Latest / Chez l'ergo / Difficultés alimentaires chez les bébé & enfants : Marie Ruffier révèle le rôle essentiel de l'intervention en ergothérapie
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- 0:00Bienvenue chez l'Ergo,
- 0:01je m'appelle Claire,
- 0:02je suis ergothérapeute spécialisée en pédiatrie et je suis convaincue qu'on connaît encore trop mal notre métier et sa richesse.
- 0:09Alors chez l'Ergo,
- 0:10on pousse la porte.
- 0:11Chaque épisode,
- 0:12je reçois un ou une ergothérapeute qui partage sa spécialité,
- 0:15son quotidien,
- 0:16ce qui l'anime.
- 0:18Pédiatrie,
- 0:18adulte,
- 0:19handicap moteur,
- 0:20alimentation-sommeil libéral ou encore en structure,
- 0:23telle ou telle.
- 0:24tellement de domaines dans lesquels l'ergot peut intervenir et accompagner au quotidien.
- 0:28Parce que l'ergotherapie,
- 0:29c'est riche,
- 0:30c'est varié et ça mérite d'être connu.
- 0:32Bonne écoute !
- 0:34Bonjour Marie,
- 0:35je suis vraiment ravie de t'accueillir dans ce podcast.
- 0:39L'idée aujourd'hui,
- 0:40c'est de découvrir un petit peu l'ergotherapie,
- 0:43parce qu'il y a plein de domaines qui existent.
- 0:45On va découvrir l'ergotherapie à travers son parcours,
- 0:48ta vision et celles qui font évoluer les visions de l'ergotherapie.
- 0:52Et aujourd'hui,
- 0:53on va parler un peu d'un domaine qui est peu connu encore en ergothérapie,
- 0:56c'est l'alimentation.
- 0:58Est-ce que tu peux commencer par te présenter et un peu nous décrire ton parcours ?
- 1:02Donc moi,
- 1:02c'est Marie,
- 1:03j'ai été diplômée en 2005,
- 1:05donc ça date un petit peu maintenant.
- 1:07Et puis,
- 1:08assez rapidement,
- 1:08je suis partie en pédiatrie.
- 1:11Et quand j'ai commencé la pédiatrie,
- 1:12on m'a dit,
- 1:14tiens,
- 1:14ça serait bien que tu ailles voir une installation au repas.
- 1:18Parce que cet enfant,
- 1:19il a des difficultés à manger.
- 1:21Et donc on m'a mis là où on attend l'ergothérapeute sur l'aménagement,
- 1:26donc la chaise,
- 1:27le couvert,
- 1:28l'antidérapant.
- 1:29Et alors pourquoi ?
- 1:30Je ne saurais pas encore répondre à cette question,
- 1:32mais pour moi,
- 1:33en fait,
- 1:35j'avais d'autres questions qui me trottaient dans la tête,
- 1:36auxquelles je n'arrivais pas à répondre parce que je n'avais pas de formation,
- 1:39parce qu'on n'en avait jamais parlé dans mes études.
- 1:42Et donc j'ai essayé de comprendre qu'est-ce qui se passait pour cet enfant au-delà de son installation qui est l'environnement.
- 1:49Et pourquoi c'était si compliqué pour lui de manger ?
- 1:52Et là,
- 1:53je me suis dit,
- 1:53il nous manque encore sacrément des billes en tant qu'ergothérapeute pour que je puisse évaluer sa façon de manger à cet enfant.
- 2:01Donc,
- 2:01ça m'a pas mal questionnée.
- 2:03Et là,
- 2:03je me suis mise à me former.
- 2:04Alors,
- 2:05des formations pas du tout adressées qu'aux ergothérapeutes,
- 2:08puisque c'est des formations comme celle de Catherine Senez en orthophonie ou de l'intégration sensorielle ou l'autisme aussi.
- 2:16On avait déjà quand même...
- 2:18certaines alertes,
- 2:20l'allaitement.
- 2:21Et puis,
- 2:22j'ai découvert,
- 2:23au bout de quelques années,
- 2:26toutes ces années où je me suis sentie un petit peu,
- 2:28entre guillemets,
- 2:28le vilain petit calard de l'ergothérapie qui allait sur un champ de compétences qui n'était peut-être pas le sien.
- 2:36Et tout d'un coup,
- 2:36je me rends compte,
- 2:37Coutre-Atlantique,
- 2:38ça fait 50 ans qu'ils font ça,
- 2:40et que c'est bien notre champ de compétences,
- 2:43l'occupation du repas,
- 2:44et que surtout,
- 2:45on a des données probantes sur...
- 2:49comment on intervient,
- 2:50qu'est-ce qu'on doit faire,
- 2:52et que les associations,
- 2:54que les ordres là-bas sont très clairs,
- 2:57ça doit être un domaine de prédilection de l'ergotherapie,
- 3:00l'occupation du repas.
- 3:02Je reprends un petit peu,
- 3:03donc du coup ce qui t'a permis de t'intéresser à l'alimentation,
- 3:05c'est le fait que tu as eu une demande autour de l'alimentation,
- 3:09surtout au niveau de la posture,
- 3:11et tout le matériel qu'on pouvait mettre en place à côté.
- 3:13Et vraiment le déclic,
- 3:15c'est quand tu es partie au Canada.
- 3:17et là,
- 3:17tu as eu un déclic en disant,
- 3:18là-bas,
- 3:18ils font déjà plus que chez nous en France.
- 3:21Je pense que le Canada m'a donné la légitimité puisque jusqu'à présent,
- 3:25je faisais des choses de façon un peu empirique,
- 3:29à l'instinct,
- 3:30avec mes formations,
- 3:31avec tout ce que j'avais appris,
- 3:33avec mes modèles d'ergo.
- 3:35Et quand j'ai été au Canada et qu'on a confronté nos façons de travailler avec l'ergothérapeute canadienne,
- 3:41je voyais et j'ai constaté qu'on faisait la même chose.
- 3:45Moi,
- 3:46de façon un peu empirique,
- 3:48en me disant « est-ce que c'est ma place ? »
- 3:50Et elle,
- 3:51droite dans ses bottes,
- 3:53parce que c'était sa place grâce à son décret de compétence,
- 3:57qui est quasiment le même que le nôtre,
- 4:00et grâce aux études scientifiques,
- 4:03grâce aux recommandations internationales.
- 4:07Et donc là,
- 4:08je me suis dit « mais ce n'est pas possible,
- 4:09il faut former les ergothérapeutes à s'occuper de cette occupation de soins personnels. »
- 4:14qui est juste indispensable pour vivre.
