Latest / Entretien avec un dentiste / Mon voyage à travers l' argent en dentisterie - 7/8 Au delà du libéral, choisir ses valeurs dans le soin
Transcript
- 0:03Bienvenue dans ce nouvel épisode de mon voyage à travers l'argent en dentisterie.
- 0:08Je suis Florence Echeverry,
- 0:09chirurgien dentiste et productrice de ce podcast.
- 0:13Aujourd'hui j'accueille Jérémy Bazar,
- 0:15chirurgien dentiste omnipraticien dans le département de la Seine-Saint-Denis.
- 0:19Jérémy exerce également comme praticien hospitalier à la maison d'arrêt de Paris et il est aussi journaliste scientifique,
- 0:24membre de l'association des acteurs de la santé publique bucco-dentaire et de l'association des journalistes scientifiques de la presse d'information.
- 0:31J'ai souhaité discuter avec Jérémy car ces derniers temps,
- 0:33l'exercice salarié me questionne.
- 0:35A la sortie des études,
- 0:37je voyais l'exercice libéral comme synonyme de liberté,
- 0:39influencé par mon père qui avait créé son entreprise pour ne plus dépendre d'un supérieur.
- 0:44Mais aujourd'hui,
- 0:45je doute.
- 0:46En tant que praticienne libérale,
- 0:47je me sens davantage soignante que chef d'entreprise.
- 0:50Travailler dans un cabinet à mon image,
- 0:52entouré d'une équipe que j'aime et que j'ai choisie quelque part,
- 0:55avec des patients qui me correspondent,
- 0:56est un véritable confort.
- 0:58Mais la question du paiement à l'acte me perturbe.
- 1:00La santé n'est pas,
- 1:01à mes yeux,
- 1:02une activité scalable ou rentable comme une autre.
- 1:05Le paiement à l'acte peut inciter à multiplier les soins,
- 1:07parfois au détriment de la relation de soins et de l'écoute,
- 1:10ou encore à pratiquer des actes non pris en charge,
- 1:13NPC,
- 1:14avec des tarifs élevés,
- 1:15inaccessibles à tous.
- 1:16En fait,
- 1:17je ressens une forme d'ambivalence.
- 1:19Je suis attirée par la stabilité du salariat,
- 1:21mais surtout,
- 1:22je me demande si le modèle économique salarié n'est pas finalement plus compatible avec une pratique de soins plus centrée sur l'humain.
- 1:28Pourtant,
- 1:29je ne me sens pas prête à renoncer aux avantages du libéral.
- 1:34Épisode 7,
- 1:35au-delà du libéral,
- 1:37choisir ses valeurs dans le soin.
- 1:41Avant de plonger dans notre conversation,
- 1:43je souhaite également vous parler de notre mission imminente à Madagascar.
- 1:47Dans quelques jours,
- 1:48je pars avec Cécile,
- 1:49mon assistante,
- 1:49pour une mission humanitaire aux côtés de personnes formidables,
- 1:52comme Gérard,
- 1:53un dentiste à la retraite,
- 1:54et Dominique,
- 1:55sa femme,
- 1:55enseignante retraitée.
- 1:57Nous avons besoin de votre soutien.
- 1:59pour l'achat de matériel d'enregistrement,
- 2:01la création musicale et le montage de l'épisode.
- 2:04Vos dons seront précieux pour me permettre de documenter et partager cette expérience exceptionnelle.
- 2:13Petite précision avant de continuer,
- 2:14si vous entendez des bruits de fond,
- 2:16comme des coups de marteau piqueur,
- 2:18c'est parce que des travaux avaient lieu juste devant chez moi le jour de l'enregistrement.
- 2:22Ça ne dure pas trop longtemps,
- 2:23mais j'espère que ça ne perturbera pas trop votre écoute.
- 2:25Maintenant,
- 2:26place à notre conversation avec Jérémy.
- 2:31Donc moi j'ai un double statut,
- 2:34je suis praticien hospitalier à l'hôpital Cochin,
- 2:37je dépends de la fonction publique hospitalière,
- 2:39je suis membre d'une unité d'un service hospitalier qui s'appelle une UXA,
- 2:45une unité de consultation de soins ambulatoires,
- 2:48c'est des unités déportées de l'hôpital vers les prisons.
- 2:52Donc c'est un service dans la prison,
- 2:53c'est un service hospitalier dans la prison,
- 2:54c'est pas un service qui appartient à l'administration pénitentiaire,
- 2:56mais c'est l'hôpital qui va dans les prisons.
- 2:58Donc c'est un service très complet avec des kinés,
- 3:01des infirmiers,
- 3:02des aides-soignants,
- 3:03des médecins,
- 3:04des médecins spécialistes,
- 3:06un service de psychiatrie,
- 3:08des addictologues,
- 3:09enfin bref,
- 3:10tout un tas de professionnels qui prennent en charge les détenus et donc aussi des dentistes.
- 3:15Et puis mon autre activité,
- 3:17c'est donc,
- 3:18je suis contractuel vacataire de la fonction publique territoriale,
- 3:22cette fois-ci,
- 3:22donc ça c'est pour le,
- 3:24je travaille pour le département de la Seine-Saint-Denis dans une unité...
- 3:28Je suis dentiste référent du centre mobile dentaire du département.
- 3:32C'est un dispositif qui est composé de deux choses.
- 3:36La première chose,
- 3:36c'est un bus.
- 3:37C'est un boostone qui est aménagé en cabinet dentaire.
- 3:41C'est un cabinet sur roue avec tout ce qu'il y a,
- 3:43une stérilisation,
- 3:44une radio.
- 3:45Et puis un cabinet,
- 3:46c'est une salle d'attente,
- 3:47on monte les dossiers patients,
- 3:48etc.
- 3:50Et c'est également des unités mobiles.
- 3:51Donc là,
- 3:52c'est un dispositif plus petit.
- 3:55C'est typiquement des petites unités qui vont dans les EHPAD,
- 4:00c'est assez connu pour ça,
- 4:01mais nous on va aussi dans les écoles,
- 4:05dans les centres d'accueil pour la réduction des risques des usagers de drogue,
- 4:09dans les foyers d'OMA,
- 4:10dans les associations de jeunes travailleurs,
- 4:13dans les foyers pour les personnes en situation de handicap.
- 4:20dans les ESAT,
- 4:22les établissements d'insertion par le travail pour les personnes handicapées.
- 4:25Bref,
- 4:25tout.
- 4:26En fait,
- 4:26c'est le dispositif d'aller vers,
- 4:28donc aller vers les structures,
- 4:30aller vers les gens qui ne vont pas voir le dentiste.
- 4:32Le dispositif Aller vers,
- 4:33mis en place en 2017,
- 4:35vise à rendre les soins plus accessibles en se déplaçant vers des populations vulnérables,
- 4:40souvent éloignées des circuits de santé traditionnels.
- 4:43Cette initiative,
- 4:44portée par le ministère de la Santé,
- 4:45a pour objectif d'assurer un accès aux soins aux personnes qui,
- 4:48pour diverses raisons,
- 4:49ne consultent pas spontanément.
- 4:51Cela inclut les écoles,
- 4:52les EHPAD,
- 4:53les foyers et bien d'autres structures.
- 4:55Toi,
- 4:55ça a été un choix ou ça a été le hasard qui t'a conduit à rentrer dans le salariat ?
- 5:01C'est quand même un environnement où l'argent est,
- 5:04au cours des études,
- 5:05où l'argent est très très présent,
- 5:07les discussions ne sont pas,
- 5:10ça ne m'intéressait pas.
- 5:11Et donc c'est vrai que très rapidement on se trouve avec un groupe de copains qui est quand même très restreint et on décide ensemble de réaliser son métier en rapport avec ses valeurs.
- 5:23Et on s'aperçoit que ça ne va pas être,
- 5:26ça ne va pas matcher.
- 5:27Donc il faut trouver quelque chose qui,
- 5:29enfin moi ce qui m'intéressait,
- 5:30si j'ai...
- 5:31Si je suis allé au bout de ces études-là,
- 5:32c'était aussi parce que je me suis dit,
- 5:33bon,
- 5:34je vais jusqu'au bout,
- 5:35mais je sais que quand je serai grand,
- 5:38quand je serai un vrai dentiste,
- 5:39je serai toujours en rapport avec mes valeurs et je ne mettrai pas l'argent au centre.
- 5:44Au moment des études,
- 5:45c'est vraiment un trop.
- 5:47On parle trop d'argent.
- 5:48On est des étudiants.
- 5:50Ce n'est pas l'objectif.
- 5:51Ce n'est pas le lieu.
- 5:52Ce n'est pas le moment.
- 5:54Jérémy soulève ici une question essentielle que je me pose également.
- 5:57Comment concilier nos valeurs de soignants avec un modèle économique qui semble parfois donner trop d'importance à l'argent ?
- 6:04Dans l'environnement de travail et l'environnement universitaire,
- 6:06j'ai trouvé que c'était un sujet qui prenait énormément de place.
- 6:09Et compris en dehors,
- 6:10parce que quand on parle des dentistes dans la société en général,
- 6:13on sait bien que ce sont des métiers qui ne sont pas à plaindre.
- 6:15Il y a toute une image dans les représentations,
- 6:17mais ce n'est pas complètement faux.
- 6:19Ça parlait quand même beaucoup d'argent.
