Latest / Une si longue guerre : le Canada en Afghanistan / 8. Faire le point
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- ISABEL RICHER : Je m’appelle Isabel Richer, et vous écoutez Une si longue guerre : le Canada en Afghanistan. Nous avons commencé, au premier épisode, au milieu du chaos qui régnait à l’aéroport international Hamid-Karzai de Kaboul, au son d’une foule désespérée qui tentait de fuir le pays alors qu’il tombait aux mains des talibans. Et pour l’épisode final d’Une si longue guerre, nous y retournons. Cette fois pour poser quelques questions. Pourquoi les talibans n’ont-ils mis qu’un peu plus d’une semaine à reprendre un pays que le Canada avait contribué à défendre pendant 13 ans? Qu’est-il advenu de la population afghane que le Canada a laissée derrière? Que représente cette guerre pour les ex-militaires qui ont combattu et qui, au retour, ont souvent dû composer avec la dépression et le trouble de stress posttraumatique, ou TSPT? Le 15 aout 2021, lorsque les talibans sont entrés dans Kaboul, l’Armée nationale afghane a semblé tout simplement se dissoudre. Lorsque le président Ashraf Ghani a fui le pays, le gouvernement afghan a cessé d’exister. Le Canada s'est retiré de l’Afghanistan sept ans plus tôt, en 2014. Mais pour les ex-militaires de la plus longue guerre du pays, les images de la foule afghane massée à l’aéroport, avec des personnes agrippées aux avions au décollage, étaient presque impossibles à assimiler. ELEANOR TAYLOR : C’était horrible. Un deuil. Un véritable deuil. RICHER : En 2010, Eleanor Taylor a servi comme majore au sein de la compagnie Charles, 1er Bataillon, du Royal Canadian Regiment. Onze ans plus tard, elle vivait à Halifax et regardait les images de la chute de Kaboul. TAYLOR : Oui, je pense que c’est la seule, et la meilleure façon de le décrire. Voilà où ça en était arrivé. RICHER : Kate Goddard aussi regardait tout ça ce jour-là. En mai 2006, sa sœur, la capitaine Nichola Goddard, était devenue la première militaire canadienne à perdre la vie au combat. KATE GODDARD : C’était absolument déchirant. Je… voir la prise de pouvoir, la reprise du pouvoir par les talibans et ce genre d’agression en Afghanistan, c’était vraiment difficile. On a consenti un sacrifice considérable. Et je ne parle pas seulement des militaires qui ont perdu la vie ou subi des blessures, même si ça représente une part immense, mais aussi du milieu journalistique, du personnel humanitaire, du personnel de développement, de toutes les personnes qui ont consacré tant de temps, d’énergie, d’attention, de sacrifices à essayer de reconstruire l’Afghanistan, à essayer de remettre le pays sur pied. Voir tout cela s’écrouler a été vraiment dur. BENJAMIN HERTWIG : Voir aux nouvelles le désespoir de ces personnes agrippées aux avions et la futilité… de celles qui tentaient de fuir… RICHER : Le caporal Benjamin Hertwig a été déployé en 2006, l’une des années les plus meurtrières de la guerre. HERTWIG : Il y avait là simplement un sentiment de profonde douleur et de tristesse pour la population qui continuait de vivre les réalités de la guerre. ANDREW BURTCH : Je pense que toute personne qui a vu ça pouvait comprendre et reconnaitre qu’elle assistait à la fin d’un chapitre, à la fermeture d’un livre très long. RICHER : Andrew Burtch, historien spécialiste de l’après 1945 au Musée canadien de la guerre, est notre guide cette saison. BURTCH : On voyait cet endroit s’effondrer, là où tant de sang avait coulé et où tant de ressources avaient été dépensées. Avec tout ce que ça signifiait. Et puis vient immédiatement la question de savoir si ça en valait la peine. Je pense qu’il n’y a pas de réponse facile à cette question, mais ça en soulève une autre : « Pourquoi les choses se sont-elles passées ainsi? » RICHER : Pour répondre à cette question, il faut remonter à l’accord de Doha, signé en février 2020 entre l’administration Trump et les talibans. Le gouvernement afghan de Kaboul n’avait même pas été invité à la table des négociations. Les modalités étaient simples : les États-Unis et l’OTAN retireraient toutes leurs troupes d’Afghanistan. En échange, les talibans promettaient de ne plus offrir de refuges aux groupes terroristes qui menaçaient les États-Unis et leurs pays alliés. L’accord ne prévoyait aucune forme de cessez-le-feu avec le gouvernement afghan. Cette question devait être abordée lors de pourparlers ultérieurs, qui n’ont jamais eu lieu. Et il n’y avait aucune garantie pour les femmes ni pour les minorités. BURTCH : La conclusion d’un accord avec les talibans fixant un échéancier pour le retrait des États-Unis a créé les conditions dans lesquelles la victoire des talibans était, à ce stade, pour ainsi dire, courue d’avance. C’est aussi ce qui a déclenché une intense