrement que par l'anthropologie,
- 21:05mais qui sont pleines d'enseignements.
- 21:08La couleur n'a pas du tout perdu son pouvoir d'expression.
- 21:11D'accord,
- 21:12c'est juste que peut-être on n'a plus les clés de lecture aujourd'hui,
- 21:15on les a moins en tout cas.
- 21:17Moi,
- 21:17j'ai un peu,
- 21:18naïvement certainement,
- 21:20mais quand je suis à Lille et qu'il y a du monde,
- 21:24je ne repère pas,
- 21:26à part des gens qui veulent être excentriques et sortir du lot,
- 21:30un vêtement rose ou des paillettes ou des trucs qui t'attrapent l'œil,
- 21:34je ne repère pas forcément en me disant
- 21:37ça c'est un symbole de communauté tiens ça c'est je trouve qu'on a alors où c'est de l'ignorance mais je trouve que les clés de lecture on les a plus trop quoi mais bon c'est oui en fait elles se sont énormément diversifiées donc on peut les identifier voilà avant en gros il y avait des riches qui avaient des couleurs vives
- 21:55parce que c'est les seules qui pouvaient se payer donc des belles couleurs les pauvres n'étaient pas dans des couleurs beaucoup plus termes donc ça dessinait une stratigraphie sociale de premier coup d'œil
- 22:04Les choses se sont énormément diversifiées,
- 22:06Dieu merci.
- 22:10C'est une question aussi de saison.
- 22:12Les codes chromatiques qui sont en usage dans le sud de la France ne sont pas forcément les mêmes que dans le nord.
- 22:18À l'échelle européenne,
- 22:18ça bouge beaucoup,
- 22:19et à l'échelle mondiale,
- 22:20évidemment.
- 22:22Sauf que quand même,
- 22:23il y a cette espèce de rouleau compresseur de la culture occidentale qui s'impose absolument partout.
- 22:27Et tout ce qui faisait signe avant,
- 22:30de façon extrêmement…
- 22:31cohérentes dans certaines communautés a été complètement laminée,
- 22:34c'est quand même quelque chose d'important.
- 22:36Alors,
- 22:36je t'amène justement là-dessus,
- 22:37sur les voyages,
- 22:40les voyages,
- 22:40la couleur,
- 22:42je voudrais savoir les voyages qui t'ont le plus inspiré sur la couleur,
- 22:47est-ce que tu peux nous raconter des...
- 22:50des...
- 22:51ouais,
- 22:51voilà,
- 22:51tes premières stupéfactions,
- 22:54des déclics,
- 22:55des choses qui t'ont vraiment interpellé pour nous raconter un petit peu.
- 22:58peu les usages de cette couleur matière dans le monde ?
- 23:03Là aussi c'est une immense question.
- 23:05Je pose que des questions dures.
- 23:07Je pense que forcément les premières grandes révélations ça a été sur mes tout premiers terrains,
- 23:16donc dans des villes marocaines et dans les campagnes aussi marocaines,
- 23:21les montagnes,
- 23:22où je suis donc allée travailler.
- 23:25dans des ateliers qui pratiquaient de la teinture naturelle,
- 23:31où là,
- 23:31j'ai vraiment touché du doigt les matériaux,
- 23:35les gestes,
- 23:36la température,
- 23:39les modes de conservation des produits,
- 23:41qui faisaient aussi qu'elles étaient,
- 23:42les personnes,
- 23:43souvent beaucoup de femmes.
- 23:44Ça,
- 23:44j'aimerais bien y revenir,
- 23:45ou j'y reviens même tout de suite,
- 23:46parce que pour moi,
- 23:47c'est important.
- 23:48C'est que,
- 23:50après,
- 23:51tu me fais penser à revenir.
- 23:55Quand je parlais tout à l'heure un peu d'une obligation,
- 24:00pour moi,
- 24:01le fait de transmettre des recherches au plus grand nombre,
- 24:05je disais que c'était un acte presque militant,
- 24:08c'est quelque chose qui me semble absolument fondamental pour la démocratie,
- 24:13que le discours universitaire ne reste pas cantonné à l'université.
- 24:21Je voudrais quand même souligner le fait que de mettre...
- 24:24à disposition de non-spécialistes des recherches,
- 24:28c'est extrêmement compliqué.
- 24:29C'est un travail qui se rajoute au premier travail de recherche.
- 24:32C'est-à-dire qu'il va falloir éliminer tous les termes abscons.
- 24:35Oui,
- 24:36vulgariser pour le public.
- 24:38Ce terme de vulgariser,
- 24:39moi,
- 24:39je ne l'emploie pas parce que je le trouve dégradant.
- 24:43Moi,
- 24:43je parle de valoriser.
- 24:45Beaucoup de gens parlent de la valorisation de la recherche.
- 24:47Ce n'est pas du tout moi qui ai créé le terme.
- 24:48Je préfère ce terme-là.
- 24:50je presque envie de dire démocratisation de la recherche.
- 24:54Mais c'est vrai que quand on est universitaire,
- 24:57on va très vite employer des quantités de termes qui nous semblent tomber sous le sens,
- 25:00mais qui sont absolument incompréhensibles.
- 25:03Donc tout ce travail de trouver,
- 25:04et ils existent,
- 25:06des termes plus simples,
- 25:07de développer surtout sa pensée,
- 25:09c'est-à-dire de donner des clés de compréhension et de rendre accessible le chemin qui a permis d'arriver à la conclusion.
- 25:16C'est un boulot de dingue ça.
- 25:18Mais c'est un travail qui me semble extrêmement important parce qu'ainsi on donne à ceux qui vont accéder à ces écrits la possibilité de détricoter le raisonnement et éventuellement de s'opposer à ce raisonnement et d'en inventer d'autres.
- 25:32Donc tout ça,
- 25:33c'est vraiment très très important.
- 25:35C'est vraiment pour moi un acte militant,
- 25:38un acte fondamentalement démocratique.
- 25:42Et puis,
- 25:42il y a la question des femmes.
- 25:44Alors,
- 25:45la question des femmes,
- 25:47elle est très importante pour moi.
- 25:54La couleur a été considérée comme quelque chose de mineur dans notre culture pendant très très longtemps,
- 25:59voire de suspect.
- 26:01David Bachelot en parle très bien et d'autres auteurs.
- 26:04les petits métiers qui pratiquent la couleur,
- 26:07on en a souvent méprisé les talents,
- 26:12les connaissances,
- 26:13les savoir-faire.
- 26:16En plus,
- 26:16il y a souvent des figures d'hommes qui vont aller cacher celles des femmes.
- 26:19Donc les femmes,
- 26:20comme dans beaucoup de domaines,
- 26:21ont été complètement invisibilisées.
- 26:24Or ce sont de toute évidence elles qui ont détenu pendant…
- 26:30des siècles et des siècles,
- 26:31la science des plantes qui soignent et donc de celles qui teignent,
- 26:35puisque souvent ça allait ensemble,
- 26:36de celles qui tuent aussi d'ailleurs.
- 26:39Et il y a ce terme qui est très beau,
- 26:41qui a été mis en avant par les féministes depuis une bonne quinzaine d'années maintenant,
- 26:45qui est celui de matrimoine,
- 26:47qui est l'équivalent du patrimoine,
- 26:48qui est un terme qui existait au Moyen-Âge et qui définissait tout simplement ce qui est apporté par la lignée maternelle.
- 26:55Moi,
- 26:56je l'utilise énormément,
- 26:58ce terme de matrimoine.
- 26:59parce que je pense qu'il faut absolument,
- 27:01là aussi,
- 27:02aller rechercher la trace des femmes.
- 27:04Et c'est vraiment un travail de dingue parce qu'il y a très,
- 27:09très peu d'archives sur les petits métiers.
- 27:11Enfin,
- 27:12ce qu'on appelait les petits métiers,
- 27:13évidemment,
- 27:14ce n'est pas quelque chose que je reprends à mon compte.
- 27:17Donc,
- 27:18on ne peut que deviner la trace des femmes,
- 27:20du labeur de ces femmes qui ont été des maîtresses de la couleur partout.
- 27:27Alors,
- 27:27c'est un peu plus facile.
- 27:29dans des contrées lointaines,
- 27:33au Laos par exemple,
- 27:34j'ai travaillé avec des communautés monges sur la province de Ponchali,
- 27:38sur le travail de l'indigo,
- 27:40où elles étaient très présentes.
- 27:42Il y a une référence bibliographique que j'avais mise quelque part,
- 27:46qui m'a vraiment ouvert les yeux quand on parle de…
- 27:50tout à l'heure tu me demandais ce qui m'avait un peu guidée,
- 27:55il y a une chercheuse américaine qui s'appelle Janet…
- 27:57Hoskins,
- 27:57ça s'écrit H-O-S-K-I-N-S,
- 28:01qui a publié dans les années
- 28:0480, en 89,
- 28:06un article sur le travail des femmes dans l'île de Sumba en Indonésie,
- 28:10qui travaille de l'indigo.
- 28:12Et vraiment,
- 28:13ça fait partie des lectures qui m'ont complètement éblouie,
- 28:17où vraiment j'ai vu ces femmes au travail.
- 28:19Moi,
- 28:19je les avais vues dans les ateliers,
- 28:21pas tellement au Maroc,
- 28:22mais ailleurs.