- 6:21Donc l'idée,
- 6:21c'est effectivement que j'exerce mon métier.
- 6:26de manière complètement de déconnecter l'argent de ce métier et de me reconcentrer sur le soin.
- 6:32Et la seule façon pour moi de pouvoir soigner les gens,
- 6:36les patients,
- 6:36sans avoir un dollar ou un euro qui s'affiche en tête,
- 6:41c'était d'être salarié et de ne pas savoir combien j'allais...
- 6:43Enfin,
- 6:43je veux dire,
- 6:44de soigner les gens,
- 6:45ça va avoir une bouche sous les yeux.
- 6:50Je m'en fous de savoir combien elle va me rapporter.
- 6:52Et quand je vois les différents plans de traitement qui sont faits par des confrères,
- 6:56ou quand on voit dans les centres locaux,
- 6:58quand on voit que les gens repartent avec des plaquettes extraordinaires,
- 7:01avec un montant derrière,
- 7:02c'est pas quelque chose qui...
- 7:05Moi je vois des gens qui ont des besoins et je me dis allez,
- 7:07j'y vais,
- 7:07peu importe combien ça coûte,
- 7:09c'est pas mon sujet en fait
- 7:11C'est le paiement à l'acte que je remets en question,
- 7:12sur la façon de soigner les gens.
- 7:16Je pense que le paiement à l'acte est difficilement compatible avec un soin de qualité en fait.
- 7:22Et donc j'ai essayé d'exercer en salarié,
- 7:24enfin j'ai voulu exercer en salarié pour pouvoir extraire cette donnée de mon plan de traitement.
- 7:29Et effectivement,
- 7:36moi c'est toutes ces questions qui m'ont menée aussi à travailler sur ce sujet de l'argent,
- 7:41parce que c'est aussi le constat que je fais moi en libérale.
- 7:46J'ai pas l'impression d'arriver...
- 7:48L'équilibre est très difficile à trouver entre le soin et la rentabilité.
- 7:54Donc même quand on a envie de bien faire notre métier et qu'on est consciencieux,
- 7:59on est de toute façon confronté à cette réalité qui est que si on veut travailler dans un environnement agréable et aussi pas s'épuiser,
- 8:10donc avoir une secrétaire,
- 8:11avoir une assistante,
- 8:12avoir un beau plateau technique,
- 8:16il va falloir...
- 8:18rentrer des sous et de plus en plus.
- 8:22Et donc,
- 8:23ça veut dire qu'au lieu de penser aux besoins du patient,
- 8:26on a toujours cet œil sur le compteur horaire qui tourne.
- 8:32Oui,
- 8:33c'est ça.
- 8:33Après,
- 8:34je te dis,
- 8:34c'est quelque chose que j'ai voulu extraire d'emblée.
- 8:37Je n'ai jamais voulu...
- 8:39Alors,
- 8:39il se trouve que mes premiers postes,
- 8:41c'était des postes dans un centre d'examen de santé pour l'assurance maladie à la Courneuve.
- 8:48et qu'ensuite j'ai embrayé sur des remplacements dans des centres municipaux de santé,
- 8:52notamment à Tremblay en France,
- 8:53et puis aussi pour l'assurance maladie.
- 8:57Là,
- 8:57j'étais payé à l'acte,
- 8:59mais le fait d'être payé à l'acte,
- 9:03il y a une petite contradiction dans ce que je dis.
- 9:06Même en étant payé à l'acte,
- 9:08je n'ai quand même pas ressenti ce besoin d'en faire toujours plus.
- 9:13Disons que je me suis battu en étant salarié de l'assurance maladie,
- 9:16en étant payé à l'acte.
- 9:17pour qu'on soit payé au forfait en fait,
- 9:19enfin pour qu'on soit sur des vacations horaires,
- 9:21voilà on est payé je sais pas 30,
- 9:2340,
- 9:2350 euros de l'heure,
- 9:24enfin peu importe,
- 9:24mais en tout cas d'avoir un salaire horaire,
- 9:26ça a jamais pu se faire,
- 9:27mais en tout cas moi je me suis battu contre mon propre mode de rémunération en fait,
- 9:33parce que je trouvais que c'était pas complètement sain,
- 9:34même si ça me faisait,
- 9:35enfin c'est pas en étant payé à l'acte que je gagnais des milliers,
- 9:38des milliers,
- 9:38des milliers,
- 9:39des milliers,
- 9:39des milliers,
- 9:41mais je milite contre en fait,
- 9:43je me tire une balle dans le pied si tu veux.
- 9:45Cette réflexion sur le lien entre temps passé avec les patients et rémunération m'a toujours interpellée.
- 9:50C'est un dilemme que je vis quotidiennement en libéral.
- 9:53Est-ce juste que des dentistes qui s'investissent dans la relation passent du temps à écouter leurs patients et à les accompagner dans leurs soins,
- 9:59soient moins rémunérés que d'autres qui enchaînent les actes techniques sans cet investissement ?
- 10:04Le problème,
- 10:05c'est que ce temps passé n'est pas quantifiable,
- 10:07et aujourd'hui on vit dans une société qui valorise ce qui est quantifiable et mesurable.
- 10:12Est-ce que ce temps passé,
- 10:13à expliquer et à écouter,
- 10:14ne devrait pas être valorisé autant que la quantité d'actes réalisés ?
- 10:19J'ai récemment écouté un épisode du podcast Les idées larges de Laura Reim,
- 10:23dans lequel l'économiste Bernard Friot développe l'idée d'un salaire à vie.
- 10:27Selon lui,
- 10:27un salaire inconditionnel permettrait de s'affranchir du chantage à l'emploi.
- 10:31Cela m'a fait réfléchir.
- 10:33Pourrait-on imaginer un modèle où les dentistes reçoivent un salaire de base,
- 10:37indépendamment du nombre d'actes réalisés ou du temps passé avec les patients ?
- 10:41Ce serait une vraie question d'équité dans notre profession.
- 10:44Bien sûr,
- 10:44j'ai conscience que cette idée de nivellement ne va pas plaire à tout le monde,
- 10:48notamment à ceux qui considèrent leur investissement entrepreneurial ou technique comme un facteur de mérite.
- 10:53J'ai partagé cette idée avec Jérémy et voici ce qu'il en pense.
- 10:57Oui,
- 10:57bien sûr,
- 10:57je vois ce que tu veux dire.
- 10:59Et c'est plutôt le bon volet que tu expliques,
- 11:01parce qu'on pourrait très bien dire,
- 11:02il y a aussi des dentistes qui non seulement n'expliquent rien aux patients,
- 11:05mais qui en plus ne foutent rien.
- 11:07Donc il n'y a aucune raison qu'ils soient payés par aix que quelqu'un qui parle et qui au moins fait exactement ce que tu dis,
- 11:13qui prend le temps avec le patient de lui expliquer sa pathologie,
- 11:16d'essayer de l'accompagner dans son soin.
- 11:19Enfin oui,
- 11:20de l'accompagner.
- 11:20Moi,
- 11:21ce que je dis à tous mes patients,
- 11:22c'est que,
- 11:22enfin surtout en prison,
- 11:23parce qu'ils ne sont quand même pas tous......
- 11:25Ils n'arrivent pas avec la banane,
- 11:28comme beaucoup de patients dans les cabinets,
- 11:29mais là on est sur des gens qui ont un problème avec les rapports sociaux.
- 11:33Donc il faut être très compliant,
- 11:36il faut vraiment s'adapter à chaque patient.
- 11:40Et je leur dis,
- 11:43déjà évidemment le consentement c'est évident,
- 11:44mais surtout moi je dis on est deux dans l'histoire,
- 11:46donc si vous ne m'accompagnez pas ou si vous n'êtes pas avec moi,
- 11:49je ne peux pas le faire.
- 11:51Si vous n'êtes pas avec moi,
- 11:52je ne peux pas le faire.
- 11:53J'ai besoin de vous,
- 11:53donc il faut que vous m'accompagniez,
- 11:55il faut que vous compreniez,
- 11:55il faut que je vois que vous êtes dans votre soin.
- 11:59Et tout ça,
- 11:59effectivement,
- 12:00c'est un temps très long.
- 12:02Après,
- 12:02on est face à des patients particuliers.
- 12:04Tous ne sont pas comme ça,
- 12:06mais il faut pouvoir prendre le temps avec chaque patient.
- 12:08C'est aussi l'intérêt de ce métier.
- 12:11Ce que Jérémy souligne ici,
- 12:12c'est que le soin ne peut se résumer à une série d'actes techniques.
- 12:15Il nécessite du temps,
- 12:16de l'écoute et surtout une relation de confiance mutuelle.
- 12:19qui permet d'accompagner véritablement le patient dans son parcours de santé.
- 12:23Cette question du temps est complexe pour nous,
- 12:25praticiens libéraux.
- 12:26Chaque patient a des besoins uniques et le temps passé à les écouter,
- 12:29les rassurer,
- 12:30à expliquer leur pathologie ou le soin qu'ils vont recevoir,
- 12:33ne fait pas partie de ce qui est valorisé.
- 12:34Le temps nécessaire pour construire une relation de confiance,
- 12:37pour accompagner des décisions médicales délicates,
- 12:39comme des extractions par exemple,
- 12:41peut parfois s'étendre bien au-delà du simple acte technique.