- 4:17Et il y a une anecdote,
- 4:17un moment où tu t'es dit,
- 4:19vraiment,
- 4:20ça c'est mon domaine d'expertise,
- 4:22c'est mon domaine où je veux aller.
- 4:24Non,
- 4:25là vraiment où je me suis dit,
- 4:27il faut y aller,
- 4:27il ne faut pas y aller,
- 4:28en s'excusant d'y aller,
- 4:30c'est quand je suis revenue du Canada.
- 4:32Alors maintenant,
- 4:32on va rentrer un petit peu dans le vif du sujet.
- 4:35Pour toi,
- 4:35c'est quoi l'alimentation en ergothérapie ?
- 4:38Alors déjà,
- 4:38l'alimentation,
- 4:39c'est l'occupation du repas.
- 4:40Ce n'est pas que s'alimenter,
- 4:42parce que quand j'entends alimentation,
- 4:44j'entends plus manger par la bouche.
- 4:47L'occupation du repas,
- 4:48c'est qu'est-ce qui se passe pendant ce repas ?
- 4:51C'est-à-dire,
- 4:51est-ce que l'enfant a envie de venir manger ?
- 4:54Est-ce qu'il ressent sa faim ?
- 4:56Est-ce qu'il arrive à s'installer ?
- 4:58Est-ce que les parents sont stressés ?
- 5:00Est-ce qu'ils sont zen ?
- 5:01Et puis bien évidemment,
- 5:03est-ce qu'il arrive à utiliser ses couverts ?
- 5:05Est-ce qu'il a envie de les utiliser ?
- 5:07Est-ce qu'il arrive à mettre dans sa bouche ?
- 5:09Et est-ce qu'il arrive à transformer cet aliment afin de pouvoir le déglutir et donc grandir et grossir ?
- 5:17Donc en fait,
- 5:17tout ce que tu viens de décrire,
- 5:18c'est tout ce qu'on ne voit pas derrière un repas.
- 5:20C'est tout ce qu'on ne voit pas derrière un repas.
- 5:23Le repas,
- 5:24souvent,
- 5:24on veut qu'on mange,
- 5:26on avale.
- 5:27On se nourrit et qu'on avale nos nutriments.
- 5:30Exactement.
- 5:31Ce qui est effectivement indispensable.
- 5:33Oui,
- 5:34ça fait partie des besoins fondamentaux.
- 5:35Des besoins fondamentaux,
- 5:36ça c'est sûr.
- 5:37Mais ce qu'on ne voit pas,
- 5:39tout ce qui est autour,
- 5:40c'est que le repas,
- 5:42il est soumis à un côté social,
- 5:44à une norme culturelle,
- 5:46à des habitudes,
- 5:48à de l'éducation.
- 5:49Et qu'au-delà de mettre un aliment dans sa bouche,
- 5:52il y a toute cette construction qui se passe.
- 5:55Et que surtout,
- 5:56ce qu'on en oublie,
- 5:57c'est qu'effectivement,
- 5:57l'enfant va téter de façon réflexe à la naissance,
- 6:00mais ensuite,
- 6:01c'est quelque chose qu'on va acquérir grâce à notre environnement.
- 6:04Donc ça veut dire nos parents qui vont nous habituer à telle ou telle chose,
- 6:08qui vont nous faire aimer être à table,
- 6:11aimer passer ces moments-là,
- 6:13aimer découvrir la nourriture,
- 6:14ou au contraire,
- 6:16qui vont mettre en place des méthodes où le repas,
- 6:19on va le subir,
- 6:20on va en avoir peur,
- 6:21on va le craindre,
- 6:22parce que c'est un moment...
- 6:24pour x ou y raisons,
- 6:26qui est compliqué et désagréable pour moi.
- 6:29Et qu'est-ce qui est mal compris,
- 6:31que ce soit par les parents,
- 6:32les autres professionnels de santé,
- 6:34autour de l'alimentation ?
- 6:35Est-ce que tu as des phrases qu'on t'a ressorties ?
- 6:41Alors,
- 6:42il y a les phrases éducationnelles,
- 6:43où on a l'impression que,
- 6:45de toute façon,
- 6:45c'est comme si c'était simple de manger,
- 6:48et qu'en gros,
- 6:50un enfant,
- 6:50soit va pas se laisser mourir de faim,
- 6:52il va manger,
- 6:53ce qui est quand même...
- 6:54Faux dans certains cas et archi faux.
- 6:56Ou alors que de toute façon,
- 6:59c'est l'adulte qui décide et l'enfant doit manger ce qu'a décidé l'adulte dans la quantité dont l'adulte a décidé et dans l'ordre que l'adulte a décidé.
- 7:08On perd cette place un petit peu,
- 7:11l'égalité avec l'enfant,
- 7:12c'est l'enfant qui choisit encore.
- 7:14En fait,
- 7:14il y a cette place très autoritaire qu'on retrouve beaucoup,
- 7:17beaucoup dans le repas au quotidien.
- 7:19où normalement il y a un partage de tâches entre l'adulte et l'enfant.
- 7:25Et ce qui va se passer,
- 7:26c'est qu'en tant qu'adulte,
- 7:27on va faire de l'ingérence de tâches,
- 7:28c'est-à-dire que l'enfant est décisionnaire de ce qu'il mange,
- 7:32en quelle quantité,
- 7:34dans quel ordre,
- 7:35et l'adulte est juste décisionnaire de quoi acheter et quoi mettre dans le frigo pour garder l'enfant en sécurité sanitaire et en bonne santé.
- 7:46Et du coup,
- 7:46il y a une ingérence de tâches,
- 7:47puisque l'adulte,
- 7:48au-delà de choisir les aliments qu'il va mettre dans le frigo,
- 7:52il décide de choisir les aliments que l'enfant doit mettre dans sa bouche.
- 7:56Et ça,
- 7:56c'est problématique.
- 7:57Et quand tu parles d'enfant,
- 7:58on l'a remarqué,
- 7:59parce que du coup,
- 8:00je sors de la formation difficulté alimentaire du tout petit de 0 à 2 ans.
- 8:04Et tu disais aussi que même depuis le plus jeune âge,
- 8:07l'enfant est capable d'être autonome à manger.
- 8:11Si on revient au fait de l'allaitement,
- 8:13une maman allaitante n'a...
- 8:15aucune idée de combien a pris son enfant en termes de millilitres.