- 28:24Et donc vraiment je pense que ces deux démarches de valorisation de la recherche et d'être attentive à celles qui ont été cachées vont un peu de pair.
- 28:34Alors pour revenir à la question du voyage,
- 28:36c'était ça en fait.
- 28:38Oui donc je te disais les ateliers au Maroc,
- 28:41après c'est vrai qu'il faut aller chercher,
- 28:44il a fallu aller chercher vraiment dans des contrées lointaines et des communautés minoritaires.
- 28:51des pratiques de teinture végétale.
- 28:55Je l'ai fait au Sénégal,
- 28:57au Laos,
- 28:58je le disais.
- 28:58Je l'ai fait beaucoup en Inde aussi.
- 29:02Mais je suis aussi allée beaucoup dans des manufactures qui utilisent des pigments de synthèse.
- 29:07Parce que c'est important de savoir comment se sont transformées les choses.
- 29:14Il y a beaucoup aussi à dire sur ces ateliers.
- 29:16Ce n'est pas le côté...
- 29:20peut-être poétique,
- 29:21qui est présent dans la teinture végétale,
- 29:26et organique,
- 29:26qui est très intéressant,
- 29:28mais il y a aussi beaucoup à dire sur ces ateliers qui pratiquent les couleurs de synthèse,
- 29:34désormais absolument sur toute la planète.
- 29:37En fait,
- 29:37je le dis souvent quand j'interviens auprès de publics,
- 29:41mais je crois qu'on ne se rend pas compte du massacre total qui a été fait des anciens savoir-faire.
- 29:48Et ce n'est pas du tout une attitude rétrograde,
- 29:51vraiment je ne voudrais pas du tout…
- 29:54que l'on m'associe à ça.
- 29:57Il y avait un patrimoine considérable des savoirs de la couleur.
- 30:00Ce sont des patrimoines qui se sont construits pendant des millénaires,
- 30:03souvent sans support écrit.
- 30:04Donc il y avait une transmission orale,
- 30:05ce qui est un art en soi aussi,
- 30:08une excellence en soi.
- 30:10Et ces immenses corpus de connaissances qui ne se sont pas du tout élaborées par hasard,
- 30:19on dit souvent que c'est complètement idiot.
- 30:22Il a fallu des siècles et des siècles d'expérience,
- 30:24de tâtonnement pour comprendre que pour l'indigo,
- 30:27il fallait recourir à des bactéries.
- 30:29Et ça,
- 30:29en fait,
- 30:31dès le néolithique quand même.
- 30:32Parce que c'est dingue,
- 30:33quoi.
- 30:34Donc,
- 30:34ce patrimoine a survécu jusqu'à la…
- 30:37et s'est déployé jusqu'à…
- 30:39Des pertes,
- 30:39évidemment,
- 30:40mais bon.
- 30:40Jusqu'à l'émergence de la société industrielle.
- 30:43Et en quelques décennies,
- 30:44tous les savoir-faire européens ont été complètement laminés.
- 30:49Et ensuite,
- 30:49ça s'est étendu à l'ensemble de la planète.
- 30:51puisque l'Europe et les États-Unis ont déversé sur tous les pays,
- 30:55notamment les colonies,
- 30:57leurs produits de synthèse.
- 30:59Et comme c'est beaucoup plus facile,
- 31:01beaucoup plus gratifiant,
- 31:02beaucoup plus économique,
- 31:03beaucoup moins fatigant,
- 31:04beaucoup moins risqué aussi,
- 31:05je veux dire,
- 31:06la couleur de synthèse,
- 31:07c'est quelque chose de génial.
- 31:09Évidemment,
- 31:10la couleur naturelle n'avait absolument aucune possibilité de résister à ça,
- 31:14et ont sombré en même temps que ces connaissances,
- 31:18en fait.
- 31:21enfin que ces savoir-faire,
- 31:23un corpus de connaissances,
- 31:25un matrimoine notamment,
- 31:27colossal,
- 31:27et qui ne survit que dans quelques toutes petites bulles maintenant.
- 31:35Je nuancerais juste,
- 31:36Anne,
- 31:36sur quand tu dis moins toxique ou moins…
- 31:42Je ne sais plus le mot que tu as employé,
- 31:43mais en gros,
- 31:44aujourd'hui,
- 31:44ce qui fait que les gens se repenchent sur la couleur végétale,
- 31:48c'est justement…
- 31:49plus d'inocuité,
- 31:52moins d'allergie,
- 31:53moins de problèmes de santé,
- 31:54moins de cancer.
- 31:55On recevait Audrey Millet,
- 31:57qui est une chercheuse du CNRS,
- 31:58qui a écrit le livre noir de la mode.
- 32:00Ce livre,
- 32:01il m'a glacée.
- 32:03D'apprendre que tu as des fœtus qui sont colorés parce que tu as porté un vêtement vert toute ta grossesse ou des trucs complètement fous,
- 32:10moi,
- 32:11franchement,
- 32:11ça m'a sidérée.
- 32:13Dans toutes les personnes que j'interview,
- 32:16il y a exactement ce que tu dis,
- 32:17c'est-à-dire vraiment le...
- 32:19Quel dommage d'avoir tout perdu,
- 32:22ou presque.
- 32:24Et il y a aussi un retour par rapport à des problèmes de santé.
- 32:27En fait,
- 32:27là,
- 32:27il y a des convictions personnelles.
- 32:30La place de la femme,
- 32:31franchement,
- 32:32ça se voit dans les épisodes de podcast.
- 32:33J'ai,
- 32:34allez,
- 32:3480%,
- 32:3585%
- 32:36de femmes.
- 32:37Mais ça,
- 32:37c'est culturel.
- 32:39Oui,
- 32:39mais tu vois,
- 32:40même...
- 32:40Oui,
- 32:40peut-être,
- 32:41mais voilà.
- 32:42Moi,
- 32:42je voulais juste nuancer ça sur l'aspect santé,
- 32:46qui est...
- 32:48Pour moi,
- 32:49là,
- 32:49aujourd'hui,
- 32:50une des raisons qui va sûrement faire bouger les entreprises.
- 32:54Je suis vraiment d'accord avec toi,
- 32:55mais il ne faut pas oublier quand même que la couleur naturelle,
- 32:57c'est un boulot de dingue.
- 32:59C'est aller,
- 32:59pour les minéraux,
- 33:00dans des mines,
- 33:01prendre le danger d'être étouffé dedans.
- 33:03Ce qui est naturel peut être extrêmement toxique.
- 33:06Le cinam,
- 33:07l'empiment,
- 33:08tous ces pigments-là sont tués.
- 33:10Tuais beaucoup de personnes qui allaient les chercher dans les gisements et qui les utilisaient,
- 33:15les peintres.
- 33:16Cennino Cellini,
- 33:18qui a écrit un traité sur les peintres au XVIe siècle,
- 33:21je crois,
- 33:21en Italie,
- 33:22il attire très bien l'attention.
- 33:23C'est connu depuis très longtemps,
- 33:24vu qu'il y avait des pigments toxiques.
- 33:27Et la couleur naturelle,
- 33:28c'est aussi pouvoir s'ébouillanter.
- 33:32Ça peut être…
- 33:35Nacer des produits toxiques.
- 33:37Voilà,
- 33:37c'est ça.
- 33:39Bien sûr,
- 33:40je pense qu'au final,
- 33:42la couleur naturelle…
- 33:43est meilleure pour l'environnement,
- 33:45bien sûr,
- 33:45que la couleur de sa tête.
- 33:46Mais il y a eu aussi des déboisements de contrées qui ont été faits pour la couleur naturelle,
- 33:52pour planter des espèces qui étaient particulièrement productives.
- 33:56Je pense qu'il faut vraiment regarder qu'après...
- 34:00Comment se font les choses et être attentif et attentive aux effets pervers aussi de la couleur végétale.
- 34:09T'as raison.
- 34:11Mais vraiment...
- 34:12concernant le feu.
- 34:13Là,
- 34:13ce matin,
- 34:14j'écoutais à la radio,
- 34:15on est absolument truffés de ces polluants éternels.
- 34:18C'est très,
- 34:18très effrayant.
- 34:20Oui,
- 34:21il y en a partout.
- 34:22Tout le monde en a.
- 34:23Il y en a partout,
- 34:23voilà.
- 34:24C'est ça,
- 34:24on en a dans le sang.
- 34:27Bon,
- 34:27ce n'est pas forcément lié à la couleur,
- 34:29mais apparemment,
- 34:30ils sont présents aussi dans les cosmétiques.
- 34:33Donc,
- 34:34les dégâts que la couleur de synthèse a fait sont majeurs.
- 34:39C'est très net.
- 34:39Et en fait,
- 34:40je suis…
- 34:41Je suis…
- 34:42t'as raison de...
- 34:42En fait,
- 34:43on va se faire deux secondes l'avocat du diable.
- 34:44Moi,
- 34:45je dis pas qu'il faut...
- 34:46arrêter totalement les couleurs de synthèse parce qu'ils font énormément d'efforts.
- 34:50Là,
- 34:51j'ai eu des industriels en Angleterre,
- 34:53etc.
- 34:53Ils font énormément d'efforts pour rendre plus clean tout ça.