- 12:44Mais en libéral,
- 12:45ce temps supplémentaire,
- 12:46comme on l'avait évoqué au-dessus,
- 12:47peut rapidement devenir une pression financière et mettre en péril la viabilité économique du cabinet.
- 12:52C'est vraiment complexe la façon d'aborder la question du temps qu'on passe.
- 12:57Parce qu'effectivement,
- 12:57aujourd'hui,
- 12:58ce n'est pas un temps qui est rémunéré.
- 13:00Sauf qu'il est rémunéré en salariat quelque part.
- 13:03C'est-à-dire qu'on a des comptes à rendre aussi à nos financeurs.
- 13:07Quand on travaille dans un centre de santé,
- 13:09il faut qu'on rende des comptes.
- 13:10De dire à un dentiste qu'il ne faut rien,
- 13:12ça ne va pas du tout.
- 13:13Évidemment,
- 13:13c'est normal.
- 13:14Ce temps-là,
- 13:15effectivement,
- 13:15c'est un temps qui peut être utilisé et qui est nécessaire pour pouvoir faire un bon soin.
- 13:20Et puis surtout,
- 13:20ce qui est intéressant,
- 13:21c'est la suite.
- 13:21C'est-à-dire que l'objectif,
- 13:23c'est qu'ils comprennent pour pas...
- 13:24Enfin,
- 13:25moi,
- 13:25c'est ce que je leur dis,
- 13:25quand une dent doit être extraite,
- 13:27pour moi,
- 13:27elle est déjà extraite,
- 13:28en fait.
- 13:29Et on s'intéresse,
- 13:30je m'intéresse toujours aux autres dents,
- 13:32en fait.
- 13:33Et donc,
- 13:33l'objectif,
- 13:34c'est que les autres dents ne soient pas extraites.
- 13:36Et donc,
- 13:38quand je commence à discuter ou à reparler de prévention...
- 13:42à essayer de faire comprendre au patient ce qui se passe dans sa bouche.
- 13:45Moi,
- 13:45je lui dis,
- 13:45voilà,
- 13:46celle-là,
- 13:46on oublie.
- 13:47Voilà,
- 13:47cette dent-là,
- 13:48elle est comme ça,
- 13:49elle est arrivée à cet état-là,
- 13:50voilà,
- 13:50pour cette raison-là.
- 13:51Mais on ne va pas...
- 13:53L'important,
- 13:53c'est que les autres,
- 13:54celles qui sont là,
- 13:54vous avez encore plein de dents qui sont en bonne santé,
- 13:56il faut que ces dents-là,
- 13:57on les garde.
- 13:58On les garde,
- 13:58OK,
- 13:58c'est le contrat qu'on se fait ensemble,
- 13:59on les garde,
- 14:00etc.
- 14:00Et ça,
- 14:02c'est ce temps-là aussi.
- 14:02C'est comment faire comprendre qu'en fait,
- 14:04cette dent-là,
- 14:04OK,
- 14:05c'est terminé,
- 14:06mais les autres,
- 14:06il ne faut pas qu'elles finissent dans le même état.
- 14:09Et donc,
- 14:09il faut bien comprendre ce qui s'est passé pour celle-ci pour ne pas que ça recommence au niveau des autres.
- 14:13Et ce temps-là,
- 14:13c'est un temps qui n'est pas rémunéré quand on est en libéral.
- 14:23Le choix de l'exercice salarié,
- 14:25ce n'est pas toujours facile.
- 14:26Je te dis,
- 14:26en étant payé à l'acte pour l'assurance maladie,
- 14:29c'est pareil,
- 14:29ce n'était pas un temps rémunéré.
- 14:33Donc,
- 14:34quand moi je travaillais pour l'assurance maladie,
- 14:35j'y travaillais plus là,
- 14:36mais quand je travaillais pour l'assurance maladie,
- 14:37je me dis,
- 14:37le patient,
- 14:38il vient aussi nous voir parce qu'on a l'assurance maladie.
- 14:41On a une image à véhiculer qui est celle des professionnels et du droit à la santé,
- 14:47et des professionnels et de la prévention,
- 14:48des professionnels de la dentisterie.
- 14:50Et donc,
- 14:51il ne peut pas repartir comme s'il était une machine à créer du revenu pour un praticien,
- 14:57même si c'est effectivement ça qui se passe quand on est payé à l'acte.
- 15:01C'est comme ça que moi je le vois,
- 15:02je suis un peu dur avec la façon de faire,
- 15:05mais si ça ne convient pas,
- 15:06on change en fait.
- 15:07Si ça ne convient pas,
- 15:07il y a tellement de modes d'exercice possibles de ce métier.
- 15:10que si on n'est pas content dans le salariat,
- 15:13on peut aller dans le libéral,
- 15:14il y a l'embarras du choix,
- 15:16et si on n'est pas content en libéral,
- 15:17on peut aussi devenir salarié.
- 15:18Alors effectivement,
- 15:20des questions qui se posent aujourd'hui,
- 15:21c'est la rémunération mixte par exemple,
- 15:22d'avoir un fixe,
- 15:24qui permet pourquoi pas justement d'avoir ce temps qui n'est pas rémunéré,
- 15:27même si c'est scandaleux que ce soit pas rémunéré quand même quelque part.
- 15:31Mais avoir une rémunération fixe qui permet ce temps-là,
- 15:34et une rémunération variable,
- 15:35je te parle de ça pour des centres de santé,
- 15:37où c'est une discussion un peu en ce moment.
- 15:39pour pouvoir à la fois créer les deux,
- 15:43qu'on ne soit pas en train de faire du surtraitement et en même temps de rien glander,
- 15:49en se disant de toute façon que je fasse ou que je ne fasse pas,
- 15:51j'aurai la même somme à la fin du mois.
- 15:53Mais la réflexion sur les modes de rémunération,
- 15:56elle traverse aussi les centres de santé.
- 15:59Les associations,
- 16:00les syndicats dans lesquels je suis,
- 16:01c'est surtout des syndicats et des associations de centres de santé municipaux,
- 16:07mutualistes.
- 16:08et CEPAM essentiellement.
- 16:10Donc là dans ces centres-là,
- 16:12tu disais qu'en fait il y a un fixe ?
- 16:17En fait c'est pas ça,
- 16:17c'est que souvent il y a un fixe,
- 16:20très souvent.
- 16:20Enfin dans les centres municipaux ça le fait de moins en moins.
- 16:24Mais les réflexions aussi des gestionnaires de centres pour faire tourner leur service dentaire,
- 16:29c'est aussi de proposer une rémunération à l'acte pour motiver aussi les dentistes à travailler un peu plus.
- 16:35C'est ça qui est difficile.
- 16:36on pourrait aussi imaginer un système qui mélange les rémunérations.
- 16:41Parce qu'il y a la rémunération à l'acte,
- 16:43la rémunération au forfait,
- 16:45il y a la capacitation aussi.
- 16:47Et puis,
- 16:48par exemple,
- 16:48certaines pathologies,
- 16:49comme peut-être la maladie parodontale,
- 16:52pourraient être plus propices au paiement au forfait.
- 16:58Oui,
- 16:58par exemple,
- 16:59sur la consultation diabète aussi.
- 17:00C'est vrai que ça permet d'avoir une prise en charge plus globale et d'être plus...
- 17:05d'être plus juste au niveau du temps passé.
- 17:07Mais la crainte en faisant ça,
- 17:08c'est que quand j'entends les syndicats de dentistes libéraux qui réclament toujours plus d'augmentation sur la prise en charge,
- 17:19j'ai une crainte que rien ne change en fait,
- 17:22mais juste qu'ils gagnent plus.
- 17:23C'est-à-dire que je ne vois pas,
- 17:26si vraiment c'était ça,
- 17:28et que...
- 17:29les dentistes disent ok maintenant que le soin est mieux rémunéré au temps passé je vais vraiment passer plus de temps à le faire est-ce que la question c'est je passe le temps qu'il faut pour faire mon soin et puis tant pis si je suis pas bien payé parce que c'est comme ça ou alors je
- 17:44me déconventionne ou alors je fais du ornomenclature enfin bref ou est-ce que de toute façon je suis payé ça moi j'ai besoin de mettre pas plus de temps de temps sur tel soin donc je le fais dans ce temps là et qu'il soit bien ou pas bien je m'en fous parce que de toute façon voilà mais
- 17:59Je ne sais pas,
- 17:59je me dis qu'en augmentant les tarifs,
- 18:02ce qui va se passer,
- 18:02ce n'est pas que la durée du soin va augmenter,
- 18:04c'est que les dentistes gagneront plus,
- 18:06ils ne changeront pas leur mode de pratique.
- 18:08Je ne suis pas sûr,
- 18:08moi je n'y crois pas trop à ce mode de...
- 18:13La question de la rémunération dans la pratique dentaire ne se limite pas à un simple calcul financier.
- 18:18Au-delà des tarifs et des modes de rémunération,
- 18:21il faut se poser une question peut-être plus profonde.
- 18:24Comment garantir que la qualité des soins et la relation avec le patient restent au centre de la pratique et non la rentabilité ?
- 18:30Pour Jérémy,
- 18:31augmenter les tarifs ne résoudra pas le problème fondamental de la valorisation du temps passé avec les patients et de la qualité des actes.