- 8:19On ne voit pas,
- 8:20il n'y a pas une jauge sur ton sein pour savoir ce qu'il a pris.
- 8:23La seule chose qui te permet de savoir si ton enfant a bien mangé,
- 8:27entre guillemets,
- 8:28ou en tout cas a suffisamment mangé pour lui,
- 8:31c'est son état à lui,
- 8:33donc son état de sérénité,
- 8:35et toi,
- 8:36ton ressenti interne au niveau de la proprioception.
- 8:39Donc,
- 8:40pour revenir,
- 8:40effectivement,
- 8:41l'enfant a cette capacité de savoir s'il a faim ou s'il n'a pas.
- 8:45Ce qui se passe,
- 8:45c'est que l'enfant,
- 8:47quand on va lui donner le biberon,
- 8:49eh bien,
- 8:50on va faire ce geste,
- 8:52souvent que je montre en formation très étrange,
- 8:55au lieu de regarder notre bébé,
- 8:58de regarder notre biberon,
- 9:00de regarder la quantité qui reste,
- 9:01et de se dire,
- 9:02tiens,
- 9:02je pense qu'il n'a pas assez mangé.
- 9:04Et donc là,
- 9:06on squeeze ce qu'on appelle l'interoception,
- 9:08qu'on connaît bien en ergothérapie,
- 9:09de ressentir la faim et la sacité,
- 9:12pour continuer à nourrir...
- 9:14Un corps et un cerveau qui dit non.
- 9:18Et bien on arrive du coup déjà dans l'ingérence de tâches à estimer ce que mon bébé doit boire.
- 9:23Et si on revient un petit peu sur le repas,
- 9:25du coup,
- 9:26c'est vrai que l'enfant,
- 9:27il a tellement de choses à gérer pendant un repas.
- 9:30Mais du coup,
- 9:31qu'est-ce qu'il joue réellement pendant un repas ?
- 9:32Il n'y a pas juste à manger.
- 9:34Déjà,
- 9:34ce que j'aime dire,
- 9:35c'est qu'aussi,
- 9:36le repas est une des seules occupations ou activités,
- 9:40ça devait être comme on le décompose aussi,
- 9:42mais dans le sens où l'enfant,
- 9:45on joue tout le temps avec l'enfant.
- 9:47On joue tout le temps avec le bébé,
- 9:48il faut quand même garder en tête que l'enfant apprend par le jeu.
- 9:51Enfin ça,
- 9:52on le sait,
- 9:53on en est convaincus.
- 9:54Et qu'en plus,
- 9:56c'est les expériences les plus répétées qui vont être gardées,
- 10:00pas forcément les plus positives.
- 10:02Et le repas fait partie des activités où l'enfant,
- 10:07on ne va plus jouer avec.
- 10:08On attend dès le début qu'il mange correctement,
- 10:11qu'il mange rapidement,
- 10:12qu'il ne parle pas trop,
- 10:13qu'il ne bouge pas trop,
- 10:15qu'il ne se salisse pas trop.
- 10:16qui rentre dans des normes d'adultes,
- 10:19alors que ça reste un enfant qui croit être caché derrière ses mains,
- 10:23qui a ce pouvoir magique que le spaghetti se transforme en trompe d'éléphant.
- 10:27Donc il est dans le jeu,
- 10:29mais nous,
- 10:29en tant qu'adultes,
- 10:30on a ce filtre au niveau du regard,
- 10:34où on a des exigences qui ne peuvent pas être réalisées par un enfant.
- 10:38Et ce n'est pas que dans l'alimentation,
- 10:40c'est aussi dans d'autres domaines,
- 10:41que ce soit le scolaire,
- 10:42dès la maternelle,
- 10:42on demande à ce que l'enfant reste assis sur une chaise toute la journée.
- 10:46L'enfant doit être sage,
- 10:47pas trop parler,
- 10:47pas trop bouger,
- 10:48sinon il est mal aidé.
- 10:50Si on venait un petit peu sur ta pratique,
- 10:52comment ça se passe un accompagnement avec toi ?
- 10:56Alors déjà,
- 10:58la première phrase que je vais peut-être poser aux parents,
- 10:59c'est comment je peux vous aider ?
- 11:01Qu'est-ce que vous attendez de moi en fait ?
- 11:03Ce n'est pas à moi d'imposer ce que devrait être le repas de cet enfant dans cette famille,
- 11:10à cet instant.
- 11:11Mais c'est les parents qui doivent me dire...
- 11:14Qu'est-ce qui dysfonctionne pour eux chez eux ?
- 11:17Et il y a des parents,
- 11:18c'est réussir à manger sur la table basse devant la télé.
- 11:22Parce que c'est leur environnement,
- 11:23c'est comme ça que ça se passe chez eux.
- 11:26Et après,
- 11:26si ça pose un problème éducationnel,
- 11:28c'est un autre problème.
- 11:29Ce n'est pas le même problème que l'occupation du repas.
- 11:32Donc,
- 11:33ça se passe que je laisse la place aux parents de décider,
- 11:39de co-décider.
- 11:40Ce qu'on va travailler,
- 11:42quels sont les objectifs,
- 11:43comment on va les mettre en place et comment on peut les atteindre.
- 11:48Ce qui est tout à fait le rôle de l'ergoteur.
- 11:52On intervient pas que sur la posture environnement mais vraiment aussi sur la plainte occupationnelle.
- 11:57De recueillir cette plainte au plus proche de ce qu'elle est.
- 12:02Parce que souvent les parents viennent avec des plaintes qui sont du médecin.
- 12:06Des fois,
- 12:06il ne mange pas assez,
- 12:07il faut qu'il mange plus.
- 12:08Ça peut être l'environnement aussi.
- 12:10Il bouge trop,
- 12:10tu ne te rends pas compte d'avoir quelqu'un.
- 12:14Mais quelle est la vraie plainte de ses parents ?
- 12:16Et je reviens sur un enfant qui bouge.
- 12:17Souvent,
- 12:17je leur dis,
- 12:19il bouge,
- 12:20d'accord.
- 12:21Mais vous,
- 12:22est-ce que ça vous dérange ?
- 12:24Non,
- 12:24mais qu'est-ce qu'on va penser de nous ?
- 12:26D'accord,
- 12:27mais vous,
- 12:27au quotidien,
- 12:28est-ce que c'est quelque chose qui vous dérange ou est-ce que vous avez des pensées limitantes parce qu'on vous a dit,
- 12:32par exemple,
- 12:32que s'il bouge,
- 12:34il sera mal élevé et il bougera toute sa vie ?