agitation au sein de l’État afghan, avec des réactions du genre : « Bon, d’accord, la situation a changé, mais les États-Unis ne vont tout de même pas nous laisser tomber. » RICHER : Le général Wayne Eyre a été nommé chef d’état-major par intérim de la Défense du Canada en 2021. WAYNE EYRE : Au fond, de nombreuses concessions ont été faites aux talibans sans obtenir grand-chose en retour. Et le fait que le gouvernement afghan n’était pas associé à ces négociations… Vous avez parlé de confiance. Eh bien, c’était un autre bris de confiance important. Un an plus tard, à la mi-avril, le président Biden a décidé de poursuivre le retrait prévu par l’accord de Doha. Et le 14 avril, il a fait une annonce publique. [CLIP –JOE BIDEN] : Après avoir longuement consulté nos alliés et partenaires, nos chefs militaires et nos services de renseignement, nos diplomates et nos spécialistes en développement, le Congrès et la vice-présidente, ainsi que M. Ghani et de nombreuses autres personnalités à travers le monde, j’en suis venu à la conclusion qu’il est temps de mettre fin à la plus longue guerre de l’Amérique. Il est temps que les troupes américaines rentrent à la maison. EYRE : Ce jour-là, le bureau du président des chefs d’état-major interarmées des États-Unis, le général Mark Milley, m’a contacté, parce que celui-ci souhaitait discuter personnellement avec les pays qui avaient tant donné à l’Afghanistan de ce qui motivait cette décision et des raisons pour lesquelles les États-Unis s’engageaient dans cette voie. RICHER : À l’époque, en 2021, le général Milley affirmait que les talibans n’avaient respecté qu’une seule des conditions de l’accord de Doha : ils n’attaquaient pas directement les forces des États-Unis, mais ils enfreignaient toutes les autres. Il partageait l’avis selon lequel le retrait avait été, et, je cite, « une réussite logistique, mais un échec stratégique ». Fin de la citation. Et à ce moment-là, l’entente envoyait un message clair au gouvernement afghan : l’Armée nationale afghane et la police seraient laissées à elles-mêmes. Le compte à rebours était lancé. Les talibans ont entamé une campagne de menaces et d’intimidation en prévision du retrait des États-Unis. BURTCH : Alors, lorsque cet appel est arrivé, facilité soit par une personne ainée de la localité, soit par la force, pour dire « déposez les armes et on vous laisse partir », il y a eu cette prise de conscience que le temps imparti pour la défense de l’Afghanistan était écoulé, et les gens ont commencé à prendre leurs propres décisions quant à leur subsistance. C’est à ce moment-là qu’on a commencé à voir tomber des districts entiers, parfois sans qu’un seul coup de feu soit tiré. RICHER : Les talibans ont déferlé sur l’Afghanistan cet été-là, reprenant du territoire. Le major-général Dean Milner était alors le dernier commandant de combat du Canada dans la province de Kandahar. Il avait passé des années à contribuer à la mise sur pied et à la formation des Forces nationales de sécurité afghane. DEAN MILNER : J’ai été surpris de la facilité avec laquelle les talibans ont pris le contrôle. Et dans mon esprit, ça tient beaucoup à l’absence d’un commandement solide. Le général Habibi vous dira que le côté politique nommait les mauvaises personnes aux postes de commandement. Elles n’étaient pas bien formées. Elles n’étaient pas capables de commander en première ligne alors que c’était nécessaire. RICHER : À l’époque, le brigadier-général Ahmad Habibi commandait les forces afghanes à Kandahar aux côtés de Milner. AHMAD HABIBI : [Parle en pachto] AMAL DIN : Les Forces nationales de sécurité afghane avaient été très bien formées par l’OTAN. Elles ont continué d’accomplir leur mission sans aucune difficulté, sans aucun problème. Le commandement de l’Armée nationale afghane est resté engagé jusqu’au dernier jour. Mais c’est du côté du gouvernement qu’est venue la chute. HABIBI : [Poursuit en pachto] RICHER : Le général Habibi et Milner affirment tous deux que le gouvernement afghan a laissé tomber ses troupes. Mais l’approche globale de la coalition présentait dès le départ des faiblesses structurelles. Pendant 20 ans, les États-Unis et les forces de la coalition avaient abordé l’Afghanistan comme un pays qu’on pouvait refaire à l’image de l’Occident., tentant d’imposer un gouvernement central fort dans un pays où, historiquement, le pouvoir s’exerçait localement. BURTCH : Les personnes qu’on accompagne veulent faire les choses à leur manière, bien sûr. Ce ne sont pas de simples blocs d’argile qu’on peut modeler à sa guise. Elles ont leur propre contexte culturel, militaire et sécuritaire, qu’il faut considérer. RICHER : C’est cette même logique qui a défini la manière dont les forces afghanes ont été formées : comme une version d’une armée