- 34:56Il ne faut pas dire industrie pourrie,
- 34:59courant de synthèse.
- 35:01Mais tu as raison de rappeler aussi que la couleur végétale,
- 35:03et on a eu une invitée,
- 35:04Azéret Robles,
- 35:05qui est franco-mexicaine,
- 35:08qui expliquait le déboisement sur le bois de campèche,
- 35:10comme tu dis,
- 35:11le pillage des ressources.
- 35:12Michel Garcia dans ses formations,
- 35:14il nous raconte aussi que pour le Kermès,
- 35:17la Gopny,
- 35:18tout ça,
- 35:19ça a été un carnage.
- 35:21Il y a beaucoup de personnes qui me demandent,
- 35:23je te le dis,
- 35:23mais je ne sais pas quel acteur pourrait m'aider.
- 35:25Il y a beaucoup de personnes qui me disent aussi,
- 35:27attention,
- 35:27derrière la couleur végétale,
- 35:29il y a eu tout ce qui était esclavagisme,
- 35:32la traite des Noirs,
- 35:33etc.
- 35:34Et il y a beaucoup de personnes,
- 35:36surtout dans les dom-toms,
- 35:36qui me disent,
- 35:37Pauline,
- 35:38trouve un acteur pour qu'on en parle.
- 35:42Oui,
- 35:42alors TomTom,
- 35:43oui.
- 35:44Moi,
- 35:44je sais que j'avais pas mal travaillé sur les indigoteries en Inde.
- 35:50Mais oui,
- 35:50effectivement,
- 35:55les champs de coton,
- 35:56tout ça,
- 35:57ce n'est pas lié à la nature végétale,
- 35:59mais ça va passer par la nature végétale à un moment donné.
- 36:03L'économie du textile a été portée par l'esclavagisme pendant des siècles.
- 36:11Donc,
- 36:11en tout cas,
- 36:12on rappelle bien que ce n'est pas tout noir,
- 36:14tout blanc.
- 36:15C'est le cas de l'île.
- 36:15Voilà,
- 36:15c'est ça.
- 36:17Vraiment,
- 36:18les deux ont des avantages,
- 36:19les deux ont des histoires et les deux ont des zones d'ombre qu'il faut mettre en avant.
- 36:24Et je te dis,
- 36:24je lance l'appel aujourd'hui,
- 36:25s'il y a quelqu'un qui s'est intéressé à cette histoire d'esclavagisme de lien,
- 36:30j'ai du mal à le dire,
- 36:31de lien avec la couleur,
- 36:33on prend complètement.
- 36:35Du coup,
- 36:35dans ces voyages inspirants,
- 36:37est-ce que tu as fait le tour un petit peu ?
- 36:40Attends,
- 36:40je vais attendre deux secondes.
- 36:41J'ai un petit bruit de machine.
- 36:45Est-ce que tu as fait le tour de tes voyages,
- 36:47de tes premiers liens couleur-matière qui t'ont interpellée ou que tu as envie de partager aux auditeurs ?
- 36:57Je pense que pour expliquer les choses un peu simplement,
- 37:00parce qu'en fait,
- 37:01ce n'est pas très compliqué,
- 37:04conférer de la couleur à un textile,
- 37:07puisque c'est quand même ce domaine-là qui…
- 37:09qui intéresse plus particulièrement à Récovert.
- 37:13On le sait,
- 37:13c'est un travail colossal.
- 37:15Ce sont des matériaux onéreux,
- 37:17donc forcément,
- 37:19on ne l'appliquait pas sur des textiles de basse qualité.
- 37:24Il y avait une cohérence qui était liée au fait qu'une belle couleur était mise sur un beau produit.
- 37:30Et après,
- 37:31il y avait forcément un beau travail de coupe,
- 37:34un beau travail de finition.
- 37:35Donc à la fin,
- 37:36on arrive forcément à un beau produit.
- 37:40Pourquoi je te disais ça ?
- 37:41Le lien couleur-matière et les voyages.
- 37:43Voilà,
- 37:44donc ce lien,
- 37:44enfin,
- 37:46voyages,
- 37:46on verra.
- 37:47Mais ce lien déjà entre une belle couleur et une belle matière,
- 37:51il tombe sous le sens.
- 37:53Ce sens-là,
- 37:54c'est complètement dissous depuis la couleur de synthèse.
- 37:59On peut avoir,
- 38:01d'abord,
- 38:01on a beaucoup de textiles qui sont foncièrement laids.
- 38:07notamment dans les acryliques qui ne sont pas agréables et tout.
- 38:11Et puis,
- 38:11les couleurs sont fournies par l'industrie de la mode la plus…
- 38:17Oui,
- 38:17fast fashion,
- 38:18bas de gamme.
- 38:18Oui,
- 38:18voilà,
- 38:19c'est ça.
- 38:19C'est souvent des couleurs extrêmement moches,
- 38:22extrêmement ternes,
- 38:23extrêmement inertes.
- 38:26Là,
- 38:26maintenant,
- 38:26s'ajoute,
- 38:27je vais peut-être un peu trop vite,
- 38:29mais s'ajoute le fait d'une autre dimension à cette couleur végétale dans le monde actuel.
- 38:34D'une part,
- 38:35la multiplication de…
- 38:36d'acteurs en France et en Europe qui se sont saisis cette question de la couleur végétale et qui commencent à la travailler,
- 38:43à se faire connaître.
- 38:44Donc on n'est plus obligé de passer par des voyages lointains pour rencontrer ces pratiques-là et ces produits-là.
- 38:50Et en plus,
- 38:50leurs pratiques se doublent d'une prise en compte des questions environnementales,
- 38:55mais aussi éthiques,
- 38:56c'est-à-dire prendre soin de ceux qui façonnent ces couleurs-là.
- 39:00Donc il y a quelque chose,
- 39:02on avait un produit qui était déjà beau avec la couleur végétale,
- 39:06La couleur végétale moderne,
- 39:08actuelle,
- 39:08elle est en plus un produit bon,
- 39:11un produit intelligent,
- 39:12un produit vertueux.
- 39:14En tout cas,
- 39:14on l'espère.
- 39:15Pour rebondir sur ce que tu dis,
- 39:17je crois que c'était Clément Bautier qui disait,
- 39:19pour avoir une belle teinture végétale,
- 39:21il faut une belle matière.
- 39:22Et plus la matière est de qualité,
- 39:24plus la couleur est flamboyante.
- 39:26Et pour rebondir sur ce que tu dis,
- 39:29avec les projets plus éthiques,
- 39:31plus environnementaux,
- 39:32etc.,
- 39:33j'ai énormément d'échanges.
- 39:36sur comment réduire les températures pour l'extraction de l'indigo,
- 39:40comment travailler des filières locales avec la laine qui est élevée,
- 39:46on va dire juste à côté,
- 39:47comment valoriser les plantes locales.
- 39:50Alors,
- 39:50un des traits,
- 39:52une des personnes phares en fait de cette démarche-là,
- 39:54c'est comme Alexandrine Rosier,
- 39:56qui est donc teinturière et qui exerce à Montpellier et qui a une démarche d'une cohérence absolue dans ses gestes,
- 40:05dans ses choix,
- 40:06et qui en plus est capable de fournir des gammes de couleurs absolument splendides.
- 40:11Donc vraiment,
- 40:13c'est vraiment pour moi une référence dans le monde de la couleur végétale,
- 40:16que le travail de Sandrine Rosier,
- 40:17ce sont des travaux vraiment.
- 40:19particulièrement intelligents comme
- 40:21Sandrine, comme Dominique Cardon sur un autre côté,
- 40:25mais de recherche particulièrement intelligente.
- 40:28Donc,
- 40:29je rappelle et je rebondis,
- 40:31je pense de mémoire que c'est l'épisode 64 de Sandrine Rosier et le 65 de Sandrine Rosier et Dominique Cardon.
- 40:37Donc,
- 40:38j'espère que je ne me trompe pas,
- 40:39mais en tout cas,
- 40:39oui,
- 40:40tu as raison de le souligner.
- 40:42Il y a des gens qui sont,
- 40:45dans ces démarches-là,
- 40:46initiateurs,
- 40:47enfin,
- 40:48passeur de savoir,
- 40:49etc.
- 40:49Mais je suis d'accord avec toi en ce moment.
- 40:51C'est vraiment ce qui est en train de sortir.
- 40:53C'est vraiment des projets réfléchis du champ à la couleur.
- 40:57Du cradle to cradle.
- 41:00C'est ça,
- 41:00carrément.
- 41:02Alors,
- 41:02tu disais,
- 41:03la teinture,
- 41:03c'est ce qui intéresse le plus les auditeurs du podcast.
- 41:06Pas forcément,
- 41:07parce que en fait,
- 41:08moi,
- 41:08la singularité,
- 41:09c'est de prendre la couleur végétale au sens large et dans les différents domaines d'application.
- 41:14Est-ce que tu as aussi des éléments sur,
- 41:16par exemple,
- 41:16le...
- 41:17Le lien couleur-matière dans les cosmétiques,
- 41:20la coloration capillaire,
- 41:23dans le bâtiment,
- 41:24dans d'autres usages que la teinture,
- 41:26est-ce que tu as eu vent ou une sensibilité là-dessus,
- 41:29entre matière et couleur,
- 41:32dans d'autres domaines ?