- 12:36Donc il y a aussi ça,
- 12:37c'est comprendre en fait quel est l'impact de l'environnement de cette famille,
- 12:42de l'entourage en fait,
- 12:44des autres professionnels de santé,
- 12:47sur le jugement qu'ils ont de la façon qu'a leur enfant de manger.
- 12:50Oui parce que des fois c'est peut-être juste une mauvaise guidance d'un autre professionnel et qui fait qu'ils ont la mauvaise information.
- 12:57Du coup ils s'inquiètent peut-être pour rien,
- 13:00mais après peut-être pas aussi non plus.
- 13:02Oui mais de toute façon ils ne s'inquiétaient pour rien.
- 13:06que s'inquiéter trop tard.
- 13:07Mais en tout cas,
- 13:08effectivement,
- 13:09il y a des parents qui peuvent être alertés.
- 13:13Alors souvent,
- 13:13c'est des enfants qui vont gigoter,
- 13:15qui ne vont pas manger assez aux yeux des autres.
- 13:18Et donc,
- 13:19eux,
- 13:19ils viennent voir parce qu'on leur a dit que s'ils continuent comme ça,
- 13:24ça va être compliqué après.
- 13:26Et c'est là où il faut faire de la suppléance de connaissances,
- 13:28donc leur redonner des informations à jour actuelles et les recommandations qu'on a.
- 13:34Si tu pouvais donner les quelques signes d'alerte pour quand consulter en ergothérapie ?
- 13:38Alors,
- 13:39dès qu'il y a une plainte,
- 13:40dès que le repas semble compliqué.
- 13:43Et quand je dis repas,
- 13:44je parle de la tétée au sein,
- 13:46je parle du biberon,
- 13:47je parle de la première cuillère,
- 13:48je parle du premier morceau,
- 13:50comme je parle d'avoir un panel alimentaire varié.
- 13:55Donc ça veut dire que l'ergothérapeute devrait...
- 13:58Voir les enfants,
- 13:59par exemple,
- 14:00dès 15 jours de vie,
- 14:01s'il y a un problème de succion,
- 14:03si c'est une maman qui n'arrive pas à l'été,
- 14:05si c'est des parents où ça fait
- 14:0815 biberons qu'ils achètent pour essayer de trouver le biberon où ça ne coule pas au long des lèvres,
- 14:15il faut aller voir un ergothérapeute,
- 14:17il faut aller voir avant même un ergothérapeute.
- 14:21Si je commence la cuillère de purée et qu'à chaque fois le bébé détourne la tête,
- 14:26il grimace,
- 14:26puis il se mergue,
- 14:27pousser et tout ça,
- 14:28mais il faut aller voir d'urgence aussi un ergothérapeute pour nous aider.
- 14:31Et de la même façon,
- 14:32un enfant de plus de 9 mois qui ne mange pas de morceaux,
- 14:36eh bien,
- 14:36il faudrait aller voir un ergothérapeute.
- 14:37Donc,
- 14:38ces enfants qui ont des difficultés alimentaires,
- 14:40il faudrait que les ergothérapeutes puissent les voir avant un an.
- 14:43Oui,
- 14:43parce que du coup,
- 14:44il y a...
- 14:44Il y a tellement de choses,
- 14:46de possibilités sur pourquoi il est en difficulté l'enfant,
- 14:49que ce n'est pas en fait un caprice de l'enfant.
- 14:51Il n'est pas capable à cet âge de faire un caprice.
- 14:54Non,
- 14:54il n'y a pas de caprice alimentaire.
- 14:56Rappelez-vous quand même que l'alimentation,
- 14:57c'est un besoin primaire,
- 14:59comme le sommeil,
- 15:00comme boire.
- 15:02Et que l'enfant,
- 15:04notre cerveau quand même,
- 15:05son but,
- 15:05c'est de nous maintenir en vie un maximum.
- 15:07Donc nous dire,
- 15:09on va faire un caprice les gars,
- 15:10on va arrêter de bouffer.
- 15:12C'est parce que le cerveau aime,
- 15:13comme on ne se dit pas,
- 15:14on va arrêter de respirer.
- 15:16Lui,
- 15:16il veut que ça fonctionne bien pour tous les organes.
- 15:18Donc un enfant qui se met à refuser de manger,
- 15:21c'est jamais un caprice.
- 15:23C'est un signe d'alerte,
- 15:24alors des fois de pas grand-chose,
- 15:25des fois de grand-chose,
- 15:27on verra au bilan,
- 15:29mais en tout cas,
- 15:29ça doit être pris en compte,
- 15:31et c'est une plainte occupationnelle majeure.
- 15:34Du coup,
- 15:34quand tu reçois un enfant au cabinet,
- 15:36ou un tout petit,
- 15:37qu'est-ce que tu observes en premier chez l'enfant ?
- 15:41Ça va dépendre un petit peu de l'âge,
- 15:43évidemment.
- 15:47Parce que les tout-petits,
- 15:48je vais regarder leur motricité globale,
- 15:50les bébés.
- 15:51Je vais regarder la motricité globale,
- 15:52je vais regarder leur interaction,
- 15:55je vais regarder leur comportement quand on leur propose le sein,
- 15:59quand on leur propose le biberon.
- 16:01Quand c'est possible,
- 16:02je vais les mettre en situation pour comprendre justement ce qui se passe.
- 16:05Alors bien qu'au cabinet,
- 16:06on est biaisé,
- 16:07c'est un environnement qui n'est pas du tout l'environnement.
- 16:09Les mamans à les tentes,
- 16:10les biberonnantes,
- 16:11des fois on essaye plus d'aller à domicile qu'ailleurs.
- 16:14Ou alors on va regarder un film avec la famille,
- 16:17une vidéo qu'ils ont prise de ce moment de repas à la maison pour essayer d'évaluer et de comprendre ce qui se passe,
- 16:23d'interpréter les signaux.
- 16:24Parce que souvent il y a apprendre aux parents à interpréter les signaux du bébé,
- 16:29c'est pas forcément facile pour tous les parents.
- 16:31Et nous,
- 16:32c'est faire de la suppléance de connaissances pour dire,
- 16:34là ce bébé il est prêt à manger,
- 16:35là non non il est pas prêt à manger,
- 16:37qu'est-ce qu'on peut faire pour le préparer à manger ?
- 16:39Là,
- 16:39il veut s'arrêter.