occidentale, avec une dépendance à la technologie et à la sous-traitance que seules les nations occidentales pouvaient fournir. BURTCH : L’attention était beaucoup dirigée sur le combat en première ligne, et moins sur les éléments de soutien et de logistique des Forces nationales de sécurité afghane. C’était assuré en grande partie par les États-Unis et par de la sous-traitance payée par les États-Unis et par d’autres pays alliés qui ont pu y contribuer. On s’est donc retrouvé avec cette dynamique de création et de déploiement d’une force pouvant être composée d’un personnel militaire compétent et bien formé, mais qui dépendait d’un ensemble de conditions pour fonctionner. RICHER : Il en a résulté une armée incapable de survivre par ses propres moyens. À cela s’ajoutait une corruption endémique dans toute la mission. Les milliards de dollars qui affluaient en Afghanistan ont submergé le pays, favorisant la fraude et la corruption massives, et rendant les institutions afghanes dépendantes du financement étranger. BURTCH : Ce système offrait des occasions, que ce soit lorsque le matériel échappait au contrôle de la sous-traitance ou même lorsqu’il était encore entre ses mains, de vendre purement et simplement ce qui devait être fourni aux troupes, pour s’enrichir et se remplir les poches. Et ce genre de corruption systémique s’ajoutait à des pratiques de moindre envergure, comme payer des militaires qui avaient déserté, l’argent étant ensuite empoché par différentes personnes de l’unité. RICHER : Le départ des États-Unis a entrainé la perte des forces terrestres et de la puissance aérienne, mais aussi du soutien financier qui maintenait l’armée afghane à flot. De nombreuses troupes afghanes se retrouvaient sans solde, sans nourriture ni ravitaillement. Ces manques ont gravement réduit leur capacité à combattre. BURTCH : On a donc assisté à un effet domino : tout à coup, des unités parfaitement compétentes désertaient, convaincues d’avoir été trahies, et on s’est retrouvé avec des unités isolées qui devenaient de plus en plus isolées et de moins en moins aptes au combat. RICHER : Le Canada avait mis fin depuis longtemps à sa mission de combat lorsque ces districts ont commencé à tomber aux mains des talibans. À l’été 2021, ça faisait sept ans que nous avions quitté l’Afghanistan. Mais une ambassade canadienne, dotée d’un personnel diplomatique, était toujours active à Kaboul, avec aussi, bien sûr, du personnel afghan, notamment des interprètes, des guides sur le terrain, du personnel routier et du personnel de soutien qui travaillaient aux côtés des forces canadiennes depuis des années. Ces personnes avaient mis leur vie en jeu. Bon nombre d’entre elles pensaient qu’elles seraient assassinées si elles restaient. Le 30 juillet 2021, le premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, a approuvé une évacuation militaire appelée opération AEGIS. Le Canada avait trois semaines pour faire sortir le plus de personnes possible. À titre de chef d’état-major par intérim de la Défense, le général Eyre a supervisé cette opération. Presque aussitôt, des obstacles bureaucratiques se sont dressés. EYRE : Il y avait énormément de friction, parce que le gouvernement du pays hôte, toujours en place, contrôlait l’aéroport et gérait le traitement des personnes admises à bord des vols. Mais, en même temps, ses fonctions gouvernementales étaient défaillantes. Les services de passeport, notamment, ne fonctionnaient plus. C’était donc terriblement frustrant, par l’entremise du processus afghan, d’essayer d’évacuer par avions ces personnes qui avaient droit à la protection du Canada. RICHER : Mais les ex-militaires ne faisaient pas que regarder ces images horribles. Beaucoup essayaient déjà d’aider des personnes alliées afghanes à fuir. La lieutenante-colonelle Eleanor Taylor s’était jointe à une coalition informelle réunissant des ex-militaires, des journalistes et des personnes citoyennes engagées, qui travaillaient sans relâche pour faire sortir des gens d’Afghanistan. Le groupe s’était donné le nom d’Afghan Strategic Evacuation Team. Du personnel officier supérieur en faisait partie, dont les généraux Dean Milner, David Fraser et Denis Thompson. L’organisme Journalistes pour les droits humains et le Réseau de transition des ex-militaires y ont aussi participé. TAYLOR : Au début, on se réunissait deux fois par jour. On se retrouvait à 9 heures le matin, puis à 18 heures. Ça a duré des semaines. En groupe de 12 à 15 personnes, on essayait différentes approches pour ouvrir les portes d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, ou IRCC, afin de faire passer davantage de personnes qu’on savait qu’elles avaient travaillé directement pour les Forces armées canadiennes, et pour travailler avec le réseau