- 41:35Bon,
- 41:38je pense quand même qu'il y a une partie des populations des pays nantis qui...
- 41:48qui sont conscientes qu'on atteint les limites d'un système et qu'en plus la surconsommation finit par étouffer complètement.
- 41:59Donc ces personnes-là vont aller chercher une couleur plus signifiante,
- 42:04plus cohérente avec une pensée notamment écologique et vont s'intéresser à la chaux,
- 42:14à des teintures capillaires,
- 42:16végétales.
- 42:17à cette espèce d'attention portée à l'environnement et à eux-mêmes qui va les conduire vers des choses plus naturelles.
- 42:24Je pense qu'il ne faut pas se leurrer.
- 42:25Je crois que les délices de la surconsommation sont quand même extrêmement enivrants et que la lutte va être rude.
- 42:36Mais je pense quand même qu'on est sur cette voie-là pour une minorité.
- 42:41Il y a énormément de gens qui sont dans des telles galères au quotidien.
- 42:45qu'ils n'ont tout simplement pas le choix.
- 42:48Et puis il y a aussi toute cette question de l'oubli.
- 42:52La richesse chromatique que donnent les couleurs naturelles,
- 42:55que ce soit en minéraux ou en végétaux,
- 42:58elle vient du fait qu'il n'y a pas la normalisation qu'appliquent les procédés industriels.
- 43:04Donc il y a une richesse qui est présente dans la couleur.
- 43:07On le voit très bien avec la couleur végétale,
- 43:09l'anigo par exemple,
- 43:10il n'y a pas que du bleu évidemment dedans.
- 43:12Donc cette richesse-là,
- 43:13on a très peu l'occasion désormais de la voir.
- 43:15à moi d'aller sur des sites.
- 43:17On n'a plus cette formation,
- 43:18on n'a plus d'éléments de comparaison,
- 43:20très peu de personnes les ont.
- 43:21Et puis aussi,
- 43:22il y a une méconnaissance de l'aventure de la couleur.
- 43:26Elle est très peu connue,
- 43:26en fait.
- 43:27C'est pour ça que moi,
- 43:27je diffuse énormément auprès de quantités de public pour leur dire,
- 43:30mais la couleur,
- 43:31ça n'a pas toujours été juste acheter un tube de gouache ou un...
- 43:35ou même de la teinture d'ilon.
- 43:38Il y a eu toute une histoire très,
- 43:39très longue et très,
- 43:40très riche.
- 43:42Et cette histoire,
- 43:43il faut la...
- 43:43Et c'est pour ça que moi,
- 43:44j'écris beaucoup.
- 43:45pour le plus grand nombre.
- 43:47Et pour le Maroc,
- 43:49j'ai pensé,
- 43:50je crois que je ne l'ai pas dit,
- 43:51donc moi j'ai fait des terrains ethnographiques au Maroc sur une vingtaine d'années.
- 43:55J'ai vu disparaître,
- 43:56donc sous mes yeux peu à peu,
- 43:57tous ces procédés liés aux connaissances des teintures végétales et j'ai vu apparaître un discours qui était intelligemment élaboré à destination des touristes disant par exemple dans ce tapis le vert est issu de la menthe,
- 44:12le rouge du coquelicot.
- 44:15C'est vachement touchant.
- 44:18C'est-à-dire que les personnes qui ont perdu ce trésor,
- 44:22elles savent qu'elles l'ont perdu.
- 44:24Et donc,
- 44:24le réactif auprès d'acheteurs,
- 44:27qui sont en général des touristes,
- 44:29qui eux-mêmes sont à la recherche de ça.
- 44:32Donc,
- 44:33peu importe que ça ne soit pas exact.
- 44:35Exact.
- 44:36Ce qui est important,
- 44:36c'est qu'il y ait des acteurs qui sont…
- 44:42qui sont dans la conscience d'avoir perdu un trésor,
- 44:45et des acheteurs qui sont à la recherche aussi de ce trésor.
- 44:49Et je pense que même si c'est très onirique,
- 44:52c'est un peu…
- 44:54un peu un fantasme en fait c'est inventer un peu une histoire peu importe,
- 45:00ce qui est important c'est qu'il y ait quand même ces dynamiques là à l'oeuvre tu vois c'est ce que j'essaye de faire avec le podcast depuis deux ans c'est à dire qu'à 35 ans se rendre compte alors qu'on adore les plantes découvrir comme ça qu'elles donnent de la couleur je me suis sentie tellement bête et je me suis dit mais je ne dois pas être la seule et c'est pour ça que le podcast il s'est lancé et l'idée c'est vraiment de donner la parole à tous ces gens qui sont encore là
- 45:24qui peuvent encore témoigner,
- 45:26raconter leur voyage,
- 45:28comment c'était,
- 45:28etc.
- 45:29Et je l'avoue quand même,
- 45:31je trouve que les gens sont de plus en plus flémards de lire des ouvrages,
- 45:35de lire des gros bouquins,
- 45:37etc.
- 45:37Et l'audio,
- 45:38pour moi,
- 45:39c'est encore une fois une manière de transmettre.
- 45:43Mais comme tu dis,
- 45:44attention,
- 45:45l'audio,
- 45:47les transmissions orales,
- 45:48ça peut disparaître.
- 45:49Donc voilà,
- 45:50il y a ça aussi,
- 45:51mais en tout cas,
- 45:51c'est la même volonté,
- 45:52tu vois,
- 45:52de...
- 45:53de démocratiser le sujet,
- 45:54de donner la parole aux gens qui le vivent depuis des années et qui peuvent raconter tout ça.
- 46:01Du coup,
- 46:02je ne sais plus où on en était,
- 46:03mais c'est passionnant.
- 46:05Les voyages,
- 46:06je pense que tu avais tout dit.
- 46:08Alors,
- 46:09les voyages,
- 46:10alors,
- 46:10en fait,
- 46:11lors de mon premier terrain en Inde,
- 46:15tout le monde m'avait dit tu vas voir les couleurs et tout.
- 46:18Et ce qui m'a le plus marquée,
- 46:20je pense,
- 46:20ce n'est pas du tout les couleurs,
- 46:21c'est le mouvement.
- 46:22complètement se tromper,
- 46:24fantasmer aussi des choses.
- 46:26Le mouvement,
- 46:26en fait,
- 46:26m'a beaucoup plus marquée que le mouvement des gens dans les rues.
- 46:29La façon dont ils ont une capacité à être extrêmement nombreux dans des lieux et à ne jamais se heurter.
- 46:38Alors que vous voir Saint-Michel un samedi après-midi ou dans d'autres zones,
- 46:43on est dans une espèce de démarche par à-coups qui est très fatigante et pénible.
- 46:47Et dans les contrées,
- 46:49notamment en Inde,
- 46:50où il y a beaucoup...
- 46:51couches,
- 46:51les populations,
- 46:52il y a une forme de mouvement du bassin,
- 46:55je ne sais pas,
- 46:55quelque chose de très très fluide qui fait que c'est très liquide en fait.
- 47:00Et ça,
- 47:01ça m'a plus marquée,
- 47:02je pense encore que les couleurs,
- 47:03mais bien sûr,
- 47:05j'ai adoré travailler en Inde et je retournerai.
- 47:07Autre chose aussi,
- 47:08c'est que je me suis rendue compte que je passais plus de temps dans les ateliers quand ils formulaient des couleurs qui me plaisaient.
- 47:17Et ça,
- 47:18c'est vraiment un péril qui guette tous les anthropologues.
- 47:21Ça porte même…
- 47:22Il y a des méthodes qui ont été développées pour ça.
- 47:24Ça s'appelle une attention à la réflexivité.
- 47:27C'est-à-dire qu'à un moment donné,
- 47:28on doit toujours revenir au fait qu'on est soi-même acteur de sa propre recherche.
- 47:33C'est-à-dire qu'on est piégé par des habitudes,
- 47:35des goûts,
- 47:35des dégoûts.
- 47:38Et cette réflexivité,
- 47:40quand on travaille sur les couleurs,
- 47:41elle est extrêmement importante à avoir en tête parce qu'on est…
- 47:45on est dans des face aux couleurs un peu comme par rapport aux aliments on a des choses qui sont très très profondément ancrées qui sont très souvent inconscientes donc on n'a pas très peu de prise dessus et donc moi j'ai fait énormément de boulot là-dessus en me disant tout le temps attention là ça fait deux jours que je suis sur cet atelier là où il se passe beaucoup moins de choses que dans l'atelier d'à côté et
- 48:05d'aller d'être attentive à tout ça c'est dans les livres de Michel Pastoureau où j'ai entendu ce biais là
- 48:12dans être attiré la recherche par la couleur il y a des biais aussi pour les chercheurs et donc il disait rester au protocole à la méthodologie etc se rattacher et c'est intéressant que tu en parles parce que ça m'avait surpris dans ses livres donc l'Inde est-ce que tu as aussi été voir les
- 48:30Etats-Unis les Amériques etc non c'est pas un territoire que tu es allée forcément si je suis allée un petit peu
- 48:38Je ne peux pas vraiment qualifier ça de véritable recherche de terrain.
- 48:42Dès que je me déplace,
- 48:43de toute façon,
- 48:45je regarde,
- 48:45je prends des notes,
- 48:46je fais des croquis,
- 48:47je fais des relevés chromatiques.