- 16:40Donc là,
- 16:40il dit stop.
- 16:41C'est clair et net.
- 16:42Donc,
- 16:42on s'arrête quand il fait ça pour justement respecter tous ces signaux qui sont vraiment indispensables dans les études.
- 16:48C'est vraiment une des premières choses à pouvoir expliquer aux parents.
- 16:52Et qui ne sont pas forcément non plus dit quand on devient maman.
- 16:56Ce n'est pas des signaux qu'on nous apprend à observer.
- 16:59Non,
- 16:59alors souvent,
- 17:00on dit elle était au signe d'éveil.
- 17:02Alors,
- 17:02on le dit moins pour le biberon.
- 17:03Mais c'est quoi un signe d'éveil ?
- 17:05Est-ce que j'arrive à identifier un signe d'éveil ?
- 17:07Est-ce que pour moi,
- 17:08un signe d'éveil,
- 17:09c'est quand il se met à pleurer ?
- 17:10Est-ce que quand il est en début de sommeil,
- 17:12c'est un signe d'éveil ?
- 17:13Parce qu'il est en sommeil agité.
- 17:15Il y a plein de questions au-delà de l'allaiter à la demande au signe d'éveil.
- 17:22Est-ce que tu pourrais nous raconter une situation qui t'a marqué depuis ton installation au Libéral ou depuis que tu travailles spécialisée dans l'alimentation ?
- 17:32Je pense qu'il marque le plus...
- 17:35Ces enfants extraordinaires,
- 17:36donc là j'ai en tête deux enfants trisomiques qui ne me sont adressés qu'à 6 ans,
- 17:42parce qu'ils ne mangent pas de morceaux,
- 17:44qu'ils sont mixés.
- 17:45Et en fait ça,
- 17:46ça me met dans une grande colère,
- 17:49parce qu'on ne découvre pas qu'ils sont trisomiques à 6 ans,
- 17:52on ne découvre pas qu'ils sont polyhandicapés à 6 ans,
- 17:55ce type d'enfants,
- 17:56nos enfants extraordinaires.
- 17:57On le sait,
- 17:59alors ma question,
- 18:00où je n'ai pas de réponse,
- 18:01mais pourquoi ?
- 18:02On attend 6 ans pour les envoyer en thérapie alimentaire,
- 18:07que ce soit ergo ou orto.
- 18:09Et puis en plus,
- 18:10les études sont claires.
- 18:11On sait quels sont les enfants à risque.
- 18:14Tous nos enfants dans les cabinets sont à risque,
- 18:15donc on ne va pas faire ma pub,
- 18:17mais tous les ergothérapeutes devraient être formés en pédiatrie à de la thérapie alimentaire,
- 18:22parce qu'en fait,
- 18:23je ne vois pas comment tu peux faire autrement.
- 18:25Et c'est marquant.
- 18:27Alors,
- 18:27ce ne sont pas des situations qui m'ont marquée,
- 18:29mais ce sont des situations qui me mettent profondément en colère,
- 18:31parce qu'on sait
- 18:32que ça va arriver.
- 18:34On sait que c'est des enfants qui vont avoir ce type de trouble.
- 18:37Et on attend qu'ils soient cristallisés,
- 18:40que les dents ne soient pas les unes en face des autres,
- 18:42que l'enfant n'arrive plus à respirer par le nez,
- 18:45qu'il a la langue qu'il ne save plus du tout bouger,
- 18:47pour essayer d'introduire des morceaux.
- 18:50Et ça,
- 18:51ça me met profondément en colère.
- 18:52Est-ce que tu as des conseils pour les ergothérapeutes qui sont justement formés en alimentation ?
- 18:57Je pense que là,
- 18:58il faut aller les chercher.
- 18:59Il faut aller les chercher et il faut aller travailler avec peut-être des professionnels avec lesquels on a moins l'habitude de travailler.
- 19:05Les professionnels qui ont souvent les tout-petits,
- 19:08bien évidemment les pédiatres.
- 19:09Donc si vous avez des pédiatres qui sont ouverts à l'ergothérapie,
- 19:12allez leur présenter notre métier.
- 19:14Et souvent,
- 19:15je dis aux ergots,
- 19:16partez du principe que personne ne sait ce qu'on fait.
- 19:19Parce que bon,
- 19:19c'est pas vraiment faux ce que je suis en train de dire quand même.
- 19:22Tout le monde a une idée de ce qu'on ferait.
- 19:25Tout le monde explique ce qu'on devrait faire sans jamais savoir ce qu'on fait réellement en tant qu'ergothérapeute.
- 19:30Et même des fois,
- 19:30les ergothérapeutes arrivent,
- 19:32moi,
- 19:33quand je demande,
- 19:34quand ils arrivent en formation,
- 19:36ben en fait,
- 19:37je sais pas si je suis légitime,
- 19:39je sais pas bien la différence avec une ortho,
- 19:41avec un kiné,
- 19:42avec ceci.
- 19:43Donc je sais pas si j'ai le droit ou pas.
- 19:46Même nous,
- 19:46on a du mal à se sentir légitime.
- 19:49Donc il va falloir enfoncer ses portes et aller soit chez le pédiatre pour lui expliquer,
- 19:54les sages-femmes,
- 19:55les consultantes en lactation IBCLC leur expliquer ce qu'on est,
- 19:59les ostéopathes qui les ont des fois à la sortie de la maternité pour une manipulation,
- 20:04les chiros,
- 20:05parce qu'ils ne nous connaissent pas non plus.
- 20:07Donc je pense qu'il y a vraiment un travail de sollicitation,
- 20:10aller pousser les portes des PMI,
- 20:12aller pousser les portes des maternités,
- 20:13aller pousser les portes des crèches.
- 20:16Ils ont besoin de nous.
- 20:19Ils ne le savent pas encore.
- 20:21Il faut qu'on a créé ce besoin.
- 20:25C'est surtout créer la connaissance qui amènera la reconnaissance derrière.
- 20:30Oui,
- 20:30c'est un sacré job.
- 20:33Tu l'as un peu dit tout au long des premières minutes de cet enregistrement.
- 20:37Mais du coup,
- 20:38selon toi,
- 20:38qu'est-ce que l'ergothérapie apporte dans ce domaine de l'alimentation ?
- 20:42Est-ce que tu peux nous faire une synthèse ?
- 20:45On a cette vision qui est très...
- 20:49De par nos modèles conceptuels,
- 20:51c'est de ne pas se focaliser sur le fait d'il mange ou il ne mange pas.
