Latest / Le Café du Sport Business / K-Challenge et la révolution économique de la Coupe de l'America
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- 0:03Le café du sport business. On parle pas des scores du
- 0:06weekend hein ? Non, on parle des enjeux
- 0:07financiers, du marketing, des médias.
- 0:11Toute l'arrière boutique économique du sport en fait.
- 0:17Bonjour et bienvenue au café du sport business.
- 0:20Bonjour, aujourd'hui on s'attaque à un monument, peut
- 0:23être le plus ancien, le plus mystérieux aussi du sport
- 0:26mondial, la Coupe de l'America. Et la grande nouvelle, c'est
- 0:30bien sûr le retour d'un défi français quai Challenge pour
- 0:33l'édition 2027. Oui, mais ce qui est vraiment
- 0:36fascinant, c'est qu'ils ne reviennent pas juste en tant que
- 0:37compétiteurs. C'est ça, ce n'est pas juste une
- 0:39participation. Non, c'est toute la différence.
- 0:42Ils ne sont pas des invités qui payent un ticket d'entrée.
- 0:45Ils font partie des 5 cofondateurs d'une toute
- 0:47nouvelle organisation qui qui redessine complètement les
- 0:51règles du jeu. C'est une excellente image.
- 0:53Un peu comme si une équipe de foot ne voulait pas seulement
- 0:56gagner la Ligue des champions, mais participait à la refonte de
- 0:58l'u à F à. C'est exactement ça.
- 1:01Et ça nous amène directement au cœur de notre sujet, qui est
- 1:04avant tout économique et stratégique.
- 1:06La question qu'on se pose, c'est comment une équipe française qui
- 1:10dépend de sponsors et pas d'un milliardaire peut soudainement
- 1:13viser la compétitivité dans une épreuve réputée pour être un
- 1:16gouffre financier ? Ben la réponse tient en un mot,
- 1:19la gouvernance, tout ce dont on va parler aujourd'hui.
- 1:22Que ce soit les budgets, la techno, la stratégie, tout ça
- 1:26découle d'un changement fondamental dans la gestion de
- 1:29la Coupe. D'accord ?
- 1:30Sans cette nouvelle structure, l'america scope partnership, le
- 1:33projet français n'existerait tout simplement pas.
- 1:36C'est un vrai changement de paradigme alors ?
- 1:38Décortiquons ça ? Commençons par ce que Stéphane
- 1:40Kandler, le patron de Cat Challenge, appelle le point noir
- 1:44de l'america scope. Qu'est ce qui faisait fuir les
- 1:46investisseurs avant ? L imprévisibilité.
- 1:48La plus totale ? La plus totale, c'était un
- 1:51poison pour n'importe quel business plan.
- 1:53Il faut comprendre la logique d'avant le défender.
- 1:57Donc le tenant du titre était un monarche absolu.
- 2:00Le roi, voilà, une fois qu'il avait gagné, il avait toutes les
- 2:04clés. Le lieu de la prochaine édition,
- 2:06la date, le type de bateau, tout était à sa seule discrétion.
- 2:10Attendez donc si je suis un sponsor ?
- 2:12Je signe un chèque de plusieurs 1000000 d'euros.
- 2:15Oui, sans savoir si l'événement aura lieu dans 2, 3 ou 4 ans et
- 2:20sans savoir si ce sera à Valence, Auckland ou Dubaï.
- 2:23C'est exactement ça, c'est de la folie d'un point de vue
- 2:25marketing. C'est invendable.
- 2:27Totalement imaginez-vous êtes directeur marketing d'un grand
- 2:31groupe, vous engagez des dizaines de 1000000 et votre
- 2:34direction vous demander le retour sur investissement pour
- 2:372027. Et vous devez répondre, je ne
- 2:41sais pas. On attend que le DEFENDER ait
- 2:43fini de fêter sa victoire et nous dise ce qu'il a décidé.
- 2:46Impossible, on. Pouvait attendre des mois,
- 2:48parfois plus d'un an dans un flux total.