- 48:49Forcément,
- 48:50je vais observer au maximum,
- 48:52mais les vrais terrains,
- 48:53je les ai surtout faits dans les pays que j'ai cités.
- 48:58C'est quand même des gros,
- 48:58gros boulots de mettre en place une recherche comme ça.
- 49:04Si à un moment on parle du statut de chercheur indépendant,
- 49:07je pense qu'il faudra que je pense à certaines choses.
- 49:10C'est une question que je voulais te poser.
- 49:12J'avais une dernière question sur les peintures faciales.
- 49:21Dans ton livre,
- 49:21on en voit beaucoup,
- 49:23des couleurs différentes,
- 49:24des rituels.
- 49:26Est-ce que tu veux nous en dire un petit mot sur à quoi ça servait ?
- 49:32donc on a parlé identifier les individus dans une communauté mais ça avait aussi d'autres rôles ou des fois même le médical venait s'insérer est-ce que tu peux nous dire quelques mots là-dessus est-ce que je trouve ça passionnant cette bah ça aussi on l'a perdu tu
- 49:48vois non pas tant que ça ah bon tu vois bah justement vas-y
- 49:55C'est un aspect que j'ai traité dans le corps des peuples,
- 49:57dans un de mes ouvrages.
- 49:59C'est celui-là que j'ai.
- 50:00Oui.
- 50:01Moins dans couleur,
- 50:02le pigment est à tourner dans les mains des peuples,
- 50:05mais mettre de la couleur sur son visage,
- 50:09effectivement,
- 50:12quand elle n'est pas pérenne,
- 50:13quand ce n'est pas un tatouage,
- 50:14c'est de signaler un moment.
- 50:17En Inde par exemple,
- 50:18dans les populations hindoues,
- 50:19on va mettre au moment du mariage,
- 50:21il y a une cérémonie qui est liée au curcuma,
- 50:24qui est une épice mais qui est aussi un colorant.
- 50:31Dans la majorité des cas,
- 50:34ces pratiques vont aller chercher parmi tous les colorants jaunes par exemple,
- 50:40celui dont on sait qu'il ne va pas mettre en danger le corps.
- 50:45Et on sait maintenant que le curcuma a des propriétés anti-inflammatoires,
- 50:50je crois,
- 50:50enfin anti-oxydantes,
- 50:51je ne sais plus.
- 50:51Effectivement,
- 50:54c'est assez attesté.
- 50:56Ce qui est assez frappant,
- 50:57c'est qu'en Occident,
- 50:59par contre,
- 51:00depuis l'Antiquité,
- 51:02on a beaucoup utilisé,
- 51:04pour des raisons esthétiques,
- 51:06le blanc de plomb,
- 51:07qui est de la céruse,
- 51:08qui était extrêmement toxique parce que…
- 51:10En fait,
- 51:12on le posait sur la peau,
- 51:13ça créait des petites sélucérations qu'on cachait en remettant une couche de plus de cirrhuse.
- 51:18Et comme la peau était ouverte ou fragilisée,
- 51:22ça rentrait plus facilement dans l'organisme.
- 51:24En fait,
- 51:24on savait très bien que c'était extrêmement toxique,
- 51:26mais la coutume s'est perpétuée très très longtemps.
- 51:32Donc,
- 51:33il peut y avoir un usage délétère de la couleur dans un but esthétique.
- 51:39En général,
- 51:40quand c'est un but rituel,
- 51:41la couleur vient soutenir le principe vital.
- 51:48Et quand il y a initiation avec une atteinte au corps,
- 51:52comme l'excision,
- 51:55la circoncision ou d'autres choses comme ça,
- 51:58il y a souvent apposition de colorants ou de pigments couches sur le corps au moment où celui-ci perd du sang,
- 52:06donc est fragilisé.
- 52:09c'est encore valable un peu aujourd'hui quand j'étais enfant il y avait le mercurochrome le mercurochrome c'est pas un très bon désinfectant mais de courir se faire soigner son genou et de repartir avec une trace rouge disant qu'on a été soigné donc on est en sécurité et
- 52:32c'est pas rien si c'est rouge les osines c'est un peu pareil mais un...
- 52:38les produits désinfectants qui sont transparents ne gardent pas le souvenir du soin,
- 52:43la trace.
- 52:45Donc je pense qu'on est toujours agi par des choses extrêmement archaïques,
- 52:50et moi je trouve ça assez touchant de voir qu'on n'est pas tellement différentes sur plein d'aspects.
- 52:56D'une part que l'humanité se distingue par des différences vraiment minimes entre populations.
- 53:03Et là,
- 53:03il y a évidemment tout un discours politique qui vise à mettre en évidence ces minuscules différences,
- 53:08proposer les cultures les unes aux autres,
- 53:10mais en fait on est tous dans les mêmes préoccupations,
- 53:12tous agis par les mêmes besoins et désirs.
- 53:18Et c'est pareil pour la couleur,
- 53:19je pense que vraiment il y a une forme de communauté globale qui nous ramène à quelque chose de très…
- 53:31Universel.
- 53:32Universel et je n'ignore pas du tout évidemment les différences culturelles,
- 53:37je suis pas mal passée pour le faire,
- 53:38mais il y a quand même ces fondamentaux qu'on a tendance,
- 53:43que le discours politique a tendance à gommer pour des raisons justement politiques et de monter un peu les populations contre l'étranger,
- 53:52alors que l'étranger c'est vraiment notre richesse absolue.
- 53:55C'est celle qui va amener de la nouveauté,
- 53:57c'est celle qui va amener à penser les choses avec un petit décalage.
- 54:02Et là,
- 54:02je viens de terminer une résidence artistique avec un groupe.
- 54:08C'est un projet qui a été construit avec Passeurs d'œuvres contemporaines,
- 54:12qui est une association qui est due à Emmanuel Guéry,
- 54:18qui vise à mettre en contact des publics qui n'ont pas toujours un accès facile à la culture.
- 54:23Et donc là,
- 54:24avec Emmanuel,
- 54:25j'ai construit une déambulation dans la couleur naturelle,
- 54:29donc pigments et colorants.
- 54:30en profitant des richesses de la galerie,
- 54:33et on a amené des groupes de gens qui venaient des centres sociaux de CET,
- 54:37mais aussi des CADA,
- 54:39les centres d'accueil des demandeurs d'asile.
- 54:41Et donc,
- 54:42on se retrouvait à pratiquer des cueillettes raisonnées,
- 54:45petites évidemment,
- 54:46dans la garrigue,
- 54:47à travailler aussi sur des pigments naturels.
- 54:50Et chacun amenait sa richesse.
- 54:53Les anciens,
- 54:53c'est toi,
- 54:54tiens,
- 54:54mets-moi.
- 54:56Et il y avait aussi des gens qui venaient d'Ukraine,
- 54:58d'Afghanistan,
- 54:59du Bénin,
- 55:00tout ça.
- 55:01Et tous ces gestes rassemblés,
- 55:04on décuplait la propriété colorante de ces différents matériaux par des pratiques venues de quantités de couleurs.
- 55:11contrées différentes.
- 55:13Et vraiment,
- 55:13ça a été un super...
- 55:15Ça a été trois mois de travail vraiment très,
- 55:18très joyeux.
- 55:22Je voudrais te poser des questions sur...
- 55:24Donc,
- 55:24on a parlé des chercheurs,
- 55:26de rendre accessibles vos travaux de recherche pour le plus grand nombre.
- 55:31C'est quelque chose que j'essaye de mettre en avant.
- 55:33Tu vois,
- 55:33je passe souvent le micro à des chercheurs,
- 55:36des chimistes.
- 55:38des phytochimistes,
- 55:39etc.,
- 55:39pour qui,
- 55:40justement,
- 55:41ils valorisent leur travail de thèse.
- 55:43Il y aura d'ailleurs le numéro 2 du magazine Couleur Végétale qui sera dédié à ces chercheurs et à leur...
- 55:50Donc,
- 55:50je ne vais pas dire vulgariser,
- 55:51mais à valoriser leur travail.
- 55:53Est-ce que tu peux nous parler,
- 55:55en quelques mots,
- 55:56de ce que c'est le rôle de chercheur indépendant ?
- 55:59Quels sont le quotidien,
- 56:01les difficultés,
- 56:04les choses super canons,
- 56:05parce qu'il n'y a pas que du négatif ?
- 56:07dans une situation ?
- 56:08Est-ce que tu peux nous raconter un peu ton retour d'expérience ?
- 56:14Je pense qu'on ne s'invente pas indépendant non plus.
- 56:16Je pense qu'on peut y être poussé,
- 56:18mais il vaut mieux peut-être y être un peu conduit par sa propre nature.
- 56:24Moi,
- 56:24je sais que j'ai toujours eu beaucoup de mal à être à l'aise dans des structures.
- 56:32Même mon bac,
- 56:33je l'ai passé en travailleur indépendant.
- 56:36En candidat indépendant,
- 56:39j'ai fait toutes mes études en travaillant,
- 56:41donc j'ai toujours été un peu en marge des structures,
- 56:44quelles qu'elles soient en fait.
- 56:46J'étais beaucoup plus sur mes terrains de recherche.