- 18:38Personnellement,
- 18:39je pense que les contrôles actuels,
- 18:41comme ceux sur la fraude à la sécurité sociale ainsi que les formations obligatoires ne suffisent pas.
- 18:46Il faudra aller plus loin,
- 18:47avec des contrôles plus poussés et plus personnalisés pour chaque praticien.
- 18:51Afin de vérifier régulièrement que leurs compétences sont à jour par rapport aux avancées de la science et que la qualité de leurs soins soit optimale.
- 18:58Je sais que cette idée ne fera pas l'unanimité et qu'elle risque même de déranger certains de mes confrères et consoeurs.
- 19:04Et honnêtement,
- 19:05je serais peut-être la première à râler si un tel système se mettait en place.
- 19:09Mais je crois que c'est une réflexion nécessaire pour garantir la qualité des soins dans notre profession.
- 19:14Je suis complètement d'accord avec toi.
- 19:15Il y a plusieurs questions dans ce que tu dis.
- 19:18Effectivement,
- 19:19les questions de fraude à l'assurance maladie,
- 19:25ça c'est des choses qui sont régulièrement sanctionnées,
- 19:29que ce soit par l'ordre ou par des dépôts de plainte de l'assurance maladie sur des surcotations ou des actes fictifs.
- 19:37Bon,
- 19:37voilà,
- 19:38là,
- 19:39tout le temps,
- 19:39tous les mois,
- 19:39il y a des listes de dentistes qui sont publiques,
- 19:42qui permettent de voir qui est sanctionné,
- 19:45parce qu'il y a eu tant de dépassements,
- 19:47enfin pas de dépassements,
- 19:48mais d'actes fictifs,
- 19:50de fraudes à l'assurance maladie.
- 19:51D'ailleurs,
- 19:53je rappelle quand même que les premiers fraudeurs à l'assurance maladie,
- 19:54c'est les professionnels de santé,
- 19:55bien plus que les patients eux-mêmes.
- 19:57Ça,
- 19:57c'est des chiffres qui sont bien connus.
- 19:59Et les dentistes appartiennent à cette catégorie.
- 20:01Ils ne sont pas tous fraudeurs,
- 20:02mais en tout cas,
- 20:02c'est vrai que voir une radiopanoramie,
- 20:04combien de fois j'ai eu des...
- 20:06Moi,
- 20:06je ne l'ai jamais fait,
- 20:07mais des collègues qui ont fait leur stage de pratique chez des praticiens,
- 20:13à un moment,
- 20:14ils voient une panneau,
- 20:15ils cotent les composites sur la panneau,
- 20:18les amalgames,
- 20:19enfin tout ce qui est déjà coté une première fois,
- 20:21ils les cotent une deuxième fois,
- 20:22puis de toute façon,
- 20:22il n'y a rien qui prouve que ça n'a pas été refait.
- 20:24Enfin bref,
- 20:25c'est hyper facile de le faire.
- 20:27Et ça m'est encore apporté là par les étudiants que je reçois,
- 20:30les étudiants de sixième année,
- 20:31dans le cadre de leur stage d'intérêt général,
- 20:33qui font un stage pratique.
- 20:35chez des confrères et des consoeurs,
- 20:37ils me rapportent exactement la même chose.
- 20:38Et moi,
- 20:38j'entends déjà ça il y a 25 ans.
- 20:40Donc là,
- 20:40c'est quelque chose,
- 20:41c'est une pratique.
- 20:42Ce n'est pas généralisé,
- 20:44bien sûr,
- 20:44bien sûr,
- 20:44bien sûr,
- 20:45mais ce n'est quand même pas très compliqué.
- 20:47Ça existe.
- 20:48Et donc,
- 20:48effectivement,
- 20:49s'il n'y a pas plus de dentistes conseils de l'assurance maladie,
- 20:52ça pose un problème pour faire à la fois ces contrôles,
- 20:57qui sont des contrôles plutôt techniques,
- 20:58administratifs.
- 20:59Une dent qui est cotée deux fois en un an,
- 21:01ça doit pouvoir se contrôler facilement.
- 21:03Donc en fait,
- 21:04ce n'est pas tellement les dentistes conseils,
- 21:06c'est plus les gens de l'assurance maladie qui doivent vérifier qu'il n'y a pas le même acte qui a été fait deux fois ou trois fois en un an sur la même dent,
- 21:12ça paraît logique.
- 21:13Et en plus,
- 21:14effectivement,
- 21:15convoquer les patients pour vérifier la qualité des soins quand c'est fait.
- 21:20Ça permet d'éviter des dérives qu'on a pu en avoir ces dernières années.
- 21:31Dès l'instant qu'un dentiste est conventionné,
- 21:33ça veut dire qu'il accepte le mode de fonctionnement de l'assurance maladie.
- 21:36S'il accepte le mode de fonctionnement,
- 21:37ça veut dire qu'il accepte d'appliquer les tarifs de l'assurance maladie.
- 21:41Ça veut dire qu'il accepte d'être contrôlé par les dentistes conseils de l'assurance maladie.
- 21:46Là où moi ça me pose un problème,
- 21:49c'est toujours sur cette histoire du paiement à l'acte,
- 21:50parce que quand on dit aux dentistes ou aux médecins,
- 21:52c'est plus global,
- 21:53mais qui sont des salariés de l'assurance maladie,
- 21:56parce que quelque part,
- 21:58c'est de l'argent qui est de l'argent public,
- 21:59et ok,
- 22:00c'est pas la même poche,
- 22:01machin,
- 22:02enfin quelque part.
- 22:04Quand on dit que les professions libérales sont en fait salariées de l'assurance maladie,
- 22:08évidemment,
- 22:08il y en a plein qui s'étranglent et qui se disent c'est pas vrai,
- 22:11c'est n'importe quoi,
- 22:12machin,
- 22:12machin Mais en fait,
- 22:12si,
- 22:13c'est ça.
- 22:14Si les dentistes ou les médecins spécialistes veulent se déconventionner,
- 22:17c'est des menaces qu'on entend tout le temps avec les médecins,
- 22:19encore la semaine dernière,
- 22:20sur les consultations à 30 euros,
- 22:22moi,
- 22:23ça ne me pose aucun problème que les gens se déconventionnent.
- 22:25Au contraire,
- 22:25au moins,
- 22:26ça clarifie les choses.
- 22:27D'un côté,
- 22:27tu as ton entreprise privée,
- 22:29tu fais ce que tu veux.
- 22:30t'as des comptes à rendre à personne,
- 22:32de l'autre,
- 22:32si t'es conventionné,
- 22:33t'as des comptes à rendre.
- 22:34Et les comptes à rendre,
- 22:34il faut les accepter jusqu'au bout,
- 22:35en fait.
- 22:36Et si les patients ne viennent pas te voir,
- 22:38ils ne viendront pas te voir,
- 22:39et tant pis,
- 22:39tu te reconventionneras.
- 22:43Et c'est un peu en lien avec tout ça,
- 22:44c'est-à-dire la façon d'accepter le jeu,
- 22:47qui est loin d'être un jeu,
- 22:48parce que la question de la rentabilité,
- 22:51de la santé,
- 22:51c'est une question qu'on ne se pose pas quand on parle de police ou quand on parle d'armée.
- 22:55On ne se pose pas la question de savoir si un militaire est rentable ou pas.
- 22:59combien ça nous coûte,
- 23:00ou un policier.
- 23:01Vraiment,
- 23:01on pose la question sur l'éducation nationale,
- 23:03on pose la question sur la santé,
- 23:06beaucoup,
- 23:07sur tout un tas de services publics,
- 23:09sur l'armée,
- 23:11la police,
- 23:12et on ne va pas se mettre à dire comment on évalue le coût d'un policier,
- 23:16sa rentabilité,
- 23:17enfin voilà.
- 23:17La santé,
- 23:18pour moi,
- 23:18ce n'est pas une marchandise,
- 23:19clairement,
- 23:20et ça doit rentrer dans un...
- 23:23C'est un bien commun.
- 23:26Moi,
- 23:26la privatisation de cette santé,
- 23:28à travers la médecine libérale,
- 23:30l'onotologie libérale,
- 23:31tout ce que tu veux,
- 23:32ça me pose un problème.
- 23:33Ça me pose un problème,
- 23:35surtout quand on est dans une profession qui est libérale à 90
- 23:38Ce pourcentage est en train de diminuer.
- 23:40Oui.
- 23:40On est plutôt autour de 84-85
- 23:44Après, une vraie question dans ce que tu dis,
- 23:47c'est quand dans le libéral,
- 23:50il y a le mot liberté.
- 23:52Et je pense que pour avoir discuté avec pas mal de confrères,
- 23:56consœurs,
- 23:57quand je leur posais la question Pourquoi vous avez choisi ce métier ?
- 24:01Alors c'est vrai qu'à 18-19 ans,
- 24:04c'est rarement la vocation.
- 24:06Ça arrive,
- 24:06mais c'est quand même pas courant.
- 24:09Donc souvent,
- 24:10le mot qui revient,
- 24:11c'est l'indépendance.
- 24:13Et c'est une question aujourd'hui...
- 24:16que je trouve intéressante parce que finalement on est indépendant quand on est libéral et tout simplement quand on est un être humain parce qu'on ne vit que par interdépendance.
- 24:28Donc c'est un peu une illusion et c'est un petit peu...