- 2:50Mais j'imagine que ce n'était pas juste un problème de
- 2:52calendrier, le DEFENDER pouvait choisir un lieu qui l
- 2:55avantageait sportivement, non ? Bien sûr, des conditions de vent
- 2:59qu'il maîtrise mieux que les autres, c'était un avantage
- 3:01stratégique énorme et c'est là que la révolution a eu.
- 3:05Lieu alors qu'est ce qui a changé concrètement ?
- 3:07Désormais, le calendrier est, pour reprendre l'expression,
- 3:11inscrit dans le marbré. C'est la fin du règne de
- 3:13l'arbitraire. Ah, enfin de la visibilité.
- 3:16Voilà, la compétition aura lieu tous les 2 ans.
- 3:19On sait que la 38e édition c'est 2027, on sait que là 39e ce sera
- 3:242029. Et encore plus fort, le lieu de
- 3:27l'édition n plus un sera annoncé avant même la fin de l'édition
- 3:31n. Ça, ça change absolument tout.
- 3:34Pour un partenaire, ça veut dire qu'on peut construire une
- 3:36histoire sur 468 ans, on peut planifier des campagnes, activer
- 3:39le sponsoring, mesurer les retombées.
- 3:43Le risque est maîtrisé. On passe d'un Paris de casino à
- 3:45un véritable investissement stratégique.
- 3:47C'est la Pierre angulaire de tout le projet.
- 3:50Cette visibilité à long terme, c'est la condition sinequanone
- 3:53pour attirer des partenaires corporates qui, eux, ont besoin
- 3:56de rationalité. C'est ce qui a permis à quel
- 3:58challenge de bâtir un dossier solide.
- 4:00D'accord, donc le calendrier est sécurisé.
- 4:04Mais il reste le 2e grand obstacle, l'argent. la Coupe de
- 4:08l'America, c'est la formule un de la voile, avec des budgets
- 4:11qui donnent le vertige. Oui, comment la nouvelle formule
- 4:14gère cette inflation des coûts ? C'est le 2e pilier de la réforme
- 4:17et il est tout aussi crucial. La décision la plus structurante
- 4:21pour 2027, c'est de ne pas repartir d'une feuille blanche
- 4:25sur le plan technologique. On va donc revoir ces fameuses
- 4:28AC75, ces monocoques volants spectaculaires.
- 4:31Exactement. Les équipes vont utiliser les à
- 4:33C6015 existants, elles pourront bien sûr les faire évoluer, mais
- 4:36on évite l étape la plus follement coûteuse et la plus
- 4:40risquée, concevoir et construire un tout nouveau prototype à
- 4:43partir de 0. Ce qui est une économie
- 4:46gigantesque. Il faut rappeler ce que ça
- 4:48représente, construire un à C6015.
- 4:50Ah oui, on parle de dizaines de milliers d'heures d'ingénierie,
- 4:53de matériaux venus de l'aérospatiale.
- 4:55C'est un budget de dizaines de 1000000 d'euros rien que pour le
- 4:59bateau. Absolument.
- 5:02En gelant cette plateforme de base, on déplace le curseur de
- 5:05la compétition, on passe d'une guerre de R et D sans limites à
- 5:09une bataille d'optimisation, de réglages de data et bien sûr de
- 5:14talents purs de l'équipage. L'argent reste le nerf de la
- 5:17guerre, j'imagine. Bien sûr, mais il ne suffit plus
- 5:20d'avoir le plus gros chéquier pour s'assurer d'avoir le bateau
- 5:23le plus rapide. Ce qui devrait rendre la
- 5:25compétition plus intéressante. Paradoxalement, si les bateaux
- 5:27sont plus proches en performance, c'est l'humain qui
- 5:29fera plus la différence. C'est tout l'objectif.
- 5:32L'idée c'est de viser un je cite budget raisonnable pour être
- 5:36compétitif. C'est une phrase clé pour un
- 5:38projet comme Cat Challenge, c'est fondamental et ce sont les
- 5:41partenaires eux-mêmes qui ont poussé dans ce sens.
- 5:44Ils voulaient un événement plus grand public et plus vendeur.
- 5:47Et un sport où seul le plus riche gagne n'est pas très
- 5:50vendeur à long terme. Exactement, maîtriser les coûts,
- 5:53c'est aussi garantir un meilleur spectacle.