- 20:55Je parle d'avaler,
- 20:57quand je dis ça.
- 20:58Nous,
- 20:58on va regarder la personne dans sa globalité,
- 21:01donc chercher au niveau organique,
- 21:04sensorimoteur,
- 21:05comportemental,
- 21:06qu'est-ce qui fait que c'est compliqué.
- 21:08Donc je vais regarder l'enfant manger,
- 21:11je vais l'observer,
- 21:12je vais prendre des informations.
- 21:14Je vais ensuite évaluer telle ou telle chose en fonction de ce que je vois.
- 21:18On a cette force de savoir que l'environnement,
- 21:22l'environnement parent,
- 21:24sensoriel,
- 21:26lieu,
- 21:27mais aussi tout ce qui va être émotionnel,
- 21:32va avoir un lien sur notre performance pour manger.
- 21:36Et que cet environnement,
- 21:37enfin cette performance au repas,
- 21:39elle dépend de notre environnement,
- 21:41sans forcément accuser,
- 21:43tu sais souvent on dit « ah il mange mieux là que là » .
- 21:46Et souvent,
- 21:47du coup,
- 21:47on dit oui,
- 21:47mais c'est parce qu'il est avec ses parents ou parce qu'il se permet plus de ne pas manger.
- 21:52Tu vois,
- 21:52sans comprendre vraiment le rôle de l'environnement dans une activité.
- 21:57Parce que même nous,
- 21:58tu ne manges pas pareil quand tu es dans le train que quand tu es devant ta télé,
- 22:02que quand tu es dans un deux étoiles.
- 22:05Et quand tu manges avec la reine d'Angleterre.
- 22:06Tu vois,
- 22:07ce que je veux dire,
- 22:07c'est que ta performance du repas ne sera pas la même à ce niveau-là.
- 22:12Et ce terme de performance aussi.
- 22:15C'est vraiment très propre Ergo,
- 22:16c'est-à-dire que ce n'est pas nos bilans qui décident de ce que devrait être le repas de l'enfant,
- 22:23c'est vraiment l'attente de la famille et le fait que ce repas doit fonctionner avec cette famille,
- 22:30avec cette culture,
- 22:32avec ce niveau social,
- 22:33avec cet environnement,
- 22:34avec cet enfant.
- 22:36Pour moi,
- 22:37c'est ça notre force,
- 22:38c'est d'analyser au-delà de la bouche cette alimentation,
- 22:43parce que bien souvent,
- 22:43ce que je dis...
- 22:44Quand on arrive à mettre les choses en bouche,
- 22:46on a quasiment gagné.
- 22:47Il ne reste plus grand-chose.
- 22:50Pour toi,
- 22:51pourquoi c'est important de se former aujourd'hui ?
- 22:56Parce que je ne vois pas comment on peut se dire spécialiste de l'occupation quand on en est encore à regarder que la cuillère coudée.
- 23:04Alors oui,
- 23:05j'exagère,
- 23:06vous allez me dire.
- 23:07Mais c'est un peu vrai.
- 23:09C'est-à-dire qu'on nous a mis longtemps dans des cases.
- 23:13et moi j'ai accepté de rester dans cette case et même des fois j'ai défendu cette place dans cette case mais ce qui est important c'est d'apprendre à sortir de cette case pour être vraiment un ergothérapeute pas que pour être un mécanicien de la cuillère coudée ou de la chaise ou du
- 23:29tapis antidérapant on ne peut pas se dire oui mais bon t'as vu on nous demande toujours de faire ça sans revendiquer et se faire former pour pouvoir vraiment analyser cette occupation non
- 23:43tous ces domaines.
- 23:44Et puis la formation,
- 23:45ça ouvre vraiment une nouvelle vision,
- 23:46un nouveau champ de compétences parce que du coup,
- 23:50puis même,
- 23:51suivant la personne qui forme aussi,
- 23:53elle a sa vision,
- 23:54son parcours et donc du coup,
- 23:56c'est très riche.
- 23:57C'est sûr.
- 23:58C'est ce que j'espère quand je forme,
- 24:00c'est que pour moi,
- 24:01mon but quand je forme,
- 24:02ce n'est pas que les ergots se disent oh là là,
- 24:04on va y arriver.
- 24:05Tu vois,
- 24:05in the nose pour nos rééducations,
- 24:07c'est aussi que les ergots se disent mais ouais,
- 24:09bordel,
- 24:10c'est notre place.
- 24:11Pourquoi on n'y a pas pensé avant ?
- 24:14Tout à fait.
- 24:15Et puis,
- 24:15ce qui est riche aussi en formation,
- 24:16c'est que du coup,
- 24:16il y a toutes les autres formées.
- 24:18Et donc,
- 24:18du coup,
- 24:19chacun a son parcours,
- 24:19chacun a ses expériences.
- 24:21Et du coup,
- 24:21on peut échanger aussi.
- 24:22Et là,
- 24:22on l'a bien vu.
- 24:23Il y a un ergot qui en est honnête.
- 24:25Moi,
- 24:25j'avais vu un ergot qui était en maternité en Corse.
- 24:29Donc,
- 24:30ce n'est pas n'importe quoi.
- 24:32C'est que,
- 24:34en fonction de nos parcours,
- 24:36on devrait être partout dans la périnatalité.
- 24:39Donc,
- 24:40qu'est-ce que tu veux se transmettre aux ergothérapeutes qui t'écoutent ?
- 24:43Je veux transmettre que,
- 24:45bon déjà il faut spécialiser,
- 24:46c'est-à-dire qu'il faut arrêter,
- 24:47on n'est pas généraliste,
- 24:48enfin on ne peut pas être généraliste.
- 24:50On ne peut pas,
- 24:50il y a tellement de domaines,
- 24:51on ne peut pas.
- 24:52Moi je ne sais absolument pas,
- 24:54une VAD,
- 24:54un BHK,
- 24:55un EPSI,
- 24:56enfin bref,
- 24:56vous me parlez absolument chinois et j'aurais des suées si je devais en faire passer un.
- 25:01Donc on n'est absolument pas généraliste et qu'il faut se spécialiser et que si vous voulez faire,
- 25:07tu vois,
- 25:07alors si on se dit ah mais j'en ai marre,
- 25:10j'ai que des grands.
- 25:12Il faut se former,
- 25:13il faut aller chercher les petits,
- 25:15il faut revendiquer notre place,
- 25:16il faut aller à notre place et arrêter de dire
- 25:20« ouais mais on a que des grands ou on fait que ça » .