- 24:31Tu vois,
- 24:31on reproche beaucoup à nos patients de penser que la santé est gratuite et en fait d'occulter que la sécurité sociale c'est une organisation solidaire.
- 24:44qui fait qu'en fait on peut bénéficier des soins pour tout le monde,
- 24:49quelles que soient les conditions de vie,
- 24:52quel que soit son statut socio-économique,
- 24:56parce que finalement on peut faire partie d'un milieu privilégié,
- 25:00et puis on peut aussi tout perdre et se retrouver dans des situations dramatiques.
- 25:05Donc cette solidarité elle est importante.
- 25:07Et ça,
- 25:08souvent,
- 25:08en tant que dentiste,
- 25:09on en fait le reproche aux patients en disant Oui,
- 25:11euh...
- 25:12Les gens veulent tout,
- 25:14pensent que c'est gratuit et c'est pas gratuit.
- 25:16Mais cette liberté que nous on revendique,
- 25:19est-ce qu'elle est réelle ?
- 25:20C'est ce que tu soulignais,
- 25:22c'est qu'on n'est pas libre de tout.
- 25:24Quand on adhère à la Convention,
- 25:27on est aussi tributaire de la sécu,
- 25:32effectivement.
- 25:33Et ça,
- 25:33je pense qu'on l'oublie.
- 25:35Oui.
- 25:35Oui,
- 25:36oui,
- 25:36oui,
- 25:36t'as raison.
- 25:36Alors en fait,
- 25:37parce que souvent,
- 25:38c'est vrai que c'est ce qu'on me dit aussi quand tu parles de l'exercice libéral,
- 25:41indépendance,
- 25:42tout ça.
- 25:42Ça voudrait dire que quelque part,
- 25:43l'exercice salarié,
- 25:44c'est quelque chose où t'es pas indépendant.
- 25:47Alors en l'occurrence,
- 25:49moi,
- 25:50si j'ai une commande à faire,
- 25:51je fais une commande,
- 25:51en fait.
- 25:52Je peux commander un peu ce que je veux.
- 25:55Si c'est ça,
- 25:56l'indépendance,
- 25:56par exemple.
- 25:57Je peux traiter les dents de la façon que je veux.
- 26:00Je peux faire ce que je veux,
- 26:02en fait.
- 26:03J'ai une liberté,
- 26:03évidemment.
- 26:04qui n'est pas une contrainte imaginée peut-être par l'exercice libéral,
- 26:09ou en tout cas par les confrères ou les consoeurs qui exercent en libéral.
- 26:12Je suis indépendant dans mes plans de traitement,
- 26:16je suis indépendant dans les patients que je reçois.
- 26:18J'ai un petit peu de mal à voir en quoi on n'a pas le même métier,
- 26:21pour le coup.
- 26:25Et effectivement,
- 26:25tu as raison,
- 26:26je suis aussi dépendant d'une structure,
- 26:28mais comme les dentistes libéraux sont dépendants,
- 26:30comme tu viens de le dire,
- 26:32d'autres facteurs.
- 26:33L'assurance maladie,
- 26:33effectivement,
- 26:34si on ne veut pas être dépendant,
- 26:36il faut se déconventionner.
- 26:37Cette idée d'indépendance est centrale dans les discussions sur le libéral.
- 26:41Pourtant,
- 26:41Jérémy pointe du doigt un paradoxe.
- 26:43Que l'on soit salarié ou libéral,
- 26:45nous sommes tous dépendants d'un système,
- 26:47que ce soit d'une structure de santé,
- 26:48de l'assurance maladie ou des contraintes financières liées à l'installation.
- 26:52L'indépendance absolue reste une illusion.
- 26:54Et en tant que praticien,
- 26:56nous devons jongler avec ces réalités,
- 26:57tout en cherchant à maintenir l'équilibre.
- 26:59entre notre liberté professionnelle et les obligations que nous impose le système de santé.
- 27:03C'est une liberté peut-être d'organisation du temps de travail.
- 27:07Là,
- 27:07pour le coup,
- 27:07moi,
- 27:07je n'en ai pas.
- 27:09Et effectivement,
- 27:09c'est peut-être ça la valeur ajoutée de l'exercice libéral,
- 27:11en quelque part,
- 27:12même si tu n'as pas trop le choix,
- 27:13parce que je vois le nombre de personnes qui sont sorties de la fac en ayant des dettes dès le début à rembourser,
- 27:20et donc qui sont attachées au fauteuil du lundi au samedi de 8h du matin à
- 27:2421h. Bon,
- 27:25parce qu'ils ont fait des gros crédits.
- 27:26Donc,
- 27:26effectivement,
- 27:27c'est un petit peu une bêtise,
- 27:28mais en fait,
- 27:28c'est un choix.
- 27:29de vie,
- 27:31qui a été fait d'emblée.
- 27:31Ils auraient pu faire un autre choix.
- 27:33Moi,
- 27:33j'ai fait un autre choix.
- 27:34Et il y en a d'autres qui travaillent trois jours par semaine et ils s'en sortent très,
- 27:36très bien.
- 27:37C'est la difficulté quand tu commences un exercice,
- 27:41c'est que quand tu es jeune praticien,
- 27:44tu ne sais pas encore trop ce qui te correspond.
- 27:48En fait,
- 27:48la question,
- 27:49c'est aussi qu'on te montre qu'il n'y a qu'une seule façon de travailler.
- 27:51Il y a quand même...
- 27:53Nous,
- 27:53c'est quelque chose,
- 27:54je dis nous,
- 27:55c'est avec d'autres confrères,
- 27:57deux centres de santé qui ne sont pas tous dentistes,
- 27:58mais l'idée quand même d'aller dans les universités pour montrer comment on travaille en salarié.
- 28:05Autrement que les centres locaux qui financent les soirées étudiantes aussi,
- 28:08j'ai appris ça.
- 28:09Donc évidemment,
- 28:11la vision qu'ont les étudiants des centres de santé,
- 28:14c'est ceux qui payent les pizzas et les bières.
- 28:16Ce n'est pas moi qui le dis,
- 28:17c'est cité par différents profs d'université.
- 28:20Effectivement,
- 28:21c'est les centres qui payent aujourd'hui les soirées étudiantes.
- 28:23Donc c'est une image qui est,
- 28:24venez après chez nous,
- 28:25vous allez vous faire la main,
- 28:26et puis quand vous aurez surfacturé et surtraité,
- 28:29vous irez ouvrir votre cabinet.
- 28:31Ou vous ouvrirez vous-même un centre de santé,
- 28:33parce que certains étudiants m'ont dit aussi,
- 28:34c'est toujours les mêmes parce que je reçois mon stage d'intérêt général,
- 28:38que les rêves des étudiants aujourd'hui,
- 28:40ce n'est plus tellement de devenir dentiste,
- 28:41c'est de devenir gestionnaire d'un centre de santé.
- 28:43Et là tu te dis merde,
- 28:44c'est pas possible.
- 28:45Donc en fait c'est de faire de la thune peu importe comment.
- 28:48Et bon enfin,
- 28:49encore une fois,
- 28:50j'espère que c'est à la marge,
- 28:50mais j'ai pas de chiffre là-dessus.
- 28:56Je rejoins également ce que dit Jérémy sur le manque de modèle proposé aux étudiants.
- 29:00Quand j'étais en fac,
- 29:00on nous présentait surtout le libéral comme voie principale,
- 29:03presque comme une évidence.
- 29:05Monter son cabinet,
- 29:06c'était vu comme monter une petite entreprise,
- 29:08et le modèle salarial ou d'autres options étaient rarement abordés.
- 29:12Et puis,
- 29:13je pense que la société aujourd'hui valorise tellement ce modèle,
- 29:16de l'entrepreneur qui,
- 29:17seul à la sueur de son front,
- 29:19monte son entreprise et réussit financièrement,
- 29:21que je ne suis pas surprise que,
- 29:23comme il l'évoque,
- 29:24certains étudiants
- 29:25rêvent davantage de monter leur propre centre que de travailler comme dentiste.
- 29:28C'est une aspiration qui est presque devenue une norme avec l'idée que la réussite est liée à l'argent et à la gestion d'une entreprise.
- 29:35Mais il y a quand même cette question de la réussite,
- 29:37de ce qu'est la réussite.
- 29:38Et dans notre milieu,
- 29:40l'idée quand même que si tu es en salarié,
- 29:42tu es un peu un loser.
- 29:43Enfin quand même,
- 29:44c'est quand même...
- 29:45Et moi,
- 29:46même,
- 29:47je reprends les exemples de la prison que j'expliquais tout à l'heure,
- 29:50mais les patients que je vois en prison,
- 29:52Ils pensent que moi aussi je suis puni en fait.
- 29:55Si je suis là,
- 29:57c'est que j'ai raté ma vie,
- 29:58j'étais incapable de monter un cabinet tu vois.
- 30:00Et il y a un peu l'idée mais...
- 30:02C'est marrant quoi.
- 30:04Bah oui,
- 30:04c'est marrant.
- 30:05Une fois qu'ils voient que ça se passe bien et que je ne suis pas déconnant,
- 30:10ils sont en mesure d'évaluer ma déconnance,
- 30:12ce qui est encore à prouver parce qu'ils ne peuvent pas trop vérifier ce que je fais.
- 30:15Mais en tout cas,
- 30:15il y a quand même cette idée...