- 56:49Et alors l'indépendance,
- 56:51c'est pouvoir poursuivre un projet qui nous tient à cœur et qui peut être laissé le monde universitaire perplexe,
- 57:00voire carrément opposé.
- 57:04Je sais que moi,
- 57:05à plusieurs reprises,
- 57:06j'ai proposé des projets de recherche qui me tenaient à cœur lors de mes études,
- 57:10ce double cursus que j'avais fait.
- 57:13Ça ne suscitait vraiment pas l'enthousiasme,
- 57:14mais à un moment,
- 57:15j'ai pris la tangente.
- 57:17Et donc,
- 57:18je suis devenue chercheure indépendante,
- 57:21ce qui est absolument génial,
- 57:22franchement,
- 57:25parce qu'en fait,
- 57:26on est immergé dans sa recherche.
- 57:31On peut créer ce couple entre un terrain,
- 57:36il y a une liberté vraiment très grande.
- 57:40Je pense aussi qu'en étant chercheur indépendant,
- 57:44on est peu distrait de sa recherche par d'autres considérations.
- 57:48Je pense qu'il y a quand même pas mal de périls,
- 57:49il faut vraiment être honnête.
- 57:50Je parle notamment pour les jeunes générations,
- 57:53je crois qu'il y a vraiment plusieurs points de vigilance à garder en tête.
- 57:57D'une part,
- 57:59financer ces terrains.
- 58:00c'est très compliqué,
- 58:01c'est très coûteux quand on part plusieurs mois ou quand on travaille plusieurs dédits,
- 58:05plusieurs mois de sa vie,
- 58:06plusieurs années,
- 58:07voire à travailler sur un sujet.
- 58:09C'est un temps absolument colossal et un investissement financier colossal.
- 58:12Et il est très compliqué d'instaurer une économie,
- 58:15un équilibre économique entre ce qu'on peut tirer de sa recherche,
- 58:18par des droits d'auteur notamment,
- 58:19et ce que ça coûte.
- 58:21Donc vraiment,
- 58:22c'est…
- 58:25C'est difficile,
- 58:25franchement,
- 58:26je ne cacherai pas ça.
- 58:29C'est vraiment de l'ordre du sacrifice,
- 58:31en fait,
- 58:31presque.
- 58:33C'est un choix à faire,
- 58:34mais il faut être conscient du fait que c'est compliqué.
- 58:38Il faut toujours aussi garder un lien avec le monde scientifique.
- 58:41Je pense que c'est être en contact avec ses pairs.
- 58:44Ça évite aussi de partir comme une fusée sur des...
- 58:50Une idée que l'on a,
- 58:51qui peut être géniale,
- 58:53une intuition,
- 58:54mais je pense que se frotter régulièrement au monde scientifique,
- 58:58ça permet de remettre un peu les choses en place,
- 59:01de se dire « attends,
- 59:01j'ai oublié ça,
- 59:02non mais c'est vrai que là,
- 59:03c'est pas terrible » .
- 59:04C'est quand même une confrontation qui,
- 59:07à mon avis,
- 59:08est garante de la qualité des écrits.
- 59:11Et puis,
- 59:11il faut être très lucide sur les contraintes de ce que c'est qu'être indépendant.
- 59:16Il faut être spécialiste de financier,
- 59:18administratif.
- 59:21C'est vraiment...
- 59:21Enfin,
- 59:22je sais que moi,
- 59:23quand j'ai commencé à être indépendante,
- 59:24il y a une vingtaine,
- 59:25trentaine d'années maintenant,
- 59:27je consacrais environ une journée par semaine à ces tâches-là,
- 59:32subalternes.
- 59:33Maintenant,
- 59:34j'arrive difficilement à les limiter à deux,
- 59:36voire trois jours.
- 59:38C'est compliqué.
- 59:39C'est...
- 59:40Pas rigolo.
- 59:42On est souvent en situation d'échec parce que les choses bougent tout le temps.
- 59:47C'est très difficile de se tenir toujours au fait de la législation de quantité de choses qui nous reviennent ensuite en pleine face.
- 59:56Et puis surtout,
- 59:56on n'a absolument aucune sécurité.
- 59:58Donc,
- 59:58sachez-le.
- 59:59Si vous voulez vous mettre en indépendant,
- 1:00:01ne soyez jamais malade,
- 1:00:03n'ayez pas d'enfants.
- 1:00:04Ayez une énergie de fou.
- 1:00:07Et...
- 1:00:09Prévoyez-vous un petit nid pour les dents ?
- 1:00:13Voilà,
- 1:00:16parce que,
- 1:00:17franchement,
- 1:00:19je pense que c'est assez particulier à la France,
- 1:00:22mais les chercheurs indépendants ne méritent pas du tout,
- 1:00:27n'ont pas du tout les égards et le respect auquel ils ont droit par la qualité souvent de leurs travaux.
- 1:00:36Ils sont souvent plus originaux.
- 1:00:38que les travaux qui sont réalisés au cœur d'institutions.
- 1:00:42Et pour toi,
- 1:00:42Anne,
- 1:00:43qu'est-ce qu'on peut faire,
- 1:00:45qu'est-ce qu'on pourrait faire justement pour que ça,
- 1:00:47ça change ?
- 1:00:48Est-ce que c'est associer des chercheurs à des médias ?
- 1:00:52Est-ce que c'est pour que les chercheurs soient rémunérés par…
- 1:00:55Tu vois,
- 1:00:55par exemple,
- 1:00:56j'ai échangé avec une chercheuse en Nouvelle-Calédonie et elle me dit que le seul moyen pour un chercheur indépendant…
- 1:01:06C'est exactement ce que tu dis,
- 1:01:07c'est des droits d'auteur,
- 1:01:09et même,
- 1:01:10ça ne garantit pas de vivre avec l'essentiel qu'il nous faut.
- 1:01:15Donc la question,
- 1:01:16c'est,
- 1:01:17tu vois,
- 1:01:17le premier truc que je me suis dit,
- 1:01:19c'est mais en fait,
- 1:01:19il faudrait qu'on s'associe entre les chercheurs qui trouvent du contenu scientifique et les gens qui font de la communication,
- 1:01:28qui attirent du monde,
- 1:01:29du grand public,
- 1:01:30etc.
- 1:01:31Et qu'est-ce que tu perçois,
- 1:01:33toi,
- 1:01:33comment on pourrait améliorer ?
- 1:01:35Alors je suis peut-être bisounours,
- 1:01:36mais comment on pourrait amener cette…
- 1:01:38Il n'y a pas de bisounours,
- 1:01:40il y a des gens qui ont de l'espoir et ceux qui n'en ont pas.
- 1:01:45Moi je pense que déjà on peut lutter pied à pied sur certains modes de pensée,
- 1:01:51et je pensais notamment à ce fameux truc de métier passion qu'on entend beaucoup,
- 1:01:57moi qui me révulse complètement parce que les gens qui pratiquent un métier qui leur tient à cœur,
- 1:02:02qui mettent de l'énergie…
- 1:02:05de l'intelligence,
- 1:02:06etc.,
- 1:02:07ils bossent souvent comme des dingues.
- 1:02:08Donc,
- 1:02:11cette notion de métier passion justifie toutes les outrances,
- 1:02:17le mépris,
- 1:02:18etc.
- 1:02:19Il y a effectivement des gens qui se donnent les moyens de vivre leur passion,
- 1:02:23mais ce sont avant tout des gens qui bossent.
- 1:02:25Et ça,
- 1:02:25vraiment,
- 1:02:27chaque fois que maintenant j'entends cette expression,
- 1:02:28je monte au créneau parce que ça justifie,
- 1:02:30par exemple,
- 1:02:31que il y a...
- 1:02:31Je lisais un ouvrage sur la mode,
- 1:02:33un ethnographique du milieu de la mode récemment,
- 1:02:35où il y a des femmes qui sont mannequins,
- 1:02:38qui vont faire des défilés,
- 1:02:40et on les paie par exemple avec des sacs ou des vêtements de luxe,
- 1:02:45mais elles n'ont jamais d'argent liquide,
- 1:02:46elles ne sont jamais payées,
- 1:02:47elles n'ont pas de liquide,
- 1:02:48elles n'ont jamais de rémunération.
- 1:02:50Et on leur dit,
- 1:02:51mais c'est un métier passion et tout,
- 1:02:52après il faut qu'elles revendent ce qu'on leur a donné pour payer leur loyer.
- 1:02:56Donc en fait,
- 1:02:56il y a des quantités de systèmes pervers comme ça qui se mettent en place.
- 1:03:00à partir de petits mots aussi innocents que métier,
- 1:03:02passion.
- 1:03:03Donc je pense que déjà,
- 1:03:04il faut vraiment les évacuer de son vocabulaire et parler de gens qui se donnent les moyens d'aller au bout de leur projet.
- 1:03:12Et ils peuvent être très différents.
- 1:03:14Et je pense aussi que des associations de compétences,
- 1:03:18c'est vraiment la seule possibilité d'avancer,
- 1:03:24d'essayer de sauver ce qui peut être encore sauvé.
- 1:03:27La recherche en France,
- 1:03:28on sait qu'elle est extrêmement...
- 1:03:30maltraité,
- 1:03:35que la recherche indépendante c'est encore pire.