afghan encore sur place, qui plaçait ces personnes dans des refuges avant de les faire passer de Kandahar à Kaboul. C’était une période horrible, et je pense que j’ai géré ces émotions en agissant. Il était clair pour moi que la plupart des personnes engagées dans cet effort essayaient de tirer quelque chose de positif d’une issue épouvantable. RICHER : Pour le général Habibi, la chute de Kaboul équivalait de fait à une condamnation à mort. Il avait passé 20 ans à combattre aux côtés des forces de l’OTAN et des forces canadiennes. Cela faisait de lui une cible. HABIBI : [Parle en pachto] DIN : C’est évident que je ne me sentais pas en sécurité en Afghanistan. Dès le lendemain de la chute, j’ai reçu un appel très suspect. J’ai immédiatement détruit la carte SIM de mon téléphone et j’ai changé d’endroit, parce que je ne me sentais pas en sécurité. HABIBI : [Poursuit en pachto] RICHER : Il a repris contact avec Milner, au Canada. MILNER : Tout de suite, j’ai su que je ferais tout ce que je pouvais pour les aider à sortir de là. Alors, on a monté une équipe. On avait des gens sur place, en Afghanistan, et on a réussi à faire sortir un certain nombre de nos interprètes et de nos camarades. Le système d’immigration de ce pays est horrible, tellement bureaucratique. Je dirais qu’on a sorti peut-être 20 % des gens qu’on voulait sortir. Mais on a quand même réussi à faire sortir le général Habibi et sa famille. Ça s’est joué à un cheveu. RICHER : Le général Habibi a entrepris ce trajet angoissant à travers Kaboul, alors que la ville tombait, le visage couvert pour que personne ne le reconnaisse. HABIBI : [Parle en pachto] DIN : Nous traversions une période extrêmement difficile. La situation était si grave que, avant même d’arriver à l’aéroport national afghan, une de mes filles, qui s’appelle Maryam, a perdu connaissance à cause de ce qui se passait. Le danger était immense. Mais une fois à l’intérieur de l’aéroport, nous avons senti que nous étions entre bonnes mains et que j’étais enfin en sécurité avec ma famille. HABIBI : [Poursuit en pachto] RICHER : De Kaboul, Habibi et sa famille ont pris un vol vers le Koweït, y passant la nuit avant de gagner le Canada. Pendant ce temps, le journaliste Michael Petrou se trouvait à Ottawa et tentait, lui aussi, frénétiquement, d’aider son chauffeur et guide afghan, coincé à Kaboul. Shuja Mamozai avait travaillé avec Petrou lors de ses reportages dans la vallée du Pandjchir, en 2011. MICHAEL PETROU : Shuja était à Kaboul, et nous formions un réseau de gens qui avaient été impliqués en Afghanistan, d’une manière ou d’une autre. Nous nous échangions des textos, des courriels et de l’information sur les efforts d’évacuation, et sur ce que nous pouvions en apprendre grâce aux personnes qui y participaient et qui nous transmettaient des renseignements, lesquels changeaient tout le temps. RICHER : Mais Mamozai n’arrivait toujours pas à croire que Kaboul puisse tomber. SHUJA MAMOZAI : Deux jours avant que les talibans arrivent à Kaboul, mon passeport a expiré, et ma famille, toute ma famille, nous n’avions plus nos passeports. Nos passeports avaient expiré. Et ma mère, qui était en Australie, me disait : « S’il te plait, va faire renouveler vos passeports, parce que le pays va être détruit. » Et je répondais : « C’est impossible, parce qu’il y a au moins 350 000 militaires des forces afghanes qui se battent. Et il y a les forces de l’OTAN et les forces des États-Unis aussi. Comment pourraient-ils prendre le pays au complet? » RICHER : Sa mère avait raison. Et comme Mamozai avait travaillé avec des médias occidentaux, sa vie elle était aussi en danger. Michael Petrou, rentré au Canada, lui transmettait de l’information et tentait de le guider discrètement dans une ville qui sombrait dans le chaos. PETROU : Je me souviens de consignes disant d’aller à tel coin de rue et porter quelque chose de rouge. Je relayais tout ça à Shuja, et il y avait des dizaines, voire des centaines de personnes qui faisaient la même chose. Est-ce qu’on reste chez soi à attendre une voiture qui viendra peut-être, ou peut-être pas? Est-ce qu’on essaie d’entrer dans l’aéroport? En est-on capable? Tout le monde se rappelle de ces scènes. C’était très chaotique. Et puis, il y a eu cet attentat horrible devant l’aéroport. RICHER : Ça s’est produit le 26 aout. Alors que décollaient certains des derniers vols d’évacuation, un attentat-suicide de l’État islamique au Khorassan, ou EI-K, a été commis à Abbey Gate, l’un des points d’entrée de l’aéroport. Environ 170 personnes afghanes et 13 militaires des États-Unis ont perdu la vie. MAMOZAI : Lorsque les États-Unis sont partis, ils ont laissé tout le monde aux mains des talibans. C’est pour ça que les gens se sont précipités vers les aéroports. Les gens