- 30:18attendez mais vous êtes con vous vous avez un boulot vous pouvez vous réconcilier bien vous pouvez gagner mais laisse tomber là de l'argent quoi et vous êtes là à bosser en prison comme un con c'est un peu ça tu vois ça ça veut quand même dire que l'idée de la réussite est liée à l'argent elle est universelle elle n'est pas que de palier aux dentistes en fait non
- 30:36oui tu as raison mais quand même le tu vois là on t'a parlé d'entrepreneuriat tout à l'heure c'est et que effectivement monter un cabinet dentaire c'est monter une entreprise
- 30:48Moi,
- 30:48ça,
- 30:48c'est quelque chose qui est incompatible avec ce que je vois de ce que peut être la santé.
- 30:55On ne peut pas parler d'entreprise quand on parle de santé.
- 30:56Enfin,
- 30:58pour moi,
- 30:58c'est incompatible,
- 30:59en fait.
- 30:59C'est quelque chose qui est très compliqué.
- 31:01En discutant avec plusieurs confrères,
- 31:02notamment autour du sujet du burn-out,
- 31:04un reproche revenait souvent.
- 31:06L'université ne nous forme pas à devenir des chefs d'entreprise,
- 31:09ni à gérer un cabinet comme une petite entreprise.
- 31:12Cette critique m'avait marquée,
- 31:13jusqu'à ce que Jean-Noël Vergne,
- 31:14professeur à l'université de Toulouse,
- 31:16et ancien invité de ce podcast,
- 31:18me fasse un retour.
- 31:19J'avais eu l'occasion de rencontrer Jean-Noël à Toulouse pour parler de ses recherches sur l'empathie,
- 31:24et depuis il est devenu un ami avec qui j'échange régulièrement.
- 31:27Lors de notre conversation donc,
- 31:29il m'a rappelé que,
- 31:30finalement,
- 31:30l'université n'a pas vocation à former des chefs d'entreprise.
- 31:33Cette remarque m'a permis de prendre du recul,
- 31:36car dans la difficulté,
- 31:37il est facile de chercher des responsables.
- 31:39Mais comme le disait Jérémy,
- 31:40la vision de la profession est souvent trop étroite et le libéral apparaît parfois comme la seule voie envisageable.
- 31:45effectivement l'université au moins mais je rejoins ce que ce que dit jean noël verne l'université n'a pas vocation à former des chefs d'entreprise jamais c'est pas son c'est pas son rôle clairement pas son rôle et malgré tout il ya quand même des semaines d'insertion à la vie professionnelle qui sont opposés
- 32:04à l'université on explique je crois qu'un chident les trucs les machins l'urssaf et compagnie et ça c'est nouveau
- 32:10Mais je me souviens qu'il y a une dizaine d'années,
- 32:12je crois une quinzaine d'années,
- 32:13même les étudiants avaient fait grève parce que justement,
- 32:15on ne leur apprenait pas ce qu'était leur futur métier.
- 32:17C'est comme ça qu'ils le voyaient eux.
- 32:18Moi,
- 32:19j'avais trouvé ça scandaleuse,
- 32:20cette grève.
- 32:20On ne peut pas...
- 32:21Tu es des étudiants,
- 32:21tu n'es pas là pour apprendre à monter une boîte.
- 32:23Tu es là pour apprendre ton métier.
- 32:24Point.
- 32:25Barre.
- 32:25Tu n'es pas là pour savoir comment on règle les problèmes avec je ne sais pas quelle caisse de...
- 32:29Enfin,
- 32:29ce n'est pas la question.
- 32:30Ce n'est pas ça.
- 32:31Virons après.
- 32:32Après,
- 32:32ils se payent des formations,
- 32:33je ne sais pas.
- 32:38Voilà.
- 32:39Je suis d'accord,
- 32:39mais ceux qui font ce retour,
- 32:42c'est des gens,
- 32:43peut-être justement à qui ça ne convient pas et qui se rendent compte.
- 32:48C'est quand il y a un malaise,
- 32:49quand il y a une dissonance entre ce que tu pensais faire de ta vie et au final ce que tu fais de ta vie,
- 32:56que tu te poses ces questions-là.
- 32:58Après,
- 32:59quelle est la proportion de postes salariés ?
- 33:05Est-ce qu'il y en a...
- 33:07pas beaucoup,
- 33:07c'est pas infini tu vois.
- 33:09Oui mais après si ça devient un choix facile,
- 33:11si demain matin les étudiants veulent travailler en centre de santé être salariés à l'hôpital
- 33:18Les postes vacants aujourd'hui,
- 33:19il y en a des tonnes,
- 33:20vraiment il y en a des tonnes,
- 33:21il y en a partout.
- 33:23Les dentistes aujourd'hui,
- 33:24c'est les rois du pétrole,
- 33:25ils vont où ils veulent.
- 33:26Ils peuvent récupérer un cabinet pour 1€ parce que les dentistes partent à la retraite,
- 33:29ils n'arrivent pas à vendre.
- 33:31Ils peuvent travailler à l'hôpital parce qu'il y a des postes de PH qui ne sont pas pourvus.
- 33:35Ils peuvent travailler dans les centres de santé parce qu'ils ont un taux de turnover important et puis les salaires dans les centres de santé sont moins importants que dans le camp libéral.
- 33:42Donc il y a peu de personnes qui travaillent en centre de santé.
- 33:47Et c'est ce que tu disais tout à l'heure,
- 33:49là,
- 33:49c'est des services où ça sera à nous de nous déplacer.
- 33:52Et donc ça,
- 33:53sur Paris,
- 33:54il y a peut-être plus d'offres,
- 33:56mais dans les villes comme les miennes,
- 33:57je suis sûre que demain,
- 33:58je vais au centre hospitalier ou dans le service psychiatrie ou à l'EHPAD,
- 34:05et je leur dis,
- 34:05voilà,
- 34:05moi,
- 34:07je suis partante pour venir une journée par semaine ou une journée tous les 15 jours dans votre unité,
- 34:13je pense qu'il n'y a pas de souci.
- 34:15Tu donnes toi-même les exemples.
- 34:17Il y a de quoi faire énormément,
- 34:20il y a des besoins partout.
- 34:22Le problème c'est aussi,
- 34:23est-ce que c'est vraiment une envie d'aller faire ça par les confrères,
- 34:28tout ce qu'on entend,
- 34:28ou est-ce que c'est monter son entreprise,
- 34:31et puis faire ce que fait le voisin d'à côté,
- 34:33rajouter un camé d'enterre,
- 34:34là où il y en a déjà
- 34:3525 au mètre carré.
- 34:39Parfois,
- 34:39comme évoqué avec Jérémy,
- 34:41J'ai envisagé cette possibilité de proposer mes services à des hôpitaux,
- 34:44à des EHPAD ou à d'autres institutions qui en auraient besoin.
- 34:47Mais en entendant parler du mal-être des soignants dans ces structures,
- 34:50je dois avouer que je freine des cas de fer.
- 34:52Avec tout ce que j'ai déjà à gérer au quotidien,
- 34:54je me dis que je n'ai pas forcément l'énergie ou l'envie de me rajouter de nouvelles contraintes.
- 34:59Même si Jérémy semble épanoui et satisfait de son choix,
- 35:02ce que je vois et j'entends du milieu hospitalier ne me fait pas rêver.
- 35:06Et même si je sais que,
- 35:07comme tout le monde,
- 35:07je ne suis pas vraiment libre ou indépendante,
- 35:09parce que je suis conventionnée,
- 35:11et parce que nous sommes tous interdépendants d'une manière ou d'une autre,
- 35:13je reste tellement attachée à cette croyance que je suis mon propre chef dans mon cabinet que je pense que j'aurais vraiment du mal à m'adapter au monde du salariat.
- 35:20Toi,
- 35:21tu travailles combien de jours ?
- 35:22Moi,
- 35:22je travaille 4 jours par semaine.
- 35:24Et tu peux nous dire quel est ton salaire ?
- 35:26Ou c'est quelque chose que tu n'aimes pas dire ?
- 35:27Non,
- 35:28bien sûr,
- 35:28il n'y a pas de problème.
- 35:29Moi,
- 35:29en étant à l'hôpital,
- 35:30je suis sur une grille de praticiens hospitaliers.
- 35:32Donc,
- 35:32c'est la grille des praticiens hospitaliers.
- 35:35Alors attends,
- 35:36que je te le donne,
- 35:36parce que comme je n'ai pas un travail à temps plein à l'hôpital,
- 35:38je suis à 40%.
- 35:40Ça peut se trouver exactement...
- 35:43Voilà,
- 35:43c'est un temps plein à 5200 euros bruts.
- 35:49Donc sur 100%.
- 35:50Moi,
- 35:50je suis à 40%,
- 35:51donc je dois être à 2000 euros.
- 35:53C'est à peu près...
- 35:54Ouais,
- 35:54c'est ça.
- 35:552000 euros.
- 35:56Pour deux jours par semaine.
- 35:58Ah oui.
- 35:58Et donc,
- 35:59tu me cadres ?
- 36:00Pour le premier poste.
- 36:01Poste à l'hôpital.
- 36:03Pour le poste au conseil départemental,
- 36:04je suis payé à l'heure.
- 36:06Donc en fait,
- 36:06je suis payé 50 euros bruts.
- 36:09de l'heure.
- 36:11Donc je compte mes heures.