- 25:23Mais il faut prendre cette place qu'on a laissée trop longtemps,
- 25:29toute seule,
- 25:31on n'y a pas été,
- 25:32donc il y a des autres qui ont été et maintenant on la prend,
- 25:36il faut la revendiquer,
- 25:37il faut arrêter de s'excuser d'être là.
- 25:39D'accord ?
- 25:40On a besoin de nous comme on a besoin de tous les autres.
- 25:42Donc,
- 25:43si tu veux faire de la périnatalité,
- 25:45si tu veux faire de la pédiatrie,
- 25:46pour moi,
- 25:47l'occupation des repas,
- 25:48tu ne peux pas passer outre.
- 25:51C'est l'occupation qui revient le plus.
- 25:52Déjà,
- 25:53toi,
- 25:53tu manges quatre fois par jour.
- 25:54Donc,
- 25:55c'est quelque chose qui revient énormément dans ta journée.
- 25:57On ne peut pas passer à côté.
- 25:59Regardez l'Association américaine des ergothérapeutes.
- 26:02Allez voir l'Ordre des ergothérapeutes du Québec.
- 26:04Ils ont des phrases très justes.
- 26:05C'est-à-dire qu'il faut...
- 26:07un de nos domaines de prédilection sur lequel on doit avoir une attention particulière.
- 26:11Et c'est ce que tu disais,
- 26:12c'est que l'alimentation,
- 26:12c'est aussi une porte ouverte.
- 26:14D'abord,
- 26:14on rentre par l'alimentation,
- 26:15puis après,
- 26:16on creuse le reste,
- 26:17les autres problèmes occupationnels.
- 26:18Exactement,
- 26:18parce qu'on a l'alimentation,
- 26:20on a le sommeil,
- 26:21où on n'y va pas,
- 26:22on a la défécation,
- 26:23où on n'y va pas,
- 26:24on a la mixtion,
- 26:25où on n'y va pas.
- 26:27Donc,
- 26:27il y a encore une marge de progression de l'ergotherapie qui est énorme,
- 26:31mais il faut y aller.
- 26:33Selon toi,
- 26:34de quoi les ergothérapeutes ont besoin aujourd'hui pour mieux accompagner l'alimentation ?
- 26:38Déjà d'arrêter de se mettre la pression,
- 26:42d'arrêter de se dire que c'est notre job de les faire grossir et de développer leur panel alimentaire.
- 26:48Notre job en thérapie alimentaire,
- 26:50c'est que l'alimentation se passe sereinement,
- 26:53que ce soit du côté parent,
- 26:54que ce soit du côté enfant.
- 26:56Et une fois que c'est serein,
- 26:57que les parents ont les outils,
- 26:59que les enfants ont les outils et qu'ils arrivent à transférer à la maison.
- 27:02Le reste suivra.
- 27:04Dans tout ce qu'on a abordé depuis le début,
- 27:06est-ce qu'il y a une question que j'ai oubliée,
- 27:09quelque chose que tu aimerais parler,
- 27:10mettre en avant ?
- 27:12Il y a quelque chose que j'aimerais mettre en avant,
- 27:13c'est souvent,
- 27:14parce que vous allez me dire,
- 27:15mais alors du coup,
- 27:16est-ce que c'est l'ortho ?
- 27:18Est-ce que c'est l'ergo ?
- 27:19Est-ce que c'est le kiné ?
- 27:21Est-ce que c'est la diète ?
- 27:22Il faut arrêter de se dire,
- 27:24est-ce que c'est toi ou moi,
- 27:26mais qu'on arrive à penser c'est nous.
- 27:28On est en train de prendre le boulot de personne.
- 27:31ils sont en train de prendre le boulot de personne nous devons avancer ensemble parce que souvent quand il y a un trouble de l'alimentation c'est un trouble de l'alimentation qui est chronique qui a plus de 3 mois et cette chronicité demande un accompagnement pluripro donc
- 27:48il faut travailler avec le nous et pas avec le je ni avec le tu
- 27:53Et ça,
- 27:53je pense que c'est important de le dire,
- 27:55de le redire et de le répéter autour aussi pour qu'on travaille de mieux en mieux ensemble,
- 28:00je pense.
- 28:00Est-ce que là,
- 28:01tu as une situation où tu as pu travailler avec d'autres professionnels,
- 28:05justement en pluridisciplinaire ?
- 28:07On en a souvent.
- 28:08Là,
- 28:08par exemple,
- 28:09c'était un bébé qui était suivi en succion,
- 28:11un bébé à l'été suivi en succion chez une kiné avec qui je travaille et qui ne comprenait pas pourquoi ça ne fonctionnait pas.
- 28:18Elle me l'a renvoyé.
- 28:19Moi,
- 28:19j'ai fait une évaluation sensorimotrice.
- 28:21J'ai trouvé qu'il y avait un...
- 28:23Un point un peu proprioceptif qui laissait à désirer dans la succion.
- 28:27J'ai mis en place des stratégies,
- 28:29des gestes d'aide,
- 28:31des suppléances de connaissances aux parents.
- 28:33Et puis du coup,
- 28:34ça a débloqué une situation.
- 28:36C'est pas que...
- 28:37Il n'y a pas de bon ou pas bon.
- 28:38C'est juste qu'en fait,
- 28:39on a des filtres qui sont différents,
- 28:41des lunettes qui sont différentes.
- 28:42Et c'est en croisant les regards qu'on arrive à avancer.
- 28:46Sachant qu'en plus,
- 28:48souvent c'est en libéral,
- 28:49on est seul en libéral.
- 28:50Et à porter tout seul,
- 28:51c'est trop lourd.
- 28:52Oui,
- 28:53c'est important de s'entourer et d'échanger.
- 28:55Et puis même,
- 28:56ça fait évoluer les pratiques,
- 28:57de toute façon.
- 28:58Pour terminer,
- 28:59j'aimerais te poser une dernière question.
- 29:01Si un ergothérapeute hésite à se spécialiser dans l'alimentation,
- 29:04qu'est-ce que tu aurais envie de lui dire aujourd'hui ?
- 29:08Pourquoi il hésite ?
- 29:10La question,
- 29:11quand vous entendez pourquoi il hésite,
- 29:12ce n'est pas pourquoi il hésite,
- 29:13c'est une évidence.
- 29:15Tu vois,
- 29:15souvent,
- 29:16qu'est-ce qui te fait hésiter ?