se sont précipités vers les avions. Les gens ont sauté sur les avions. Il y a même des gens qui sont tombés des avions et qui ont perdu la vie. RICHER : Pendant que Kaboul tombait, Mamozai s’est enfui dans un village de montagne isolé, perché dans les collines à l’extérieur de Kaboul, et il s’y est caché pendant trois mois. Il raconte que les talibans sont venus chez lui, en ville, à plusieurs reprises, pour le chercher. Comme ils ne parvenaient pas à le trouver, dit-il, ils ont giflé son fils de 11 ans et exigé de savoir où était son père. Il est resté à l’écart, mais il est demeuré en contact avec Petrou. Pendant ce temps, le général Eyre recevait des mises à jour du renseignement sur l’effort d’évacuation canadien mené sur le terrain. EYRE : Notre dernier vol au départ de Kaboul, c’était le 14. Et tôt le matin du 15, notre personnel diplomatique a été évacué. De mon point de vue, au vu du renseignement, c’était exactement la bonne décision, parce qu’il y avait des explosions et des tirs autour de l’aérodrome de Kandahar. Nous avons quitté avec notre dernier vol, avec notre corps diplomatique et un certain nombre de diplomates de pays partenaires. C’était peu de temps avant que 15 000 personnes afghanes déferlent sur le périmètre de l’aéroport et se retrouvent sur le tarmac. RICHER : En l’espace de trois semaines, l’opération AEGIS du Canada a permis d’évacuer environ 3 700 personnes de Kaboul. Parmi les personnes ressortissantes afghanes à bord de ces vols, environ 1 700 avaient été officiellement recommandées par le gouvernement canadien, et ce, sur environ 8 000 demandes. BURTCH : Je pense que, compte tenu des conditions auxquelles faisait face la force canadienne mise sur pied pour gérer les évacuations, le travail accompli a été exemplaire, dans des conditions très éprouvantes et dans des délais très serrés. Aurait-on pu en évacuer davantage? Certainement. Je pense qu’on doit déjà apprécier le fait qu’on en ait évacué autant que possible. Et je pense que ça témoigne du sentiment, de la nature, de la profondeur de l’attachement et du lien que certaines personnes au Canada entretenaient avec l’Afghanistan et avec les gens auprès de qui elles avaient travaillé, puisqu’elles ont poursuivi leurs efforts par des voies non officielles afin d’essayer de faire sortir le plus de personnes possible, par tous les moyens possibles. RICHER : Shuja Mamozai et sa famille ont finalement pu venir au Canada grâce à l’aide de Michael Petrou et de l’organisme Journalistes pour les droits humains. Mais les personnes laissées derrière ne cessent de le préoccuper. MAMOZAI : Je m’inquiète surtout pour les jeunes filles… Elles ne peuvent pas aller à l’école, et c’est très, très important. Nous sommes au 21e siècle, non? Les femmes devraient aller à l’école. Elles devraient apprendre. Voilà le problème, le grand problème, c’est l’éducation et la souffrance des gens. Et nous avons beaucoup, beaucoup de chance d’être ici, et que mes enfants puissent aller à l’école. RICHER : Le général Habibi est finalement arrivé au Canada avec presque rien, et il a dû recommencer sa vie. HABIBI : [Parle en pachto] DIN : J’ai été bien accueilli au Canada. Tout ce que j’avais en Afghanistan, ma maison, mon argent, mes vêtements… mes comptes bancaires sont encore gelés. Je n’avais rien en arrivant. Mais j’étais très heureux d’être au moins en sécurité au Canada. Alors nous poursuivons notre vie ici. Mes enfants font maintenant leurs études et travaillent. J’étudie moi aussi, et je travaille également. HABIBI : [Poursuit en pachto] MICHAEL WRIGHT : Je pense que, si j’énumère les gens auxquels je pensais, le premier groupe qui me venait à l’esprit, c’était la population de l’Afghanistan, en particulier les personnes qui n’ont pas réussi à sortir en 2021. RICHER : En 2026, le lieutenant-général Michael Wright s’exprime à titre de commandant de l’Armée canadienne. Mais deux décennies plus tôt, en 2006, il était le major Wright et commandait la compagnie Alpha du 2e Bataillon de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry. WRIGHT : Le deuxième groupe, franchement, ce sont les familles de nos militaires qui ont perdu la vie au combat. Parce que je ne peux qu’imaginer ce qu’elles ont dû ressentir en voyant ce retrait chaotique en 2021, et en essayant de comprendre ce que cela signifiait pour notre legs. J’ai pensé aux militaires qui ont servi en Afghanistan et à ce que cela représentait à leurs yeux. J’ai pensé aux personnes qui y ont perdu des camarades, et à celles qui vivent encore avec un trouble de stress posttraumatique lié à cette expérience. RICHER : Au retour des militaires du Canada qui ont servi, dans les années qui ont précédé la chute de Kaboul, le pays avait, pour l’essentiel, tourné la page. Pour la majorité de