- 5:55D'accord, donc on a un cadre financier et un calendrier
- 5:58clair, mais sur l'eau ? Est ce que le défendeur reste ce
- 6:02roi quasi intouchable ? Excellente question.
- 6:05C'est là que la nuance est importante.
- 6:07Sur le principe de base, l'a DN de la Coupe ne change pas, le
- 6:11défendeur est qualifié d'office pour le match final.
- 6:13Ça, c'est ce qui fait le prestige de l'épreuve depuis
- 6:161851. Il attend que les challengers s
- 6:18éliminent entre eux et il affronte le survivant.
- 6:22L'avantage sportif suprême est donc préservé.
- 6:25Cet avantage là, oui. En revanche, le defender perd
- 6:29des avantages stratégiques colossaux qui créent un
- 6:31déséquilibre flagrant. Le plus important, c'est
- 6:34qu'avant, il pouvait définir seul la jauge technique des
- 6:37bateaux. Ce qui est un avantage
- 6:38démentiel. Il pouvait orienter les règles
- 6:40vers des concepts où son équipe de design avait déjà des mois,
- 6:44voire des années d'avance. C'est ça ?
- 6:46Il créait un problème dont il avait déjà la solution.
- 6:48C'est terminé ça ? C'est terminé.
- 6:51Toutes les décisions stratégiques, le lieu, le
- 6:53format, les règles de jauge, le type de bateau sont maintenant
- 6:57prises de manière collégiale au sein de l'AMERICA scope
- 6:59Partnership. Le pouvoir est partagé entre les
- 7:025 membres fondateurs. Donkey challenge.
- 7:04Donkey challenge. On est passé d'une autocratie à
- 7:07une sorte de République. Le roi a été forcé de partager
- 7:10sa couronne. Ce qui rééquilibre énormément
- 7:12les choses. C'est la fin du délit d'initié
- 7:15institutionnalisé. Parfaitement résumé et ça a un
- 7:18impact direct sur la stratégie de 4 challenges, qui sait qu'ils
- 7:22se battent à armes plus égales ? Alors venons en au projet
- 7:25français avec ce nouveau cadre. Comment est ce qu'il se
- 7:28structure ? Le financement, c'est toujours
- 7:30le sujet sensible. Le budget exact reste
- 7:33confidentiel bien sûr, mais la phrase de Stéphane Candler est
- 7:36très claire, si on est inscrit, c'est qu'on en a les moyens.
- 7:40Le simple fait d'être inscrit prouve que le montage financier
- 7:43est sécurisé. Mais le plus intéressant, c'est
- 7:45la stratégie. Derrière, elle repose sur 2
- 7:47piliers. La continuité est la
- 7:49construction d'une plateforme globale.
- 7:51La continuité, c'est un peu l'antidote au grand mal français
- 7:54dans la Coupe, non ? On a souvent eu des projets
- 7:56brillants mais qui repartaient de 0 à chaque fois.
- 7:58C'est précisément ce qu'ils veulent éviter.
- 8:00L'idée, c'est de ne plus jamais s'arrêter.
- 8:03Et pour ça, il s'appuie sur une plate forme qui va au-delà de la
- 8:06Coupe. Elle intègre le circuit Side GP.
- 8:08Qui est un peu la version annuelle et très médiatique de
- 8:11la voix, la haute vitesse. Voilà et aussi une académie pour
- 8:14former la prochaine génération. Et c'est cette vision à 360°
- 8:17qu'a convaincu les sponsors. C'est essentiel pour un
- 8:20partenaire comme le groupe Accor qui était déjà là.
- 8:22Ça offre une visibilité quasi permanente.
- 8:24Il n'y a plus de trou médiatique de 2 ou 3 ans.
- 8:27L'équipe navigue, elle est performante, elle forme des
- 8:30jeunes. C'est une histoire qui se
- 8:31raconte en continu. Et sportivement, les ambitions,
- 8:34elles sont où ? Après la campagne de 2024 qui
- 8:36s'est terminée vite. L'objectif affiché, c'est d'être
- 8:39compétitif. Et ce ne sont pas que des mots.