- 29:18Est-ce que tu as l'impression que tu n'es pas légitime,
- 29:20que tu n'auras pas de patients,
- 29:22que ce n'est pas notre domaine ?
- 29:25En fait,
- 29:25qu'est-ce qui te fait hésiter ?
- 29:27Et quand on hésite,
- 29:29la question c'est est-ce que c'est mon jugement à moi,
- 29:32mon filtre de mon quotidien qui fait ça ?
- 29:35Est-ce que c'est la vérité de notre profession ?
- 29:38Alors ça,
- 29:38moi je peux répondre,
- 29:39ce n'est pas la vérité puisqu'on nous recommande de travailler l'alimentation.
- 29:43chez nos confrères,
- 29:44consœurs outre-Atlantique.
- 29:46Donc la question,
- 29:47c'est qu'est-ce qui dérange ?
- 29:48Après,
- 29:49tout le monde n'a pas envie de le faire.
- 29:50Et j'entends que tout le monde n'est pas obligé de le faire.
- 29:52C'est vraiment une façon de travailler.
- 29:57On a le droit de se dire,
- 29:58je n'ai pas envie d'être spécialisée en sucion,
- 30:00j'ai envie de faire autre chose.
- 30:01Et on peut être plusieurs ergots dans un cabinet,
- 30:04qu'il y en a qui soient spécialisés,
- 30:05que toi,
- 30:06tu le vois une fois comme ça,
- 30:07moi,
- 30:07je le vois en thérapie alimentaire,
- 30:09et c'est OK.
- 30:10Mais après,
- 30:11ce qu'il ne faut pas,
- 30:12je pense qu'il est important,
- 30:13c'est pas de se...
- 30:15Tu vois,
- 30:16j'hésite à me former,
- 30:17c'est que je ne véhicule pas une mauvaise communication en disant que ce n'est pas notre job.
- 30:23D'accord ?
- 30:24Et ce n'est pas se tirer une batte dans le pied,
- 30:25quoi.
- 30:25Voilà.
- 30:26Tous les ergothérapeutes doivent être convaincus aujourd'hui que c'est dans notre champ de compétences.
- 30:30Par contre,
- 30:31tous les ergothérapeutes n'ont pas forcément envie de se former.
- 30:34Et ça,
- 30:34il n'y a pas de souci.
- 30:35Oui,
- 30:36c'est comme tu disais tout à l'heure.
- 30:37C'est que l'ergothérapie est assez large et que du coup...
- 30:39Du coup,
- 30:39il faut qu'on soit spécialisés,
- 30:40mais pas tous spécialisés dans un même domaine.
- 30:42Parce que sinon,
- 30:45chacun a un peu ses attirances.
- 30:47L'humain,
- 30:48de toute façon,
- 30:49a des attirances différentes qui fera que ça ne sera jamais vraiment le problème de tous se former sur le même truc.
- 30:55On est tranquille,
- 30:55je pense.
- 30:56Et pour continuer à faire découvrir la richesse de l'ergothérapie,
- 31:00est-ce qu'il y a une personne que tu aimerais entendre sur ce podcast ?
- 31:03Moi,
- 31:03j'ai avoué que j'aimerais bien les Canadiennes,
- 31:06les Américaines.
- 31:09Alors après,
- 31:10c'est parce que j'aimerais les entendre sur...
- 31:12Tu vois,
- 31:12j'aimerais bien les Canadiennes qui sont en néonate,
- 31:15qui nous parlent au français et qui peut-être donnent cette légitimité au français d'aller pousser encore des portes.
- 31:21J'aimerais ces Américaines qui font de la rééducation,
- 31:23de l'assustion,
- 31:24qui sont dans l'allaitement,
- 31:26qui viennent nous parler de leur étude et de ce qu'ils font pour nous montrer qu'on a notre place,
- 31:33que ce sont nos collègues,
- 31:34qu'ils font la même chose que nous et qu'on a cette légitimité.
- 31:39Très bien.
- 31:40Je veux bien des petits noms en off.
- 31:42J'essaierai d'en contacter.
- 31:44Merci beaucoup,
- 31:45Marie,
- 31:45pour cet échange.
- 31:46C'était très riche.
- 31:47Après,
- 31:47moi,
- 31:48je sors d'une formation,
- 31:48donc j'ai eu tout ton savoir.
- 31:50Enfin,
- 31:51pas tout,
- 31:51mais une partie de ton savoir.
- 31:52Du coup,
- 31:53c'était très riche et très intéressant,
- 31:54inspirant,
- 31:55et ça permet aussi de mieux comprendre l'ergothérapie et à quel point c'est important de se mettre aussi dans l'alimentation en tant qu'ergothérapeute.
- 32:02C'est une activité aussi qui est importante et qu'il y a plein de choses à prendre en compte,
- 32:06pas seulement manger et se nourrir.
- 32:08Donc,
- 32:08merci de transmettre tout ça.
- 32:10Avec plaisir.
- 32:11Et où c'est qu'on peut te retrouver ?
- 32:13Alors,
- 32:14moi,
- 32:14j'ai aussi fait le choix de vulgariser un petit peu les connaissances en ergothérapie sur l'alimentation,
- 32:19sur les réseaux sociaux,
- 32:20pour mettre de la force sur la prévention et l'information sur notre métier et sur cette façon aussi de travailler.
- 32:26Donc,
- 32:26vous me retrouvez sous le pseudo Ergonoms sur Insta,
- 32:29sur TikTok,
- 32:30sur YouTube.
- 32:31Et aussi,
- 32:31on a un compte,
- 32:32enfin,
- 32:32on a un compte,
- 32:33on a un site Internet où vous pouvez nous retrouver.
- 32:35Très bien.
- 32:36Merci à toi.
- 32:37Avec plaisir !
- 32:39Merci d'avoir écouté cet épisode de Chez Lergo.
- 32:42Si cet épisode vous a donné envie d'en savoir plus,
- 32:45partagez-le à un collègue,
- 32:46à un parent,
- 32:47ou alors à quelqu'un qui ne sait pas encore ce que c'est vraiment le métier d'ergothérapeute.
- 32:52Si vous avez aimé,
- 32:53n'hésitez pas à laisser un avis sur votre plateforme d'écoute,
- 32:55Spotify,
- 32:56Apple,
- 32:57ça aide vraiment le podcast à se faire connaître.
- 32:59Et si vous connaissez un ergot ou une ergot qui aurait une belle histoire à partager,
- 33:04envoyez-moi un petit message.
- 33:05A très bientôt !