- 1:03:39Bon,
- 1:03:39je pense qu'il faut être aussi droit,
- 1:03:42d'avoir une stature droite et être ferme sur la qualité de ce qui est produit en dehors des structures étatiques,
- 1:03:50en tout cas adoubées.
- 1:03:55Oui,
- 1:03:55se fédérer.
- 1:03:57faire attention aussi que la fédération ne rajoute pas des problèmes à tous ceux qui sont déjà à prendre en charge quand on est justement indépendant,
- 1:04:07mais je pense que c'est quand même une des seules possibilités de conserver la possibilité de travailler.
- 1:04:20Merci pour ce retour sur les chercheurs indépendants,
- 1:04:22on a eu plusieurs chercheurs dans différents domaines d'ailleurs.
- 1:04:26sur le podcast et c'est vraiment quelque chose qui ressort beaucoup.
- 1:04:29Je te disais,
- 1:04:30moi,
- 1:04:30je vais essayer à mon petit niveau de soutenir de quelques manières et je chasserai de mon vocabulaire le métier passion.
- 1:04:37Je te dis pour les auditeurs,
- 1:04:38quand on a préparé avec Anne,
- 1:04:40je lui ai dit ça.
- 1:04:42Ça,
- 1:04:42c'est pour les backstage.
- 1:04:45C'est ce qu'on s'est dit avant.
- 1:04:48Quelques dernières questions.
- 1:04:49Anne ?
- 1:04:51L'avenir de la couleur végétale,
- 1:04:52selon toi ?
- 1:04:56Je pense qu'il n'a jamais été aussi ouvert par rapport à l'évolution de la perception de la communication dont je parlais tout à l'heure,
- 1:05:05mais aussi parce que ce travail qui a été entamé par des gens comme Dominique Cardon,
- 1:05:11Michel Garcia,
- 1:05:12mais aussi d'autres chercheurs sur la couleur.
- 1:05:14Il y a eu évidemment
- 1:05:15Annie Mollard-Defour qui a beaucoup travaillé sur les lexiques.
- 1:05:19Il y a quand même énormément de gens qui ont mené des recherches sur la couleur,
- 1:05:22qui petit à petit en ont fait un véritable sujet à part entière,
- 1:05:26alors qu'il était très très méprisé auparavant.
- 1:05:30Donc ça crée quand même un fond d'intérêt.
- 1:05:33Le fait que les technologies permettent d'accéder beaucoup plus facilement,
- 1:05:36qu'il y a ne serait-ce que maintenant à des quantités d'informations nourries,
- 1:05:39aussi cet intérêt.
- 1:05:40Donc je suis plutôt optimiste.
- 1:05:45Il y a une structure,
- 1:05:47une entreprise comme Greenin.
- 1:05:49aussi qui travaillent,
- 1:05:49et elles sont nombreuses,
- 1:05:51à faciliter l'intégration de la couleur naturelle dans des process industriels.
- 1:05:58C'était quand même une partie des gros écueils.
- 1:06:01Il y a le fait que beaucoup de gens qui parlent de la couleur naturelle participent à déconstruire des lieux communs qui sont que la couleur naturelle ne s'attient pas ou c'est moche.
- 1:06:10Donc il y a tous…
- 1:06:11Moi,
- 1:06:11je me suis rendue compte très rapidement qu'un des gros travails sur la couleur,
- 1:06:14c'était de commencer par déconstruire tout ce qu'on nous avait appris depuis la maternelle.
- 1:06:18C'est un vrai boulot en soi aussi.
- 1:06:21Bon,
- 1:06:22voilà,
- 1:06:22on est quand même portés par une lame de fond.
- 1:06:24Je pense que la catastrophe écologique qui nous tombe dessus sera aussi notre chance,
- 1:06:30qui va vouloir changer de mode de pensée,
- 1:06:33de mode de consommer,
- 1:06:34de mode de vie.
- 1:06:35Et ça va certainement être très compliqué pour nous qui sommes du côté des nantis.
- 1:06:39Et donc,
- 1:06:40on a tout à perdre,
- 1:06:40en fait.
- 1:06:41On a la capacité de se déplacer facilement et tout,
- 1:06:44d'avoir tout à portée de main.
- 1:06:48Il y a peut-être une unification qui va être un nivellement par le bas forcément,
- 1:06:54puisque la façon dont on vit actuellement se fait au dépend,
- 1:06:58on le sait très bien maintenant,
- 1:07:00du vivant et des humains en général.
- 1:07:04Je pense que tout est en place pour que la teinture et la couleur naturelle soient sur un alignement de planètes qui,
- 1:07:14à mon avis,
- 1:07:15n'a jamais été aussi bon.
- 1:07:16Voilà,
- 1:07:17donc allons-y,
- 1:07:18on retrouve son amour,
- 1:07:19on se parle ensemble.
- 1:07:20Ça me fait plaisir ce que tu dis.
- 1:07:22On n'a pas répété,
- 1:07:23mais là-dessus,
- 1:07:25je suis complètement en phase.
- 1:07:26Tu vois,
- 1:07:27moi,
- 1:07:28je le vois par rapport au début du podcast où on n'avait pas identifié de débouchés,
- 1:07:33ça n'avançait pas forcément.
- 1:07:35Même à un moment,
- 1:07:35je me suis dit,
- 1:07:35mais en fait,
- 1:07:37c'est cause perdue.
- 1:07:37Bon,
- 1:07:38je suis une super optimiste,
- 1:07:39donc je me suis dit,
- 1:07:40on ne baisse pas les bras un jour après l'autre.
- 1:07:42Et là,
- 1:07:42maintenant,
- 1:07:42c'est les gens qui m'appellent,
- 1:07:44les débouchés qui m'appellent.
- 1:07:46en me disant,
- 1:07:46on a besoin d'agriculteurs,
- 1:07:47on a besoin de couleurs,
- 1:07:48on veut relocaliser.
- 1:07:49Mais go,
- 1:07:50allons-y,
- 1:07:51structurons-nous,
- 1:07:52soyons dans un système de fédération,
- 1:07:54mais comme tu dis,
- 1:07:55pas lourd,
- 1:07:57il faut qu'on reste agile,
- 1:07:58etc.
- 1:07:58Mais franchement,
- 1:08:00moi,
- 1:08:01j'ai beaucoup d'espoir.
- 1:08:02Je trouve que,
- 1:08:03comme tu dis,
- 1:08:04cette histoire de planète alignée,
- 1:08:05franchement,
- 1:08:06on ne peut pas faire mieux en ce moment.
- 1:08:07Donc bref,
- 1:08:09je partage complètement.
- 1:08:10Est-ce que tu as un livre à nous recommander ?
- 1:08:15Tu as parlé tout à l'heure de
- 1:08:17Jeannette Hoskin.
- 1:08:18Oui,
- 1:08:19c'est un article.
- 1:08:20D'accord,
- 1:08:20c'est un article.
- 1:08:20Qui a été important pour moi,
- 1:08:22mais qui est quand même extrêmement pointu.
- 1:08:24Oui.
- 1:08:25Est-ce que tu as un livre qui,
- 1:08:26toi,
- 1:08:26t'as…
- 1:08:29Alors,
- 1:08:31moi,
- 1:08:31évidemment,
- 1:08:32j'ai une énorme bibliographie sur la couleur.
- 1:08:35J'ai cité plusieurs noms.
- 1:08:37Dominique Cardon,
- 1:08:39Anne-Moulin-Lardefour,
- 1:08:42tous ces gens-là.
- 1:08:44Moi,
- 1:08:44je les ai sortis.
- 1:08:46Il y a « Éloge de l'ombre » .
- 1:08:47Ce n'est pas un livre,
- 1:08:48je suis désolée.
- 1:08:49« Éloge de l'ombre »
- 1:08:50de Tanizaki.
- 1:08:50C'est un ouvrage qui,
- 1:08:52pour moi,
- 1:08:52est un ouvrage phare.
- 1:08:55C'est un architecte,
- 1:08:56Tanizaki,
- 1:08:56qui a écrit ça il y a longtemps.
- 1:09:00C'est là où j'ai vraiment pu mettre des mots sur la délicatesse de la couleur.
- 1:09:04Pour moi,
- 1:09:04c'est important.
- 1:09:05Il y a toute la…
- 1:09:07Alors,
- 1:09:07il y a…
- 1:09:09Ces ouvrages-là qui pour moi ont été importants,
- 1:09:11c'était l'ouvrage de Matthew Creffold,
- 1:09:12qui est un philosophe qui travaillait dans des sites en tant qu'américain et qui a ouvert un atelier de réparation de motos.
- 1:09:24Et qui a écrit ces deux ouvrages traduits en français.
- 1:09:29C'est une réflexion sur le sens du travail,
- 1:09:34la valeur du travail,
- 1:09:35notamment le travail manuel.
- 1:09:36Donc il s'inscrit un peu dans l'affiliation.
- 1:09:38d'un homme philosophe aussi qui s'appelle Michel de Certeau,
- 1:09:41qui a travaillé sur les manières de faire.