- 8:42On sait que l'équipe de design travaille sur l'évolution de la
- 8:45C6015 depuis novembre 2024. Ils n'ont pas attendu.
- 8:49Ils capitalisent sur l'expérience.
- 8:51Exactement. Et côté humain ?
- 8:53Le noyau dur, c'est l'équipe aguerri du circuit Sile JP.
- 8:57Mais il se renforce avec des profils très pointus.
- 9:00L'arrivée de Philippe Presty comme team manager par exemple.
- 9:03Ah oui, presty. C'est un nom qui parle aux
- 9:05connaisseurs, une immense expérience de la Coupe,
- 9:08notamment avec les Américains d'Oracle.
- 9:10C'est le genre de recrue qui change la donne.
- 9:12Il apporte une connaissance intime des rouages de la Coupe.
- 9:14C'est un signal très fort envoyé à la concurrence.
- 9:17Le projet français n'est pas là pour faire de la figuration.
- 9:20C'est assez ironique d'ailleurs, au moment où la France revient
- 9:23avec une structure aussi solide, une nation historique, la nation
- 9:27historique pourrait manquer à l'appel.
- 9:29Oui, et c'est un véritable séisme.
- 9:31Ça en dit long sur la redistribution des cartes.
- 9:34Pour la toute première fois en 175 ans, il YA1 risque très très
- 9:37élevé qu'il n'y ait aucun défi américain au départ. 175 ans,
- 9:42c'est presque inimaginable. C'est le pays qui a donné son
- 9:45nom à la Coupe avec la Goalette America, qui l'a détenu pendant
- 9:48132 ans d'affilée. C'est une situation qui attriste
- 9:53tout le monde, hein, dans le milieu, même les concurrents.
- 9:56Il y a bien une équipe qui essaie de monter un projet, mais
- 9:59le temps presse et cette absence potentielle des États-Unis,
- 10:02c'est le symbole que la Coupe est en train de basculer dans
- 10:05une nouvelle ère, si ? On fait la synthèse, on comprend
- 10:07que le retour de 4 challenges n'est pas anecdotique, c'est le
- 10:10symptôme d'une transformation bien plus profonde.
- 10:12Tout à fait. La Coupe de l'America se
- 10:14professionnalise. Elle se dote d'un modèle
- 10:16économique plus stable, plus prévisible, elle sort de sa
- 10:20niche de sport de milliardaire. Le point de bascule, c'est
- 10:23vraiment la gouvernance, c'est la clé de tout.
- 10:26En passant d'un modèle où le défendeur était un monarque tout
- 10:29puissant, à un partenariat où plusieurs équipes fortes
- 10:32codécident, les profs s'assurent un avenir.
- 10:35Elles se structurent pour devenir un événement mondial
- 10:37pérenne, capable d'attirer les plus grandes marques, pas
- 10:40seulement les plus grandes fortunes.
- 10:42C'est une maturation qui était indispensable.
- 10:44C'est une excellente conclusion, alors je voudrais finir avec une
- 10:47question, une réflexion. Avec cette nouvelle gouvernance
- 10:51à forte impulsion européenne, on a des Suisses, des Italiens, des
- 10:54Britanniques, des Français avec le défi néo-zélandais mais avec
- 10:59la probable absence historique des États-Unis, est ce qu'on
- 11:02assiste pas à un basculement du centre de gravité de la Coupe,
- 11:05est ce qu'elle ne s'éloigne pas de ses racines anglo-saxonnes
- 11:07pour écrire un nouveau chapitre beaucoup plus européen de son
- 11:10histoire ? C'est une question passionnante.
- 11:13Ce qui est certain, c'est que le pouvoir n'est plus là où il
- 11:15était. Et cette européanisation de la
- 11:17gouvernance pourrait bien redéfinir son identité pour les
- 11:20décennies à venir. Le plus vieux trophée sportif du
- 11:23monde est peut être en train de vivre sa plus grande cure de
- 11:25jouvence et. On suivra ça avec la plus grande
- 11:27attention, merci beaucoup. Merci à vous.
- 11:30À très vite pour un nouveau podcast du café du sport
- 11:33business.