- 36:13Tu vois,
- 36:14hier j'étais où hier ?
- 36:15Hier j'ai accueilli les étudiants le matin donc j'ai compté trois heures parce qu'on a fait l'organisation du bus,
- 36:21voilà,
- 36:21plus de la coordination sur des nouveaux comptes rendus qu'on est en train de mettre en place,
- 36:24des liens avec Médecins du Monde avec qui on travaille,
- 36:27voilà.
- 36:28Donc je compte des heures.
- 36:29Si je fais trois heures,
- 36:30je compte 150 euros.
- 36:32Enfin je les remplis tous les mois en fait.
- 36:34Et puis le jeudi...
- 36:36Pareil,
- 36:37aujourd'hui je suis au département et ce matin j'étais un médecin du monde avec des unités mobiles,
- 36:41j'ai passé 3 heures à médecin du monde donc je vais coter 3 heures au département pour aujourd'hui.
- 36:46Tu vois,
- 36:48mais c'est ça,
- 36:49si on compte sur des journées classiques de 7h,
- 36:51ça te fait
- 36:52350€ par jour donc 700€ par semaine x 4,
- 36:592100€ donc en fait c'est à peu près le pareil,
- 37:01je suis à 4000€ à peu près,
- 37:04que je me plaigne.
- 37:06Et tu fais quoi comme horaires ?
- 37:099h,
- 37:09midi,
- 37:1114h,
- 37:1217h30 à l'hôpital,
- 37:14et au département,
- 37:189h,
- 37:19plutôt
- 37:2013h, 14h,
- 37:2117h.
- 37:21C'est 7h dans les deux cas,
- 37:22en fait.
- 37:23C'est des horaires,
- 37:24vraiment,
- 37:25c'est des horaires 35h.
- 37:26Et je n'ai pas de garde,
- 37:28je n'ai pas de jour férié.
- 37:28Tu n'as pas de garde ?
- 37:30Non.
- 37:34C'est pas juste !
- 37:35Non,
- 37:35je suis d'accord avec toi,
- 37:35et c'est pas faute de l'avoir réclamé.
- 37:37Les gardes,
- 37:38je ne sais pas pourquoi,
- 37:39je paye ma cotisation à l'ordre.
- 37:40Enfin,
- 37:40je dis ça,
- 37:41mais en fait non,
- 37:41je l'ai reçue cette semaine,
- 37:42je ne l'ai pas payée,
- 37:43il faut que je la paye.
- 37:44Mais je ne fais pas partie du tableau de garde,
- 37:47je ne sais absolument pas pourquoi,
- 37:48ni les collègues qui sont dans les centres de santé.
- 37:50Je ne sais pas pourquoi on ne fait pas partie de cette permanence de soins.
- 37:52Je ne sais pas pourquoi.
- 37:53Si je compare à mon activité en libéral,
- 37:55je réalise que nos rémunérations sont finalement assez similaires.
- 37:58D'autant que je travaille trois jours par semaine.
- 38:00Aujourd'hui...
- 38:01je me prends un peu moins la tête au sujet de la rentabilité,
- 38:04même si ma principale crainte reste de mettre en péril le cabinet dans lequel nous sommes aujourd'hui 4 associés,
- 38:09dont mon mari.
- 38:10Mais pour le moment,
- 38:11ce n'est pas un souci.
- 38:12A mes débuts,
- 38:13avoir un salaire fixe m'aurait sûrement aidé à mieux gérer un budget.
- 38:16Pourtant,
- 38:17avec le temps,
- 38:18j'apprends à relativiser.
- 38:19J'ai un travail utile,
- 38:20que j'aime,
- 38:21et j'ai de quoi vivre confortablement bien plus que la plupart des gens que je côtoie.
- 38:28Et j'en parlais,
- 38:29il y a deux semaines j'étais de garde et en fait une étudiante de Bordeaux m'avait appelée pour prendre ma garde.
- 38:36Mais je lui ai dit ok pas de soucis mais je la fais avec toi parce qu'on est quand même assez submergée d'urgence les jours de garde à Périgueux.
- 38:44Et je voulais pas la laisser toute seule dans un cabinet qu'elle connaît pas,
- 38:47je trouvais pas ça cool quoi.
- 38:49Puis moi j'aime bien,
- 38:50donc je suis allée avec elle.
- 38:52Et à la fin elle me disait tu vois le stage actif.
- 38:56C'est bien et c'est pas bien parce que déjà ces deux mois c'est un peu court elle dit la sixième année on fait pas grand chose on s'ennuie un peu enfin je pense que c'est un peu comme ça l'a été nous on a été dans les premiers à avoir la sixième année et on faisait pas grand chose de cette année et
- 39:12elle me disait ça serait ça serait chouette toi d'avoir des centres où les étudiants seraient salariés chapeautés par des dentistes expérimentés
- 39:23Et ils pourraient faire leur sixième année,
- 39:25donc ça serait obligatoire et pas facultatif,
- 39:28et dans des zones où il y a un vrai besoin.
- 39:30Donc tu répondrais à la fois à un besoin de santé publique et à la fois à ce campagnonnage qu'on cherche toute notre carrière.
- 39:42Je suis tout à fait d'accord avec ce principe.
- 39:45Et pour moi,
- 39:46c'est un peu un dû,
- 39:47en fait.
- 39:47Ça a l'air bizarre comme ça,
- 39:48mais c'est l'idée que...
- 39:51Je vais reparler encore de l'armée,
- 39:52mais tu vois,
- 39:53un pilote d'hélicoptère dans l'armée,
- 39:54s'il est formé comme pilote d'hélicoptère dans l'armée,
- 39:56il doit 10 ans à l'armée pour rembourser sa formation de pilote d'hélicoptère.
- 40:00Un médecin,
- 40:01un dentiste,
- 40:02c'est des étudiants qui coûtent très cher.
- 40:05Un étudiant lambda,
- 40:07la moyenne de,
- 40:07je crois,
- 40:08un étudiant,
- 40:08ça coûte 15 000 euros par an à l'État.
- 40:12En moyenne.
- 40:12Un étudiant dentaire,
- 40:13il coûte beaucoup plus cher que ça.
- 40:14La médecine aussi.
- 40:15La moindre des choses,
- 40:17ce serait de rembourser ce qu'il a coûté à la société,
- 40:21soit par l'intermédiaire de ce stage de 6e année dans un endroit,
- 40:24dans un désert,
- 40:26ou même de s'installer dans un lieu où,
- 40:29temporairement,
- 40:30un cabinet dédié à cette année de tampons entre la fin de la fac et le début de l'exercice professionnel,
- 40:37quel que soit le mode d'exercice,
- 40:38mais d'avoir,
- 40:39comme les profs,
- 40:43d'envoyer les dentistes comme on envoie les profs.
- 40:45Les profs,
- 40:45on ne leur demande pas trop leur avis sur à quel endroit ils veulent aller.
- 40:48Ils sont obligés de se marier pour pouvoir partir ensemble dans des lieux où il y a des manques,
- 40:52où il y a des écoles qui ferment,
- 40:53des écoles qui ouvrent,
- 40:53etc.
- 40:54Et s'ils ne jouent pas le jeu là-dessus,
- 40:57ils sont obligés de quitter l'éducation nationale.
- 40:59La question des aires médicaux,
- 41:04de l'exercice et surtout de l'installation,
- 41:07Pour moi,
- 41:09la seule façon de ne plus avoir de désert,
- 41:11c'est aussi de provoquer cette installation forcée,
- 41:15parce que je vais encore me faire des ennemis,
- 41:16mais moi je ne suis pas pour...
- 41:19De la même façon qu'il y a des profs dans les endroits où il n'y a pas de...
- 41:23Enfin,
- 41:24c'est plus compliqué,
- 41:24mais je pense qu'avoir des zones dédiées avec des dentistes qui se relaient à la fin de leurs études,
- 41:32de leur début d'exercice professionnel,
- 41:33et puis une fois qu'ils ont fait leur année...
- 41:36dans ce désert et bah hop ils vivent leur vie mais au moins ils ont remboursé entre guillemets leur dette je le fais courant parce que c'est un peu plus compliqué que ça mais enfin je sais pas si c'est ça que tu avais en tête mais moi c'est un peu ça qui est complètement complètement mais à la fois d'utiliser les étudiants de sixième année parce qu'effectivement tu as raison ils
- 41:57savent pas trop quoi faire tu as raison entre le stage d'intérêt général le stage actif la thèse les stages toujours à la fac
- 42:05ils ont un emploi du temps un peu compliqué,
- 42:07et puis il n'est pas forcément complètement rempli,
- 42:09enfin,
- 42:09ils ont tous des emplois du temps complètement différents,
- 42:11ce serait l'occasion de pouvoir voir tout ça,
- 42:15tous ces modes d'exercice.
- 42:16Mais c'est compliqué encore aujourd'hui,
- 42:17en stage actif par exemple,
- 42:19de travailler dans un centre de santé public.
- 42:21Ça se fait de plus en plus,
- 42:22mais ce n'est pas encore complètement fluide.
- 42:24Et puis,
- 42:24il n'y en a pas partout.
- 42:25Parce que c'est vrai que c'est une particularité très parisienne d'avoir des centres de santé municipaux qui tournent encore pas mal,
- 42:31en plus dans la banlieue de Paris.