la population canadienne, la guerre en Afghanistan n’avait pas eu d’effet direct. Elle ne faisait pas partie de la conscience quotidienne. Alors, pour les personnes qui avaient combattu, qui avaient subi des blessures ou perdu des camarades, rentrer signifiait réintégrer un monde qui, en dehors de la communauté militaire très soudée, n’avait aucune idée de ce qu’elles avaient traversé. ALEXANDRA HEBER : Après le retrait de l’Afghanistan, ça a été comme si on disait : « Bon, c’est fini, plus personne ne s’en soucie désormais. » RICHER : La docteure Alexandra Heber est cheffe du service de psychiatrie à Anciens Combattants Canada. En 2009, la majore Heber avait été déployée en Afghanistan à titre de psychiatre responsable des services de santé mentale de la force opérationnelle canadienne. HEBER : Qu’il y ait eu ou non des situations traumatiques, ça a laissé une empreinte indélébile chez les gens. Je pense que l’autre aspect, plus individuel, concernait le retour à la maison, le retour à la vie familiale et à la vie civile, après avoir été dans cette situation de vie ou de mort, dans un environnement très austère, où les personnes les plus importantes pour vous étaient, encore une fois, vos camarades. Et le fait que, chaque jour, vous étiez en état d’alerte et vous vous protégiez mutuellement, et que, tout à coup, tout ça disparaissait. Pour bien des gens, ça a vraiment été un réajustement brutal. RICHER : Le capitaine Andrew McCuish a été déployé en 2010 au sein du Royal Canadian Dragoons. ANDREW MCCUISH : C’est un défi. Mais bon, une journée à la fois, on essaie de s’y retrouver. Pour ma part, il y a eu un moment où je me suis fait dire, lors d’un suivi psychologique, en gros : « Tu es l’exemple parfait de la personne qui vit avec un TSPT. » HEBER : Le trouble de stress posttraumatique, c’est une affection, un diagnostic, et essentiellement un ensemble de symptômes que des personnes éprouvent après certains types d’évènements définis comme traumatiques. Si elles se trouvent en public et qu’une voiture fait un bruit d’explosion, ou qu’il y a un autre bruit fort, elles ont l’impression de se retrouver en zone de guerre où les explosions se produisaient. Et toutes les réactions surgissent : hyperventilation, grande nervosité, volonté de fuir la situation. RICHER : Souvent, beaucoup de personnes revenues du front n’avaient pas les mots pour décrire ce qu’elles avaient vécu ni ce qui déclenchait ces réactions chez elles. JOHN BARNES : Parfois, ces réactions survenaient à l’improviste, et, d’autres fois, je savais d’avance qu’une chose précise allait m’affecter. RICHER : L’adjudant-chef John Barnes a été blessé lors de l’opération Medusa, en 2006. BARNES : Quelque chose d’aussi simple que sortir les ordures sur le trottoir devant chez moi. Je prends un sac à ordures noir, je le sors, et presque chaque fois, encore aujourd’hui, je marque une pause, je m’arrête, parce que j’ai mis une personne de mon équipe dans une housse mortuaire, une housse noire, alors que nous étions encore en plein combat. RICHER : Les réminiscences et l’insomnie n’en étaient qu’une partie. La docteure Heber explique que le TSPT remodèle la façon dont les ex-militaires évoluent dans le monde. HILLIARD KAHPEAYSEWAT : À cause du TSPT, je ne pouvais pas dormir dans un lit. Je dormais dehors, sur la galerie. RICHER : Le caporal Hilliard Kahpeaysewat est un ex-militaire cri de la Saskatchewan qui a servi en Afghanistan. À son retour, c’était comme s’il avait ramené la guerre avec lui. KAHPEAYSEWAT : J’avais souvent des bouffées de chaleur. Je roulais sur la route. Je voyais un trou sur le bas-côté. Je faisais une embardée, j’ai failli provoquer un accident. Je voyais des gens au téléphone, ça me rendait mal à l’aise. S’ils regardaient dans ma direction, j’avais l’impression qu’on parlait de moi. J’avais toujours ce sentiment. C’était un malaise qui poussait à s’isoler et à se remettre à boire. J’ai toujours pensé que je vivais la culpabilité d’avoir survécu. Je me disais : « Des camarades ont perdu la vie là-bas, pourquoi pas moi? » RICHER : Il a fini par arrêter de boire et il parle souvent de son expérience lors d’évènements réunissant des ex-militaires. Le parcours d’après-guerre du caporal Benjamin Hertwig l’a fait vivre des moments très sombres. HERTWIG : Je pense qu’il y a eu des moments, dans ma vie d’après-guerre, où je ne souhaitais vraiment pas être en vie. Non pas que j’envisageais activement de mettre fin à mes jours, mais tout me semblait trop lourd, trop intense, trop difficile. RICHER : En 2016, le Globe and Mail a recensé au moins 70 militaires et ex-militaires du Canada ayant commis un suicide à leur retour de mission. Le risque suicidaire n’était pas propre à l’Afghanistan ni au déploiement en zone de combat. Dans