- 1:09:44C'est-à-dire tous ces petits gestes,
- 1:09:45notamment portés par les femmes,
- 1:09:47qui mettent en œuvre une quantité de compétences qui n'ont jamais été élucidées,
- 1:09:54nommées,
- 1:09:56fabriquées à un vêtement pour un enfant dans les années 50,
- 1:09:59ça implique de maîtriser des quantités de compétences,
- 1:10:02de 3D,
- 1:10:03de quantités de choses qui ont été complètement méprisées.
- 1:10:07Mais c'est pareil pour beaucoup de femmes.
- 1:10:10de pratiques qui sont liées au travail manuel.
- 1:10:12Donc cet homme-là,
- 1:10:12Mathieu Crawford,
- 1:10:13ce penseur,
- 1:10:14à mon avis,
- 1:10:14est très important parce qu'il a une analyse politique extrêmement éclairante sur le travail manuel et comment c'est aussi une forme de liberté de penser qui est très très menacée dans tout ce qui est tertiaire,
- 1:10:28où on n'est plus capable de prouver que la tâche a été accomplie.
- 1:10:33Quand on fabrique une table,
- 1:10:34on a fabriqué la table,
- 1:10:35basta.
- 1:10:36Et on peut éventuellement la critiquer,
- 1:10:37mais elle est là.
- 1:10:38Et dans...
- 1:10:39tout ce qui est tertiaire,
- 1:10:40donc il n'y a pas de production matérielle,
- 1:10:42il y a un flou dans lequel peuvent s'engouffrer tous les mécanismes d'harcèlement,
- 1:10:49et d'harcèlement aussi au niveau des presque politiques.
- 1:10:53Bon,
- 1:10:53voilà,
- 1:10:54pour moi,
- 1:10:55c'est des ouvrages importants.
- 1:10:55Et puis,
- 1:10:56il y a la littérature.
- 1:10:57Alors,
- 1:10:57je n'ai pris qu'un seul exemple,
- 1:10:57parce que c'est un livre que je viens de terminer,
- 1:10:59d'une poétesse japonaise qui s'appelle Inaba
- 1:11:03Mayumi, qui vient malheureusement de mourir,
- 1:11:06« Mille ans pour aimer » .
- 1:11:08Donc,
- 1:11:08de plus en plus,
- 1:11:09dans la littérature classique,
- 1:11:11je veux dire,
- 1:11:13pas spécialisée,
- 1:11:14je vois apparaître un intérêt pour la couleur,
- 1:11:16des descriptions de couleurs que j'avais notées il y a des années chez Le Clésio,
- 1:11:21par exemple.
- 1:11:22Mais maintenant,
- 1:11:23on sent qu'il y a beaucoup d'écrivains qui ont cette connaissance maintenant de la couleur,
- 1:11:27qui ont des mots pour en parler,
- 1:11:29qui savent d'où elles viennent.
- 1:11:30Et là,
- 1:11:30cette femme parle d'une femme qui teint.
- 1:11:34Et c'est très beau de voir...
- 1:11:37La littérature s'emparer de ses thèmes.
- 1:11:39C'est toujours des moments délicieux de lire ses livres.
- 1:11:43Top.
- 1:11:46Est-ce qu'il y a un sujet qu'on n'a pas abordé,
- 1:11:48que tu voudrais aborder ?
- 1:11:52Non,
- 1:11:53écoute,
- 1:11:53je crois que j'ai dit beaucoup de trucs,
- 1:11:57je pense.
- 1:11:58Je vais peut-être même répéter par moments.
- 1:12:02Si,
- 1:12:02bien sûr,
- 1:12:02à peine.
- 1:12:03Ausha raccroché ?
- 1:12:04Je vais me dire,
- 1:12:04ah mince,
- 1:12:04voilà absolument.
- 1:12:05Non,
- 1:12:05si,
- 1:12:06il y a un truc que je voudrais dire,
- 1:12:07c'est,
- 1:12:07ah oui,
- 1:12:07il y a deux personnes dont je voudrais parler,
- 1:12:09j'ai encore le temps là.
- 1:12:10Vas-y,
- 1:12:10vas-y.
- 1:12:13Donc,
- 1:12:13je disais qu'il y a de plus en plus de personnes qui prennent en charge la fabrication de la couleur naturelle,
- 1:12:18pigmentaire et dans plein d'applications,
- 1:12:21donc on en parle pas mal dans
- 1:12:23Aréco Vert,
- 1:12:24mais aussi les fournitures artistiques,
- 1:12:26etc.
- 1:12:27Je voudrais juste citer deux personnes et en gros,
- 1:12:30lancer le message qu'il faut soutenir
- 1:12:33vraiment qui se lancent dans ces projets-là,
- 1:12:35ça va être dur pour eux et je pense qu'ils ont besoin d'être confortés dans leurs démarches parce que les obstacles seront nombreux.
- 1:12:43Je pense qu'il faut que tous,
- 1:12:45quel que soit notre âge,
- 1:12:46notre position,
- 1:12:48qu'on aille acheter leurs produits,
- 1:12:49qu'on les soutienne quand il y a des problèmes,
- 1:12:51qu'on parle dans leur travail et je pense que c'est vraiment aussi comme ça que les choses vont peu à peu changer.
- 1:12:57J'aurais parlé de deux personnes,
- 1:12:59une qui s'appelle Nathalie Jambon qui est
- 1:13:01Jambon,
- 1:13:03qui est costumière et qui s'est formée à la teinture végétale à assez haut niveau.
- 1:13:08Elle pratique notamment la teinture par fermentation et elle met en œuvre ses connaissances auprès d'artistes qui ont des projets de mise en scène,
- 1:13:18de costumes,
- 1:13:19de décors,
- 1:13:22auxquels elle va conférer des couleurs qui sont issues de la nature,
- 1:13:25des choses extrêmement subtiles qu'elle met en scène.
- 1:13:28Bon,
- 1:13:28Sandrine Rozier aussi a cette...
- 1:13:31réalise ce type de travail,
- 1:13:32mais ça commence vraiment à s'aimer,
- 1:13:34et merci à tous ceux qui ont planté les graines,
- 1:13:36et à toutes celles.
- 1:13:37Et je voulais parler aussi d'Alice Bénard,
- 1:13:40c'est écrit B-E-N-A-R,
- 1:13:43qui est chanteuse,
- 1:13:44autrice,
- 1:13:44compositrice,
- 1:13:45et qui,
- 1:13:45elle,
- 1:13:46a fait appel à Nathalie Jambon pour justement apporter quelque chose de différent aux scénographies qu'elle réalise.
- 1:13:57Donc là,
- 1:13:57on a un exemple de binôme qui s'est mis en place,
- 1:14:00qui est un binôme qui s'épanouit l'un l'autre.
- 1:14:05Et je me disais que ce serait bien de les entendre parler,
- 1:14:09l'une de ce qu'elle apporte et l'autre de ce qu'elle a reçu et comment,
- 1:14:13à son tour,
- 1:14:14elle nourrit le chemin.
- 1:14:17Très,
- 1:14:17très bonne idée.
- 1:14:18C'est ton passage de micro,
- 1:14:19si je comprends bien.
- 1:14:20Oui,
- 1:14:20c'est ça,
- 1:14:20voilà.
- 1:14:21Ok,
- 1:14:22top.
- 1:14:22C'est une super bonne idée parce que…
- 1:14:27ça ouvre exactement comme tu dis ce qu'on peut s'apporter en symbiose et faire que globalement on avance donc top bah écoute Anne moi je t'ai posé toutes mes questions je
- 1:14:40sais pas si t'as vu mais pendant tout l'enregistrement j'ai souri,
- 1:14:42tu m'as remonté à bloc non non mais je te remercie parce qu'en fait on a vraiment fait un éventail de sujets
- 1:14:51bref je trouve ça passionnant je recommande à tout le monde tes livres je les mettrai en descriptif d'épisode et je te remercie vraiment de t'être prêtée au jeu de venir sur le podcast ça me touche beaucoup et merci à toi je t'ai fait ton travail depuis le tout début je
- 1:15:06trouvais que c'était bien de voir cette nouvelle plante germée là dans le jardin de tous ceux qui travaillent sur la couleur je pense que toi tu as aussi cette
- 1:15:16agilité par rapport aux techniques de communication actuelles qui sont déterminantes pour se faire entendre et puis je pense que c'est bien tu fais du bon boulot ça
- 1:15:31va on va y arriver petit à petit je pense que le chemin va être long un pas après l'autre garde l'espoir et bisous ceux qui sont hyper positifs merci beaucoup Anne merci à toi
- 1:15:46Merci à tous.
- 1:15:47Au revoir.
- 1:15:48Je vous invite à me rejoindre sur ma page Instagram ARTECOVERT pour y découvrir le nom des prochains invités.
- 1:15:58Je me permets de vous rappeler que la seule manière de soutenir ce podcast est de le noter et le commenter sur la plateforme d'écoute de votre choix.
- 1:16:06C'est ainsi qu'on arrivera à faire porter la voix de ces passionnés de la couleur végétale.
- 1:16:11Merci à tous. Savoir si vous allez aimer, les mots clés du podcast ArtEcoVert : teinture végétale plantes tinctoriales indigo garance encre végétale couleur végétale colorants végétaux pigments végétaux coloration capillaire végétale fibres naturelles colorants biosourcés tanins teinture naturelle plantes artecovert couleurs de plantes design végétal couleur jardin agriculture tinctoriale indigo tendance innovation nuances cosmétiques