- 42:33Et puis d'avoir la possibilité...
- 42:35voir peut-être l'obligation,
- 42:37je ne sais pas,
- 42:38encore une fois,
- 42:38on n'aime pas trop les contraintes,
- 42:40mais de devoir aussi explorer différentes formes d'exercices,
- 42:47c'est-à-dire voir ce que c'est que de travailler en milieu hospitalier,
- 42:51de voir ce que c'est que de travailler en centre mutualiste,
- 42:55de voir ce que c'est que de travailler en libéral,
- 42:59mais de pouvoir en fait faire un choix qui soit éclairé et pas un choix qui soit...
- 43:04orienté parce que tout le monde fait comme ça.
- 43:07Si tu veux,
- 43:08moi je me suis jamais posé la question,
- 43:10même.
- 43:10Bon,
- 43:10la recherche,
- 43:11je pense que même encore aujourd'hui,
- 43:14ça serait pas un choix.
- 43:15Parce que c'est...
- 43:16Je trouve ça passionnant,
- 43:18mais si tu veux,
- 43:18je sens que c'est pas du tout ce qui m'attire.
- 43:20Mais en revanche,
- 43:22je trouve que c'est trop fermé en fait,
- 43:24c'est trop cloisonné,
- 43:25c'est trop...
- 43:28en fonction des rencontres que tu fais,
- 43:29il faudrait avoir la possibilité d'explorer ça.
- 43:33Oui c'est vrai que ton choix d'exercice va dépendre beaucoup des rencontres que tu vas faire,
- 43:40dans ta vie,
- 43:41des gens que tu vas rencontrer,
- 43:42et ça va être peut-être même lié au hasard de se retrouver dans un...
- 43:46de penser à quelque chose auquel tu n'aurais pas pensé spontanément parce qu'on ne te l'a pas montré à la fac.
- 43:50Et c'est vrai que...
- 43:51Moi c'était comme ça il y a 25-30 ans.
- 43:54Aujourd'hui c'est peut-être un petit peu moins vrai parce que...
- 43:57Il y a de plus en plus d'étudiants qui voient un peu ce qu'est l'exercice en centre de santé.
- 44:03Mais pouvoir essayer,
- 44:06pratiquer différentes façons,
- 44:11c'est une très bonne idée.
- 44:13C'est ce qui devrait être fait.
- 44:15Mais pour ça,
- 44:15il faut qu'il soit bien accueilli.
- 44:17Aujourd'hui,
- 44:17le stage actif,
- 44:19ça se passe à l'envers.
- 44:20C'est-à-dire que c'est l'étudiant qui va voir un dentiste,
- 44:22qui lui dit...
- 44:23Est-ce que tu veux bien être mon maître de stage ?
- 44:24Le dentiste dit oui,
- 44:25il signe,
- 44:26il envoie le papier à l'ordre et puis il accueille l'étudiant qui en plus veut être payé pour les actes qu'il fait alors que c'est un stage actif.
- 44:34Donc normalement,
- 44:34ce n'est pas rémunéré sur des actes réalisés.
- 44:38C'est une autre question,
- 44:39mais les étudiants que je vois,
- 44:40ils me disent que ce n'est pas normal.
- 44:41Il y en a qui sont payés,
- 44:42d'autres qui ne sont pas payés.
- 44:44Et là,
- 44:45on confond l'apprentissage et l'exercice.
- 44:48Si c'est travailler,
- 44:50ils travaillent,
- 44:51mais ce n'est plus un stage actif.
- 44:54Mais l'objectif du stage actif,
- 44:54ce n'est pas d'être rémunéré pour les actes qu'on fait,
- 44:56c'est de voir comment fonctionne un cabinet dentaire.
- 44:58C'est justement d'avoir toutes ces problématiques que tu évoquais tout à l'heure,
- 45:01qui ne sont peut-être pas apprises à la fac,
- 45:03mais justement,
- 45:03en allant dans un cabinet et en faisant ce stage actif,
- 45:05ça permet de voir toutes les contraintes administratives liées à faire tourner une entreprise,
- 45:10pour le coup.
- 45:11Mais d'après ce que je sais,
- 45:13ce n'est pas toujours le cas,
- 45:14parce que les confrères et les consoeurs mettent un fauteuil à disposition de l'étudiant,
- 45:19et puis ils lui font son chiffre sur le mois,
- 45:21et puis ils le payent en fonction de ce qui rentre.
- 45:23Et c'est pas l'objectif du tout du stage.
- 45:26Je te le fais court aussi là,
- 45:27mais j'ai l'impression que c'est pas encadré.
- 45:29Et de fait,
- 45:30il n'y a pas besoin d'être formé en pédagogie,
- 45:33par exemple,
- 45:34pour être maître de stage,
- 45:36pour un stage actif d'étudiant.
- 45:37Alors que c'est un stage,
- 45:40il faut pouvoir encadrer un étudiant.
- 45:42Tous les dentistes sont pas en mesure d'encadrer un étudiant et de lui transmettre des choses.
- 45:46Il faut être formé pour ça.
- 45:49Je crois que l'idée,
- 45:49c'est plutôt de faire à l'envers,
- 45:50d'avoir un pool.
- 45:51de mettre de stage dans différents modes d'exercice,
- 45:55et après c'est les étudiants qui vont choisir ce qui leur est proposé,
- 45:59c'est ce qui devrait être comme ça en fait,
- 46:01pas l'inverse.
- 46:02Aujourd'hui c'est l'inverse qui se pose.
- 46:03Et quand un étudiant veut venir faire son stage actif dans un centre de santé,
- 46:07c'est encore plus compliqué,
- 46:08et puis il arrive que les formalités soient encore plus difficiles à obtenir pour les centres de santé que pour l'exercice libéral.
- 46:21Donc,
- 46:22par défaut,
- 46:22les étudiants se retournent vers l'exercice libéral qui est beaucoup plus souple.
- 46:25En tout cas,
- 46:26tout existe depuis très longtemps pour ce mode d'exercice,
- 46:29en tout cas,
- 46:30recevoir des étudiants dans les cabinets de l'hôpital.
- 46:35Au cours de sa discussion avec Jérémy,
- 46:37nous avons exploré de nombreux aspects de notre métier,
- 46:39de la gestion du temps et de la rentabilité dans l'exercice libéral,
- 46:42à la diversité des modèles d'exercice disponibles,
- 46:45comme le salariat en centre de santé ou à l'hôpital.
- 46:48Jérémy a partagé sa vision d'un exercice salarié épanouissant,
- 46:51avec des horaires cadrés et une rémunération stable,
- 46:54tout en affirmant avec conviction que la rémunération à l'acte et l'exercice libéral,
- 46:59qui placent le dentiste en position de chef d'entreprise,
- 47:01ne sont pas compatibles avec le soin.
- 47:03Pour lui,
- 47:03c'est même antinomique.
- 47:04La santé et l'entrepreneuriat ne peuvent être confondus.
- 47:09De mon côté,
- 47:10j'ai mis en lumière mes propres questionnements autour de la gestion d'un cabinet libéral et de la pression que cela peut engendrer.
- 47:16Nous avons également discuté des limites du modèle libéral,
- 47:19qui reste souvent la seule voie présentée aux étudiants,
- 47:21et du besoin d'offrir d'autres options,
- 47:23plus équilibrées,
- 47:24dans lesquelles l'argent ne deviendrait pas la finalité.
- 47:30Finalement,
- 47:30une question reste centrale.
- 47:32Comment mieux former les futurs praticiens ?
- 47:34Comment les accompagner pour qu'ils trouvent une voie qui leur convienne vraiment et qui ne soit pas nécessairement le libéral ?
- 47:40Comment mettre en place un compagnonnage solide qui leur permette de concilier le soin et la rentabilité sans que l'argent devienne un objectif en soi ?
- 47:47Il est essentiel d'accompagner les jeunes praticiens à entrer dans la vie professionnelle en leur rappelant qu'ils ont choisi un métier de soin et non celui d'entrepreneur.
- 47:56Le vrai défi,
- 47:57c'est de leur offrir des expériences diversifiées en milieu hospitalier
- 48:00en centre mutualiste ou même dans la recherche,
- 48:03afin qu'ils puissent faire un choix éclairé et aligné avec leurs valeurs,
- 48:06plutôt que de simplement suivre la voie que tout le monde emprunte.
- 48:10Merci beaucoup à Jérémy pour sa participation et pour ses réflexions si enrichissantes sur notre métier.
- 48:15Un grand merci également à Pauline pour le montage,
- 48:18à Maxime Wattieu pour la musique et à Camille Covez pour l'illustration de cet épisode.
- 48:24Le prochain épisode,
- 48:25qui viendra clore cette série sur l'argent,
- 48:27sortira à mon retour de Madagascar.
- 48:29Nous parlerons d'éthique avec Flora Bastiani,
- 48:31un sujet passionnant et crucial pour notre profession.
- 48:34Alors restez à l'écoute.
- 48:37Je vous rappelle l'importance de mettre des étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée et de vous abonner,
- 48:42de partager tout autour de vous et si vous le souhaitez,
- 48:45de soutenir le podcast sur Tipeee pour me permettre de continuer à produire du contenu de qualité.
- 48:50Je vous mets tous les liens dans le descriptif de l'épisode.
- 48:52Merci encore pour votre soutien et à très bientôt.