l’ensemble, les ex-militaires présentent un risque suicidaire plus élevé que le reste de la population canadienne, et cet écart demeure stable depuis quatre décennies. Et selon la docteure Heber, ce risque n’est pas réparti de manière uniforme, parce que l’expérience de la première ligne est rarement le seul facteur en jeu. HEBER : Une chose est sure : oui, le suicide existe, et, là encore, il tend à être multifactoriel. On sait aussi que c’est plus fréquent chez les personnes divorcées, séparées ou veuves. Donc, encore une fois, des personnes seules ou qui n’ont pas de soutien dans leur vie. Et peut-être pour une partie des ex-militaires, des individus qui n’ont jamais connu ce genre de proximité et le niveau de soutien dont ils bénéficiaient lorsqu’ils servaient dans l’armée. RICHER : Barnes affirme que les mentalités entourant la santé mentale dans l’armée changent lentement. BARNES : Je crois que l’armée, le ministère de la Défense nationale, ou MDN, et le gouvernement ont fait beaucoup de chemin depuis l’Afghanistan, c’est certain, en mettant des ressources à la disposition du personnel militaire affecté par son service. Et je pense que nos militaires, depuis une décennie environ, ont fini par comprendre, pour la plupart, que ces ressources sont là pour les aider. La stigmatisation persiste, il y en aura toujours, surtout dans les groupes de combat, là où j’étais dans l’armée : l’infanterie, l’artillerie blindée, le génie. Il reste cette stigmatisation liée au fait de se manifester pour dire qu’on a un TSPT. Alors, les militaires hésitent encore un peu, mais l’aide est là maintenant, et je pense que c’est un immense point positif. Et j’espère que les militaires en profitent. RICHER : Au fil du temps, Andrew McCuish a commencé à envisager autrement son diagnostic de TSPT. MCCUISH : Pour moi, c’est un peu comme ma coupe Stanley. Vous voyez ce que je veux dire? C’est ma coupe Stanley. Je me dis : bon, j’ai cette affection chronique, mais j’apprends à composer avec. Et c’est encore de l’apprentissage. J’apprends chaque jour. Mais ça a aussi changé ma façon de voir bien des choses. On prend la mesure de notre chance, de notre chance ici. Et même quand on a certaines difficultés dans ce pays, on s’en tire encore très, très bien. RICHER : Et pour Benjamin Hertwig, guérir voulait dire tenter de retrouver le chemin vers soi-même. HERTWIG : Je pense qu’il y a eu une époque où j’avais honte de l’Afghanistan, où je ne voulais pas en parler aux gens. Maintenant, je ne ressens plus cette honte, parce que je pense que je fais des choses dont je suis fier, et que je fais des choses qui me redonnent un ancrage et une place dans la société. Je suis reconnaissant d’en être arrivé là, alors qu’avant, je voulais seulement tout mettre de côté. Maintenant, ça fait partie de ma vie, et je suis bien. RICHER : Quant à la population de l’Afghanistan, la guerre a été tout simplement catastrophique. Des millions de personnes ont été chassées de chez elles et des dizaines de milliers ont perdu la vie. Plus de 60 000 membres des forces de sécurité afghanes ont péri en combattant aux côtés des troupes de la coalition. Le bilan civil a été plus lourd encore. Selon certaines estimations, près de 50 000 personnes civiles afghanes ont perdu la vie dans les combats. Des centaines de milliers d’autres ont succombé à la faim, à la maladie et aux blessures causées par la guerre. Et au bout du compte, l’Afghanistan est de nouveau gouverné par les talibans. Écoutons de nouveau Shuja Mamozai. MAMOZAI : En ce moment, il n’y a plus d’espoir. Les gens ont faim. Il n’y a pas d’emplois, il n’y a rien. Et puis tout est fini. Vingt ans de combats, des gens ont disparu, des gens ont perdu la vie. RICHER : Et pourtant, quand on se demande pourquoi le Canada s’est engagé au départ, la réponse est elle aussi complexe. BURTCH : Je pense que, fondamentalement, dans une logique de réalpolitique, la raison pour laquelle le Canada s’est engagé en Afghanistan tenait en grande partie à la volonté de préserver et d’entretenir notre relation avec notre allié le plus grand et le plus important, à savoir, les États-Unis. Et de montrer que nous étions une composante fiable de l’ordre international fondé sur des règles, et d’assumer le rôle que nous avions assumé au fil de nos divers engagements internationaux, que ce soit par les Nations unies, par l’OTAN ou par d’autres moyens. Il faut comprendre ce contexte pour comprendre pourquoi le Canada s’est engagé en Afghanistan. TOM MYKYTUIK : Nous avons peut-être donné de l’espoir à une génération, voire même des opportunités. RICHER : Le major Tom Mykytiuk a commandé la compagnie November, 3e Bataillon, du Royal Canadian Regiment, lors de son déploiement à Kaboul en 2003-2004. MYKYTUIK : Pendant cette brève période, nous avons peut-être créé les conditions ou semé les graines d’une société qui pourrait émerger un jour, ou avec laquelle les talibans devront éventuellement composer pour bâtir un avenir meilleur pour l’Afghanistan. Je garde cet espoir. TAYLOR : Je pense que nous avons de nombreux motifs de fierté, malgré le fait que l’issue en Afghanistan ait été tragique. RICHER : Eleanor Taylor, à nouveau. Le lieutenant-général Omer Lavoie a commandé le groupement tactique du Royal Canadian Regiment pendant l’opération Medusa. Même après toutes ces années, il se permet d’espérer un avenir meilleur pour ce pays. OMER LAVOIE : Au moins, pendant ces 20 ans, ça a montré à bien des gens en Afghanistan qu’un autre mode de vie était possible, et ça a donné un aperçu de ce que ce serait d’avoir les droits de la personne les plus élémentaires. Ça a été éphémère, mais j’aime encore penser qu’il y a une génération afghane qui a vu ça, qui a vu la différence. Alors, on doit espérer que cette expérience, qui restera peut-être en sommeil longtemps, finira par germer de nouveau, à un moment donné, dans l’avenir, on l’espère, et pour redonner tout ça à la population. RICHER : Aujourd’hui, alors que le monde devient moins stable et que les appels se font plus pressants pour que le Canada assume une plus grande part du fardeau de la sécurité internationale, l’historien Andrew Burtch estime que les leçons de l’Afghanistan sont essentielles. Et les récits des personnes qui ont combattu, travaillé, vécu et péri là-bas le sont tout autant. BURTCH : Au final, ce qu’on a fait depuis le début de ce balado, c’est essayer d’expliquer comment on en est arrivé là, aujourd’hui, et en même temps, tenter de saisir ce que le personnel militaire canadien a traversé au fil de ses différents déploiements et engagements en Afghanistan. Je pense que c’est un exercice important. Je pense que de formuler la question ainsi, « Est-ce que l’Afghanistan en valait la peine? », va provoquer une réponse binaire, n’est-ce pas? Des gens vont dire non. D’autres vont dire oui. Certaines personnes ne voudront peut-être pas répondre. Je pense qu’une meilleure question serait : « Qu’est-ce que votre participation à la guerre en Afghanistan a représenté pour vous? » Chaque ex-militaire aura sa propre réponse. Nous devons respecter ces réponses et les prendre pour ce qu’elles sont. Mais je pense qu’une meilleure question, encore, serait : « En quoi cela a-t-il été transformateur pour vous? » Parce que la guerre façonne le Canada. « La guerre façonne le Canada », c’est en quelque sorte la thèse modeste de l’ensemble du Musée canadien de la guerre : l’histoire militaire compte, en grande partie parce qu’elle a contribué à nous façonner dans notre géographie, dans notre culture, dans notre politique, mais aussi dans nos expériences vécues. Alors, sur le plan personnel, sur le plan national et sur le plan international, l’Afghanistan, comme d’autres guerres, a contribué à nous façonner de manière indélébile. Nous réagissons aujourd’hui, comme pays, à toutes sortes de menaces, en partie à travers le prisme de notre participation en Afghanistan. RICHER : Une si longue guerre : le Canada en Afghanistan est une production de Lisa Gabriele et de Neil Morrison. La productrice adjointe est Hailey Choi. Le montage sonore de la série a été réalisé par Cameron McIver. Jenny Ellison et Steve McCullough sont la productrice déléguée et le producteur délégué du Musée canadien de la guerre. Andrew Burtch a été notre historien tout au long de cette série. Un merci tout particulier à Amal Din, qui a assuré l’interprétation de nos conversations avec le major-général Ahmad Habibi. Il a été conseiller linguistique et culturel auprès du général Milner de 2010 à 2014, et il a ensuite travaillé avec le corps des Marines des États-Unis. Merci aux personnes qui ont accepté de parler de leur expérience, et merci pour leur service. Des ex-militaires que vous avez pu entendre dans cette série ont d’abord livré leur témoignage dans le cadre du projet d’histoire orale du Musée canadien de la guerre, intitulé « Leur histoire ». Pour en savoir plus, rendez-vous à museedelaguerre.ca ou consultez les liens dans les notes de la série. Ici Isabel Richer. Merci de votre écoute. Version française par : Power of Babel Direction de plateau : Stéphanie Broschart Traduction et adaptation par : Caroll Cafardy Ingénieur de son : Chris Leon Mixage français par : David Moreau La cheffe de projet est : Chantale Renée Supervision par : Eric Geringas Avec les voix de : Alexis Bellefeuille, Charles Bender, Jean-François Blanchard, Mathieu Bourassa, Liliane Clune, Pete Cugno, Eric D'Alo, François Godin, Dave Jenniss, Pascale Montreuil, Amir Nakhjavani, Louise Naubert, Jean Pearson, Pierre Simpson, Denis Trudel